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Nom série  Gotham Central  posté le 12/05/2014 (dernière MAJ le 16/12/2014) Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 5/5 (Culte !)
Batman ?
Brubaker ?

Hum suffisamment d’indices pour me mettre en appétit avec ce Gotham Central qui m’a longtemps fait de l’œil mais dont j’ai préféré attendre la belle réédition par Urban avant de me mettre à table devant ce copieux premier recueil (sur les 4 à paraître).
Quoi de plus malin et de plus ambitieux que de vouloir présenter un regard réaliste sur la ville du Chevalier Noir par les nantis et seconds couteaux dont on ne voit jamais les actes ô combien complémentaires dans le maintien de la justice.. A savoir les flics, inspecteurs et simples mortels de la police de la cité gothique.

C’est un peu le pari (largement réussi) qu’ont bien voulu nous proposer Ed Brubaker qu’on ne présente plus pour ses incursions dans le polar et Greg Rucka.

Soutenu par le trait gras et délicieusement rétro de Michael Lark qui signe tous les dessins de la série, ces histoires peuvent se lire indépendamment comme de simples enquêtes policières mais possèdent le même effet tentaculaire que Criminal : les personnages s’enrichissent au fur et à mesure des histoires, passant du premier au second rôle selon les besoins…

Le point de vue réaliste adopté contraste avec certaines mauvaises rencontres lorsqu’une bête filature ou introspection des lieux place nos inspecteurs nez à nez avec un Mister Freeze ou un Double Face. On constate dès lors l’impuissance de simples humains face à des supers criminels lourdement armés ou tellement pervers que l’aide d’un Batman est au choix indispensable ou vécu de l’intérieur comme un véritable fardeau. On appréciera également l’usage d’équipes de nuit et de jour au sein de la même brigade donnant une tonalité toute singulière. Il s’agit vraiment de chroniques affreusement banales où tout peut basculer d’une minute à l’autre.

Si du point de vue de Batman, tout est vécu comme une charge héroïque avec ses bons et ses mauvais côtés, ici les inspecteurs font ce qu’ils peuvent pour résoudre des histoires sordides de kidnapping, assumer leur vie privée (l’histoire de Renée Montoya et de son homosexualité étalée au grand jour est « LE » récit le plus émouvant et réaliste qui soit lu depuis longtemps) ou vivre le deuil d’un collègue tragiquement disparu.

Batman n’est jamais présent plus d’une ou deux cases par histoire et ses exploits sont manifestement racontés en « off » lui conférant le côté mystérieux que l’on peut lui insuffler.

Vivement la suite, ce Gotham Central peut être lu également par des débutants et je ne peux que le conseiller à un public bien plus large que les comics pour la pertinence de ses propos et l’incursion de surnaturel sans jamais en abuser lors des apparitions de super criminels rendus ici à l’échelle humaine par une équipe d’auteurs fortement inspirés et à l’impact intelligement nuancé.

Terriblement humain, cette collection est indispensable tout simplement.

Après lecture du tome 2 publié chez Urban :

Je prends toujours autant de plaisir à lire ces histoires. La surprise n'est plus au rendez-vous et les bases sont bien posées mais c'est toujours agréable de retrouver certains personnages bien connus des fans de Batman et ce dernier n'est pas en reste puisqu'on y retrouve un Joker aussi machiavélique que celui porté à l'écran par Nolan dans Dark Knight.

Nom série  Crossed - Terres maudites  posté le 28/12/2013 (dernière MAJ le 16/12/2014) Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 3/5 (Pas mal)
Et une de plus !

Frôlant l’overdose dans les multiples séries dérivées de Crossed, votre serviteur, grand amateur de zombies, fariboles trash et sexuellement déviantes en tous genres, ne pouvait faire l’impasse sur cette nouvelle collection indépendante et qui voit le retour aux sources des deux co-auteurs de la série d’origine dont bien sur Garth Ennis, le papa du Preacher lui-même.

D’ailleurs qui d’autre pour introduire cette nouvelle série qui va voir défiler à un rythme plus ou moins soutenu des one-shots réalisés par diverses équipes sous le nom générique de « Badlands » ?

Les histoires de ces petits groupes d’assiégés face à la menace de ces tarés cannibales violeurs constituent effectivement une manne inépuisable pour l’éditeur d’origine Avatar… quitte à aller jusqu’à l’écœurement ou la lassitude du lecteur ?

Par chance ce n’est pas encore le cas dans ce premier volume qui compile deux histoires et ouvre le feu par l’excellent recueil « Badlands » avec un groupe en fuite dans des terres glacées et mus par des règles de survie drastiques. Le ton est d’ailleurs si proche du premier Crossed qu’on pourrait y voir une suite spirituelle. En tous cas le ton est donné, peu d’humour noir (malgré la présence de sa majesté le prince Harry, fils de Charles et Diana lui-même !!!!) et beaucoup de pessimisme parsèment ce récit prenant où on n’échappe pas aux flashbacks ni aux scènes dérangeantes qui font tout le « charme ? » de la série.

La fin est bien ironique et donne envie d’enchainer immédiatement sur Homo Superior qui rappelle Valeurs Familiales et une construction en plusieurs strates (groupes éparpillés de survivants qui se rejoignent en Floride) et donne peut-être la touche de trop (le récit est bien trop anecdotique pour être aussi percutant que tous les autres malgré son lot de scènes méga craspecs et choquantes) même si la fin amène peut-être une nouvelle donne de ces fameux infectés. Le dessin de Leandro Rizzo est même limite quelconque…

Ce Badlands vaut surtout pour sa première histoire, l’une des plus courtes mais les plus marquantes par son intensité et la perspective que l’on commence surement à faire le tour de la question avec Homo Superior mais en donne pour son argent à savoir deux histoires indépendantes et la promesse d’être aussi révulsé ou attiré c’est selon par un univers des plus extrêmes.

Crossed – Terres maudites est néanmoins hautement recommandable pour son lot d’émotions fortes et se pose en parfait contrepoint de la série culte Walking Dead qui n’en finit pas. Malgré un pessimisme terriblement efficace et des images qui resteront dans les annales, on peut le voir comme une récréation extrême dont la facilité de s’immiscer dans ces histoires au format court rend le tout aussi divertissant que facultatif.
Pour l’instant je reste encore scotché et attends les prochains tomes non sans impatience…

Après le second tome :

Où l'on voit 2 histoires indépendantes avec une première bien craspec et fort réussie remontant à l'origine de la contagion au sein d'une petite bourgade et d'un spectacle de cirque.

Bien sûr, il s'agit d'un beau contexte pour présenter des clowns contaminés et un anti-héros arrivant à s'en sortir par un caractère lâche et plutôt malin. On en profite pour le retour de Lorre le fameux psychopathe de la série Crossed du même nom avec un cameo des plus ignobles dans la grande lignée de la série et une fin noire et ironique replaçant justement chaque chose à sa place.

La seconde histoire est par contre plutôt loupée. Des comédiens sont conviés dans une grande demeure sous l'égide d'un ancien acteur controversé qui n'hésitera pas à mettre en scène quelques plans assez sordides dignes d'une secte (tout le monde a un rôle à jouer dans un scénario sordide, sexuel et extrême).

Bien évidemment, cette demeure va devenir le centre de convoitise des contaminés à la croix ce qui permettra aux principaux protagonistes de se jouer de la situation en "interne" pour régler quelques comptes entre eux de façon définitive.

Là c'est tiré par les cheveux et pas franchement intéressant. Le trash et le cul sont par contre aux abonnés présents. A lire avec dégoût et sans grand intérêt.

Ce deuxième tome est donc plutôt équilibré avec une histoire réussie et l'autre pas du tout.

Après le troisième tome :

Ce ne sont pas moins de 3 histoires indépendantes dans le monde dépravé de Crossed que l'amateur aura à se mettre sous la dent.

Et comme toujours du bon et du moins bon dès la première histoire "L'Anglais fatal" qui voit le retour de Garth Ennis au scénario (rappelons qu'il est le créateur de la série) et se permet de tirer à boulets rouges sur la religion catholique avec la constitution d'un petit groupe de militaires armés et expérimentés à la conquête par le feu de l'Angleterre et accompagnés d'un prêtre et d'enfants sans défense.

