Le Monde de Misaki
Je suis ravi que Le Monde de Misaki trouve (tardivement) sa place dans BDthèque. En même temps, j'éprouve une sorte de résignation à l'idée, sans doute très probable, que peu de lecteurs potentiels auront ne serait-ce que le réflexe de consulter sa fiche.
La cause principale : des couvertures atrocement mièvres et "flashy" (dont les mangas ont souvent le secret) et qui disqualifieront d'emblée ce tryptique aux yeux des lecteurs "sérieux" et ado-adultes. Moi même, je n'aurais jamais eu l'idée de simplement feuilleter cette série à cause de ce délit de faciès éditorial et je dois au conseil de mon libraire d'avoir franchi le pas.
Et pourtant... Le Monde de Misaki fut une agréable surprise à la lecture et je dirais même une petite réussite dans le "landerneau nippon". Une des raisons de cette réussite vient de son atypisme et son audacieux choix de mêler les ingrédients d'un merveilleux enfantin (le petit dinosaure qui se transforme en garçonnet et inversemment) et ceux du polar au ton plus adulte, avec ses coups bas, ses trahisons, ses tueurs à gages et la course au magot immergé dans un lac.
C'est de cet improbable mariage contre-nature entre deux genres radicalement opposés que se situe l'originalité de ce manga. S'y ajoute, au fil de l'intrigue, des éléments de science-fiction puisqu'il y est également question de manipulations génétiques. Bref, Misaki serait un peu la rencontre a priori saugrenue entre les films Loch Ness, Un plan simple et Jurrasic Park !
Bien sûr, il faut quand même relativiser : qu'on ne s'attende pas non plus à ce que le petit dino et la charmante Misaki soient aspergés d'hémoglobine ou torturés au fer à souder ! Mais il émane de ce manga en apparence gentillet (surtout dans le tome 1) une dureté de ton à certains moments, une certaine amertume aussi parfois et une ambiance hivernale de "polar polaire" qui nuance de manière intéressante le joli conte de fées qu'il semblait destiné à être au départ.
Le dessin est, de surcroît, dans la bonne moyenne, précis et sympathique, sans cette impression de bâclage de beaucoup de mangas, notamment dans les décors.
Un titre qui mérite bien d'être qualifié d'inclassable, à la fois frais et dramatique, sucré et salé.
A découvrir... sans se préoccuper de ces fichues couvertures ! |