Les reportages BD / Atelier Armageddon

Janvier 2013 – Angoulême. Alors que mon entretien avec Benoit Ers se termine, nous discutons ensemble de notre belgitude et de nos racines liégeoises. C’est ainsi que Benoit me parla de l’atelier Armageddon, dans lequel il officie. « Passes-y un jour, si tu veux ! » me glisse-t-il au détour d’une phrase. Pensez si cette invitation n’était pas tombée dans l’oreille d’un sourd !


Une buse suspendue au plafond de l'atelier La vie de journaliste amateur nous offre parfois des opportunités magiques…

Janvier 2013 – Angoulême. Alors que mon entretien avec Benoit Ers se termine, nous discutons ensemble de notre belgitude et de nos racines liégeoises. C’est ainsi que Benoit me parla de l’atelier Armageddon, dans lequel il officie. « Passes-y un jour, si tu veux ! » me glisse-t-il au détour d’une phrase. Pensez si cette invitation n’était pas tombée dans l’oreille d’un sourd !

Octobre 2013 – Liège. Au loin nous parviennent les échos de la Foire tandis que nos pieds foulent le pavé d’une petite rue du centre de la principauté. Une porte, une sonnette attribuée à un quidam au nom des plus communs, un index (le mien) et le sort en est jeté : nous nous apprêtons à pénétrer ce qui, dans mon imagination, devrait ressembler à une harmonieuse synthèse du Saint des Saints, de la caverne d’Ali Baba et des bureaux de Dupuis si souvent décrits par Franquin via son Gaston.

Notre arrivée à l’atelier confirme un peu ce sentiment… avec un petit côté antre de moine copiste cependant. Le calme règne. Le sérieux semble de mise. Pourtant, une buse suspendue au plafond et des casques coloniaux posés sur des bibliothèques me rappellent que c’est dans la bouche de Prunelle que j’ai pour la première fois lu le terme de « capharnaüm ».

Benoit Ers, notre précieux sésame, ne peut nous accueillir de suite mais, qu’à cela ne tienne, nous avons prévu une arme secrète. Deux tartes vont servir d’appâts tandis que les différents membres de l’atelier défileront à leur gré dans la cuisine, se prêtant avec gentillesse à notre curiosité en échange d’une portion sucrée.

PRESENTATION DE L’ATELIER

Eric Warnauts au travail L’atelier se compose à l’heure actuelle de 9 dessinateurs : Mathieu Barthélémy, Batem, Ludo Borecki, Clarke, Benoit Ers, Corentin Longrée, Marc-Renier, Johan Pilet et Eric Warnauts. Excusez du peu ! Presque tous sont présents ce jour (chose rare, apprendrai-je plus tard, et en notre honneur, qui plus est) et nous aurons l’occasion de discuter avec chacun d’eux. Mais laissons-leur la parole :

« On a commencé cet atelier-ci, mais pas avec les mêmes personnes, rue des Clarisses, en 2001-2002. L’immeuble a été vendu et on a dû évacuer. J’étais tellement dépité que j’ai voulu acheter l’immeuble mais ce n’était pas possible donc on est rentré chez nous crayons sous le bras. Pendant 1 an, 1 an ½ on s’est tous retrouvés chez nous. On se voyait de temps en temps et puis un jour Johan, qui faisait partie de l’équipe me téléphone et me dit « voilà, j’ai la possibilité, je crois que j’ai trouvé un endroit ». En fait, il habitait ici et il achetait une maison et devait quitter les lieux et trouver un locataire. Donc ça l’arrangeait lui, ça nous arrangeait nous, ça arrangeait tout le monde. Il nous a tous rassemblés ici, les gars de l’époque. Il y avait Stéphane Colman, Saive, Fabrizio Borrini et moi, nous étions le noyau dur. Frédéric (Frédéric Seron, alias Clarke – ndj) venait de façon épisodique et il avait dit que si un jour un atelier se refaisait, il viendrait d’office et il est là depuis que nous sommes ici. » (Batem)

Un dessin qui représente Armageddon saison 1 « Ici à l’atelier, on compte en saisons, comme dans les feuilletons américains. On est Armageddon saison 6. Là, tu as un dessin qui représente Armageddon saison 1. Tout y est déjà mais tout a changé quelque part. » (Benoit Ers)

Mais pourquoi cet appartement plutôt qu’un autre ? me direz-vous. A nouveau, Batem nous offre les premiers éléments de réponse.

