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Interview de Régis Hautière et Hardoc Interview de Régis Hautière et Hardoc (11/02/2014)
Régis Hautière et Hardoc ont marqué Angoulême 2013 avec le premier tome de La Guerre des Lulus ; un an après, ils débriefent.

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Régis Hautière et Hardoc Bonjour messieurs, heureux de vous retrouver ici, à Angoulême. Hardoc, on va commencer par toi. Tu as gagné un prix ici même, en 1996. Etait-ce pour toi un aboutissement ? Cela t'a-t-il servi de tremplin ? Tu as toujours voulu être auteur ?
Hardoc : Oui, l'envie d'être auteur, je l'ai toujours eue, depuis que j'ai découvert la bande dessinée avec les petits formats de gare appartenant à mon père, tout ce qui était franco-belge, et plus tard les magazines comme Pilote et Charlie (magazine mensuel de bandes dessinées créé en mars 1986 par la fusion du magazine mensuel Pilote et du magazine Charlie Mensuel), Fluide glacial et Psikopat. Cela a construit ma culture et m'a donné envie d'en faire mon métier. J'ai donc gagné un prix en 1996, au concours scolaire, si je ne dis pas de bêtises. Sur le coup ça m'a fait plaisir, bien sûr, mais pour la suite cela ne m'a pas beaucoup servi, car lorsque j'ai fait mon premier projet, déjà avec Régis, en 2002, c'était sur un dossier, non pas à partir d'un prix.

Accéder à la BD Le Loup, l'agneau et les chiens de guerre En 2004, c'est donc la sortie du premier tome de Le Loup, l'agneau et les chiens de guerre ; qu'as-tu fait dans l'intervalle ?
Hardoc : J'ai fait des études en A3, littéraire et arts plastiques, puis je suis passé par un cursus différent, celui du génie électrotechnique, pour atterrir en faculté des arts et commencer une maîtrise en arts plastiques, et c'est là que j'ai rencontré Régis, c'est à ce moment que nous avons monté notre premier projet commun. Je n'ai pas fait de métier autre que la BD après mes études. Ceci dit, j'ai tourné 15 ans en tant que batteur parolier/compositeur avec un groupe de musique rock festif, mais je n'en ai pas fait mon métier et donc je n'ai touché aucun revenu financier jusqu'au premier contrat bd.

Tu as participé au collectif des Nouvelles de Jules Verne adaptées en BD, pour Petit à petit. Avais-tu des contraintes particulières ?
Hardoc : C'était la première fois que je travaillais avec un autre scénariste, qui était Céka ; au niveau des contraintes, rien de particulier, on m'a donné le scénario, et ensuite il m'a fallu me documenter sur la période historique, notamment les vêtements des forces de l'ordre de l'époque. Il n'y avait pas trop de décors, ça se passait sur les chemins, mais mis à part des discussions avec l'éditeur sur une case qui ne fonctionnait pas, je n'ai pas le souvenir de contraintes particulières. C'était surtout l'époque d'un style qui commençait à s'affirmer. Je venais de l'école Psikopat/Fluide glacial, quelque chose de plus « trash, » il a donc fallu que je m’adapte.

Une planche de Le Loup, l'agneau et les chiens de guerre Du coup pour "Le Loup...", tu n'as pas dû changer de style ?
Hardoc : C'est vraiment à cette époque que je suis passé au semi-réaliste, sans notions, car je n'ai pas suivi de cours d'anatomie ou d'école d'arts spécialisée. Je suis autodidacte ; c'est avec les années qu'on essaye de comprendre les choses et d'avancer. Cette série m'a amené à me poser des questions sur le dessin, à faire des choses que je ne savais pas faire. Ça m'a sans doute amené vers le style que j'ai pour La Guerre des Lulus, ce dessin plus rond et semi-réaliste.

