J'apprécie le graphisme de Brüno et son style clair et épuré. J'étais aussi curieux de lire ce récit sur l'esclavage aux personnages visiblement originaux au vu de la couverture.
J'y ai découvert une histoire intéressante mais dure et un peu trop cruelle à mon goût.
J'ai été un peu décontenancé par l'aspect fantasmé de certains personnages et décors, comme l'Afrique que j'ai eu bien du mal à reconnaitre. Malgré de nombreux éléments historiquement réalistes, j'ai compris qu'il fallait donc y voir une simple fiction parfois assez outrancière.
Le scénario est original mais je n'ai pas trop accroché à sa dureté pas plus qu'au personnage principal. Même si l'intrigue est crédible, il est difficile d'apprécier une telle haine et de telles actions meurtrières de la part des protagonistes, héros et capitaine pirate en tête. Il restait cependant l'originalité de l'intrigue pour m'intéresser ainsi que la curiosité de savoir où l'auteur et les manigances d'Atar Gull allaient nous mener.
Et comme le tout est bien raconté par le dessin et la narration graphique de Brüno, j'ai quand même assez apprécié ma lecture.
J'ai récemment découvert le dessin de Bruno (dans Junk). Et j'ai eu ici la même réaction, c'est à dire qu'il ne m'attire pas au premier abord. Mais finalement, il en ressort plutôt une bonne impression.
Concernant le scénario, sur un sujet à la fois sensible et souvent traité (la traite négrière), l'intrigue est assez bien menée.
Mais, comme certains avant moi, je n'ai pas réussi à croire en Atar. Personnage trop caricatural, ou froid, dans une histoire qui se veut réaliste. Personnage qui n'attire pas l'empathie.
Peut-être suis-je trop manichéen, dans l'idée que je me faisais de ce personnage central. Ou alors j'ai mal lu cette histoire et n'ai pas su y trouver l'angle d'attaque des auteurs.
Un très bon one-shot signé Fabien Nury ! J'étais un peu sceptique au début car je n'aimais pas trop le dessin, mais rapidement j'ai fini par m'habituer à ce style.
Le scénario est prenant et il y a beaucoup de rebondissement dans cet album. Peut-être un peu trop car parfois le rythme va parfois un peu trop vite. Un album de plus n'aurait peut-être pas fait de tort. L'histoire traite de la traitre des noirs et de l’esclavage et j'ai bien aimé comment était traité ses deux sujets. Il y a n'a pas de manichéen ou de moral à deux balles. Par exemple, le capitaine n'est pas présenté comme un monstre même s'il est un négrier et j'ai même eu un peu pitié de lui. Les personnages sont humains et non des caricatures comme j'en ai vu trop souvent dans ce genre de récit.
Très belle découverte pour moi !
Le dessin de Brüno, que je trouvais trop stylisé, a longtemps freiné ma lecture.
Quelle erreur ! On est immédiatement plongé dans cet univers graphique original et parfaitement maitrisé.
Côté scénar, Nury fait une fois de plus un excellent boulot. La narration est fluide, l’action claire et les personnages très charismatiques.
Les mécanismes et l’horreur du commerce triangulaire sont justement et intelligemment évoqués.
Bref, Atar Gull m’a beaucoup plu et je le recommande vivement.
Moi qui n'était franchement pas du tout attiré par le dessin de Brunö, j'avoue avoir été conquis.
C'est avec un regard nouveau que je vais certainement me pencher sur ses autres productions.
L'adaptation réussie d'un roman que je ne connaissais pas par Fabien Nury y a certainement joué pour beaucoup. Son talent de narrateur est toujours aussi efficace.
J'ai pour le coup apprécié à sa juste valeur le travail graphique de Brunö. Le résultat est pour ma part concluant et j'ai vraiment accroché à l'ambiance et aux personnages de ce récit. Bon, le côté tragi-romantique propre à nombreux romans du XIXe est un poil urticant par moments, mais la trame générale et la narration étant ce qu'elles sont, on se laisse porter par le récit et le destin de cet esclave nourri de vengeance.
Une BD sombre sur des destins tragiques et des personnages impressionnants, où le dessin de Brunö et sa maitrise des aplats en noirs est remarquable et colle parfaitement au sujet.
Je trouve que ce récit est particulièrement bien construit et en trois temps comme une redoutable mécanique dans la mise en place du scénario. On suit tout d’abord le destin d’un commandant de navire marchand qui va malheureusement croiser la route d’un pirate. Puis, il y aura le temps du propriétaire de la plantation où sont acheminés les esclaves africains.
Bref, à travers le portrait de 3 négriers, on va suivre en parallèle la route du fils d’un roi de tribu africaine. Il va se révéler petit à petit et notamment dans la dernière partie de l’histoire. Il faut dire qu’au début, on se pose des questions sur l’absence du personnage qui porte le nom de cette bd. Encore une fois, Fabien Nury se révèle être un excellent scénariste.