Et c'est parti pour un blabla que je trouvais bien plus inspiré et malin dans Preacher que dans cette longue histoire qui voit pourtant s'alterner quelques scènes de combat et de tension plutôt bien fichues, un flashback à l'issue horrible mais bien rythmé et un retour au calme avec bavardage inutile.

Par chance la conclusion toujours bien dark est plutôt réussie...

Ce qui nous envoie directement vers la seconde histoire "Les Jouisseurs", à nouveau le maillon faible de cet épais tome avec Amanda (rescapée du tome "Psychopathe" rencontrant un trio de survivants peut-être encore plus barrés que les infectés ! C'est long même si ça se laisse lire sans trop de mal, le dessin est en deçà de la qualité habituelle et le mix horreur extrême/sexe sauvage ne masque pas la vacuité des propos.

Sans grand intérêt.

Mais alors qu'on pouvait à juste titre se dire que le phénomène Crossed commence à se mordre la queue et à perdre son intérêt arrive la toute dernière histoire "Conquète Totale" qui a beau être la plus courte n'en est pas moins la plus intense et la plus réussie de toutes les histoires de Crossed réunies...

Il s'agit d'une histoire d'amour improbable construite un peu comme le drame de Romeo et Juliette entre une agent de probation métisse et un russe, homme de main au solde de la mafia locale. Une réunion pour le moins surprenante dans un monde en pleine déliquescence...

Impossible d'en dire davantage sans en déflorer le pitch mais qu'il s'agisse des dessins hautement expressifs et réussies comme de la construction du récit (en gros les 2 amants cherchent à se retrouver dans le monde dévasté de Crossed) et la conclusion est à la fois émouvante, percutante et complètement inattendue.

La pagination courte renforce et sert admirablement le récit qui devrait faire école dans l'univers grandissant des Crossed. En tous cas il s'agit sa plus belle représentation. Si vous ne devez lire qu'un seul récit de Crossed, privilégiez donc ce drame.

A suivre dans un inévitable tome 4 afin de savoir s'il s'agit d'un accident de parcours ou d'un renouveau !

En attendant je m'en vais rouvrir de plus sages ouvrages pour me sortir l'esprit de tant de noirceur et d'horreur. La mention "18 ANS UNIQUEMENT" n'a jamais été aussi justifiée que pour ces bouquins !

Nom série  Idées Noires  posté le 15/12/2014 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Comment ? Je n'ai jamais parlé des "Idées Noires" de Franquin par ici ?

L'avis n'est pas pertinent, il ne va pas révolutionner tout ce qui a déjà été dit par ici mais pour des lecteurs/rices de ma génération, c’est une œuvre culte qui possède plusieurs particularités dont celle de trouver un Franquin inédit bien loin de son Gaston ou Marsupilami dans un trait noir charbonneux impeccable.

Tout n’est pas hilarant mais a le mérite d’être parfaitement original dans un contexte qui ne s’y prêtait guère à l’époque.
Déjà le choix de publier chez Fluide Glacial et non pas chez Dupuis témoigne de la volonté de l’auteur de s’affranchir de l’image proprette que l’on pouvait avoir de lui à l’époque.
Le côté impertinent mais jamais trash permet de rendre ces deux petits livres hautement recommandables et lisibles par un grand public. Les strips sont souvent courts et percutants, peuvent faire sourire ou laisser de marbre mais la beauté des dessins rend la lecture addictive.

Il n’y a rien à dire de plus. Si vous aimez Franquin, cet avis vous passera au dessus de la tête car ces livres vous les avez et les chérissez depuis longtemps. Pour les autres, il s’agira d’une curiosité sur un auteur dont on a beaucoup parlé et qui a démontré avec « Idées Noires » qu’il possédait plusieurs cordes à son arc.

Nom série  Love in Vain  posté le 15/12/2014 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 5/5 (Culte !) Découvrez toutes les séries « coup de coeur du moment » de BDTheque! Coup de coeur
De cette légende du blues Robert Johnson, je ne connaissais rien mais je suis de près l’actualité du dessinateur Mezzo pour qui j’ai une admiration sans limites.

Malgré mes réticences habituelles en termes de biopic (qu’il s’agisse de livres comme de films, les libres interprétations de personnes mortes ou vivantes ne m’ont jamais franchement attiré), j’avoue avoir acquis cet ouvrage sur le seul nom de son auteur.

Et bien m’en a pris puisqu’outre l’élégance inhabituelle de ce joli ouvrage à l’italienne que vous pouvez vous offrir pour moins de 20 euros se cache un récit si prenant qu’il est difficile de lâcher prise avant la dernière page.

Malgré une courte existence, Robert Johnson est connu et reconnu comme étant une des influences majeures des Rolling Stones ou de Led Zeppelin. La légende précise qu’en vagabondant au fil des routes du Mississippi, ce guitariste aurait croisé la route du Diable et lui aurait vendu son âme pour un talent encore aujourd’hui incontestable.

Le rock diabolique serait ainsi né.

Outre la légende, les auteurs dressent un portrait passionnant de l’Amérique des années 1930 proche de l’univers de John Steinbeck que j’affectionne également. En effet l’existence romancée ou pas du jeune Robert est plutôt riche en évènements heureux ou malheureux, d’une enfance ballotée d’un foyer vers un autre à des rencontres artistiques faites des petits hasards de la vie, Robert Johnson se promène tel un poète entre apprentissage et désillusions d’une ville à une autre non sans noyer sa mélancolie dans l’alcool et les couches de femmes mariées et fortunées loin d’être indifférentes au charme de ce séducteur invétéré.

Mezzo est un choix de tout premier ordre pour illustrer par des vignettes de toute beauté cette vie de bohème. On peut s’arrêter devant chaque vignette plusieurs minutes et la détailler (j’aime particulièrement celle où l’artiste gamin joue contre un mur sur une guitare de fortune). Le noir et blanc met particulièrement en valeur le trait charbonneux si caractéristique de l’auteur.

Pour la narration, cela se passe exclusivement en voix off par des vignettes reprenant un peu la trame narrative du « Roi des Mouches », le narrateur ne sera d’ailleurs connu qu’à la toute dernière vignette réservant ou pas une dernière surprise.

Comme déjà indiqué plus haut, il est particulièrement difficile de refermer le livre sans le lire d’une traite. Même si on se doute de l’issue (Robert Johnson meurt dans des conditions mystérieuses assez jeune et après avoir enregistré quelques chansons dont son mythique « Love in Vain » qui donne le titre à cette œuvre), cette vie de bohème est surtout un bel exemple pour représenter la dure vie d’une Amérique du XXème siècle déjà en proie à la crise, au racisme et à une certaine ode à la liberté identitaire.

A noter que le livre dispose de quelques bonus intéressants comme les paroles de quelques-unes de ses chansons (et leur traduction), que la qualité du papier fait honneur aux dessins qui y sont couchés et que cela m’a permis de connaitre une figure emblématique des chansons que j’écoute aujourd’hui et dont on peut percevoir la beauté en les écoutant sur le net ou ailleurs.

Une belle œuvre singulière et probablement une des plus belles découvertes de cette année 2014. Les festivaliers d’Angoulême ne s’y sont pas trompés en sélectionnant cet album pour 2015 et il serait fort injuste que Love in Vain en ressorte sans une ou plusieurs récompenses rendant justice au fantastique travail de Mezzo et Jean-Michel Dupont. En tous cas, primé ou pas ne passez pas à côté de ce petit bijou.

Nom série  Le Grand Pouvoir du Chninkel  posté le 26/11/2014 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 5/5 (Culte !)
Petit flashback pratiquement 20 ans en arrière….

