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Nom série  Le Huitième Jour  posté le 15/12/2016 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Et le Diable raconta...

Les péchés capitaux, les jours de la semaine, les continents, les sacrements... Le nombre sept est profondément ancré dans la culture et les traditions européennes. Il a ainsi fallu sept journées à Dieu pour modeler le monde. Mais que s'est-il passé le jour d'après ? C'est à cette question que répond Daniel Torres dans Le huitième jour !
Nous connaissons l’anecdote... Le premier jour, Dieu dit « Que la lumière soit ! » et la lumière fut. Constatant le néant qui l'entourait, il conçut le Ciel, la Terre et les océans. Le deuxième jour, il ajouta les étoiles, le suivant, les végétaux. Le quatrième jour, il dessina le Soleil et la Lune. Le cinquième, il donna vie aux animaux et le sixième à l'Homme. Enfin, il finit son œuvre en sanctifiant le septième d'un repos bien mérité ! Mais, n'ayant plus rien à accomplir, il commença à s'ennuyer... Pour se divertir, il créa donc le Diable, et lui imposa de raconter, chaque jour, une histoire. Ce fut le huitième jour.
Cette intégrale, compilation des deux tomes édités par Casterman en 1993 et 1997, présente huit nouvelles graphiques : La ville en flammes, sur fond de magouilles financières et d'appât du gain ; Les rois, questionnements sur la survie de l'espèce à travers l'anthropomorphisme ; Le cœur fugitif, évoquant progrès social et machinisme ; Le pirate terrible, s'enfonçant sur les mers où les plus atroces truands font régner la terreur ; Noir est l'hiver, influencé par les légendes et la littérature chinoises ; La ballade de Rose De España, western dans un décor de théâtre ; La peau du chasseur, huis clos dans l'univers de la taxidermie et Pictura est, basé sur les scissions entre religion et inquisition.
Un concept original, où l'auteur se joue constamment des codes, que ce soit dans la forme ou dans le fond. D'abord, en axant son propos sur le chiffre huit qui, comme une boucle, revient toujours, du début du premier récit, le huitième jour, à la fin du dernier... qui est le huitième, avant de se répéter... Ensuite, dans le choix que Dieu, après avoir fondé un monde parfait, équilibré et d’une grande beauté, se délecte de drames racontés d’un ton critique, cynique et teinté d’humour noir par son alter ego maléfique. Divers thèmes sont développés et trouvent tous une issue funeste : assassinats, cataclysmes, guerres, exterminations, violence, tortures, ostracisme, batailles...
Graphiquement, Daniel Torres s'ancre dans la tradition de la ligne claire. Il se démarque par un traitement intelligent de la colorisation qui facilite la lecture : utilisation de dégradés de gris dès que les deux protagonistes digressent et de couleurs lorsque l'on entre dans l’histoire contée par le Diable. Là encore, la nuance est intéressante pour séparer le fil du récit des bonds faits par le narrateur dans le temps, ainsi que pour différencier les interlocuteurs dans les bulles.
Indéniablement, cette bande dessinée n'a rien perdu de son efficacité ! Le lecteur se prend vite au jeu et, à l'instar de Dieu, attend impatiemment la nouvelle intrigue de Satan... À lire ou à relire !

Nom série  Louis parmi les spectres  posté le 15/11/2016 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Ces fantômes qui nous guettent !

L'enfance est une période étrange, bercée par l'insouciance, mais où l'on commence à appréhender un monde inconnu qui nous paraît encore immense. Pas après pas, on apprend de nos expériences quotidiennes, assimilant ce que nos sens enregistrent. À travers Louis parmi les spectres, Fanny Britt et Isabelle Arsenault se sont intéressées à ces instants où l'on s'expose à des problématiques d'adultes...
À onze ans, Louis prend conscience de ce qui l'entoure, de la séparation de ses parents, du mal-être d'un père alcoolique pleurant à longueur de journée, d'une mère qui ne cesse de s'inquiéter pour le moindre détail, de l'obsession de son frère pour la soul américaine, et de choses propres à son âge : ses sentiments pour Billie, une camarade de classe aimant les livres et la solitude, l'amitié, la découverte de son environnement... Autant d'ectoplasmes qui tournoient autour de lui et hantent ses nuits et ses journées. S'éveillant au monde, le regard qu'il porte sur la société change... Il perd progressivement ses illusions de bambin et s'aperçoit qu'il faut une sacrée dose de courage pour grandir !
Fanny Britt nous soumet un conte attachant, rempli de tendresse. La poésie du langage est d'une candeur romantique, même si le propos traité est cruel : l'apprentissage de la vie, avec ses vicissitudes auxquelles nos aînés doivent faire face, n'est pas de tout repos ! Ce récit parle de la transition : entre deux âges, entre une mère et un père, entre ville et campagne, entre joie et déception...
Derrière ses pinceaux, d'un trait simple, fin et léger, Isabelle Arsenault livre une partition graphique parfaite. Elle saisit l'ambiance et la restitue dans ses choix de mise en page et de point de vue : des plans larges et des cases épurées pour valoriser les situations et l'emploi d'une typographie propre à chaque personnage. Bien que les planches soient principalement en noir et blanc, les couleurs, pour certaines scènes, donnent du sens à l'ensemble. Elles retranscrivent les émotions du protagoniste principal : du jaune, plus chaud, pour évoquer Billie, au bleu, plus froid, lorsqu’il s'agit des diverses apparitions.
Ils sont nombreux les spectres de l'existence, les non-dits, quelquefois à peine perceptibles, et pour les décrire, l'une a les mots, l'autre les nuances... De ce mélange résulte un album dont la lecture, addictive, fait réfléchir tout en laissant rêver !

