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Avis posté par Jérem Infos posteur le 23/02/2014 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Ouf, je viens de venir à bout de ce gros pavé et je dois dire que malgré quelques difficultés à rentrer dans l'histoire, je suis content de cette lecture.
Hirata nous emmène dans le Japon du 17ème siècle, où les clans les plus puissants se disputent un record de tir à l'arc. La compétition dépasse largement le cadre « sportif » (désolé pour cet anachronisme) pour prendre une tournure éminemment politique. Les grandes familles mobilisent des moyens financiers et humains gigantesques pour avoir l'honneur de compter parmi leurs rangs le meilleur des archers.

Bien qu'étant une œuvre de fiction, l'album tire vers le documentaire. L'histoire est relativement simple mais l'intérêt est surtout dans la reconstitution minutieuse et très documentée du Japon de l'époque par le prisme du kyudo. Derrière la quête forcenée d'un jeune homme pour devenir le « premier sous le ciel », Hirata décortique une société féodale complexe et codifiée où le sens de l'honneur justifie toutes les dépenses, toutes les injustices et tous les sacrifices.

Graphiquement, c'est très réussi. Le trait est réaliste et beaucoup de soin est apporté à la reconstitution du Japon médiéval. Par contre, on s'y perd un peu dans la foule de personnages gravitant autour du héros. Beaucoup d'entre eux se ressemblent et cela nuit parfois à la parfaite compréhension de certaines scènes.
L'édition proposée par Delcourt est magnifique et proposent de nombreuses pages de notes très bien faites.

Monumental et passionnant, L'Âme du Kyudo est un album marquant que je conseille vivement.

Avis posté par GiZeus Infos posteur le 12/06/2010 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Ca y est, j'ai enfin lu cette petite brique. Fichtre, 436 pages avalées d'une traite pour me maintenir dans l'ambiance de ce gekiga. Oui j'ai préféré me maintenir dans la lecture, malgré l'heure tardive. Car une fois qu'on est dedans, mieux vaut ne pas en sortir.

En effet, ce gekiga demande un investissement de la part du lecteur. Ce n'est pas une simple lecture banale, que l'on pose et l'on reprend quand on le souhaite. Tout du moins est-ce mon sentiment. Les quelques interruptions inopportunes m'ont demandé un léger effort pour me remettre dans l'ambiance.

Mais quelle ambiance ? Eh bien c'est simple, nous suivons la vie spartiate d'un jeune homme qui veut obtenir le titre de "Premier sous le ciel". Nous suivons pas à pas son entrainement rude et intense. Il se dégage alors du titre une saveur pierreuse, rêche, tel l'entrainement draconien auquel est soumis Kanza. Sa détermination est parfois fascinante à contempler, et c'est là que réside le talent d'Hirata : nous faire ressentir la dureté de l'entrainement, de manière adulte et virile, comme le monde dans lequel évolue le héros.

Si vous l'ignoriez encore, l'histoire de l'épreuve du Toshiya commence au début du XVIIème siècle, juste après l'établissement de l'ère d'Edo. Sans qu'aucune date ne soit réellement avancée quant à l'évolution du temps (seule l'insurrection de Shimbara permet de situer vaguement la date), j'en ai sommairement déduit que les aventures de Kenza débutent une quarantaine ou cinquantaine d'années après le commencement de l'épreuve, qui consiste à décocher le plus de flèches qui traverseront l'auvent d'un temple de 120 mètres de longueur. Cette épreuve deviendra, au fil du temps - et en temps de paix -, le symbole représentatif de la puissance de chaque clan, qui cherche par tous les moyens à obtenir et conserver le titre tant convoité de "Premier sous le ciel".

C'est précisément cet acharnement qu'Hiroshi Hirata s'attache à dénoncer (il le dit explicitement en commentaire, à la fin). En suivant le parcours de Kanza, dont la vie est exclusivement dédiée à son art, l'auteur montre sans voile la rudesse de l'existence de ces hommes, sacrifiés sur l'autel de la gloriole. Sacrifiés est en effet le bon terme. Parce qu'en cas d'échec, l'honneur du clan étant sali par l'insuccès de l'archer, ce dernier le lave de son sang. Mais gare à ne pas tomber dans la critique facile. Les codes de l'époque nous paraissent peut-être barbares vu quelques siècles plus tard, mais juger des moeurs passées est, à mon humble avis, sans valeur puisque bien des siècles et évolutions nous séparent des codes qui nous parviennent. Tout au plus peut-on essayer de les comprendre, et alors on s'aperçoit que la vie n'est pas une valeur sacrée dans ce monde viril. Seule la puissance affichée et l'honneur comptent, et la vie n'est préservée que lorsqu'elle est utile. Je pense ici aux différents clans qui ont arrêté le "jeu", estimant que la perte d'officiers de valeur ne valait pas le prix payé en cas d'échec. Ainsi, cette vision est plus nuancée que celle des deux grands fiefs qui s'opposent, les Owari et les Kii.

Malgré les qualités citées plus haut, j'ai quelques reproches à faire. Ponctuellement, quelques éléments mineurs viennent gâcher le récit. Le premier exemple qui vient à l'esprit est celui de l'homme qui professe à Kanza, en observant seulement son visage, qu'il battra le record du Toshiya. J'ai noté d'autres détails peu représentatifs de la qualité globale, et c'est pourquoi je ne m'escrimerai pas à les retrouver.

