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Interview de Frank Pé Interview de Frank Pé (03/02/2008)
Au festival d’Angoulême, Frank Pé nous fait l’immense bonheur de nous accorder une interview entre deux performances. Rencontre avec un esthète amoureux de la nature et animé par une énorme soif d’apprendre et une grande capacité d’émerveillement.

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Frank Pé (photo : www.frankpe.com) Frank, on connaît l’auteur très apprécié de Zoo et Broussaille, entre autres, mais comment définiriez-vous l’homme ?
(rires) Voilà une question à laquelle je pourrais difficilement répondre. Ce n’est pas à moi de définir l’homme, il est très difficile d’avoir un regard sur soi-même. Ce qu’on croit être est souvent que le désir d’être autre chose. Je pense que le plus judicieux c’est de ne pas répondre.

A la fin des années 70 et au début des années 1980, vous animiez le personnage très sympathique de "l’Elan" dans les colonnes de Spirou. On pensait que celui-ci ne connaîtrait pas d’album, mais finalement il y en eut un, et même deux, chez Dupuis puis au BD Club de Genève. A quand une réédition ?
Je ne pense pas qu’il y aura une réédition. Cela dit, bravo pour l’enchaînement avec la question précédente, car l’Elan c’est un peu moi. C’était un personnage un peu déprimé, tout comme moi à cette époque, c’était ma post-adolescence, ça montait et ça descendait tout le temps. Le but du personnage, c’était de se foutre un peu de la gueule d’un déprimé, gentiment, avec tendresse évidemment, mais aussi avec tonicité. "L’Elan" est très attaché à cette époque-là. On peut retrouver absolument tous ces gags sur mon site ; on a fait attention à ce que ce soit suffisamment grand pour être lisible. L’album de Dupuis est difficilement trouvable, mais celui du BD Club de Genève, si on cherche un peu, doit encore être disponible, y compris au BD Club lui-même.

Accéder à la fiche de Vincent Murat Pourquoi votre second album publié, "Comme un animal en cage" (Vincent Murat, sur un scénario de Terence), n'a-t’il jamais été réédité depuis sa sortie dans la collection Dupuis Aventures (du moins à ma connaissance). Est-ce une décision de votre part ou un désintérêt pur et simple de l'éditeur ?
C’était en fait mon premier vrai travail personnel. Je ne pense pas que ça mérite d’être ressorti, je n’ai pas envie de mettre l’accent sur ce bouquin-là. J’y ai fait mes armes, je n’en suis pas honteux, mais en même temps il ne me représente pas vraiment. Le scénario avait été fait par Terence, M. Archive, alias Thierry Martens, l’ancien rédacteur en chef de Spirou. Il avait fait quelque chose sur mesure pour moi, avec ce personnage qui capture les animaux dans une jungle asiatique, mais en même temps il avait mis des valeurs et un style qui lui étaient propres et très éloignés de moi. Pour moi c’est comme un péché de jeunesse, et il n’y a aucune raison, ni commerciale, ni autre pour le rééditer.

Cet album a pris 7 ans pour être réalisé… Pourquoi un tel délai ?
A cette époque-là, c’est vrai que j’étais lent, mais j’apprenais mon métier. Je commençais à publier en sortant de Saint-Luc, mais je n’étais pas mûr du tout. J’ai commencé par des illustrations dans le journal, des animations, et j’ai appris sur le tas, ce qui demande beaucoup de temps. De plus j’ai réalisé mon service civil, qui a duré deux ans, en plein milieu de ce bouquin-là.

Vous aviez le projet, avec Philippe Tome, d’en faire un second… dommage que cela ne soit pas allé plus loin.
C’est vrai, vous êtes bien documenté (sourire). Ca ne s’est jamais fait, parce que Philippe est un scénariste particulièrement brillant, on s’entendait bien, mais il était très pris par d’autres séries, et il n’a jamais vraiment commencé le scénario que j’attendais. Je me rappelle que j’étais à Barcelone, j’avais du temps pour ça, et le découpage n’est jamais arrivé. Après il était trop tard, j’ai entrepris d’autres choses.

