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Nom série  L'anniversaire de Kim Jong-Il  posté le 18/02/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien) Découvrez toutes les séries « coup de coeur du moment » de BDTheque! Coup de coeur
Contrairement à ce que pourrait laisser croire le titre, cette bande dessinée n’est pas vraiment consacrée au dictateur nord-coréen, se contentant de le placer en filigrane, telle une ombre sinistre planant sur chaque citoyen. Le scénariste Aurélien Ducoudray s’est plutôt attaché à décrire la vie d’un enfant ordinaire, en se basant sur les témoignages écrits de rescapés des abominables camps de redressement nord-coréens, qui n’ont rien à envier aux camps nazis de la Seconde guerre mondiale.

Très fluide, l’histoire commence presque comme un ouvrage de propagande où seule l’ironie sous-jacente empêche de croire totalement aux bienfaits du régime, pour basculer progressivement vers l’effroi et finir dans l’horreur. Le dessin de Mélanie Allag, qui a beaucoup travaillé dans l’illustration jeunesse, est en parfaite adéquation avec l’esprit du livre. Le récit à la première personne se lit non seulement avec les mots du jeune Jun Sang mais également à travers ses yeux. Au début, le garçonnet vénère sans conditions le dictateur par le biais du héros national, une sorte de Captain America nord-coréen, jusqu'à que les premières failles apparaissent dans cette réalité artificielle, trop « belle » pour être vraie. Suivant le fil scénaristique et le regard de Jun Sang, les couleurs, vives et fraîches au début, perdent peu à peu leur éclat pour finalement virer au noir et blanc. De même, les visages se creusent lentement sous l’effet de la malnutrition et de la pénurie alimentaire, après que les parents du garçon aient perdu leur emploi dans les usines locales. Le style graphique, en apparence enfantin, vient apporter au récit une touche de légèreté et candeur, qui par un effet de contraste saisissant, fait ressortir toute la cruauté du régime de Kim Jong-il.

« L’Anniversaire de Kim Jong-il » est une des très bonnes surprises éditoriales de l’année 2016, rappelant l’ouvrage de Guy Delisle, Pyongyang, différent dans son traitement mais tout aussi édifiant à travers les faits relatés sur ce pays figé dans une époque révolue. Une situation qui ne semble pas à la veille de changer, au vu de l’attitude du terrifiant « Kim Jong Junior » - dont le visage s’apparente à celui d’un gros bébé capricieux grandi trop vite -, et des actualités qui nous proviennent régulièrement de ce coin de l’Asie. A noter la réussite de la couverture, représentant le portrait-puzzle du dictateur composé de panneaux soutenus par des enfants, un dictateur dont le sourire est brisé par le jeune Jun Sang, curieux de voir ce qu’il y a derrière son « panneau-prison »…

Nom série  Revoir Paris  posté le 02/01/2015 (dernière MAJ le 12/02/2017) Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 3/5 (Pas mal)
Tome 1

Un album événement doublé d’une expo à la Cité de Chaillot qui marque pour notre plus grand plaisir le retour du duo Schuiten/Peeters, cinq ans après « Souvenirs de l’éternel présent », délaissant temporairement leurs « Cités obscures » pour un futur au conditionnel. Comme toujours, l’architecture tient une place centrale dans des histoires fantastiques caractérisées par des distorsions spatio-temporelles où passé et futur ne font qu’un. Pour cet album, Schuiten a opté pour la couleur dans des tonalités sobres qui viennent revêtir le trait réaliste et élégant qu’on lui connaît. Une fois encore, l’histoire met en scène une héroïne féminine, Kâhrin, en rébellion par rapport à l’ordre établi, le tout dans un univers onirique à la fois familier et inquiétant, où le gigantisme de l’architecture relègue l’humain au second plan.

Le Paris évoqué dans cette première partie n’est que survolé, à l’instar de l’héroïne qui effectue des sortes de voyages astraux très brefs dans un Paris rétro-futuriste, mais on entrevoit vers la fin que la ville a bien changé. Si la plupart des monuments emblématiques sont restés debout, surplombés par des constructions vertigineuses, d’autres semblent avoir fait l’objet de transformations radicales. La jeune Kârinh semble déboussolée par la découverte de ce Paris qui n’est pas exactement celui qu’elle avait imaginé, s’accrochant à la réalité d’un « vrai Paris ». Pas franchement passionnant dans ce tome 1, le scénario parvient toutefois à intriguer le lecteur tout en posant pas mal de questions sur l’identité d’une ville. C’est donc avec une certaine impatience que l’on attend la conclusion de ce diptyque.

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Tome 2 : La nuit des constellations

Avec cette seconde partie, Peeters et Schuiten poursuivent leur exploration d’un Paris futuriste et éclaté. Un projet dans lequel seuls les maîtres belges du neuvième art, toujours très portés sur l’architecture, pouvaient faire intervenir leur imagination avec autant de brio. Leur Paris de 2156 atteint une dimension quasi-onirique, presque irréelle au point d’en apparaître inquiétant, comme à travers un kaléïdoscope géant. Car pour préserver la ville lumière, ses défenseurs ont jugé bon de déplacer certains monuments pour les remplacer par des copies ! Ainsi, ce Paris n’apparaît plus que comme une parodie de lui-même, un gigantesque parc d’attractions, un Paris muséifié, fragilisé et un peu paranoïaque, surplombé par un immense dôme de verre destiné à le protéger des attaques terroristes, car la ville suscite de toutes parts – on ne saura pas exactement pourquoi - rancœur et haine. Une vision qui résonne étrangement avec le Paris d’aujourd’hui.

Le dessin réaliste porte toujours la marque unique de Schuiten, avec son style à la fois figé et aérien, où les personnages apparaissent souvent comme désincarnés, évoluant dans un décor rétrofuturiste dans lequel tous les rêves verniens de la fin du XIXe et du début du XXe siècle auraient trouvé leur accomplissement. Ici, les contours s’effacent derrière la couleur, caractérisée par une gamme chromatique tout en retenue.

C’est élégant et délicat, et cet étrange Paris se révèle assez envoûtant, notamment avec les cadrages en plongée et ses prothèses architecturales qui permettent de redécouvrir la capitale sous un autre angle, étonnant celui-là, malgré son côté vaguement Disneyland…

A côté de toutes ces qualités graphiques, le récit donne hélas l’impression de se diluer sous le flot de ces jolies cartes postales à la fois familières et insolites. Plus fasciné que véritablement captivé, le lecteur finit par oublier ce pour quoi la jeune héroïne est venue voir Paris, et pour tout dire, s’en moque un peu. C'est bien dommage, car Benoit Peeters a prouvé par le passé, à travers notamment « Les Cités obscures », qu’il savait construire de bonnes histoires. Ici, il semble juste avoir subi l’imposante aura de la ville lumière.