Quand la série a été abandonnée par l'éditeur, tu étais bien avancé dans la réalisation du tome 3 ?
Hardoc : Il était fini. J'ai passé plus d'un an à le faire sans aucune rentrée d'argent. Et d'ailleurs, après avoir tenté d'avoir Pierre Paquet au téléphone à maintes reprises ou par email à l'époque, je crois que c'est Guillaume, son bras droit éditorial, qui m'a dit que ça ne se faisait pas, mais je n'ai jamais su pourquoi. Quand c'est comme ça, il faut faire des interventions en milieu scolaire pour toucher un peu d'argent.

Justement Régis, on va parler un peu de cette époque, puisque lorsque je t'ai interviewé il y a quelques temps, tu avais fait tous tes albums chez Paquet.
Hautière : Effectivement, les 20 premiers, dont certains ont très bien marché, notamment ceux que j'ai faits avec Romain Hugault. Mais les avances sur droits étaient tellement faibles qu'il est arrivé un moment où, même en faisant une dizaine d'albums par an, je n'arrivais pas à en vivre. J'ai eu à cette époque une proposition par un studio pour faire un album avec un rappeur, lequel a été publié chez Dargaud par la suite, sous le titre de Ghetto poursuite. Quand Pierre Paquet l'a appris, il l'a vécu comme une trahison et a rompu notre collaboration en arrêtant toutes les séries qu'il ne souhaitait pas continuer.

Accéder à la BD Ghetto Poursuite Justement, pour Ghetto Poursuite, quel a été ton rôle exact, tu as entièrement écrit l'histoire ou tu t'es inspiré du pitch de Rim'K du 113 ?
Hautière : Dans mon souvenir il a écrit un pitch de départ, j'ai rebondi là-dessus, on a eu une réunion chez Dargaud, ensuite une autre dans le studio d'enregistrement de Rim'K, durant laquelle on a fait un brainstorming de deux ou trois heures, j'ai pris des notes et écrit l'histoire à partir de ces échanges entre Rim'K, le directeur du studio graphique, une autre personne présente et moi. J'ai envoyé l'intrigue de base à Rim'K, il a rebondi dessus, et j'ai commencé à faire le découpage. Je ne me suis pas déplacé sur les lieux de l'histoire, on a envoyé des photos au dessinateur.

Tu as ensuite travaillé sur III Empires, chez Soleil. Quel était le retour sur cette nouvelle série ?
Hautière : Au niveau des critiques il était plutôt bon, pour peu que je m'en souvienne. Mais il a été très peu mis en avant par l'éditeur et ça s'est ressenti sur les ventes, qui on peut le dire ont été catastrophiques. La série a été arrêtée tout de suite.

Accéder à la BD III Empires Tu aimerais tout de même la relancer ? La question se pose pour d'autres titres abandonnés...
Hautière : Oui, bien sûr, j'aimerais en relancer certains ; maintenant on a aussi un regard critique sur le boulot qu'on a pu faire il y a 5 ou 10 ans, donc reprendre un boulot ancien... oui, dans l'absolu, j'aimerais mener certaines histoires, certaines intrigues jusqu'au bout, pour que le lecteur connaisse la fin de l'histoire. Mais ça passerait peut-être par une réécriture.

Et puis, ça peut être compliqué, je le vois par rapport à un album qui s'appelle L'étrange affaire des corps sans vie, qui est épuisé depuis plusieurs années, il y a même eu un arrêt de commercialisation officiel de la part de l'éditeur, et malgré ça cette maison d'édition refuse de nous rendre les droits sur cet ouvrage pour qu'on puisse le faire publier ailleurs. Nous avons envoyé plusieurs recommandés, on nous a d'abord répondu qu'il allait être réimprimé rapidement mais, deux plus tard, ce n'est toujours pas le cas. Le dernier courrier recommandé envoyé n'a jamais reçu de réponse. Et cet album est un one shot ! Sur une série, c'est a priori encore plus difficile de récupérer ses droits.

