Supplément d'âme
Je vais essayer d’être objectif en rédigeant cet avis. Ceci ne m’est pas évident étant donné l’auteur, Kokor, est une personne que j’ai rencontrée à maintes fois lors des festivals de bandes dessinées et même à l’occasion des débats autour de lui organisés dans ma ville d’accueil.
Enfin, bref, pour les lecteurs qui connaissent bien les ouvrages de Kokor, ils retrouveront dans ce nouvel album intitulé « Supplément d’âme » la marque de fabrique inimitable de cet auteur. Je veux dire par-là que ses habituelles dérives poétiques et rêveuses légèrement loufoques seront bien présentes dans « Supplément d’âme ». Aussi, il est clair que les lecteurs qui n’ont jamais lu une bande dessinée conçue par Kokor seront assez vites déroutés par la narration de « Supplément d’âme ».
Quant à moi, lecteur averti, comme d’hab’, je fus de nouveau envoûté par l’ambiance et la part de fantaisies qui se dégagent de la lecture de « Supplément d’âme ».
Kokor nous présente un conte qui se déroule en Irlande (ce choix de situation de la part de l’auteur ne m’est vraiment pas une surprise étant donnée que Kokor aime beaucoup l’Irlande), le personnage principal est un… inconnu… et connu de tous… à la fois.
Beuh ?! Bin quoi ?! Ce n’est guère facile à vous expliquer comme ça mais, amis bédéphiles, faites l’effort de ne pas interrompre votre lecture en plein milieu du livre ! Parce qu’après, tout s’éclaire ! Un peu comme l’autre album de Kokor Balade Balade, au dénouement, les lecteurs vont se retrouver en face d’une histoire somme tout assez classique et d’un thème universel… Bref, je vous laisse la surprise.
Au niveau du dessin, il faut bien avouer que Kokor progresse d’album en d’album surtout dans la colorisation. Ses premières bandes dessinées étaient uniquement en noir et blanc, ce n’est qu’à partir du « Commun des mortels » que l’auteur s’est mis à la mise en couleurs, et ce, en utilisant des crayons pastels et des fusains. Le résultat donne des ambiances envoûtantes et en parfaite adéquation avec l’intensité dramatique de chaque séquence. Dans « Supplément d’âme », Kokor va encore plus loin dans sa façon de mettre en scène son histoire puisqu’il varie avec beaucoup de maturité et de pertinence son style de dessin : tantôt classique (enchaînement case par case), tantôt enfantin (dessin dit « jeté » ou au trait « simpliste »), tantôt à la « Will Eisner » (enchaînement des séquences sans cases)… Bref, jetez un coup d’œil dans la galerie pour vous en faire une idée... c’est vraiment du très beau boulot !
« Supplément d’âme » est un album qui m’a envoûté. Envoûté par son graphisme d’une grande beauté, envoûté aussi par son scénario qui au final se révèlera très classique. Seul le début comportant des séquences qui évoquent le réseau « social » m’est resté énigmatique, ce sera donc avec plaisir que je relierai cet album afin d’élucider ce mystère.
Il faut saluer aussi le travail des éditions futuropolis (une première pour l’auteur !) qui nous propose un recueil d’une qualité exceptionnelle ! |