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Nom série  Ralentir  posté le 19/06/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 3/5 (Pas mal)
Ralentir, dans un monde qui nous pousse à aller toujours plus vite, à être plus performant, à viser toujours plus haut, ça n’est pas si simple. La crainte d’être mis hors circuit est quelque chose de bien compris par la « matrice productiviste » conçue pour nous conduire par foules entières vers un monde aussi accueillant et lumineux qu’une publicité pour les assurances… Et gare à qui s’aviserait de quitter le troupeau ! Dans cette histoire, le VRP David, bien qu’épuisé par son métier, est prêt à se mettre « en marche » en acceptant une promotion de sa direction. Mais un enchaînement d’événements va concourir à provoquer un déclic chez ce dernier. Tout d’abord, la rencontre inopinée d’Emma qu’il va prendre à son bord, puis l’accident de voiture mortel sous leurs yeux d’un homme qui n’a pas pu « ralentir » à temps, et enfin un arrêt obligé d’une nuit (en raison des conditions météo) dans une communauté d’altermondialistes bons vivants… et quelque peu « déconnectés »… autant de hasards qui vont le conduire à s’interroger sur ses choix professionnels…

Après Plogoff et 100 Maisons - La Cité des Abeilles, Delphine Le Lay et Alexis Horellou creusent leur sillon social avec leurs histoires sans prétention, dans un esprit militant empreint de bienveillance, sans volonté de culpabiliser. Avec eux, un autre monde est possible, mais c’est par l’exemple et non les grands discours que le monde changera, et « Ralentir » en est la parfaite illustration. On pourra toujours arguer que la psychologie des personnages, si attachants soient-ils, reste schématique, mais Delphine Le Lay a choisi de privilégier l’axe politique plutôt qu’intimiste. Il n’en reste pas moins que ce récit dégage une grande humanité, que Horellou, avec son trait semi-réaliste, parvient à faire ressortir à travers les physionomies, les attitudes et les cadrages.

« Ralentir » aurait pu avoir comme sous-titre « Carpe Diem ». En effet, cette œuvre nous invite à suspendre le temps qui passe et à nous interroger sur notre mode de vie, nous, glorieux représentants de l’homo-technologicus, habitués de plus en plus à satisfaire nos désirs en un clic, et donc de moins en moins enclins à s’interroger voire à se remettre en question. Le progrès est une chose magnifique, mais qui a toujours exigé la monnaie de sa pièce. Quelle sera-t-elle dans les années qui viennent, étant donné que le progrès en question semble suivre une courbe exponentielle ? Ne faudrait-il pas ralentir, à défaut de s’arrêter, et réfléchir un instant ? Il va sans dire que dans une tendance globale à l’individualisme cynique et au « toujours plus », le récit du duo (et néanmoins couple) Le Lay/Horellou est rafraichissant dans sa simplicité et sa générosité d’âme.

Nom série  Le Fulgur  posté le 15/06/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Non
Note Note: 3/5 (Pas mal)
Pour tout dire, l’histoire a un côté tellement désuet qu’il paraît difficile de croire que ce n’est pas un parti pris… on pense notamment à ces vieilles bandes dessinées d’aventures des années 50, d’une naïveté qui paraît presque amusante pour le lecteur de 2017. Le récit est balisé par la voix off de l’auteur d’un journal de bord dans un style factuel quelque peu compassé, mais qui correspond néanmoins parfaitement à l’époque où se situe l’action. Quant au Fulgur, le sous-marin dédié à l’expédition, il complète le contexte « dix-neuvième » de l’aventure avec son aspect très steampunk inspiré de l’univers de Jules Verne.

A défaut de fulgurances, Christophe Bec ne craint pas de livrer des extravagances scénaristiques – bien que justifiée par des explications pseudo-scientifiques - dans un cadre très académique, lesquelles peuvent parfois faire soit sourire, soit écarquiller les yeux de perplexité, soit les deux à la fois (la scène du requin pendu par la queue, celle-ci étant coincée dans les rochers…). Doit-on préciser que la psychologie des personnages est remisée au second plan, ceux-ci n’étant que les faire-valoir d’un récit pour le moins rocambolesque, où nos héros parviennent toujours comme par miracle à se sortir des plus mauvaises passes. Qui plus est, on ne verra aucune femme pour distraire notre escouade masculine de son objectif ! Clairement, on n’est pas dans « Alien »…

Pour ce qui est du dessin, Dejan Nenadov assure le job sans pour autant faire preuve d’un style très caractéristique, mais après tout ce n’est pas ce qu’on lui demande. Ici, il fallait juste du réalisme et le résultat reste professionnel. Le travail sur la couleur, dans des tons marron et bleuté, est soigné, ce qui contribue à s’immerger plus facilement dans cette aventure.

Malgré toutes les réserves énoncées plus haut, on peut néanmoins décider de ne pas se prendre la tête et considérer cette bande dessinée pour ce qu’elle est : du pur grand spectacle au charme suranné dont le seul but est distractif. Il faut noter par ailleurs la jolie couverture bénéficiant d’un tirage mat très plaisant.

Nom série  Perséphone  posté le 09/06/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Cette adaptation du mythe grec de Perséphone est plutôt une bonne surprise. Et si cet album est clairement destiné au public jeunesse, les adultes pourront également l’apprécier sans déplaisir aucun. Cette bande dessinée d’un auteur français est très influencée par le manga d’un point de vue graphique, ce qui peut s’expliquer par le fait que celui-ci réside au Japon. Loïc Locatelli-Kournwsky n’en est pas à sa première production, mais c’est la première fois qu’il s’inspire de manière si flagrante de la BD nipponne. Il opère ici un croisement étonnant, tout en s'inspirant des codes du manga, entre la mythologie grecque et les fifties américaines pour le décor. Sous des apparences sommaires, le trait est en fait assez détaillé quand il est question notamment de représenter un environnement urbain. L’imaginaire riche de l’auteur et le fond mythologique font le reste, et tout cela contribue à un univers foisonnant et attachant.

La narration est pour le moins enlevée, avec quelques scènes – heureusement non prédominantes - de combat à la sauce « ninja », un des aspects les plus agaçants du manga. Cela reste néanmoins supportable car dilué dans la narration en question et l’univers graphique évoqué plus haut. Quant aux personnages, ils sont plutôt bien campés malgré l’hyper-stylisation des visages. A travers la jeune héroïne Perséphone et sa quête vers elle-même est abordée en filigrane la question de la filiation, l’adolescente étant la fille adoptive de Déméter. Les autres thèmes abordés concernent la corruption du pouvoir et le partage des richesses, un sujet hautement actuel de notre monde réel. La Porte des Enfers, bloquant l’accès entre Eleusis et le monde souterrain, symbolise parfaitement les nouveaux « murs » se dressant entre un Occident riche et un « Sud » en proie à la misère et à la guerre. En avançant dans l’histoire, on réalise que les habitants de ces enfers n’ont rien de diabolique, bien au contraire…

« Perséphone » est donc un album à recommander à tous les lecteurs de « 7 à 77 ans », retenant l’attention par l’originalité du traitement et toutes les raisons évoquées plus haut. Si Loïc Locatelli-Kournwsky promeut l’échange entre les peuples par le biais de cette histoire, il le met en pratique intelligemment avec ce mariage intelligent entre la BD européenne et la BD japonaise, qui, n’étant pas du tout un copier-coller stupide de la seconde, pourrait ainsi séduire les plus rétifs vis-à-vis du manga.

