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Nom série  McQueen  posté le 26/04/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Je n'ai découvert cette série qu'à la parution du deuxième album, qui clôt le cycle des Trois petits singes.

Il faut reconnaître qu'au premier abord, elle m'avait semblé trop convenue. Une histoire de privé à la Bogart, un peu séducteur, un peu alcoolo… Un personnage zoomorphe comme dans Blacksad… Tous les poncifs du roman noir mis en scène dans le New York de la fin des années 1960… Bref, une grosse sensation de déjà vu.
Par ailleurs, le fait que l'album paraisse chez Paquet ne plaidait pas forcément en la faveur de McQueeen. Cet éditeur se complaît souvent dans la reproduction nostalgique des ambiances pré-soixante-huitardes, sans forcément que la qualité d'ensemble suscite un enthousiasme forcené (voyez par exemple Une Aventure de Jacques Gipar qui lorgne vers Gil Jourdan, et comparez les deux séries…). L'auteur, Emilio Van der Zuiden a déjà participé à la dispensable série Les Enquêtes Auto de Margot, dont le dessin efficace n'cest guère mis en valeur à cause de scénarios médiocres.
Bref, si je me suis intéressé à McQueeen, c'est grâce à la couverture du second album, que je trouve particulièrement réussie. Et grand bien m'en fit…

Car cette série est réussie à plusieurs titres.
D'abord, l'ambiance de roman noir, avec son histoire classique de détective privé qui est manipulé par son client et par les femmes fatales qu'il croise, est fort bien et intelligemment mise en scène. L'auteur croise avec bonheur les codes du genre avec l'ambiance particulière de la blaxploitation, qui donne un dynamisme jazzy à ce récit. Le héros est une brute tourmentée, plus près d'un John Shaft que de la sophistication affectée d'Humphrey Bogart. Quant aux femmes, elles sont certes fatales comme on s'y attend dans cet univers très macho, mais sans les mimiques de bourgeoise hautaine de Lauren Bacall ; elles sont plutôt du genre baby dolls à (très) forte poitrine, ce qui ne les rend pas moins attachantes, d'autant plus qu'elles ont des personnalités explosives. En somme, Emilio Van der Zuiden joue habilement sa partition dans l'univers du polar, en restant très fidèle au genre, mais sans tomber dans le plagiat.
Et puis, il y a le dessin, surprenant. L'auteur manie un style précis, très net, dans la veine de la ligne claire. Les décors et les personnages sont soignés. Mais ce qui rend son travail intéressant, c'est qu'il se lâche dans le découpage des planches, donnant des effet particulièrement réussis, qui ne sont pas sans rappeler le travail de Will Eisner lorsqu'il réalisait ses fameuses planches d'ouverture pour Le Spirit, excusez du peu. Regardez les pages 35, ou 43 à 46 du tome 2 qui justifieraient presque à elles seules la lecture de cette série.

Le premier cycle est clôt, mais s'achève sur l'annonce d'une nouvelle aventure car McQueen a encore du pain sur la planche. J'attends donc avec impatience la suite de ses pérégrinations et j'invite vivement les amateur de bonnes histoires policières à découvrir cette série.

Nom série  Buck / Tanguy - La rencontre  posté le 20/04/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 3/5 (Pas mal)
Ce court fascicule de 12 planches en noir et blanc est offert pour l'achat du fourreau promotionnel contenant le troisième album de la série Les Aventures de Buck Danny (classic) et le premier opus d'Une aventure « classic » de Tanguy et Laverdure.

Buck Danny et Michel Tanguy sont deux personnages créés par jean-Michel Charlier, le premier pour le magazine Spirou en 1947 et le second pour Pilote en 1959.
Le scénariste a déjà imaginé leur rencontre à deux reprise, dans le tome 6 des aventures de Tanguy et Laverdure, Canon bleu ne répond plus en 1964, puis dans le dyptique Les anges bleus / Le pilote au masque de cuir, tomes 36 & 37 de Buck Dannyen 1969. Ces deux épisodes, assez brefs, constituent plutôt des clins d'œil que des aventures en commun. Ce ne furent en aucun cas des crossovers au sens moderne du terme. Je pense que la rivalité qui opposait les deux magazines (Spirou & Pilote) ainsi que leurs deux éditeurs (Dupuis & Dargaud) ne permettait pas davantage à l'époque.

Pour le lancement de la série « Classic » de Tanguy et Laverdure, les éditions Zéphyr réparent cette frustration en réunissant derechef les deux aviateurs les plus célèbres du neuvième art.

L'histoire est très « classique », il faut le reconnaître. Tout y est : les bourdes de Sonny Tuckson et d'Ernest Laverdure, prêts aux pires maladresses pour le premier jupon venu, les méchants espions venus de l'Est qui inventent d'invraisemblables stratagèmes pour discréditer l'US Air Force et l'Armée française, le courage et le talent de pilotes de Buck Danny et de Michel Tanguy qui sauvent la situation in extremis… Bref, c'est vraiment une aventure sans surprise qui s'inscrit parfaitement dans la veine des gros câbles scénaristiques à la Charlier.

Mais l'ensemble gagne en qualité pour plusieurs raisons. D'abord, le format en 12 planches densifie l'histoire et empêche longueurs, temps morts et faux suspenses de bas de page habituels chez Charlier. Ensuite, le récit joue le jeu de l'humour, avec l'intervention du cousin de Laverdure, gendarme tout droit échappé de Saint-Tropez (c'est le même acteur, Christian Marin, qui jouait les deux rôles), tout comme un certaine bonne sœur en 2 CV…
Et enfin, le dessin de Sébastien Philippe est excellent. Je trouve d'ailleurs que le format en noir et blanc le met particulièrement en valeur.

C'est donc un joli supplément qui mériterait d'être ultérieurement publié dans un vrai album. Pourquoi ne pas l'accompagner de quelques récits dans la même veine ?
Ce n'est pas de la BD moderne, j'en conviens, mais personnellement, je suis preneur.

Nom série  Ma guerre  posté le 19/04/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Non
Note Note: 3/5 (Pas mal)
Tiburce Oger met tout son talent au service des mémoires de son grand père, résistant et déporté.

D'un point de vue formel, rien à dire, c'est de l'excellent travail : trait précis, couleurs remarquablement maîtrisées, découpage narratif au cordeau…
L'auteur, dont les qualités ne sont plus à démontrer, est un professionnel aguerri et il sait raconter et dessiner.

Je suis moins convaincu en revanche par son scénario.
Il tient visiblement à rester scrupuleusement fidèle aux souvenirs de son aïeul, héros de guerre rescapé des camps. Mais ça l'amène à livrer un récit haché, constitué d'une succession d'anecdotes et de petits faits assemblés dans l'ordre chronologique. Si l'ensemble est poignant et criant de vérité, aucun de ces épisodes n'est assez développé pour offrir une histoire prenante, ni suffisamment original pour réellement surprendre le lecteur. Toute la première partie, consacrée à l'action du personnage dans la résistance se résume à une suite d'événement datés et précis, mais sans cohérence d'ensemble. En somme, il manque à ce bel album un souffle romanesque.

