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Avis posté par Le Grand A le 11/01/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 3/5 (Pas mal)
Accéder à la BD La Geste des Chevaliers Dragons La Geste des Chevaliers Dragons
J’avais comme pas mal de monde des appréhensions à l’égard de cette série du couple Anne et Gérard Guéro, alias Ange. Il faut dire que les avis sont très disparates et que ceux qui y sont défavorables n’y vont pas avec le dos de la cuillère, même si c’est souvent immérité.

Avec une histoire décousue où presque chaque tome peut se lire indépendamment des autres, la série connaît des hauts et des bas, et il est par conséquent très difficile de poser un avis tranché. Entre le premier et le second tome on perçoit déjà le changement de politique éditoriale. Ce qui devait être un pur one shot tenant un propos intéressant, s’est mué 5 ans plus tard en une saga où il faut composer avec les nombreux changements de dessinateurs et de coloristes, résultant éventuellement d’une volonté de l’éditeur Soleil de plaire à son nouveau lectorat américain (Tales of the Dragon Guard publié par Marvel) peu habitué à la ligne européenne.

J’ai débuté ma lecture par le tome 22 et même si globalement j’ai compris de quoi cela parlait, des choses m’ont échappé car il fallait avoir certaines références en tête. On s’aperçoit vite que le postulat de départ, « une histoire par tome », ne tient pas longtemps, et que pour comprendre tout les tenants et les aboutissants mieux vaut aborder la série dans son ensemble. Il y a à boire et à manger ici, on peut dire que le très bon côtoie le risible et le dispensable.

Je précise, en aparté, que j’accorde davantage d’importance aux graphismes qu’aux scénarios et qu’en temps normal je ne me pencherai pas sur des albums qui me rebutent sur ce point. Mais dans un souci de me montrer plus juste, et afin de mieux comprendre la série, j’ai dû me « forcer » à lire certains tomes que je trouve moche.

Tome 1 Jaïna
On sent que le projet de départ était de partir sur un one shot mais que l’auteur en gardait sous le coude pour éventuellement développer son worldbuilding en cas de suite. La trame se veut concise et directe, avec succès. On parvient sans peine à s’immerger dans cet univers fantasy. De prime abord, l’idée de prendre pour protagonistes de vierges guerrières semble saugrenue, mais si on y réfléchit un minimum c’est assez novateur, seuls les quelques mous du bulbe pseudos-féministes à la noix hurlent à l’œuvre misogyne et rétrograde, incapables qu’ils sont de prendre du recul et de comprendre ce qu’ils sont en train de lire. Dans la littérature cliché de la fantasy, qu’elle est généralement le rôle de la vierge ? Celui de victime, qu’on offre en sacrifice à un monstre et qui est sauvé in extremis par le héros, bien entendu un mâle tout en muscles. Le mythe d’Andromède reformaté, voilà l’œuvre machiste arriérée.

La Geste propose exactement l’inverse : la victime devient héroïne guerrière, le mâle est rétrogradé au rôle de second couteau et assiste impuissant aux exploits en pied-de-nez de ces « dragon slayers ». Je pourrais presque penser à un récit « girl power » si ce n’était son ton résolument dark fantasy : entre massacres à grande échelle, dénonciation de l’avarice des soi-disant « sages », quête vaine avec une révélation finale ultra pessimiste ; les femmes ont beau avoir le rôle phare, elles doivent quand même faire avec les remarques débiles et sexistes, où quand La Geste nous renvoie à notre réalité de merde inégalitaire et phallocrate…

Je disais donc une histoire dark fantasy adéquatement mise en image par Alberto Varanda qui propose l’un des tomes les plus jolies sur les 23 actuellement sortis. Je ne connaissais ce dessinateur que de nom mais j’ai trouvé que son encrage très prononcé et son dessin assez proche de Régis Loisel permettent de planter une ambiance qui se révèle assez prenante. C’est vraiment superbe et il y a cette petite touche qui me fait chavirer avec un dessin d’une cité digne de Minas Tirith en double page ainsi que certaines compositions qui occupent une page entière. La seule chose que je peux lui reprocher c’est sa vision trop masculine de la guerrière fantasy, bonne pour faire fantasmer ces messieurs. C’est un faux-pas car cela vient saborder les bons points féministes du scénario, et j’y reviendrai plus tard mais on peut se désoler que davantage d’albums ne soient pas dessinés par des femmes. Désolé donc pour Varanda, mais la guerrière qui se bat à moitié à poil c’est de mon avis trop ringard et cliché.