Nom série  Les Cent Nuits de Héro  posté le 27/05/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Avec « Les Cent nuits de Héro », Isabel Greenberg renouvelle de façon originale le conte pour enfants. L’auteure anglaise a conservé les dieux et les châteaux, mais a confiné aux oubliettes les princes charmants… Fini les belles au bois dormant qui se morfondent dans leur baldaquin en serrant amoureusement le pendentif offert par leur tendre époux parti guerroyer… Désormais, les princesses prennent l’initiative en racontant elles-mêmes les histoires, tout en trompant leur mari avec leurs dames de compagnie. Cloîtrées peut-être, mais surtout caustiques, féministes, érudites, et toujours amoureuses, en un mot, modernes.

Et comme visiblement Isabel Greenberg raffole du genre, elle a opté pour des contes à tiroirs, faisant ainsi preuve de maîtrise narrative, signe distinctif de tout conteur digne de ce nom. Son trait révèle une certaine gaucherie, qui semble d’ailleurs assumée, laquelle est compensée par une esthétique et des couleurs cohérentes, mais surtout une touche poétique indéniable. Un style qu’on pourrait qualifier de primitivisme moderne, tout en angles, assez austère, accréditant l’idée qu’on n’est pas chez Disney. Définitivement, Greenberg n’a pas destiné ses histoires aux enfants mais plutôt pour un public adulte.

On pourrait y voir un pied de nez aux contes traditionnels où le rôle de la femme est réduit à la portion congrue. Tout au long de ces « Cent nuits », le mâle dominant en prend pour son grade et se voit moqué tel un pantin aussi odieux que risible. Certains pourront s’agacer de ce qui peut être vu comme un parti pris éhonté (certes, les hommes y sont rarement dépeints à leur avantage), mais ce serait oublier un peu vite le machisme persistant à l’encontre de la « moitié de l’humanité », ce machisme sédimentaire qui a imprégné depuis si longtemps les esprits et qui souvent est toléré par celles qui en sont les premières victimes, en particulier dans certains pays où un visage féminin non voilé est perçu comme une provocation… Car si heureusement le statut de la femme a évolué depuis plusieurs années en Occident, il a parfois tendance à régresser ailleurs, un constat qui nous rappelle que rien n’est jamais acquis…

Peu disposée à accepter cet état de fait, Isabelle Greenberg a choisi de réhabiliter le rôle de la femme. Elle en fait ici des conteuses unies par la même cause : la libération de la parole et la transmission de la mémoire, conditions nécessaires de leur liberté, tout en dénonçant le rôle que l’homme (avec un petit « h ») s’est octroyé abusivement, n’hésitant pas à interdire la lecture aux femmes sous le prétexte fallacieux de la religion. Ainsi, « Les Cent nuits de Héro » allient de belle manière la magie des contes d’antan et le combat féministe.

Nom série  La Terre des fils  posté le 27/05/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Non
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Même si on n’a pas lu le résumé avant, on se doute dès les premières pages que quelque chose ne tourne pas rond sur cette Terre des fils. Ces deux garçons sales et loqueteux, à l’air dégénéré, transportent trop de folie et de primitivité pour être de simples idiots d’un village bien de chez nous… et le malaise, déjà prégnant, ira croissant à partir du moment où l’un deux tue sauvagement un chien. S’ajoute à cela une atmosphère crasseuse et menaçante dans un cadre désolé, envahi par des eaux boueuses, où pullulent rapaces et mouches attirés par quelque cadavre pourrissant.

Et peu à peu le lecteur va devoir réunir lui-même les pièces du puzzle car Gipi ne dévoile rien du contexte, se contentant de livrer des éléments au compte-goutte. On devine qu’une grave catastrophe d’ampleur mondiale est survenue dans un futur très proche, mais sans jamais savoir quelle en est l’origine ou la conséquence, ni dans quel pays se situe l’action. Mais au final, ce n’est pas tant cela qui est important. Ce que l’auteur a voulu mettre en avant ici, c’est cette faible distance, bien plus faible qu’on ne le pense, séparant notre civilisation prétendument avancée de la barbarie la plus primitive. Désormais, les hommes sont livrés à eux-mêmes, affaiblis, sans repères. Les infrastructures du monde civilisé se sont effondrées, il n’y a plus d’électricité, plus d’agriculture, plus d’eau courante, plus rien… seules les ruines d’un passé industriel tiennent encore debout. Les livres semblent avoir été enfouis sous les décombres de l’ancien monde. Le langage est rudimentaire, mélange de français déstructuré et d’onomatopées. Les gourous belliqueux ont émergé sur les résidus encore fumants d’Internet, et le jargon utilisé fait écho de manière frappante à la vacuité de nos réseaux sociaux, où la réflexion philosophique cède trop souvent le terrain à l’égocentrisme et la médiocrité. Dans un tel contexte, le père a choisi d’élever ses enfants à la dure, dans le seul but de les protéger. Car tel est le constat : non seulement l’amour n’a pas sauvé le monde, mais c’est la haine bestiale qui l’a emporté, et pour longtemps semble-t-il...

Le cahier noir du père, dans lequel ce dernier semble confier ses états d’âme, est un élément central de l’histoire, dernier emblème de la Connaissance. Symbole fort d’un monde révolu, il apparaît comme une relique mystérieuse suscitant la fascination de ses enfants qui aimeraient bien se l’approprier, comme si la vérité, leur vérité peut-être, était contenue dans ce cahier.

Gipi a recouru ici au noir et blanc, un choix fort à propos pour décrire un univers de grisaille, dépourvue de joie. Son trait fluet et imprécis, tout en hachures fébriles, traduit bien la fragilité d’un monde en déshérence, tout en restituant parfaitement l’expressivité des personnages.

Comme dans un « Mad Max » où la testostérone aurait fait place à la dégénérescence, Gipi dépeint un monde au climat de plomb, bien plus terrifiant que le film précité, notamment par son absence d’humanité quasi-totale, imposant « La Terre des fils » comme une des bandes dessinées les plus puissantes et les plus perturbantes de ces derniers mois.

Nom série  La Malédiction de Gustave Babel  posté le 15/05/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Après avoir longtemps dessiné pour les autres, en particulier Serge Lehman avec qui il publia récemment L'Esprit du 11 janvier, Gess s’est investi dans un projet solo. Et le résultat est plutôt probant, même s’il faut bien l’admettre, on peut rencontrer quelque difficulté à rentrer dans l’histoire que l’on pourrait qualifier de thriller fantastico-surréaliste. Cette fameuse malédiction qui poursuit Gustave Babel, en pleine crise existentielle, c’est ce passé d’une vie qu’il n’a pas choisie qui le rattrape, celle d’un tueur à gages indifférent à son propre destin. Babel, poète érudit amateur d’art et dont le métier est à l’opposé total de ce qu’il est au fond de lui, va se trouver confronté, après une succession d’événements où les personnes qu’il doit tuer meurent peu avant son arrivée, à des visions cauchemardesques qui semblent faire référence à son passé occulté et à un mystérieux hypnotiseur affublé du masque de la mort.