Accéder à la BD Le Marin, l'Actrice et la Croisière Jaune Je vois. Tu as lancé ensuite une nouvelle série intitulée Le Marin, l'Actrice et la Croisière Jaune, qui raconte l'épopée lancée par André Citroën. Qu'est-ce qui t'a donné envie de raconter cette histoire ?
Hautière : C'est la convergence de deux choses : d'une part mon père, grand amateur de mécanique, qui adore l'histoire de la Croisière jaune et qui plusieurs fois m'avait répété que je devrais la raconter en bande dessinée. Et au festival de Saint-Malo, le lendemain de l'une des fois où mon père m'avait parlé de la Croisière jaune, je rencontre pour la première fois Arnaud Poitevin. On discute de choses et d'autres, et il me montre tout un tas de pages de recherches qu'il avait emmenées avec lui. Parmi celles-ci, je vois des roughs de véhicules ressemblant à ceux de la croisière jaune. Il me confirme que c'était ça, que cette épopée l'avait toujours fasciné et qu'il y a matière à en faire une BD. Je lui dis que mon père est d'accord avec lui sur ce point et on repart chacun de notre côté. Deux mois plus tard, Arnaud m'a contacté et m'a proposé de monter un projet avec lui sur le sujet. J'ai accepté, on a trouvé un éditeur, et c'était parti.

Et le projet a bien marché ?
Hautière : Gentiment, on va dire. Ça n'a pas été énormément poussé par l'éditeur, commercialement parlant, le suivi éditorial était bon par contre, je suis très content du boulot de Corinne Bertrand là-dessus. C'est dommage que par exemple il n'y ait pas eu une recherche de partenariat avec des revues automobiles. Au niveau du catalogue, ce n'était pas bien identifié non plus ; c'était chez Quadrants, qui à l'époque était géré par Soleil, et ils ont eu du mal à le vendre, car trop décalé par rapport à leur catalogue habituel. Je me souviens, quelques semaines après la sortie du tome 1, être entré dans une librairie parisienne spécialisée dans l'automobile et la mécanique, avec un petit rayon consacré à la Croisière jaune. J'ai demandé au libraire s'il avait entendu parler du Marin, l'actrice et la Croisière jaune et il m'a répondu que non, aucun représentant n'est venu lui présenter la BD. C'est dommage, parce que typiquement c'est le genre de lieu de vente où l'album aurait été bien mis en avant et durablement et qui permet de toucher un public autre que le public bande dessinée.

Accéder à la BD Cicatrices de guerre(s) Hardoc, après l'arrêt du loup... Tu disparais un peu des radars de la bande dessinée, jusqu'à la sortie du collectif Cicatrices de guerre(s), aux Editions de la Gouttière, en 2009. Qu'as-tu fait entretemps ?
Hardoc : Rien ou presque en bd. Sur le plan personnel il s'est passé plein de choses, avec la famille qui commençait à s'agrandir, la maison à bricoler... On a monté un projet, à l'époque, qu'on a présenté à Soleil, qui a été rejeté, puis le début du projet de la Guerre des Lulus c'était fin 2009. Cicatrices de guerre(s), enfin le récit court qu'on y a réalisé, c'était un peu la genèse de la Guerre des Lulus.

Hautière : On savait déjà, quand le collectif s'est monté, qu'on voulait faire la Guerre des Lulus, et on s'est dit « quitte à participer au collectif, autant partir sur quelque chose qui va nous servir plus tard ». Ça nous a servi d'entraînement ; moi pour manier les dialogues avec des gamins, voir si j'y arrivais, si ça me plaisait, et Hardoc pour s'essayer à ce registre graphique, à la mise en couleurs par ordinateur (puisqu'il avait réalisé notre première série commune en couleurs directes).

