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Interview de Raule et Gabor Interview de Raule et Gabor (15/10/2013)
Rencontre avec les auteurs d’Isabellae, série rock’n’roll qui nous narre le périple d’une samouraï rousse entre Japon et Irlande au plein cœur du moyen-âge.

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Raule Raule, Gabor, bonjour. Comment en êtes-vous venu à collaborer sur Isabellae ?
Raule : Gabor habite à Madrid et moi à Barcelone, on ne se connaissait pas personnellement. On a commencé à se rencontrer dans certains festivals de BD et on s’est rendu compte qu’on aimait la même musique et les même BD. Lorsque Gabor a vu que son travail dans « Los Patricios » n’aurait pas de suite, il m’a demandé si je voulais commencer un projet avec lui, un projet destiné au marché franco-belge. Son art me séduit, c’est un gars génial et on aime la bière, alors je n’ai pas eu longtemps à réfléchir.

Gabor Gabor : Je connaissais déjà le travail de Raule et j’ai toujours aimé ses histoires. Après une rencontre dans un festival de BD en France ont suivi tout de suite les rires, les discussions sur la musique, le cinéma, la BD etc… et quelques mails plus tard, on commençait à créer Isabellae. En fait, on partage beaucoup de choses. Cela aide dans notre collaboration.

En deux albums, vous avez eu le temps d’un peu mieux vous connaître. Alors, dites-nous tout : quel est le principal défaut de votre collaborateur ?
Gabor : Des défauts ? Il n’y pas de défauts chez quelqu’un qui porte le bouc et qui a un si bon goût musical… enfin, si, il aime le foot. Oups ! Mais c’est normal, non ? En fait, c’est moi qui suis bizarre.

Raule : Je cherche toujours. Gabor est un vrai professionnel, bon et rapide en dessinant, un gars drôle et il aime le rock dur. Si j’étais une femme je le demanderais en mariage !

Isabellae mélange allègrement les genres. Comment en êtes-vous arrivé à pareil melting-pot ?
Raule : Je ne peux pas concevoir dans ma tête une œuvre « pure », si ça existe encore aujourd’hui. J’ai besoin de mélanger les genres, les références et même différentes disciplines artistiques. J’aime prendre au cinéma ou à la littérature ce qui m’intéresse, comme les réalisateurs ou écrivains de romans prennent des idées ou des concepts aux BD.

Accéder à la BD Isabellae Gabor : Comme le dit Raule, c’est naturel, en partie, de mélanger les genres. C’est presque nécessaire au moins pour nous. Cela donne de la richesse aux aventures des personnages. Je ne crois pas que les genres soient « allègrement » mélangés. C’est pensé et réfléchi et plus, cela nous laisse beaucoup de liberté au moment de varier dans la narration. Depuis la Grèce antique avec ses mythes de dieux et héros, tout est inventé. C’est impossible de faire quelque chose d’original, donc le mieux c’est de mélanger mais avec intelligence, bien sûr.

Si je devais définir musicalement cette série, je dirais qu’elle est très rock and roll.
Raule : Evidemment que c’est du pur rock and roll ! Si un auteur s’amuse avec la bd qu’il fait, cela se transmet au lecteur. Et si les auteurs sont en train d’écouter du rock pendant qu’ils créent une œuvre, cela va de soi que ces mélodies contaminent cette œuvre d’une manière ou d’une autre.

Gabor : Isabellae ressemble à Red Fang, à Queens of stone, à Truck Fighters. Isabellae t’émeut comme Alice in chains, Sunny day real state, Astra ou Pearl Jam. Isabellae te déchire les entrailles comme Mastodon, comme Orange Goblin, Deftones ou Tool. Isabellae est purement et simplement ROCK.

Une planche de Isabellae (tome 1 - planche 1) C’est assez surprenant de retrouver une héroïne rousse au milieu du Japon médiéval.
Raule : Simplement dans le but d’en faire un personnage unique. Combien de samouraïs rousses existent dans le monde de la bd ? Gabor et moi n’en connaissons aucune et nous avons décidé de la créer. Evidemment, si l’unique aspect intéressant d’Isabellae était sa chevelure rousse, personne n’achèterait notre bd. Les lecteurs ne sont pas stupides.

Gabor : Je suppose que lorsque tu fais référence à « pourquoi toujours des roux ? », tu penses aux séries comme Bleach ou aux films comme « Sword of stranger » par exemple, corrige-moi si je me trompe. Je suis désolé de dire que cela n’a eu aucune influence sur le choix de la couleur de la chevelure. En réalité, ce choix se rapporte plus à la tradition culturelle des peuples tout au long de leur histoire. Depuis longtemps et jusqu’à aujourd’hui, les albinos africains sont persécutés et assassinés à cause de motifs absurdes et superstitieux. Au Moyen Age, avoir les cheveux roux était un des motifs de discrimination et de persécution. Il n’y a rien d’original mais c’est un des nombreux éléments d’Isabellae qui a une base historique. Esthétiquement c’est très attractif effectivement mais il faut toujours justifier et raisonner au moment de dessiner et de créer un personnage crédible.