Nom série  La Petite Bédéthèque des Savoirs  posté le 09/02/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Il y a des signes comme ça qui laissent à penser que la bande dessinée est en train d’acquérir un peu plus chaque année ses lettres de noblesse. A moins que ce ne soit la connaissance qui ait décidé de quitter les étagères poussiéreuses des universités pour se faire plus sexy, ne considérant plus déshonorant de s’acoquiner avec ce garnement parfois turbulent qu'est le neuvième art. C’est ainsi qu’en 2016, le Lombard inaugurait cette collection au slogan imparable : « Un spécialiste et un dessinateur s’unissent pour vous faire comprendre le monde en bande dessinée ».

Depuis, la collection a fait des petits et compte désormais seize ouvrages. Présentés dans un mini-format (13.9 x 19.6 cm) et comprenant entre 70 et 100 pages, chaque volume est réalisé par des auteurs différents (un expert de la question associé à un dessinateur). Les sujets couvrent des domaines extrêmement variés, de l’univers (avec en co-auteur Hubert Reeves, excusez du peu) au droit d’auteur, en passant par le heavy metal et les requins… Une ligne éditoriale en apparence disparate mais dont la folle ambition, à l’instar des fameux « Que sais-je ? », est d’aborder de façon ludique et sans restriction tous les thèmes de la connaissance humaine : histoire, pensée, science, culture, technique, nature, société…

On ne peut que se réjouir de l’apparition d’une telle collection et souhaiter bonne chance au Lombard. L’éditeur s’est donné les moyens de trouver son public avec non seulement un format peu encombrant mais également un tirage séduisant. Un beau mariage à célébrer entre la connaissance et la bande dessinée.

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12 - Le minimalisme
Une excellente entrée en matière sur un concept qui n’est pas vraiment nouveau et se retrouvait déjà dans l’art dès la Préhistoire. Si comme moi, vous vous êtes déjà retrouvé désorienté voire agacé devant une sculpture ou une peinture abstraite, ce petit ouvrage pourra vous fournir les codes d’accès pour tenter de comprendre, à défaut d’apprécier, ce que l’artiste a voulu exprimer. Pour les adeptes du minimaliste, « moins, c’est plus », car l’art ne sert pas qu’à faire joli mais aussi à faire réfléchir, en recourant parfois à la provocation. Une approche vulgarisatrice et ludique très appréciable.

Nom série  Souvenirs de l'empire de l'atome  posté le 05/02/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Tout juste auréolés de leur prix polar à Angoulême pour L'Eté Diabolik, Thierry Smolderen et Alexandre Clérisse avaient publié trois ans auparavant cette bande dessinée atypique, qui n’était déjà pas passée inaperçue. Ce qui marque avant tout, c’est ce magnifique graphisme inspiré du style indémodable des années 50. Un design qui savait faire rêver les foules, alliant l’art déco des années 20 et à la quête de futurisme destinée à faire oublier une Seconde guerre mondiale éprouvante. En intégrant à son trait les formes pures et élancées des objets industriels de l’époque, rehaussées par des couleurs pétillantes, Alexandre Clérisse a su frapper les esprits de bien belle façon. C’est tout bonnement un délice pour les yeux, et par moments on a presque l’impression d’avoir entre les mains un livre d’art !

Ce parti-pris graphique se retrouve dans le scénario, qui emprunte aux films d’aventure ou de science fiction de l’époque, bien souvent caractérisés par une certaine naïveté et une narration virevoltante. Dans une période où la guerre froide venait de libérer son aura glaciale, il était nécessaire d’identifier facilement les bons et les méchants. Un code qui trouvera son aboutissement dans la décennie suivante avec les premiers James Bond. Comme toujours, ces « méchants » très caricaturaux ne cherchaient qu’à satisfaire leur propre intérêt et leurs velléités absolutistes. Mais, fait nouveau, ils avaient cette fois accès aux technologies les plus avancées, capables de détruire l’humanité entière (Hiroshima venait d’inaugurer une nouvelle ère). Créés par les « gentils » Occidentaux, ces « docteurs Folamour » représentaient, parfois de façon inconsciente, l’ennemi absolu et imprévisible, l’Empire du mal, l’URSS pour ne pas la nommer.

Dans « Souvenirs de l’Empire de l’atome », Thierry Smolderen a si bien respecté ces codes qu’il semble en avoir oublié le fond. Car si l’histoire reste compréhensible, à condition d’être attentif aux moult flashbacks et autres sauts spatio-temporels, elle se révèle par trop alambiquée, au point de se rapprocher de l’exercice de style purement esthétisant. Les personnages finissent par n’apparaître que secondaires, comme s’ils se désagrégeaient dans ce prodigieux décor arty. Et ce n’est pas la conclusion, aussi philosophique que déroutante, qui risque de clarifier les intentions de l’auteur.

J’attendais beaucoup de cette bande dessinée, et comme cela arrive parfois, la lecture s’est révélée assez décevante. Vous l'aurez compris, la bonne note tient ici davantage au dessin. Avec un scénario un peu mieux maîtrisé, j’aurais sans doute pu accorder les cinq étoiles à cette œuvre formellement très originale.

Nom série  Berlin 2.0  posté le 04/02/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
A l'échelle internationale, Berlin jouit d’une excellente image. Pour beaucoup, elle reste une ville de culture, cosmopolite, bohème et créative. A Berlin, tout le monde est cool, « jeune » et motivé. On peut s’y faire plein d’amis, les loyers ne sont pas chers et les opportunités d’emploi dans les start-ups abondent via les réseaux sociaux. Avec ce récit doux-amer et via le personnage de Margaux, Mathilde Ramadier évoque sa propre expérience, lorsqu’au début des années 2010, elle avait quitté Paris, trop étouffante, pour rejoindre la capitale allemande où elle espérait faire fructifier ses compétences dans le domaine culturel. Mais la jeune femme va très vite déchanter en découvrant l’envers du décor. Sous cette coolitude des apparences, la réalité du libéralisme le plus impitoyable se fait jour, avec notamment ses minijobs précaires à 400 €, et l’absence de couverture maladie… Et pourtant, malgré elle, elle finit par l’apprécier cette vie de bohème au jour le jour, où la peur du lendemain semble atténuée par le flegme bienveillant des Berlinois. Peut-être parce que comme l’avait si bien dit un maire social-démocrate, « Berlin est pauvre mais sexy »…

Le trait apaisé et nonchalant d’Alberto Madrigal, associé à la clarté de ses couleurs pastels, colle parfaitement à l’ambiance berlinoise. Et comme « Berlin 2.0 » se rapproche parfois du carnet de route, le dessinateur utilise à bon escient le cadrage pour souligner les spécificités architecturales, culinaires ou sociales (par exemple, se déchausser dans le logement de son hôte) de la capitale allemande.