Cela dit, il n’est pas dit que ce soit une grande perte, de continuer "Murat" plutôt que de faire "Zoo", par exemple. Je crois que le parcours d’un auteur de bandes dessinées est jalonné de projets qui ne verront jamais le jour, et c’est très bien comme ça. On a plus d’idées que ce qu’on peut faire avec ses deux mains, et ça permet de nourrir les projets que l’on réalise vraiment. Il y a toujours des petits morceaux de rêve d’un projet qui se retrouvent dans un autre, ou par réaction inverse. Ça fait partie de l’alchimie, du charme du métier, et ce n’est pas triste du tout. A une époque j’avais le projet de faire un bouquin composé uniquement des projets que je n’ai pu réaliser, avec chaque fois le concept, le synopsis, une page. Il est intéressant de voir comment le concept est illustré par le style graphique. On est tous capables d’utiliser plusieurs styles, si on prend du temps pour ça. C’était un projet de projets, qui n’est plus en projet.

Accéder à la fiche de Broussaille Le personnage de Broussaille est davantage un poète qu'un aventurier, et ses récits sont tout en douceur et maturité. Est-ce qu'il n'a pas été difficile de faire accepter une telle série à l'époque où le magazine Spirou publiait essentiellement des récits d'aventure et d'action pour la jeunesse ?
A l’époque, Dupuis, en tant qu’éditeur, était très ouvert à une jeune génération, dont j’avais la chance de faire partie, et on m’avait donné la charge d’animer une rubrique animalière, qui a donné naissance à "Broussaille", personnage qui était là pour présenter les sujets. Puis on m’a demandé de faire des histoires courtes pour des numéros spéciaux. Broussaille a fait ses premières armes dans des planches entières, et quand Bom et moi avons proposé, après plusieurs histoires courtes, de faire un 44 pages, ils nous ont laissés faire. On avait un niveau de professionnalisme certainement pas abouti mais suffisant, et cela n’allait faire de mal à personne ont-ils dû penser. D’autant plus que la politique de l’époque à Spirou, était de remplir un maximum de pages à bas prix. Les jeunes auteurs étaient donc les bienvenus.

On a donc proposé le synopsis des « Baleines publiques ». Ils ont tiré une drôle de tête parce qu’ils ne comprenaient d’abord pas le titre –ça commençait mal- et ce personnage qui était à moitié dans un univers onirique et dans une démarche de recherche pas très nette, ça leur a fait peur : il ne fallait pas que ça tourne au délire. A l’époque il y avait beaucoup d’exemples, notamment avec Métal Hurlant. Chez un éditeur traditionnel comme Dupuis, il ne fallait quand même pas aller trop loin. Ils ont fait une série de remarques, et je dois dire qu’il y en a une qui nous a bien servis, c’était d’introduire dans l’histoire un personnage féminin. Parce qu’au départ, Broussaille était seul avec son chat. On a dit oui, et c’est devenu Catherine, qui finalement a rajouté pas mal de piment à cette histoire, et qui évidemment est restée dans la série et l’a enrichie. Ils nous ont laissés faire, ont vu qu’on maîtrisait pas mal le thème, que cela avait donné quelque chose d’assez original, très surréalisme belge.

Je me rappelle que quand l’histoire est sortie dans le journal, cela a vraiment marqué les esprits. C’était un OVNI, même s’il y avait déjà Bidouille et Violette. Quand on le voit maintenant, ça a l’air d’être un classique assez gros nez gros pieds, etc., mais à l’époque c’était quand même vachement différent de ce qui remplissait le journal.

Accéder à la fiche de Broussaille A quand la sortie du prochain Broussaille ? Pourquoi autant de temps entre chaque parution ?
Comme je l’ai dit, au début j’étais lent. Comme j’ai attrapé petit à petit de la dextérité, et que j’avais faim de nouvelles expériences, et d’autres ambitions que de faire uniquement ce personnage-là, j’ai essayé, j’ai goûté à toutes sortes de choses. Je suis devenu de plus en plus rapide, au point où aujourd’hui je pense avoir acquis une belle technique, mais c’est vrai que la BD représente une petite partie de mon travail. "Zoo" 3 a mis huit ans à se faire, mais sur ces huit ans j’ai finalement travaillé très peu sur ce bouquin-là. Les deux derniers tiers du livre je les ai finalement faits en 6 mois, couleurs comprises. Ce n’est pas une dispersion, parce que j’ai l’impression que tout ce sur quoi je travaille se rejoint à un point qui est mon univers.