J’ai lu la version originale avec la colorisation de Jung et je ne vois pas bien ce qu’on lui reproche. On a cette impression de filtre « couché de soleil » et des couleurs qui donnent l’impression de masquer le travail de Varanda mais je n’ai pas trouvé que la colorisation de Delphine Rieu, plus lumineuse et lisible, faisait réellement la différence. Les deux ont leur charme. Celle de Crazytoons en revanche dans la troisième édition n’est pas terrible. C’est un bonne entame à laquelle il manque juste un peu de liant, un peu moins de dialogues convenus et une conclusion qui ne méritait pas d’être ainsi bâclée. Un épilogue aurait été souhaitable.

Tome 2 Akanah
Akanah n’étant autre que la petite fille sauvée par Jaïna et Ellys dans le tome 1, on note la manière subtile qu’à Ange d’apporter du liant à sa série en tissant un fil conducteur entre chaque album tout en offrant la possibilité de les dissocier. Un scénario intéressant qui met en avant les tergiversations de l’héroïne qui a choisi la voie des Chevaliers Dragons par défaut. Lors de sa première mission elle sera confrontée à la vraie vie en dehors de l’école, et va s’apercevoir qu’un autre chemin que la mort est possible et qu’il n’appartient qu’à soi-même de décider de son futur. Mise à part l’excellente tragédie du prélude, le reste de l’intrigue est marqué par les divisions sous haute tension et ne m’a pas semblé suffisamment convaincant. Il en ressort un tome qui se parcours rapidement mais sans parvenir à marquer les esprits. Reste la bonne synergie entre le dessin de Philippe Briones dont le style est clairement inspiré par les comics US, et les couleurs de Stéphane Paitreau qui fait mieux que ses prédécesseurs sans pour autant emporter mon adhésion.

Tome 3 Le Pays de non-vie
Ce troisième volet introduit Les Sœurs de la Vengeance déjà évoquées dans les histoires précédentes et dont le lecteur se demandait jusque-là qui elles sont et quelle est leur utilité. Ces dernières sont un peu l’ultime recours, la solution finale « atomique » en cas d’échec des Chevaliers Dragons. Judicieusement les auteurs n’abuseront pas de cet effet d’artifice. Tout au long de la série elles planeront comme une menace latente. Ce tome ressemble au précédent puisqu’il est encore une fois question de choix et de trouver sa place dans cette société d’hommes. Néanmoins il introduit une touche de folie avec un climax qui arrive à point nommé. J’ai bien aimé la tension grimpante contrairement au tome précédent que je trouvais un peu surfait. Deux histoires sont développées en parallèle dont l’une est consacrée au Chevalier Dragon enquêtrice Mara et qui apporte un peu d’autodérision de la part d’Ange qui met en scène pour la première fois une femme « armurée », ce que les hommes ne manquent pas de faire remarquer. J’ai également beaucoup apprécié la conclusion en clin d’œil au tome 2 : celui-ci étant consacré au futur d’un personnage mineur rencontré furtivement dans le tome 1, le tome 3 est consacré logiquement à l’enfance d’un personnage secondaire du tome 2. Le dessin de Sylvain Guinebaud ne me plaît pas des masses tant je le trouve épuré sur les décors et les seconds plans. Néanmoins les couleurs de Stéphane Paitreau relèvent l’ensemble. D’un autre côté, au pays de non-vie il est un plutôt normal de trouver des paysages désertiques. Mais du coup l’ensemble n’est pas super tape-à-l’œil.

