Trois ombres
La réputation qui le précédait m'a fait attendre un peu davantage de cet album. Je l'ai certes apprécié mais je n'y ai pas véritablement adhéré et certains passages m'ont semblé superflus, voire vraiment de trop.
Au rayon de ses qualités, j'ai vraiment aimé son graphisme. J'aime le style vivant et très agréable de Cyril Pedrosa. Ses personnages sont toujours très attachants et expressifs. Il ajoute en outre dans cet album une vraie recherche esthétique qui fait plaisir et offre beaucoup de très belles planches.
Le sujet du récit est également original et fort, même si un album comme L'Histoire d'une mère présente un thème un peu similaire par exemple.
Et pourtant, j'ai trouvé un peu étrange la façon de le traiter. J'ai trouvé que l'intrigue se dispersait un peu trop. Toutes ces péripéties maritimes, le vol du coeur, la poursuite du voleur en question... Je n'ai pas tellement vu l'utilité de ces passages qui embrouillaient à mes yeux la force du sujet principal.
Et il y a aussi la façon dont les choses sont appréhendées... Autant je comprends parfaitement l'obsession protectrice du père, autant pourquoi ne partent-ils pas avec la mère ? Et la concernant, elle, tout comme concernant la morale de l'histoire elle-même, comment un père ou une mère peut-il de quelque manière que ce soit être "prêt" à accepter une telle inéluctabilité ? Aussi implacable que soit cette issue, j'ai l'impression que mon instinct paternel ne pourrait jamais être "prêt" à une telle chose, pas même des années après... La réaction de la mère, même si elle est logique et sage, me parait donc un peu étrange.
Après une lecture que j'ai donc trouvée un peu trop dispersée et une pré-conclusion (avec la récupération du "souffle vital") que j'ai trouvée un peu hors de propos, j'ai néanmoins été touché par le véritable final de cet album. Touché, oui, mais pas autant qu'un père comme moi aurait pu l'être cependant. J'en conseille donc sans hésiter la lecture mais ce n'est pas pour moi le chef-d'oeuvre que je croyais lire. |