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... a posté 215 avis et 84 séries (Note moyenne: 3.17)

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Nom série  Shelton et Felter  posté le 14/09/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 3/5 (Pas mal)
J'aime bien le travail de Lamontagne. Dans cette nouvelle série, il nous offre une histoire d'un immense classicisme, mais que sa maîtrise du dessin et du découpage narratif rendent plutôt bien troussée.

Il inscrit son récit autour de la « grande inondation de mélasse de Boston », événement aussi absurde que tragique, déjà évoqué par Denis Lehane dans Un pays à l'aube . Mais ce n'est finalement qu'un contexte autour duquel il bâtit un récit policier en forme de whodunit que n'aurait pas renié Agatha Christie (d'ailleurs, la trame du récit rappelle furieusement une enquête d'Hercule Poirot). Lehane avait choisi de donner une dimension plus noire et sociale à l'ambiance du Boston des années 1920, je préférais…
Les deux personnages, aux caractères et aux physiques opposés, relèvent aussi du ressort scénaristique classique. Sympas mais ni très originaux, ni follement attachants…
Le dessin est propre, net, précis. Mais il ne rend guère compte de la crasse et de la misère qui caractérisent un port et une cité industrielle comme Boston au cours des années 1920…

En somme, c'est un album policier fort honnêtement construit. Il ne soulève pas chez moi un enthousiasme démesuré, mais je ne boude pas mon plaisir ; sa lecture m'a diverti. De là à attendre la prochaine enquête avec impatience…
Disons que je préfère les histoires fantastiques que Lamontagne illustre dans Aspic Détectives de l'étrange.

Nom série  Histoires de Bretagne  posté le 21/08/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Non
Note Note: 3/5 (Pas mal)
J'ai lu l'intégrale en deux tomes des Histoires de Bretagne et j'en retire un sentiment mitigé…

L'ensemble, plus ou moins inspiré des récits du conteur folkloriste Anatole Le Braz, prend place dans la Bretagne de la fin du XIXe, bien avant le tourisme balnéaire, l'industrie porcine, les voies rapides et l'École publique. La Région est alors peuplée d'une multitude de ploucs confis de bondieuseries et de superstitions, passant le plus clair de leur existence à tirer leur pitance d'une terre ingrate ou d'une mer perfide…
C'est dans ce cadre éminemment pittoresque que les différents auteurs situent leurs histoires, en forme de faits divers, d’anecdotes villageoises et de contes morbides. Pas inintéressants, assez bien racontés, pas vraiment inoubliables non plus. Peut-être qu'un conteur habile, au coin du feu, par un soir de tempête, pourrait les rendre vivants. Mais on en est malheureusement rendus depuis fort longtemps à l'ère de la télévision et ces historiettes paraissent finalement bien fades, avec des personnages confondants de naïveté dans leurs rôles respectifs et désespérément dénués de charisme.

Quant aux dessins… rien à dire, les auteurs changent mais gardent une certaine unité de ton. On est un peu dans la carte postale : landes désertes, rivages venteux, mer démontée, jolies demeures… La mise en couleur utilise bien les palettes de Photoshop… Propre et net, mais sans âme.

Ces Histoires de Bretagne n'ont donc rien de rebutant, loin s'en faut, mais elles ne justifient pas non plus que l'on s'y arrête trop longtemps.
Les amoureux du folklore celtico-bretonnant y trouveront peut-être leur compte.

Nom série  Tueurs de mamans  posté le 02/07/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 3/5 (Pas mal)
C'est l'histoire du club des cinq pétasses qui grandissent trop vite, en conflit avec leurs profs et leurs mères respectives, lesquelles ont la lourde tâche de les élever sans père. Comme elles sont immatures, cruelles et un brin caractérielles (en résumé : des adolescentes), elles ont fondé une société secrète et en veulent au monde entier.
Quand un site internet se propose de venger leurs petites humiliations, elles n'hésitent pas longtemps… Elles ont tort et vont vite grandir en découvrant que certains désirs ne devraient jamais devenir des réalités.

On recycle Les Disparus de Saint-Agil, on remplace les garçons par des filles faussement délurées, on ajoute les réseaux sociaux et un psychopathe, on saupoudre de thématiques actuelles (les mères célibataires, le handicap, l'homosexualité, l'islamisme…) et voilà une histoire moderne digne de Plus Belle la Vie !
Mais, ô surprise, les auteurs prennent le lecteur dans leurs rets et l'entraînent inexorablement dans les péripéties d'un récit beaucoup moins stéréotypé qu'il n'y paraît.

Car la bonne surprise, c'est que l'univers un peu niais des ados cède la place à un ton un peu surréaliste (le méchant insaisissable bien qu'il agisse au grand jour dans un costume ridicule, l'improbable cachette secrète inconnue des adultes dans un collège privé…) et surtout que la violence, même suggérée, s'invite sans complaisance dans le récit gentillet.
Au final, derrière l'histoire pour pré-adolescents et le dessin tout rond, on se dirige vers une fin à la Seven, brutale et sans concession.

Les deux Benoît nous bluffent. Le talent de Zidrou en tant que scénariste n'est plus à démontrer ; même s'il s'adresse à un jeune public, il sait leur conter des histoires qui les font grandir. Quant à Benoît Ers, il a déjà commis, avec son compère Dugomier, plusieurs séries dont le propos évite intelligemment la mièvrerie : Les Démons d'Alexia, Hell School et Les Enfants de la Résistance ont ceci en commun qu'il ne prennent pas les plus jeunes pour de mignons bambins qui doivent être préservés de la sauvagerie du monde des adultes.
J'aime bien le travail de ces auteurs. La série n'est pas leur meilleur travail selon moi, mais elle mérite le détour. Elle semble en stand by, cependant, si Tueurs de mamans doit se poursuivre en tant que série (ce qui n'est pas indispensable, car la fin « ouverte » de ce diptyque ne me dérange pas), j'en lirai la suite avec plaisir.