Conçue comme une aventure, « La Malédiction de Gustave Babel » a pour cadre principal les bas-fonds d’un Paris ancien sous l’emprise de la pègre. Mais les visions récurrentes du héros en font un objet plus hybride où la poésie vient adoucir l’atmosphère violente liée aux fréquentations « professionnelles » de Babel. Pris dans les tentacules de la Pieuvre, ce dernier ressent un grand besoin de délivrance qui ira croissant dès les premières visions qui viennent l’assaillir. Dès qu’il se sent tourmenté, il lit Baudelaire, dont les poèmes agissent sur son âme tel un baume apaisant et l’élèvent vers des éthers de pureté.

Fidèle à son trait réaliste et nerveux, Gess nous offre de belles séquences oniriques. La mise en page reste efficace et la colorisation discrète, souvent aux limites de la monochromie. Le scénario est un brin touffu et tend parfois à perdre le lecteur, mais reste suffisamment captivant pour que celui-ci daigne s’y accrocher. Et pour les amateurs de beaux tirages, le travail d’édition est très soigné avec dos toilé et couverture en relief. Certaines pages comportent de fausses taches d’humidité, donnant l’impression que l’objet sort d’une épave de navire au fond des mers, accentuant la part de rêve…

Nom série  Les Solitaires  posté le 08/05/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Non
Note Note: 2/5 (Bof, sans plus)
Avec cette seconde publication d’un auteur quasi inconnu, tout s’annonçait très bien à en juger par l’ « emballage » : un gros pavé dodu comme on les aime, une couverture, très soyeuse au toucher, représentant un type au look de gangster à la fois cynique et mystérieux. En feuilletant l’ouvrage, on découvre un graphisme orienté « pop-culture » qui évoque d’emblée Charles Burns, un univers en noir et blanc violent, tourmenté, fascinant... MIAM, ça sent le chef d’œuvre ! se dit-on avec gourmandise. On soupèse de nouveau l’objet, on le caresse, ce qui a pour effet de libérer immédiatement dans notre cerveau des vagues de dopamine rien qu’à l’idée de s’y plonger…

C’est alors, qu’avec une fébrilité empreinte de solennité, on attaque les premières pages. Après une introduction en guise de mise en bouche, poème désabusé et envoûtant, invitation au voyage sur les chemins solitaires de la condition humaine, la deuxième histoire débute dans l’Amérique en crise des années 1920, où un gamin fugueur, embarquant clandestinement à bord d’un train de marchandises, va être confronté à la violence d’autres passagers, laissés-pour-compte d’un système implacable. Ce thème du « hobo ferroviaire » reviendra d’ailleurs tel un leitmotiv tout au long de l’ouvrage. Et c’est là que tout se complique. Le lecteur ayant eu à peine le temps de s’intéresser aux personnages qu’au bout de neuf pages, le récit s’achève de façon abrupte, enchaînant sur deux pastiches de vieilles réclames dont on saisit mal le message, puis un strip en micro-cases ironisant sur les valeurs familiales, un autre en lecture rotative à 90° juxtaposant la peur du vide et une icône de la culture populaire américaine. On arrive ensuite à une page qu’il faudra déplier (de nouveau en lecture rotative) pour accéder à une pseudo-fiche technique sur la Harley Davidson, autre emblème de la mythologie yankee, encombrée d’une pléthore de textes et de phylactères d’un intérêt douteux… En dehors de l’aspect extrêmement pratique (!), cet assemblage incohérent fait bien vite poindre une désillusion qui n’aura de cesse de s’amplifier au fil des pages.

Poèmes et récits (parfois) illustrés viendront également émailler cet objet polymorphe, qui, s’il doit être envisagé comme un recueil, se révèle au final un long pensum hybride et indigeste au lieu du chef d’œuvre attendu, risquant fort de tomber des mains de la plupart. Quand la déception est à ce point à la hauteur des espoirs, on a envie d’être encore plus sévère. Sous prétexte de poésie honorant le mythe du clochard céleste et par extension du looser kerouacien, peut-on s’autoriser à produire n’importe quoi ? La réponse est évidemment dans la question. Avec « Les Solitaires », Tim Lane semble n’avoir opté que pour la forme pour séduire, car il faut insister sur ce point, le dessin est de haute tenue dans sa tournure sombre et fiévreuse. Mais trop rarement la narration parvient à captiver, et lorsque c’est le cas, on est déjà passé à autre chose, de façon totalement incongrue. Gageons que l’auteur, dont le talent d’artiste du neuvième art est incontestable graphiquement parlant, nous propose la prochaine fois un vrai (et long) scénario de qualité.

Nom série  Monet, nomade de la lumière  posté le 01/05/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Cette biographie retrace les grandes étapes de la vie de l’homme qui révolutionna la peinture au XIXe siècle. On y assiste à sa rencontre avec Eugène Boudin, qui lui transmit sa passion pour cet art, puis avec ses frères d’armes, Renoir, Bazille, Sisley, Cézanne et Pissaro, avec qui il fonda le groupe des Impressionnistes. Pour Monet, il fallait se rebeller contre la dictature de l’Académie, qui voulait maintenir la peinture cloitrée dans les ateliers. Lui, il estimait nécessaire de l’amener au grand air et à la lumière naturelle, d’y faire jaillir les couleurs, mais aussi de privilégier la sensation visuelle au détriment du détail. Malheureusement, ces « révolutionnaires » se heurtaient à la morgue des Académiciens qui les laissaient à la porte du salon des Arts officiel, les empêchant ainsi d’accéder à la notoriété. Mais Monet ne renia jamais son style, convaincu d’être dans le sens de l’Histoire, qui lui donna raison par la suite. Pourtant, sur le moment, il dût faire face à la précarité tout en s’endettant pour subvenir à ses besoins. Il connut des périodes difficiles, notamment avec la perte de son épouse Camille, emportée par la maladie.

Plutôt bien construit, le récit, dominé par la voix off du peintre, s’ouvre sur les derniers moments de sa vie avant d’enchaîner sur un long flashback depuis l’enfance. Salva Rubio s’attache à l’homme en tentant de cerner la passion qui l’animait, car il l’a bien compris : Monet était voué corps et âme à son art. Cette biographie, fidèle à la vérité historique, est davantage une réussite sur la forme. Le traitement graphique est magnifiquement réalisé, s’imposant comme un hommage brillant au peintre impressionniste, dont le style et les toiles sont souvent évoqués avec brio, sans que soit négligé pour autant un certain réalisme. On a parfois l’impression d’être immergé dans les œuvres du peintre, mais Efa, qui visiblement sait rester modeste, évite de singer bêtement la patte de l’auteur des Nymphéas, ce qui d’ailleurs aurait pu se révéler épineux dans le cadre d’une bande dessinée biographique.