Tome 4 Brisken
Décidément, j’aime la façon dont Ange construit par bribes son univers. Les fils s’entrecroisent, la toile d’araignée commence à avoir de la gueule. Brisken est cette célèbre bataille évoquée du bout des lèvres par la vieille Oris dans le tome 2. Cette dernière est bien évidemment de la partie. Quel dommage d’avoir rappelé Philippe Briones sur ce tome 4, dessinateur qui a certainement du talent mais pour lequel je ne peux m’enthousiasmer, question de goût. Que ce soit Jarry sur Nains, Gemmell et sa passe de Skeln dans Drenaï, ou moult écrivains de fantasy ; aucun ne peut s’empêcher d’écrire son 300 fantasy et nous rejouer la bataille des Thermopyles, voir ici un côté Starship Troopers. Ange n’y déroge pas. L’histoire est donc supra cool et propose quelque chose de différent pour changer, mais elle est plombée par un dessin que je trouve comics random moyennasse sans constance. De plus Briones est beaucoup moins bon que sur le tome 2. Du gâchis.

Tome 5 Les jardins du palais
Ce tome marque une certaine rupture par rapport au travail construit précédemment, car là pour le coup et sur les quelques numéros suivants, on passe vraiment à « une histoire indépendante par tome ». Une histoire où Ange avait visiblement envie de se faire plaisir avec pas mal de références à la culture populaire : on débute par du survivalisme clin d’œil au film Predator pour terminer sur un bon vieux Donjon & Dragons des familles, avec son lot d’exploration en huis-clos dans un château abandonné, diverses créatures hostiles de plus en plus grosses et dangereuses, de nombreux pièges et chausses-trappes, et bien sûr un trésor à dénicher. Même si c’est plutôt plaisant pour un rôliste, le fond est d’un intérêt moindre avec une histoire de rivalité entre deux Chevaliers Dragons pour savoir qui qu’a la plus grosse pair. Si on y rajoute le fait que le scénariste s’appesantit trop lourdement sur une scène de menace de viol (« j’te viole, j’te viole pas, oui mais non mais en fait non »), il en ressort un effet « pschitt ». L’encrage de Christian Paty est globalement soigné mais les visages manquent cruellement d’expression et ses compositions ne sont globalement pas à la hauteur. On a envie d’en mettre plein la vue avec une architecture antique et lézardée à la Castlevania mais je n’ai pas été subjugué par le rendu. Il y a néanmoins de bonnes idées en hommage à Frank Frazetta avec la Chevalier Dragon au sommet d’un tas de cadavres fumant.

Tome 6 Par-delà les montagnes
Danse avec les Loups dure plus de 3 heures. Difficile de faire l’équivalent en 48 pages. C’est pourtant en outre le pari entrepris ici. Le récit débute tambour battant pour mieux nous endormir par la suite, car ce ne sont que palabres et sensibleries de bas étage étalées sur une intrigue plus que poussive. Développée sur plusieurs tomes cela aurait pu faire une chouette histoire car de l’émotion il y en a, malheureusement trop vite bazardée, la mayonnaise n’a pas le temps de prendre. Pas grand-chose à dire sur le dessin de Laurent Sieurac tant j’étais assez stupéfait par la baisse de régime de Paitreau sur les couleurs, pénibles à regarder. Voilà, de la neige, un ciel bleu nuit, beaucoup de montagnes, blanches, et un trait pas toujours lisible, ce n’est pas le meilleur de La Geste assurément.

Tome 7 Revoir le Soleil
Ange a-t-il les yeux plus gros que le ventre ? Débutant sur un flashforward, l’histoire avait un potentiel intéressant, malheureusement impossible à développer sur un one-shot. Tout va bien trop vite et je n’ai pas eu le temps de m’attacher à ces personnages dont le traitement psychologique n’ait qu’effleuré. Potentiellement captivant car j’ai bien aimé le background sur cette société aristocrate décadente en fin de race, amorale, corrompue mentalement et physiquement par le Veill. La révélation arrive à point nommé, pour « la grande bouffe », cela m’a rappelé une scène de Van Helsing. Mais à côté de ça il y a des trucs qui m’ont fait sortir de ma lecture comme la cérémonie de l’accouplement que j’ai trouvé un peu too much. Je comprends bien qu’on veuille aller à fond dans le vice et décrire le pire du pire, mais ce n’est pas super crédible sur le coup. Et puis pourquoi mettre en scène les salopards en mode tragédie grecque dans le final Pompéien ? Je regrette que Thierry Démarez n’est pas dessiné toute la BD dans le même style que l’illustration de couverture, superbe. Je commence à trouver étrange qu’on change de dessinateur à chaque fois mais qu’en revanche le coloriste Stéphane Paitreau soit toujours de la partie, car celui-ci alterne le correcte et le moins correcte selon le dessinateur.