« Berlin 2.0 » constitue une excellente peinture de l’Allemagne à l’heure de l’économie numérique, même si Berlin n’est pas forcément représentative de l’ensemble du pays. Mais l’ouvrage fait voler en éclat les clichés sur le fameux modèle social allemand que l’on a longtemps considéré comme la référence absolue de ce côté-ci du Rhin. Il faut dire que la chute du mur est passée par là, suivie des très libéraux gouvernements Schröder et Merkel. Depuis, la pression de la gauche et des Verts a permis d’instaurer un salaire minimum à 8,50 € avec des sanctions pour les employeurs qui ne respecteraient pas la loi. Tout cela est très bien détaillé dans l’annexe à la fin du livre. L’ouvrage est conseillé à tous ceux qui s’intéressent à la manière dont nos voisins vivent les mutations économiques en cours, et particulièrement aux plus jeunes tentés par l’aventure berlinoise.

Nom série  Broderies  posté le 23/01/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 3/5 (Pas mal)
Pour les Iraniennes, la broderie n’est pas seulement une occupation à laquelle s’adonne la gente féminine. Le terme comporte également, non sans une certaine malice, une allusion chirurgicale à la virginité « retrouvée » des jeunes filles qui souhaitent se marier après avoir goûté aux plaisirs de la chair.

Ces discussions à bâtons rompus sur le ton du badinage révèlent une réalité moins rose de la condition féminine en Iran, avec la souffrance et le mépris que les femmes doivent endurer dans le cadre du mariage. Mais comme dans Persepolis, Marjane Satrapi a judicieusement choisi l’humour, une arme aussi efficace sinon plus que la révolte. Les fanatiques religieux ne considèrent-ils pas le rire comme la marque du diable, a fortiori celui des femmes ? Quoi qu’il en soit, ceux-ci ont su nous montrer de façon peu amène, ces dernières années, qu’ils ne l’appréciaient guère.

Certains esprits chagrins y verront peut-être un parti pris androphobe – le mâle ne ressort guère grandi de cet étrillage verbal – mais pour les autres, ces anecdotes, souvent croustillantes, apparaîtront comme un exutoire des plus légitimes. Tout au long du livre, les hommes ne jouent qu’un rôle secondaire et peu enviable, sans se douter une seconde qu’ils ne sont que des « pachas » en sursis, potentiellement déchus par les sarcasmes ravageurs de ces femmes, dont certaines apparaissent très libérées et de manière plus surprenante, libertines. Ce n’est qu’en apparence qu’elles sont soumises, car elles acceptent volontiers de faire leur autocritique, conscientes de payer pour leur propre bêtise à tout vouloir miser sur leur mari. Si la révolution a eu lieu en Iran il y a près de 40 ans, une autre, féministe celle-là, couve toujours pour la moitié de la population. Et à la lecture de l’ouvrage, l’espoir est permis…

Avec une certaine jubilation, on retrouve le personnage de la grand-mère frondeuse de Persepolis. Le trait noir et blanc de Marjane Satrapi reste à la fois minimaliste et naïf mais très vivant, avec une certaine liberté dans la mise en page, d’où les cases sont absentes.

On l’avait déjà bien pressenti avec Persepolis, mais « Broderies » ne fait que confirmer le côté passionaria de l’auteure, prête à partir en guerre contre les mollahs et autres patriarches fanatiques, avec un crayon j’entends – une arme puissante quand on connaît la capacité de la plume à se changer en épée et qu’on voit l’acharnement des pouvoirs autoritaires à réprimer dessinateurs, journalistes et intellectuels.

Nom série  Etunwan - Celui-qui-regarde  posté le 21/01/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Décidément, le western, que l’on croyait désuet, semble revenir à la mode ces derniers temps, non seulement au cinéma mais également en bande dessinée, car indéniablement l’exploration des terres vierges fera toujours rêver. Et en fin de compte, le genre susnommé serait un peu l’ancêtre des space operas devenus populaires avec l’ère de l’exploration spatiale. Avant le succès de la SF, le western existait en grande partie à travers la fascination un rien infantile exercée par les mondes nouveaux et aussi sans doute l’esprit reptilien de ses afficionados. Depuis, les Droits de l’homme sont passés par là. On s’est alors rendu compte que l’Indien n’était plus forcément le méchant que la culture populaire occidentale se plaisait à dépeindre et qu’il pouvait avoir le droit de protéger ses terres dont l’homme blanc, si « civilisé », cherchait à l’expulser.

En matière de neuvième art, le genre tente de se renouveler en intégrant des éléments plus littéraires, débarrassés de l’odeur de poudre, évoquant sur le fond les œuvres de Patrick Prugne (Pawnee et Frenchman) ou le dernier album de Frederick Peeters (L'Odeur des garçons affamés), qui lui aussi avait un photographe pour personnage principal.

En revanche, l’ouvrage est à mille lieues du genre « aventure », comme expurgé de toute action, purement contemplatif. Bien sûr il y a un récit, mais « Etunwan, Celui-qui-regarde » ressemble presque à un livre de photos, en accord total avec son titre. Avec un dessin qui semble avoir été réalisé à partir de clichés, Thierry Murat se livre au jeu du clair-obscur, recourant à des monochromes désaturés allant du bleu au jaune en passant par le brun sépia, avec des personnages semblant parfois évoluer dans un théâtre d’ombres chinoises. Et comme la photographie est avant tout l’art du sensible, le résultat est magnifique et projette sur le lecteur ses ondes apaisantes.

Quant à l’aspect littéraire, il réside dans l’importance que l’auteur accorde aux mots. Tout d’abord, la voix off du narrateur domine, tandis que les phylactères y sont secondaires. Les références littéraires y sont bien présentes, avec notamment ce recueil de poésie que Joseph Wallace emportera dans ses bagages, « Les Fleurs du mal » d’un certain Charles Baudelaire, qui viennent juste d’être traduites pour le public anglophone de l'époque. Un livre au titre vénéneux qui intrigue Wallace « au plus haut point » et imprimera sa marque au récit… Mais outre la langue des poètes, c’est aussi celle des Indiens qui est ici mise en avant, et de fait réhabilitée, jusque dans la typographie. Le photographe est fasciné par cette langue, qui, dit-il, lui donne « le sentiment de pouvoir exprimer [ses] émotions les plus intimes presque aussi clairement que les simples locutions utilitaires. », poussant la démarche jusqu’à l'apprendre durant son séjour dans une tribu. De façon insidieuse, le western nous avait plutôt habitués à faire passer les Indiens pour des analphabètes, leur langue ayant été souvent réduite à onomatopées ou des noms propres correspondant à un animal et l’une de ses caractéristiques (vous savez, les « Cheval fou » et autres « Bison assis » ?). Une manière grotesque de transformer la figure du « sauvage » en potiche muette et inoffensive, presque risible. Ici, on est dans une perspective totalement inverse.

