TMLP (Ta mère la pute)
Mais c'est que parfois, à Angoulême, ils récompenseraient de vraies bonnes BDs ? C'est le cas de ce TMLP, qui a reçu le Fauve d'or découverte cette année...
En effet Gilles Rochier nous raconte ses souvenirs de banlieusard francilien, autour d'une histoire de K7 audio que se refilaient une bande de gamins, leur compil' à eux, qui occasionnait parfois des disputes. L'une d'entre elles a mal tourné. Mais TMLP, ce n'est pas que ça, c'est aussi l'évocation digne et respectueuse de la prostitution occasionnelle de certaines mères, et ces enfants qui évitaient soigneusement l'arrêt de bus qui sert de lieu de racolage ; c'est aussi l'évocation de ces vengeances débiles après un ballon crevé par le propriétaire excédé par un carreau brisé... Qui consistait à déféquer sur le paillasson du propriétaire du couteau le résultat de l'ingestion massive de pommes pas mûres. Et la conclusion de cet épisode étant : "Après on a arrêté ce genre de vengeance, Jojo avait failli laisser ses intestins sur le paillasson du gardien de la Tour 7, 10 jours d'hosto et il a pas pu remanger un Pépito avant ses 18 ans." Cet épisode avait ouvert l'album, et placé d'emblée parmi les entrées en matière sympathiques.
Pourtant le style graphique de Rochier n'est pas franchement ma tasse de thé. Dans un style semi-réaliste, il semble ne pas s'embarrasser de contraintes morphologiques et de perspectives, se contentant de placer ses personnages dans des décors simples, mais assez efficaces dans ce one shot en niveaux de marron.
Gilles Rochier raconte sa banlieue, sa jeunesse sans fard, mais sans misérabilisme, on sent qu'il a aimé cette vie, et qu'il l'aime encore. C'est à la fois drôle, grave (il y a aussi l'histoire d'un pédophile), touchant et juste.
Une vraie découverte. |