Accéder à la BD La Guerre des Lulus Du coup, comment t'es venue l'idée de La Guerre des Lulus ?
Hautière : C'est venu de deux choses. D'une part de ma fille, qui insistait pour que je raconte une histoire avec des enfants, et d'une discussion avec une copine qui travaillait pour l'Historial de Péronne et qui m'avait fait remarquer que toutes les bandes dessinées vendues à la librairie de l'Historial s'adressaient strictement aux adultes. Et je me suis dit « Tiens ! C'est vrai que ça pourrait être un beau challenge d'évoquer la guerre de 14-18 dans une bande dessinée lisible par tous... ». La Guerre des Lulus est partie de ce constat, de cette envie. J'ai écrit un premier synopsis qui faisait 10 ou 15 lignes, avec quatre orphelins portant des prénoms commençant par la même syllabe, isolés derrière les lignes allemandes. J'ai présenté ça à Hardoc. Comme l'idée lui plaisait, j'ai ensuite rédigé un synopsis de 2-3 pages résumant l'intrigue qui court sur les deux premiers tomes.

Pourquoi as-tu pensé à Hardoc ?
Hautière : A cette époque un autre dessinateur m'avait demandé de lui écrire un projet jeunesse, et quand je lui ai envoyé le premier synopsis de ce qui allait devenir la Guerre des Lulus il m'a répondu qu'il ne se sentait pas prêt à dessiner la guerre de 14. Et puis j'ai raconté l'histoire à Hardoc qui, tout de suite, m'a dit que ça l'intéressait.

Une planche de La Guerre des Lulus tome 1 Hardoc : Nous avions déjà monté un projet jeunesse ensemble, avant le Loup..., on l'avait présenté aux Editions du Cycliste, qui n'existent plus aujourd'hui. C'était notre tout premier projet et ce n'est pas allé plus loin qu'une ou deux planches d'essai, et un projet de couverture, je crois.

Pourtant, l'envie de faire une histoire avec des enfants était fortement présente chez moi à cette époque.

Hautière : Cette envie de faire quelque chose avec des gamins est restée et la guerre de 14 le touchait particulièrement, comme tous les habitants de Picardie, je pense.

Le prochain tome sera-t-il le dernier ?
Hautière : Non, il y aura un tome par année de guerre, et donc cinq albums. Sans trop en dévoiler, à partir de la fin du tome 2 les Lulus sont amenés à quitter le refuge de leur cabane en forêt ; on va les retrouver au familistère de Guise, un ensemble de bâtiments abritant une utopie sociale que j'avais déjà utilisé comme décor dans De briques et de sang. C'est un petit clin d’oeil à ce bouquin, dont le dessinateur, David François, n'est autre que le coloriste de la Guerre des Lulus.

L’endroit où se trouve le village fictif de Valencourt se trouve près de Guise, je trouvais amusant de faire passer les Lulus par là. A la fin du tome 3 ils vont être amenés à voyager encore plus loin, ils vont prendre par erreur un train qui va les faire sortir de France. Pour aller où ? Amis lecteurs, vous le saurez bientôt !

Hardoc, prenant une voix nasillarde : Dans le prochain épisode !! (rires)

Accéder à la BD La Guerre secrète de l'espace La Guerre secrète de l'espace est une commande de Delcourt, si j'ai bien compris, comment as-tu abordé cette semi-fiction ?
Hautière : La commande initiale de Delcourt c'était de raconter une histoire en rapport avec les premiers pas de l'Homme sur la Lune. Le thème m'intéressait, l'astronautique m'a toujours attiré. J'ai donc proposé une première histoire évoquant le vol d'Apollo 11. Delcourt a bien aimé l'histoire, et m'a demandé d'en faire une série qui raconterait tout l'âge d'or de la conquête spatiale, en commençant par le vol du Spoutnik. C'est pour ça que le premier épisode se passe à Baïkonour et raconte une histoire d'espionnage autour du Spoutnik. Il me fallait aussi un personnage récurrent qu'on puisse retrouver d'un épisode à l'autre et qui puisse circuler à la fois à Baïkonour et à Cap Canaveral, j'ai cherché une intrigue qui tourne autour de ça. Il devait y avoir 5 tomes au départ, 3 one-shots et un diptyque. Pour l'heure on est arrêtés à deux tomes, je ne sais pas s'il y en aura un troisième. Si c'est le cas, il bouclera le fil rouge amorcé dans les deux premiers.