Voilà l’une des raisons pour lesquelles on n’a pas fait plus d’albums de "Broussaille". Par ailleurs, avec Bom, on avait une démarche fondamentalement anti-commerciale, au départ. On ne voulait pas ne pas vendre, bien sûr, mais on ne voulait pas tomber dans le piège de ce qui était stratégie commerciale. On voulait garder ce lien de confiance avec le lecteur, cette liberté de création qui respecte le lecteur. Ne jamais lui resservir la même soupe. On voulait donc que chaque album, chaque histoire soit vraiment différent. Ce qui voulait dire beaucoup de réflexion, beaucoup de remise en question entre chaque album. Beaucoup de discussions, de très chouettes soirées. C’est tout un processus. Je crois que chaque "Broussaille" est différent, les deux derniers sont des expériences très différentes des trois premiers, de la ligne que l’on avait au départ, mais pour moi "Broussaille" est une série qui permet aussi de faire des expériences. Je l’avais déjà testé dans les rubriques, j’avais envie de continuer ça. Dans notre tête, on pensait faire 200 bouquins dans notre vie, et on pensait pouvoir en faire un ou deux qui seraient différents de la ligne. Au final on n’en a fait que 5 (rires), dont 2 étrangement hors normes.

Accéder à la fiche de Broussaille Y’en a-t-il un nouveau de prévu ?
Il existe plusieurs scénarios, dont un qui est terminé. J’ai aussi approché d’autres scénaristes, mais rien ne s’est vraiment concrétisé. J’ai des idées bien sûr de mon côté, mais avec Broussaille on se pose des questions sur la pertinence de continuer ou non ce personnage-là. L’époque a changé, l’aspect commercial et éditorial a changé. Le public aussi, dans ce qu’il attend d’une BD… Et puis Broussaille c’est quand même un adolescent, on ne peut pas trop faire du Broussaille pour les nostalgiques de 40 ans. Donc nous avons une réflexion là-dessus depuis un certain temps.

Pourrait-on espérer un jour voir réunis en album les courts récits de Broussaille avec La Source ?
La proposition est venue à plusieurs reprises de faire un album réunissant ces courts récits en album. Je ne sais pas trop pourquoi ça ne s’est pas fait. Ce n’était jamais le bon moment… Il faudrait poser cette question-là à l’éditeur. Peut-être que ça verra un jour… le jour (rires). Il y eu aussi le carnet à spirales aux Editions du Cycliste, qui reprenait des papiers. Mais on avait le projet de faire l’équivalent avec Dupuis. C’est rassurant de savoir qu’il y a toujours des projets qui dorment dans des tiroirs.

Comment expliquez-vous qu’une telle série, a priori destinée à un public jeune, touche autant de jeunes adultes, voire des personnes plus âgées ?
On voulait faire avec "Broussaille" ce que le Lombard ou Dupuis avaient si bien réussi à cette époque, c’est à dire toucher le grand public, ça veut dire les enfants, les adolescents et les adultes. Il fallait trouver une manière de raconter où chaque âge, chaque catégorie de personne peut en faire sa propre lecture, en tirer quelque chose. C’est ça un classique tout public. On y arrive en travaillant l’épuration, en éliminant tout ce qui pourrait gêner un des niveaux de lecture. Ce n’est pas forcément négatif, c’est un travail sur l’ellipse, sur l’unité ; et puis il faut aussi mettre des niveaux avec l’humour, l’aspect recherche intérieure, c’est un petit mélange, un petit cocktail difficile à composer, car avec peu d’éléments il faut faire un machin complexe, mais c’est passionnant, c’est toute la force d’un "Astérix", par exemple. C’est une série où même une personne très cultivée trouvera son compte, tout en restant divertissante, ce qui est un point très important. Il y a une noblesse certaine dans le tout public bien fait.