Il s'agit donc d'un album-hommage, en forme de témoignage, brutal et réaliste, mais cela ne suffit pas à en faire un récit passionnant…

Nom série  Shangri-La  posté le 19/04/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Shangri-La est un récit d'anticipation fort bien troussé.

À force de tirer sur la corde, l'humanité a réussi à rendre sa planète inhabitable. Les survivants vivent dans une énorme station orbitale, sous la coupe d'une multinationale.
Tous sont heureux, puisqu'ils consomment comme des forcenés, et libres puisqu'ils sont libres de désirer ce qu'ils consomment… À part ça leur cadre de vie est étriqué, sale, un peu délabré, déprimant… L'humanité, ou ce qu'il en reste, est peu reluisante : moutonnière, égoïste, mesquine, raciste, on se demande pourquoi elle s'échine à survivre.

L'histoire tourne autour de la remise en cause de cet univers par un spationaute zélé, ses amis tentés par la “résistance” et quelques “animoïdes”.
Même si on peut reprocher à Mathieu Bablet d'avoir puisé son inspiration dans les classiques de la Science-Fiction, sa narration est plutôt habile. Malgré quelques longueurs et des passages confus (les scènes d'action en particulier), le récit se lit d'une traite et retombe bien sur ses pattes.

L'appréciation que je porte sur le dessin est plus mitigée.
D'une part, Bablet est vraiment doué pour les décors. Ses paysages spatiaux sont magnifiques et vertigineux, dignes du film Gravity. Les planètes extraterrestres sont remarquablement dépeintes. Et les intérieurs de la station, tour à tour confinés et immenses, présentés sous tous les angles, sont très crédibles. J'ajoute que la mise en couleur sublime ces différents espaces narratifs.
Mais là où ça coince, c'est pour les personnages, tout raides, anguleux, avec des visages tous ressemblants, taillés à la serpe. On peut clamer que c'est un style, personnellement, je trouve cela très laid, et ça a gâché une partie de ma lecture.

Je crois que Bablet devra travailler ce dernier point s'il veut devenir un auteur grand public un jour (et compte-tenu des autres qualités de l'album, il en a le potentiel).

Nom série  Le Guide Mondial des Records  posté le 18/04/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Une belle réussite !
C'est l'alliance réussie entre Tonino Benacquista romancier à l'humour caustique, auteur des remarquables Malavita et La Commedia des ratés, tôt venu à la bande dessinée, avec L'Outremangeur, et Nicolas Barral, illustrateur des non moins remarquables Baker Street et Philip et Francis (Les aventures de). Les deux compères ne sont pas des débutants et ils ont déjà collaboré sur Dieu n'a pas réponse à tout (mais Il est bien entouré) et Les Cobayes ; autant dire que c'est un couple qui fonctionne bien.

Pour Le Guide Mondial des Records, ils mettent en scène la vie ordinaire d'un type ordinaire, qui travaille quotidiennement avec l'extraordinaire variété de la connerie humaine.
Comme il fait partie du comité de sélection du Guide Mondial des Records, tous les blaireaux en mal de célébrité éphémère lui envoient leur petite proposition de record insignifiant. C'est drôle et pathétique à la fois, mais comme notre héros est un type bien, il essaie de valoriser ses interlocuteurs en veillant à ne pas détruire leur vie même s'il est obligé de renvoyer leurs rêves minables à leur vacuité.
Benacquista greffe une histoire policière dans ce contexte ridicule, mais ce n'est finalement qu'une façon brillante de donner un fil directeur, une orientation à un récit fait de petits riens, prétextes à ironiser sur la société du spectacle.
On ne lâche pas l'album avant son terme, étonné d'être arrivé au bout de l'album sans avoir vu passer le temps, et empli de regrets à l'idée du quitter aussi vite ce petit monde si attachant.

Comme à l'accoutumée, Barral met son trait réaliste-caricatural relativement dépouillé au service de cette galerie de portraits.

En somme, je n'irai pas jusqu'à qualifier cet album de « culte », mais il est indéniablement enthousiasmant, et il dégage une bonne humeur contagieuse.

Nom série  Imbattable  posté le 18/04/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 3/5 (Pas mal)
Comme le souligne Ro, l'idée n'est pas complètement nouvelle, mais Pascal Jousselin a l'audace d'en faire tout un album. Il joue avec les codes du neuvième art en le faisant sortir de ses cases et le libérant de ses deux dimensions, avec quelques belles idées originales (la page en partie désintégrée, par exemple). Ça fonctionne plutôt bien et il parvient à renouveler ses ressorts scénaristiques d'un court récit à l'autre.

Les aventures d'Imbattable se moquent également du genre super héroïque, et c'est là où le bât blesse à mon sens. C'est effectivement « un peu couillon », et pas très drôle, en fait. Dans le genre parodique, on est fort loin de Superdupont ou d'Une Aventure Intersidérante de Splash Gordon dans Mongo Fury

En somme, cet album est une curiosité intéressante ; il est même virtuose en ce qui concerne la forme, mais il ne m'a pas fait tordre de rire. Pas certain que j'achète la suite, d'autant plus que l'auteur donne l'impression d'avoir fait le tour du sujet.

Nom série  Les Cosaques d’Hitler  posté le 18/04/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Non
Note Note: 3/5 (Pas mal)
Il s'agit d'une jolie saga familiale, compliquée à souhaits, pleine de drames, de trahisons, de culpabilités inextinguibles et de retrouvailles émouvantes… Docteur Jivago chez Les Maîtres de l'Orge ; on pourrait aisément en faire une mini-série estivale pour France Télévision.
Pas vraiment ma tasse de thé, mais j'admets m'être laissé embarquer sans déplaisir dans ce récit dont le principal attrait réside dans le choix du contexte.

Le règlement des séquelles de la Seconde Guerre mondiale, et en particulier le destin des prisonniers de guerre des forces de l'Axe n'est pas souvent traité. Sans pour autant être méconnu pour qui veut se donner la peine de s'y intéresser, le sujet a longtemps été occulté parce que le sort des perdants importe peu lorsqu'ils appartiennent à un camp qui a fait autant de victimes.