Comment le choix de Damien Cuvilier, comme dessinateur, s'est-il opéré ?
Hautière : Les éditions Delcourt ont d'abord fait faire des essais à plusieurs dessinateurs de nationalités différentes (Chinois, Serbes...) mais, au final, j'ai trouvé le dessinateur à deux pas de chez moi, à l'anniversaire du frère de Hardoc. Je connaissais Damien, qui habitait Amiens à l'époque, et quand je lui ai parlé de ce projet, il m'a dit qu'il aimerait bien faire un essai. J'ai demandé à Delcourt, histoire qu'il ne candidate pas pour rien. Ils ont été d'accord pour que Damien fasse un test... qui s'est révélé concluant.

Ce n'était pas évident, parce que tout ce qu'il avait fait auparavant, c'était une série d'humour à gros nez...
Hautière : En fait non, il n'avait rien fait auparavant, sa série sur les Maîtres-nageurs a été réalisée en parallèle avec la Guerre secrète de l'espace : deux styles complètement différents pour deux albums en l'espace d'un an, un an et demi environ. Il est plein de talent ce petit jeune (rires).

Accéder à la BD F.A.F.L Avec F.A.F.L, tu as un peu repris le sillon aérien, si je puis dire, qui avait cours chez Paquet, tu peux nous en dire quelques mots ?
Hautière : Au départ il s'agissait d'un diptyque. L'éditeur, Zéphyr, m'avait relancé plusieurs fois pour que je fasse une série ou un album aéronautique chez lui. J'ai fini par accepter mais à condition de travailler avec un autre scénariste, Wallace. J'ai écrit l'intrigue de départ, puis nous avons retravaillé ensemble, et petit à petit je me suis rendu compte qu'on partait dans deux directions différentes. Wallace, notamment, souhaitait poursuivre au-delà de deux tomes, ce qui chamboulait pas mal l'intrigue de départ qui prévoyait la mort de l'un des personnages principaux à la fin du tome 2. Étant pris par plein d'autres projets, j'ai fini par laisser les rênes du projet à Wallace, en continuant quand même à l'aider sur les deux premiers tomes.

Accéder à la BD Yerzhan Où en est la série Yerzhan ?
Hautière : Elle en est au point mort ; on a d'abord eu le feu vert des éditions Delcourt pour faire le tome 3, qui devait être conclusif, et dans les quinze jours qui ont suivi on a eu un signal d'arrêt de la série, qui ne connaîtra pas de tome 3, malheureusement.

Et "Pour tout l'or du monde" ?
Hautière : Même chose. Sur cette série j'ai moins de regrets, dans la mesure où on avait prévu le coup en amont avec le dessinateur, car l'intrigue amorcée au début du tome 1 est résolue à la fin de ce tome 1. On avait, au départ, prévu de poursuivre avec les trois personnages principaux mis en place dans cette première histoire. L'intrigue devait les emmener aux Etats-Unis sur deux tomes supplémentaires ; un lecteur qui a lu le tome 1 ne devrait pas être trop frustré, puisque l'intrigue qui porte sur la loterie du lingot d'or se finit à la fin de ce tome. Pas de gros cliffhanger qui donne absolument envie de lire la suite.

Accéder à la BD Abélard Je tenais à te féliciter personnellement pour Abélard, que tu as fait avec Renaud Dillies. Un chouette diptyque. Comment avez-vous travaillé ensemble ?
Hautière : Merci ! Nous venons justement d'entamer la suite.