« Etunwan, Celui-qui-regarde » est une œuvre lente, empathique et érudite, où la qualité littéraire matche parfaitement avec la beauté graphique. C'est l’histoire d’un homme qui ne trouve pas sa place dans l'univers et se lance dans une quête mystique éperdue au bout de lui-même, tel un romantique désireux de s’immerger dans le monde des origines, dans lequel il ne voit qu’harmonie, mais hélas un monde inéluctablement condamné par la frénésie conquérante de l’homme blanc.

Nom série  Winter Road  posté le 12/01/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Contrairement à ce que le titre laisserait supposer, « Winter Road » n’a rien d’un « road trip ». Cette « route d’hiver », ici, serait plutôt une métaphore sur la difficulté d’avancer quand tout semble se liguer contre vous. Et c’est bien ce qui arrive à ces personnages, le frère et la sœur, qui semblent tous deux avoir été marqués au fer rouge par une enfance sous la tyrannie d’un père alcoolique et adepte de la violence conjugale. Après une longue séparation, les retrouvailles de ces demi-orphelins (leur mère est morte sous leurs yeux dans un accident en voulant fuir son mari), marginaux et estropiés par la vie (lui alcoolo et irritable, elle, junkie et subissant la violence de son compagnon), vont provoquer une sorte de déclic, leur faisant prendre conscience qu’il est temps pour eux d’en finir avec cette malédiction familiale et de mettre un peu d’ordre dans leur vie. Comme par un étrange jeu de miroirs dans un cadre naturel, loin du tumulte des humains, c’est en quelque sorte en retournant vers leurs « racines » que ces descendants d’Indiens vont expérimenter cette quête intérieure. Pour la sœur de Derek, la confrontation avec le père sera le déclencheur. Une scène forte où elle le met face à sa lâcheté par des paroles bien senties, lui, ce père looser devenu simple employé dans une scierie du coin, cachant sa peur sous sa morgue de vieux macho fatigué.

Cette histoire humaine et sans fioritures est extrêmement fluide d’un point de vue narratif. Il faut dire que Derek, le personnage central, est à classer dans les taiseux et ne donne guère lieu à des discussions philosophiques. L’intérêt se situe plutôt dans la profondeur psychologique des protagonistes et le dessin aux atours âpres, davantage caractérisé par le cadrage que par une abondance inutile de détails. Et comme évidemment cela se passe en hiver, les couleurs ne sont présentes que dans les souvenirs des protagonistes, ou lorsqu’il s’agit d’évoquer le sang. Car de la bagarre, il y en a, même si ce n’est pas le sujet central, mais après tout, « "Winter Road" is indeed a history of violence ».

Jeff Lemire nous propose ici un roman graphique de bonne tenue, sans prétention et avec des personnages attachants. A travers ce récit, l’auteur tente de comprendre la cause de ces vies brisées dans nos sociétés dites civilisées, avec en filigrane l’importance des racines et d’une transmission sociale harmonieuse.

Nom série  Ruines  posté le 31/12/2016 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
De manière générale, la BD alternative est plus centrée sur le fond que sur la forme. Dans le cas de « Ruines », le dessin peut clairement rebuter dans ses petites imperfections qui relèvent de l’amateurisme : un trait manquant de fluidité, des corps et des visages un peu figés, des bâtiments qui semblent avoir été dessinés avec une règle... Et pourtant, le dessin de Peter Kuper comporte des qualités, notamment par son souci du détail, une mise en page recherchée, et sa colorisation à l’aquarelle qui le rapprocherait presque de la peinture. L’auteur n’est pourtant pas un débutant en la matière, puisqu’il a publié de nombreux ouvrages depuis les années 90. Certains ont été nominés aux Eisner Awards, celui-ci ayant d’ailleurs remporté le prix du roman graphique cette année. Kuper enseigne même la bande dessinée à la School of Visual Arts of New York, comme quoi…

Une fois dépassées ses (éventuelles) réticences, on pourra se laisser charmer par cette histoire semi-autobiographique qui raconte les efforts d’un homme et d’une femme pour se retrouver mais qui ne sont plus vraiment sûrs de vouloir continuer sur le même chemin. Venue à Oaxaca dans le but d'écrire, Samantha est en pleine introspection et pense trouver la clé du bonheur dans ce Mexique avec qui elle se sent liée par le biais d’une relation amoureuse passée. Quant à George, désormais au chômage, son but est de se remettre à la peinture. Loin de leur petit confort new-yorkais, c’est un Oaxaca remuant et haut en couleurs, indifférent à leurs questionnements, qui va ébranler leurs certitudes de petits bourgeois, car autour d’eux le tumulte de la vie et de la mort omniprésente (nous sommes bien au Mexique) empiète sur leur intimité et aura inévitablement des incidences sur leur couple.

Mais pour chacun d’eux, il s’agit aussi d’un parcours initiatique, tel celui du papillon monarque dont on suit la trajectoire silencieuse de la Pennsylvanie au Mexique dans de courtes interludes entre chaque chapitre, conférant une note poétique à l’ensemble. George et Samantha s’extrairont-ils de leur chrysalide pour trouver la voie vers l’épanouissement ? S’ils doivent y parvenir, le feront-ils ensemble ou chacun de leur côté ?

« Ruines » est donc un roman graphique assez plaisant et évidemment très personnel comme la plupart des productions du genre. Alternant entre une description authentique et détaillée du quotidien dans une ville mexicaine et les questionnements d’un couple sur le sens de la vie (notamment à deux). Le récit est lent et assez digressif, mais l’intrigue reste claire dans son ensemble et parvient à susciter intérêt et fascination chez le lecteur. Un prix Will Eisner plutôt mérité malgré mes réserves exprimées au début.

Nom série  We are the 90's  posté le 19/12/2016 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 3/5 (Pas mal)
Les ouvrages collectifs au goût de madeleine de Proust sont souvent un moyen pour les maisons d’édition de doper leurs ventes. De même, cela représente pour les auteurs y participant une manière de se faire connaître à peu de frais. Il faudra alors qu’ils mettent tout le paquet pour qu’on se rappelle d’eux, car souvent l’histoire est trop courte pour marquer réellement les esprits des lecteurs. Souvent ce type de production, dont la vocation peu avouable est davantage mercantile qu’artistique, est inégale et rejoint après quelques semaines les bacs à soldes des libraires.

