Enemigo
Comme le fait remarquer quelqu'un dans les bonus de l'album, la publication dans l'espace européen des oeuvres de Taniguchi se fait de façon anti-chronologiques. Nous, Européens, l'avons découvert alors qu'il avait trouvé sa voie scénaristique et graphique ; du coup les auteurs s'intéressent à ses oeuvres de jeunesse.
C'est le cas de cet "Enemigo", qui raconte les aventures d'un détective privé à l'américaine, mais japonais, qui part dans la jungle latino-américaine au secours de son frère, PDG d'un important groupe industriel. D'entrée de jeu on est frappé par le graphisme, qui même s'il ne diffère pas radicalement du canon taniguchien, se montre encore hésitant. Le style est là, mais pas encore la maîtrise.
De même, sur le plan narratif, et malgré le fait que le scénario soit crédité pour un "collectif scénaristique", on sent un côté manichéen et/ou naïf. Le héros est directement inspiré par les films d'action hollywoodiens de l'époque (1984-85) : une sorte d'ancien soldat d'élite, qui tombe les nanas et adoucit les molosses. A côté de ça, quelques incohérences pas trop gênantes, mais inhabituelles dans un récit illustré par Taniguchi. Tiens par exemple, je crois que c'est la première fois que je vois une fille à poil chez cet auteur...
Cependant l'histoire, même si elle est très légère, ne manque pas d'agrément, et même s'il s'agit d'une oeuvre mineure -et de jeunesse- chez Taniguchi, elle saura sans doute contenter un certain nombre de lecteurs. |