Le cas des Cosaques recèle tous les ingrédients de la tragédie historico-romantique. Ce peuple de cavaliers émérites, épris de grands espaces et de liberté, est pittoresque à souhaits, avec ses manteaux et ses chapkas, son goût pour les danses virevoltantes où l'on se met de grandes claques sur les talons en jonglant avec des poignards et la sauvagerie légendaire de ses mœurs.
Au-delà de l'imagerie à la Tarass Boulba – dont Gotlib et Alexis dressèrent naguère un portrait hilarant dans Cinémastock –, les Cosaques furent durant des siècles des pillards et des mercenaires qui ont terrorisé les populations du sud de l'Ukraine, tantôt pour le compte de chefferies éphémères, tantôt aux service des ambitions du tsar qui leur confiait le contrôle des marches méridionales de l'empire.
Lors de la guerre civile qui suit les révolutions de 1917, ils prennent logiquement le parti des blancs contre les rouges et font partie des vaincus ; le nouveau régime se livre dans leurs anciens territoires à une “décosaquisation” aux allures de génocide. Réfugiés en Europe de l'Ouest ou dans les États croupions créés à l'Est de l'Europe sur les territoires perdus par la Russie, de nombreux Casques ruminent leur défaite, la perte de leur statut de privilégiés du tsarisme, et leur haine du communisme. Lorsque l'Allemagne nazie s'attaque à l'Union soviétique, ils ne se font pas prier pour se ranger aux côtés de la Wehrmacht, mais lors de cette guerre, ils se livrent eux-mêmes à de nombreux crimes de guerre, contribuant à l'entreprise nazie qui fait presque 27 millions de morts dans la population soviétique.
Autant dire qu'après guerre, au moment où débute le récit des Cosaques d'Hitler, il n'y a pas grand monde en Europe, et encore moins en URSS, pour pleurnicher sur le sort de ces prisonniers de guerre particuliers. Staline veut leur peau, et l'immense majorité des Soviétiques les considère comme des traîtres historiques. Les Britanniques qui en ont la garde ont d'autres chats à fouetter.
Bref, les soldats de sa gracieuse majesté appliquent les ordres. Churchill a conclu avec Staline des accords concernant le partage des zones d'influence entre les Alliés en Europe ; les Cosaques prisonniers à l'Ouest font partie du marchandage. Pour ne pas séparer les familles, et malgré une tentative de mutinerie sévèrement réprimée, ils sont tous livrés à l'Union soviétique. Les chefs sont pendus et les autres finissent au Goulag. Une tragédie pour les nombreux civils, femmes, vieillards, enfants qui sont broyés dans la machine à fabriquer l'homo sovieticus.
Les rares survivants ne sont libérés qu'après la mort de Staline, en 1953.

Pour raconter cette belle et triste saga, Valérie Lemaire invente une histoire d'amour entre un nobliau écossais au grand cœur et la petite fille du général cosaque Krasnov. Histoire contrariée par les événements historiques, comme de bien entendu.
La scénariste connaît son affaire, et a potassé sérieusement son sujet à voir l'importante et pertinente bibliographie qu'elle produit pour chacun des albums. Sa précision rend le récit vivant et crédible. Certains moments sont vraiment réussis, comme la partie du récit qui se déroule au Goulag.
En revanche je ne partage pas son indulgence pour la famille Krasnov, présentée comme de joyeux combattants de la liberté en lutte légitime contre le totalitarisme stalinien. Dommage qu'ils l'aient fait sous l'uniforme vert de gris et aux ordres d'un système qui considérait les Slaves comme des « sous-hommes ». Peut-être que la plupart des Cosaques n'étaient que des abrutis ignorants, aveuglé par leur haine des Bolchéviks. Mais les propensions fascisantes des Krasnov sont plus qu'avérées (un des petits neveux du général devient l'un des tortionnaires de Pinochet après 1973). Être une victime n'empêche pas d'avoir été un bourreau… Mon sens de l'empathie s'émousse face à ce genre de spécimens d'humanité.

Le dessin des deux albums est agréable, avec une ligne claire maîtrisée et lisible. Les deux couvertures, aux allures d'affiches de film hollywoodien des années 1950 collent au sujet et au genre du récit, mais je ne peux pas dire que je les trouve belles.

En résumé, voici un récit achevé, qui garantit une lecture agréable et instructive. Je n'en conseillerais l'achat qu'aux amateurs fanatiques de la période, mais il mérite d'être emprunté et ferait bonne figure dans une bibliothèque municipale ou dans le CDI d'un lycée.

Nom série  Seraphin Cantarel  posté le 05/03/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Non
Note Note: 2/5 (Bof, sans plus)
Je suis pleinement d'accord avec Mac Arthur et Paco. Après deux albums, je confirme que les enquêtes de Seraphin Cantarel n'ont rien de palpitant, et c'est une litote indulgente…

En ce qui concerne la réalisation de l'album, rien à dire, les auteurs connaissent leur travail.

Il s'agit d'histoires policières du genre que l'on affectionne chez France Télévision pour les séries télévisées grand public du samedi soir. Pour donner le ton, on est plus dans l'ambiance Louis la Brocante que dans un épisode des Petits Meurtres d'Agatha Christie. C'est très plan-plan et les héros ne se distinguent pas par leur originalité. Il faut dire que les histoires se déroulent dans la France giscardienne des années 1970, ceci explique peut-être cela.

Le problème vient effectivement des scénarios, qui pêchent par leurs incohérences.
Je ne veux pas spoiler les albums, mais franchement, la perspicacité des conservateurs du patrimoine n'a d'égal que l'incompétence des flics, et leur clairvoyance tient du prodige ! Autant dire que la manière dont ils résolvent les énigmes en deux coups de cuillère à pot à partir de l'antépénultième planche n'est absolument pas crédible.
Mais, comme par ailleurs les énigmes n'ont rien de vraiment accrocheur, le lecteur que je suis s'en est désintéressé depuis un moment et il est pressé d'y mettre un terme…

Reste quelques jolis paysages, mais ce ne sont que des décors. Bien que les deux héros soient conservateurs du patrimoine, ce fait est sans rapport avec les intrigues et n'est qu'un pâle prétexte pour expliquer leur présence sur les lieux des crimes.

Vite lu, vite oublié. C'est si plat et inintéressant que pense que je pourrais reprendre les albums dans un mois et tout redécouvrir.
Un avant goût d'Alzheimer…

Note réelle : 1,5/5

Nom série  Dark Museum  posté le 01/03/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 3/5 (Pas mal)
Encore une « série concept » chez Delcourt ! Le principe d'une série d'albums écrits par un même groupe de scénaristes et illustrés par différents dessinateurs fait recette depuis que Frank Giroud a créé Le Décalogue en 2001. Alcante s'est déjà illustré dans ce créneau avec la série Pandora Box, plutôt réussie, et a collaboré avec Gihef pour la série Complot, nettement moins brillante à mon sens.

Encore une série autour de l'art ! Le topic « Peinture et tableaux en bande dessinée » renvoie 123 séries et albums sur bdtheque. Par exemple, la collection "Les Grands peintres" en cours de publication chez Glénat compte déjà 15 albums qui décryptent, avec plus ou moins de bonheur, la vie de peintres célèbres.

Autant dire que le concept cette nouvelle série suit des sentiers battus, et qu'il ne partait pas gagnant en terme d'originalité…
Ici, les auteurs choisissent un tableau, disons étrange, autour duquel ils bâtissent une fiction. Il s'agit d'inventer une histoire horrible sur la vie des personnages que le peintre a représentés. Chaque album est bien sûr un one-shot qui peut se lire indépendamment de tous les autres.

Ce premier opus est construit autour d'American Gothic de Grant Wood. Chacun connait ce tableau où deux ploucs austères du Midwest posent devant une ferme traditionnelle. La laideur figée et l'air chafouin des deux rednecks, leur tenue vieillotte, la fourche aux allures de trident du pécore, le rigorisme religieux qu'ils affichent, les ont transformés en symboles d'une certaine Amérique, traditionaliste, puritaine et xénophobe, dès la présentation du tableau en 1930.
Cette image, que le peintre a bâti comme une caricature, a souvent été reprise et détournée. En réalité, Grant Wood a fait poser sa sœur et son dentiste devant une maison de style “gothique charpentier” qui lui avait tapé dans l'œil… Il voulait juste représenter les gens dont il imaginait qu'ils pourraient habiter une telle maison.