Dans le cas de « We are the 90’s », l’unité est à chercher uniquement du côté graphique, car les références musicales y sont assez hétérogènes, allant de la variété française au grunge, en passant par la pop anglaise ou le rap. Tous les auteurs font partie de la même génération et possèdent une sorte de patte « bloguesque », leur dessin étant caractérisé par un minimalisme plus ou moins marqué, dû peut-être à la rapidité d’exécution requise pour une diffusion en ligne. Cet esprit nineties est quant à lui très en phase avec son époque. Moins virulentes que la décennie précédente, les « eighties », qui prônaient un certain kitch cafardeux aux relents punks, se refermaient par la chute du Mur de Berlin. Les années 90 avaient le champ libre ! Gloire au pognon, à l’individualisme et à la « positive attitude »… avec un peu d’« esprit Canal » tout de même ! Plus que jamais, les ados de l’époque revendiquaient sans complexe leur amour de la télé, de la pub et des marques. Mais comme ils n’étaient pas complètement idiots, ils n’oubliaient pas de faire preuve d’autodérision…

Il faut bien le dire, l’objet dégage quelque chose de très frais, ou devrais-je dire « fresh » ! On sourit plus qu’on ne rit (à ce titre, mention spéciale à l’anecdote sur Francky Vincent, particulièrement drôle), on porte un regard empreint de tendresse vis-à-vis des premières amours décrites. Outre les tubes de l’époque, on y parle de fringues, de pubs, de jeux vidéo, de films et de séries diffusées sur une télévision française qui ne comptait alors que 6 chaînes ! On y trouve quelques « private jokes » et d’autres allusions qui demandent une solide connaissance télévisuelle, lesquelles échapperont peut-être à ceux qui n’étaient déjà plus ados dans ces années-là. Mais ces derniers auront avec cet ouvrage le loisir de parfaire leur compréhension des leurs cadets « passés de l’autre côté du mur ». L’ensemble est loin d’être indispensable mais reste divertissant, et inutile de le préciser, constitue une bonne idée cadeau…

Nom série  La Petite Mort(e)  posté le 17/12/2016 Modifier cet avis Achat conseillé ? Non
Note Note: 2/5 (Bof, sans plus)
Difficile de résumer quelque chose qui n’est pas résumable… En fait, cet ouvrage est de l’ordre de l’indescriptible. Avec La Petite Mort, Davy Mourier avait réussi à produire quelque chose d’original sur le plan graphique, avec un humour noir très particulier qui faisait mouche pour peu que l’on rentre dans son univers de geek corrosif.

Était-ce une bonne idée de prolonger la trilogie avec cette Petite Morte, progéniture féminine de la Petite Mort ? Pas sûr, et pas sûr non plus que la fifille en soit la digne héritière. Bien sûr cet album n’est pas une suite, si ce n’est qu’il reprend certains personnages. On y retrouve le même format, sans les strips et avec plus de narration, avec toujours des inserts de fausses pubs, mais entretemps il s’est passé quelque chose d’étrange, d’inexplicable, qui semble avoir complètement dénaturé l’esprit de la trilogie. Serait-ce dû à un manque de préparation ou d’inspiration ? Un peu des deux sans doute…

Non seulement l’histoire est décousue, mais elle intègre des éléments « sérieux » voire tragiques, du moins dont il est difficile d’en rire - en l’occurrence la violence conjugale -, mais les gags sont devenus ici comme mécaniques, aucunement drôles, avec des calembours dignes d’une cour de récré. Du coup, il y a des chances pour que le lecteur reste perplexe et se demande si cette « excroissance » bizarre de La Petite Mort a vraiment été conçue pour faire rire. A moins qu’il ne s’agisse tout simplement d’un suicide éditorial, ce qui à la limite paraîtrait compréhensible vu le thème abordé… La série-mère était caractérisée par un humour déjà très décalé qui pouvait passer pour hermétique aux yeux de certains, mais « La Petite Mort(e) », elle, opère un nouveau décalage qui rend l’objet… sans objet. Une mortelle déception.

Nom série  Les Effroyables missions de Margo Maloo  posté le 13/12/2016 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Elle est vraiment formidable, cette petite BD jeunesse qui pourtant ne paye pas trop de mine au premier abord ! Découpée en trois histoires, elle nous emmène à la découverte de ces monstres, trolls et autres fantômes que personne n’a jamais vus mais qui existent bel et bien, et pas que dans l’imagination des enfants ! Normal, attachés à leur tranquillité, ils se terrent dans les endroits à l’abandon et préfèrent éviter tout contact avec les humains. Charles va ainsi pouvoir réaliser son rêve d’être reporter en accompagnant Margo Maloo, une fillette dont le talent est de savoir repérer ces créatures et parlementer avec elles pour éviter qu’elles ne se fâchent tout rouge, car bien sûr elles peuvent devenir très susceptibles dès qu’on empiète sur leur territoire et qu’on touche à leurs affaires !

Auteur d’En Mer (Editions Ça et Là), un roman graphique très bien accueilli à sa sortie en 2011, l'Américain Drew Weing réalise également des illustrations pour des magazines jeunesse. Il s’agit là du premier tome d’une série dont la suite est attendue l’an prochain, et on ne peut que s’en réjouir. Bien campés, les personnages se révèlent vite attachants et on peut avoir très envie de les revoir. Les parents de Charles, bobos pur jus mais aussi pragmatiques, Charles lui-même, garçonnet potelé et curieux, bien décidé à affronter sa peur des monstres, et bien sûr la jeune et mystérieuse Margo Maloo. Quant aux monstres, si « effrayants » soient-ils par leur aspect, lls ne le restent jamais longtemps face à Margo, ils en deviendraient même plutôt sympathiques voire risibles…

La synergie entre dialogues et dessin fonctionne à plein pour produire un effet comique assez irrésistible, par exemple quand le troll, après avoir exprimé sa colère vis-à-vis de Charles, réalise que son « repas potentiel » collectionne également les « soldanimos ». S’ensuit un échange assez croustillant qui vient dédramatiser une situation des plus tendues… Les rondeurs du trait spontané confèrent un côté à la fois drôle et avenant. Et il n’est pas du tout impossible que l’ouvrage permette aux enfants de maîtriser leur peur du noir.

Un vrai coup de cœur pour cette nouvelle série, qui sans aucun doute devrait trouver sa place auprès du jeune public grâce à ses nombreuses qualités. L’auteur ne prend pas les enfants pour des crétins et cela se voit. Pleines de fraîcheur, d’humour et d’intelligence, avec une chouette atmosphère, ces « effroyables missions » sont largement recommandables, notamment pour les parents en panne d’idées BD pour leur progéniture à l’approche des fêtes. Le seul risque, c’est que ces derniers, si tant est qu’il leur prenait l’idée de lire les premières pages, pourraient bien y prendre goût et garder l’album pour eux…

Nom série  Le Maître des tapis  posté le 08/12/2016 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 3/5 (Pas mal)
Pour les fêtes de Noël, les éditions Delcourt ont fait les choses en grand avec ce joli conte fantastique pour enfants (« pour les filles et les garçons »). Bénéficiant d’un grand format et d’un magnifique tirage avec incrustation dorée, l’album fait littéralement rêver, avec en outre une couverture qui résume bien l’histoire : deux jeunes amants sur un tapis volant tentent d’échapper à d’affreux soldats dans les neiges de Russie… Et à la fin du livre, un cadeau bonux (expression impossible à comprendre pour les moins de vingt ans) : un pop-up à construire ! Tout ce qu’il faut donc pour séduire le jeune public.