Avec Renaud, nous nous sommes rencontrés en 2004, sur la route d'Angoulême. Nous sommes descendus ensemble en voiture au festival. On a beaucoup rigolé, le soir, histoire de continuer à rigoler, on est allés à la remise des prix, il s'est avéré qu'il en a gagné un (nd Spooky : prix du meilleur 1er album, en 2004, pour Betty Blues). On a fêté ça joyeusement, on est restés très copains. Ensuite on a fait un premier album, Mister Plumb, qui était empreint d'humour absurde. On a ensuite été pris, chacun de notre côté, par divers projets, tout en se disant qu'un jour ou l'autre il faudrait qu'on refasse un truc ensemble. On a laissé le temps faire son œuvre, en attendant que je trouve une histoire pour lui. Et un jour, en me baladant, une idée m'est venue, je me suis dit que ce serait bien pour Renaud, j'ai creusé l'idée, et le soir je lui ai envoyé un synopsis, il a dit « banco, c'est pour moi, je le fais dès que j'ai terminé Bulles et nacelle ». Il a fait 2-3 pages d'essai, on a envoyé le dossier à Dargaud, qui nous a répondu favorablement le soir même, et c'était parti. Concernant notre projet actuel, ça se passe plusieurs années après Abélard, nous reprenons le personnage de Gaston, le compagnon de voyage d'Abélard, et nous racontons sa rencontre et ses relations d'autres personnages assez particuliers. Ça va ressembler un peu à Abélard, dans la mesure où, là encore, l'intrigue peut se résumer à un voyage, à la fois géographique et intérieur, mais ce sera moins sombre. Et nous traverserons cette fois les Etats-Unis du nord au sud.

Une planche de La Guerre des Lulus tome 1 Et toujours cette ambiance jazzy qu'affectionne Renaud ?
Hautière : Totalement.

On va revenir un peu sur l'histoire des Lulus. Hardoc, penses-tu avoir franchi un cap au niveau graphique ?
Hardoc : En fait ce qui est bizarre, et j'en ai parlé avec d'autres dessinateurs de ma génération, c'est que quand on dessine, on se met tellement de barrières, on ne se lâche pas, on fait des blocages. Quand le projet des Lulus est arrivé, je me suis désinhibé, j'ai décidé d'arrêter de me mettre ces barrières. J'essaye de ne pas penser à d'autres auteurs et leurs influences, ce que font parfois, consciemment ou inconsciemment, beaucoup de dessinateurs à leurs débuts. Là je me suis laissé aller, et je pense que c'est le style qui me vient le plus naturellement en main, celui vers lequel je tends le plus naturellement.

Est-ce que tu participes un peu au scénario ?
Hardoc : (air grave) J'ai tout réécrit. Quand Régis me l'a envoyé, je lui ai dit « Coco, là, ça va pas ! Le titre, ça va pas, ils peuvent pas tous mourir au tome un, c'est pas crédible ! » (rires) Non, plus sérieusement, je suis le scénario de Régis, même s'il y a toujours des échanges sur les idées, les envies... On se connaît depuis pas mal d'années, on sait comment on fonctionne l'un et l'autre, suffisamment pour se dire les choses.

Une planche de La Guerre des Lulus tome 1 Comme le village de Valencourt n'existe pas, j'imagine que tu t'es documenté sur des décors existants ?
Hardoc : Sur la première page du tome 1, on voit un bout de la demeure de ma famille qui est en fait une ancienne ferme picarde, le clocher de mon propre village, ensuite les souvenirs de certains villages de l'Aisne, de la Picardie, étant gamin, et même ce que j'observe maintenant, avec cette architecture de craie et de brique... J'étais tombé, à une époque, sur le site internet d'un monsieur où il y avait énormément de photos de l'Aisne, intitulé « le Chemin des dames ». Je m'étais inspiré de ça aussi, il y avait de quoi faire. J'avais envoyé le lien de ce site à Régis pour qu'il puisse également y trouver des sources d'inspiration, car comme il y avait dans les Lulus une scène de café à représenter, pas mal de photos et de cartes postales présentes sur le site nous ont bien servi.