Le service militaire m’a au moins permis de faire la connaissance de mon frère de sang, Youcef, avec lequel entre autres nous gardons de chouettes moments de solidarité de notre impôt national en Allemagne.
Après avoir repris douloureusement nos études l’un comme l’autre, notre amitié s’est poursuivi bien au-delà des treillis et je me souviens encore comme si c’était hier dans sa chambre d’étudiant quelques bds qui trainaient et que je ne connaissais pas. L’une était Sambre dont il n’existait que 3 volumes dans une édition aujourd’hui disparue et la seconde était cet étrange gros bouquin souple au nom imprononçable : le Grand Pouvoir du Chninkel dont la couverture avec ce petit être boudeur et ce gros monolithe tout droit sorti de 2001, l’odyssée de l’espace ne m’inspiraient guère.

Mal m’en a pris, Youcef m’a prêté ses deux séries, une n’est plus qu’un vague souvenir sur une jolie brune aux yeux rouges dont j’ai arrêté de lire les péripéties après le 4ième tome, l’autre est une claque absolue dont je me plais à relire encore et souvent les tribulations en noir et blanc comme en couleurs.

Il faut dire que le noir et blanc charbonneux mais précis de Rosinski m’a séduit immédiatement avec cette introduction d’une bataille rangée avec trois armées complètement différentes. Le découpage est tel qu’il ne peut laisser indifférent un amateur d’Héroic Fantasy.

Au milieu un petit Chninkel, J’on, va rapidement et malgré lui, devenir l’enjeu d’une quête qui le dépasse. Que va-t-il faire de son « pouvoir » divin, lui qui n’aspire qu’à une vie tranquille et à une paix royale…

Dans un humour des plus salvateurs, Van Hamme va mettre en place une histoire assez noire (Dark Fantasy dites-vous ?) avec une ironie assez mordante et des situations plutôt inattendues.

Le dépaysement est total, la fameuse fin m’a laissé sur le carreau pour de bon et j’avoue sans sourciller n’avoir rien lu de tel depuis et encore à ce jour dans un style équivalent.

Je profite de l’occasion d’une nouvelle édition « anniversaire » pour aviser cette série vraiment spéciale pour moi et dont je possède à ce jour 4 éditions différentes. Souvent copiée, pas mal raillée également pour son coté mystique mais grandement reconnue et appréciée, les deux auteurs ne retrouveront plus cette liberté de ton étonnamment novatrice et toujours d’actualité.

Aujourd’hui Youcef et moi avons bien vieilli, habitons à plus de 1000 km l’un de l’autre et tout le monde ici s’en fout. Et pourtant malgré cela, l’amitié existe toujours ainsi que notre intérêt pour les bières, les contes celtiques, les Pogues et le Chninkel.

Un des rares récits que j’ai aimé lire, prends plaisir à lire encore et prendrai plaisir à relire dans 20 ans.

« Un Chninkel pour les amener tous et dans les ténèbres les lier » (pardon Spooky)

Nom série  David Boring  posté le 23/11/2014 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Comme tant d'autres bouquins, cela faisait longtemps qu'un exemplaire de David Boring trônait dans ma collection avec cette même volonté pour ma part de le l'engloutir très rapidement et de le repousser en même temps par peur d'en être déçu ou exclu.

Il faut dire qu'avec un titre pareil évoquant à la fois le leader des Naive New Beaters, celui de David Bowie (dont les consonances orales résonnent comme un miroir) ou tout simplement de l'ennui dont Boring est l'exacte traduction et une couverture peu engageante, je me doutais d'une certaine prise de risques.

Daniel Clowes est un de ces auteurs discrets et ô combien talentueux sachant utiliser l'ordinaire de toute situation pour en faire ressortir quelques souvenirs enfouis en chacun de nous. Reste à percevoir quelle sensibilité remonte le plus à la surface après analyse et ce n'est pas forcément ce qui nous honore le plus.

David Boring c'est exactement cela, une couverture donc représentant le visage du "héros", à la coiffure classique impeccable, moue triste, deux visages de femmes contrariées, deux flingues pointant vers le lecteur et une ombre ou un fantôme nous représentant une inconnue de dos.

Tout est un peu résumé dans cette couverture. Il n'est peut être pas dès lors indispensable d'aller plus loin si elle nous place dans une situation anxiogène car ce sera le cas le long des 3 actes suivants.

Et pourtant j'ai trouvé plutôt plaisant le premier acte nous narrant les déboires amoureux d'un jeune homme maigrelet, pas totalement attirant ni sur de lui et partageant ses expériences sexuelles avec sa colocataire lesbienne Dot, la seule personne qui lui sera fidèle d'un bout à l'autre du récit.

Sa quête de la femme ultime, David Boring, puisque c'est bien de lui dont on suit les traces, va la trouver dans les premières pages de ce premier acte en la présence de Wanda, une jeune fille à la coiffure d'un autre temps et au postérieur jugé trop imposant selon ses dires.

Son départ précipité et sans explications sera donc le point de départ d'une recherche de David Boring, perdu entre une mère trop possessive qu'il fuit et le souvenir d'un père, auteur de sombres comics sans succès, qu'il n'aura pas connu.

Cette recherche d'identité sexuelle et de valeurs familiales trouvera une pause vers le refuge d'une petite île vers le second acte où les protagonistes vont se déchirer tel un récit d'Agatha Christie avant de revenir vers le troisième et dernier acte où nombre de questions trouveront leur réponse, pas nécessairement celles que le lecteur attend mais celles que l'on peut trouver soi même dans notre propre vécu avec une part de réflexion ou d'introspection.

Aucun des personnages n'est réellement attachant ou fascinant. David Boring subit plus qu'il ne contrôle sa propre existence, portant un regard triste et passif sur son vécu. La voix off qu'il anime lui même permet d'introduire une bonne dose d'humour noir et quelques renvois sur des pages précédentes, des personnages apparaissant ici ou là comme des fantômes pour ne revenir que bien des pages plus tardivement comme les hasards de notre propre existence.

La menace d'une invasion terroriste renvoie curieusement à un souffle d'apocalypse. Écrit à la fin des années 1990 et curieusement en avance sur les tristes événements du 11 septembre 2001, Daniel Clowes a simplement posé sur papier les préoccupations toujours légitimes d'ailleurs d'une époque pas si lointaine et d'ailleurs le passage à l'an 2000 se passe bien dans les dernières pages de son David Boring presque comme par défaut sans aucun autre bouleversement.

Daniel Clowes, l'air de rien, maitrise toutes les situations de son récit. Son dessin en noir et blanc, juste magnifique, est une succession de regards fuyants comme sa couverture l'évoquait déjà.
Ses personnages semblent raides et dénués de vie mais ce n'est pas la faute à son coup de crayon. Sa ligne claire est aussi puissante que celle d'un Burns dont il partage également l'hommage au maitre Hergé (l'arrivée sur l'ile est un clin d’œil à la couverture de l'ile mystérieuse sans aucun doute).

On ressort de ce David Boring complètement abasourdi, pas le cœur léger tellement certaines situations renvoient au vécu d'un chacun je suppose. La construction en trois actes complètement différents perturbe un récit se faisant l'hommage de l'ennui, sentiment que je n'ai jamais retrouvé à la lecture tant je m'y suis finalement appliqué à le lire en une seule traite avec plaisir et effectivement il s'agit typiquement d'une lecture pouvant diviser comme rassembler.

Assurément David Boring est une grande œuvre de notre époque malheureusement par ailleurs car ses réponses sont ailleurs.

A ne pas louper pour le meilleur comme pour le pire.

Nom série  Big Man  posté le 22/11/2014 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 3/5 (Pas mal)
A la lecture des précédents avis, je ne peux que me rejoindre complètement sur ce qui a déjà été dit.
Mazzuchelli met en place une fable proche de l'univers de Steinbeck pour son classique Des souris et des hommes dans une campagne américaine sans repère géographique ou chronologique avec l'arrivée d'un géant enchainé sur un radeau et qu'un brave fermier va recueillir dans sa grange.

L'inconnu ne partage ni l'écriture des hommes qui l'entourent et encore moins leur langage mais sa force surhumaine et sa gentillesse vont lui attirer l'amour d'une petite fille attardée ainsi que la sympathie de la bourgade...

Mais lorsque survient quelques hommes de loi, "Big Man" sera considéré comme une menace...

