La Pieuvre
Impressionnant album.
Il nous raconte en effet de façon extrêmement documentée la lutte de plusieurs magistrats italiens (mais surtout Falcone et Borsellini) contre la Pieuvre, surnom de la Cosa nostra, la mafia sicilienne. 14 ans de lutte, des centaines de morts (et je n'exagère pas) dans les rangs des forces de l'ordre ou de la justice mais aussi dans les rangs mafieux qui se déchirent entre eux... Une histoire très complexe, comme en témoignent les 180 (!) biographies succinctes présentes en bonus.
Le début du récit est un peu difficile, car des tonnes de personnages nous sont présentés, au fil de l'action. Mais très vite, pour peu que l'on se plonge dedans, cela devient plus fluide, on commence à piger les positionnements des uns et des autres. Ce début nous montre peu ou prou le fonctionnement des factions mafieuses, leurs constitution de réseaux, de trafics, d'alliances, mais aussi les traîtrises... Et d'un coup le récit bascule presque exclusivement sur le travail des magistrats chargés de l'instruction de ce dossier mafieux. Un travail monumental (je parle de celui des magistrats, suivi de près par celui du scénariste), dont on mesure encore peu, 20 ans après, le retentissement. Des centaines de meurtres, des centaines d'arrestations, dans les deux bords, mais au coeur de tout ça, la volonté de quelques hommes pour couper la tête et tous les tentacules de l'infâme créature... Vraiment impressionnant et passionnant...
Graphiquement Giffone s'adjoint les services de deux artistes, au travail très particulier. En noir et blanc, avec des personnages à faciès d'animaux, mais tout de même reconnaissables (j'ai reconnu tout de même Berlusconi et Falcone, par exemple), dans un style assez proche de certains polars américains, très efficace. Je regrette un peu que le travail des décors, réalisés apparemment à l'aquarelle en niveau de gris, "bave" parfois sur l'encrage, mais c'est un détail.
Passionnant, si vous avez plusieurs heures à occuper pour en savoir plus sur la mafia sicilienne... |