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Interview de Yann Dégruel Interview de Yann Dégruel (05/06/2012)
Rencontre avec Yann Dégruel, auteur sensible orienté vers la jeunesse. Quatre de ses séries sont répertoriées sur bdthèque, trois obtiennent 4 étoiles, preuve du talent du gaillard !

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Yann Dégruel Yann, bonjour, si vous deviez vous définir en une qualité et un défaut, quels seraient-ils ?
Ah oui, en effet, c'est pas mal de se poser cette question-là... En ce moment je répondrais que ma qualité serait la vitesse et que mon défaut serait la précipitation... Les paroles de mon entraineur de hand me résonnent encore dans les oreilles : « il ne faut pas confondre vitesse et précipitation ! » et aujourd'hui je réalise que c'est vrai...

Sinon j'ai un autre pouvoir aussi, celui de la création et un autre défaut, celui de la destruction... mais bon, je ne suis pas Gengis Khan quand même... mais sur ce petit jeu-là on peut s'amuser longtemps… Donc aujourd'hui, à cette minute, à cette seconde là je dirais vitesse et précipitation.

Que retenez-vous de vos années d’étude aux Arts Déco de Strasbourg et de votre passage chez Folimage à Valence ?
Ouhlala… si vous me branchez sur Strasbourg, ça va durer un moment, bref.... Je retiens un espace de liberté immense, j'avais 20 ans quand je suis arrivé aux arts déco, un sentiment d'amitié et d'amour, la sensation de vivre sur mon vélo comme s'il s'agissait d'un cheval, je garde le souvenir d'une époque bénie d'insouciance… En réalité, je ne réalisais pas la chance que j'avais de baigner dans une rivière de dessins, de marionnettes, de cirque et de spectacles ! Je réalise avec le temps que je n'ai pas assez bénéficié des ateliers et des maîtres artisans qui étaient mis à ma disposition. En vérité j'ai butiné dans la ville entière. Je voulais apprendre tout seul comme un grand ! Mes professeurs et mes copains copines m'ont donné des leçons essentielles...

Cliquer pour voir une planche de La première lettre Après mes études aux arts déco, j’avais une dette envers la patrie, mon service militaire n'avait pas encore été honoré (j'étais un éternel étudiant). Je me suis dit : "objecteur de conscience " à Folimage, voilà une chouette idée... J'ai été accueilli comme un doux rêveur, et c'était un territoire idéal pour passer de la bulle des études au monde impitoyable du travail. J'ai découvert la discipline du dessin animé, c'est un art mathématique... Cela m'a donné une leçon supplémentaire… Et puis la Drôme est une région qui ne s'oublie pas (j'y suis encore aujourd'hui ).

D’où vous vient cette passion pour les livres « jeunesse » ?
La véritable passion n'est pas le livre mais ce que je dis aux enfants, ce que je leur raconte... Je crois que c'est cela qui me passionne, s'adresser aux enfants. C'est comme si j'étais un papa qui devait nourrir le monde tout neuf, d'histoire et de sens... Parce que les enfants sont dans le « pourquoi ? », dans le « raconte-moi une histoire, je t'écoute et je goutte, j'ai faim, nourris-moi, toi qui est un grand ! »

Je n'ai pas connu de grand-père, ni d'arrière arrière-grand-père ! Même s'ils ont existé je ne les ai pas connus, ils ne m'ont pas raconté d'histoires, ni la leur ni celles des autres ! C'est pour cela que dans Genz Gys Khan, grand-père mammouth est absent...

Accéder à la BD Genz Gys Khan Genz Gys Khan est votre première série publiée. Comment est née cette aventure ?
Oui, Genz Gys Kahn est mon premier enfant de papier. C'est un jet, un volcan qui pète et qui éjacule, complétement incontrôlable ! Je crois que je me suis senti proche de Gengis Kahn et aussi d'un enfant de 4 ans qui veut tout casser autour de lui ! J'étais animé par un sentiment de toute puissance sur le papier et aussi d'une immense peur de disparaitre... J'avais 30 ans et je n'avais toujours pas réalisé de bande dessinée. Cela me terrifiait et me faisait plonger dans une profonde déprime. J'avais fait des études de dessin, travaillé à Folimage, et je n'avais toujours rien sorti de moi, c'était un moment de colère ! Cette colère a été créatrice et elle a changé ma vie.