Pétri de bons sentiments et d'une morale appréciable mais téléphonée, le récit de Mazzuchelli se lit d'un bout à l'autre assez rapidement et il n'y aura guère que le grand format adopté par Cornélius pour mettre en évidence ces superbes planches bichromiques avec des effets d'encrage assez réussis.

Par contre peu de surprises, on devine l'issue plus ou moins tragique dès le départ, à aucun moment l'auteur ne mettra le lecteur ainsi que ses personnages dans une situation d'inédit ou de risques ce qui rend la lecture agréable et rapide mais trop classique à mon grand regret.

Reste un joli bouquin qui ne révolutionnera aucun code mais qui garde le mérite de montrer toute l'étendue du talent de Mazzuchelli dans ses premières œuvres.

Voici donc une belle leçon de vie, un bien joli bouquin mais que j'aurais vu davantage compilé avec d'autres récits courts. Par chance ou par dépit pour certains, le "mystère" ne sera jamais complètement dévoilé ce qui laisse un soupçon d'imagination à ceux qui comme moi adorent les fins ouvertes.

Pas indispensable mais pas déplaisant.

Nom série  Barthélémy, l'enfant sans âge  posté le 21/11/2014 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Ce qui rend à mes yeux si élégant l'éditeur Cornélius, c'est cette diversité de récits surprenants, pas forcément tous réussis mais éclectiques et souvent originaux.

Le choix éditorial de Cornélius survole un large panel d'histoires savoureuses, des petites perles qui ne méritent que d'être découvertes et appréciées.

Aujourd'hui c'est Barthélémy qui a les honneurs de cette petite maison d'édition que j'affectionne.

Le récit brasse plusieurs thèmes universels et fantastiques déjà croisés dans Highlander pour l'immortalité, l'étrange histoire de Benjamin Button pour la jeunesse éternelle et un jour sans fin pour la boucle temporelle pour mieux s'en affranchir, détenir une identité propre et mettre en relief un fort sentiment humaniste.

Monsieur Barthélémy est au crépuscule de sa vie. Mourant, il échange son dernier souffle devant son fidèle majordome Toussaint pour se réincarner immédiatement dans le corps de ses 11 ans.

Barthélémy en est dépité. Cela fait 3000 ans qu'il vit et meurt indéfiniment pour mieux renaître tout en gardant ses souvenirs... et ses remords.

Car Barthélémy en a assez de cette malédiction et aimerait pouvoir mourir une fois pour toutes et reposer en paix.

Mais avant d'y penser il doit retourner à l'école et subir l'éducation que sa jeune enveloppe charnelle impose.... encore et toujours mais l'attachement à sa camarade Constance ainsi que la rencontre avec un autre immortel, Auguste vont peut être changer la donne...

Que dire et par où commencer...
Publié dans un petit format souple à l'italienne, l'histoire commence sur les chapeaux de roues comme une comédie où l'on suit le quotidien de Barthélémy à l'école puis on glisse vers le récit d'aventures sans jamais basculer d'un thème vers l'autre.

La mélancolie se mélange à l'humour comme des couleurs dans un tableau.
Les couleurs, justement, le vert et le rouge, éternels antagonistes, se mélangent parfaitement dans une ligne claire naïve mais hautement maîtrisée rappelant souvent Hergé mais aussi l'évasion de Hugo Pratt.

Tout comme le rouge cohabite avec le vert, la mort côtoie la vie. Le message est universel et pourrait pencher vers la nostalgie mais l’œuvre de Simon Roussin est unique et s'affranchit de toute autre référence pour en devenir une à elle seule.

Tour à tour romance, farce, conte ou récit d'aventures, Daytripper a trouvé un équivalent francophone avec ce chouette bouquin, aussi joli à regarder qu'à savourer.
De Toussaint à Auguste en passant par Barthélémy et Constance, tous les personnages sont attachants.. ce qui donne à la conclusion une saveur aussi logique que de toute beauté.

J'espère retrouver cette jolie ligne claire car Simon Roussin possède un style et un talent que bien des éditeurs se mordront les doigts d'avoir laissé filer chez Cornélius.

Longue vie à Barthélémy, Simon Roussin et Cornélius !

Nom série  Mesmo Delivery  posté le 21/11/2014 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Premier défaut et ce sera le seul : ça se lit trop vite, bien trop vite.

Les qualités ? Elles sont nombreuses pour ce mélange improbable de 4ème dimension et de récit tarantinesque, deux qualités complètement requises pour intégrer le Label 619 et notamment une partie d'un Doggybags où ce court mais survitaminé récit aurait trouvé sa place.

Mais Rafael Grampá est un artiste underground qui monte et c'est une excellente surprise que de lire un de ses premiers travaux même si l'oeuvre ne risque pas de plaire à tout le monde.

L'histoire ? On s'en contrefiche ou plutôt elle tient sur du papier à cigarettes : un imitateur raté d'Elvis et un ancien boxeur au look improbable de surhomme blond californien avec casquette vissée sur la tête reconverti en chauffeur sont missionnés par la société Mesmo Delivery de livrer une marchandise dont le contenu reste mystérieux.

Arrêt pipi oblige, le duo s'arrête à une station service perdue sur une route poussiéreuse oubliée des grands axes américains.

Trois autres chauffeurs un poil imbibés narguent le grand malabar blond et c'est le début des bastons et surtout des embrouilles...

Impossible d'en dire davantage sans en dévoiler le sens et surtout le plaisir. L'auteur a juste eu envie également de se faire plaisir en multipliant les références graphiques par un découpage et des cadrages dignes des meilleures séries B et une touche rétro cartoonesque inspirée.

Il faut dire que les dessins ne sont pas en reste avec une colorisation rappelant le site célèbre que vous lisez actuellement (si si) mais également avec une touche de rouge en couleur primaire définissant l'aspect le plus punchy de ce comics : le sang et la violence.

Après quelques scènes d'action assez remarquables (le sens du détail est assez hallucinant), la conclusion arrive bien trop vite mais ne laissera aucun doute sur l'issue du récit.

En un seul mot, il s'agit d'un petit plaisir coupable et remarquable qui pourra en faire tiquer plus d'un mais il est à noter le petit prix de l'éditeur ainsi que la réalisation éditoriale somptueuse comme bien souvent sur le label de Run avec couverture argentée, bonus et croquis, rien ne manque.

Apogée de la violence comme perle d'humour noir (soyez attentifs au "chiffre" évoqué non loin de la conclusion et faites vos comptes ), j'avais vraiment peur d'être déçu (le coup de coeur fut impulsif avec le bouquin entre les mains) mais j'en suis sorti agréablement surpris et satisfait !

Nom série  Scène de crime  posté le 19/11/2014 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Bien avant ces séries géniales que sont Criminal, Incognito ou Gotham Central, en 1999, le trio gagnant Brubaker/Phillips/Lark expérimentait le style de polar noir collant si bien à ses auteurs par cette mini série Scène de Crime qui peut faire office d'introduction à leur travail commun.

Delcourt a eu l'excellente initiative de compiler cette petite perle méconnue en un album que je ne peux que recommander à tous les amoureux de Criminal.

En effet, on retrouve tout le sel des scénarios de Brubaker dans cette histoire de détective privé à la recherche d'une femme disparue et dont le cheminement va s'avérer surprenant, glauque mais toujours palpitant.

Découpé par de petits chapitres courts et utilisant la voix off de Jack Herrigan sur la plupart des cases, cette aventure va s'avérer complexe et relancer le passé de tous les protagonistes y compris celui du héros principal.

Vivant chez son oncle, photographe de scènes de crime de renom, Jack est un jeune détective privé au passé plutôt trouble. Sa profession cherche à enterrer ses vieilles addictions alcoolique et une vie sentimentale désastreuse.
Aussi ne voit-il pas d'un très bon œil de rendre service à Raymonds, un ancien collègue de son père défunt, un flic tombé sous le courroux de la mafia mais il accepte de bonne grâce en mémoire de services rendus.

Retrouver la soeur de la maitresse de Raymonds aurait du être une partie de plaisir mais la mort rapide de cette dernière va le pousser à mettre le doigt dans un engrenage fatal et bien plus complexe que prévu.