Avec « Monet, nomade de la lumière », c’est la lune de miel entre la peinture et le neuvième art qui perdure, et de fort belle manière. Si l’on en croit la préface, l’ouvrage est en outre validé par Hugues Gall, directeur de la Fondation Claude Monet et du musée de Giverny. Des auteurs à découvrir pour (re)découvrir un des plus grands peintres du XIXe siècle dont les œuvres ont conservé toute leur modernité et sont désormais admirées dans le monde entier.

Nom série  Mars Horizon  posté le 17/04/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 3/5 (Pas mal)
Quelque part entre la science fiction et le documentaire, « Mars Horizon » raconte les premiers pas de l’Homme sur la planète rouge avec pour but ultime de la coloniser. Se déroulant quelque soixante années dans le futur, ce récit d’anticipation de Florence Porcel, conçu également comme un ouvrage de vulgarisation scientifique, énumère les quelques dangers auxquels pourraient être confrontés ces premiers immigrés terriens, mais d’une façon très réaliste et sans effets spectaculaires. Point de monstres à quatre yeux ici, pas davantage de pluies de météorites, le plus gros incident mettant en péril certains membres de la mission étant lié aux faibles réserves en oxygène lors d’une expédition sur le terrain. Et même si les protagonistes sont pour la plupart chercheurs ou scientifiques, ils n’en oublient pas pour autant de s’émerveiller devant la beauté de l’espace infini, ou plus concrètement de se livrer à des expériences sexuelles dans l’atmosphère martienne, sachant que le poids du corps est divisé par trois… Cela étant, ceux qui pensent pouvoir se rincer l’œil avec cet ouvrage feraient mieux de calmer leurs ardeurs, ce dernier n’affichant aucune scène explicite leur permettant d’alimenter leur machine à fantasmes…

Quant à Erwann Surcouf, il remplit également bien sa mission martienne, avec son trait minimaliste s’adaptant bien à la « nudité » d’une planète purement minérale et en apparence vierge de toute vie animale et de présence humaine. Son style « imparfait » (et néanmoins documenté pour ce qui est de la représentation des éléments techniques) distille une certaine légèreté dans un domaine dit sérieux et potentiellement plombant pour les esprits les moins scientifiques.

Loin de Star Wars et des élucubrations propres à la SF hollywoodienne nous sommes ! Il n’empêche que ce récit comporte une certaine capacité à faire rêver malgré son réalisme en mode documentaire, et le fait que Mars, ce n’est pas pour demain mais pour seulement après-demain… A défaut d’être franchement passionnant, ce récit reste captivant par son audace et l’esprit pionnier qui l’anime. A noter qu’il s’agit de la première parution de la collection Octopus, dirigée par Boulet, amateur de sciences à ses heures quand il n’utilise pas son pinceau d’amuseur du neuvième art.

Nom série  Homicide - Une année dans les rues de Baltimore  posté le 12/04/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Après une échappée peu concluante vers la fantasy (Mongo est un troll), Philippe Squarzoni revient à un genre qu’il affectionne et pratique avec talent : le documentaire. De son trait sobre et réaliste, il met en images les textes de l’auteur américain David Simon, toujours avec ce même sens du découpage et de la précision affutés, nous faisant pénétrer un univers urbain à la violence sous-jacente, loin des clichés hollywoodiens et autres flics à Miami… Le quotidien de ces flics est plus dominé par la routine que par les poursuites en voitures (ou même à pied), inexistantes ici. D’ailleurs, reflétant bien tout cela, la colorisation a été réduite à un niveau quasi-monochromatique dans une palette désaturée, à l’exception du rouge pour les tâches de sang, ce qui permet de mieux se concentrer sur le propos. Ici, nous sommes à Baltimore, grande cité portuaire du nord-est des États-Unis qui n’invite pas spécialement au rêve. Et comme on est dans un documentaire, c’est une voix off qui accompagne la narration la plupart du temps, les dialogues restant assez rares. On y apprend qu’une enquête est souvent un travail de longue haleine (quand le meurtre est un « whodunit », à l’inverse d’un « dunker »), avec des indices souvent peu nombreux et durs à déchiffrer, et qu’il faut toute l’intuition et la persévérance de ces hommes pour identifier les assassins, face à la pression de la hiérarchie.

« Homicide » saura passionner tous les adeptes de séries et de romans policiers, plus particulièrement ceux privilégiant l’intellect à l’action pure. Et malgré cette impression d’inertie visuelle, l’auteur sait insuffler ce qu’il faut de tension pour retenir le lecteur, fasciné par un univers où la mort semble s’amuser d’une partie de cache-cache interminable. Projet à la fois ambitieux et minutieux de Squarzoni, cette série est prévue en cinq tomes.

Pour l'achat ? Pour l'instant oui, mais à confirmer quand la série sera terminée...

Nom série  Proies faciles  posté le 25/03/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Non
Note Note: 3/5 (Pas mal)
Dans un contexte international où l’économie et la sacro-sainte finance semblent toujours primer sur le bien-être de l’humanité, ce polar social est une pierre de plus dans le jardin des cyniques et des puissants. Car il faut rappeler ce constat alarmant martelé par le fameux mouvement des Indignés : 1 % de la population mondiale possède davantage que les 99 % restants ! Et le mouvement ne fait que s’accélérer ! Citoyen espagnol, Miguelanxo Prado a déversé sa légitime révolte dans cette fiction qui d’une certaine manière vient venger toutes les victimes de la gigantesque arnaque immobilière qui avait entrainé l’expulsion de leur logement une grande partie de ses concitoyens.

L’histoire est menée à la façon d’une enquête policière ordinaire : meurtres en série, interrogatoires des suspects, fausses pistes et prises de têtes, jusqu’à l’aveu du coupable lui-même, au-dessus de tout soupçon. Tous les codes de la série policière sont quasiment respectés, avec comme personnages principaux un duo de flics, l’inspectrice en chef assistée de son fidèle collaborateur, liés tous deux par un rapport quelque peu ambigu où le jeu de la séduction interfère parfois avec la stricte rigueur professionnelle…

Malheureusement, malgré l’irruption d’un sujet d’actualité hautement passionnant, le récit pêche par une volonté de trop coller au genre et perd son impact en oubliant de ménager ses effets. On est à peine surpris lorsque le coupable vient se livrer de lui-même aux inspecteurs, c’est dire... On sent pourtant bien la sincérité et la révolte de l’auteur qui se retrouvent dans les aveux du meurtrier, et on se prend d’empathie pour lui. Mais ces confidences arrivent un peu tard car pendant les premiers trois-quarts du livre, le lecteur aura été noyé dans des détails plus ou moins anecdotiques liés à l’enquête, avec trop peu de respirations, et in fine c’est l’ennui qui prend le dessus. Un peu à l’image du dessin à la fois réaliste et expressif, quasi maintenu dans son crayonné matriciel, ce qui est loin d’être déplaisant mais ne fait que renforcer cette impression de grisaille narrative. Pour autant, ce n’est pas mauvais, tant s’en faut, mais alléché par un tel pitch, on pouvait s’attendre à quelque chose de beaucoup plus marquant, de plus percutant.