Quant à Alexis Nesme, il semble aussi doué pour le dessin que pour la mise en couleur, jouant superbement avec les ombres nocturnes, les rayons de lumière, et les ambiances villageoises neigeuses où brille la douce chaleur du foyer. Et le grand format décuple le plaisir qu’on ressent à admirer les planches. Inévitablement, on pense à « L’Autre monde », de Florence Magnin, un classique du neuvième art, et destiné aux enfants de 7 à 77 ans celui-là...

L’originalité de l’histoire réside dans le croisement de deux mondes, comme si celui des « Mille et une nuits » avait été transposé dans la Russie du XIXe siècle. De plus, l’architecture byzantine qui caractérise certains édifices joue à merveille le rôle de trait d’union entre les deux cultures russe et arabe. Le scénario d’Olivier Bleys est toutefois un peu léger, et hormis peut-être une maison en feu et un « tapis sauveur », on ne trouve rien qui marque vraiment les esprits. L’autre léger bémol serait à chercher du côté des personnages, qui n’ont pas suffisamment de consistance pour que l’on s’y attache. A moins que ce ne soit l’ensemble, presque trop léché, qui ne donne cette impression. Mais on est littéralement émerveillé devant le dessin, et ce n'est déjà pas si mal.

Nom série  Dans les pins - 5 ballades meurtrières  posté le 05/12/2016 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 3/5 (Pas mal)
Paru en début d’année, l’ouvrage est signé d’Erik Kriek, auteur néerlandais qui mérite sans aucune doute de se faire un nom hors des terres bataves. Et les Editions Actes Sud ne s’y sont pas trompées en le publiant pour la deuxième fois, après un recueil d’adaptations de nouvelles de H.P. Lovecraft en 2012, L'invisible et autres contes fantastiques. Car il semblerait que Monsieur Kriek ait un faible pour les contes noirs…

Et la couverture, très réussie, annonce bien la couleur avec ce corbeau qui semble croasser les prédictions les plus sombres à l’adresse des victimes dont il sait qu’il va bientôt se repaître. Librement inspirées des classiques du folk d’outre-Atlantique, ces ballades issues de faits divers sanglants paraissent sans nul doute plus glauques en images qu’en musique, d’autant que le trait particulier d’Eric Kriek, renforcé par une bichromie de bon aloi, contient toute la noirceur appropriée. Jouant habilement avec les contrastes noir et blanc, son trait gras et expressif emprunte beaucoup aux comics US, restituant très bien l’angoisse ou la démence dans les visages mangés par les ombres. Visuellement, c’est impressionnant de maîtrise technique, tout comme le cadrage savamment étudié.

Je n’irais pas jusqu’à dire que les scénarios de ces cinq nouvelles sont époustouflants, mais dans la mesure où ils sont inspirés de chansons ultra-connues chez l’Oncle Sam, la vraie gageure résidait dans la capacité de l’auteur à transformer ces chansons en véritables histoires, et à ce niveau on peut dire que le contrat est rempli.

Nom série  La Bande à Renaud  posté le 05/12/2016 Modifier cet avis Achat conseillé ? Non
Note Note: 3/5 (Pas mal)
Le moins qu’on puisse dire, c’est que Renaud semble être une source d’inspiration pour le neuvième art. Si les textes du chanteur passent si bien l’épreuve de la mise en images, ce n’est peut-être pas par hasard quand on sait que ce dernier est un grand collectionneur de bandes dessinées. A l’évidence, les plus humoristiques comme « Laisse béton », « le Retour de la Pépette » (qui de mieux que Margerin pour l’illustrer ?) ou encore « Les aventures de Gérard Lambert » (accord parfait avec l’esprit déjanté de Boucq) sont une aubaine pour une adaptation BD. Mais comme Renaud a plusieurs facettes et sait se montrer aussi tendre que révolté (quoique moins vers la fin…), cela se retrouve dans l’aspect graphique très diversifié de l’objet. Entre d’un côté un Yslaire aux influences picturales et de l’autre Dodo & Ben Radis et leur bestiaire punkoïde, il y a autant de différence qu’entre le baroque et le pop-art en peinture.

Pour le reste, si ce côté hétérogène peut correspondre à l’univers du « chanteur engagé », il comporte les défauts de ses qualités, avec un niveau inégal dans la narration. Selon moi, la BD d’une manière générale supporte mal le format court (à l’exception des gags) qui tend à laisser le lecteur sur sa faim. Par ailleurs, malgré leur talent et leur sincérité vis-à-vis de Renaud, certains auteurs semblent avoir manqué d’inspiration, et les histoires censées être drôles ne le sont pas forcément. Certes, la lecture n’est pas déplaisante du tout, néanmoins cet album est loin d’être incontournable. Mais pour quiconque est en panne d’idée pour les fêtes, il constituera le cadeau idéal à faire à un proche et fan du chanteur.

Nom série  Rituels  posté le 04/12/2016 Modifier cet avis Achat conseillé ? Non
Note Note: 3/5 (Pas mal)
Après deux productions qui l’ont brillamment révélé depuis 2013, Cendres et en particulier Murderabilia l’an dernier, Álvaro Ortiz était attendu au tournant. Le jeune auteur espagnol savait allier un graphisme original à un sens accompli de la narration. Avec ce « Rituels » doté d’une couverture évoquant des pratiques ésotériques et tribales (avec divers objets funéraires et/ou phalliques, notamment une statuette à la virilité prodigieuse), le lecteur ne pouvait être qu’intrigué…

Le récit commence avec l’installation de deux jeunes gens au dernier étage d’un immeuble barcelonais. Le mystère va rapidement entrer en action quand ils réaliseront que l’appartement du dessous n’est ni habité ni même visité par son locataire, qui s’en sert pour stocker des antiquités. Leur histoire servira de fil conducteur tout au long du livre, entrecoupé de mystérieux faits divers se déroulant dans différents pays et à d’autres époques, sans lien apparent avec la narration principale, si ce n’est la statuette ithyphallique… Il y aura même une évocation du Caravage, qui semblait avoir connaissance de l’objet fétiche ! Un drôle de puzzle où le lecteur devra mettre en action tous ses neurones disponibles pour tenter de rassembler les pièces (ou pas)…