Ce qui fait et a toujours fait la force des histoires de Brubaker tient en un seul mot : des personnages de papier extrêmement bien pensés et écrit.
Ce "Scène de crime" ne déroge pas à la règle par la construction de personnages simples mais remarquablement bien pensés et une habileté à rendre l'ordinaire relativement extraordinaire.

Le trait de Phillips et de Lark reste relativement simple mais va droit à l'essentiel. Extrêmement lisible et efficace, l'encrage et la colorisation arrivent à imprégner le décor d'une ambiance pesante et percutante.

Qu'il pleuve ou qu'il fasse nuit, le lecteur ressent les sensations comme s'il s'y trouvait. Les sensations reposent sur celles des grands films noirs et j'ai même ressenti quelques similitudes au "Chinatown" de Polanski avec un Jack Nicholson au nez cassé et une foule d’événements échappant à tout contrôle.

Mais loin d'être un plagiat, ce Scène de Crime est un tout autre hommage, exploitant comme décor les sectes, les mensonges et les secrets enfouis. L'ensemble est original, subtil et se termine par une conclusion réellement réussi levant le voile sur bien des doutes et pas uniquement sur l'intrigue principale.

L'album est complété d'un court récit dit de "Noël" avec les mêmes protagonistes assez anecdotique mais toujours agréable ce qui rend cette édition plus que complète.

Remarquable et habile, loin d'être le brouillon des autres séries de Brubaker, Scène de Crime est un polar divertissant et surprenant pas loin d'être aussi indispensable que les œuvres déjà citées.

Mieux, il ne s'agit pas d'un péché de jeunesse comme j'ai pu le lire ailleurs mais véritablement d'une perle de jeunesse autonome et qui mériterait d'être aussi reconnue que leurs autres travaux. A ne pas louper.

Nom série  Miracleman  posté le 07/11/2014 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Soyons très honnêtes, je ne suis pas grand fan des publications Marvel dont nous sommes littéralement engloutis régulièrement par toutes les formes de médias et encore plus rarement par l’achat de Comics qui s’éternisent entre arcs, crossovers, mondes parallèles et reboots multiples.

La réédition miraculeuse (et sans jeux de mots) de ce MiracleMan par Panini qui a mis les petits plats dans les grands me serait donc complètement passé par-dessus la tête si je n’avais lu ou entendu plusieurs critiques dithyrambiques de par sa rareté suite à un imbroglio juridique sur les ayant droits et surtout à un argument de choc : Alan Moore !

L’ombre du génial barbu plane sur toute cette série même si son nom ne sera jamais écrit ou à peine évoqué à demi-mots pour des raisons qui lui sont propres par la relecture d’un héros kitsch dont il était fan ado et dont il va opérer un sérieux dépoussiérage en lui donnant une substance alors inédite au début des années 80 et qui peut rappeler le prémisse des grandes œuvres à venir du jeune Moore comme Watchmen en toute première instance.

Malgré une couverture d’une grande laideur et peu affriolante d’un superslip blond rouge et bleu, Panini a voulu soigner l’événement par une édition d’une très grande qualité et agréable au toucher.
Miracleman en a profité pour subir un léger lifting de coloration lui rendant un joli coup de jeune. L’histoire, audacieuse à l’époque, a plutôt bien supporté le poids des années en présentant un journaliste faisant de curieux cauchemars : il se prend pour Miracleman, superhéros disparu subitement il y a quelques années…

Couvrir un acte terroriste pour les besoins d’un reportage va le confronter à sa véritable identité par le cri « Kimota » : Mooran est bien Miracleman !

Ce n’est pas tant le côté naïf et délicieusement vintage qui attire le lecteur curieux mais bien le traitement relativement humain voire adulte d’un quotidien bouleversé par une identité « surnaturelle » à gérer. Le lecteur s’identifie assez rapidement à ce reporter sans grande envergure, à ses problèmes de couple ainsi qu’aux enjeux d’une double personnalité.

Le trouble nait d’une situation sur lesquels on laisse volontairement en suspens certaines questions : Mooran et Miracleman ne font ils qu’un ou sont ils deux protagonistes distincts subsistant tour à tour dans une même enveloppe charnelle ?

Une certaine épaisseur enveloppe de surcroit le tout avec certains personnages resurgeant de cette période dite « d’amnésie » et dont les motivations sont devenues toute autre… Bref il y a pas mal de surprises à venir rendant l’ensemble suffisamment ambitieux pour qu’on attende la suite avec impatience.

Sans être du niveau des meilleures œuvres de l’auteur et desservi par des dessins de qualité, Miracleman est une petite pépite qui risque de tenir en haleine et dont je recommande la lecture assez accessible à tous les amoureux d’histoires de superhéros décalés. Pas indispensable certes mais très agréable et à poursuivre sans aucun doute.

Nom série  Bobby Zombie  posté le 27/10/2014 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Le pari d’écrire et dessiner une série franchement drôle et divertissante sur les aléas d’un jeune zombie amoureux dans une école par strips de 6 cases formant une histoire complète et cohérente dans un format à l’italienne, ça vous dit ?

C’est le pari réussi de Loran avec ce très injustement méconnu mais très chouette Bobby Zombie.

Contrairement aux idées reçues et à quelques dessins gentiment trash, Bobby Zombie peut ne pas plaire aux parents qui s’en détourneront vite le regard pour attraper le dernier Titeuf à la place mais pourtant ce serait involontairement faire l’impasse sur une histoire rigolote aussi simple que maline et habile.

Point de « réalisme » à la Walking Dead, Bobby est simplement un zombie effectuant sa première rentrée scolaire. Forcément il n’est plus très frais, sent le cadavre et a une mine aussi fraiche que qu’un vieux steak oublié sous le soleil de juillet.

Un regard entre la jeune Cindy et lui scellent leur destin : Bobby en tombe aussi éperdument amoureux qu’elle est écœurée juste à l’idée de le voir ! Par chance, François-Xavier, un camarade de classe au QI surdimensionné (c’est lui qui le prétend), va le prendre sous son aile et en faire son ami.

Mais comment faire pour s’intégrer avec les copains, séduire la belle de la classe et passer une après midi à la plage en toute quiétude lorsqu’on est mort ?

Loran part de ce drôle de postulat pour écrire une œuvre unique en son genre, originale et drôle.. C’est effectivement gentiment trash avec quelques démembrements, la tête de Bobby reste rarement sur ses épaules et ses yeux exorbités se promènent un peu partout.

Mais qu’il provoque le dégout (on y vomit souvent) ou l’empathie, Bobby n’oublie pas le principal : nous faire rire et sourire souvent, chacun des strips pouvant se lire indépendamment avec une chute qui lui est propre, le tout formant une histoire complète dont la fin est particulièrement bien trouvée !

La galerie de personnages secondaires est assez sympathique, de Cindy, enfant sage ayant toutes les particularités de la peste tête à claques à son père, savant fou, voulant mettre la main à tout prix sur un zombie pour en déceler l’immortalité sans oublier François-Xavier et Bobby le zombie, pas une minute de répit sur une histoire se lisant relativement rapidement mais sans baisse de rythme notable.

Loran possède un trait tout en rondeurs rappelant un peu le style du fameux jeu vidéo « Plants vs. Zombies », simplifie les décors sans les oublier et colore son gaufrier de couleurs chaudes positives dont seul le vert pourri fade de Bobby contraste avec son environnement !

Le format à l’italienne est tout à fait adapté à la situation et devrait vous inspirer à quelques jours d’Halloween de vite lire et acquérir ce petit bijou sympathique et de lui redonner les lettres de noblesse qu’il mérite !

Du zombie, de l’amour, de la tolérance (si ), des origines de Bobby (si, si) et quelques vomis (si , si , si beuark !), tous en librairie pour Bobby Zombie !

Nom série  Naja  posté le 20/10/2014 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
C’est étonnant comme JDM ressasse à chaque nouvelle œuvre les mêmes références et les rebrasse à chaque fois pour en proposer un produit tout à fait nouveau et original.