Pensiez-vous réaliser autant de tomes en débutant la série ?
Les épisodes de Genz Gys Khan sont innombrables et j'en ai écrit beaucoup, je les ai même imaginés grandir et se développer... mais mon éditeur ne les vendait pas assez bien pour continuer, surtout lorsque je lui ai demandé de faire un plus grand nombre de pages. Evidemment je suis passé à autre chose, mais dans ma tête ils galopent encore !

L’adaptation sous forme de dessin animé est-elle toujours d’actualité ?
Malheureusement non ! C'était la genèse mais, aujourd'hui, je peux dire que toutes les tentatives qui ont été amorcées dans ce sens-là se sont avérées stériles. C'est très difficile de mener un projet de dessin animé, surtout s'il n'y a pas un véritable succès de librairie... Aujourd'hui, je n'y pense même plus même si cela me ferait danser de joie!

Accéder à la BD L'Enfant d'éléphant, d'aprés Rudyard Kipling L'Enfant d'éléphant, d'aprés Rudyard Kipling, votre deuxième album, faisait déjà l’objet de votre travail de fin d’étude à Strasbourg. Sa publication fût-elle un évènement spécial pour vous ?
« L'enfant d'éléphant » n'est pas mon deuxième album mais mon treizième!

Oups ! La honte…
Ah ah ah, le temps passe bien trop vite, je suis d'accord !

Oui, il était dans mon projet de diplôme ... Un jour, alors que j'étais en quête désespérée d'un projet, je me suis mis en colère, j'ai jeté mes cartons et un dessin est tombé, un dessin que j'avais oublié depuis longtemps, c'était l'enfant d'éléphant qui me disait « Je suis là, tu m'as oublié ? » Et voilà ! Merci la colère...

Mais le tour de magie ne s'est pas arrêté là ! Il allait continuer car cet album de bande dessinée a été l'occasion de réaliser un de mes rêves, une passerelle ente la bande dessinée et le spectacle vivant ! Enfin, je tenais le projet qui pouvait épouser les deux disciplines, je me suis jeté dedans accompagné d'un complice. Enfin, je pouvais réaliser mes marionnettes, jouer de la guitare, de l'accordéon, faire le clown, jongler avec la balle. Iko, lui, s'occupait du conte et de la musique africaine et le tour était joué. C'est un peu comme si je pouvais présenter aux enfants l'ensemble de mes jouets, c'est bien simple : c'est de la pure jubilation !

Aujourd'hui, à cette seconde, à cette minute précise, je fais un appel à tous les créateurs d'événements : « Invitez l'enfant d'éléphant à venir jouer chez vous ! Vous ne serez pas déçus ! »

Pour toute info, vous pouvez consulter le site : lenfantdelephant.fr

Accéder à la BD Sans Famille Avec Sans Famille, vous vous lancez dans l’adaptation d’une œuvre déjà souvent adaptée. Comment avez-vous abordé cette problématique ? L’imagerie populaire a-t-elle influencé votre manière de retranscrire cet univers ? Ou êtes-vous parti essentiellement du livre d’Hector Malot ?
« Sans Famille », voilà une histoire qui me ressemblait, en tout point... autant par le vide sidéral de la mienne que par le parcours du personnage qui vit de son travail de chanteur musicien, comédien de rue... Et quand on est un sans famille on se débrouille pour avoir 100 familles... les copains, les dessins, les territoires traversés, les marionnettes, les enfants sont une manière d'agrandir sa famille! Encore une fois, c'est l'histoire qui m'a touché et la relation entre les personnages, traverser l'épreuve de séparation et de la disparition... l'amitié! La force de la rencontre choisie !

Pour répondre à ta question : oui, l'imagerie populaire m'a influencé ! Je me suis moi-même imposé un style classique, même s'il est très dur à tenir. Je voulais une qualité de dessin et de formes même si ça a été beaucoup de travail... J'étais obsédé par la recherche de doc’, mais ma plus grande préoccupation était de ne pas trahir le message de l'auteur, Hector Malot, qui était un grand humaniste pour son époque. Aujourd'hui encore, pas mal de ses idées ne sont pas encore bien implantées dans notre terroir social. La tentation du bâton levé est forte et bien plantée dans notre sol ! Evidemment, j'étais moins libre que pour Gens Gys Kahn mais c'était mon choix de me mettre au service de son histoire... C'est un exercice formidable qui, d'une certaine manière, est reposante aussi car je m'appuie sur son travail et je ne suis pas tout seul à décider de tout!