Tome 8 Le Chœur des Ténèbres
Le titre est sans ambiguïté en annonçant clairement qu’il s’agit d’une adaptation de la nouvelle Au cœur des ténèbres de Joseph Conrad dont tout le monde connaît l’adaptation cinématographique de Coppola, Apocalypse Now, qui se déroule dans le contexte de la guerre au Vietnam. Ange nous en propose sa vision fantasy mais pour l’originalité on repassera. La présence de Joseph, barbare local taciturne, rappelle le Conan de Robert E. Howard, et sa relation avec la Chevalier Dragon Mary rappellera aux fans la nouvelle La Reine de la côte noire. C’est une histoire où l’action se fait plus discrète, elle ne se manifeste que pour de courts massacres orgiaques. C’est un tome plus psychologique qui travaille sur les remontées de l’inconscience, la folie qui gagne ses personnages à mesure qu’ils s’enfoncent dans la jungle. Le genre qui réclame un dessinateur à la hauteur du projet et auquel Fabrice Meddour répond présent. Son encrage profond et ses compositions minutieuses qui ne laissent aucun espace vide et qui empêchent le lecteur de souffler en font une totale réussite. Il possède un style que je trouve assez proche de celui de Mohamed Aouamri. La ressemblance est même assez frappante puisque j’y retrouve les mêmes erreurs de proportions que pouvait avoir M. Aouamri sur Mortepierre. Une histoire franchement pas évidente à décrypter, honnêtement je suis loin d’avoir tout capté et c’est aussi cela qui me plaît en partie. Conclusion : un dessin immersif et une intrigue qui pour une fois vole au-dessus des marais ont suffit pour me satisfaire.

Tome 9 Aveugles
Il est pas mal du tout ce thriller. Chronologiquement, Ange revient à l’époque des premiers tomes, 10 ans après le drame Brisken. Il était donc tout naturel de retrouver le Chevalier Oris ainsi que des personnages clins d’œil comme Mara (T3) la petite conteuse de la légende, ainsi que Snejana (T6). Jeu de fausses pistes, trahisons, complots, enquêtes, Aveugles porte bien son nom. Plusieurs fils d’intrigue se nouent avec d’un côté un « Drôles de Dames » horreur survivaliste, de l’autre un récit d’espionnage en lien avec Brisken, et une sous-intrigue dont le dénouement aura des répercussions sur les tomes à venir. Résultat concluant pour un tome de transition, d’autant plus lorsqu’on suit la série depuis les débuts et qu’on commence l’air de rien à s’attacher à l’univers. Qu’on se le dise, La Geste n’a rien à voir avec cette série pour ados boutonneux dont certains l’affublent. C’est plus dark qu’il n’y paraît car ça se termine souvent en eau de boudin. Le dessin de Francisco Ruizgé est au petit oignon, d’une grande finesse avec le sens du détail, je regrette cependant qu’il n’ait pas davantage de planches spectaculaires à réaliser.

Tome 10 Vers la lumière
Il y a des albums tellement mieux que celui-là que je ne m’étendrai pas longtemps. Je n’apprécie pas ce mélange des genres où on pioche dans le manga pour le charadesign, le comics US dans cette mise en scène très éclatée, le rendu est franchement laid. Pour en rajouter une couche, les couleurs à l’informatique de Paitreau et Takayama sont dégueulasses mais on ne pouvait guère faire mieux à partir de tels graphismes. Même au niveau de la conception je ne comprends pas qu’on replonge dans les trucs anachroniques steampunk des débuts comme les bateaux volants, et qu’on en revienne au délit des « big boobs » dont on a répété que c’était cliché et con. Pour finir, la couverture est vilaine. A part introduire pour la première fois la tribu esclavagiste des Sardes, ce scénario ne propose pas grand-chose hormis une histoire de prophétie capillotractée (MDR le gamin qui se laisse kidnapper avec joie sans aucune protestation alors que sa mère chiale et qu’il a passé son temps à dire qu’il n’aimait pas les esclavagistes. C’est incohérent de bout en bout).