Nom série  Zorglub  posté le 02/07/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Non
Note Note: 3/5 (Pas mal)
À l'origine, Zorglub était une caricature de savant fou, toujours en quête d'un plan absurde et farfelu pour flatter sa mégalomanie. Plus irresponsable que vraiment méchant, il incarnait la morgue des puissants de ce monde. Et c'est avec jubilation que l'on voyait ses desseins sombrer dans le ridicule et virer à la catastrophe.
Il permettait à Franquin d'exprimer avec humour sa haine des dictateurs, du militarisme et du totalitarisme. Pas si évident dans un magazine aussi bien pensant et respectueux de l'ordre établi que le Spirou de l'époque de Monsieur Dupuis.

En faire le héros d'une série à part entière répond à la mode actuelle du spin-off, qui conduit les auteurs à palier leur manque d'inspiration en brodant autour des personnages secondaires des séries à succès. Parfois, ça marche et l'on y gagne de grands albums, comme en témoignent certains épisodes de XIII mystery ou le génial Choc de Colman et Maltaite. Souvent, comme dans le cas présent, ça sent surtout l'opération commerciale.

Voici donc notre Zorglub affublé d'une adolescente en quête d'autonomie, obligé de jouer les papas inquiets et protecteurs… Je ne veux pas faire de l'anti-jeunisme, mais ce n'est pas sur ce registre que j'attendais le personnage.

Comme le soulignent mes camarades Ro et Spooky, la série s'adresse d'abord à des ados qui n'ont pas forcément grandi avec les vieux épisodes de Spirou et Fantasio.
Munuera travaille très bien dans son style. C'est bourré de décors futuristes, d'engins de science-fiction ; ça explose, ça virevolte, ça cavale en tout sens ; l'histoire est simple et linéaire, la psychologie des personnages peu fouillée… C'est sans surprise, ce n'est pas très drôle… Bref, je suppose que le cœur de cible devrait être comblé, mais pour moi, c'est un peu du manga de luxe.

En somme, même s'il est fabriqué avec une incontestable maîtrise, ce premier album ne me laissera pas un souvenir impérissable. On est très loin du rythme et de la loufoquerie de Z comme Zorglub et de L'Ombre du Z.
La période durant laquelle Munuera a sévi sur la série-mère n'est déjà pas la meilleure, et je pense qu'il a assez de talent pour vendre des albums sans chercher à recycler des personnages que d'autres ont porté à de tels sommets.
À mon sens, il ferait mieux de terminer Les Campbell

Nom série  The Shadow Hero  posté le 14/06/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
En 1944, en plein “âge d'or” des comics et durant la Seconde Guerre mondiale, un certain Chu Hing créa un éphémère personnage de super-héros appelé La Tortue Verte.
Ce héros ne vécut que le temps de cinq aventures avant de disparaître. Mais il présentait la double originalité d'agir aux côtés des Chinois en lutte contre l'envahisseur nippon, et aussi d'être (probablement) le premier super-héros chinois. Probablement, car l'auteur se garda soigneusement de dévoiler son visage et ses origines…
La première aventure de cette Tortue Verte de 1944 est reproduite en fin de l'album et on comprend un peu pourquoi la série est tombée dans l'oubli, tant elle aligne les poncifs et les facilités des comics de guerre, censés délivrer un message patriotique et dénigrer l'ennemi japonais : le héros et ses amis sont courageux et nobles, leurs ennemis fourbes et cruels, les rebondissements téléphonés…

Toujours est-il que 70 ans plus tard, Gene Yang, lui même descendant d'immigrés chinois, a redécouvert le personnage et a décidé de le faire revivre en lui donnant un visage, une identité et un passé.
Dans cette mini-série, nous assistons à la naissance du super héros connu sous le nom de « la Tortue Verte », sobriquet un peu ridicule et loin d'inspirer la terreur, reconnaissons-le. Ce détail donne le ton. Tout en restant fidèle aux éléments de la série d'origine, le scénariste instille une solide dose d'humour qui donne à son récit un ton léger et résolument moderne.
Comment un jeune homme normal (sauf que sa peau devient rose et fluorescente quand elle est mouillée) choisi-t-il de se promener dans Chinatown vêtu d'un slip et couvert d'un cape sur laquelle figure une tortue ? Dans les Watchmen, Alan Moore nous explique que les encapés en collants sont des individus frustrés, psychopathes, à l'égo surdimensionné… Yang a une réponse tout aussi freudienne : si le jeune Hank devient un super héros, c'est parce que sa mère a décidé qu'il en serait un et qu'elle est particulièrement têtue !
Ses débuts sont hésitants et il multiplie des déboires dignes d'un Kick-Ass, d'autant plus que le zèle maternel lui cause autant de torts que les méchants qu'il est censé combattre. C'est avec beaucoup de dérision que l'auteur transforme ce garçon falot en véritable héros. Certaines scènes sont très drôles, et je comprends pourquoi son récit lui a valu un Eisner Award en 2015.

Sonny Liew se charge du dessin. Lui aussi est d'origine asiatique, puisqu'il est né en Malaisie. Pour ce que je connais du genre, son style s'inspire de la tradition du manhua, que j'ai personnellement découvert avec la trilogie Une vie chinoise ; c'est un peu caricatural, avec des traits au pinceau qui donnent du volume aux personnages. Mais on sent aussi qu'il est tout imprégné de la culture des comics, et ses ambiances penchent aussi vers Le Spirit de la grande époque, celui d'Eisner himself.
C'est original, dynamique, souvent beau, dans un style qui réussi à se faire remarquer au milieu de la production pléthorique des récits de super héros.

Ce Shadow Hero est donc une belle découverte, qui m'a fait passer un bon moment de lecture, avec quelques tranches de franche rigolade.
Je ne pense pas qu'une suite soit prévue, mais je la suivrais volontiers.

Nom série  Duke  posté le 11/06/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Non
Note Note: 3/5 (Pas mal)
Bon je mets parce que c'est tout de même du Hermann, et que dans ses albums, il y a toujours quelques planches avec des paysages époustouflants, magistralement colorisés.
Et puis je suis un fan, pas très objectif, qui achète tous les albums d'Hermann ; c'est un peu comme avec Astérix : on ne s'attend pas à un chef d'œuvre, mais on poursuit la collec', des fois que la flamme de génie des débuts rejaillisse un jour…
Dans le cas présent, je ne pousserai pas le vice jusqu'à conseiller l'achat de Duke à un novice. L'innocent qui voudrait comprendre pourquoi Hermann a été primé à Angoulême sera assurément moins déçu s'il se plonge dans ses séries d'avant comme Les Tours de Bois-Maury, Comanche ou les premiers Jeremiah.

