Le Transperceneige
On est entraîné dans cette aventure et dans ce train malgré l’improbabilité de certaines situations, voire même de cette voie de chemin de fer infinie, où seul un train circule encore. Ou deux, mais c’est tout comme…
Le premier tome aurait pu se suffire à lui-même et n’être qu’un très bon one shot. Mais les auteurs ont su avec les deux suivants relancer la circulation d’un train et l’intérêt de cette histoire originale.
Un peu plus de concision dans les deux derniers tomes aurait par contre dynamisé le récit. Surtout dans une série qui utilise pas mal l’ellipse, les zones d’ombre (pour ne pas parler de grande nuit !). Un seul tome supplémentaire aurait suffi à mon sens, pour réanimer une série qui explore pas mal de thèmes – même si elle n’en approfondit pas beaucoup : qu’en est-il de la vraie vie des passagers des deux trains ?
Dans ce huis-clos en mouvement, plusieurs thèmes sont mêlés, revisités, et souvent habilement.
Tout d’abord la lutte des classes, dans tous les sens du terme, puisqu’on est dans un train, et que les troisièmes classes (ou du sud) rêvent d’intégrer les nantis des premières classes (ou du Nord).
Ensuite, il y a là une intéressante présentation critique des moyens utilisés par l’oligarchie dirigeante pour se maintenir au pouvoir, garder – cachés ! – ses privilèges : le côté abrutissant des jeux, la religion – qui illustre bien ici « l’opium du peuple » dénoncé en son temps par Karl Marx…
Le malthusianisme affiché par cette société sclérosée, ajoutant aux frustrations (espace, libertés restreints) et censé retarder l’échéance, enclenche en fait un compte à rebours pour la petite société emportée dans son voyage sans fin.
Bref, du déjà vu, mais pas forcément comme ça, qui brasse pas mal d’influences de la SF (les voyages virtuels, le monde post apocalyptique, la fusion homme-machine…), mais qui ne les utilise généralement que comme décor.
La trame, une fois planté – ou effacé ce décor, est alors classique, même si elle est intéressante.
L’utilisation du Noir et Blanc est convaincante et va très bien avec le sujet. Le dessin est pas mal, sans plus, ceci étant valable pour les deux dessinateurs successifs.
En conclusion, une bonne série de SF, avec une note réelle de 3,5/5. Un achat conseillé, même si l’on peut facilement se contenter du premier tome, le meilleur, les deux autres n’apportant finalement pas plus de réponses aux questions qu’on se pose à la lecture de "L’échappé". |