Tome 11 Toutes les Mille et une Nuits
Nous sommes bien des siècles après Brisken, l’époque du leitmotiv des Chevaliers Dragons « nous ne nous mêlons pas de politique » est désormais bien loin. L’âge héroïque n’est plus et l’ordre ne se soucis plus du bien général, le pouvoir et l’argent l’ont corrompu. De politique, de rites absurdes et inhumains (pourtant condamnés à l’époque du tome 9), de règlements administratifs, il n’est presque plus question que de cela. Et toutes les mille et une nuits les 33 ordres existants se réunissent au Fort pour débattre de la politique militaire à mener. C’est un brûlot sur le pouvoir en lui-même, sur les gens l’exerçant et qui, si l’on n’y prend pas garde sont aisément corruptibles. Le temps ensuite fait sont œuvre, les exploits passés et les nobles intentions qui avaient conduit à la création de l’ordre sont oubliés. Je l’attendais ce tome dessiné par Looky, artiste dont j’apprécie les compositions et les décors souvent bien détaillés. Je regrette qu’il ne soit pas accompagné de son collègue d’Hercule (Soleil), Olivier Thill, avec lequel il fait des merveilles. C’est du beau travail, Looky s’inspire de l’art médiéval notamment les enluminures et l’architecture romane, peut-être aussi de l’art islamique tant le Fort à des allures de Royaume de Jérusalem. Un bémol cependant car si je lis la série c’est parce qu’il s’agit de fantasy, hors ce tome 11 c’est de la low fantasy. Mais vraiment « low » alors ! Je trouve intéressantes les intrigues de palais, histoire d’étoffer l’univers, mais attention à ne pas non plus s’éloigner du sujet de départ.

Tome 12 Ellys
Retour vers le futur avec un prologue centré sur Ellys, l’écuyère survivante du premier tome, Jaïna ! (ça ne nous rajeunie pas). Une histoire consacrée au thème de la rédemption, Ellys n’ayant jamais pu se pardonner la mort de sa maîtresse, parviendra-t-elle à expier sa faute ? Et c’est bien connu, pour avancer il faut parfois revenir sur ses pas, la confrontation avec un dragon sera l’élément déclencheur pour mettre fin à sa malédiction. Devenue duchesse, elle devra également déjouer les coups tordus de sa belle-famille qui ne l’a jamais acceptée, et venir en aide à l’unique survivante de la tribu de N’aria (référence sympa au tome 6). Une histoire touchante, pleine de bons sentiments, et comme je me suis pris d’affection pour la protagoniste j’ai donc bien aimé ce retour aux origines. Pour ne rien gâcher les graphismes de Brice Cossu sont corrects, sans être renversants.

Tome 13 Salmyre
Salmyre est une ville commerçante prospère mais en proie à des conflits internes. Le pouvoir est entre les mains d’une famille corrompue, les Pergia (clin d’œil évident aux Borgias), mais le pas si preux Lancelot, oups ! Lancelas, par un concours de circonstances déclenche une révolte avec son ami le comte de Traville (Tréville des Mousquetaires). Ainsi il devient calife à la place du calife. Rien n’aurait été possible sans l’alliance des patriciens (alliés de Lancelas) et de la plèbe, incarnée par la Chevalier Dragon, Alène. Alène est déjà une héroïne à ce moment-là, dont les exploits ne se comptent plus. Cependant, l’ordre des Chevaliers Dragons qui bien entendu « ne se mêle jamais de politique », ne voit pas d’un bon œil le mariage de ces deux héros et réclame la tête de la renégate Alène. C’est la guerre !