Gihef et Alcante réinventent à leur tour un récit autour de ces deux personnages qui n'ont rien de réel… Et c'est heureux d'ailleurs, car leur histoire est particulièrement gratinée. Le récit, commencé comme une chronique sociale des années de crise agricole (dans l'univers des Raisins de la Colère), sombre dans l'horreur et le gore, du style Cannibal Holocaust, et l'on comprend pourquoi il faut se méfier des péquenauds aux allures de pasteur consanguin lorsqu'ils se baladent avec une fourche.
Même avec des personnages mutiques et peu expressifs, malgré quelques rebondissements capillotractés et de nombreuses ellipses, le récit reste fluide et son rythme soutenu.
L'histoire ne se prend pas au sérieux, et distille une bonne dose d'humour noir. On est dans une série Z qui accumule tous les poncifs du film d'horreur rural, mais l'ensemble s'avère bien plus digeste que je ne le craignais.

Les illustrations de Stéphane Perger, que j'avais déjà remarqué sur Sir Arthur Benton, font passer la pilule. Bien sûr, c'est assez gore, et le rouge éclabousse certaines planches, mais il n'en fait pas trop – c'est mon avis, très subjectif, chacun jugera en fonction de sa sensibilité – et les scènes d'extérieur font souvent penser à l'Amérique banale et paisible d'un Edward Hopper.
American Gothic est donc un album plutôt attrayant sur le plan visuel, mais il reste déconseillé aux âmes sensibles et aux enfants.

Alcante annonce déjà les autres opus de la série. Le Cri d'Edvard Munch, dessiné par Luc Brahy, est achevé et devrait être publié très prochainement. Suivront L'angélus de Millet, illustré par Steven Dupré, et La Leçon d'anatomie du docteur Tulp de Rembrandt, mais ils ne sont pas encore en chantier.
Suite à ce premier album, je crois que j'y jetterai un œil curieux et plutôt bienveillant.

Nom série  Le Retour  posté le 01/03/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Cristobal se tue dans un mystérieux accident de voiture sur une route déserte, provoquant un deuil général dans son île natale. Cet artiste célébrissime n'y est revenu qu'après de nombreuses années. Il s'y est installé afin de la transformer tout en la protégeant de la rapacité des promoteurs immobiliers. Un flic mène l'enquête sur les circonstances de l'accident, ce qui permet de retracer le parcours de cette gloire locale à coups de flashbacks.

Sous l'apparente simplicité d'un trait semi-réaliste et d'un scénario construit comme un biopic, Bruno Duhamel se livre ici à un exercice périlleux. Cristobal est très humain, très entêté, très autoritaire, très artiste aussi, ce qui ne le rend pas forcément sympathique, mais c'est un personnage que l'on n'oublie pas. Cette fiction est fortement inspirée de la vie d'un artiste réel, César Manrique, mais l'auteur admet dans sa préface qu'il a réinventé le personnage.

J'avais apprécié les dessins souples de Duhamel dans Les Brigades du Temps. Il conserve ce trait, mais prend ici le temps de livrer de grandes cases très contemplatives. La mise en couleur, très habile, alterne les ambiances monochromes et les tons éclatants, en fonction des différentes époques, ou des états d'âme des personnages.

Le retour est une réflexion qui enchaîne plusieurs thèmes. L'histoire de Cristobal est une peinture vivante traitant pêle-mêle du monde moderne, du progrès social, de l'hybris de l'artiste, du bien public, du pouvoir, de la protection de la nature, de la paternité…
En somme, c'est une BD qui se lit d'une traite et très facilement, mais dont les thématiques sont bien plus complexes que sa forme ne le laisse paraître.

Cet album atypique est surtout très intelligent, sans être pédant, ce qui est une qualité rare.
Une belle découverte.

Nom série  Célestin Gobe-la-lune  posté le 15/01/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Non
Note Note: 2/5 (Bof, sans plus)
N'exagérons rien, malgré toute l'admiration que je porte à Lupano, nous ne sommes pas au niveau du chef d'œuvre qu'est De Cape et de Crocs, loin s'en faut…

Je n'ai pas vraiment réussi à m'attacher aux protagonistes. Surtout pas à ce morveux sentencieux, queutard et arriviste de Célestin, dont les sautillements incessants me font davantage penser à un Spiderman qui aurait abusé de la caféine qu'à un bouillonnant Cyrano, un peu hors-sujet. Ni à ces greluches dont il convoite la main ou qui lui tournent autour, lesquelles ont autant de charisme qu'une volée de collégiennes capricieuses. Ni à Gysmonde, la méchante trop plate pour être drôle. Le seul que je trouve un peu rigolo, c'est Maurice Ier, le roi lutteur et viveur. En fait, Lupano, qui fut plus inspiré, aligne les clichés des contes de fées et des récits de cape et d'épée sans parvenir à s'en jouer.
Ses dialogues manquent de sel, même dans les envolées poétiques de Célestin, inspirées des écrits de quelques rimailleurs sélénophiles inconnus du XVIIIe.
J'ai quelquefois souri, mais pas ri…
Le manque de charisme des personnages et la platitude des situations finit par nuire à l'histoire, dont les péripéties molles ne ménagent guère de surprise quant à la conclusion trop vite expédiée.

Le dessin ne m'a pas emballé non plus. Corboz a le trait épais, et il se montre plus à l'aise dans les décors et les cadrages acrobatiques que dans la peinture des individus. Ce genre de récit débridé devrait privilégier les mimiques théâtrales, les grimaces outrancières de la commedia dell'arte. Mais Corboz ne parvient pas à illustrer les expressions caricaturales qui auraient donné de la densité aux acteurs.
Et beaucoup de scènes nocturnes émaillent le récit, allusions à la Lune obligent. Pas très judicieux, d'autant plus que la colorisation est réalisée au gros pinceau. Du coup, l'ensemble s'en trouve assombri et les détails sont peu lisibles.

Célestin Gobe-la-lune est une aimable pochade, correctement réalisée, dont la lecture fait passer un moment, et ce n'est peut-être pas si mal, mais c'est un peu court… La parodie n'est pas à la hauteur de ses ambitions lunaires.
Pourquoi la Lune d'ailleurs ? Je n'ai pas bien compris…

Nom série  Rebels  posté le 14/01/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Non
Note Note: 2/5 (Bof, sans plus)
Je partage largement l'avis de Mac Arthur : « Rebels aurait pu devenir un très grand album » (enfin, je suppose).

Différents dessinateurs illustrent quelques épisodes de la guerre d'indépendance, dans des styles inégaux, mais en conservant une certaine unité, grâce à la colorisation en particulier. L'ensemble est lisible et attrayant, même si les décors sont souvent estompés.
En chef d'orchestre de l'ensemble, Brian Wood donne de la cohérence à ce recueil. L'histoire de la guerre de Seth Abbott n'est pas mal, les autres récits plus décousus. Wood a développé un sens du récit qui fait toujours mouche, fondé sur les anecdotes de la petite histoire et la mise en valeur des sans-grade.
De plus, comme il l'explique lui-même, en évoquant le feu sacré et l'aspiration à la liberté qui animaient les premiers Américains, l'auteur nous parle de l'Amérique d'aujourd'hui. Une vision politique iconoclaste et peu conventionnelle se découpe en filigrane derrières ses histoires de coureurs des bois embarqués dans des enjeux qui les dépassent.