Nom série  La Tristesse de l'éléphant  posté le 18/03/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 3/5 (Pas mal)
« La Tristesse de l’éléphant », c’est l’histoire d’un amour pur entre deux enfants, Louis l’orphelin grassouillet et Clara la jeune et jolie circassienne, un amour qui ne fera que se renforcer avec les années. Mais c’est aussi l’histoire d’une complicité entre ce dernier et l’éléphant Pégase dressé par Clara, deux êtres très différents mais avec beaucoup de points communs : un aspect hors-norme et balourd doublé d’un caractère solitaire dicté par les circonstances, dans le cas de Louis le fait d’être rejeté par les autres gamins de l’orphelinat.

C’est un récit assez touchant et plein de tendresse que nous propose ici Nicolas Antona. Ce quadragénaire signe ici son premier scénario de bande dessinée, tout comme Nina Jacqmin, jeune dessinatrice belge qui l’accompagne de ses pinceaux délicats. Son trait rond et sa technique au fusain, limitée au bleu et rouge pour ce qui est des couleurs, viennent souligner le côté intemporel voire presque désuet de l’objet. D’un point de vue graphique, c’est assez unique, et le simple fait de feuilleter le livre retient immédiatement l’attention. L’atmosphère qui s’en dégage fait qu’on ne peut s’empêcher de penser au cinéma expressionniste des années 20-30.

L’histoire en elle-même est extrêmement simple, avec peut-être un goût de déjà vu, et s’apparenterait aisément à un conte poétique destiné à tous les publics. Même si indiscutablement le propos est sincère, certains pourront toutefois y déplorer une certaine naïveté à la limite du mièvre. De même, si l’ensemble est traité avec pudeur, le pathos de certains passages s’avère redondant. Pourtant, les deux points forts, à savoir le style graphique et la tonalité poétique, méritent le détour.

Nom série  Henriquet, l'homme-reine  posté le 11/03/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Après la brillante adaptation de Charly 9, Richard Guérineau poursuit son cycle biographique sur les souverains de France avec le successeur du précité, Henri III, dernier des Valois. Henri III, réputé pour ses tenues extravagantes et pour avoir préféré la compagnie de ses mignons à celle des femmes....

Comme son frère Charles IX, Henri III était un roi haut en couleurs, constituant ainsi un excellent « matériau » pour une bande dessinée. Bien plus détesté que son aîné pourtant à l’origine de la Saint-Barthélemy, notamment par le peuple catholique sous l’emprise de la propagande haineuse de la Ligue, Henri III n’était pourtant pas un roi détestable, tant s’en faut. Ce dernier était un homme doux, humaniste, amoureux des arts et des lettres. Il cherchait à réconcilier les factions rivales durant les guerres de religions qui empoisonnaient la France à cette époque. On lui reprochait également son goût pour les fêtes et ses tenues extravagantes qui le faisaient apparaître très efféminé. Ce qui évidemment faisait de lui une cible très facile pour ses ennemis, dans une période où l’homosexualité constituait un blasphème, deux siècles seulement après l’Inquisition.

Tout en s’étant visiblement très bien documenté sur le personnage, Richard Guérineau en a fait une œuvre de fiction. Et qui dit fiction dit interprétation personnelle. Mais globalement, la restitution historique semble plutôt honnête, sans volonté de nuire ou d’enjoliver quoique ce soit, donc relativement objective. Concernant sa supposée homosexualité, débat qui agite toujours les historiens aujourd’hui, l’auteur a choisi de ne fâcher personne en le présentant comme bisexuel, ce qui paraît plus vraisemblable car ce roi comptait également nombre de maîtresses. D’autres anecdotes parsèment le récit, notamment sur l’apparition des bains à la cour (merci Henri !) ou celle du bilboquet, ce qui poussait certains courtisans malicieux à comparer la boule du jeu au fondement du souverain…

Quant à l’histoire en elle-même, Guérineau a repris le même parti pris original adopté avec Charly 9 consistant à truffer le récit d’intermèdes au style graphique et narratif radicalement différent. Parfois documentaire, avec des pastiches de « L’Illustration », magazine du XIX siècle pour le côté décalé ( !), de vieilles bandes dessinées historiques les plus désuètes, ou encore de strips gaguesques dans la plus pure tradition franco-belge… Tout cela rend le récit très vivant, lequel bénéficie déjà du trait élégant et enlevé de l’auteur.

Même si « Henriquet, l’homme-reine » ne recèle pas la force de son prédécesseur, il reste d’excellente tenue, avec une narration fluide, de l’humour et des textes de qualité, notamment par la truculence des jurons de l’époque proférés par les bouches les plus nobles, y compris celle de Henri III... C’est donc un portrait brillant et équilibré qu’a dressé Richard Guérineau de ce souverain, lequel apparaît au final plutôt attachant, tant par sa majestueuse extravagance que par ses failles, lui qui se disait né au mauvais siècle. Gageons que ce deuxième volume, réussite incontestable, rencontre autant de succès que Charly 9, de sorte à encourager l’auteur à nous narrer la vie d’un autre souverain !

Nom série  Des espaces vides  posté le 05/03/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Non
Note Note: 3/5 (Pas mal)
Avec cette œuvre semi-autobiographique, l’auteur espagnol Miguel Francisco a tenté de percer le secret de ses origines – une question qui le hante depuis longtemps et continue à le hanter malgré la distance géographique le séparant de son pays - en établissant un pont entre son propre présent en Finlande et le passé espagnol de son père. Ce père dont la vie semble avoir été plombée par les silences découlant d’une douleur trop vive pour être exprimée en paroles… Témoin d’une guerre civile sanglante précédant l’arrivée au pouvoir de Franco, ce père finira par se livrer à son fils, aboutissant à un constat lucide empreint d’amertume et de regrets… On remontera encore plus loin dans le temps avec l’évocation par le père du parcours du grand-père et de son exil en Argentine.

L’auteur a-t-il réussi cette tâche difficile de mettre en lumière le passé enfoui de ses aïeux et combler ces « espaces vides » ? On peut au moins dire qu’il y est parvenu partiellement. Dans l’écriture tout d’abord, qui permet de sentir à quel point Miguel Francisco avait besoin d’exposer cette blessure qu’on ne lui avait pas infligée et qui pouvait « continuer à infecter d’autres générations ». Comme souvent, les mots libèrent les maux de l’âme, et ceux de son père, à défaut de le guérir lui-même car peut-être trop tardifs, constituent malgré leur amertume une exhortation sans nul doute salvatrice. Le père affirme pudiquement qu’il agirait différemment s’il devait revivre ces événements, sans préciser de quelle façon. Car oui, « la vie n’est qu’un souffle de moineau… » et que d’après lui, on se doit de la vivre pleinement.

