Shelley
Voilà le genre de série à côté de laquelle je serais passé si je n’avais pas été un indécrottable curieux boulimique. Et, franchement, j’aurais raté quelque chose !
Shelley nous propose de suivre les pas de deux personnages, Mary et Percy. Vous me direz : « mais qui est Percy ? » (et si vous me dite « mais qui est Mary ? », non seulement vous chuteriez dans mon estime mais de plus je vous inviterais à découvrir ce formidable roman qu’est « Frankenstein »). Percy est un poète anglais issu d’une famille aisée. Romantique, contestataire, totalement immature, abject à l’occasion, il m’est pourtant apparu des plus attachants. Un portrait sans doute très proche de la réalité (à ce sujet, le petit dossier complémentaire fourni à la fin du second album nous éclaire intelligemment sur certains aspects du récit) mais tiré avec tant d’humour et de gentillesse qu’il est difficile de ne pas s’attacher au gaillard.
Tout l’intérêt du premier tome repose d’ailleurs sur la personnalité de son personnage central. Grâce à lui, je me suis retrouvé plongé dans ce romantisme anglais qui m’attire tant (nous croiserons d’ailleurs Lord Byron au fil de ces pages).
La narration est fluide et le ton privilégie l’humour. J’ai suivi les aventures de cet inconséquent personnage avec plaisir. Sa naïveté, son goût pour la provocation (parfois involontaire) rendent le récit vivant. Les auteurs nous baladent dans toute la Grande-Bretagne, d’Oxford à Edimbourg en passant par Londres ou l’Irlande. Et c’est là une occasion de mieux nous présenter les réalités économiques de l’époque (même s’il ne s’agit pas du sujet principal, loin s’en faut).
Le second tome, bien que plus dramatique, conserve une grande part de ce ton joyeux. On continue à suivre Percy mais, peu à peu, Mary devient le centre névralgique du récit, un récit qui demeure biographique jusqu’au soir où Mary écrit Frankenstein. C’est alors qu’une idée (assez géniale, je trouve) a traversé le cerveau des deux auteurs : mêler la vie de Mary à son œuvre, mais les mêler intimement, à un point tel que la fin du récit s’apparente à une adaptation d’un autre roman de Mary Shelley : Le dernier Homme. Ce basculement dans la fantaisie m’a désarçonné dans un premier temps avant de totalement me séduire par le vent de fraicheur que certaines séquences apportent.
Du point de vue narratif, chaque chapitre s’ouvre sur un texte, une phrase, un extrait de poème d’un des personnages présents dans le récit, et c’est là une façon bien agréable de les ouvrir ! On est immergé dans un état d’esprit en quelques mots.
Le dessin a une réelle personnalité, à la fois caricatural et expressif pour les personnages et soigné dans une ligne claire pour les décors. Le nez de Percy est assez particulier mais cela lui donne un furieux cachet. Je regrette juste que certains personnages féminins aient tendance à se ressembler (mais c’est uniquement vrai dans le premier tome). A contrario, j’ai autant apprécié la gueule des personnages masculins que le soin accordé à des décors discrets mais bel et bien présents.
Sur la fin du premier tome, il y a une ellipse malheureuse. Narrativement parlant, c’est le seul reproche que je fasse à cet album.
Pour le reste, c’est franchement bien ! Les auteurs ont réussi leur pari. J’ai dévoré les deux tomes et j’en sors imprégné de romantisme, plus instruit et amusé. Et puis, surtout, j’ai réellement envie de lire « le dernier Homme ». Et j’estime qu’une biographie atteint son but quand sa lecture vous donne envie de découvrir les œuvres du personnage central.
A découvrir en tous les cas, surtout si cette époque et ce genre de personnage vous attirent. |