« L’atelier ici, c’est un bel espace, merveilleux et qui se prête parfaitement bien. Il y a les non-fumeurs et ceux qui veulent fumer. C’est un problème pour certains même si, personnellement, je m’en fous éperdument. Donc voilà, il y a la pièce du fond, occupée actuellement par Frédéric et Corentin, et ce grand plateau. L’aménagement de celui-ci découle d’une idée de la femme de Stéphane Colman. Elle s’est dit « avec un grand espace comme ça, comment faire autrement que les tables contre un mur ? » Elle a vu ces petites étagères chez Ikea. On en a acheté une pelletée et on a commencé à faire nos box, qui sont modifiables, parce qu’on n’a pas toujours été 9. On peut changer comme on veut en fonction des tables. On est tous ensemble mais chacun chez soi en même temps, c’est parfait. » (Batem)

Johan Pilet au travail Les horaires, eux, sont totalement libres et chacun fonctionne comme bon lui semble. Il y a les lève-tôt, les couche-tard et ceux qui, à l’image de Benoit Ers, cherchent à reproduire un horaire de travail « de fonctionnaire ».

Mais comment est-on admis à travailler dans l’atelier ?

« L’admission de tout nouveau membre se fait à l’unanimité. Si une seule personne refuse, c’est non ! » (Benoit Ers)

« Au tout début, on avait reçu un jeune gars et ça ne servait à rien qu’il vienne ici parce que de toute façon il n’était pas bon, il n’allait jamais rien faire dans ce milieu-là. » (Johan Pilet)

« Il y a aussi une part de hasard. Il y en a qu’on prend où ça ne marche pas, il y en a qu’on prend où ça marche. Ludo, c’est moi qui l’ai amené, je l’avais rencontré par hasard. Ca a bien collé et il est toujours là. » (Clarke)

Clairement, les membres de l’atelier sont là pour travailler. Le mythe en prend un coup mais nous avons face à nous des professionnels et non plus des étudiants. Et si l’ambiance entre eux est importante (« Pas encore eu de grosse bagarre » nous confiera Marc-Renier), le respect semble essentiel. Clarke nous confiera d’ailleurs cette intéressante remarque :

Le bureau de Batem « Tout le monde s’entend bien parce qu’on n’est pas interdépendants comme dans une administration. Là, ça devient vite des trafics d’influence, des bagarres pour obtenir la place supérieure, une promotion,… Ici chacun bosse dans son coin. Et les fois où on travaille ensemble ne sont jamais que des opportunités, c’est par goût, par envie. Mais en aucun cas on n’est bridé par l’ombre que peuvent faire les autres sur notre propre travail. Chacun bosse. De toute façon, chacun d’entre nous pense que ce que font les autres c’est de la merde (rires), donc on est tout à fait à l’aise là-dessus. On est tout à fait indépendant. On se voit surtout pour papoter, bouffer des sandwichs ou se lâcher des blagues à 10 balles mais il n’y a pas de rivalité. Même en termes de notoriété ou de ventes. On est de toute façon tellement autistes et plongés dans nos bidules, que, que ça vende à 2.000 ou à 100.000, l’important c’est d’avoir fini un album. J’exagère bien sûr, il y a une déception si l’album ne marche pas, c’est clair mais ça ne se joue vraiment pas là-dessus. » (Clarke)

Benoit Ers ne fait que confirmer ces propos lorsqu’il me déclare : « Une des premières choses qu’on m’avait dite en entrant à l’atelier, c’était qu’on ne critiquait pas le travail des autres, on n’allait pas voir le travail des autres, sauf si il y avait une demande de la part de la personne. Et puis, surtout, qu’il n’y avait surtout pas de hiérarchie. » (Benoit Ers)

LES AVANTAGES DU CENTRE-VILLE

Ludo Borecki Mais pourquoi s’installer en plein centre-ville et s’exposer ainsi aux problèmes de parking ? A ce sujet, les réponses divergent mais tous y trouvent leur avantage.