Incontestablement, « Des espaces vides » recèle une certaine profondeur. Le dessin dans son style semi-réaliste reste plaisant et accompagne raisonnablement cette quête introspective. Par sa rondeur, il vient également adoucir la douleur inhérente au sujet développé, à savoir l’Histoire espagnole au XXe siècle. Pourtant, quelques lacunes surnagent après lecture du récit. Peut-être très absorbé par sa tâche, l’auteur, malgré toute la sincérité de la démarche, semble avoir négligé la narration qui semble par moments tourner un peu à vide. De même, ce roman graphique sur la transmission doublé d’un hommage aux aïeuls peine à émouvoir, ce qui est un peu dommage, et le mode de traitement laisse une vague impression de déjà vu, sans rien dégager de vraiment marquant. Cela ne signifie pas que l’objet ne soit pas digne d’intérêt, notamment pour les remarques évoquées plus haut, mais c’est comme si, pour reprendre le titre, des espaces restaient encore à remplir… C’est toutefois avec une certaine attention que l’on suivra cet auteur, qui signe ici sa première BD. A défaut de l'acheter, on pourra l'emprunter en médiathèque.

Nom série  Axolot  posté le 03/11/2014 (dernière MAJ le 28/02/2017) Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 3/5 (Pas mal)
volume 1

Avant toute chose, il convient de saluer, outre la couverture attirante, la présentation de ce recueil de très belle facture, une invitation réussie à pénétrer le monde étrange d’Axolot. L’axolot (ou « axolotl » en langue nahuatl), c’est une petite bestiole amphibienne vivant principalement au Mexique et qui a donc donné son nom au site puis à la BD de Patrick Baud. « A mi-chemin entre la salamandre et le Pokémon », cette créature a pour particularité de régénérer ses organes endommagés et peut rester à l’état larvaire toute sa vie. Et si là vous me dites « bizarre », je sens bien que ça vous tente de vous y risquer davantage… Cet album est donc bel et bien fait pour vous.

Notre Big Circus s’ouvre en fanfare avec un poulet sans tête, petit numéro fort clownesque et enchaîne sur une séance hitchcockienne de thanatopraxie par un vieux toubib amoureux transi, auxquels succèdent de drôles de créations, de chimères ou d’illusions, allez savoir… Au programme figurent le « vrai Frankenstein », un automate turc champion d’échecs, des monstres issus des ténèbres, le Blob (vu au microscope hilarant de Marion Montaigne), trois Christs pas très sains d’esprit, des zombies danseurs et des poupées macabres.

A l’entracte de cette foire baroque délicieusement lugubre, vous pourrez vous promener parmi des arbres extraordinaires, visiter le cabinet des curiosités incluant un bestiaire fabuleux, ou encore consulter un mage-psychologue qui vous collera les miquettes en vous démontrant comment votre cerveau vous joue des tours… et là, ne vous étonnez pas si au moment où vous refermez le livre, une escouade d’infirmiers force votre porte pour vous passer la camisole, surtout si vous leur racontez que tout est véridique !

En attendant, vous pourrez toujours profiter d’un graphisme varié par des auteurs triés sur le volet (en plus de Marion Montaigne, on notera la participation de Libon, Tony Sandoval, Boulet, Camille Moog, Ewann Surcouf, Geoffroy Monde, Sybilline et Capucine, Adrien Ménielle, Guillaume Long, Yannick Lejeune), le tout formant un ensemble cohérent et passionnant sous la baguette du brillant chef d'orchestre Patrick Baud. L’axolotl est paraît-il une espèce menacée. Espérons qu’il en ira tout autrement pour l'Axolot version BD, œuvre collective et originale à laquelle une suite serait plus que bienvenue.

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volume 2

Julien Neel, Pénélope Bagieu, Fabien Toulmé, Davy Mourier et Leslie Plée, pour n’en citer que quelques-uns, sont venus ajouter leur grain de folie dans cette grande foire du bizarre. Des troubles mentaux sidérants aux rites stupéfiants du règne animal, en passant par les mystérieuses fées de Cottingley, ou encore une étonnante maison dont la construction ne devait jamais finir sous peine de mettre en colère ses fantômes, Patrick Baud poursuit son exploration du monde insolite.

Si un tel format fournit l’occasion aux auteurs qui ont participé au projet de mieux se faire connaître ou de confirmer leur notoriété, il constitue l’air de rien un petit défi résidant dans leur capacité à révéler l’amplitude de leur talent à travers un nombre très limité de pages, tâche sans doute plus aisée avec un album entier. Par exemple, il n’est pas certain que pour ceux qui ne connaissent pas Davy Mourier (« Les Savants fous prêts à tout pour la science »), son humour si particulier soit autant perceptible sur une seule page que dans son hilarante série La Petite Mort.

Certes, même s’il n’y a plus l’effet de surprise par rapport au volume 1, on ressort souvent étonné ou amusé de ce bric-à-brac singulier. On apprend des choses dont certaines marqueront plus que d’autres, plus anecdotiques. Globalement un peu moins captivant que le volet précédent, "Axolot 2" reste de bonne tenue, avec toujours ce soin apporté à la forme, tant dans la couverture que dans la présentation.

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volume 3

Conservant le parti pris éditorial du premier tome, Patrick Baud a proposé à une dizaine d’auteurs de traduire en histoires courtes divers événements et autres faits étranges recensés dans tous les pays et à toutes les époques. Et comme toujours, cela donne un objet très hétéroclite, avec des intermèdes en textes (« Cabinet de curiosités », « M3SS4GES CØDÉS » ) et en illustrations (par Geoffroy Monde, Julie Brouant) entre chaque histoire, toutes d’un graphisme très personnel et souvent original. Parmi les autres invités, on retrouve Boulet (le vieux de la bande, en activité depuis la fin des années 90), Guillaume Long, Steve Baker, Eldiablo, Gally, Stéphane Fert, David Combet et Pierre Place, ainsi que quelques petits nouveaux découverts grâce à leur blog (Margaux Saltel, Lolikata). Il faut bien le dire, certains récits sortent du lot, et c’est bien là tout le défi de pouvoir se faire remarquer dans un format aussi court. Pierre Place est celui qui sort le mieux son épingle du jeu avec « Le Bandit embaumé », une histoire de momie dans l’Amérique de la fin du XIXe siècle... Boulet, lui, a abandonné le ton humoristique décalé de ses « Notes » pour évoquer « Le Fantôme de Greenbrier » avec sérieux mais en conservant sa verve graphique si expressive, tandis que la « petite nouvelle » Lolikata a produit avec « le Poids l’âme » quelque chose de sensible et touchant qui donne envie de découvrir ce que cette auteure peut proposer d’autre.

Les passionnés de mystères et d’insolite qui ont apprécié les deux premiers volumes devraient sans tarder se procurer la pièce manquante de ce qui constitue désormais un triptyque pittoresque agrémenté d’une élégante présentation.

