Dès les premières pages, j'ai trouvé l'histoire sympa. Un monde qui ne vivrait, penserait, ne mangerait qu'au travers du chewing-gum, c'est une idée originale pour représenter une société totalitaire, où le maître à penser, le chef de l'Etat est aussi l'industriel le plus puissant (le seul ?). J'ai pensé à quelques albums de Spirou et Fantasio, période Franquin. Le scénario ménage quelques surprises, et le dessin caricatural et caricaturiste de Killoffer rend l'ensemble très agréable à lire.
Capron nous propose ici un scénario aux bases classiques mais traité avec une originalité et une créativité menées de main de maître. Fable prophétique par moments, critique sociale à d’autres, cet album est une véritable perle d’humour gris et rose.
Le rose c’est la couleur dominante que Killofer décline à l’infini sur tout ce qui touche de près ou de loin à la vie de cette incroyable ville dominée par le prophète Rosemou. Le dessin de Killofer est comme à son habitude clair, fin, précis et très personnel.
L’ambiance de cette histoire n’en est que plus étonnante, à part, bref, très réussie.
Le côté ludique et distrayant de la pâte à mâcher est ici détourné pour devenir un instrument du pouvoir, un moyen de contrôle sur le peuple. Les personnages sont impeccables et naviguent entre la satire à peine déguisée de certaines icônes de l’Histoire et la fiction personnelle. Le personnage principal est un personnage fort, dont les auteurs nous dévoilent les rapports au pouvoir, à la famille, à l’amitié, à l’enfermement aussi, puis à la vieillesse, sur la fin de l’album. Une fin très inspirée par ailleurs, qui évite le happy end artificiel et le mélodrame noir, une fin qui l’air de rien pose une question majeure qui ne peut que nous faire réfléchir...
En refermant cet album, on est partagé entre le rire et le frisson et on s’aperçoit qu’on vient de lire de la très bonne BD. Capron et Killofer n’ont pas besoin de faire des effets de manche pour pondre un bon album : ils sont créatifs, inspirés et ils n’ont qu’à adopter un ton mesuré pour soutenir leur originalité.
Killoffer (un des fondateurs de l'Association) trouve ici en Capron un complice de choix. Ensemble, ils nous livrent une fable sur le pouvoir, la manipulation des masses, les scientifiques qui mettent à mal la santé public (l'album nous parle indirectement de la mal-bouffe et des OGM). Le style Killoffer en étonnera plus d'un, en bichromie, il arrondit les angles, et fait penser à la fois à Hergé et Keith Haring.