En somme tout l'intérêt de l'album réside dans le graphisme. Mais je souscrits à vos avis, mes chers camarades : avec le temps, le dessin d'Hermann ne s'améliore pas et ses personnages ont des trognes de plus en plus anguleuses. Pour les cow boys mal dégrossis, passe encore, mais il est vrai que les femelles, systématiquement lippues et affectées d'un groin en trompette, deviennent carrément rebutantes. Ajoutons que les faciès changeants d'une case à l'autre ne facilitent pas le suivi de l'histoire…

En même temps (comme dirait le marcheur), l'histoire… c'est du Yves H., le fiston scénariste pas doué, alors…
Tout est téléphoné là-dedans. Ce scénario, j'ai l'impression de l'avoir lu et vu mille fois : un tyran local qui exploite une population de ploucs effrayés, des nervis sadiques, un héros écœuré par l'injustice… Les fondamentaux du western, en somme. Je n'ai rien contre, c'est un genre fait de clichés et c'est ce qui fait son charme.
Sauf qu'ici, ça ne marche pas : lent, superficiel, avec des personnages sans aucun charisme… Du western crépusculaire sans génie, dans le genre de la production cinématographie italienne de la fin des années 1970, quand tous les tâcherons de la Cinecittà essayaient de faire du Sergio Leone avec une poignée de lires. On est fort loin de l'ambiance d'Il était une fois dans l'Ouest ou d'Impitoyable.

J'ai lu ce premier album sans passion. Je ne sais pas très bien ou va Hermann avec cette série… Je l'achèterai, certes, mais je n'attends pas la suite avec impatience.

Nom série  Le Travailleur de la nuit  posté le 21/05/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Des mêmes auteurs, j'avais lu Julio Popper, le dernier roi de Terre de Feu, intéressant récit inspiré de la vie d'un authentique explorateur-aventurier-utopiste du XIXe siècle. Intéressant, mais un peu frustrant, comme tout biopic dont les auteurs hésitent entre souffle romanesque et respect de la vérité historique.

Pour Le Travailleur de la nuit, Matz s'inspire derechef d'un personnage réel, Alexandre Marius Jacob, anarchiste, cambrioleur, humaniste, survivant du bagne… Il a inspiré à Maurice Leblanc son Arsène Lupin, mais la vie de Jacob est en elle-même un roman.

J'ai trouvé ce personnage très attachant. Victime de la société injuste et corrompue de la Belle Époque, dans laquelle un individu de classe inférieure ne peut que se soumettre et supporter la morgue des puissants, il essaie dès son plus jeune âge de donner un sens à sa vie. Arrivé à l'âge adulte, il choisit la voie de la « reprise individuelle » pour vivre et corriger (un peu) les injustices sociales dont il est témoin.
Intelligent et non dénué d'humour, il fonde la bande des « Travailleurs de la Nuit », qui ne s'attaque qu'aux profiteurs, refuse la violence gratuite, signe ses forfaits de petits mots signés « Attila » et distribue le produit de ses larcins. Gentil, attentionné avec ses femmes, aimant sa mère, respectant les gens du commun, il passe plus de temps au bagne qu'à jouer les Robin-des-Bois, pour finir ses jours avec un grand panache.

Servi par le dessin subtil de Léonard Chemineau, ce nouveau récit d'une vie hors du commun fait mouche. Un témoignage de l'esprit d'une époque et une belle leçon de vie, que l'on partage ou non la vision de la société du héros…

Nom série  TER  posté le 21/05/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 3/5 (Pas mal)
Visuellement, l'univers de TER est très réussi. J'aime bien les paysages parsemés de ruines et de statues étranges, les collines lunaires, l'île-village et le lagon. Christophe Dubois se montre très inspiré et les éditions Daniel Maghen nous livrent un album qui ne dépare pas dans leur catalogue.
De superbes images, servies par une mise en couleur flamboyante.

Le scénario de Rodolphe est accrocheur, sans aucun doute, mais pour l'heure, il se contente de mettre les éléments de l'intrigue en place. Un monde post-apocalyptique, une société écolo-religieuse, des rapports sociaux bien marqués, beaucoup d'interrogations sur le passé de ce restant d'humanité… C'est vrai que l'on se tient entre Aldébaran et Le Cycle de Cyann, mais – postériorité oblige – sans atteindre l'inventivité de ces deux modèles. Autant dire que ce premier album n'est pas trépidant, et j'espère que le cliffhanger qui le clôt annonce une accélération du récit.
Les éléments de l'histoire sont un peu téléphonés et les réactions des personnages assez niaises. Je sais bien qu'ils ont oublié beaucoup de leurs connaissances d’antan, mais certains sont marqués par une psychologie des plus sommaires, à l'image du géant pêcheur amoureux de la jolie pucelle qui lui préfère le bel inconnu…

En somme, j'attends la suite, en espérant qu'elle ne s'étalera pas sur 20 ans, comme Le Cycle de Cyan (1993-2014, tout de même) ou Les mondes d'Aldébaran (depuis 1994… et ce n'est pas fini). Les auteurs de TER n'ont semble-t-il pas annoncé le nombre d'albums prévus… J'admets que je supporte de plus en plus mal les séries à suivre. Pour l'œuvre de Léo, je n'achète plus que les intégrales, ce qui réduit ma frustration, mais m'oblige à une infinie patience.
Pour l'heure, je donne donc un 3,5/5, arrondi à à cette nouvelle série, en attendant de voir où elle va.

Nom série  Delilah Dirk  posté le 14/05/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Delilah Dirk nous entraîne dans une série d'aventures échevelées et trépidantes à l'aube du XIXe siècle.

Les scénarios des deux histoires, très classiques dans leur trame générale, réservent quelques belles surprises à la lecture. Sans trop en dévoiler les rebondissements, en voici la trame…
Dans Delilah Dirk et le lieutenant turc, Delilah, sorte d'Arsène Lupin international, s'évade d'Istanbul avec l'aide bien involontaire de Monsieur Selim, peu convaincant en janissaire, mais excellent maître de thé, qui devient son « compagnon de voyage ». Dans Delilah Dirk et le shilling du Roi, elle poursuit un traître du Portugal ensoleillé à l'Angleterre victorienne afin de laver son honneur.
Les histoires sont enlevées, pleines de surprises et de coups de théâtre. L'intrépide Delilah et l'affable Selim nous font voyager à travers l'Europe en de trépidants périples.

