La Tour sombre
Je suis surpris de l'animosité générale à l'égard de cette BD. J'y ai vu, en 10 tomes, une œuvre assez unique et qui n'est pas dépourvue d’intérêt. L’histoire prend place dans un monde post apocalyptique constamment plongé dans la brume, où se font sentir les stigmates d’une ancienne guerre apocalyptique. Mutants et robots apparaissent ponctuellement des ruines de l’ancien monde, au milieu des humains qui sont retournés à un stade préindustriel et s’habillent en cow-boys. La Tour Sombre apparaît comme une entité mystérieuse et objet de toutes les convoitises, qui sert apparemment de pivot aux différents univers. Les romans de Stephen King, que je n’ai pas lu, retracent le parcours de Roland Deschain en quête de la Tour Sombre, et cette BD leur fait office de préquelle. Elle compte les aventures de Roland Deschain et ses compagnons, jeunes pistoleros, dans un récit qui mêle le western, l’horreur et le fantastique. Ils sont appelés à défendre la ville de Gilead contre le maléfique Roi Cramoisi et ses sbires, combat dont ils ne sortirons pas indemnes. L’histoire de Roland peut tout à fais plaire même à ceux qui découvrent comme moi l’œuvre de King.
Sans plus s’appesantir sur l’histoire, il convient de souligner la lenteur de la narration. Dans un souci apparent de dramatiser et de théâtraliser, les auteurs ont choisi de procéder par de grandes cases épurées qui englobent parfois une double-page, et ponctuées des commentaires d’un mystérieux narrateur. Il en résulte une action qui est plus souvent suggérée que montrée, et l’emploi quelque peu excessif de cette méthode peut se révéler irritant à la longue. D’autant que cela implique une certaine lenteur générale du récit. Cela ne serait pas gênant en soi si les tomes étaient très consistants ; MAIS les éditeurs ont choisi de diviser les volumes originaux en davantage de tomes pour l’édition française, et les ont gonflés artificiellement de textes bonus qui s’étendent sur de nombreuses pages et retracent la mythologie de la saga. Résultat : vous payez deux fois plus pour deux fois moins de BD. Irritant, d’autant plus que l’histoire est quand même intéressante, et pose une ambiance assez unique notamment grâce au dessin.
L’horreur et le malsain sont en effet plus suggérés que montrés, souvent voilés par la mystérieuse et omniprésente brume colorée qui revêt différentes teintes selon les ambiances. Les décors y sont de plus en plus inexistants ou simplifiés à l’extrême. Le dessin renvoie admirablement la belle froideur de ce monde à l’agonie, en se limitant souvent à la silhouette d’un personnage se détachant sur le brouillard. Les compositions expriment une sombre poésie, que vous pouvez retrouver dans les images de la galerie.
Je ne peux pas raisonnablement conseiller l’achat de cette série, car l’édition française n’est pas à la hauteur niveau qualité/prix. Je recommande néanmoins la lecture voire l’achat de la version originale, qui propose bien plus de contenu.
Note finale : 3,5/5 |