Cependant, je n'ai pas retrouvé dans Rebels ce qui m'a plus dans DMZ ou dans Northlanders.
Wood semble très au fait de l'histoire de la guerre d'indépendance américaine, ce qui n'est pas le cas du lecteur européen que je suis (je ne suis pas certain que tous les lecteurs soient beaucoup plus compétents sur ce point outre-Atlantique). Bien sûr, la guerre est finalement peu montrée, le récit est entrecoupé de longues ellipses, et l'on s'attache surtout aux pas de quelques protagonistes qui ne voient les événements que par le petit bout de la lorgnette… Mais ne pas saisir les allusions au contexte m'a gêné et le scénariste ne fait aucun effort de pédagogie. Au lieu de discuter des subtilités de la colorisation de la couverture, je crois que les bonus auraient dû consacrer quelques pages à une sérieuse mise en perspective historique.
L'autre aspect qui m'a gêné, ce sont justement ces ellipses, ces allusions, ces accélérations du récit, ce flou assumé qui font finalement naître l'indifférence en ce qui concerne le sort des personnages, trop superficiellement esquissés pour qu'on s'y attache. Peut-être que l'auteur est trop à l'aise avec son sujet, peut-être qu'il abuse des effets expérimentés dans DMZ
Finalement, c'est l'excès de ce qui me passionne dans les œuvres précédentes de Wood qui rend ce récit fade.

En somme, je suis assez déçu par rapport aux attentes que la signature de Brian Wood avait suscitées. J'ai même failli ne donner que deux étoiles à ces Rebels. Mais ça reste du travail honnête, et si je ne lui donne qu'un 2,5/5, il vaut un peu mieux qu'un « Bof, sans plus ». En revanche, je n'en conseille pas l'achat, n'étant pas sûr de le relire avant longtemps.

Nom série  Valérian  posté le 25/12/2016 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Les aventures de Valérian, agent spatio-temporel font partie de ces rares séries du répertoire classique que l'on peut lire, et relire, et re-relire à différents âges en y prenant un plaisir toujours renouvelé.
Il n'est pas si commun, en effet, de rencontrer des personnages qui proposent plusieurs niveaux de lecture, suscitent des sentiments si changeants et ne dévoilent leur complexité qu'au fil du temps.

Adolescent, je me souviens que j'étais fasciné par l'univers de la série, alors intitulée Valérian, agent spatio-temporel, mais souvent agacé par ce héros souvent maladroit et lourdaud, qui n'assumait pas son statut de super-agent macho et se laissait ridiculiser et rabrouer par sa compagne…
Devenu adulte, j'ai appris à apprécier le couple constitué par Valérian et Laureline, deux personnages traités à égalité par leurs auteurs, ce qui était rarissime à l'époque… et je suis tombé amoureux de la jolie rousse, plus mature que son compagnon un peu primaire.
Ayant atteint un âge (un peu) plus avancé, elle me paraît finalement bien rigoureuse et souvent casse-pieds, face à un Valérian plus fantaisiste et finalement attachant malgré (ou à cause) des ses défauts…
J'espère que, dans un lointain futur, arborant une longue barbe blanche et enfin enfin touché par la grâce de la sagesse, j'aurai encore une autre vision de cette série !

L'autre attrait de Valérian réside dans l'incroyable richesse des univers créés par Christin et Mézières. Ils ont inventé la trame du plus grand space opera jamais créé, souvent copié, mais jamais égalé. Le septième art leur doit énormément. Tous les Star wars et Star Trek du monde peuvent se rhabiller ; ils n'arrivent pas à la hauteur de l'imaginaire débordant des deux auteurs, de leur bestiaire fantastique, ni de leur cosmographie délirante.
Il n'existe que peu de scénaristes pour reconnaître à quel point ils se sont inspirés de cette BD débordante d'inventivité. Seul Besson semble l'assumer honnêtement avec son Cinquième Élément ; ce n'est d'ailleurs pas un hasard s'il prépare une adaptation de Valérian pour 2017 (et j'espère qu'il ne foirera pas ce coup là !). Mais il est incontestable que beaucoup – pour ne pas dire tous (sauf peut-être Terry Gilliam) – n'ont pas l'imagination assez fertile pour s'en tirer seuls et qu'ils y ont puisé nombre d'idées.

Objectivement, je reconnais que série souffre ici et là de menus défauts, lesquels expliquent que je me contente de ne lui attribuer que 4 étoiles (allez : 4+ !) : quelques albums sont plus faibles, certains ayant mal vieilli, surtout les premiers, d'autres se bornent à recycler des lieux déjà explorés…
Le point d'orgue est atteint avec les deux diptyques “Métro Châtelet – direction Cassiopée” / “Brooklyn station, Terminus Cosmos” et “Les Spectres d'Inverloch” / “Les Foudres d'Hypsis”, aventure trépidante qui devient une réflexion eschatologique et métaphysique, dans laquelle Dieu revêt l'aspect de Hank Quinlan, le flic adipeux et corrompu joué par Orson Welles dans La soif du mal.
Mais cet acmé scénaristique ne prend du sens que parce qu'il est précédé par une série d'histoires courtes fourmillant d'idées inventives, surprenantes, géniales et saugrenues qui posent les bases de l'univers de Valérian et Laureline. Personnellement, je voue un culte particulier à “Bienvenue sur Alflolol”, fable écolo hilarante, et au tome 8, “Sur Les Terres Truquées”, qui nous fait douter des réalités spatio-temporelles de Galaxity.
Si le soufflé semble retomber après le tome 12, c'est juste parce que les auteurs savent enfin où ils vont et sont déjà en train d'envisager la fin de la série. Ils s'en donnent à cœur joie et leur imagination explose. Le ton est plus humoristique, la peinture en filigrane des travers de nos sociétés plus cinglante, les rebondissements plus tordus et la perception du multivers plus vertigineuse.
À partir du tome 18, “Par des temps incertains”, le fil conducteur de la série se précise et s'achemine tranquillement vers son point final, lequel donne une cohérence époustouflante à une série d'albums dont la rédaction s'échelonne sur presque quatre décennies. Chapeau !

Pour moi, Valérian s'impose comme une référence incontournable, digne de figurer au panthéon de la science fiction aux côtés des plus grandes œuvres.

Nom série  Les Tuniques Bleues - Des histoires courtes par...  posté le 11/11/2016 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 3/5 (Pas mal)
Je suis toujours épaté par ces séries qui n'ont jamais de fin.
Si leurs auteurs ont la chance de vivre très vieux, ce que je leur souhaite, Les Tuniques Bleues continueront probablement à vivre une nouvelle aventure publiée annuellement en octobre. Un monument du neuvième art, selon l'expression consacrée…
On ne peut pourtant pas dire que les scénarios se renouvellent. Mais à chaque fois Cauvin trouve toujours une nouvelle accroche et, autour des mêmes gags, il bâtit tranquillement un récit bien rythmé, que Lambil s'empresse de mettre en image avec la fluidité qui le caractérise.
Bref, ça force le respect !

