Azimut
Avis à tous les bédéphiles en deuil de De Cape et de Crocs : la relève est peut-être déjà là !
Ce premier tome en tout cas met la barre très haut et promet beaucoup pour la suite. Un univers fait de bric et de broc, un bestiaire improbable mais cohérent, des dialogues savoureux, humour, aventure, absurde... le tout avec un usage très sûr de l'ellipse et sans jamais laisser le lecteur sur le bord de la route (au contraire par exemple de La Nef des fous, qui part dans tous les sens sans épine dorsale). En 46 malheureuses planches, tout un monde est posé, les personnages loufoques sonnent juste, des tonnes d'idées malignes sont semées un peu partout, et à la fin on a immédiatement envie de connaître la suite (frustration, frustration...). Bref, si on s'en tient uniquement au scénario, c'est de la haute couture. Les enjeux demeurent encore flous, mais des questions sont posées et on sent que les auteurs en ont sous la pédale. Une seule crainte (comme d'habitude dans ce genre de série): que la suite ne soit pas à la hauteur, que le scénario se disperse, ou que les albums se multiplient face au succès (qui serait mérité) et que l'histoire se dilue sans jamais finir.
Quant au dessin, eh bien... c'est un feu d'artifice. On pousse sans cesse des Aaah et des Ooooh, c'est un régal à chaque planche, à chaque case, et jusqu’au plus petit détail en arrière-plan, avec quelques références discrètes à d'autres œuvres ou à notre monde, mais sans que ce soit lourdingue ou systématique. Je ne connaissais pas Andreae, je crois que je vais me pencher d'urgence sur son travail.
Concernant la remarque d'une lectrice qui se plaignait de la plastique outrancière du personnage féminin principal : moi qui suis très irrité par ce genre de gratuités, j'y ai cette fois vu un angle parodique qui m'a mis en joie. Et pour une fois, le physique plantureux d'une jeune femme a une raison d'être dans le scénario. J'attends la suite, mais je pense que ce personnage est beaucoup plus consistant que ce qu'on pourrait imaginer de prime abord.
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