« J’enseigne à Saint-Luc qui se situe en Outremeuse et, en travaillant à l’atelier je me retrouve à mi-chemin entre Saint-Luc et chez moi. Il me faut environ dix minutes que ce soit pour aller à Saint-Luc ou pour rentrer chez moi. Il y a donc clairement un côté pratique, même si ce n’est pas l’élément essentiel qui m’a motivé à rejoindre l’atelier. » (Eric Warnauts)

« Moi je viens en voiture, mais je me gare à Perpète-les-bains, là où les places sont gratuites. Comme ça 1 on ne m’ennuie pas et 2, tous les matins avant d’arriver, j’ai mes 20 minutes de marche et mes 20 minutes de marche dans l’autre sens le soir, ma petite activité physique minimale nécessaire à la survie de mes jambes. Et pour rien au monde je ne voudrais garer ma voiture ici à 3 mètres. Si je n’ai pas ma 1/2h de marche pour me déconnecter de mon travail, je suis malheureux. Là maintenant ça m’est vraiment devenu indispensable. L’atelier est super bien situé. Le seul problème c’est le parking, mais du moment qu’on accepte de marcher un peu… » (Benoit Ers)

« Si il te manque quelque chose, tu as une imprimerie pas loin. Tu trouves aussi de quoi manger dans les rues voisines… » (Batem)

De plus, même s’il porte un nom connu, rares sont les personnes qui peuvent identifier un auteur à son seul visage.

« On n’est pas des rock stars. L’adresse doit demeurer secrète, histoire de ne pas voir surgir certains collectionneurs. Mais on ne risque pas d’être assailli par des groupies, … et c’est bien dommage. » (Johan Pilet)

Pas des rock-star, d’accord. Mais nous avons quand même face à nous de fameuses personnalités. Et si le respect est un véritable leitmotiv, les vannes ne sont jamais loin !

Accéder à la BD Hell School LES PERSONNALITES – MORCEAUX CHOISIS

Batem et Benoit Ers auront ces mots au sujet de l’atelier :

« L’atelier, c’est une personne ! » (Batem)

« Il suffit du changement d’une personne pour que la dynamique de l’atelier change complètement. Mais il y a toujours un équilibre qui se crée. On sait que si untel est là, on ne peut pas faire ça. Mais, s’il n’est pas là, tous les autres le tolèrent… donc on ne se gêne pas. C’est vraiment une espèce d’alchimie qui s’est installée comme ça et qui est très riche en fait. Mais au début, c’est vrai que tout le monde se reniflait un peu l’arrière-train pour savoir comment fonctionner… On peut vraiment dire que l’atelier a ses humeurs… » (Benoit Ers)

Et ces humeurs sont déterminées par ses occupants… dont certains semblent être de fameux spécimens. Marc-Renier, à ce titre, occupe une place de choix et alimente (gentiment) les conversations :

« Faites une photo de son coin ! Petit à petit il a commencé à ramener des arrosoirs. Il y a des seaux avec des rouleaux, de la peinture, … Sous sa table, il n’a plus de place pour mettre ses jambes. C’est bien simple : quand je m’assieds à son bureau, j’ai l’impression de dédicacer au Cora de Messancy ! » (Batem)

« C’est vrai qu’il ramène plein de choses à l’atelier. Des machines dont on ne sait même pas à quoi elles servent, des ours en peluche, des buses empaillées,… » (Benoit Ers)

Et les dialogues fusent entre les joyeux dessinateurs :

Batem : - L’ours en peluche il n’est plus là, c’est dommage. J’aurais préféré que tu ramènes le seau et l’arrosoir et que tu laisses l’ours en peluche ici, il dégageait une bonne énergie.

Marsupilami - t27 - coeur d'étoile (Batem) Marc-Renier : - Il prenait beaucoup trop de place. Il était énorme cet ours, une grosse peluche presque imitation, même la fourrure.