La confrontation entre la jeune femme libérée, intrépide, orgueilleuse et le brave garçon réservé, poli, rêvant de tranquillité, a déjà été exploitée, mais il faut reconnaître que l'auteur la renouvelle avec bonheur.
Delilah est une sorte d'Amazone aux exploits légendaires, maîtresse en arts martiaux et dans le combat à l'épée, qui parcourt le monde en cherchant les ennuis pour fuir l'ennui que lui imposerait sa condition d'héritière de la bonne société britannique. Monsieur Selim est gentil, poli, pacifique, et sa principale ambition est de consacrer sa vie à mélanger différentes essences de thé. Leur rencontre improbable entraîne Selim dans l'univers de Delilah, et il finit par y prendre goût, même s'il passe son temps à modérer les ardeurs guerrières et la propension à prendre de mauvais coups de sa partenaire. Les dialogues sont enjoués, les situations tantôt cocasses, tantôt émouvantes, donnent une vraie profondeur à leur relation ambigüe.
Les exploits de Delilah Dirk sont d'abord des récits d'aventures. Nos héros doivent régulièrement échapper à des hordes d'ennemis, généralement rendus agressifs par les agissements douteux de Delilah. Les scènes d'action sont mises en scène avec une précision toute cinématographique, ils se déroulent sur de nombreuses planches très dynamiques, qui mettent en valeur le talent virevoltant de notre bretteuse et la maladresse de son comparse. Le tout est saupoudré d'une solide dose d'humour, dans les dialogues, dans le détail des situations, dans les mimiques des personnages, ou dans le décalage entre la voix off et les scènes illustrées.

Ajoutons que Tony Cliff est un excellent illustrateur. Son style est semi-réaliste, soigné, au-dessus de la production anglo-saxonne habituelle. Il prend son temps pour réaliser ses albums, puisque cinq années séparent la publication de ses deux récits, à tel point que j'ai cru que le premier resterait un one-shot.
Ses personnages bougent de manière fluide, et leurs visages, parfois à la limite de la caricature, sont très expressifs. Il multiplie les cadres audacieux qui dynamisent la narration, surtout dans les longues scènes d'action, souvent muettes. Et surtout, il soigne ses décors, quitte à sublimer les paysages, ce qui les rend par moments peu réalistes sans doute, mais diablement exotiques.

Delilah Dirk est donc un ravissement pour les amateurs d'Aventure avec un grand A. Retrouvez votre âme d'enfant et plongez-vous dedans, vous ne serez pas déçus.
J'ajoute que la réédition du lieutenant turc en un gros album de format plus réduit que les deux volumes d'origine permet aux éditions Akileos de proposer la série à un prix très raisonnable, compte-tenu de la qualité de l'ensemble et des longs moments de belle lecture qu'elle promet.

Nom série  McQueen  posté le 26/04/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Je n'ai découvert cette série qu'à la parution du deuxième album, qui clôt le cycle des Trois petits singes.

Il faut reconnaître qu'au premier abord, elle m'avait semblé trop convenue. Une histoire de privé à la Bogart, un peu séducteur, un peu alcoolo… Un personnage zoomorphe comme dans Blacksad… Tous les poncifs du roman noir mis en scène dans le New York de la fin des années 1960… Bref, une grosse sensation de déjà vu.
Par ailleurs, le fait que l'album paraisse chez Paquet ne plaidait pas forcément en la faveur de McQueeen. Cet éditeur se complaît souvent dans la reproduction nostalgique des ambiances pré-soixante-huitardes, sans forcément que la qualité d'ensemble suscite un enthousiasme forcené (voyez par exemple Une Aventure de Jacques Gipar qui lorgne vers Gil Jourdan, et comparez les deux séries…). L'auteur, Emilio Van der Zuiden a déjà participé à la dispensable série Les Enquêtes Auto de Margot, dont le dessin efficace n'est guère mis en valeur à cause de scénarios médiocres.
Bref, si je me suis intéressé à McQueeen, c'est grâce à la couverture du second album, que je trouve particulièrement réussie. Et grand bien m'en fit…

Car cette série est réussie à plusieurs titres.
D'abord, l'ambiance de roman noir, avec son histoire classique de détective privé qui est manipulé par son client et par les femmes fatales qu'il croise, est fort bien et intelligemment mise en scène. L'auteur croise avec bonheur les codes du genre avec l'ambiance particulière de la blaxploitation, qui donne un dynamisme jazzy à ce récit. Le héros est une brute tourmentée, plus près d'un John Shaft que de la sophistication affectée d'Humphrey Bogart. Quant aux femmes, elles sont certes fatales comme on s'y attend dans cet univers très macho, mais sans les mimiques de bourgeoise hautaine de Lauren Bacall ; elles sont plutôt du genre baby dolls à (très) forte poitrine, ce qui ne les rend pas moins attachantes, d'autant plus qu'elles ont des personnalités explosives. En somme, Emilio Van der Zuiden joue habilement sa partition dans l'univers du polar, en restant très fidèle au genre, mais sans tomber dans le plagiat.
Et puis, il y a le dessin, surprenant. L'auteur manie un style précis, très net, dans la veine de la ligne claire. Les décors et les personnages sont soignés. Mais ce qui rend son travail intéressant, c'est qu'il se lâche dans le découpage des planches, donnant des effet particulièrement réussis, qui ne sont pas sans rappeler le travail de Will Eisner lorsqu'il réalisait ses fameuses planches d'ouverture pour Le Spirit, excusez du peu. Regardez les pages 35, ou 43 à 46 du tome 2 qui justifieraient presque à elles seules la lecture de cette série.

Le premier cycle est clôt, mais s'achève sur l'annonce d'une nouvelle aventure car McQueen a encore du pain sur la planche. J'attends donc avec impatience la suite de ses pérégrinations et j'invite vivement les amateurs de bonnes histoires policières à découvrir cette série.