Régis, un certain nombre de lecteurs ont fait le parallèle entre la situation des Lulus et l'intrigue de Seuls ; j'imagine que ce n'est pas la première fois qu'on te fait la remarque ?
Hautière : Oui, on est dans un survival, des personnages confrontés à une situation extrême et qui essaient de survivre ; c'est le principe de Walking Dead aussi. On est en effet plus proche de Seuls que de la Guerre des Boutons, une autre référence souvent citée. Pour Seuls, c'est une référence plutôt flatteuse, car c'est une série que j'aime bien, j'aime beaucoup le travail de Vehlmann, de façon générale. Ce n'est pas une référence que j'avais en tête au moment de l'écriture, mais après coup, je me suis fait la réflexion qu'on était sur le même genre de trame narrative.

Hardoc : C'est aussi une série grand public.

Recherches graphiques père Gustave Quelles sont les références que tu revendiques pour la Guerre des Lulus en particulier ?
Hautière : Alors il y a eu, parmi les influences, Sa majesté des Mouches, Peter Pan... La guerre des Boutons pour le côté humour potache, dialogues de gamins, etc. et sans doute plein d'autres choses dont je n'ai pas forcément conscience.

Lorsque la guerre sera terminée, les Lulus retourneront-ils à l'orphelinat, qui est leur maison, au final ?
Hautière : Eh non. En fait c'est dit, de façon indirecte, au début du tome 1. Le narrateur, qui est l'un des Lulus, dit « Je ne suis jamais retourné à Valencourt ». On peut supposer que les autres non plus.

Quel est le rôle exact de David François sur les couleurs ?
Hautière : Il pose tous les aplats de couleurs. En fait ça se déroule en trois étapes ; Hardoc pose les niveaux en noir et blanc, les lumières et les ombres par des lavis ou des crayons gras sur les planches originales, David pose des aplats informatiques par-dessus, et Hardoc revient une dernière fois dessus pour poser la texture, les volumes de lumière...

Hardoc : Je fais des dégradés comme si j'avais un pinceau, car je ne voulais pas que ça soit froid, je voulais retrouver les sensations des couleurs directes, des couleurs vibrantes, sans que ce soit du binaire parfait.

Une planche de La Guerre des Lulus tome 2 Est-ce que le succès de la série vous a surpris ?
Hautière : Oui, surtout la rapidité ; ça a tout de suite bien marché. On l'a vu à Angoulême l'an dernier, puisque l'album est sorti le mercredi, juste avant le festival. On a eu tout de suite énormément de monde, et ça n'a pas désempli du week-end, alors que personne n'en avait encore parlé. L'album a été une des meilleures ventes du stand casterman.

Il y a eu une belle mise en avant de la part de l'éditeur...
Sur Angoulême, c'est vrai. Même par la suite on a eu pas mal de presse, beaucoup de retours positifs dans la blogosphère.

C'est une BD qui est lue dans les écoles, les collèges, les profs l'utilisent beaucoup ; on nous demande de faire des interventions en milieu scolaire, dans les CDI... On a été les premiers surpris, mais on ne va pas s'en plaindre. Notre éditeur, Didier Borg, est très content.

Tiens, à propos de Didier Borg, je crois qu'en-dehors de la collection KSTR, La Guerre des Lulus est son seul projet...
Hautière : Il a fait Pacifique avec Martin Trystram et Romain Baudy, mais c'est vrai que c'est le premier gros projet qu'il a édité en-dehors de son label.

Hardoc : Si je ne dis pas de bêtises, je crois que Noirhomme de Morel Antoine et Hamo a aussi été suivi par Didier.