Batem : - On s’attendait à tout moment à ce qu’il bouge, vraiment superbe.

Marc-Renier : - C’était la réplique d’un grizzly.

Batem : - On aurait juré qu’il était vivant, comme la buse empaillée qui n’arrête pas de regarder ma nuque.

Mais si Marc-Renier est reconnu pour ses talents de brocanteur, chacun semble pourvu d’un titre. Johan Pilet se définira lui-même comme le concierge de la bande, et ses talents d’imitateur alimentent les conversations. Il nous déclarera un moment : « Frédéric (Clarke) est en mode photocopieuse, aujourd’hui. » Il nous explique alors (démonstration à l’appui) que lorsqu’il est dans ce mode, Clarke marche à grandes enjambées décidées, et ne semble même pas remarquer le monde qui l’entoure. 5 minutes plus tard, Clarke traversera la cuisine… à grande enjambées et sans même nous remarquer… en direction de la photocopieuse. Les sourires en coin fusent, que l’artiste ne remarquera qu’au retour. Il semblera bien se demander un moment l’origine de cette hilarité mais continuera sa route après un bref instant d’immobilité, à grandes enjambées, toujours. Oui, Frédéric est bien en mode photocopieuse, aujourd’hui…

Quant à Benoit Ers…

« On sait bien par exemple qu’il est bricoleur donc quand il y a des conneries, en général il s’en occupe. » (Ludo Borecki)

Batem, lui, officie en qualité de trésorier. Les rôles semblent ainsi bien déterminés. Le ménage s’effectue par chacun. « On essaye un peu de nettoyer quand il faut mais on n’est pas super assidus… » (Ludo Borecki)

Et les blagues entre membres ?

« Pas vraiment mais on a un jeu à l’atelier : quand quelqu’un ne vient plus depuis très longtemps, on a des fausses toiles d’araignée genre halloween et on commence à en étaler petit à petit, chaque semaine une de plus sur la table. » (Benoit Ers)

TRAVAIL EN ATELIER Vs TRAVAIL A DOMICILE

L'employé du mois Mais s’il est bien une question que je me pose, c’est de savoir pourquoi, alors que le télétravail n’a jamais autant eu la cote dans notre société, des professionnels qui disposaient tous de la possibilité de travailler chez eux ont choisi de venir travailler ici.

Là encore, la réponse diffère en fonction des personnes.

« Le travail en atelier permet de voir du monde. Quand on bloque sur un dessin, on peut aller le montrer aux copains. Y a une émulation, puis c’est plus sympa. Ce qui est bien c’est que ça a toujours été un atelier assez hétéroclite, il y a des gens de tous les âges, des dessins très différents. » (Johan Pilet)

« Un des avantages de ce mode de fonctionnement, c’est qu’on ne refusera jamais un boulot, par exemple. Même si on craint d’être débordé, on sait qu’il y aura des collègues ici qui pourront nous aider. Ça c’est une grande force quand même. » (Ludo Borecki)

Les artistes les plus jeunes insistent sur ce sentiment d’émulation et sur le côté rassurant de côtoyer des artistes plus confirmés. Pour les plus anciens, les motivations sont parfois assez semblables même si ils nuancent leurs propos.

« Tout le monde à un moment donné a un coup de mou. Chez soi, on aurait tendance à se lever, à faire semblant d’arroser les plantes, un petit pipi, un petit café. Et chez moi, pour aller boire un café, je dois descendre les trois étages. Donc, après ce café, je ne suis pas naturellement enclin à remonter tout de suite ! Ici on lève la tête, on voit les autres qui sont en train de plancher, donc on continue. Il y a une émulation, c’est certain. Au niveau échanges strictement professionnels, il y a bien des petits tuyaux qu’on se donne par rapport aux contrats, mais ça se limite à peu étant donné qu'on est déjà tous des professionnels installés. A part de temps en temps des questions du genre « j’ai trois projets de couvertures, laquelle prendriez-vous ? », on discute rarement technique. Alors, oui, il arrive qu’un jeune dise « tiens, j’ai un problème pour faire une main, est-ce que tu pourrais m’aider ? » mais c’est plutôt rare, ce n’est pas le but de l’atelier. Ce n’est pas une école en fait. » (Batem)

« Si on vient ici, c’est surtout parce que l’on peut se lâcher des vannes et des calembours. Faut pas se leurrer ! » (Clarke)

Surgit alors une motivation à laquelle nous n’avions pas pensé : la vie familiale ! Et c’est Benoit Ers qui aborde en premier ce sujet.