Nom série  La Petite Fille et la Cigarette  posté le 15/10/2016 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Le tabac tue moins que la bêtise !

Surprotection de l'enfance, lutte contre le tabac, probité écologique de masse dans des villes polluées à l’extrême ou concept de téléréalité poussé à son paroxysme, et si cette société qui nous semble encore lointaine ne l'était pas tant que cela ? C'est, en tout cas, la version de civilisation que nous propose Sylvain-Moizie dans son ouvrage La petite fille et la cigarette.
Cette adaptation du roman de Benoît Duteurtre nous plonge dans un monde où l'enfant est sacré. Il constitue l'élément central de toutes les normes formelles, notamment l'interdiction de fumer dans l'ensemble des lieux publics pour ne pas lui porter atteinte. La marmaille est partout et l'absence de règles strictes à son encontre ne lui donne aucun cadre... Le moindre préjudice qui pourrait lui être porté est fortement réprimé par l’État !
Dans ce microcosme qui marche sur la tête, Désiré Johnson, un condamné à mort accusé de meurtre, réfléchit à sa dernière volonté : il demande une ultime cigarette... Une simple requête qui mène à un imbroglio judiciaire bloquant la procédure. Coincées entre le respect de la loi pour tous, y compris pour les prisonniers, et les activités illicites, les instances dirigeantes ne parviennent pas à trouver de parade. La pression médiatique et les lobbies du tabac s'emparent de l'affaire et lui offrent un écho qui n'arrange pas la situation...
Pendant ce temps, au cœur de la cité administrative, Benoît rend son rapport sur les méfaits de l’écologie. Fumeur invétéré et contestataire endurci, il combat l'establishment à sa façon, en assouvissant son besoin de nicotine dans les toilettes de son lieu de travail. Un hobby qu'il regrette amèrement le jour où il oublie de fermer la porte à clé et se fait surprendre par une jeune fille. Rapidement accusé de pédophilie, il entame une descente aux enfers à la chute vertigineuse ! Seul face à la doxa, il n'a plus qu'un recours pour échapper à son funeste destin : participer à la « Martyre Academy », une téléréalité organisée par des terroristes où les déviants se défient pour éviter d'être exécutés. Une compétition à la fin de laquelle seul l'un d'entre eux est gracié !
Traité sur le ton de l'absurde, ce récit, que l'on pourrait qualifier d'anticipation, est une critique acerbe de la bêtise humaine, dans le pur style de la fable kafkaïenne. Les pertes de repères de l'individu y sont légion ! L'auteur y évoque la prohibition, la dictature de l'émotion, l'inertie de l'activisme, la restauration de la peine de mort, l'avènement des inepties cathodiques... Tout en se projetant dans le futur, le scénario se base sur l'actualité : présence d'une « avenue du Président-Bush », un chien portant le nom « Sarko », un président dont les traits sont ceux d'un ancien chef de l’État français, une monnaie commune devenue l'« eurodollar »...
Derrière sa plume et ses crayons, Sylvain-Moizie nous livre une partition graphique originale, divisée en chapitres alternant les périples vécus par Désiré et ceux vécus par Benoît. Les deux protagonistes évoluent dans un cadre urbain, terre des bobos écolos, terni par l'hyper pollution. Les personnages aux visages déstructurés ajoutent une touche non négligeable au comique de situation qui bouleverse les normes sociétales établies. Le tout servi par un dessin simple, proche de la caricature.
L'univers fantaisiste du récit est prétexte à une bien étrange morale, si tant est qu'il y en ait une : fumer tue, mais pas forcément à cause du tabac...
Cette histoire, basée sur une inédite inquisition, mérite de rejoindre votre bibliothèque !

Nom série  Je suis un chat  posté le 19/09/2016 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 3/5 (Pas mal)
Derrière les moustaches d'un chat !

Thème d'actualité, les chats passionnent le public : vidéos qui circulent avec succès sur le net, ouverture de bars à chats où l'affluence est au rendez-vous ou encore multiplication d'ouvrages rendant hommage aux félins...
Cobato Tirol, dans Je suis un chat, n'échappe pas à ce phénomène de mode en choisissant d'adapter le célèbre roman de Natsume Sôseki dans lequel une boule de poils est prétexte à une analyse de la société japonaise du début du xxᵉ siècle !
La fourrure rayée, les oreilles dressées et les yeux grands ouverts, celui qui n'a pas de nom a été arraché très jeune à son foyer. Abandonné dans la nature et tiraillé par la faim, il pénètre chez Kushami, professeur de littérature anglaise et double de l'auteur du récit originel, qui lui laissera libre l'entrée de sa maison sans pour autant s'occuper de lui. Curieux, l'animal va suivre et tenter de comprendre le quotidien de cet homme atypique, nonchalant, s'essayant à l’écriture sans grande réussite, souffrant de l'estomac et doté d'un caractère difficile, mais aussi de son entourage : ses amis Meitei, l'espiègle fabulateur aux lunettes rondes, Yagi Dokusen, l'illusoire philosophe, les mesquins voisins Kaneda, riches industriels méprisant les classes inférieures, leur fille Tomiko, dont les caprices et l'égoïsme sont à l'image de l'éducation familiale, son ancien élève Kangetsu Mizushima, à qui les parents Kaneda veulent unir leur descendance, l'ami de Kangetsu, Tôfû Ochi, éperdument amoureux de Tomiko à qui il a dédié un recueil de poésie, Kuro, le chat du tireur de pousse-pousse et Mikeko, la chatte de l’enseignante de Koto. Plutôt égocentriques, ils ont tendance à ne pas s'écouter les uns les autres, restant chacun centré sur sa propre personne, et sont passés experts dans l'art de la digression...
Témoin de l’afflux des valeurs marchandes en provenance de l'Occident, essor qui influe sur la culture et les modes de vie du pays du Soleil-Levant, derrière ses moustaches, le protagoniste principal se révèle fin sociologue, observant avec perspicacité ce microcosme de façon détachée et souvent perplexe...
L'auteur nous propose un regard intelligent sur cette époque et ses contemporains, oscillant entre humour, ironie, drame, critique, sarcasme et absurdité. À l'instar des autres mangas, il axe son intrigue sur l'exagération, développant un univers à la fois réaliste et fantaisiste.
Des personnages aux dialogues, les éditions Philippe Picquier présentent une histoire fidèle au roman de Natsume Sôseki, à lire dans le sens de lecture japonais. Deux cent huit pages pleines de douceur, de richesse, de talent et de profondeur sur la nature humaine !