Hautière : Je lui ai parlé de la Guerre des Lulus parce qu'il m'a demandé sur quoi je travaillais, et je lui ai présenté ce projet en lui disant que ce n'était pas pour lui, parce que ça n'avait pas sa place dans le catalogue KSTR ; il m'a répondu qu'il ne s'occupait pas que de KSTR et il a voulu les premières planches. Il a été tellement enthousiaste, tellement emballé, et toute l'équipe de Casterman derrière, que ça s'est fait très rapidement.

Accéder à la BD Aquablue Avez-vous un autre projet en commun, une fois la Guerre des Lulus terminée ?
Hautière : Casterman nous demande de penser à la suite, mais il reste trois ans de travail sur les Lulus. Je commence tout doucement à y réfléchir ; peut-être un spin-off des Lulus...

La reprise d'Aquablue, comment ça s'est passé ?
Hautière : Très simplement. Guy Delcourt m'a contacté pour me demander si ça m'intéressait de reprendre le scénario de la série. J'ai dit oui tout de suite. Je me suis replongé dans Aquablue en tant que lecteur, ensuite on a cherché un dessinateur. C'est Thierry Joor, éditeur chez Delcourt, qui a pensé à Reno, parce qu'il l'avait déjà fait travailler sur Valamon. Reno était emballé, c'était un rêve de gosse, pour lui, de bosser sur Aquablue. Il avait d'ailleurs déjà fait un essai, quelques années auparavant, pour un spin off d'Aquablue mais ça ne s'était pas fait. Il a donc refait un essai et ça a fonctionné.

As-tu des contacts avec Thierry Cailleteau ?
Hautière : Je l'ai eu une fois au téléphone, pour l'inviter au festival d'Amiens, lui dire qu'il y avait une expo, etc. Il a été charmant au téléphone, ravi de discuter avec moi, ravi de la reprise. Il n'imaginait pas qu'Aquablue puisse continuer sur cette voie-là et que ça lui plaise autant.

Une planche de Aquablue 12. Retour aux sources L'orientation écolo de la série, c'était une demande de l'éditeur ?
Hautière : Pas du tout, on avait vraiment carte blanche. Je voulais mettre dans Aquablue ce qui m'avait plu en tant que lecteur. Ce qui me plaisait, c'était le côté paradisiaque du décor, le mélange de science-fiction, de peuplades indigènes. Comme dit Olivier Vatine, c'est le mélange de Dune et de Tarzan.

Quelle va être la suite d'Aquablue ?
Hautière : On va déjà terminer le cycle qu'on a entamé, qui va prendre une tournure assez sombre, car ce que je veux, au travers de ce cycle-là, c'est modifier un peu la personnalité de Nao. Il a beaucoup évolué au fil des 11 premiers tomes ; c'était un personnage très naïf au début, jeune aventurier un peu foufou, puis il perd une partie de sa naïveté, mais pas pour le mieux, il devient une sorte de super-héros, de James Bond à qui tout réussit, et j'avais envie de revenir à un Nao plus humain. Ça passe par certains traumatismes, par des épreuves qui vont le ré-humaniser en quelque sorte.

Et le projet de faire une série sur sa jeunesse ?
Hautière : C'est mis de côté, il est possible que ça se fasse un jour. Un autre projet était de scinder Aquablue en deux, avec une partie qui regroupe des cycles longs qui se passent sur Aquablue, comme celui de Vatine et celui qui est en cours, et une autre partie s'appelant Fondation Aquablue, regroupant des histoires courtes qui se passent sur d'autres planètes. On est en train de travailler sur tout ça aussi.

Tu as d'autres projets en cours ?
Hautière : Plein. La prochaine parution c'est Perico avec Philippe Berthet, qui sort prochainement chez Dargaud, le tome 2, quasiment terminé, sortira je pense en septembre. Je travaille avec David François sur un diptyque se passant à New York dans les années 1930 ; le tome 1 est presque terminé. Avec Renaud Dillies, on travaille sur la suite d'Abélard, et c’est tout pour le moment :)

Merci à tous les deux.
Merci à toi.

Interview réalisée le 11/02/2014, par Spooky.

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