Accéder à la BD La première lettre Enfin est paru en ce début d’année La première lettre, une nouvelle adaptation d’un conte de Rudyard Kipling (comme « L’enfant d’éléphant »). Pourquoi avoir choisi ce conte ? Qu’est-ce qui vous avait séduit dans celui-ci au point de vouloir l’adapter ?
Oui « La première lettre » est une lecture qui date de Strasbourg. Cela fait longtemps que ce texte me donne des bulles dans la tête, et l'idée d'en réaliser une bande dessinée est un cadeau supplémentaire... Ce qui me touche dans cette histoire, c’est la relation entre un papa et sa fille adorée, l'idée qu'ils partent à la pêche ensemble est une des images du bonheur...

Que pensiez-vous pouvoir y apporter ?
Je n'adapte pas cette histoire en pensant y apporter quelque choses, mais surtout je pense au plaisir de la raconter, de la transmettre, de la présenter, de la souffler, de la murmurer à une oreille attentive... C'est le plaisir de la dire et de la redire, de la dessiner, d'imaginer la bouille de Taffy! Voilà, c'est surtout cela, le plaisir pur, tout simplement...

Cliquer pour voir une planche de La première lettre Ce conte bénéficie de plusieurs niveaux de lecture…
La porte de l'imaginaire est ouverte et, oui, j'espère qu'il y a aussi dans cette histoire cette pépite là... Je peux vous donner mon avis si vous voulez. Pour « L'enfant d'éléphant » on pourrait imaginer l'idée de la puberté et la sexualité. Dans « Le chat qui s'en va tout seul » la quête de l'autonomie, oui. Dans « La première lettre » j'imagine que l'on peut s'interroger sur la croyance des hommes, alors que l'enfant, lui, cherche son plaisir immédiat. Il veut assouvir son désir, l'étranger lui, un tewara, s'imagine, projette, croit que… Cela peut donner à s’interroger sur la relation des êtres entre eux... ce que chacun a dans la tête et toute la complexité d'être en lien les uns avec les autres !

Je me suis également amusé à représenter une société néolithique matriarcale avec les femmes qui jouent un grand rôle, et que même le chef est une femme... évènement qui, aujourd'hui encore en France, est loin d'être le cas !

Kipling est un auteur un peu réac’ dans ses idées, mais j'aimerais pouvoir en parler un peu plus profondément, et je crains que ce format d'interview ne m'en laisse ni le temps ni la place, je m'en remettrais donc à une prochaine fois...

Cliquer pour voir une planche de L' Enfant d'éléphant Je le note… Parlons un peu de technique. Pourriez-vous nous expliquer la vôtre, mélange de crayonnés à la craie grasse et de travail assisté par ordinateur ?
Ma technique est multiple et insaisissable, elle s'en remet à mes besoins du moment... Dans ces trois livres c'est la craie grasse qui s'est imposée comme une évidence. J'avais besoin de cela... peut-être le côté préhistorique ? L'ordinateur m'a aidé pour les cartouches, et les cases et pis c'est tout !

En vérité je m'ennuie lorsque j'utilise toujours la même technique. Alors, quand je peux, je change! A chaque album, une nouvelle promesse ! Lorsque je termine un livre, je me dis : « Ouais, là, il y a encore un chemin graphique que je n'ai pas encore exploré ! Génial, du plaisir à venir, de la nouveauté… ce sera pour le suivant ! »

Cliquer pour voir une planche de Sans Famille Est-ce vous qui choisissez le format de vos albums ? Ce choix n’est, je suppose, jamais anodin ni sans conséquences sur le découpage du récit. De quelle manière influence-t-il l’évolution d’une histoire ?
Le format ? Là encore, c'est une question de feeling. Je le sens comme ça, et l'éditeur, que ce soit Thierry ou Guy, me suit. C'est quand même une grande chance... Et oui ce n'est pas un choix anodin... Le livre n'est pas toujours le même objet. J’utilise un petit format parce que je pense qu'il tient bien dans les mains, c’est plus facile pour un enfant. Et puis, pour la mise en page, il provoque des combinaisons différentes de l'album classique, cela amène une différence… que je recherche.