« Il y a aussi le problème de la vie en couple. Personnellement, je vis avec une femme qui est toute la journée dans un paysager, qui parle à des gens, qui circule… Moi je suis toute la journée assis à ma table à dessin. Donc le soir, quand j’arrête, j’ai envie de sortir, de voir du monde alors qu’elle a envie de rester devant la télé et de ne plus bouger. Au bout d’un moment, ça ne peut plus fonctionner. Ici, je me remets dans la position de n’importe quel travailleur, je suis plus en phase avec ma famille et une société dans laquelle, grosso modo, tout est fait pour les gens qui travaillent, pas pour les artistes maudits qui décident à 3 heures du matin de faire leur planche. Donc je me suis vraiment astreint à des horaires de fonctionnaire. Je démarre tous les jours à la même heure, quasiment à la seconde près et à 18h pétantes, à quelques minutes près, je quitte. Sur le long terme, je gagne énormément, je suis plus productif. J’arrive, mon horloge biologique s’est mise au mode fonctionnaire, il me faut 3 minutes pour me concentrer et puis je suis parti. Alors que chez soi, c’est plutôt du genre « ah oui, mais je vais d’abord faire la vaisselle… ». Quand je suis arrivé à l’atelier, une de mes craintes c’était « est-ce que je vais réussir à travailler au milieu des autres ? » Et, en fait, c’est vraiment motivant. Tu lèves le nez parce que tu en as marre de travailler, qu’est-ce que tu vois ? Tous les autres qui travaillent, donc tu replonges… » (Benoit Ers)

Couverture de Ratafia tome 6 (Johan Pilet) « Et c’est d’autant plus vrai qu’effectivement, quand on sait que de toute façon à un moment donné il va falloir quitter les lieux d’une façon ou d’une autre, on en profite au maximum. Quand on est chez soi, on est souvent tenté. « Allez, je vais encore faire un mot croisé, tiens je vais appeler un copain… ». Ici d’abord on n’a pas le téléphone. On a le portable mais c’est vraiment en cas d’urgence. On vient pour travailler, donc on travaille. » (Batem)

Et lorsque j’aborde ce sujet avec Clarke, la réponse fuse :

« Il ne faut pas oublier un truc, c’est que la plupart des gens qui veulent travailler chez eux, ils ont passé une carrière dehors. Moi dans mon cas, ça faisait 20 ans que je bossais tout seul ! Marre, quoi. C’est plutôt une question de balance. Si ça se trouve dans 10 ans, j’en aurai ras le bol et je retournerai chez moi. J’en ai parlé avec Dany et on était d’accord, c’est une question de période. Lui il est resté 7 ans en atelier et à un moment il en a eu marre et est parti. Mais pendant le moment que ça a duré, c’était un vrai plaisir, il avait besoin de ça à ce moment-là. » (Clarke)

Emulation, besoin de trouver un équilibre, besoin de se rassurer, besoin de se structurer, besoin de créer une scission entre vie familiale et vie professionnelle («Regarde François Walthéry. A une époque, les gens débarquaient chez lui à n’importe quel moment. Pas moyen de travailler dans ces conditions, pas moyen d’être productif. Et puis ça te bousille la santé. » (Batem)).