Nom série  Buck / Tanguy - La rencontre  posté le 20/04/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 3/5 (Pas mal)
Ce court fascicule de 12 planches en noir et blanc est offert pour l'achat du fourreau promotionnel contenant le troisième album de la série Les Aventures de Buck Danny (classic) et le premier opus d'Une aventure « classic » de Tanguy et Laverdure.

Buck Danny et Michel Tanguy sont deux personnages créés par jean-Michel Charlier, le premier pour le magazine Spirou en 1947 et le second pour Pilote en 1959.
Le scénariste a déjà imaginé leur rencontre à deux reprise, dans le tome 6 des aventures de Tanguy et Laverdure, Canon bleu ne répond plus en 1964, puis dans le dyptique Les anges bleus / Le pilote au masque de cuir, tomes 36 & 37 de Buck Dannyen 1969. Ces deux épisodes, assez brefs, constituent plutôt des clins d'œil que des aventures en commun. Ce ne furent en aucun cas des crossovers au sens moderne du terme. Je pense que la rivalité qui opposait les deux magazines (Spirou & Pilote) ainsi que leurs deux éditeurs (Dupuis & Dargaud) ne permettait pas davantage à l'époque.

Pour le lancement de la série « Classic » de Tanguy et Laverdure, les éditions Zéphyr réparent cette frustration en réunissant derechef les deux aviateurs les plus célèbres du neuvième art.

L'histoire est très « classique », il faut le reconnaître. Tout y est : les bourdes de Sonny Tuckson et d'Ernest Laverdure, prêts aux pires maladresses pour le premier jupon venu, les méchants espions venus de l'Est qui inventent d'invraisemblables stratagèmes pour discréditer l'US Air Force et l'Armée française, le courage et le talent de pilotes de Buck Danny et de Michel Tanguy qui sauvent la situation in extremis… Bref, c'est vraiment une aventure sans surprise qui s'inscrit parfaitement dans la veine des gros câbles scénaristiques à la Charlier.

Mais l'ensemble gagne en qualité pour plusieurs raisons. D'abord, le format en 12 planches densifie l'histoire et empêche longueurs, temps morts et faux suspenses de bas de page habituels chez Charlier. Ensuite, le récit joue le jeu de l'humour, avec l'intervention du cousin de Laverdure, gendarme tout droit échappé de Saint-Tropez (c'est le même acteur, Christian Marin, qui jouait les deux rôles), tout comme un certaine bonne sœur en 2 CV…
Et enfin, le dessin de Sébastien Philippe est excellent. Je trouve d'ailleurs que le format en noir et blanc le met particulièrement en valeur.

C'est donc un joli supplément qui mériterait d'être ultérieurement publié dans un vrai album. Pourquoi ne pas l'accompagner de quelques récits dans la même veine ?
Ce n'est pas de la BD moderne, j'en conviens, mais personnellement, je suis preneur.

Nom série  Ma guerre  posté le 19/04/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Non
Note Note: 3/5 (Pas mal)
Tiburce Oger met tout son talent au service des mémoires de son grand père, résistant et déporté.

D'un point de vue formel, rien à dire, c'est de l'excellent travail : trait précis, couleurs remarquablement maîtrisées, découpage narratif au cordeau…
L'auteur, dont les qualités ne sont plus à démontrer, est un professionnel aguerri et il sait raconter et dessiner.

Je suis moins convaincu en revanche par son scénario.
Il tient visiblement à rester scrupuleusement fidèle aux souvenirs de son aïeul, héros de guerre rescapé des camps. Mais ça l'amène à livrer un récit haché, constitué d'une succession d'anecdotes et de petits faits assemblés dans l'ordre chronologique. Si l'ensemble est poignant et criant de vérité, aucun de ces épisodes n'est assez développé pour offrir une histoire prenante, ni suffisamment original pour réellement surprendre le lecteur. Toute la première partie, consacrée à l'action du personnage dans la résistance se résume à une suite d'événement datés et précis, mais sans cohérence d'ensemble. En somme, il manque à ce bel album un souffle romanesque.

Il s'agit donc d'un album-hommage, en forme de témoignage, brutal et réaliste, mais cela ne suffit pas à en faire un récit passionnant…

Nom série  Shangri-La  posté le 19/04/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Shangri-La est un récit d'anticipation fort bien troussé.

À force de tirer sur la corde, l'humanité a réussi à rendre sa planète inhabitable. Les survivants vivent dans une énorme station orbitale, sous la coupe d'une multinationale.
Tous sont heureux, puisqu'ils consomment comme des forcenés, et libres puisqu'ils sont libres de désirer ce qu'ils consomment… À part ça leur cadre de vie est étriqué, sale, un peu délabré, déprimant… L'humanité, ou ce qu'il en reste, est peu reluisante : moutonnière, égoïste, mesquine, raciste, on se demande pourquoi elle s'échine à survivre.

L'histoire tourne autour de la remise en cause de cet univers par un spationaute zélé, ses amis tentés par la “résistance” et quelques “animoïdes”.
Même si on peut reprocher à Mathieu Bablet d'avoir puisé son inspiration dans les classiques de la Science-Fiction, sa narration est plutôt habile. Malgré quelques longueurs et des passages confus (les scènes d'action en particulier), le récit se lit d'une traite et retombe bien sur ses pattes.

L'appréciation que je porte sur le dessin est plus mitigée.
D'une part, Bablet est vraiment doué pour les décors. Ses paysages spatiaux sont magnifiques et vertigineux, dignes du film Gravity. Les planètes extraterrestres sont remarquablement dépeintes. Et les intérieurs de la station, tour à tour confinés et immenses, présentés sous tous les angles, sont très crédibles. J'ajoute que la mise en couleur sublime ces différents espaces narratifs.
Mais là où ça coince, c'est pour les personnages, tout raides, anguleux, avec des visages tous ressemblants, taillés à la serpe. On peut clamer que c'est un style, personnellement, je trouve cela très laid, et ça a gâché une partie de ma lecture.

Je crois que Bablet devra travailler ce dernier point s'il veut devenir un auteur grand public un jour (et compte-tenu des autres qualités de l'album, il en a le potentiel).