Nom série  Bobby change de linge  posté le 29/08/2016 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
De la chronique à la critique sociale !

Gravir l'échelle sociale, échelon après échelon, tel est l'idéal prôné par la civilisation moderne. L'ambition, la recherche du bonheur par l'obtention de biens matériels et la volonté de prendre en main son existence, quitte à aller à l'encontre de la voie pour laquelle on est programmé, voilà les thèmes développés par Hughes Barthe dans Bobby change de linge.
Bobby Pignolet n'est pas né au sein de la classe sociale qu'il aurait souhaitée. Issu d'un milieu populaire rural, il ne partage rien avec son entourage, mais lorgne sur la ville et la bourgeoisie. Depuis toujours, il porte en lui des choix et des valeurs familiales qui lui sont étrangers : du nom, imposé par ses parents en hommage à un personnage de Dallas, qu'il aurait préféré être celui d'un artiste, au quotidien de ses contemporains (abus de télévision, renfermement sur soi jusqu'au racisme, aversion pour les élites, alcool, tabac...).
Rat de bibliothèque passant ses journées à dévorer des livres, il rêve de devenir écrivain ! Cette lubie lui apporte les moqueries de ses pairs, plus intéressés par la gent féminine que la littérature. Il est rejeté, insulté et battu et ne pense plus qu'à une chose : vivre de sa plume et quitter les lieux.
C'est ce qu'il fait à l'âge de vingt ans. Tout en logeant dans un foyer pour jeunes travailleurs, il nourrit ses ambitions en trouvant une place dans une librairie. Le gérant remarque rapidement ses capacités et s'attache à lui au point de le faire entrer dans sa famille. Dès lors, le destin sourit à Bobby qui accomplit ses objectifs en épousant la fille de son patron. Cependant, bien qu'il atteigne enfin l'opulence et évolue dans la sphère intellectuelle sur laquelle il avait posé son dévolu, il s’aperçoit vite qu'il n'est pas si facile d'aller à l'encontre du déterminisme social...
À travers la poursuite de la prospérité et les tourments de Bobby, l'auteur s'interroge sur le monde actuel et les normes fondant son développement, la quête du pouvoir, la haine de l'autre, la peur de l'inconnu, les déviances, la reproduction sociale, la difficulté de se débarrasser de ses habitus, le reniement de ses origines...
Côté dessin, Hughes Barthe a opté pour une ligne héritée du roman graphique américain, peignant le tableau d'un jeune homme d'une sincérité déconcertante. Il propose au lecteur un album intelligent, qui nous pousse à réfléchir sur notre quotidien. L'histoire, au-delà d'être captivante, est parfaitement servie par un trait simple qui ne rend que plus attrayants ces personnages à la frontière entre l'attachement et l'aversion.


KanKr

Nom série  Azolla  posté le 15/07/2016 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Sous l'emprise des rêves !

Le cerveau humain est doué de pouvoirs que l'on ne soupçonne pas. L'impact du moral sur les songes peut se révéler incontrôlable !
Dans Azolla, Karine Bernadou s’intéresse à l’emprise du quotidien sur notre imagination, à ces instants où les pensées s’égarent dans les divagations.
Perdus en pleine nature, la plantureuse Azolla et son mari coulent des jours heureux dans leur maison campée sur une colline surplombant une rivière. Éloignée du monde et de son tumulte, l’imposante jeune femme aux longs cheveux bleus, aux pommettes roses et aux yeux en amande s'occupe du logis, du jardin et de ses animaux pendant que son conjoint part à la chasse toute la journée. Éperdument amoureuse et épanouie dans cette routine, elle ne peut cependant pas s'empêcher d'être inquiète pour son époux dont elle doute du bonheur. Le jour où il ne rentre pas, seule dans son lit, elle commence à digresser, élaborant des scénarios divers quant à la raison de cette absence : un tour joué par des ombres angoissantes l'épiant et se moquant d'elle, un complexe d'infériorité mûri par son compagnon plus petit qu'elle... Elle finit par s'imaginer se découpant en deux morceaux pour obtenir une taille plus adéquate à sa relation. Mais ceux-ci repoussent, et chaque fois qu'elle réitère l'opération, elle se multiplie, rendant un peu plus oppressante une situation qui l'était déjà. À l'étroit dans la modeste demeure, les Azolla en viennent à s’entre-tuer, se reprochant les unes aux autres l'état des choses.
À travers les déambulations cauchemardesques de son héroïne, l'auteure nous égare dans les méandres de l'esprit, entre rêve et réalité. Elle nous propose une fable muette et poétique, tortueuse, érotique, violente... Ce roman graphique, presque intimiste, est une réflexion sur la tentation charnelle, les troubles physiques, la culpabilité insensée, l'écrasante solitude ou encore l'équilibre du couple et la place que l'on y occupe. L’œuvre, très immersive, tire son intérêt de l'absence totale de paroles, permettant une libre interprétation des événements par le lecteur, chacun pouvant mêler sa propre expérience à la compréhension du récit.
Si l'histoire est originale, le dessin et la mise en page ne le sont pas moins ! Le séquençage en courts chapitres, les cases sans bords et à l'aquarelle, le trait expressif, suffisent à donner de la vie et des mots à l'intrigue. L'emploi d'une bichromie rouge et bleu offre à l'ensemble des accents de conte érotique, sombre et envoûtant.
Karine Bernadou prouve, par sa maîtrise du scénario, de l'illustration et de la couleur, sa qualité d'artiste accomplie.
Un livre inspiré et attrayant, à découvrir !