« Quand je travaillais à la maison, j’avais les enfants qui passaient toutes les 5 minutes pour demander un truc. Ici, je peux plus facilement me concentrer sur mon travail. S’ils veulent passer, ils sont obligés de venir. Ils passent quand même, environ une fois par jour mais il n’y a pas de souci, on est tout simplement moins disponible, c’est aussi simple que ça. » (Clarke)

Besoin de voir du monde, aussi, comme nous l’explique Eric Warnauts :

« Même si, avec mon boulot à Saint-Luc, j’ai un peu plus de contacts sociaux, il y a eu des périodes, quand je travaillais exclusivement chez moi, en fin de journée, tout ce que j’avais dit, c’était « Bonjour, deux tranches de fromages, s’il vous plaît » en descendant en vitesse à l’épicerie du coin. Je ne m’ennuyais pas, je lisais, j’écoutais la radio ou de la musique. Mais, par contre, parler, il y avait des moments où si je n’étais pas sorti, il n’y avait rien et si j’étais sorti c’était encore limité. Mais si on veut enchaîner les pages, parce que c’est quand même ce qui est demandé, c’est comme ça… une fois qu’on est pris on est pris, on n’a pas envie que ça traîne non plus. Ici à l’atelier, on n’est pas dérangé, l’atmosphère est très studieuse, mais, en même temps on a des contacts sociaux. » (Eric Warnauts)

Accéder à la BD Les Amazones Pour Batem, l’atelier est une évidence. « Travailler, c’est ici, je ne me pose même pas de question. J’ai un atelier à la maison, mais c’est pas pareil. » (Batem)

ET LES COLLABORATIONS ?

Dernier avantage du travail en atelier : les collaborations. Les auteurs seront unanimes à ce sujet ce n’est pas le but premier mais, forcément, à force de travailler ensemble, des opportunités se créent.

« Le premier boulot que j’ai eu, c’est par Borrini comme coloriste (sur l’ancien atelier). Je fais de temps en temps des mises en couleurs pour d’autres mais c’est quand ça me plaît vraiment et que c’est pour quelqu’un de proche. Si à un moment donné il y en a un qui est à la bourre, il va d’abord demander à ceux qui sont là, ça me paraît logique. » (Johan Pilet)

Ludo Borecki est sans doute celui qui a pu le plus profité de ces collaborations puisqu’il a réalisé Les Amazones en compagnie de Clarke…

« Ludo cherchait un scénario… je ne sais plus très bien comment ça a commencé. Il avait une proposition avec quelqu’un d’autre mais ce n’était pas terrible et puis il n’arrivait pas à s’y mettre. Et puis en mangeant tranquillement notre sandwich on a papoté. Je ne sais plus très bien si c’est lui qui m’a demandé de lui faire un scénario, je crois que oui. Il m’a donné des croquis d’amazones, des grandes bimbos blondes à la Dany, « je vais te proposer de garder juste le titre ». A l’arrivée ça a donné ça. C’est venu par hasard en discutant. On est en train d’en faire un deuxième qui s’appellera Le labyrinthe. » (Clarke)

… et Tueurs de mamans en compagnie de Benoit Ers.

Accéder à la BD Tueurs de mamans « Ludo avait besoin de dessiner un peu et moi j’étais débordé, donc je l’ai pris sur « Tueur de mamans », on a fait ça à deux. C’est tout le temps comme ça, des échanges, ça part dans tous les sens. Par exemple, je me suis retrouvé un moment sans boulot et Fred avait besoin d’un coloriste, donc j’ai fait les couleurs pour Fred. Oui, c’est certainement un des avantages du travail en atelier. » (Benoit Ers)

IL EST TEMPS DE PRENDRE CONGÉ

Mais le temps passe et, sans nous en rendre compte, la journée se termine doucement. Nous quittons ainsi les lieux, après un dernier regard sur cet atelier, histoire de bien en imprégner nos rétines. Benoit nous montrera son travail du jour. Une œuvre de commande « ça fait partie du boulot ». Je ne peux m’empêcher de penser que si ces travaux permettent aux auteurs de réaliser par ailleurs des œuvres dont ils sont fiers, et bien c’est tant mieux !

Little Miss Giggles et moi-même voudrions encore adresser un immense merci aux membres de l’atelier Armageddon (saison 6) pour avoir supporté notre présence durant cette après-midi.
Reportage réalisé le 30/11/2013, par Mac Arthur et Little Miss Giggles.