Accéder à la fiche de Zoo Passons maintenant à Zoo, qui remporte un vif succès. Là encore, il n’y a eu que 3 albums en 13 ans, dont 8 entre les deux derniers. Alors, Frank est-il un perfectionniste, ou juste un homme très pris ?
Je suis en effet très pris. Pour en savoir plus sur mes activités entre deux albums, il suffit d’aller voir mon site. Il y a une barre en haut, avec toutes les rubriques, et à chaque clic, hop ! C’est un nouvel univers qui s’ouvre. Ça va de la sculpture au dessin animé, en passant par la scénographie dans les parcs animaliers, la création d’un vrai zoo personnel … C’est pas mal, non ? Il y a tout un travail sur l’image, les grands formats, la réflexion sur la continuation de l’univers de Zoo dans des salons, comme ici à Angoulême, avec Philippe Bonifay comme comédien et moi qui fais des fresques… On cherche tout le temps à trouver des nouvelles formules qui nous correspondent, et qui me permettent moi d’avancer dans ce domaine animalier surtout. Cela m’habite, presque malgré moi. S’il y a un respect que l’on doit aux lecteurs, c’est de travailler dans le plaisir, parce que c’est ce que eux aussi recherchent avant tout. S’il n’y a pas de plaisir à faire, il n’y aura certainement pas de vrai plaisir à consommer. Mon fil rouge, ma ligne, c’est de trouver quelque chose qui soit excitant, qui me mette un peu en danger, qui me fasse découvrir de nouveaux horizons.

Accéder à la fiche de Zoo Certains lecteurs ont été déroutés par le fait que seul le zoo est coloré dans la série, pas le monde extérieur. Avez-vous une explication ?
La couleur c’est avant tout la lumière, et je dirais que dans Zoo la lumière est presque plus importante que la couleur. C’est le medium le plus intéressant à utiliser pour accompagner la recherche d’Anna, le personnage principal. C’est une recherche intérieure, elle a perdu son âme, et ce n’est pas facile à traduire d’une manière graphique. Ce sont des choses qui sont subtiles, difficiles à traduire en mots, ce sont plus des impressions. Donc on va utiliser la lumière avant tout. La lumière passe beaucoup mieux en noir et blanc. Beaucoup de photographes vous diront que le noir et blanc c’est plus poétique, plus puissant, etc. Ces codes, qu’on a installés depuis le début, font partie du concept de l’histoire, et donnent au récit son identité, sa personnalité.

Je voulais que la couleur, qui est une dimension magnifique, soit rare, utilisée vraiment avec raison. J’avais ressenti ça aussi en tant qu’expérience dans des films parfois très ardus, mais très forts, très poétiques. Des films russes notamment. Des passages où l’on passait du noir et blanc à la couleur, ou du noir et blanc avec des petites touches de couleur. Cela m’a marqué. Mais je ne voulais pas qu’il y ait de règle dans cette utilisation de la couleur, du genre « tout ce qui sera nature, au zoo, ce sera en couleur, et tout l’extérieur sera noir et blanc ». Cela aurait donné une règle que le lecteur aurait très vite comprise. On voulait utiliser ça pour faire des surprises, des émerveillements, de l’émotion. La réalité est complète avec la couleur, mais la vision de l’Homme est souvent partielle, certaines parties de la réalité disparaissent. Le mental supprime des parts de réalité, parce qu’il ne veut voir que ce qui l’intéresse.

Accéder à la fiche de Zoo Zoo a aussi marqué nombre de ses lecteurs. Etes-vous content d’en avoir terminé, ou auriez-vous aimé prolonger l’immersion dans cet univers ?
On est encore dans cette période de fin d’histoire. Ce n’est pas parce qu’on a écrit le mot fin que c’est terminé. Ça continue dans la tête, dans le cœur, on fait une interview, c’est encore vivant (sourire), je fais des dessins dans le même univers… L’univers se prolonge, par contre je suis bien soulagé d’avoir pu terminer les albums. C’est une sorte d’étape, importante dans ma vie, car j’ai toujours été passionné de zoos, et vingt ans de travail, ce n’est pas rien. On ne va pas s’arrêter là, puisqu’il y aura un quatrième album, toujours dans la collection Aire Libre, sur l’univers de "Zoo", comportant quelques planches, du texte et beaucoup d’images. Ça sortira dans un an, fin 2008 début 2009. Est-ce qu’on fera autre chose avec les personnages et l’univers, on n’en sait rien, ça fait son petit chemin. En tous cas on ne veut pas profiter d’un succès pour tirer sur la ficelle, on veut, si on continue, trouver quelque chose qui vaille vraiment la peine.