C’est d’autant plus paradoxal que le thème du tueur solitaire et taciturne est un grand classique du polar quel qu’en soit le média utilisé (Le dernier samurai de Jean-Pierre Melville à Nikita de Besson pour le cinéma au Tueur de Matz ou à Soda de Tome pour la bd et j’en oublie....).

En proposant Bengal au dessin pour son graphisme épuré et fortement personnel (mélange réussi d’école franco-belgo-japonais-comics) aux couleurs pastel, le pari est assez audacieux avec des couvertures sobres présentant un personnage clé sur un décor absent.

L’orientation louche clairement vers un récit froid et presque distant sans peu de phylactère, une voix off mystérieuse et non dénuée d’humour détaché prenant les commandes sur des vignettes à forte teneur cinématographique. C’est d’autant plus réussi qu’on est rapidement immergés dans une histoire classique mais non dénuée d’intérêt d’une tueuse silencieuse et insensible à la douleur, la belle Naja.

Afin de bien comprendre tous les composants, JDM va user et abuser de flashbacks fondus avec sa trame principale. Il s’agit d’une histoire de survie. Naja est une tueuse professionnelle en concurrence avec 2 autres tueurs de son organisation qu’elle va devoir éliminer pour sa propre survie.

Qui est à l’origine de ce conflit ? Qui est ce jeune inconnu veillant sur elle et dont elle ignore jusqu’au prénom et motivations tout en étant irrémédiablement attiré par lui ?

Chaque tome se dévore comme un roman, la voix off jouant un rôle prépondérant pour nous expliquer, commenter, s’adressant ludiquement directement au lecteur.. A l’instar du très hautement recommandable Berceuse Assassine, chaque tome se veut représentatif d’un point de vue différent, à savoir les autres tueurs mais garde le fil principal autour de son héroïne.

L’ironie vient que pour une tueuse disposant librement de la vie ou de la mort de chaque personne l’approchant, elle se sent évidemment manipulée par une puissance inconnue et va devoir redoubler d’ingéniosité dans une vie qui a toujours été linéaire mais les règles du jeu ont changé et Naja va devoir s’adapter, voire se muer comme le reptile dont elle porte le nom de code.

Comme souvent à la lecture d’un récit de Morvan, il est impossible de décrocher. Il faut dire qu’il a trouvé un ambassadeur de qualité en la personne de Bengal.

Si tout n’est pas toujours super lisible notamment sur certaines scènes d’action, l’ensemble est de très grande qualité au point de me donner envie de lire Meka du même duo. Le dessin contraste pas mal avec la noirceur des propos. Le seul défaut notable est qu’il est parfois difficile de donner un âge sur les protagonistes qu’on jurerait ne pas voir dépasser 25 ans.
Hormis cela, Bengal a un style qui lui est propre et semble autant à l’aise avec les scènes d’exposition que les nombreuses scènes d’action (une constante chez Morvan qui a du compulser autant de références culturelles que Tarantino).

J’aurais été tenté d’y apposer la note maximale sans ce dernier tome assez déstabilisant sur les nombreuses révélations finales qui risquent de laisser plus d’un lecteur sur le carreau, moi y compris.

J’ai du relire certaines pages, aviser quelques propos sur le net afin de m’y faire mon propre avis.

C’est d’autant plus particulier que finalement je ne suis pas déçu du voyage, bien au contraire, et d’ailleurs on voyage pas mal dans Naja, d’un pays à un autre avec une constante ironique sur les us et coutumes des environnements visités mais j’aurais peut être attendu un peu plus ou mieux de Morvan que de conclure sur une note hautement allégorique.

L’épilogue final et inédit en tomes (je possède la jolie petite intégrale souple éditée en 2013) apporte même davantage de confusion que de résolution mais le trip sensoriel proposé par JDM et Bengal vaut largement qu’on s’y intéresse de plus près et une fois de plus encore avec ce scénariste, j’adorerais en voir une adaptation cinéma tant l’expérience est peu commune. En tous cas je relierais plusieurs fois l’ensemble avec tout autant de plaisir si ce n’est davantage et vous recommande largement d’en faire de même.

Nom série  La Machine Écureuil  posté le 20/10/2014 Modifier cet avis Achat conseillé ? Non
Note Note: 1/5 (Vraiment pas aimé !)
Avant toute chose, je me permets de rappeler ici que je suis plutôt friand de récits barrés et que les films de David Lynch autant que les œuvres de Charles Burns me font saliver dès qu’un nouveau titre de ces messieurs pointe son nez.

La Machine Ecureuil, édité de façon très classieuse par l’éditeur Ici-Même aurait donc du être une madeleine de Proust non négligeable tant les thèmes abordés que le dessin rapportent aux deux monstres cités plus haut.

Un noir et blanc de toute beauté vraiment très maitrisé, des inventions bizarres et loufoques et des portraits de personnages complètement dingues… mais la recette n’a hélas pas pris à mon plus grand désarroi…

Mais au final ça parle de quoi ?

Deux frères vivent en retrait dans une sombre masure, l’un est musicien, l’autre lui invente des machines à base d’animaux.. Forcément à l’image du désormais célèbre guide « Cruelty to Animals » édité par les Requins Marteaux, ça ne plait pas à beaucoup de monde lorsque les frangins exécutent un concert sanglant à l’aide de leurs bestioles… Et puis il y a cette mère omniprésente, cette jolie sauvageonne jumelle de celle du « Nom de la Rose » et ces labyrinthes cachés au fond de leur demeure….

Entre rêves et flashbacks, on perçoit très mal les intentions surement louables de l’auteur.. Il s’agit d’une expérience désagréable où le lecteur perd rapidement pied sans aucune logique et la trame ne va pas en s’améliorant au fil des pages….

Du coup cette succession d’images répugnantes, sensuelles (il y a pas mal de vignettes « freudiennes ») et ces longues pages détaillées où les héros déambulent sans but précis si ce n’est dans l’imaginaire débridé mais glauque de l’auteur ont vite fait de perturber à long terme.

Charles Burns dans son Toxic se permet un exercice similaire tout en permettant à son lecteur de se raccrocher à une référence ou à un intérêt tout comme le fait David Lynch dans ses films.

Sauf qu’ici il n’y a pas de rythme, pas d’attachement et aucune référence visiblement connu de votre rédacteur…

Le pire est que ça peut se lire éventuellement mais avec un détachement de plus en plus important au point même de se contrefoutre royalement de l’issue finale d’autant plus qu’aucune véritable explication ne viendra ponctuer l’ensemble.

C’est bien là où finalement on peut se rendre compte que la maitrise graphique importe peu. « Qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse » affirmait de Musset et ici c’est exactement l’effet contraire.

Était ce voulu par l’auteur ? Probablement car la préface semble également aller dans ce sens prévenant le lecteur de la désagréable aventure sensorielle à venir.

Sauf qu’au final je n’ai rien ressenti de globalement positif tout comme ce fameux livre « Trame : Le poids d'une tête coupée » en un peu moins désagréable grâce au dessin de qualité cette fois-ci mais c’est bien peu de choses finalement par rapport à ce que j’en attendais.

Si quelqu’un peut m’éclairer également sur le pourquoi du comment de la fameuse « Machine Ecureuil » dont je n’ai rien saisi, je serais fort surpris de lire ici même les autres avis (si les gens ne sont pas rebutés pour autant) mais autant dire que je n’en conseille pas réellement l’acquisition.

Une curiosité qu’une seconde lecture permettrait peut-être d’élucider certains mystères mais en ai-je réellement envie ? Non en tous cas pas avant un bon moment.

Nom série  Cinderalla  posté le 20/10/2014 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
« Une variante de Cendrillon au pays des Zombies ».

Voilà, avec ceci tout est dit. Il s’agit de l’œuvre à ce jour la plus connue de Junko Mizuno et l’une des plus jubilatoires à ce jour pour peu que cette adaptation loufoque et un rien sexy/macabre vous fasse de l’œil.

Moins accessible et moins sage que « Hansel & Gretel » mais bien plus fun que « La petite sirène », Cinderalla ne peut laisser indifférent : on aime ou on déteste.