KanKr

Nom série  Holy Wood - Portrait fantasmé de Marilyn Monroe  posté le 17/06/2016 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 5/5 (Culte !)
Dans la peau de Marilyn Monroe !

Blonde, lèvres pulpeuses, sourire enjôleur, regard hypnotique, grain de beauté sur la joue gauche et formes voluptueuses, Marilyn Monroe est encore aujourd'hui un mythe. À la fois fascinante d'élégance et déroutante de naïveté, elle demeure l'objet de fantasmes et d'indiscrétions.

Tommy Redolfi fait partie de ceux que le sex-symbol intrigue. Dans Holy Wood, il en dresse un portrait atypique. Mais attention aux faux-semblants ! Holy Wood n’est pas Hollywood. L'auteur aime jouer avec les mots et distordre la réalité. Ainsi, dans son imagination, le bois de houx s'est transformé en bois sacré. Sacré, car c'est là qu'ont débuté les carrières des plus grandes stars de cinéma.

L'intrigue commence alors que la jeune et timide Norma Jeane Baker débarque dans cette sombre et angoissante forêt de résineux à la suite d'un casting sans promesses. Le moins que l'on puisse dire, c'est que l'endroit ne ressemble en rien à la terre sainte suggérée par le titre. Les logements de fortune et autres caravanes y poussent comme des champignons. De prime abord, il est difficile d'imaginer qu'un trou aussi lugubre et obscur soit le berceau des personnalités qui évoluent maintenant sous la lumière des projecteurs. Pourtant, elle y croit et s’accroche à ses rêves. Motivée par l'envie d'inscrire son nom à côté de ceux des gloires du septième art, elle vient s'installer dans ce lieu en état de délabrement où a éclos la reconnaissance cinématographique de tant d'autres. Les castings s'enchaînent, souvent infructueux, avant que les époux Wilcox, étranges fondateurs d'Holy Wood, lui ouvrent la porte menant sur le devant de la scène. Ainsi naîtra Marilyn Monroe, l’icône. Celle dont l'Histoire retiendra le cliché de la jupe qui se soulève sur une grille de métro ou son interprétation de « Happy Birthday, Mister President ». Mais cette reconnaissance a un coût, celui de se soumettre au monde du paraître. Marilyn Monroe n'a physiquement plus rien de Norma Jeane Baker. Elle a été façonnée pour plaire, à coups de marketing et de chirurgie esthétique. Le risque de vivre à travers les yeux des autres est de finir irrémédiablement dépossédé de qui l'on est...

Tommy Redolfi a pris le parti de développer une biographie revisitée de l'artiste, la dépeignant sous des traits sombres et tristes. Il nous offre un récit tumultueux de la vie de la star, composée de propositions professionnelles douteuses. Une existence régie par l'ostentation. Les références à la mode des télé-réalités ainsi que l'exploitation faite de son image, qui n'a pas fléchi cinquante-quatre ans après sa disparition, sont évidentes. Montages, détournements... Marilyn Monroe apparaît, dans cet ouvrage, telle une égérie de Photoshop avant l'heure. Pour autant, elle n'en reste pas moins touchante par sa candeur de façade et ses addictions cachant son mal-être : alcool, drogue et peines de cœur médiatiques (Joe DiMaggio, les frères Kennedy, Arthur Miller, Yves Montand...).

L'auteur s'amuse à inventer une histoire, mais aussi un univers fourni, basés sur le réel, nous laissant constater la parfaite maîtrise de son sujet. Intelligent, bien écrit, graphiquement très plaisant, voici un truculent album à consommer sans modération !

Nom série  Old Pa Anderson  posté le 22/05/2016 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
La loi du talion !

Lorsque l'Histoire vous a méprisé, exploité, souillé et rossé, la vie n'a plus grande importance. On prend chaque jour comme il nous parvient, sans en attendre quoi que ce soit, essayant de ne pas nous faire remarquer, pour conserver le moindre semblant de liberté qu'on nous accorde encore. Mais démunir un homme de sa dernière once d'estime de soi et de son ultime goutte d'espoir, c'est lui laisser nourrir l'aigreur de son existence. Celui qui n'a plus rien à perdre peut devenir extrêmement instable et dangereux !

Old Pa Anderson, d'Yves H. et Hermann, est de ces histoires. Ancrée au fin fond du Mississippi en 1952, elle décline le quotidien d'une bourgade fictive semblable à tant de villes du Sud. La ségrégation raciale y régit l'ordre des choses : d'une part les blancs, qui voient dans la couleur de peau une hiérarchie des races et de l'autre les noirs, contraints de subir la position la plus basse de cette classification qui leur a été infligée. Ils endurent leur condition sans se révolter, malgré les moqueries, l'humiliation et les sévices dont ils sont la cible.