Rien d'étonnant donc si, au moment où nos deux papys stakhanovistes sortent le soixantième album de leur série-mère, de nombreux auteurs talentueux ont souscrit à l'idée de leur rendre hommage en réalisant des histoires courtes.

L'ensemble est conforme à ce que l'on attend des Tuniques bleues.

Blutch, pacifiste grognon au grand cœur, essaie de déserter. Chesterfield, patriote et respectueux des ordres, le vilipende et le ramène au combat. Ces deux là sont les meilleurs amis qui soient, mais mettent un point d'honneur à le cacher. Toutes les histoires tournent autour de la confrontation entre ces deux caractères antagonistes, perdus dans l'horreur d'une guerre cruelle et fratricide.

Il est amusant de voir ces personnages archi-connus s'animer sous la plume d'autres auteurs aux styles très différents, du quasi réalisme aux Petits Mickeys à gros nez. C'est là qu'on se rend compte que finalement, c'est Lambil qui est le meilleur… J'aime bien cependant ce que font Maltaite, Collin, Schwartz et Bodard.
Les histoires, quant à elles, ne brillent pas par leur originalité, on sent que les auteurs admirent le travail de Cauvin et qu'ils mettent un point d'honneur à rester fidèles à l'esprit de son travail. Du coup, ils ne surprennent guère. À leur décharge, en soixante albums (ce qui doit faire à peu près 2640 planches), la question a déjà été bien creusée. Une mention spéciale, tout de même, pour Renaud Collin.

En somme, cet album ravira surtout les fans des Tuniques bleues, qui pourront ajouter un album à leur conséquente collection.
Aux autres, il pourra donner l'envie de (re)découvrir cette série devenue un grand classique.

Nom série  Le Dernier assaut  posté le 11/11/2016 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Je partage et corrobore l'avis de Mac Arthur, mais je pense que cet album est mieux que « pas mal ».

Tardi semble avoir bâti cet album autour de toutes les petites anecdotes navrantes qu'il a collecté sur la Grande Boucherie depuis le temps qu'il travaille son sujet. Le récit suit un brancardier français, mais s'écarte de ses mésaventures au gré de nombreuses digressions, toutes passionnantes et souvent inédites en bande dessinée.

Il rappelle, par exemple, le regard raciste porté par les Allemands sur les soldats noirs que les Français leur opposent massivement, parce qu'il vaut mieux sacrifier de semi-sauvages que de bons Gaulois… Ces combattants de l'empire, aussi redoutés que méprisés outre-Rhin, sont qualifiés de « honte noire » de la France. Lors du conflit suivant, les nazis n'en voudront même pas sur leur sol en tant que prisonniers de guerre, laissant aux Français le soin de les parquer sur leur propre sol.
Il met également en lumière le drame de ces unités britanniques constituées de soldats de petite taille, jugés inaptes au combat au début du conflit, puis recrutés quand les combattants viennent à manquer. Ces petits bonhommes dont l'état major décide qu'ils sont à même de compenser leur faiblesse physique par leur agilité et leur combativité supposées, sont dans les faits incapables de suivre physiquement les contraintes de la vie des tranchées. Épuisés, inefficaces et qualifiés de lâches, ils finissent parfois devant un peloton d'exécution pour faiblesse devant l'ennemi…
Il y a aussi ce sergent des Sturmtruppen, soldat d'élite allemand, nationaliste, droit dans ses bottes teutonnes, certain de la supériorité de la race germanique, qui préfigure à lui seul l'évolution politique de l'Allemagne dans les années qui suivent la guerre. Tardi, grand pacifiste dans l'âme, nous laisse entendre qu'il y a des ennemis qu'il aurait été préférable de ne pas épargner… C'est peut-être le message le plus fort de cet album ; l'expérience combattante ne rend pas meilleur.

C'est édifiant et écœurant à souhait. La guerre selon Tardi pue la mort et transpire la peur. Nul ne sait comme lui faire ressentir l'horreur et le désespoir de ce conflit interminable dont les protagonistes ne savent même plus les causes.

Alors, certes, s'il fallait retenir un seul album de Tardi sur le sujet, je pencherais plutôt vers Putain de guerre !, le plus complet, ou C'était la guerre des tranchées, le plus facile à lire, mais ce Dernier assaut reste du grand Tardi, que j'ai pris plaisir à lire et dont je sais que je le feuilletterai à de nombreuses reprises.

Nom série  Les Voyages d'Ulysse  posté le 01/10/2016 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 5/5 (Culte !)
Ne tournons pas autour du pot : ces Voyages d'Ulysse sont un pur chef d'œuvre !

Emmanuel Lepage est un auteur de bandes dessinées, voyageur et un peu aventurier, qui nous a déjà régalé avec le récit de ses navigations dans les mers australes (Voyage aux îles de la Désolation et La Lune est blanche), ainsi que dans les territoires interdits d'Ukraine (Un printemps à Tchernobyl). Ici, il revient à la fiction, et met en images sa version de l'Odyssée.
Un jeune peintre, Jules Toulet, erre sur les rives du Bosphore. Il fait la connaissance de Salomé, capitaine de l'Odysseus qui l'entraîne dans une étrange quête. Il s'agit de retrouver Ammôn Kasacz, un peintre dont la spécialité est la représentation de la Grèce antique, dont on a perdu la trace. Au fil de cette aventure, qui les entraîne à travers la Méditerranée, de Byzance aux Colonnes d'Hercule et d'Alexandrie à Ithaque, Salomé explique peu à peu pourquoi Ammôn Kasacz lui tient tant à cœur.
L'histoire est diablement prenante et se lit d'un trait. Le voyage au présent est entrecoupé de longs flashbacks éclairant le passé de la belle Salomé, femme libérée avant l'heure, éprise de l'Odyssée, grande voyageuse, et véritable héroïne de ce récit. Au final, son destin devient une belle leçon de vie.

L'attrait de cet album tient aussi dans la qualité des dessins, que dis-je des dessins ? des peintures !
Il y a l'immense talent d'Emmanuel Lepage, qui excelle dans la représentation des paysages de Méditerranée, des navires dans la tempête ou de la foule bigarrée des ports. Jules Toulet, le peintre qui voyage pour croquer la nouveauté et l'exotisme sur le vif, est son double de fiction. On sent que Lepage aurait aimé fouler le pont de l'Odysseus et parcourir les rues étroites des ports méditerranées au temps de la navigation à voile.
Mais le coup de génie, c'est de s'être associé avec le très grand René Follet, l'un des plus grand illustrateurs du neuvième art. C'est lui qui prête sa patte inimitable et immédiatement reconnaissable au vieil Ammôn Kasacz, le peintre qui rêve d'odyssées et de mythes antiques.
Le résultat est flamboyant, un ravissement pour les yeux tout au long de 219 planches ! Il n'y en a pas une que l'on n'aimerait pas encadrer…

Comme à leur habitude, les éditions Daniel Maghen se montrent à la hauteur pour donner un écrin digne au travail exceptionnel des auteurs. Un fort beau livre, solidement relié, avec quelques calques qui reproduisent des passages de L'Odyssée d'Homère, et un cahier graphique reproduisant les carnets de Ammôn Kasacz / René Follet.

