Sambre
Il y a dans cette série une explosion graphique mêlée à une tragédie familiale rendant l’ensemble magistralement puissant.
Et pourtant l’histoire semble on ne peut plus basique, une famille divisée anciennement aisée sur le déclin partagée entre la nostalgie et le vertige de la chute, entre l’anesthésie et la brulure. Quel talent peut bien mettre l’auteur pour donner une telle puissance à son récit ?
Tout d’abord, il faut contempler le travail graphique remarquable. Chaque planche trouve des expressions aux personnages sublimes donnant une dimension graphique aux ressentiments non dits, aux passions intérieures, au désespoir tourmenté. Les rues de paris semblent sorties des cahiers de Victor Hugo, la misère explose l’esprit du lecteur et surtout la beauté omniprésente rend l’ensemble surréaliste.
Et puis n’oublions pas cette once de mystère mi fantastique qui vient rougir les planches et complexifier le drame familial. Ne galvaudons pas une histoire d’amour dramatique se déroulant sous nos yeux. D’apparence très simple et classique, l’intrigue s’avère finalement tourmentée et intelligemment menée pour laisser le lecteur respirer les ambiances s’imprégner des odeurs et se laisser envahir par le froid et la moiteur de certains cadres. L’auteur prend son temps et se laisse embarquer dans des histoires secondaires tout aussi remplies de passion, on aime, on hait, on transpire, voilà le secret : laisser le temps faire son œuvre en travaillant méticuleusement « l’autour ».
Le premier cycle de quatre tomes fut magistral, et puis vint cette envie de décliner la tragédie familiale ; en n’avisant ici que la série mère, celle-ci comporte tout de même deux tomes supplémentaires tenant la route sans encore arriver au niveau du premier cycle.
Dévorez avec passion ces opus remplis de pathos et d’art, les lectures successives vous procureront toujours autant d’émotions malgré l’apparenté simplicité du thème. Seul écueil, le côté franchement tourmenté des personnages, pour ne pas dire malade, certes les opus parallèles permettent de relativiser certains comportements à postériori, mais sur le coup, gageons que le lecteur prend vraiment certains personnages pour de très grands malades. Cela ajoute en poésie dramatique et permet de trouver un charisme portant mille émotions. Et puis plane tout de même le doute de voir un jour la fin et de comprendre le fin mot de tout ce petit monde. Plus tard ces deux points résolus en feront peut être un chef d’œuvre aux cinq étoiles, en attendant, ce ne sera que sublime !
Concluons sur le rouge, la passion, le sang, la haine, la révolte, la misère qui suintent de toutes les cases et trouvent dans les pointes de cette unique couleur dans les dégradés de l’album une force supplémentaire apte à déplacer les montagnes et à captiver les lecteurs pour longtemps encore… |