Une intégrale de la série est-elle envisageable ?
Oui. On a aussi envie, Philippe et moi de faire une version définitive. Sur le tome 3, on a dû, par moments, aller un peu vite. Donc on voudrait rajouter quelques planches, changer certaines séquences… Il y aura peut-être une réédition du tome 3, ou alors plus de planches dans l’intégrale… C’est l’occasion, pour nous, de donner une meilleure cohérence à l’œuvre, de faire un beau point final. Tout en fait, reste ouvert. L’univers de "Zoo" reste présent. Mon projet de zoo personnel sera, du moins en partie, inspiré sur le plan esthétique du zoo de Célestin. L’histoire ne se terminera pas, elle se prolongera. Il y aura un bouquin qui relatera cette aventure-là, avec des illustrations, dans un aller-retour entre le réel et l’imaginaire.

Dans les trois séries citées, on remarque un point commun, l’écologie, ou du moins l’amour de la nature. Vous sentez-vous réellement écolo ? Voulez-vous dire quelque chose à ce sujet ?
Je ne me sens pas militant du tout. J’ai assez de casquettes comme ça. Ce n’est pas mon chemin. Je laisse ce chemin à ceux qui sont dans le réel à 100%. Militer, c’est souvent aller contre, et moi j’aime bien aller avec. Même quand il y a des problèmes, j’aime bien englober le problème et garder le contact avec l’énergie vitale, qui elle peut résoudre le problème. C’est un peu théorique, mais c’est comme ça que j’aime fonctionner.

Militer pour des causes, ça ne m’intéresse pas vraiment, même si je donne des coups de main à des associations de protection de la nature par exemple. Bien évidemment, je suis du côté de ces défenseurs-là, je trouve que l’aventure de Greenpeace par exemple, est l’une des grandes aventures romantiques du 20ème et 21ème siècles. En gros, ils sont seuls contre tous, c’est David contre Goliath. Ils se ramassent régulièrement des procès, et la presse n’est pas tendre avec eux, en disant « ils ont peut-être été un peu agressifs… ». et on oublie complètement l’agressivité totale et incroyablement brutale du monde néo-libéral auquel ils se frottent. Philosophiquement ils sont indiscutablement du bon côté, puisqu’ils se battent pour la nature, cette nature qui nous a tous faits, dont nous sommes totalement faits !

Couverture de Entre Chats En 1989 vous coordonnez "Entre Chats", un collectif sur ces petits félins qui nous entourent. Avez-vous un chat ? Est-il près de vous lorsque vous travaillez ?
J’ai eu un chat pendant une vie de chat de 12-13 ans. Je n’ai pas grand-chose à dire là-dessus, tous ceux qui en ont un savent que c’est quelque chose de merveilleux, je suis plus chat que chien. Le chat, c’est quand même le félin dans sa splendeur. J’aime ce dicton qui dit que Dieu a créé le chat pour que l’homme puisse caresser le lion. Quand je dessine des tigres et des panthères, très souvent c’est pareil que le chat, ce sont les mêmes courbes, le même mystère, la même fascination, la même poésie.

Le chat que j’ai eu a eu des relations à mon travail évidentes. Il y a cette anecdote que je répète souvent, et que je vais vous raconter. Quand j’ai commencé « La nuit du chat », le tome 3 de "Broussaille", qui est donc l’histoire du chat de Broussaille qui s’enfuit de l’appartement un soir. Broussaille va passer la nuit à le chercher, à voir sa vie un peu transformée par cette expérience, et il va retrouver son chat au petit matin. Le scénario était écrit. Le soir où j’ai commencé le dessin de la première planche, mon chat qui vivait avec moi depuis des années, qui ne s’était jamais enfui, a fugué. Derrière chez moi il y avait une gare, il a disparu par là pendant trois jours. J’ai dû aller le chercher, faire tout un bazar avec les cheminots parce qu’il s’était laissé enfermer dans une de leurs cabanes… Il m’a forcé à revivre quasiment la même chose que Broussaille, en cherchant sur les voies, dans les jardins… Le scénario était fait, et le jour où je commence à dessiner, il fait ça… c’est extraordinaire. Il ne l’a plus jamais fait après. Je le raconte, n’en tire aucune conclusion, mais c’est ce qui s’est passé (rires). Je n’ai pas repris de chat après, je me suis passionné pour les poissons (ils courent moins dans les gares la nuit ! ). J’avais des idées originales avec des bassins ouverts, des plantes, etc., mais un chat là-dedans aurait inévitablement été le petit diable. Je n’ai toujours pas de chat actuellement, j’ai d’autres animaux.