Pourquoi privilégiez-vous l’écriture assistée par informatique au détriment d’un bon vieux lettrage à la main ?
Je privilégie l'écriture par ordinateur pour une raison d'efficacité. L'écrire à la main serait un travail de moine bien trop laborieux pour moi... Je m'en remets donc à la machine, comme l'agriculteur enfourche son tracteur. Mon tracteur à moi, c’est la machine qui écrit bien plus proprement et bien plus précisément que je ne saurais le faire. Même si j'ai une belle écriture manuscrite, lorsqu'il faut écrire des textes qui rentrent pile poil dans une bulle c'est un vrai chemin de croix, une croix que je ne veux pas porter ! Et puis, comme ça, je garde toute mon énergie dans le travail du dessin.

Mais je reconnais que le choix et la taille de la typo sont extrêmement importants et que si ces choix sont maladroits, ils peuvent bousiller la planche. C'est un véritable travail de choisir la typo... et l'éditeur fait cela très bien !

Enfin, quels sont vos projets à venir ?
Mes projets à venir sont multiples et plein de promesses ! J'ai une nouveauté qui sort en octobre, à ne pas rater « Saba et la plante magique ». J'ai écrit cette histoire en m'inspirant d'une histoire éthiopienne...

J'ai une idée d'un second livre qui pourrait s'intituler « Embuscade » mais je n'ai pas encore présenté mon story à Thierry Joor.

Et cela me demandera encore un peu de temps car je suis pris par un nouveau travail enthousiasmant : l'élaboration d'une bande dessinée numérique adressée aux collégiens, avec l'Unesco comme partenaire, et sur le thème des héroïnes africaines... Un projet qui, une fois de plus, me donne des ailes ! Je travaille actuellement sur les deux premiers épisodes, et j’en ai certainement jusqu'en septembre !

Et puis il y a aussi le travail dans les écoles, que j'adore. J'anime avec plaisir des rencontres avec les enfants, c'est l'occasion pour moi de rencontrer mes lecteurs.

J’ai aussi des désirs d'illustrations d'articles de presses comme cette image que vous avez choisi sur mon site... je vous remercie d'ailleurs, j'espère que cela va encourager les lecteurs de découvrir toutes ma palette de graphiste !

Le spectacle, enfin, fait aussi partie de mes projets à venir et à tenir...

Pensez-vous un jour réaliser un album destiné prioritairement aux adultes ?
Oui bien sûr les adultes m'intéressent... peut-être parce qu'ils sont gouvernés par leurs émotions d'enfants. Je pense que mon style d'aujourd'hui est rond et enfantin, mais je sais que je pourrais changer si l'histoire a du sens !

Mais il faut un éditeur qui ose me suivre parce que c'est un risque, ce changement de registre, pour un auteur jeunesse comme moi... à moins que je prenne un pseudo…

Cliquer pour voir une illustration Yann Dégruel, un grand merci pour le temps que vous venez de nous consacrer. Un petit mot en guise de conclusion ?
En guise de conclusion, j'ai commencé par la vitesse, je finirai par le temps. Le temps... comme le désir, le fruit... Se nourrir de son fruit demande du temps, et je pense à tous ceux qui paniquent à l'idée de ne pas encore avoir cueilli le leur... Cela demande du temps... La graine toute petite d'où qu'elle vienne, il lui faut une bonne terre nourricière, de l'eau, du soleil et du temps avant de devenir un arbre qui donne ses meilleurs fruits, à la bonne saison... Attendre encore la bonne saison, cela demande du temps... Et quand on a faim, qu'on a un désir de croquer et de goûter son fruit intérieur, on est pressé et impatient surtout lorsque l'on a toute la fougue et la vigueur de la jeunesse. Mais il ne faut pas oublier le temps... nous avons besoin de lui.

Alors même petite, toute petite, la petite graine de son fruit, si vous l’avez trouvée, je vous en prie, ne vous pressez pas, et n'éparpillez pas aux quatre vents, trouvez lui un terrain favorable et soyez un bon jardinier avec elle, avec le respect du temps et des saisons, cette petite graine se développera. Et même si elle est petite, un jour vous en goûterez le fruit. Et même si il est petit lui aussi, il possède une grande puissance créatrice de paix et de joie à l'intérieur, parce qu'il existe! Même petit...

Voilà, c'est moi qui vous remercie de vous intéresser à mon travail car vous l'aurez bien compris, le pire pour une graine auteur, c'est de disparaitre auprès de ses lecteurs...



A voir aussi : Le site de Yann Dégruel

Interview réalisée le 05/06/2012, par Mac Arthur.

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