Il faut effectivement avoir en tête les univers de Tim Burton et/ou de la comédie musicale « Rocky Horror Picture Show » pour bien avoir une idée de cette Cendrillon s’amourachant d’un crooner zombie.
Evidemment, mieux vaut être également morte pour se faire aimer d’un macchabée et un œil remplacera la traditionnelle chaussure abandonnée !

Les dessins sont pétillants, les dialogues suffisamment naïfs pour provoquer le second degré attendu et les personnages secondaires, de la petite souris condescendante à la demi-sœur morte s’arrachant les seins par souci esthétique, plutôt rigolos.

C’est bien sûr à ne pas mettre dans toutes les mains mais le style rétro de ce manga « kawaï » a de quoi intriguer d’autant plus qu’il a beau être simple et parfois peu détaillé, sa mise en couleurs le rend unique et plutôt joli.

Alors bien sûr, ça ne plaira pas à tout le monde et cet univers bordélique au possible reste assez particulier mais on garde le sourire du début à la fin et tout comme les autres contes mis en scène par l’auteur, on arrive rapidement à la fin d’autant plus que cette Cendrillon-là est surement la plus attachante de toutes les héroïnes mises en scène par Mizuni.

Spooky rappelle justement plus bas qu’il s’agit d’un OVNI sans prétentions que de faire passer un agréable moment et je dois répondre que le pari est largement réussi.

L’édition est une fois de plus des plus réussies avec une interview de l’auteur.

Malgré un léger effet de répétition dans les thèmes abordés, je serais grandement tenté d’en vouloir encore !!!!

Nom série  La Petite Sirène  posté le 20/10/2014 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 3/5 (Pas mal)
La petite sirène est le conte que j’ai le moins apprécié de la trilogie de Junko Mizuno sur le thème sur les récits de notre enfance.

On prend les mêmes et on recommence avec cette fois un univers plus désespéré que pour Cinderella et Hansel & Gretel.

Le décor est assez rapidement planté avec 3 sœurs sirènes dévorant des marins après les avoir entrainé au fond de l’océan et fait subir quelques délicatesses « intimes ».

L’ensemble est assez trash malgré des couleurs oscillant entre le bleu et le rose. On y parle de soumission, de vengeance et de cruauté ainsi que quelques amours contrariées et autres métamorphoses. Disons que si la lecture reste recommandable et hautement divertissante pour peu que le sujet vous intéresse (d’autant plus que la couverture est cette fois-ci ultra trompeuse, certains parents ayant acheté ce livre pour leurs têtes blondes ont dû être surpris et pas de façon agréable), l’auteur loupe un peu le coche en éparpillant son histoire par un découpage parfois des plus confus.

Sans égarer trop le lecteur, l’humour est malgré tout mis en retrait par comparaison à Hansel & Gretel et Cinderella et le destin de Julie, principale sirène héroïne, plutôt surprenant.
Il s’agit au final d’un conte bien trash et surprenant qui risque de désamorcer pas mal de monde et ce n’est pas l’œuvre de Mizuno que je conseillerais pour se familiariser avec son style si particulier.

Malgré tout, il s’agit d’un incontournable pour les initiés et la réalisation de l’édition française est toujours aussi remarquable avec lecture occidentale, quelques bonus sans grand intérêt mais qui ont le mérite d’exister et un trait toujours aussi remarquable… Mais mieux vaut-il être prévenu qu’on ne risque pas d’y retrouver l’enchantement du conte d’Andersen

Nom série  Hansel & Gretel  posté le 16/10/2014 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Il s’agit de la première œuvre avec phylactères que je lis véritablement de Junko Mizuno.

Après être tombé sous le charme du récent « Ravina the Witch ? », conte détourné illustré de grande qualité mais n’entrant pas dans les critères requis par bdtheque pour en publier un avis, j’étais forcément intrigué par ses propres interprétations complètement barrées de nos grands classiques d’Andersen ou des frères Grimm !

Forcément l’exercice n’est pas nouveau ni même follement original. Pourtant la demoiselle développe un univers qui lui est plus personnel qu’universel. Hansel est un petit garçon enveloppé né avec la voix qui porte d’où le port nécessaire d’un cache pour atténuer le timbre de sa voix (voir couverture).
Gretel sa sœur est une fière amazone qui préfère avoir une épée en bois en cadeau d’anniversaire qu’un vélo. Elle est téméraire et se pose peu de questions.

Leurs parents tiennent une petite épicerie où ils revendent des tranches de cochon et des légumes poussant dans les cheveux de bestioles vertes.

On se croirait pour peu dans le pays des Bisounours quand une pénurie de vivres va pousser les habitants de ce joyeux bordel vers un piège tendue par la mystérieuse princesse Marylin… Mais nos héros sont aux aguets !

Vous ne comprenez rien à tout ce charabia qui ressemble autant à un conte de Grimm qu’Eric Zemmour à Alain Decaux ? C’est normal ! Bienvenue dans l’univers complètement foutraque de Junko Mizuno qui sous des dessins naifs et acidulés cache une œuvre unique et très divertissante.

Selon les notes de l’éditeur, cet auteur japonais a même redessiné et réécrit certains dialogues pour la publication française (qui se lit d’ailleurs dans le sens occidental).

C’est très rapide à lire, complètement « what the fuck » et tout simplement délicieusement fun !

Le graphisme pop art un brin vintage n’est pas des plus impressionnants mais il possède un côté rafraichissant rehaussé par des couleurs warholiennes et un découpage plutôt sympa.

Si on est déconcerté pendant les 10 premières pages, le temps de se remettre de nos émotions permet d’adhérer (ou pas) complètement à cet univers. Pour ma part, lisant très peu de mangas, j’ai beaucoup apprécié.

En dépit de quelques cases gentiment trash ou dénudées, ce n’est quand même pas la version que je proposerais à des ados et encore moins des enfants mais ça reste un chouette petit délire coupable que je relirais bien facilement et avec plaisir !

Nom série  Abélard  posté le 07/10/2014 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Plutôt déçu de ma première rencontre avec l’univers de Renaud Dillies avec Betty Blues, je ne pensais pas un jour revenir sur une de ses œuvres.
Sa spécialité de la bd animalière mélancolique rencontre un certain succès que je reconnais comme mérité (son trait simple est particulièrement approprié pour les thèmes évoqués) mais qui m’avait laissé de marbre.

Cependant, me voici à nouveau en train de chroniquer un album de cet auteur. La différence est qu’il s’est passé quelques années, que Betty Blues était sa toute première œuvre et qu’il est ici appuyé par un scénariste connu et reconnu en la personne de Régis Hautière.

Les différents retours sur Abélard ont commencé à porter leurs fruits et finalement emporté sur ma curiosité tout comme le joli recueil en guise d’intégrale assorti d’un format sympa et d’une belle mise en page.

Premier bon point, une fois l’histoire entamée, on n’a de cesse de vouloir en connaître la fin d’où une lecture continue intéressante jusqu’aux tous derniers moments du récit.
Second bon point, le dessin de Dillies s’est nettement amélioré avec un style faussement « gentillet » et rehaussé de hachures du plus bel effet. Les couleurs sont toujours aussi jolies.

Quant à l’histoire, elle ne détonera pas particulièrement. Cela a déjà été dit ici ou là mais cette transposition du Candide de Voltaire dans un monde inadapté pour un sempiternel rêveur optimiste est un thème déjà abordé.

Abélard est donc un petit moineau romantique qui vit avec ses amis essentiellement masculins de pêche et de parties de carte dans une oisiveté que j’envie mais qui perturbera notre oiseau dès lors qu’il sera confronté au mal absolu : l’attirance d’une personne de sexe opposé « venant » de la ville.

Convaincu qu’il lui faut décrocher la lune pour la séduire et que seuls les Américains peuvent l’aider avec leurs machines volantes, Abélard s’enfuit de son marais dans l’espoir de rapporter la lune à sa belle.

Cette quête initiatique sera ponctuée bien sûr de rencontres en tous genre, on oscille entre Pinocchio, l’innocence en plus (Abélard ne ment pas et ne voit le mal nulle part) et voyage doux amer.