Le thème est celui de la traite des esclaves d’origine africaines et de leurs affreuses conditions de vie. On arrive à cerner les enjeux politiques et commerciaux ainsi que l’état d’esprit des colonisateurs. C’est assez bien retranscrit dans le contexte historique de l’époque. J’ai bien aimé celui qui se qualifiait d’esclavagiste humaniste. Il est vrai qu’il peut y avoir bien pire mais quand même…
J’ai sans doute un peu regretté la froideur d’Atar qui est bien plus inspiré par la haine que par l’amour. Dans le registre de la vengeance, il va aller très loin ce qui procure un certain malaise au vu des sacrifices accomplis. On ne le comprend pas. La fin est également bien inspirée et fait le lien avec le prologue. C’est une œuvre originale dont la seule faiblesse est sans doute le trait graphique.
Ma lecture fut agréable, mais s’est terminée sur une impression mitigée, comme s’il manquait un « je ne sais quoi » pour rendre cette BD inoubliable, sans que je n’arrive à mettre le doigt dessus… et puis j’ai lui l’avis de Frolier ci-dessous (et dans une moindre mesure celui de roedlingen), et tout s’éclaira : je n’ai pas réussi à croire en cette histoire et son « esclave modèle ». Le comportement de Atar Gull ne me paraît pas suffisamment crédible, ses actes extrêmes pas justifiés, et du coup j’ai eu du mal à m’attacher ou m’intéresser à lui.
C’est dommage, parce que l’intrigue elle-même est intéressante, souvent édifiante (sujet oblige) et je suis personnellement fan du dessin, épuré certes, mais élégant et esthétique.
Un bon album, un moment de lecture sympa, mais pas une BD inoubliable selon moi.
2,5/5
Mouais, pas mal mais sans plus, vraiment. Je suis déçu.
Nous avons ici une histoire intéressante, mais que j'ai trouvée globalement survolée. J'ai vu dans les premières pages qu'il s'agissait de l'adaptation d'un roman. En fait, je crois que cette BD en est plus un résumé. Ça m'a fait le même effet qu'en regardant un film sur "avance rapide".
L'histoire aurait pu tenir sur plusieurs tomes et être un peu plus creusée. De même, les personnages annexes, comme le capitaine du Catherine, ou le capitaine Brulart, ne sont pas assez exploités. Ils font leur apparition dans l'histoire et puis paf, plus rien. Leur intervention n'a pas assez de conséquences sur le déroulement des évènements.
Globalement, tout se passe trop vite, l'achat d'Atar Gull, son changement de "propriétaire", son arrivée à Port Royal, sa vengeance...
Je n'ai pas trop compris certains comportements de notre héros : lui, si fier, qui courbe l'échine devant Brulart..? De même, quel est l'intérêt de leur dernière confrontation dans la prison ??
De plus, la fin ne m'a pas vraiment coupé le souffle...
Côté graphismes, on retrouve un trait assez "naïf" qui rend l'histoire assez fluide, et qui m'a fait penser à Robinson Crusoë de Daniel Defoe, de Gaultier, les ombrages gribouillés en moins.
Bref, une histoire de vengeance assez basique expédiée à la va-vite, qui ne me laissera pas un souvenir impérissable...
(100)
Pas mal sans plus on va dire.
Cette BD je l'ai achetée suite aux bons avis récoltés ici, mais pour l'offrir à une personne qui s'intéresse à l'histoire, donc à la base je n'étais pas intéressée pour moi-même. Je pensais tout de même y trouver le petit plus que laissaient espérer les bonnes notes données et ce ne fut malheureusement pas le cas.
Pour commencer je n'aime pas du tout le dessin, trop simple à mon goût, que ce soit au niveau du trait comme de la mise en couleurs. Graphiquement, ça n'arrive pas à la cheville de Bourgeon et de son Bois d'Ebène qu'évoque aussi un autre aviseur.
Au niveau de l'histoire, je dirais que tout s'enchaine trop vite. Malgré les 86 pages de ce volume, je n'ai pas eu conscience du temps qu'il a fallu à Atar Gull pour faire ce qu'il a fait, il y a trop de raccourcis et je n'ai pas été touchée par son destin d'esclave modèle.
La seule chose dans cette histoire qui m'a marquée c'est ce planteur qui se prend pour un humaniste mais qui finalement n'a pas plus de considération pour ses esclave qu'il n'en aurait pour des animaux. Il est sans doute le moins pire de tous, mais ça fait peur quand même...
Voilà, pas pour moi, mais de toutes façons, ce n'est pas pour moi que je l'ai achetée, alors tant mieux, en espérant qu'elle plaise à son futur propriétaire !