Si le dessin, qui permet de retrouver ce style si particulier caractérisé notamment par ces « micro-cases » - marque de fabrique de l’auteur - ne déçoit aucunement, il n’en va pas de même pour le scénario. Álvaro Ortiz aurait-il surestimé sa capacité de conteur ? On retrouve bien ici son univers si particulier avec cette tonalité littéraire qui fait tout son charme, mais la narration souffre hélas de ce format « histoires dans l’histoire ». On saisit parfaitement le lien avec cette statuette maudite, mais au fil de pages, le doute s’installe alors que chaque chapitre ne fait que complexifier la chose, sans que l’on puisse vraiment comprendre le pourquoi du comment. Du coup l’intérêt pour la lecture s’en trouve grandement atténué. Jusqu’à cette fin sibylline qui ne fait qu’élargir le fossé d’incompréhension. On lui pardonnera volontiers ce qui ne peut être qu’un faux pas, car il est certain que ce monsieur a encore des choses à dire…

Nom série  Satanie (Voyage en Satanie)  posté le 01/12/2016 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Et dire que cette bande dessinée aurait dû s’arrêter au premier tome paru en 2011 ! Par un « miracle diabolique », selon les propres termes de Fabien Vehlmann, la directrice de la collection « Métamorphoses », chez Soleil, fan du travail des Kerascoët, a eu la bonne idée de racheter les droits du tome 1 à Dargaud, permettant aux auteurs de publier le deuxième partie de leur histoire dans cette intégrale. Et on ne peut que s’en réjouir, tant le projet est une réussite, qui est plus est présenté dans une fort belle édition. Représentant une minuscule Charlotte (l’héroïne de l’histoire, rousse évidemment) reposant au milieu d’un enchevêtrement de lianes et de branches, épiée par des créatures démoniaques, la couverture d’un rouge ardent est somptueuse, rehaussée avec un lettrage doré.

Par son étrangeté et sa folie, « Satanie » rappelle le faussement enfantin et sulfureux Jolies ténèbres, autre projet de Vehlmann et du couple de dessinateurs Kerascoët, publié en 2009 chez Dupuis. C’est une longue descente aux enfers vers laquelle ces derniers nous entraînent, mais à notre corps bien peu défendant, car cet enfer auquel croyait le frère disparu de Charlotte, on rêve de voir à quoi il pourrait ressembler selon la vision des auteurs. Avec quelques longueurs dans la première partie – vite oubliées en raison de la fascination ressentie -, cette aventure, qui commence comme un récit de Jules Verne, évolue vers un délire dantesque dont le cadre est un univers souterrain grouillant d’une vie frénétique et menaçante, où tous les repères terrestres, physiques et moraux, ont disparu, sorte d’huis-clos sous acide où les protagonistes sont confrontés à leurs névroses. Un monde mouvant, instable, peuplé de créatures agressives, truffé de pièges organiques, où la menace omniprésente contraint à la fuite permanente. Non décidément, la Satanie n’a rien d’un paradis reposant, et pourtant… rien ne dit qu’il n’est pas possible d’y trouver l’extase…

C’est donc une aventure pleine de surprises, autant sur le plan du scénario que du dessin, que nous offrent le trio infernal. Et avec Kerascoët, ce n’est pas le trait, plutôt mal fagoté, qui impressionne, mais le graphisme d’une créativité débridée. Comme si décidément le thème de l’enfer et l’odeur de souffre les inspiraient, ces derniers se sont véritablement surpassés pour créer de toute pièce cette Satanie fantasmagorique et inquiétante, paradoxalement très vivante dans ces profondeurs supposées obscures. De la même façon, les couleurs explosent dans tous les sens, avec bien sûr une dominante de rouge à l’image de la couverture. Le résultat est convaincant quand bien même certaines planches ont un aspect bariolé qui peut piquer l’œil, mais d’autres sont carrément prodigieuses.

Sous couvert de l’aventure, la réflexion est bien présente, avec une description de l’enfer qui pourrait servir de guide de survie à nous autres humains, confrontés à un autre enfer, bien plus familier : celui que nous expérimentons en surface, créé par nos congénères, ou bien allez savoir, par nous-mêmes… L’humour affleure sans être la préoccupation principale des auteurs, mais il estampille la conclusion de l’histoire dans cette fin inversée assez inattendue, dont évidemment je ne pourrai rien dire ici. Une des meilleures BD de l’année et une autre très bonne idée-cadeau pour vos proches bédéphiles à l’approche des fêtes, car cet enfer-là, il faut le dire, ne s’offre qu’avec bienveillance.

Nom série  La Déconfiture  posté le 26/11/2016 Modifier cet avis Achat conseillé ? Non
Note Note: 3/5 (Pas mal)
A la fois dessinateur et scénariste (pour les autres ou pour lui-même), l’auteur d’ « Ibiscus » et des « Petits ruisseaux » fait ici cavalier seul. On suit le personnage de Videgrain, un bidasse français qui tente de sauver sa peau au milieu du chaos généralisé, qui voit soldats et civils se croiser sur la route de la débâche. Les militaires ont pour seule tâche, entre deux parties de cartes, d’enterrer les cadavres victimes des bombardements, sous les braillements d’un supérieur grotesque. Malgré cela, la vie continue, l’ennui s’installe et les hommes finissent par s’habituer à un quotidien où la mort est omniprésente, comme dans un gigantesque pique-nique forcé, miroir macabre des congés payés apparus quelques années plus tôt dans une France qui croyait alors au progrès social. Pascal Rabaté a choisi de traiter son récit sous l'angle de l’humour, avec des scènes où le burlesque amène parfois un peu de légèreté dans ces instants terribles.

Le dessin noir et blanc s’inscrit dans un style à la fois réaliste et minimaliste. Visant l’essentiel, Rabaté sait parfaitement croquer les attitudes et les caractères de ses personnages même si on peut parfois regretter qu’un trait assez relâché empêche une identification aisée, car la plupart, bien qu’anecdotiques, sont assez nombreux dans l’histoire. Rabaté recourt souvent à des styles différents, réussi avec « Ibicus » et sa technique au lavis, acerbe et proche de la caricature avec ses premières œuvres, mais parfois peu engageant esthétiquement comme ici. Très libre dans ses choix graphiques, Rabaté se fiche bien de faire joli, car il sait que quand on est talentueux, on peut se permettre d’être un brin paresseux.

Au final, cette première partie ne parvient pas vraiment à convaincre, comme si elle semblait contaminée par l’ennui et l’indolence propre au contexte du récit. La lecture reste fluide, mais une certaine nonchalance caractérisant la narration aussi bien que le dessin décourage toute implication véritable de la part du lecteur. Du coup, on reste déçu car on était en droit d’en attendre plus de la part d’un auteur comme Rabaté. Reste à voir si ce dernier redressera la barre avec la deuxième partie.