Nom série  Le Guide Mondial des Records  posté le 18/04/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Une belle réussite !
C'est l'alliance réussie entre Tonino Benacquista romancier à l'humour caustique, auteur des remarquables Malavita et La Commedia des ratés, tôt venu à la bande dessinée, avec L'Outremangeur, et Nicolas Barral, illustrateur des non moins remarquables Baker Street et Philip et Francis (Les aventures de). Les deux compères ne sont pas des débutants et ils ont déjà collaboré sur Dieu n'a pas réponse à tout (mais Il est bien entouré) et Les Cobayes ; autant dire que c'est un couple qui fonctionne bien.

Pour Le Guide Mondial des Records, ils mettent en scène la vie ordinaire d'un type ordinaire, qui travaille quotidiennement avec l'extraordinaire variété de la connerie humaine.
Comme il fait partie du comité de sélection du Guide Mondial des Records, tous les blaireaux en mal de célébrité éphémère lui envoient leur petite proposition de record insignifiant. C'est drôle et pathétique à la fois, mais comme notre héros est un type bien, il essaie de valoriser ses interlocuteurs en veillant à ne pas détruire leur vie même s'il est obligé de renvoyer leurs rêves minables à leur vacuité.
Benacquista greffe une histoire policière dans ce contexte ridicule, mais ce n'est finalement qu'une façon brillante de donner un fil directeur, une orientation à un récit fait de petits riens, prétextes à ironiser sur la société du spectacle.
On ne lâche pas l'album avant son terme, étonné d'être arrivé au bout de l'album sans avoir vu passer le temps, et empli de regrets à l'idée du quitter aussi vite ce petit monde si attachant.

Comme à l'accoutumée, Barral met son trait réaliste-caricatural relativement dépouillé au service de cette galerie de portraits.

En somme, je n'irai pas jusqu'à qualifier cet album de « culte », mais il est indéniablement enthousiasmant, et il dégage une bonne humeur contagieuse.

Nom série  Imbattable  posté le 18/04/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 3/5 (Pas mal)
Comme le souligne Ro, l'idée n'est pas complètement nouvelle, mais Pascal Jousselin a l'audace d'en faire tout un album. Il joue avec les codes du neuvième art en le faisant sortir de ses cases et le libérant de ses deux dimensions, avec quelques belles idées originales (la page en partie désintégrée, par exemple). Ça fonctionne plutôt bien et il parvient à renouveler ses ressorts scénaristiques d'un court récit à l'autre.

Les aventures d'Imbattable se moquent également du genre super héroïque, et c'est là où le bât blesse à mon sens. C'est effectivement « un peu couillon », et pas très drôle, en fait. Dans le genre parodique, on est fort loin de Superdupont ou d'Une Aventure Intersidérante de Splash Gordon dans Mongo Fury

En somme, cet album est une curiosité intéressante ; il est même virtuose en ce qui concerne la forme, mais il ne m'a pas fait tordre de rire. Pas certain que j'achète la suite, d'autant plus que l'auteur donne l'impression d'avoir fait le tour du sujet.

Nom série  Les Cosaques d’Hitler  posté le 18/04/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Non
Note Note: 3/5 (Pas mal)
Il s'agit d'une jolie saga familiale, compliquée à souhaits, pleine de drames, de trahisons, de culpabilités inextinguibles et de retrouvailles émouvantes… Docteur Jivago chez Les Maîtres de l'Orge ; on pourrait aisément en faire une mini-série estivale pour France Télévision.
Pas vraiment ma tasse de thé, mais j'admets m'être laissé embarquer sans déplaisir dans ce récit dont le principal attrait réside dans le choix du contexte.

Le règlement des séquelles de la Seconde Guerre mondiale, et en particulier le destin des prisonniers de guerre des forces de l'Axe n'est pas souvent traité. Sans pour autant être méconnu pour qui veut se donner la peine de s'y intéresser, le sujet a longtemps été occulté parce que le sort des perdants importe peu lorsqu'ils appartiennent à un camp qui a fait autant de victimes.

Le cas des Cosaques recèle tous les ingrédients de la tragédie historico-romantique. Ce peuple de cavaliers émérites, épris de grands espaces et de liberté, est pittoresque à souhaits, avec ses manteaux et ses chapkas, son goût pour les danses virevoltantes où l'on se met de grandes claques sur les talons en jonglant avec des poignards et la sauvagerie légendaire de ses mœurs.
Au-delà de l'imagerie à la Tarass Boulba – dont Gotlib et Alexis dressèrent naguère un portrait hilarant dans Cinémastock –, les Cosaques furent durant des siècles des pillards et des mercenaires qui ont terrorisé les populations du sud de l'Ukraine, tantôt pour le compte de chefferies éphémères, tantôt aux service des ambitions du tsar qui leur confiait le contrôle des marches méridionales de l'empire.
Lors de la guerre civile qui suit les révolutions de 1917, ils prennent logiquement le parti des blancs contre les rouges et font partie des vaincus ; le nouveau régime se livre dans leurs anciens territoires à une “décosaquisation” aux allures de génocide. Réfugiés en Europe de l'Ouest ou dans les États croupions créés à l'Est de l'Europe sur les territoires perdus par la Russie, de nombreux Casques ruminent leur défaite, la perte de leur statut de privilégiés du tsarisme, et leur haine du communisme. Lorsque l'Allemagne nazie s'attaque à l'Union soviétique, ils ne se font pas prier pour se ranger aux côtés de la Wehrmacht, mais lors de cette guerre, ils se livrent eux-mêmes à de nombreux crimes de guerre, contribuant à l'entreprise nazie qui fait presque 27 millions de morts dans la population soviétique.
Autant dire qu'après guerre, au moment où débute le récit des Cosaques d'Hitler, il n'y a pas grand monde en Europe, et encore moins en URSS, pour pleurnicher sur le sort de ces prisonniers de guerre particuliers. Staline veut leur peau, et l'immense majorité des Soviétiques les considère comme des traîtres historiques. Les Britanniques qui en ont la garde ont d'autres chats à fouetter.
Bref, les soldats de sa gracieuse majesté appliquent les ordres. Churchill a conclu avec Staline des accords concernant le partage des zones d'influence entre les Alliés en Europe ; les Cosaques prisonniers à l'Ouest font partie du marchandage. Pour ne pas séparer les familles, et malgré une tentative de mutinerie sévèrement réprimée, ils sont tous livrés à l'Union soviétique. Les chefs sont pendus et les autres finissent au Goulag. Une tragédie pour les nombreux civils, femmes, vieillards, enfants qui sont broyés dans la machine à fabriquer l'homo sovieticus.
Les rares survivants ne sont libérés qu'après la mort de Staline, en 1953.