Une bonne BD, un dessin puissant, un scénario qui ne va jamais là où on l'attend, des personnages forts.
J'ai failli mettre quatre étoiles, mais ce sera trois parce que le dernier quart de l'histoire tient assez mal la route.
La question, comme toujours, n'est pas de savoir s'il c'est "possible de..." (en l'occurrence d'être aussi pervers, double, ambivalent, manipulateur, bref en un mot, aussi "fou"). La question est de savoir si l'histoire parvient à rendre crédible son postulat. Et en ce qui me concerne, la réponse est non.
Je ne crois pas dans ce personnage, parce que le scénariste n'a pas su me le faire comprendre... ou me faire accepter que je ne le comprendrais jamais. Cela dit, je n'ai pas lu l’œuvre originale et je ne sais pas si Eugène Sue a fait mieux.
Mais juste pour la qualité du dessin et l'intensité du récit malgré sa fin, je conseille tout de même l'achat, d'autant que d'autres lecteurs seront sans doute moins gênés que moi par le défaut que j'ai mentionné.
Reste une question mystère: pourquoi, sur la couverture, avoir mis le titre (qui est le nom du personnage principal) entre guillemets?
S'il s'était appelé Jean-Paul, aurait-il été entre guillemets? Il y a ici un vague relent de colonialisme (nom africain = surnom) qui ne colle pas bien avec l'ensemble du projet.
Album sérieux, Dargaud retrouve la qualité quantitative en terme de planches avec cet opus. La marchandise dense encourage un bon voyage imaginaire.
Nous allons suivre le parcours de deux gros salopards, un intelligent et un stupide. Comme souvent le stupide restera vivant tandis que le conscient sera pendu.
Le bon côté de l’album est qu’il ne nous présente pas la traite des esclaves avec le méchant blanc et le pauvre noir, l’opprimé face au puissant. Ici nous rencontrons des blancs qui sans être des saints montrent un intérêt avant tout humain et se retrouvent d’ailleurs détruits par leur naïveté dans un monde de pionniers peu favorable à la mentalité bisounours.
Dans ce mélange de personnages, deux sortent du lot, ce fils de chef et ce pirate. Les deux sont des monstres, mais l’un le sait et l’assume tandis que l’autre se cache derrière une façade qu’il gardera tout le récit. Si j’ai apprécié notre marin, dont je reconnais la qualité de la clairvoyance, je n’ai en revanche pas du tout accroché avec notre héros que je trouve finalement trop superficiel et peu crédible.
Les situations s’enchainent avec rythme, et même si le lecteur se dit souvent : ben oui bien sûr comme par hasard pour justifier des enchainements, ne jouons pas les rabat joie, la fluidité fait passer quelques facilités scénaristiques. Le tout se finit de manière abrupte ce qui rend tout le récit de notre héros sans intérêt, finalement à vouloir se venger il aura tout loupé. Etant donné la bêtise crasse dont il fait preuve au long du récit, j’ai envie de dire pas étonnant, m’enfin…
Graphiquement, le travail d’épure et de trait brut donne une grande force au récit, il en va de même par la colorisation par grands aplats, très pertinente pour marquer les contrastes. La construction des cases permet une remarquable narration fluide et parfaitement réglée. De fait si l’aventure en elle-même semble bien ordinaire, la narration la rend franchement prenante.
Au final, les sentiments sont contradictoires, la lecture fluide vient d’une bonne qualité narrative, et pourtant l’aventure elle-même me semble banale, le propos sort du classique couplet culpabilisant en présentant des personnages moins classiques, hélas ils se retrouvent prisonniers d’un comportement forcément destructeur (que ce soit par candeur, bêtise ou motif personnel). Certes, on évite le discours habituel du méchant blanc, mais pour retrouver des personnages sans ressort. Excepté notre pirate étrange, tous les autres personnages vont et viennent au cours du récit sans que j’ai pu m’attacher à aucun. Entre le bof et le pas mal, mais la qualité narrative fera pencher la balance du côté positif car le récit donne envie d’être lu au fur et à mesure de l’avancée du lecteur. L’achat en revanche ne me parait pas nécessaire, une relecture révèlerait trop les multiples facilités scénaristiques des enchainements qui laissent notre « modèle » agir tranquillement sans être inquiété tout au long du récit. (Qu’une mère laisse tuer son enfant de la sorte me semble vraiment, mais vraiment complètement délirant et j’ai vraiment décroché à partir de là.)
Voilà un bon récit d’aventure qui apporte son lot de surprises.