Nom série  Otto, l'homme réécrit  posté le 24/11/2016 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 5/5 (Culte !)
A chacune de ses publications, Marc-Antoine Mathieu réussit à surprendre. Cet ouvrage ne déroge pas à la règle et nous interroge encore une fois, de façon ludique et magistrale, sur le sens de la vie. Une pierre de plus à l’édifice admirable, tout en cohérence, d’un auteur unique dans le paysage du neuvième art. Et comme pierre, celle-ci est de taille… voire très précieuse…

Avec « Otto, l’homme réécrit », Marc-Antoine Mathieu nous entraîne dans de drôles de vertiges métaphysiques, sans doute plus encore qu’à l’accoutumée. Et comme on sait que le maître de la BD expérimentale ne laisse rien au hasard, et que pour lui le dessin est un langage au même titre que l’écriture, chaque détail aura son importance. Tout d’abord l’objet, dont la couverture représente un arbre (symbole fort) dont les branches représentent une silhouette humaine, le tout livré dans un fourreau censé attiser l’impatience, le désir, procurant la sensation d’avoir affaire à quelque chose d’extraordinaire. Ne serait-ce que par la composition symétrique de l’histoire - parfaitement adaptée au format à l’italienne -, à l’instar du titre-palindrome, car le miroir y joue le rôle de gimmick, miroir dont la symbolique est exploitée ici à l’infini. Cet infini, autre thématique dominante du livre, dont le symbole est lui-même un huit couché, graphiquement symétrique et renvoyant au prénom « Otto » qui en italien veut dire huit…

Otto Spiegel (le terme allemand « Spiegel » signifiant « miroir »), l’artiste qui à partir de sa performance consistant à fracasser un miroir sur le sol, va lui-même se décomposer en milliers d’éclats et ainsi introduire en son âme un vide psychique, un acte fort qui sera le point de départ d’une « réécriture » de lui-même, une introspection très particulière basée sur une expérience scientifique voulue par ses parents : enregistrer et consigner chaque instant des sept premières années de la vie de leur fils à son insu. Otto va ainsi (re-)découvrir que de petits instants en apparence anodins auront eu une répercussion décisive sur sa vie, et comment lui-même s’est construit sur l’oubli… Vertige identitaire d’un moi qui échappe à son « propriétaire ».

Cette œuvre fascinante, qu’on peut légitimement qualifier d’ « œuvre-miroir », est si puissante qu’inévitablement elle projette son infinité de reflets sur le lecteur tel un appel à une quête intérieure. A l’exception peut-être de ceux qui se fuient eux-mêmes, qui n’a jamais eu envie de savoir comment il s’est construit ? Pourquoi sommes-nous tels que nous sommes et pas autrement, qu’est-ce qui constitue notre être intime, et pourquoi nous échappe-t-il la plupart du temps ? Comment s’expliquent nos phobies, nos angoisses, nos obsessions et nos émotions ? Pourquoi certains adorent une couleur que d’autres vont détester ? Pourquoi d’autres préféreront la montagne à la mer ? Dans quelle mesure enfin sommes-nous conscients des principes qui président notre destinée ? Avec en filigrane ces questions qui taraudent l’humanité depuis toujours, « qui sommes-nous, d’où venons-nous, où allons-nous ? », que l’arbre de la couverture illustre parfaitement. L’auteur interroge plus qu’il ne fournit de réponses toutes faites, mais il nous donne des pistes tout en rappelant que notre machinerie interne extrêmement complexe restera sans doute toujours hors du scope de la compréhension humaine.

D’une portée métaphysique très puissante, ce récit synthétise admirablement toute l’œuvre de Marc-Antoine Mathieu en alliant réflexion philosophico-scientifique et jeu de pistes singulier, aussi captivant qu’étourdissant dans ses allers et retours entre l’infiniment petit et l’infiniment grand, avec quelques détours par la physique quantique, nous ramenant à notre propre insignifiance. Avec toujours cette ligne claire au noir et blanc ying yanguesque, pour mieux viser à l’essentiel tout en traitant d’un sujet à tiroirs, où les formes dialoguent avec les dimensions dans un long travelling ininterrompu. Simplicité et complexité réunie dans un ouvrage fluide et d’une rare richesse, tant par le stimulus intellectuel qu’il procure que par ses innombrables éléments graphiques, toujours signifiants. « « Otto, l’homme réécrit» est le « jeu du je », un jeu comme la vie peut l’être, rejouable « à l’infini », doublé d’une invitation à l’éveil de soi-même (Otto est aussi l’homonyme d’ « auto »), et peut-être vers les autres. Un chef d’œuvre dont le seul défaut est d’être trop court, car forcément on en redemande…

Nom série  La Forêt des renards pendus  posté le 16/11/2016 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Seuls ceux qui ont lu le roman de l’écrivain finlandais Arto Paasilinna pourront dire si cette adaptation est fidèle, meilleure ou moins bien que l’original. Pour moi qui ne connaissais pas cet auteur, j’ai trouvé cette lecture très plaisante. Nicolas Dumontheuil semble être au moins parvenu à restituer « l’humour doux-amer et burlesque » présent dans les récits de Paasilinna, également caractérisés par « une bonne humeur et une jovialité inhabituelles », selon les informations glanées sur le web. Quant aux personnages, ils sont « singuliers », c’est le moins qu’on puisse dire. Recette éprouvée, la rencontre d’êtres complètement opposés (une vieille Lapone nonagénaire entre autres va cohabiter avec le gangster oisif et le major bourrin) provoque quelques fou-rires contenus, car en effet, on ne rit pas à s’en décrocher les mâchoires tant cela est étrange (et à vrai dire peu crédible), au point d’en être fascinant… mais cela fonctionne, et aux adjectifs mentionnés plus haut, j’ajouterais paradoxalement le charme lié à une certaine candeur qui met un peu d’huile au milieu de ces « grincements ».

Le dessin y est peut-être aussi pour quelque chose. Est-ce ce côté cartoonesque dû à l’aspect des personnages, affublés d’yeux ronds très expressifs ? Est-ce dû à cette ligne claire vaguement hergéenne et ces petits emprunts graphiques au créateur de « Tintin et Milou » ? A un scénario simple mais parsemé de coups de théâtre cocasses, l’auteur de Qui a tué l'idiot ? accorde parfaitement ses pinceaux. A bien des égards, tant sur la forme que le fond , l’histoire évoque les Racontars de Jorn Riel, écrivain danois dont les écrits ont également été adaptés en bande dessinée, ce qui laisserait penser qu’il existe un humour scandinave, à la fois noir et burlesque…

Voilà donc à l’approche de l’hiver une bonne histoire que l’on pourrait qualifier de « thriller jovial », sans prise de tête, et bénéficiant d’une plaisante atmosphère - forestière et neigeuse –, qui donne envie de la déguster bien au chaud sous la couette. Une lecture conseillée et une BD à offrir ce Noël.

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