Un tome qui surpasse tous les autres jusqu’à présent tant il est chargé d’émotion, de courage mais aussi de machiavélisme. Mis à part l’ordre de Messara dont le véritable intérêt demeure flou et l’invasion limite invraisemblable, point de méchant-méchant ni de gentil-gentil. Du côté de Salmyre, les personnages sont droit comme un « i », ont des valeurs transcendantes universelles, luttent pour la liberté et l’intérêt général, et pour une fois la nouvelle noblesse est à la hauteur et défend la justice et connaît le sens du sacrifice (parfois très lourd…).

Un formidable one-shot qui aurait bien mérité deux tomes. Et pas seulement pour mieux développer l’histoire que je trouve déjà pas mal ficelée : on comprend que l’on est plusieurs décennies après le tome 9 grâce à la mention d’Hassan le prêtre et d’une apparition de la matriarche Alia. Non, il est aussi formidable grâce au trait de Vax. Varanda a trouvé à qui parler ici car c’est bien le plus bel album depuis le tome 1. Salmyre est un cité orientale d’une grande richesse visuelle, digne de la Bagdad du califat abbasside. Je n’ai pas pu m’empêcher de penser à Xena la princesse guerrière en voyant Alène. La brune plantureuse possède les mêmes postures, la même carrure et ce tempérament à la fois sauvage et le port altier de Lucy Lawless (d’ailleurs, Xena n’est-elle pas crucifiée à la fin de la série ? ). Sans oublier que comme Xena était accompagnée de la blonde Gabrielle, Alène se bat au côté de la blonde Lore… la relation lesbienne en moins. Pour une fois Stéphane Paitreau a dû vraiment s’éclater aux couleurs, on passe décidément de la nuit au jour selon le dessinateur choisi car là c’est bluffant. Oh, et la couverture ultra badass mettra bien le bouquin en valeur sur mon étagère.

Tome 14 La Première
« A chaque génération il y a une nouvelle élue, elle seule devra affronter les vampires, les démons et les forces du Mal. Elle s’appelle Buffy... » Bon dit comme ça je donne l’impression de m’être planté de série, mais en fait je me demande comment ai-je fait pour ne pas me rendre compte plus tôt des points communs entre cette BD et cette série télé. Cet album m’y a fait penser car à un moment dans Buffy certains épisodes sont consacrés à l’origine de la Tueuse, d’où lui vient son pouvoir, la première passation tout ça, et dans les deux cas il faudra remonter aux premiers âges pour identifier la source-mère. Buffy, La Geste, même combat au final : idéologie post-féministe, lutte contre les figures patriarcales, pouvoir littéralement féminin. Étrangement, personne n’a jamais traité Buffy de série rétrograde et machiste… Tout ça pour dire que j’ai bien aimé le pitch. J’ai moins aimé la construction qui fonctionne sur le modèle du conte : Ange reprend les apprentis Chevaliers Dragons du tome 11 qui passent par la salle des fresques où une sage leur raconte comme de coutume une geste de leur ordre. Seulement, trop d’interruptions du conte pour revenir au présent ont fini par me sortir de ma lecture. Le dessin de Palma, tout comme la transition sur la fin avec Cossu et Sentenac, ne m’a pas emballé. Je trouve le trait un peu « pâteux » et sans finesses.

Tome 15 L’ennemi
Clairement dispensable, une histoire qui non seulement n’enrichit pas l’univers mais qui en elle-même n’offre aucune distraction. Les personnages sont idiots à l’image du sultan Sakris, prêt à mettre en péril des accords diplomatiques juste pour satisfaire sa libido. Je n’ai pas bien saisi le thème ici. Toujours-est-il qu’on a une historie d’évasion d’un harem qui m’a rappelé une partie du roman Les Derniers Parfaits de Paul Beorn. Un dessin proche du tome 10 avec un charadesign cartoonesque pas du plus bel effet. Il n’y a aucune cohérence graphique par rapport au tome 11 dont le récit se situe presque à même époque, on passe d’une inspiration médiévale à quelque chose imitant costumes et bals dansant du XVIIème siècle.

