C'est un huis clos avec très peu de personnages (3 comme le titre de la série l'indique) et très peu de dialogues. La narration assez originale est basée sur les souvenirs d'un des personnages. Le format est de type italien avec souvent peu de cases par pages avec de grandes cases allongées (dû au format) ce qui accentue le fait que le scénario se déroule dans l'espace.
Les dessins sont superbes. Bien que simples et assez répétitifs (puisque peu de personnages et toujours dans un même lieu), mais le trait est bien dessiné et les couleurs correspondent bien à l'ambiance froide de l'espace.
Le scénario n'est lui pas d'une originalité extrême dans les sujets traités. En effet, il aborde plusieurs thèmes comme le racisme, les pulsions violentes humaines, la conception artificielle et surtout des réflexions sur le passé et le futur de l'humanité. Mais le tout avec une approche, qui elle, n'est pas commune par le biais de personnages loin de toute intervention extérieure et seuls quant aux choix qu'ils doivent faire.
C'est dommage que ce soit abordé aussi rapidement (en deux tomes) alors que je trouve que tous les sujets auraient pu être plus développés avec un peu plus de tomes. L'action est aussi un peu lente et c'est d'ailleurs peut-être volontaire pour accentuer l'effet du voyage spatial où le temps se ralentit.
Rien de tel qu'un huis clos en comité restreint aux confins de l'univers pour mettre à nu les tréfonds de l'âme humaine. Sauf qu'on peut bien entendu se demander ce qu'il reste d'humain dans des clones sélectionnés, manipulés et façonnés dès avant leur naissance. Les 3 vierges posent ces questions, et bien d'autres (sur la mémoire de l'humanité et la notion de temps, de sens, de paternité, sur la nature des sentiments, etc.). Le scénario fonctionne souvent pas associations d'idées (rappelant la psychanalyse chère à Yslaire) et l'histoire n'est pas vraiment linéaire, loin de là, mais ça cadre plutôt bien avec des classiques de la science-fiction genre "2001..." et "Solaris". Le dessin des navettes spatiales rappelle lui aussi les canons du genre - ce qui est quand même très rare en BD. C'est plutôt réussi. Et les couleurs photoshop cadrent elles aussi très bien au sujet; elles arrivent à créer une ambiance spéciale à elles seules. Bref, cette série est vraiment une bonne surprise, surtout en regard d'une autre BD de Boccar qui ne m'avait pas enchantée (Morro Bay) - comme quoi un bon scénario peut faire toute la différence. A éviter par ceux qui aiment les récits ayant un début et une fin, mais à découvrir par les curieux à la recherche de nouveauté.