Je crois que je tiens en mains l'album de l'année !

Nom série  Mort aux Vaches  posté le 01/10/2016 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
L'éditeur nous présente Mort aux Vaches comme un polar archi-classique, et comme un « hommage appuyé aux comédies policières des années 1970 ». C'est compter sans le talent et la malice d'Aurélien Ducoudray, qui n'en finit pas de m'étonner… En réalité, cet excellent one-shot est bien plus que cela !

Quatre truands se mettent au vert dans une ferme isolée, histoire de se faire oublier après un casse réussi. Mais les ploucs rugueux qui les abritent s'avèrent au moins aussi tordus et malhonnêtes qu'eux… L'histoire débute comme Canicule qu'Yves Boisset a adapté du roman éponyme de Jean Vautrin, en 1984.
Mais la comparaison s'arrête là car le scénariste s'empresse de moderniser la situation et de se jouer des codes du genre.

Il faut dire que l'histoire se déroule en 1996, alors que la crise de la vache folle décime le cheptel bovin français. Du coup le titre prend soudainement un double sens ironique.
On réalise vite que les personnages ne sont vraiment pas conformes à ce que l'on attend dans ce genre d'histoire. Le quatuor de braqueurs est composé d'une nymphomane fleur bleue, d'un culturiste doté d'un cerveau et de deux vieux chevaux sur le retour qui filent le parfait amour. Le cousin agriculteur rustique, passionné de sélection génétique, est littéralement amoureux de ses bovins. Et si le gendarme local est bien l'emmerdeur matois que l'on imagine, il est aussi un bon vivant débonnaire que l'on ne peut détester. Bref, les personnages sont tous dotés d'une vraie personnalité qui les rend très attachants.
Les dialogues méritent une mention spéciale… S'ils lorgnent ouvertement vers le style d'Audiard, on est bien loin des “hommages” lourdingues à la Chanoinat. Ducoudray multiplie les bons mots (extraits choisis : « Ils sont peut-être ploucs, mais pas complètement cons… Si tu leur mets un pascal sous le nez, ils vont pas se demander qui l'a peint, mais d'où il vient et surtout s'il a des frangins. », « – On dit plus “soviet” Madame Lucienne, c'est fini ça le cécécépé ! – Eh ben c'était bien la peine qu'on vote communiste pendant vingt-cinq ans pour que ça existe plus ! En tous cas, soviet ou pas, leurs bonnes femmes sont bien là ! Et une bonne partie mariée à des gars d'ici ! Y'a plus assez de femmes dans le coin ou quoi ? – Ben y'a plus que nous, Madame Lucienne ! Les jeunes elles font l'exode rural… », « – Franco du petit peuple ! – Ravachol de supérette ! – Guernica en carton ! – Mitterrandiste ! »…), mais ces aphorismes, il les remet au goût du jour ; l'ensemble est fluide, enlevé, souvent drôle…
Bref, sur une base classique, le scénariste échafaude une histoire solide, pleine de personnages truculents et de rebondissements inattendus.

François Ravard, déjà complice de Ducoudray pour Clichés de Bosnie et La Faute aux Chinois, reprend ses pinceaux et met ses dessins au lavis au service de ce polar rural. Son style un brin caricatural, moins réaliste que dans Les Mystères de la Cinquième République, colle parfaitement avec le ton du récit.

A coucher dehors, l'autre publication d'Aurélien Ducoudray, qui marque la rentrée littéraire du neuvième art, occulte quelque peu la sortie concomitante de Mort aux Vaches. C'est dommage car cet album est une belle découverte, qui mérite d'être lu.

Nom série  Les Nouvelles Aventures de Gai-Luron  posté le 24/09/2016 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 3/5 (Pas mal)
Quoi de neuf en 2016 ? Gai-Luron !

La mode est aux reprises des séries mythiques. Et il faut bien admettre que Gotlib nous manque. Tout le monde lui rend hommage, faisant de lui un vieux sage à la mode Maître Yoda, inventeur de la bande dessinée d'humour pour adulte, de l'absurde à la française et des dessins qui sortent des cases… Ça doit bien le faire marrer d'être ainsi panthéonisé de son vivant !
Bref, après la relance de Superdupont, voici que Gai-Luron, le chien-qui-ne-rit-jamais, renaît sous la plume de Fabcaro et Pixel Vengeur.

Gotlib a créé Gai-Luron en 1964, dans le magazine Vaillant (lequel deviendra Pif Gadget à partir de 1969). D'abord personnage secondaire, simple faire-valoir de Nanar, Jujube et Piette, il leur vole rapidement la vedette dès 1965 et a droit à sa propre série, déroulant ses aventures jusqu'à ce que Gotlib, lassé de dessiner, abandonne le personnage en 1986. Ce n'est pas sa meilleure série – pour cela, il faut lire la Rubrique-à-Brac – mais le style du maître est déjà là dès l'origine et il serait grotesque de bouder notre plaisir.
Ouvertement inspiré du Droopy de Tex Avery, Gai-Luron est un chien paresseux, stupide et maladroit, dont les actions sont systématiquement vouées à l'échec pour la plus grande joie du lecteur hilare devant tant de bêtise. Cela fait presque un-demi siècle qu'il tente de trouver l'âme-sœur. Il jette d'abord son dévolu sur Mademoiselle Dolly, supplantée par Belle-Lurette, sans jamais parvenir à la séduire. Gai-Luron reste un éternel soupirant, malgré l'évidente grosseur de son désir, difficilement cachée dans un slip dans le 11e et dernier album de la série initiale.

Pour Les nouvelles aventures de Gai-Luron, Fabcaro, l'un des scénaristes d'humour les plus doués de sa génération, reprend l'histoire là où elle en était restée et met en scène un Gai-Luron toujours aussi désireux de conclure avec Belle-Lurette… Bien sûr, les choses ne sont pas plus simples en 2016 qu'en 1986, et notre héros rame toujours autant.
Fabcaro parvient à retrouver le ton décalé, verbeux et absurde de Gotlib, sans céder à la tentation de trop moderniser le propos. Il conserve donc le ton mi-ringard, mi-novateur des premiers albums. On ne hurle pas systématiquement de rire, mais, pour être honnête, dans Gai-Luron selon Gotlib non plus… Certains gags sont tout de même très réussis et justifient à eux seuls l'achat de cet album.

Pixel Vengeur est un dessinateur surdoué, capable de plagier n'importe quel auteur. Je reconnais que les histoires de Black et Mortamère sont faibles, mais il faut admettre qu'au niveau de l'illustration, il touche sa canette, et depuis longtemps. Avec un bon scénario, il est capable de prodiges.
Ici, il s'applique sagement à imiter le style de la série d'origine et y parvient de façon plus qu'honorable (voir l'ensemble de derviches grecs de la page 45). Son trait manque juste un peu d'épaisseur (mais ce sera réglé s'il utilise un stylo plus épais).

Je salue donc la sortie de ce premier tome des nouvelles aventures de Gai-Luron qui réanime un personnage emblématique de la bande dessinée d'humour et contribue, un peu, à combler le fait que Gotlib nous manque.