Ce voyage sera surtout pour lui l’occasion de mettre en lumière les absurdités de notre quotidien par le racisme, la tolérance mais aussi de belles choses comme l’amitié ou le rêve.

C’est par ce curieux équilibre entre images douces et propos parfois cruels sans jamais tomber dans la facilité que les deux auteurs nous entrainent dans une histoire d’une banalité confondante mais aussi riche qu’une plongée dans des univers comme « Easy Rider » ou « Into the Wild » pour raccrocher les wagons à une substance cinématographique.

Le récit manque peut être parfois d’audaces mais multiplie intelligemment les personnages croisées. Il y a certains qu’on pensait revoir sur la fin et d’autres qui ne font que passer tout en imprégnant le récit de leur substance ou de leur présence. C’est en cela que le récit est finalement intelligent et mélancolique. Une part de poésie et de mystère est également de la partie avec ces proverbes tombés du chapeau d’Abélard ce qui peut contraster avec certains propos bien violents.

Abélard a beau être con et complètement à côté de la plaque, il reste touchant. On ne sait rien de l’issue de son « odyssée » mais certains indices glanés en cours de route ne devraient pas non plus trop surprendre les lecteurs attentifs ou rompus aux précédents ouvrages de Dillies.

On pourra être touché ou pas en fonction de l’humeur mais le voyage et la compagnie d’Abélard et de son compagnon grognon de route n’est pas désagréable grâce à une lecture rapide et un dessin vraiment sympa.

C’est également en écrivant cet avis que je vais passer ma note initiale de 3 à 4. Preuve également que l’univers d’Abélard ne m’a pas laissé si indifférent que cela.

Nom série  Zombies Néchronologies  posté le 29/09/2014 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Le sympathique tome 0 de la série Zombies d’origine intitulé « La mort et le mourant » a du donner quelques idées à Olivier Péru pour étayer son univers zombiesque.

En effet, à peine le premier cycle achevé avec Sophian Cholet qu’on ne retrouve plus ici qu’à la réalisation de la belle couverture sur fond de tour Eiffel, « Zombies Néchrologies » fait son apparition en proposant une histoire complète et indépendante se déroulant pendant l’apocalypse des infectés et à chaque fois dans un pays différent.

A tout « saigneur » tout honneur puisque ce sera notre pays qui aura les honneurs d’ouvrir cette série parallèle sous la plume de Nicolas Pétrimaux qui a réalisé un travail exemplaire même si assez éloigné du style de Sophian Cholet.

Scènes dynamiques, encrage assez lourd et décors écrasant de réalisme, tout sied à merveille pour restituer une ambiance putréfiée si chère au cadre. Néanmoins Olivier Péru y dresse cette fois ci un visage politique assez ironique et culotté de notre politique actuelle puisque Charles (en référence à de Gaulle probablement dont il emprunte certains traits), le héros de cet opus, incarne le garde du corps des présidents depuis Mitterand jusqu’à notre François Hollande actuel non sans écorcher au passage chacune de nos chères personnalités par un flashback à la construction remarquable et peut-être encore plus l’actuel hôte de l’Elysée de façon bien plus fun que les écrits de sa célèbre ex-compagne 

Autant dire que les premières pages impriment un rythme haletant et tout à fait inédit de bon aloi.

Loin de vouloir se reposer sur ses lauriers, Péru entraine dès lors son garde du corps assorti d’un compagnon d’infortune plutôt pénible vers une fuite en direction de Genève où les remparts résistent face à l’invasion zombie vers une micro-société peut-être pas aussi bien intentionnée que souhaitée…

Péru aligne subtilement les leçons de sa série mère (parfois au rythme bien trop lent et trop gentil selon moi) pour imposer le sarcasme du fameux tome 0 (incontestablement à ce jour mon tome préféré) et ses scènes d’action.

La fin lorgne sur le film « 28 jours plus tard » avec le danger militaire mais le scénario réserve encore quelques bonnes surprises et une fin tout à fait à la hauteur aussi iconique que touchante.

Il n’y a rien de strictement original dans tout cela mais cela reste d’excellente facture et reste très divertissant. Olivier Péru excelle davantage dans des scénarios courts et brutaux comme pris sur le vif que sur des odyssées au long cours (quelque part la rupture de cycle sera sans doute bénéfique pour la série mère).

Sans être indispensable, ce tome mérite amplement d’être lu et pas seulement pour l’utilisation effrontée de Mr. Hollande !

Pas mal du tout et complètement indépendant de Zombies.

Nom série  Beauté  posté le 29/09/2014 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Ne vous fiez pas aux apparences, derrière ses allures de conte délicat, Beauté cache en son sein intérieur bien plus de trésors que les apparats auxquels son titre et son trait naïf se prêtent.

Il faut dire que du duo Kerascoêt dont je connaissais déjà le travail sur deux tomes (de mémoire) de Donjon Crépuscule et surtout le cruel et surprenant « Jolies ténèbres », je ne pouvais guère m’attendre à un récit aseptisé.

C’est cette fois sous la bonne inspiration de Hubert que ce duo prête son talent à une histoire à l’apparence enfantine mais bien sombre…

Hubert connait ses classiques pour mieux les détourner. On n’échappe pas ainsi à la destinée morose de Morue, ainsi nommée pour sa laideur et surtout ses forts relents d’écailleuse de poissons.

Exploitée par sa vilaine marraine, elle aspire à une destinée toute autre, simplement être appréciée et trouver un amoureux.

Ce vœu va être en partie exaucé lorsque Morue délivrera une fée d’un sort funeste.

Elle va devenir belle tout simplement mais attention son physique ne change pas, c’est le regard de tout autre être masculin comme féminin qui va être modifié et la considérer comme la plus belle femme suscitant convoitise et jalousie.

Dès lors, l’astuce géniale des auteurs est d’alterner entre les deux apparences de Morue (rebaptisée Beauté par la même occasion) selon le point de vue adopté pour n’en faire qu’une seule et même personne pour le lecteur. Le procédé est bluffant et sert une histoire qui ne va pas manquer de bouleversements (les hommes la désirent au point d’en devenir fous et les femmes veulent sa mort).

Contrairement à certains avis lus ici et là, j’ai trouvé le pitch sur la relativité de la beauté intéressant à plus d’un égard. Non seulement Hubert truffe son récit de rebondissements incessants mais il offre une réflexion sur les apparences tout à fait habile. Les personnages secondaires entre la princesse Claudine, Eudes et le fameux Roi Sanglier sont détaillés au-delà des stéréotypes et plutôt bien construits. Il y a un véritable souffle sur l’ensemble de ce récit qui n’hésite pas à faire évoluer son personnage principal sur plusieurs époques.

La bonne fée ayant accordé la beauté à Morue est loin des clichés des films de Disney car son but avoué est de semer le chaos parmi les hommes par pure vengeance personnelle ! Aucun doute d’être déçu sur l’issue de son projet !

Le dessin est juste magnifique. Si le découpage est parfois abrupt, la voix off apporte un peu d’ironie (la sexualité trouble du conseiller du Roi Sanglier par exemple), on passe d’une époque à une autre, d’un environnement à un autre avec une belle aisance.

Je dois dire être plutôt impressionné par le trait de ce duo. Il s’agit de vignettes expressives au trait rond et avec un sens du détail pas forcément perceptible au premier abord.

Les couleurs employés sont flamboyantes tout en rappelant une utilisation similaire sur les œuvres de Trondheim et de Bruno, deux écoles que j’apprécie fortement.

Reste le cruel choix pour déguster ce chaos : en tomes séparés et en couleur ou en intégrale bichromique (noir et bronze), chacune des versions possède son charme indéniable et je n’ai su trancher, me repaissant des deux éditions.

A noter que l’édition intégrale dispose également d’un épilogue inédit de 4 pages pas forcément indispensable mais complétant bien de façon ironique la morale pas si manichéenne de ce récit indispensable !

Néanmoins et quel que soit votre choix, peu de chance d’en sortir déçu !

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