Tome 16 La Déesse
La religion dans le monde de La Geste avait été mise de côté jusqu’à maintenant. Ce tome est logiquement consacré à la religion comme instrument du pouvoir dans le but de manipuler les foules. Après une bataille acharnée contre un dragon, une découverte stupéfiante est faite dans une caverne située alentour : une statue géante sculptée dans la pierre représentant de façon sommaire une femme. C’est la panique chez les syndiqués du dieu unique Hâman dans la ville d’Arsalam située tout proche de la découverte, car l’ordre des Chevaliers Dragons « qui ne se mêle pas de politique » pourrait bien se mêler de religion afin d’étendre un peu plus son emprise. Vous l’aurez compris, un tome une fois de plus politique où toutes les pourritures corrompues se tirent la bourre pour imposer leur domination : d’un côté des mâles conservateurs, de l’autre des femmes réclamant des droits avec le soutien de l’ordre. Objet symbole d’un culte païen de la déesse-mère ? Dans un monde phallocrate faisant écho à notre réalité, Ange (ou Cossu) s’inspire des statuettes préhistorique du paléolithique appelées « Vénus » (en l’occurrence la Vénus de Willendorf) pour rappeler que divinité masculine ou divinité féminine (Ishtar, Amaterasu, Aphrodite, Astarté…), cela importe peu si les dogmes prodigués derrières sont sources de clivages et de divisions alors qu’ils devraient tendre à l’universalité et surtout, être unisexe. Une histoire intéressante brillamment mise en image par Brice Cossu dont je trouve le trait bien plus joli que sur le tome 12. Bien détaillé etc. Les couleurs de Paitreau sont au niveau donc c’est un chouette album au-dessus du panier.

Tome 17 et 18 Amarelle – La guerre des Sardes
Premier diptyque de La Geste, Amarelle la petite initiée dont on suivait le rite de passage dans le tome 11 a depuis bien grandi. C’est le moment fatidique, une époque charnière dans l’histoire de La Geste, les pièces misent en place dans les précédents albums entre en action : Amarelle et Soriko (T11), Louis (T10), les jumelles Hersana et Rhinna, et Charmont (T15), il y a des héros des deux côtés, envahisseurs comme assiégés. Un superbe récit de guerre sale (prends-toi ça dans les dents Rogue One! ) qui a des allures de guerre de Troie, de prise de Rome par Alaric ou Brennus ou qu’importe… un grand classique que le combat du civilisé en infériorité numérique contre les tribus nomades barbares unifiées qui déferlent par centaines de milliers. Les dragons ne sont en retrait que pour mieux resurgir. Suspense garanti et suite à venir (ça pue les conséquences du traité de Versailles cette histoire…). Les graphismes de Vax sont toujours aussi bons, toujours de nombreux clins d’oeil, excepté le dragon Godzilla que je trouve loupé et pas impressionnant, mais sinon c’est un vrai plaisir de le relire après quelques tomes en-dessous. Et dire qu’il y en a pour dire que La Geste c’est de la fantasy pour young adult décérébrés… c’est devenu vachement sombre et violent la fantasy pour ados…

Tome 19 L’Antidote
Chronologiquement situé après le tome 9, nous retrouvons un duo de Chevalier Dragon bien connu, les intrépides et complices Akanah et Eleanor. J’ai l’impression qu’avec ces deux-là il y a davantage d’humour, un peu comme un tome de décompression entre deux histoires plus sérieuses, et ce n’est pas pour me déplaire, leur complicité marche à merveille, on respire un bon coup. Elles sont alcooliques, bagarreuses, truqueuses, anti-conformistes, on dirait un duo de flics style Riggs et Murtaugh. Une histoire de portes-flingues dans une ambiance de western habilement nappé du cinéma de baston Hong-kongais et où il est question d’escorter une précieuse cargaison. En résumé comme le dit la Matriarche : « c’est une mission classique ». J’aurai pu marcher à fond dedans si ce n’est la grosse invraisemblance scénaristique qui veut que deux Chevaliers Dragons escortent une caravane de rien du tout alors que la logique voudrait qu’elles voyagent incognito ; et surtout aussi les graphismes de Patrick Boutin-Gagné. Voir mon avis sur le tome 15, je ne suis vraiment pas client même s’il faut reconnaître que sa mise en scène est dynamique.