Nom série  A coucher dehors  posté le 24/09/2016 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
À coucher dehors est un des très bons albums de la rentrée, avec un propos pertinent et des personnages très humains.

Amédée et ses copains de galère, Prie-Dieu et La Merguez, vivent sous les ponts dans des tentes “2 secondes” crasseuses. Ils font taches sur les quais de Seine, alors les autorités rêvent de les délocaliser loin du regard des touristes…
Alors que la police s'apprête à les embarquer, Amédée apprend fort opportunément qu'il hérite d'une vieille tante, laquelle lui lègue un pavillon de banlieue. Sauvé de la rue ? voire… car en prime, il doit s'occuper du jeune Nicolas, trisomique passionné par l'espace et admirateur compulsif de Youri Gagarine !

Aurélien Ducoudray est un scénariste touche-à-tout et multigenre (Clichés de Bosnie, Bob Morane Renaissance, Mobutu dans l'espace…). Avec À coucher dehors, il écrit un récit solide, d'apparence simple, mais qui multiple les rebondissements, s'achève sur un bel effet de suspense et laisse traîner quelques interrogations qui donnent furieusement envie de lire la suite.
Surtout, il invente une galerie de personnages attachants, très humains, à la fois compatissants et égoïstes, raisonnables et immatures. Des gens presque ordinaires, que l'on pourrait croiser quotidiennement, mais avec un brin de folie qui leur confère un supplément d'âme romanesque. Ducoudray leur invente ce qu'il faut d'exagération et de cliché pour les rendre intéressants, et il les dépeint avec beaucoup de tendresse, même quand ils incarnent la laideur du monde (l'huissier-commissaire priseur, le flic…).
Peut-être qu'avec des auteurs comme Lupano, il est en train d'inventer la « bande dessinée sociale ». Un ton adulte, mais sans prétention, léger et grave. Ou l'inverse.

Une petite remarque, pour Erik, qui dit préférer Neil Armstrong à Youri Gagarine : le cosmonaute était incontestablement instrumentalisé par la propagande de PCUS, mais son exploit et ses discours ont fait rêver toute une génération ; le voyage vers la Lune d'Armstrong était la réponse du camp capitaliste, tout aussi prompt à dégainer l'idéologie derrière le rêve… Alors Gagarine, pourquoi pas ? Nicolas ne me fait pas l'effet d'être un grand idéologue politique, mais dans sa bouche, les paroles du premier cosmonaute prennent des airs de poésie.

Le dessin léché et expressif d'Anlor, déjà complice de Ducoudray sur l'excellent Amère Russie, participe grandement au charme de cet album. J'aime bien son approche réaliste, avec une pointe de caricature assumée qui donne un vrai caractère aux personnages. Anne-Laure est une auteure qui conquiert ses lettres de noblesse au fil des albums, et devient une des grandes signatures du neuvième art, à suivre absolument.

Je recommande donc chaudement ce premier volume d'un diptyque dont j'attends d'ores et déjà la suite avec impatience.

Nom série  Simon du fleuve  posté le 19/09/2016 Modifier cet avis Achat conseillé ? Non
Note Note: 2/5 (Bof, sans plus)
Pour la première fois, l'intégrale de Simon du Fleuve, qui vient enfin d'être (ré)éditée en trois tomes, est disponible… Je l'ai lue, dans l'ordre, et, révérence parler, je me suis copieusement emmerdé !

Grosse déception avec cette série que je n'avais jusqu'alors parcourue que par bribes, et dont j'avais gardé un bon souvenir. À l’époque de la parution dans Tintin, j’ai lu certains épisodes (pas tous, car il manquait toujours un numéro de la revue), et, à travers cette lecture décousue, j’avais apprécié la vision du monde post apocalyptique développée dans Les esclaves ou Cité NW n°3. Peut-être ai-je lu cela avec mes yeux de préadolescent naïf… Franchement, mon regard de vieux con s’est décillé et Simon du Fleuve a fort mal vieilli.

D'une part, il y a ce personnage, Simon, avec sa crinière blonde qui vole au vent et sa moustache de jais, qui traîne son mutisme contemplatif et son humanisme écologiste dans un monde post-apocalyptique peuplé de survivants plus ou moins belliqueux. Auclair s’efforce de le rendre très humain ; ArzaK a raison lorsqu’il évoque un « Jeremiah » qui serait doté d’une famille et qui vieillirait comme « Buddy Longway ».
Mais à force d’être humain, ce brave Simon, avec ses rêves de babacool éleveur de chèvres sur le Larzac, devient ridicule. Il est super gentil et ne rêve que de faire le bien, un peu comme un Rahan du XXIe siècle, mais en moins inventif, et pas combattif pour un sou, pacifisme oblige (et puis Rahan, lui, ne m’a jamais ennuyé)… Dans certains albums, Simon du Fleuve est si fort dans son rôle d’antihéros qu’il n’apparaît presque pas et ne sert à rien dans le récit !

D’autre part, il y a les scénarios, fades et mal rythmés… Aux longues séquences muettes succèdent des scènes de dialogues et d’action vite expédiées, comme si Auclair s’ennuyait à raconter des histoires.
Le point d’orgue du grand n’importe quoi est atteint dans les albums du retour de la série après dix années d’interruption (c’est le troisième volume de l’intégrale). À la fin des années 1980, Auclair a décidé que l’univers d’anticipation qu’il a construit pour Simon ne l’intéresse plus ; entretemps, il a commis des albums comme Bran Ruz ou Celui-là, avec un ton plus adulte et moins tourné vers le récit d’aventure. Alors il nous gratifie d’une bouillie philosophico-moraliste imprégnée de références shamaniques et celtisantes. De longues sentences en voix off assènent d’interminables aphorismes mystiques dignes d’un vieux sage asiatique. On n’y comprend rien et le pire c’est qu’on s’en fout (en gros, je vous résume : « la nature c’est bien, il faut être gentil et vivre en harmonie avec elle, mais seul le sage peut comprendre ces mystères… »). Il réussit le tour de force d’être à la fois gnangnan et pédant, étonnant non ? La lecture des albums 6 et 7 (en réalité 7 et 8, intitulés L'éveilleur et Les chemins de l'Ogam) m’a été un calvaire.

Reste le dessin… Typique de l’époque, sans grande personnalité en fait. C’est moins bon que du Derib ou du Hermann, sans comparaison avec du Giraud. En plus, vers la fin, le trait est submergé par de nombreux aplats noirs, avec beaucoup de scènes en clair obscur, mal servies par une colorisation tour à tour criarde et pâlichonne, donnant un ensemble trop sombre. Malgré tout, il y a dans Simon du Fleuve quelques belles scènes avec de grands espaces dignes des meilleurs westerns.

Au final, cette série est trop marquée par l’esprit des années 1970, et je pense que les derniers albums étaient déjà ringards au moment de leur parution.
Les fans de Jeremiah Johnson s’y retrouveront un peu. Les écologistes post-soixante-huitards y puiseront quelques évocations nostalgiques. Les curieux y discerneront l’esprit d’une époque…
Quant aux autres, ils risquent fort d’être déçus. Aux amateurs de récits post apocalyptiques, je conseille de s’en tenir aux deux premiers recueils de l’intégrale, mais sans s'attendre à être ébahis.

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