Vous êtes ici à Angoulême pour réaliser des « performances ». Pouvez-vous préciser la nature de celles-ci ?
C’est une formule un peu originale qu’on teste ici pour la première fois. Je fais des grands dessins d’1m50 sur 1m20, en direct, en couleurs et en public, sur un temps d’environ deux heures. Ce sont des sortes d’affiches de "Zoo" avec Manon et des animaux, j’en fais deux par jour. Pendant ce temps-là, Philippe Bonifay, quand il est libre de ces interviews et ses dédicaces chez d’autres éditeurs, vient raconter "Zoo" par petites touches au public. Quand le dessin est terminé on le prend en photo, on traite la photo sur Photoshop, on l’imprime très vite, on le colle dans les albums, qu’on signe.

C’est une alternative aux dédicaces, qui permet de garder le plaisir de voir un dessin se faire, ce qui est pour moi la partie magique, la plus intéressante de la dédicace. Les gens peuvent l’emporter avec eux, même si ce n’est pas un dessin original. Et c’est une réponse à cette surenchère de la dédicace, à cette démarche tout le temps matérialiste où il faut en avoir encore plus. Nous on propose un moment où on voit le truc se faire. C’est réalisé un peu en réaction, mais quand même en respectant les gens. On propose également aux festivals des fresques de plus grand format, en public, sur deux trois jours, ou encore le spectacle Zoo qu’on est en train de répéter, et qu’on va représenter à la Foire du Livre de Bruxelles, les 7-8-9 mars prochains. Il y aura une grande fresque de 9 mètres de long, et pendant 3 jours on racontera "Zoo" au public avec des effets, de la musique, ce sera super.

Couverture de L'Elan n'aura jamais d'album Dans "l’Elan", vous mettiez régulièrement en scène Spirou. Ca ne vous intéresserait pas de réaliser un album de cette série mythique, maintenant qu’il existe une série de one-shots ?
(sourire malicieux) C’est mon prochain projet. Ce que je vais commencer maintenant ça va être un Spirou et Fantasio. L’envie je l’avais depuis longtemps, depuis avant Tome et Janry. J’ai une telle affection pour Franquin, son dessin, sa personnalité que ça m’habitait déjà. Il y avait une sorte d’évidence, mais je n’ai jamais poussé plus loin. Dupuis étant propriétaire de cette série et cherchant à faire de cette série un succès commercial, je n’étais absolument pas qualifié pour me frotter à ça. J’étais exclu d’office.

Mais je me disais que c’était dommage que Dupuis ne propose pas aux auteurs de faire un "Spirou et Fantasio", comme une expérience, ou même de faire une histoire complète, dans un numéro spécial. J’aurais bien aimé, par exemple, faire une histoire de Noël de Spirou dans un numéro de fin d’année par exemple. Ils avaient été très traumatisés par le "Spirou" de Yann et Chaland, qui était trop second degré. Et puis voilà que Dupuis a ouvert les vannes. Les choses changent, c’est devenu possible. Comme j’étais occupé à mille autres choses, je n’ai pas pu m’engouffrer dans la brèche tout de suite. Dès que le scénario est prêt, je m’y mets.

La série Zoo bouclée, quels sont vos projets ?
Je voudrais développer davantage la sculpture, avec les gens de la Pointe du Pinceau, qui est une ASBL (Note : Association sans but lucratif) qui produit mes bronzes. On aimerait arriver à avoir suffisamment de pièces pour faire une exposition uniquement de sculptures. Il y a l’Atelier Zoo, dont on a dit deux mots, qui prend beaucoup de temps et d’énergie (et m’en donne aussi beaucoup).

Frank, merci.

Interview réalisée le 03/02/2008, par Spooky, avec la participation d’Erik, de Messire l’Inconnu et de Ro.

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