Nom série  La Famille Fun  posté le 25/02/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Surtout, ne vous fiez pas au graphisme typiquement « cartoon » de cette BD qui semble s’adresser aux enfants de sept ans ! Et si le titre vous laisse penser que vous allez vous payer une bonne tranche de rigolade, ce n’est peut-être pas tout à fait de la façon que vous imaginez… Car sous ses atours bien trop lisses pour être honnêtes, « La Famille Fun » comporte aussi un humour terriblement grinçant ! Comme si ses petits personnages tout en rondeur cherchaient à vous attendrir pour mieux vous déstabiliser ensuite…

A l’image de son auteur, car quand vous voyez Benjamin Frisch pour la première fois, vous lui donneriez le bon dieu sans confession. Et pour lui qui est américain, il ne risque pas de se faire beaucoup d'amis parmi les instances morales et religieuses de son pays, dont la bigoterie est proverbiale. A sa manière, Frisch se moque des codes sociaux et religieux en se livrant à un dézingage subversif - soft mais implacable - de la famille américaine type représentée par notre famille Fun. Et dans cette famille, la vie ne restera un long fleuve tranquille que pendant les trois premières pages, jusqu’à la mort de « Mamie Virginia ». A partir de là, tout va partir en vrille, le père Fun va sombrer dans la déprime, conduisant son épouse à quitter le foyer en emmenant avec elle la moitié des enfants, puis à goûter quasi outrageusement à sa liberté retrouvée. Du coup c’est Robert, le fils aîné mais encore haut comme trois pommes, qui va s’improviser chef de famille, préparer les repas, tenir la maison, et reprendre le job de dessinateur de son géniteur pour nourrir ce dernier et sa jeune sœur Molly, et qui plus est payer la pension alimentaire de la mère ! Et comme si tout cela ne suffisait pas, Molly se met à avoir des visions angéliques de la grand-mère tout juste décédée. Depuis l’au-delà, cette dernière va lui susurrer des paroles doucereuses qui vont en faire progressivement une fanatique, ne faisant qu’accentuer cette spirale de folie incontrôlable.

A la lecture, c’est à la fois étrange, hystérique, extravagant, cruel et jubilatoire. C’est surtout totalement imprévisible, et au final moins « fun » que désabusé voire pessimiste quant à la nature humaine. Benjamin Frisch ne se contente pas de saborder les valeurs familiales, mais s’en prend également à la religion et aux psychologues-gourous du développement personnel – apparemment une spécialité américaine -, en somme tout ce qui est susceptible de laver les cerveaux et générer les névroses les plus spectaculaires. Bref, l’objet a quelque chose d’inédit et c’est bien ce qu’on aime dans toute création artistique. Indubitablement, une première œuvre originale par un auteur à suivre.

Nom série  L'anniversaire de Kim Jong-Il  posté le 18/02/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Contrairement à ce que pourrait laisser croire le titre, cette bande dessinée n’est pas vraiment consacrée au dictateur nord-coréen, se contentant de le placer en filigrane, telle une ombre sinistre planant sur chaque citoyen. Le scénariste Aurélien Ducoudray s’est plutôt attaché à décrire la vie d’un enfant ordinaire, en se basant sur les témoignages écrits de rescapés des abominables camps de redressement nord-coréens, qui n’ont rien à envier aux camps nazis de la Seconde guerre mondiale.

Très fluide, l’histoire commence presque comme un ouvrage de propagande où seule l’ironie sous-jacente empêche de croire totalement aux bienfaits du régime, pour basculer progressivement vers l’effroi et finir dans l’horreur. Le dessin de Mélanie Allag, qui a beaucoup travaillé dans l’illustration jeunesse, est en parfaite adéquation avec l’esprit du livre. Le récit à la première personne se lit non seulement avec les mots du jeune Jun Sang mais également à travers ses yeux. Au début, le garçonnet vénère sans conditions le dictateur par le biais du héros national, une sorte de Captain America nord-coréen, jusqu'à que les premières failles apparaissent dans cette réalité artificielle, trop « belle » pour être vraie. Suivant le fil scénaristique et le regard de Jun Sang, les couleurs, vives et fraîches au début, perdent peu à peu leur éclat pour finalement virer au noir et blanc. De même, les visages se creusent lentement sous l’effet de la malnutrition et de la pénurie alimentaire, après que les parents du garçon aient perdu leur emploi dans les usines locales. Le style graphique, en apparence enfantin, vient apporter au récit une touche de légèreté et candeur, qui par un effet de contraste saisissant, fait ressortir toute la cruauté du régime de Kim Jong-il.

« L’Anniversaire de Kim Jong-il » est une des très bonnes surprises éditoriales de l’année 2016, rappelant l’ouvrage de Guy Delisle, Pyongyang, différent dans son traitement mais tout aussi édifiant à travers les faits relatés sur ce pays figé dans une époque révolue. Une situation qui ne semble pas à la veille de changer, au vu de l’attitude du terrifiant « Kim Jong Junior » - dont le visage s’apparente à celui d’un gros bébé capricieux grandi trop vite -, et des actualités qui nous proviennent régulièrement de ce coin de l’Asie. A noter la réussite de la couverture, représentant le portrait-puzzle du dictateur composé de panneaux soutenus par des enfants, un dictateur dont le sourire est brisé par le jeune Jun Sang, curieux de voir ce qu’il y a derrière son « panneau-prison »…

Nom série  Revoir Paris  posté le 02/01/2015 (dernière MAJ le 12/02/2017) Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 3/5 (Pas mal)
Tome 1

Un album événement doublé d’une expo à la Cité de Chaillot qui marque pour notre plus grand plaisir le retour du duo Schuiten/Peeters, cinq ans après « Souvenirs de l’éternel présent », délaissant temporairement leurs « Cités obscures » pour un futur au conditionnel. Comme toujours, l’architecture tient une place centrale dans des histoires fantastiques caractérisées par des distorsions spatio-temporelles où passé et futur ne font qu’un. Pour cet album, Schuiten a opté pour la couleur dans des tonalités sobres qui viennent revêtir le trait réaliste et élégant qu’on lui connaît. Une fois encore, l’histoire met en scène une héroïne féminine, Kâhrin, en rébellion par rapport à l’ordre établi, le tout dans un univers onirique à la fois familier et inquiétant, où le gigantisme de l’architecture relègue l’humain au second plan.

Le Paris évoqué dans cette première partie n’est que survolé, à l’instar de l’héroïne qui effectue des sortes de voyages astraux très brefs dans un Paris rétro-futuriste, mais on entrevoit vers la fin que la ville a bien changé. Si la plupart des monuments emblématiques sont restés debout, surplombés par des constructions vertigineuses, d’autres semblent avoir fait l’objet de transformations radicales. La jeune Kârinh semble déboussolée par la découverte de ce Paris qui n’est pas exactement celui qu’elle avait imaginé, s’accrochant à la réalité d’un « vrai Paris ». Pas franchement passionnant dans ce tome 1, le scénario parvient toutefois à intriguer le lecteur tout en posant pas mal de questions sur l’identité d’une ville. C’est donc avec une certaine impatience que l’on attend la conclusion de ce diptyque.

