Chroniques Birmanes
Voila une oeuvre assez difficile à noter, parce qu'elle oscille entre le 2* et le 4* sans arrêt. Je n'avais jamais lu Delisle et ses précédentes oeuvres sur ses séjours en Asie. En démarrant ma lecture, je m'attendais à une critique bien plus acerbe, ou du moins bien plus visible du régime en place en Birmanie. Et cela démarre pour le moins lentement. Les premiers mini chapitres sont exclusivement tournés vers la vie quotidienne du couple et pour le coup, Guy Delisle est à 1000 lieues de ce que l'on attend. C'est à la fois déroutant, petitement dérangeant (alors qu'on attend cette levée de boucliers) mais à bien y réfléchir très humain, ou comment on donne préférence à la sécurité des siens. Et puis, progressivement, la charge se fait de plus en plus forte. La force de l'oeuvre vient principalement parce que la critique se fait de l'intérieur, par le regard d'un habitant (même si temporaire) et par la vie quotidienne des locaux rencontrés ça et là. Delisle arrive à faire véhiculer la critique de la junte par des petits riens plutôt qu'en enfonçant des portes ouvertes, fussent elles spectaculaires. C'est ce décalage qui est vraiment déroutant mais qui finalement, permet d'aller plus loin dans la découverte de cette dictature et de ses exactions, ainsi que des conséquences qu'elles ont au quotidien.
Et puis l'auteur n'hésite pas à égratigner le petit monde des ONG, des occidentaux, parfois en croisade "du bien". De l'incohérence de certaines décisions etc....
C'est bourré d'un humour très fin et on reconnait bien là la patte québecoise.
Le principal défaut de l'oeuvre c'est que c'est long, très inégal et certaines pages n'apportent que trop peu. A la relecture, on sent qu'il s'agit plus pour l'auteur de "s'autocritiquer" pour donner un équilibre mais globalement cela nuit à la lecture parce qu'on doit se forcer à aller plus loin.
Reste le dessin, plutôt simplifié mais terriblement efficace.
Une belle oeuvre, trop inégale malheureusement et dont on ne mesure réellement les intérêts "géopolitiques" qu'au fil de l'eau et il faut donc s'accrocher à cette lecture. Mais on apprend des trucs et donc l'intérêt est là. |