Pour raconter cette belle et triste saga, Valérie Lemaire invente une histoire d'amour entre un nobliau écossais au grand cœur et la petite fille du général cosaque Krasnov. Histoire contrariée par les événements historiques, comme de bien entendu.
La scénariste connaît son affaire, et a potassé sérieusement son sujet à voir l'importante et pertinente bibliographie qu'elle produit pour chacun des albums. Sa précision rend le récit vivant et crédible. Certains moments sont vraiment réussis, comme la partie du récit qui se déroule au Goulag.
En revanche je ne partage pas son indulgence pour la famille Krasnov, présentée comme de joyeux combattants de la liberté en lutte légitime contre le totalitarisme stalinien. Dommage qu'ils l'aient fait sous l'uniforme vert de gris et aux ordres d'un système qui considérait les Slaves comme des « sous-hommes ». Peut-être que la plupart des Cosaques n'étaient que des abrutis ignorants, aveuglé par leur haine des Bolchéviks. Mais les propensions fascisantes des Krasnov sont plus qu'avérées (un des petits neveux du général devient l'un des tortionnaires de Pinochet après 1973). Être une victime n'empêche pas d'avoir été un bourreau… Mon sens de l'empathie s'émousse face à ce genre de spécimens d'humanité.

Le dessin des deux albums est agréable, avec une ligne claire maîtrisée et lisible. Les deux couvertures, aux allures d'affiches de film hollywoodien des années 1950 collent au sujet et au genre du récit, mais je ne peux pas dire que je les trouve belles.

En résumé, voici un récit achevé, qui garantit une lecture agréable et instructive. Je n'en conseillerais l'achat qu'aux amateurs fanatiques de la période, mais il mérite d'être emprunté et ferait bonne figure dans une bibliothèque municipale ou dans le CDI d'un lycée.

Nom série  Seraphin Cantarel  posté le 05/03/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Non
Note Note: 2/5 (Bof, sans plus)
Je suis pleinement d'accord avec Mac Arthur et Paco. Après deux albums, je confirme que les enquêtes de Seraphin Cantarel n'ont rien de palpitant, et c'est une litote indulgente…

En ce qui concerne la réalisation de l'album, rien à dire, les auteurs connaissent leur travail.

Il s'agit d'histoires policières du genre que l'on affectionne chez France Télévision pour les séries télévisées grand public du samedi soir. Pour donner le ton, on est plus dans l'ambiance Louis la Brocante que dans un épisode des Petits Meurtres d'Agatha Christie. C'est très plan-plan et les héros ne se distinguent pas par leur originalité. Il faut dire que les histoires se déroulent dans la France giscardienne des années 1970, ceci explique peut-être cela.

Le problème vient effectivement des scénarios, qui pêchent par leurs incohérences.
Je ne veux pas spoiler les albums, mais franchement, la perspicacité des conservateurs du patrimoine n'a d'égal que l'incompétence des flics, et leur clairvoyance tient du prodige ! Autant dire que la manière dont ils résolvent les énigmes en deux coups de cuillère à pot à partir de l'antépénultième planche n'est absolument pas crédible.
Mais, comme par ailleurs les énigmes n'ont rien de vraiment accrocheur, le lecteur que je suis s'en est désintéressé depuis un moment et il est pressé d'y mettre un terme…

Reste quelques jolis paysages, mais ce ne sont que des décors. Bien que les deux héros soient conservateurs du patrimoine, ce fait est sans rapport avec les intrigues et n'est qu'un pâle prétexte pour expliquer leur présence sur les lieux des crimes.

Vite lu, vite oublié. C'est si plat et inintéressant que pense que je pourrais reprendre les albums dans un mois et tout redécouvrir.
Un avant goût d'Alzheimer…

Note réelle : 1,5/5

Nom série  Dark Museum  posté le 01/03/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 3/5 (Pas mal)
Encore une « série concept » chez Delcourt ! Le principe d'une série d'albums écrits par un même groupe de scénaristes et illustrés par différents dessinateurs fait recette depuis que Frank Giroud a créé Le Décalogue en 2001. Alcante s'est déjà illustré dans ce créneau avec la série Pandora Box, plutôt réussie, et a collaboré avec Gihef pour la série Complot, nettement moins brillante à mon sens.

Encore une série autour de l'art ! Le topic « Peinture et tableaux en bande dessinée » renvoie 123 séries et albums sur bdtheque. Par exemple, la collection "Les Grands peintres" en cours de publication chez Glénat compte déjà 15 albums qui décryptent, avec plus ou moins de bonheur, la vie de peintres célèbres.

Autant dire que le concept cette nouvelle série suit des sentiers battus, et qu'il ne partait pas gagnant en terme d'originalité…
Ici, les auteurs choisissent un tableau, disons étrange, autour duquel ils bâtissent une fiction. Il s'agit d'inventer une histoire horrible sur la vie des personnages que le peintre a représentés. Chaque album est bien sûr un one-shot qui peut se lire indépendamment de tous les autres.

Ce premier opus est construit autour d'American Gothic de Grant Wood. Chacun connait ce tableau où deux ploucs austères du Midwest posent devant une ferme traditionnelle. La laideur figée et l'air chafouin des deux rednecks, leur tenue vieillotte, la fourche aux allures de trident du pécore, le rigorisme religieux qu'ils affichent, les ont transformés en symboles d'une certaine Amérique, traditionaliste, puritaine et xénophobe, dès la présentation du tableau en 1930.
Cette image, que le peintre a bâti comme une caricature, a souvent été reprise et détournée. En réalité, Grant Wood a fait poser sa sœur et son dentiste devant une maison de style “gothique charpentier” qui lui avait tapé dans l'œil… Il voulait juste représenter les gens dont il imaginait qu'ils pourraient habiter une telle maison.