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Tome 2 : La nuit des constellations

Avec cette seconde partie, Peeters et Schuiten poursuivent leur exploration d’un Paris futuriste et éclaté. Un projet dans lequel seuls les maîtres belges du neuvième art, toujours très portés sur l’architecture, pouvaient faire intervenir leur imagination avec autant de brio. Leur Paris de 2156 atteint une dimension quasi-onirique, presque irréelle au point d’en apparaître inquiétant, comme à travers un kaléïdoscope géant. Car pour préserver la ville lumière, ses défenseurs ont jugé bon de déplacer certains monuments pour les remplacer par des copies ! Ainsi, ce Paris n’apparaît plus que comme une parodie de lui-même, un gigantesque parc d’attractions, un Paris muséifié, fragilisé et un peu paranoïaque, surplombé par un immense dôme de verre destiné à le protéger des attaques terroristes, car la ville suscite de toutes parts – on ne saura pas exactement pourquoi - rancœur et haine. Une vision qui résonne étrangement avec le Paris d’aujourd’hui.

Le dessin réaliste porte toujours la marque unique de Schuiten, avec son style à la fois figé et aérien, où les personnages apparaissent souvent comme désincarnés, évoluant dans un décor rétrofuturiste dans lequel tous les rêves verniens de la fin du XIXe et du début du XXe siècle auraient trouvé leur accomplissement. Ici, les contours s’effacent derrière la couleur, caractérisée par une gamme chromatique tout en retenue.

C’est élégant et délicat, et cet étrange Paris se révèle assez envoûtant, notamment avec les cadrages en plongée et ses prothèses architecturales qui permettent de redécouvrir la capitale sous un autre angle, étonnant celui-là, malgré son côté vaguement Disneyland…

A côté de toutes ces qualités graphiques, le récit donne hélas l’impression de se diluer sous le flot de ces jolies cartes postales à la fois familières et insolites. Plus fasciné que véritablement captivé, le lecteur finit par oublier ce pour quoi la jeune héroïne est venue voir Paris, et pour tout dire, s’en moque un peu. C'est bien dommage, car Benoit Peeters a prouvé par le passé, à travers notamment « Les Cités obscures », qu’il savait construire de bonnes histoires. Ici, il semble juste avoir subi l’imposante aura de la ville lumière.

Nom série  La Petite Bédéthèque des Savoirs  posté le 09/02/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Il y a des signes comme ça qui laissent à penser que la bande dessinée est en train d’acquérir un peu plus chaque année ses lettres de noblesse. A moins que ce ne soit la connaissance qui ait décidé de quitter les étagères poussiéreuses des universités pour se faire plus sexy, ne considérant plus déshonorant de s’acoquiner avec ce garnement parfois turbulent qu'est le neuvième art. C’est ainsi qu’en 2016, le Lombard inaugurait cette collection au slogan imparable : « Un spécialiste et un dessinateur s’unissent pour vous faire comprendre le monde en bande dessinée ».

Depuis, la collection a fait des petits et compte désormais seize ouvrages. Présentés dans un mini-format (13.9 x 19.6 cm) et comprenant entre 70 et 100 pages, chaque volume est réalisé par des auteurs différents (un expert de la question associé à un dessinateur). Les sujets couvrent des domaines extrêmement variés, de l’univers (avec en co-auteur Hubert Reeves, excusez du peu) au droit d’auteur, en passant par le heavy metal et les requins… Une ligne éditoriale en apparence disparate mais dont la folle ambition, à l’instar des fameux « Que sais-je ? », est d’aborder de façon ludique et sans restriction tous les thèmes de la connaissance humaine : histoire, pensée, science, culture, technique, nature, société…

On ne peut que se réjouir de l’apparition d’une telle collection et souhaiter bonne chance au Lombard. L’éditeur s’est donné les moyens de trouver son public avec non seulement un format peu encombrant mais également un tirage séduisant. Un beau mariage à célébrer entre la connaissance et la bande dessinée.

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12 - Le minimalisme
Une excellente entrée en matière sur un concept qui n’est pas vraiment nouveau et se retrouvait déjà dans l’art dès la Préhistoire. Si comme moi, vous vous êtes déjà retrouvé désorienté voire agacé devant une sculpture ou une peinture abstraite, ce petit ouvrage pourra vous fournir les codes d’accès pour tenter de comprendre, à défaut d’apprécier, ce que l’artiste a voulu exprimer. Pour les adeptes du minimaliste, « moins, c’est plus », car l’art ne sert pas qu’à faire joli mais aussi à faire réfléchir, en recourant parfois à la provocation. Une approche vulgarisatrice et ludique très appréciable.

Nom série  Souvenirs de l'empire de l'atome  posté le 05/02/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Tout juste auréolés de leur prix polar à Angoulême pour L'Eté Diabolik, Thierry Smolderen et Alexandre Clérisse avaient publié trois ans auparavant cette bande dessinée atypique, qui n’était déjà pas passée inaperçue. Ce qui marque avant tout, c’est ce magnifique graphisme inspiré du style indémodable des années 50. Un design qui savait faire rêver les foules, alliant l’art déco des années 20 et à la quête de futurisme destinée à faire oublier une Seconde guerre mondiale éprouvante. En intégrant à son trait les formes pures et élancées des objets industriels de l’époque, rehaussées par des couleurs pétillantes, Alexandre Clérisse a su frapper les esprits de bien belle façon. C’est tout bonnement un délice pour les yeux, et par moments on a presque l’impression d’avoir entre les mains un livre d’art !

Ce parti-pris graphique se retrouve dans le scénario, qui emprunte aux films d’aventure ou de science fiction de l’époque, bien souvent caractérisés par une certaine naïveté et une narration virevoltante. Dans une période où la guerre froide venait de libérer son aura glaciale, il était nécessaire d’identifier facilement les bons et les méchants. Un code qui trouvera son aboutissement dans la décennie suivante avec les premiers James Bond. Comme toujours, ces « méchants » très caricaturaux ne cherchaient qu’à satisfaire leur propre intérêt et leurs velléités absolutistes. Mais, fait nouveau, ils avaient cette fois accès aux technologies les plus avancées, capables de détruire l’humanité entière (Hiroshima venait d’inaugurer une nouvelle ère). Créés par les « gentils » Occidentaux, ces « docteurs Folamour » représentaient, parfois de façon inconsciente, l’ennemi absolu et imprévisible, l’Empire du mal, l’URSS pour ne pas la nommer.

Dans « Souvenirs de l’Empire de l’atome », Thierry Smolderen a si bien respecté ces codes qu’il semble en avoir oublié le fond. Car si l’histoire reste compréhensible, à condition d’être attentif aux moult flashbacks et autres sauts spatio-temporels, elle se révèle par trop alambiquée, au point de se rapprocher de l’exercice de style purement esthétisant. Les personnages finissent par n’apparaître que secondaires, comme s’ils se désagrégeaient dans ce prodigieux décor arty. Et ce n’est pas la conclusion, aussi philosophique que déroutante, qui risque de clarifier les intentions de l’auteur.

J’attendais beaucoup de cette bande dessinée, et comme cela arrive parfois, la lecture s’est révélée assez décevante. Vous l'aurez compris, la bonne note tient ici davantage au dessin. Avec un scénario un peu mieux maîtrisé, j’aurais sans doute pu accorder les cinq étoiles à cette œuvre formellement très originale.

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