Le Horla
Je l'attendais cette sortie...
Guy de Maupassant a été l'un des premiers écrivains que j'ai lu avec plaisir. Maître de la nouvelle, il a écrit quelques textes mémorables, comme Le Horla, considéré comme un classique du genre fantastique. Pourtant, si on le lit avec attention, il ne s'y passe presque rien, mais la tension monte inexorablement dans ce récit. Le récit est troublant quand on sait qu'il anticipe la folie qui causera la perte de l'auteur.
Bertocchini a voulu revenir "aux sources" du récit, ne pas se focaliser sur Maupassant, qui se met lui-même en scène comme personnage principal, mais redonner une vraie place aux personnages secondaires : la cousine, la maîtresse de maison, l'ami Gustave (Flaubert, probablement)... C'est au travers de leur regard que l'on peut mesurer la descente dans al folie de Guy, cette hantise qui ne le lâchera pas. Je me souviens d'avoir fait quelques cauchemars à l'époque de la lecture du bouquin (je devais avoir 12 ans, voire moins), mais une lecture adulte serait sans doute moins impressionnante.
Bertocchini et Puech ont fait le pari de ne faire basculer le visuel dans le dérangeant que lorsque notre héros est effectivement en prise avec ce démon intérieur qui le ronge, le plus souvent la nuit. L'obscurité, propice à nombre de tromperies et de fantasmes est habilement utilisée. Ainsi le fameux Horla est-il représenté d'une certaine façon, détournée, assez proche de l'idée que je m'en faisais.
Je ne connaissais pas le travail d'Eric Puech, mais je suis assez admiratif. Son style est réaliste sans être hyper appuyé, ses cadrages dynamiques appuyés par des couleurs -directes- franchement magnifiques (même si je trouve son rouge trop intense) rendent la lecture de cette adaptation vraiment marquante.
Une adaptation réussie, avec un parti pris narratif intéressant. Mais attention, ne vous attendez pas à de l'action échevelée, le fantastique est ici ténu. |