La démarche nonchalante, fatigué par l'existence, le robuste Old Pa évolue dans ce contexte austère. Désabusé, il occupe ses journées entre bières et aventures extra-conjugales, sur lesquelles Old Ma ferme les yeux. La vie suit son court, aussi banale qu'elle puisse l'être, jusqu'à ce soir-là où Old Ma, épuisée, se couche plus tôt qu'à son habitude. Elle ne se réveillera jamais, laissant son mari inconsolable, avec cette idée qu'elle est morte de chagrin. Le couple traîne en effet un lourd secret. Huit ans auparavant, Lizzie, leur petite fille, a mystérieusement disparu sans qu'une réelle enquête ait eu lieu. Le shérif, portant en horreur ceux qu'il appelle « sales négros », n'a jamais voulu la mener. Aujourd'hui, il n'y a plus qu'Old Pa pour endurer ce fardeau et, alors que les funérailles de sa femme se terminent sous la grisaille pluvieuse, son voisin Otis lui révèle des informations concernant Lizzie. La tristesse va se transformer en colère ! Sa vie derrière lui et sans plus aucun parent pouvant subir des représailles, il perd ses dernières inhibitions. Armé d'une batte de base-ball, il part, seul, régler ses comptes. Interrogatoires brutaux, traques, exécutions de sang froid... Une chose est sûre, personne n'en sortira sans séquelles !

Dans cette nouvelle collaboration familiale, Yves H. nous propose un scénario qui, sans être original, s'avère efficace. Les dialogues sont réduits au strict nécessaire, les rapports humains sont évoqués judicieusement et la violence gratuite de l'époque est retranscrite avec une distanciation ne la rendant que plus proche de la réalité. Les témoignages sur lesquels il s'est appuyé pour l'écriture l'ont aidé à construire un univers injuste et sans morale. Un récit brut, illustrant le racisme sans raison qui a sévi dans le sud des États-Unis au cours des années 50, avec le Ku Klux Klan en toile de fond.

Côté graphique, Hermann n'est pas en reste. Il nous livre un dessin à l'aquarelle, parfaitement maîtrisé. Avec des ambiances sombres et lugubres en couleurs directes, il offre des images aux mots, des visages aux oppresseurs et aux opprimés, et une définition de la haine, infondée et sanglante. Visuellement, ces quelques planches permettent de donner un contexte émotionnel à cette honteuse page de l'Histoire si souvent impersonnelle !

Nom série  Churubusco  posté le 24/04/2016 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Larmes de poussière !

L'Histoire a des recoins obscurs, hantés par des massacres, et relégués à l'oubli par des souvenirs sélectifs. Dans son ouvrage Churubusco, Andrea Ferraris a choisi de réhabiliter cette bataille du même nom à travers un récit qui sent la poudre, le sang et le sable chaud.
Située à dix kilomètres au sud de Mexico, la petite localité fortifiée sera le terrain, le 20 août 1847, de la phase finale d'une guerre engagée par les États-Unis pour s'emparer de la Californie. Après la défaite de Contreras, le général Winfield Scott et les forces mexicaines s'y sont repliés dans le couvent de la ville.
Ce document atypique, au-delà d'évoquer une page d'histoire oubliée, s'intéresse à un bataillon renégat du contingent américain : les San Patricios. Constitués d'immigrés irlandais, espagnols et polonais, ils ont rejoint les lignes mexicaines, excédés par les discriminations et les traitements dégradants que leur infligeaient les gradés yankees. Manquant de munitions, dans les rangs mexicains, les officiers Bravos tentent à plusieurs reprises de sortir le drapeau blanc pour signer la reddition. Les San Patricios s'y opposeront, préférant mourir sous les plombs, conscients de risquer la cour martiale pour désertion s'ils se rendent à l'ennemi.
Entraîné au cœur de ce conflit dont il ne maîtrise rien, le jeune Rizzo fait partie de la colonne yankee qui poursuit les dissidents. Fraîchement débarqué sur le Nouveau Monde, ce Sicilien fuyant la misère, s'est engagé motivé par la promesse de la citoyenneté américaine et des terres. Pourtant, viendra le moment où lui aussi devra opter pour un des deux camps. Devant les murs de Churubusco, dernier bastion rebelle, il est temps de choisir sa guerre.
On connaît l'apogée de cet épisode : les États-Unis écraseront, non sans mal, leurs adversaires. L'ouvrage ne fait cependant pas surprise de ce résultat, s'ouvrant sur le massacre des San Patricios avant de revenir sur les événements antérieurs qui ont mené les deux armées à s'affronter à Churubusco. Pour l'auteur, ce développement est prétexte à mettre en exergue la violence et les injustices envers les autres populations sur lesquelles se sont appuyés les États-Unis pour imposer leur puissance.
Pour illustrer son propos, Andrea Ferraris a adopté un trait gras, proche du crayonné, ainsi qu'un dessin en noir et blanc parsemé de quelques planches aux tons sépia. Un plaisir visuel dont le lecteur a tout le loisir de profiter grâce au peu de dialogues nourrissant ces quelques 200 pages.


KanKr

Nom série  Alcoolique  posté le 20/03/2016 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
La passion du goulot !