Un dernier mot sur le dessin. Lu après L'Incident de Sakai et autres récits guerriers, je m'attendais à retrouver l'empreinte grasse du trait d'Hirata. Mais non, l'auteur a visiblement décidé d'affiner son encrage, et propose un dessin toujours aussi fluide et dynamique. La colère des personnages transpire du papier, leur dédain se matérialise, et le tout forme un ensemble très réaliste. Les postures des personnages sont vraiment magnifiques, et certaines planches semblent avoir suspendu le temps dans son mouvement, notamment dans les postures assises des tireurs. Ajoutez à cela un rendu des bâtiments superbement travaillé, c'est un vrai régal que nous avons là.

Bref, j'ai vraiment apprécié cette longue incursion dans le temps. On y découvre un monde dur, cruel parfois, avec une philosophie complètement éloignée de la notre (mais qui confirme l'idée du Japon que je me faisais du temps des samuraïs). L'illustration de la vie de Kanza, est un réquisitoire contre la bêtise des puissants de ce temps, dont certains étaient les ancêtres de l'auteur, que ce dernier exècre pour leurs actes. On découvre d'ailleurs à la fin qu'il demande le pardon au nom de ses ancêtres, pour toutes les vies qu'ils sont ruinées et sacrifiées.

Avis posté par Erik Infos posteur le 29/10/2009 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Cette lecture dans l'âme du Kyudo s'est révélée très enrichissante de la pratique de ce sport dans le Japon médiéval du XVème siècle. C'était d'ailleurs plus qu'un sport puisque les enjeux entre clans étaient importants. Il s'agissait de tirer le plus grand nombre de flèches en 24 heures d'un bout à l'autre d'une galerie extérieure d'un temple. Il y avait comme une espèce de fièvre à battre le record. Les samouraïs qui n'y parvenaient pas se suicidaient sur le champ, tant l'honneur était quelque chose de primordial. Il y a incontestablement beaucoup de noblesse dans ce jeu qui pouvait se révéler fatal.

J'ai adoré cette très longue lecture de 436 pages car elle retrace le chemin parcouru par un jeune paysan Kanza pour atteindre son but. Il veut d'abord venger la mort de son père mais sa quête se transformera vite par l'entrainement du tôshiya.

Le schéma n'est pourtant pas nouveau : un jeune disciple essaie de dépasser sa condition physique et sa condition sociale également en accomplissant un exploit. Il se fait aider par un maître vieux et expérimenté et commence alors un dur entraînement.

Cependant, le déroulement sera plus ardu que l'on ne pense car l'entraînement durera près de 10 ans. Il y a alors beaucoup plus de crédibilité dans l'action et dans l'effort accompli. Oui, j'aime ces valeurs que sont le travail et l'effort accompli pour parvenir à un but ultime à force de courage et de détermination. C'est quelque fois pénible en raison non seulement de la concurrence acharnée mais également des conditions climatiques dépendant de la chance. Il y a également les coups tordus, les tricheries et les tracasseries administratives.

L'art du tir à l'arc a son manga culte. Je pense qu'on pourra difficilement faire mieux. A travers cela, il y a également l'émergence de valeurs intemporelles qui peuvent encore servir aujourd'hui. Les illusions, les doutes et les échecs font partie de la vie de chacun. Cela nous permet de progresser et de finalement trouver la voie de la réussite. En cela, cette lecture s'est trouvée enrichissante. Ce ne sont pas que des mots ou des flèches ...

Avis posté par cac Infos posteur le 30/09/2007 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Hirata fait ici un impressionnant travail de reconstitution historique. Il présente à travers la destinée de quelques personnages la difficulté d'une discipline de tir à l'arc toute particulière consistant à faire passer le plus grand nombre de flèches par-delà un préau de 120 mètres de long. Ceci doit être fait sur l'équivalent de 24 heures en tirant chaque flèche de manière instinctive à un rythme effréné. Celui qui obtient le titre de "premier sous le ciel" fait honneur à tout son clan. Chacun des fiefs engloutit une fortune colossale afin de former de jeunes kyudoka à battre le record.

Le dessin est plutôt bon avec de magnifiques perspectives sur la longueur du préau à traverser. De plus je trouve qu'ici le dessin d'Hirata est beaucoup plus fin que dans "Satsuma" dans lequel il me semblait plus gras et sale. Même si le point commun persiste avec ses autres gekiga dans la représentation assez peu différenciée de ses personnages.

L'ouvrage est imposant, de très bonne facture, et avec une foultitude d'annexes dont une interview assez longue que j'avoue n'avoir pas pris le temps de lire. Le tout est assez long, voire un peu lent, certains iront jusqu'à dire ennuyeux par moments surtout s'ils n'accrochent pas du tout au propos de l'artiste. Pour ma part je n'ai pas été écoeuré vu qu'il m'a fallu plusieurs soirées pour en venir à bout. Je ne pense pas que je prendrai du plaisir à le relire de sitôt.

On sent l'implication de l'auteur dans son travail, il s'est rendu sur les lieux de cette "compétition". On ressent bien le respect qu'il a pour ses héros d'un autre temps prêts à se sacrifier pour la gloire et l'honneur. A se faire seppuku sans broncher pour laver la honte dont ils pensent être la source en cas d'échec. On peut se demander combien d'hommes se sont donnés la mort de la sorte à cette époque tant il y a de telles scènes décrites rien que dans le présent ouvrage. Je me demande même si Hirata, tant ancré dans son personnage plutôt passéiste, ne fait pas l'apologie d'une ère à laquelle il aurait tout simplement voulu vivre, niant notre société d'aujourd'hui qui a perdu toutes ses valeurs.

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