Tome 20 Naissance d’un Empire
L’épilogue de la guerre des Sardes prend pour thème l’intégration et l’assimilation. Tandis que d’un côté l’empire d’occident panse ses blessures encore vives, de l’autre l’empire d’orient d’Arsalam a davantage de pain sur la planche : sédentariser la nation Sarde nomade depuis tout temps, rebâtir, et réussir à faire cohabiter tout ce petit monde avec les anciens peuples esclaves et les populations locales qui passent de l’Alsace allemande à française. Cet empire manque cruellement d’un socle commun capable d’unifier, et c’est tout l’enjeu ici. Deuxième tome dessiné par Looky et deuxième fois que j’en ressors frustré car j’admire la patte graphique de cet artiste mais il faut bien dire qu’on ne lui confit pas les meilleurs scenarii. J’ai trouvé intéressant d’évoquer en filigrane le devenir de l’Ancienne qui s’était battu sur le front nord et dont on était sans nouvelle, mais pour le reste, encore des histoires de coups tordus et d’étrangleurs ottomans… Bon d’accord le final est plutôt réussi mais entre parenthèses il faudra m’expliquer comment cela se fait que les dragons ne crachent du feu qu’une fois sur deux et uniquement quand cela arrange bien le scénariste. C’est un des défauts de La Geste, il faut faire avec pas mal d’incohérences.

Tome 21 La Hache d’Ishtar
Un tome transitoire qui ne met pas cette fois en avant des femmes mais une arme mythique de l’ordre : La Hache d’Ishtar. Cette arme avec ses lames en formes d’ailes de papillon (big up aux lecteurs de Gemmell), est une des trois armes primaires forgées dans les profondeur du Mordor, enfin dans un volcan quoi, où le premier dragon fût inhumé. Cinq histoires illustrées chacune par un dessinateur différent, retraçant le parcours de l’arme maniée par moult Chevaliers Dragons célèbres au fil des millénaires. J’ai apprécié à différent degré selon le dessinateur : un bon gros kif pour la nouvelle des mercenaires dessinée par Ronan Toulhoat et son encrage puissant ; les graphismes très obscurs d’Alexis Sentenac sont bien dans le ton pour ce dernier baroud d’honneur, on dirait la sortie désespérée du roi Théoden à la fin des Deux Tours ; bien aimé retrouvé la non moins glorieuse Oris dans la nouvelle de Stéphane Collignon dont j’ai toujours apprécié le trait ; déçu par Emmanuel Roudier dont j’ai vu mieux, l’histoire qu’il doit mettre en image correspond au récit classique du conte de fée, l’aspect dark fantasy d’Ange en sus ; pas très fan du quatrième chapitre de Thibaud De Rochebrune dans l’ensemble et qui n’amène pas grand-chose.

Tome 22 La porte du Nord
Voilà un album qui fait parti du bas de l’échelle. On tourne en rond. J’ai débuté ma lecture par celui-ci et il faut reconnaître qu’en lui-même ce tome raconte du rien, que-dalle. C’est Jon Snow (Le Trône de Fer) sur le mur d'Hadrien qui attend la menace de l'autre côté. Va-t-elle va finir par se pointer ? Et ben non. Le contenu est dépouillé d’action, de suspens. L’ennui est là et s’installe de bout en bout, Ange installe un rythme très languissant qui endort le lecteur aussitôt, et même l’ultime soubresaut atomique ne parvient pas à nous sortir de notre torpeur. Le dessin d’Alexe m’a énormément déçu. « Enfin ! » me disais-je, enfin une femme dessinatrice pour illustrer cette saga qui se voulait à la base destinée à un public féminin revanchard. Mais, elle est où la nana sur la couverture ? La Chevalier Dragon badass dans son armure en os de dragons ? Nul part, juste là pour attirer le chaland, vous ne la trouverez pas dans la bédé. Sinon en feuilletant l’album vite-fait j’ai pensé qu’il me plairait avec ce trait fin et lisible. Ben en fait, non, je me suis planté. C’est sobre à l’image du scénario, plat comme ma table basse.
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