L'écrivain et l'alcool... Une longue histoire d'amour ! Mais la bouteille est une mélancolique amante, à la fois déesse inspiratrice et harpie de solitude et de désenchantement. Une lente déchéance que Jonathan Ames et Dean Haspiel nous racontent dans Alcoolique.
Adolescent, Jonathan A. a succombé aux charmes de la chopine qui lui est, depuis, restée fidèle. Une bien triste compagne ! Si cette romance le désinhibe et lui offre une meilleure estime de lui, elle se termine toujours par des gueules de bois et des matins abhorrés ! Le voilà définitivement pris au piège de cette dépendance dont il ne supporte pas les effets.
Le récit débute à la suite d'une de ses dernières débauches éthyliques. Jonathan émerge dans une voiture en compagnie d'une petite vieille, dont les attentes charnelles sont pour le moins explicites, et d'un mal de crâne pas plus séduisant. Cette scène nocturne est d'autant plus insolite qu'il n'a aucun souvenir de la manière dont il s'est retrouvé là. Il ne patientera pas pour en avoir la réponse et, lorsque la police frappera aux carreaux du véhicule, fuira les lieux sans se retourner. Enterré dans le sable, à l'abri d'un ponton, le temps que les choses se tassent, il tentera de recoller le puzzle en replaçant une à une les pièces manquantes. Ainsi commence sa mésaventure, celle d'un enivrement quotidien par besoin, mais aussi dans le but de s’éclipser de sa propre existence.
Ses pérégrinations éthyliques l'ont mené sur une pente qu'il est plus facile de descendre que de remonter. L'ivresse du week-end, en compagnie de Sal, son ami d'enfance, est devenue un rituel plus fréquent qui le traîne vers des errements crépusculaires. L’accoutumance est bel et bien là et les cures de désintoxication ne peuvent rien y changer. Sans se plaindre de son sort, se contentant de constater sa progressive dégénérescence, il enchaîne, impuissant, les étapes de la vie une par une : des relations amicales et amoureuses complexes, des tragédies familiales, des black-out... L'alcool soigne ses traumatismes enfouis, tout en lui laissant de nouveaux stigmates !
Malgré le côté dramatique du sujet, les auteurs nous proposent un délectable moment de lecture. Intelligemment bien écrit, on ne sombre pas dans l’apitoiement ou la tristesse. Le protagoniste principal, au rythme de son auto-analyse, nous livre un bilan réaliste de son existence sans chercher à l'enjoliver. Il ne se cache jamais derrière des excuses et nous conte les faits avec un regard d'une grande lucidité. Une confession tendre, intime, drôle et parfois pathétique, qui se termine sans aucune morale, sinon celle qu'il n'y aura aucune échappatoire !
Côté dessin, Dean Haspiel nous offre un magnifique roman graphique, en noir et blanc, d'une paradoxale sobriété pour un ouvrage errant pourtant dans les méandres de l'addiction. Le travail des décors et de la mise en scène place le lecteur dans une position de spectateur observant les différentes étapes de cette chute vertigineuse. Aussi rythmé que l'intrigue, le trait assuré du dessinateur retranscrit à merveille les difficiles lendemains de cuite de Jonathan.
Quant à la mise en page, les éditions Monsieur Toussaint Louverture ont réalisé un très beau livre avec une couverture mi-carton embossé, mi-toile imprimée. Un dédoublement rappelant, encore une fois, la double vie de l'antihéros de cette histoire.
À consommer avec immodération !


KanKr

Nom série  Le Fantôme de Gaudi  posté le 27/02/2016 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Gaudí, l’œuvre sanglante !

Lorsque l'on parle de Barcelone, on pense forcément à Antoni Gaudí tant il a laissé son empreinte sur la ville, mais aussi sur les rails de son tramway. C'est à ce tragique événement, qui mit fin à son existence, qu'El Torres et Jesús Alonso Iglesias font référence à l’entame de leur récit.
Le Fantôme de Gaudí débute avec le sauvetage d'un vieillard, dont l'impact avec une voiture est imminent, par une jeune caissière nommée Antonia. Un prénom qui n'est pas sans suggérer celui de son homologue masculin. Alors que les autorités ne trouvent aucune trace de l'homme, celle que l'on surnomme Tony, se réveillant à l’hôpital, apprend que l'accident s'est déroulé à l'endroit même où est mort le célèbre architecte. Elle est, dès lors, embarquée dans une funèbre enquête au centre de l’œuvre de Gaudí. Suivant plus ou moins volontairement la piste spectrale du maître, elle devient témoin de meurtres atroces par leur mise en scène. Chose étrange, les crimes sont toujours commis au sein d’édifices réalisés par Gaudí. Le premier a lieu à la Casa Vicens où un inconnu est retrouvé attaché à une fenêtre, les intestins répandus sur le sol et le corps gravé d'une obscure inscription : Sol Solet... Voici une troublante instruction qui s'annonce, menée par l’inspecteur de police Tondu, dit « Le chauve » qui suit les cadavres semés à travers la ville jusqu'à la Sagrada Familia.
Ce récit, divisé en chapitres, liés chacun à un endroit précis de Barcelone, est l'occasion d'une visite de l’œuvre d'un artiste aux créations démentes. Le lecteur est un touriste largué au cœur de l'art nouveau, relevant au fur et à mesure les indices historiques disséminés par les auteurs. L'intrigue développée par El Torres, bien que classique, fonctionne. Si certaines zones d'ombre persistent concernant notamment le dessein de l'assassin ou le passé des protagonistes, dont la biographie n'est qu'effleurée, on se laisse entraîner dans les traces de l'héroïne. Ici, l'évocation des structures sorties de la tête de Gaudí prend rapidement le pas sur le scénario et l'on sent que l'investigation policière est prétexte à une errance dans l'univers gaudiesque.
Ce sentiment est vite renforcé par le dessin de Jesús Alonso Iglesias. Des couleurs vives aux personnages expressifs, servis par un trait dynamique, tout est sujet à rendre hommage à l'architecte. Le dessinateur saisit la ville et ses monuments dans un style semi-réaliste d'une grande richesse, nous offrant quelques cases aux allures de souvenirs photographiques.
Si ce voyage à travers la métropole espagnole touchera sans doute plus par l'illustration que par l'histoire, cette visite macabre de Barcelone ne demeure cependant pas inintéressante !