Une planche de Isabellae (tome 1 - planche 2) Si on découvre d’abord Isabellae en solitaire (accompagnée par le fantôme de son père), elle va vite se retrouver affublée de deux complices.
Raule : Avant de commencer à écrire le 1er album, tu dois définir un peu quel sera l’univers complet de ce personnage. Notre intention est de faire voyager cette jeune samouraï dans beaucoup de pays et qu’elle puisse vivre des milliers de dangers et d’aventures. Et pour un si long voyage Isabellae a besoin de compagnons qui atténuent un peu sa mélancolie et ses remords. Tu as besoin d’humour, de romance et d’autres éléments pour que ton personnage ne se transforme pas en quelque chose de plat et d’ennuyeux pour le lecteur.

Gabor : Raule ne pouvait pas mieux le dire. La variété et la profondeur dans l’histoire et les personnages sont indispensables.

Comment abordez-vous la construction de vos personnages ? Quel est votre secret pour nous les rendre si proches ?
Raule : Mon travail, comme scénariste, est de créer des personnages réels. Le personnage principal doit être humain, avec un passé, un présent et un futur, avec des défauts et des qualités… Mais si les personnages secondaires sont plats ou simples figurants, l’histoire n’y résiste pas. Dans chaque album d’Isabellae nous découvrons des choses nouvelles et surprenantes de la part de ses protagonistes, c’est fondamental pour l’attention et l’intérêt des lecteurs.

Une planche de Isabellae (tome 1 - planche 3) Gabor, ce genre de série demande-t-il un gros travail de documentation ?
Gabor : Le travail de documentation est large, long et exhaustif. J’ai dans mon disque dur des fichiers et des fichiers d’images de documentation et sur mon bureau, j’ai pas mal de livres sur le Japon de l’ère Kamakura et sur l’Irlande du XII °s. Tout ce qui est sur les pages des tomes d’Isabellae est documenté. En réalité, je dois dire que visuellement il n’y a rien de fantastique, seulement quelques éléments qui évidemment ont été créés depuis le monde de la fantasy. Et même comme ça, je cherche toujours de la documentation. Il n’y a rien qu’on puisse inventer que quelqu’un d’autre n’ait déjà fait avant.

Le découpage propose des planches très riches et donc un récit très dense. Comment déterminez-vous le nombre de cases par planche ?
Raule : Je détermine le nombre de vignettes par page, les plans et ce qui arrive dans chaque vignette, plus les dialogues. Et Gabor, qui me connaît plus que ma propre mère, a une totale liberté pour ajouter ou retirer des vignettes et changer les plans. L’important est que la narration soit fluide et Gabor a une habilité spéciale pour que la page se lise parfaitement et que l’on comprenne tout tout de suite, fruit de ses années dans le monde de l’animation.

Une planche de Isabellae (tome 1 - planche 4) Une des grosses particularités esthétiques de la série vient du travail réalisé sur la colorisation. Gabor, peux-tu nous parler de la manière dont tu as appréhendé cet aspect ?
Gabor : En 2 mots : en pratiquant, en pratiquant et en pratiquant. C’est difficile d’expliquer ce qu’il y a dans mon cerveau quand je mets la couleur. On pourrait le définir comme d’innombrables vignettes de milliers de maîtres, des centaines et des centaines de fonds d’animations, des millions d’heures de cinéma et de musique, et on mélange tout ça. La couleur est le lien parfait pour transmettre des sentiments et puisque nous n’avons pas de bande sonore comme au cinéma, j’utilise la couleur comme s’il s’agissait d’un orchestre. Pour transmettre la douceur, la délicatesse ou la chaleur, ou bien la fureur, l’action ou la douleur.

Les deux premiers tomes sont sortis dans un intervalle très court. Peut-on espérer voir le troisième paraître lui aussi rapidement ?
Gabor : En ce moment, je suis en train de travailler sur le tome 3 et j’en suis déjà à la moitié mais c’est encore trop tôt pour donner une date exacte. Ce qui est sûr, c’est que l’on ne devra pas attendre longtemps. En 2014 nous aurons le tome 3 d’Isabellae.

Une planche de Isabellae (tome 1 - planche 5) J’ai du mal à croire que la série trouvera déjà sa conclusion dans le prochain tome.
Raule : Dans le tome 3, beaucoup de cas isolés sont résolus et nous avons créé une sorte de fin de cycle. Mais ce qui est certain c’est que le voyage d’Isabellae ne fait que commencer. Si la série a du succès et que Le Lombard nous garantit un autre arc narratif, Gabor et moi-même, nous continuerons à donner le meilleur de nous pour que chaque tome soit meilleur que le précédent. Le sort d’Isabellae est entre les mains des lecteurs. Ce sont eux qui décideront si elle et ses amis traverseront la moitié du monde pour accomplir leur destin.

Merci à vous deux pour votre participation. A bientôt, j’espère.
Raule : Merci à vous de soutenir notre travail. A la prochaine !

Gabor : Merci beaucoup à vous ! C’était un plaisir !

Si vous voulez rencontrer les auteurs, voici en prime deux dates de dédicace !!!
- 26 octobre librairie Neuf mondes 262, rue Nationale – 69400 Villefranche sur Saône
- 9 et 10 novembre Fête de la BD 2013 à Andenne (Belgique)

Interview réalisée le 15/10/2013, par Mac Arthur (un grand merci à Delphine Macé pour la traduction).

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