Gihef et Alcante réinventent à leur tour un récit autour de ces deux personnages qui n'ont rien de réel… Et c'est heureux d'ailleurs, car leur histoire est particulièrement gratinée. Le récit, commencé comme une chronique sociale des années de crise agricole (dans l'univers des Raisins de la Colère), sombre dans l'horreur et le gore, du style Cannibal Holocaust, et l'on comprend pourquoi il faut se méfier des péquenauds aux allures de pasteur consanguin lorsqu'ils se baladent avec une fourche.
Même avec des personnages mutiques et peu expressifs, malgré quelques rebondissements capillotractés et de nombreuses ellipses, le récit reste fluide et son rythme soutenu.
L'histoire ne se prend pas au sérieux, et distille une bonne dose d'humour noir. On est dans une série Z qui accumule tous les poncifs du film d'horreur rural, mais l'ensemble s'avère bien plus digeste que je ne le craignais.

Les illustrations de Stéphane Perger, que j'avais déjà remarqué sur Sir Arthur Benton, font passer la pilule. Bien sûr, c'est assez gore, et le rouge éclabousse certaines planches, mais il n'en fait pas trop – c'est mon avis, très subjectif, chacun jugera en fonction de sa sensibilité – et les scènes d'extérieur font souvent penser à l'Amérique banale et paisible d'un Edward Hopper.
American Gothic est donc un album plutôt attrayant sur le plan visuel, mais il reste déconseillé aux âmes sensibles et aux enfants.

Alcante annonce déjà les autres opus de la série. Le Cri d'Edvard Munch, dessiné par Luc Brahy, est achevé et devrait être publié très prochainement. Suivront L'angélus de Millet, illustré par Steven Dupré, et La Leçon d'anatomie du docteur Tulp de Rembrandt, mais ils ne sont pas encore en chantier.
Suite à ce premier album, je crois que j'y jetterai un œil curieux et plutôt bienveillant.

Nom série  Le Retour  posté le 01/03/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Cristobal se tue dans un mystérieux accident de voiture sur une route déserte, provoquant un deuil général dans son île natale. Cet artiste célébrissime n'y est revenu qu'après de nombreuses années. Il s'y est installé afin de la transformer tout en la protégeant de la rapacité des promoteurs immobiliers. Un flic mène l'enquête sur les circonstances de l'accident, ce qui permet de retracer le parcours de cette gloire locale à coups de flashbacks.

Sous l'apparente simplicité d'un trait semi-réaliste et d'un scénario construit comme un biopic, Bruno Duhamel se livre ici à un exercice périlleux. Cristobal est très humain, très entêté, très autoritaire, très artiste aussi, ce qui ne le rend pas forcément sympathique, mais c'est un personnage que l'on n'oublie pas. Cette fiction est fortement inspirée de la vie d'un artiste réel, César Manrique, mais l'auteur admet dans sa préface qu'il a réinventé le personnage.

J'avais apprécié les dessins souples de Duhamel dans Les Brigades du Temps. Il conserve ce trait, mais prend ici le temps de livrer de grandes cases très contemplatives. La mise en couleur, très habile, alterne les ambiances monochromes et les tons éclatants, en fonction des différentes époques, ou des états d'âme des personnages.

Le retour est une réflexion qui enchaîne plusieurs thèmes. L'histoire de Cristobal est une peinture vivante traitant pêle-mêle du monde moderne, du progrès social, de l'hybris de l'artiste, du bien public, du pouvoir, de la protection de la nature, de la paternité…
En somme, c'est une BD qui se lit d'une traite et très facilement, mais dont les thématiques sont bien plus complexes que sa forme ne le laisse paraître.

Cet album atypique est surtout très intelligent, sans être pédant, ce qui est une qualité rare.
Une belle découverte.

Nom série  Célestin Gobe-la-lune  posté le 15/01/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Non
Note Note: 2/5 (Bof, sans plus)
N'exagérons rien, malgré toute l'admiration que je porte à Lupano, nous ne sommes pas au niveau du chef d'œuvre qu'est De Cape et de Crocs, loin s'en faut…

Je n'ai pas vraiment réussi à m'attacher aux protagonistes. Surtout pas à ce morveux sentencieux, queutard et arriviste de Célestin, dont les sautillements incessants me font davantage penser à un Spiderman qui aurait abusé de la caféine qu'à un bouillonnant Cyrano, un peu hors-sujet. Ni à ces greluches dont il convoite la main ou qui lui tournent autour, lesquelles ont autant de charisme qu'une volée de collégiennes capricieuses. Ni à Gysmonde, la méchante trop plate pour être drôle. Le seul que je trouve un peu rigolo, c'est Maurice Ier, le roi lutteur et viveur. En fait, Lupano, qui fut plus inspiré, aligne les clichés des contes de fées et des récits de cape et d'épée sans parvenir à s'en jouer.
Ses dialogues manquent de sel, même dans les envolées poétiques de Célestin, inspirées des écrits de quelques rimailleurs sélénophiles inconnus du XVIIIe.
J'ai quelquefois souri, mais pas ri…
Le manque de charisme des personnages et la platitude des situations finit par nuire à l'histoire, dont les péripéties molles ne ménagent guère de surprise quant à la conclusion trop vite expédiée.

Le dessin ne m'a pas emballé non plus. Corboz a le trait épais, et il se montre plus à l'aise dans les décors et les cadrages acrobatiques que dans la peinture des individus. Ce genre de récit débridé devrait privilégier les mimiques théâtrales, les grimaces outrancières de la commedia dell'arte. Mais Corboz ne parvient pas à illustrer les expressions caricaturales qui auraient donné de la densité aux acteurs.
Et beaucoup de scènes nocturnes émaillent le récit, allusions à la Lune obligent. Pas très judicieux, d'autant plus que la colorisation est réalisée au gros pinceau. Du coup, l'ensemble s'en trouve assombri et les détails sont peu lisibles.

Célestin Gobe-la-lune est une aimable pochade, correctement réalisée, dont la lecture fait passer un moment, et ce n'est peut-être pas si mal, mais c'est un peu court… La parodie n'est pas à la hauteur de ses ambitions lunaires.
Pourquoi la Lune d'ailleurs ? Je n'ai pas bien compris…

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