KanKr

Nom série  Dérangés  posté le 24/01/2016 Modifier cet avis Achat conseillé ? Non
Note Note: 3/5 (Pas mal)
Du coq à l'âme !

Il y a des œuvres aussi dérangées que dérangeantes où les mots s'effacent derrière les images. Dérangés de Violaine Leroy, au titre évocateur, est de celles-ci. Elle agit sur le lecteur à son insu.
Construit en trois actes, le récit met en situation trois individus marginaux torturés, qui ne se connaissent pas, et pour qui l'art a une forte emprise sur leur existence.
Le gardien de musée ouvre l'histoire. Méticuleux, précis et maniaque, son quotidien est progressivement bousculé quand il perd la maîtrise des choses qui peuplent son appartement. Lorsqu'il rentre chez lui après sa garde, leur nombre, leur place, rien n'est pareil à ce qu'il a laissé en partant.
Judith entre à son tour en scène. Insomniaque, sa perception du monde est subjective. Elle n'arrive pas à dissocier ses songes de la réalité, au point de ne pas discerner les visages de ceux qui l'entourent.
Nenad vient ensuite compléter ce tableau surréaliste. Maçon retraité, sa vie est bouleversée par une illumination face à l'art contemporain. Tout sera dès lors pour lui prétexte à en devenir, au détriment de sa famille qu'il finit par délaisser. Empreint de tourments, leur quotidien est sujet à des digressions chimériques au tréfonds de l'esprit humain à la recherche d'un sens à l'existence.
Leurs destins s'entrecroisent, se mêlent, jusqu'à atteindre l'apogée de ce voyage initiatique lors d'un dernier chapitre où, enfin réunies, les pièces du puzzle vont s'emboîter.
Comme s'il était difficile de tenir le fil des événements, l'auteur les enchaîne en oubliant parfois des transitions en route. De cette façon, elle évoque les maux de l'âme ou l'incapacité des protagonistes à se concentrer. Elle emporte son public dans les méandres de la folie avec un récit dense et oppressant, malgré le minimalisme des dialogues.
À travers cette épopée immersive, Violaine Leroy interroge l'impact que la création artistique peut avoir sur l'être humain. Tel l'art pouvant être insaisissable, les parcours des personnages le sont aussi. Souvent dépassé par l'histoire, le lecteur erre dans leurs péripéties en ressentant leurs souffrances. Les nombreuses pages s'avalent d'une traite tant il nous faut obtenir des réponses et saisir ces sentiments qui nous sont étrangers.
Le dessin, quant à lui, aiguise les sens du spectateur en jouant avec les émotions. L'anarchie du trait, la déconstruction des planches et le noir et blanc renforcent l'aspect angoissant, intriguant et hypnotisant de cette fable schizophrénique. Le travail incontestable réalisé concernant l'esthétisme de l'ouvrage a pour finalité que l'image l'emporte sur la narration.
Les éditions de La Pastèque nous proposent encore une fois un objet particulier et énigmatique, intéressant, mais qui risque d'en déconcerter plus d'un.


KanKr

Nom série  Le Maître d'armes  posté le 12/12/2015 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 5/5 (Culte !)
La Bible et l'épée !

1537, à la charnière du Moyen-Âge et de la Renaissance, Hans Stalhoffer, Gauvin de Brême et Casper convoient de quoi faire chanceler le dogme catholique en place : une bible traduite en français ! Errant dans les montagnes jurassiennes, l’enseignant d'escrime déchu escorte ses deux compagnons protestants en direction de la Suisse pour y imprimer cet ouvrage suscitant tant de convoitises. Un voyage qui sera loin d'être une sinécure ! Et pour cause, la chasse à l'homme est vite lancée contre ces hérétiques, sous l'impulsion d'un émissaire de la Sorbonne qui envoie sur les traces de Hans, à qui il voue une haine farouche, une horde de montagnards. Face à cette belliqueuse compagnie, les statistiques ne sont pas en faveur des trois proies, mais ce serait oublier que le vieux guide fut le maître d'armes de François Ier. Expérimenté et encore vif, il est bien décidé à traquer ceux qui l'ont pris pour cible.
Bien que la trame du récit s'axe sur cette course poursuite, les auteurs explorent, à travers Le Maître d'Armes, la dualité. Une opposition que l'on retrouve tout au long de l'intrigue : l'affrontement des papistes et des réformistes, l'épée contre la rapière, l'ancienne génération lettrée et pessimiste sur la société face à la nouvelle, candide mais optimiste.
Derrière cette aventure impitoyable et sanglante, Xavier Dorison nous livre une réflexion sociopolitique sur un monde en pleine mutation. Diffuser à tous les saints écrits, jusqu'alors uniquement disponibles en latin, en des termes que chacun peut comprendre était un immense pas que beaucoup de détenteurs de la parole divine n'étaient pas prêts à franchir de peur de perdre le contrôle et le pouvoir que leur conférait la connaissance d'une langue qu'eux seuls maîtrisaient encore. Profondément d'actualité, le propos qu'il développe montre combien les sujets gravitant autour de la spiritualité sont sensibles et cloisonnés par des instances religieuses minoritairement favorables au changement.
De son trait fin, précis et dynamique, Joël Parnotte orchestre à la perfection l'action, notamment par un découpage magnifique des cases. Par des cadrages serrés et intimistes, laissant place aux regards détaillés avec minutie, jusqu'aux vues panoramiques magistrales des montagnes balayées par l'hiver, il fait tour à tour partager au lecteur les émotions de ses personnages et l'ivresse des grands espaces. On est saisi par l'ambiance glaciale, austère et nocturne, mais aussi par le travail réalisé sur les postures de combats, traduisant un gros labeur de documentation tant les séquences semblent chorégraphiées.
Voilà une œuvre très immersive, qui dépasse le cadre de la bande dessinée pour flirter avec la mise en scène cinématographique !