Si j’ai d’abord apprécié ce one shot, c’est sans doute grâce au travail qui a été fait sur les personnages. Hormis l’un d’eux qui est particulièrement détestable, les autres sont nettement moins manichéens. La complexité des caractères et la relation qui unit les différents protagonistes du récit permettent de ne pas limiter ce dernier à une « simple » histoire d’esclaves, de soulèvement ou de trahison. C’est plus complexe que cela et heureusement !
L’autre point positif de l’album est son approche graphique. Le trait paraît simplifié mais il n’en demeure pas moins maîtrisé et très expressif. J’ai trouvé dans l’approche graphique quelque chose de nouveau qui m’a plu.
Au final, c’est un bon album, très bon même. Il permet à la collection « Long Courrier » de conserver ses lettres de noblesse acquises depuis déjà longtemps…
Aaaah, Brüno … J’ai pas tout lu de lui mais c’est un auteur "à part" que j’affectionne beaucoup. Son parcours est intéressant car il a commencé de manière confidentielle par l’autoédition avant de pouvoir imposer son trait épuré auprès du grand public.
Le cynisme de cet album m’en rappelle un autre, celui de La Décimation de Brüno, même si le contexte diffère. Son trait use d’un langage pictural unique et complémentaire au récit concocté par Fabien Nury. Ce décalage entre l’âpreté du récit et la bonhomie du trait renforce ce témoignage sur l’esclavagisme colonial. Fabien Nury, je connais peu. Mais je lui reconnais une grande maîtrise de la narration avec un découpage d’une élégance rare. Il a su rendre au récit sa dureté primaire mais davantage en la suggérant qu’en la montrant de facto. De la sorte, cette bd n’est pas uniquement réservée à un public averti.
C’est une œuvre intelligente, forte … à mettre dans toutes les mains !
J'avais découvert Bruno avec Inner City Blues, dont les dessins m'avaient tout de suite attiré. Puis Nemo, superbe, que je vous conseille chaudement.
L'histoire au rythme chaloupé nous laisse suivre l'histoire d'un esclave "modèle". Outre la beauté des dessins de Bruno (je sais je me répète), j'ai bien aimé le fait que l'histoire n'est pas en permanence cadrée sur le héros mais dresse (juste ce qu'il faut) différents portraits de personnages qui gravitent autour et influencent évidemment son destin.
J'ai tout de suite été attiré par cette bd pour deux raisons: Nury, un des nos meilleurs scénaristes, aux commandes et Brüno, dont le travail dans Biotope m'avait époustouflé.
Pourtant, je m'étais juré de ne plus acheter d'adaptation littéraire, l'histoire d'Atar Gull étant à l'origine un roman d'Eugène Sue, célèbre pour ses "Mystères de Paris".
Ayant longuement hésité (non sur l'achat) mais sur les versions en présence, j'ai finalement opté sur celle en noir et blanc, proposée par Dargaud.
Au fil des pages, on peut admirer le trait assez épuré de Brüno, mais qui arrive à nous proposer des personnages forts, surout les plus antipathiques:Brulart,par exemple est parfaitement réussi, Atar Gull, n'étant pas en reste.
L'histoire peut se résumer en deux parties distinctes: la première étant consacrée au commerce triangulaire, qui peut parfois fait songer à Bourgeon avec Les Passagers du vent, et la seconde se focalisant sur le destin d'Atar Gull, destin singulier et rempli d'ambiguité.
Même dans la version en noir et blanc, la violence de l'esclavage se fait ressentir (voir page 52 par exemple).
Le récit est violent, dur, parfois insoutenable mais formidablement écrit et dessiné.
Un des albums incontournables de cette rentrée.
Une poignante histoire sur le trafic d’esclaves, avec comme personnage central Atar Gull, force de la nature et fils de chef, qui va se retrouver comme esclave en Jamaïque.
Une histoire bien rythmée, bien construite, on s’empresse à tourner les pages.
Mais c’est aussi, et ce n’est pas un défaut, une histoire assez féroce.
Atar Gull va se venger, les colons blancs de l’époque sont abjects, font preuve de fausse mansuétude envers le personnel et sont d’une suffisance rare.
Je ne vais pas trop en dire mais la fin est assez bouleversante, au final Atar Gull est-il beaucoup mieux que tous ses bourreaux ?
Le dessin est clair et sert bien cette bonne BD.
Une belle, ou plutôt une bonne histoire sur un sujet trop souvent édulcoré, qui n'est pas sans rappeler "le bois d'ébène" de Bourgeon. Le trait et l'histoire sont plus épurés ici, mais les fait sont relatés de façon très crue, très réaliste. Ça fait froid dans le dos, de voir ce que ces gens ont pu subir.
Coté scénario, Nury ne nous déçoit pas, c'est toujours très bien ficelé. Le dessin, lui est assez sobre, avec le trait épais, un remplissage uniforme, sans nuances, qui n'est pas sans rappeler le noir et blanc. Du beau travail.