KanKr

Nom série  La Cavale du Dr Destouches  posté le 29/11/2015 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Dans la plume de Céline !

Qui ne connaît pas Louis-Ferdinand Céline ? Si ce n'est par ses écrits, du moins par son impertinence et son parcours sulfureux d'auteur prolifique, condamné par contumace pour des pamphlets, rédigés sous l'Occupation, jugés antisémites ? Une infréquentabilité qui n'a rien à envier à son talent, au point que l'œuvre qu'il a produite est devenue consubstantielle à l'homme qu'il était.
Dans La cavale du Dr Destouches, Christophe Malavoy s'est intéressé à la période où Céline, menacé de mort, fuit la France alors que les alliés débarquent sur le territoire. Pour conter cet événement réel, il s'inspire de la trilogie allemande du médecin de Medon (D’un château l’autre, Nord et Rigodon). Féru de celui qui s’autoproclamait anarchiste, humaniste, défenseur des faibles et des opprimés, il nous en brosse un portrait élogieux, oubliant qu'il oscilla pourtant entre la personnalité du Docteur Destouches et celle de Mister Céline.
L'exode du thérapeute répudié, qui le verra parcourir l'Europe de juin 1944 à mars 1945, s'ouvre sur une planche où on le trouve au fond de son lit, l'allure négligée, renfermé sur lui-même et cloîtré volontairement dans la solitude. Le moral au plus bas, il maugrée en ressassant ces missives assassines qui s'entassent dans sa boîte à lettres. L'aigreur grandissante, il cogite sur la façon de redorer son image en faisant taire les calomnies à son encontre. Mais pour l'heure, les alliés passent les portes de Paris et il est urgent de penser à sa survie et celle de sa famille. Le temps d'attraper sa femme Lucette, son chat Bébert, et les voilà sur la route, accompagnés de l'acteur pétainiste Robert Le Vigan, en direction de Copenhague pour récupérer quelques lingots d'or cachés au début de la guerre. Le voyage ne s'avérera pas une sinécure... L'équipée devra, avant de mettre la main sur le précieux magot, faire halte à Baden Baden pour obtenir des faux papiers qui leur permettront d'entrer au Danemark, ou encore trouver gîte au château de Sigmaringen où se sont réfugiés le Maréchal Pétain et son gouvernement bafoué.
Cette épopée, truculente et haletante, nous entraîne pour dix mois d'errance, dans des conditions précaires, à travers une Allemagne nazie en pleine décadence, peuplée d'êtres corrompus, fourbes et sans scrupules.
Pour le dessin, Christophe Malavoy a fait appel à Paul et Gaëtan Brizzi, deux sommités du film d'animation français, dont le crayonné monochrome sert formidablement le récit. Le choix du noir et blanc, proche du story-board, retranscrit à la perfection une ambiance angoissante et oppressante que le lecteur ressent planche après planche, au rythme de l'exil des protagonistes. De plus, l'expression et les mouvements détaillés des différents personnages qu'ils côtoient révèlent leurs sombres desseins ou leur malaise face à la situation de chaos dans laquelle ils évoluent.
Voici une bonne adaptation de ce que l'histoire a reconnu comme la fuite de Céline, auteur maudit, empêtré dans des opinions extrêmes et contradictoires, boycotté par l'univers littéraire. Quant à la question : collabo ou opportuniste ? Sans doute trop célinien, Christophe Malavoy a botté en touche !


KanKr

Nom série  Stern  posté le 04/10/2015 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Intrigue à six pieds sous terre !

Haï, craint, mis à l'écart, le fossoyeur n'est pas le personnage le plus reluisant des westerns. Il n'en est, en tout cas, jamais le protagoniste principal.
En se jouant des règles établies, les frères Maffre nous livrent, à travers Le croque-mort, le clochard et l'assassin, une fiction à contre-courant où l’ensevelisseur de cadavres occupe le premier rang. Et des cadavres, il va en être semé quelques-uns tout au long de cette aventure.
L'histoire s'ouvre sur une courte mise en abyme, quelques années auparavant, à l'époque de la guerre de Sécession, avant que nous retrouvions Elijah Stern en 1880, vacant à ses occupations professionnelles dans le cimetière d'une petite ville du Kansas. Évoluant parmi un panel de personnages caractéristiques (un shérif, des prostitués, des clochards, des pochtrons, etc.), il est plutôt atypique. Sans chapeau haut de forme ni vautours tournoyants autour de lui, il se démarque des autres par une psychologie subtile. Bien que solitaire et insignifiant, pour ne pas dire morne, cet homme calme et peu causant se révèle observateur et érudit, troquant volontiers ses services contre un livre à travers lequel il pourra s'évader. Un antihéros singulier, loin des archétypes du croque-mort, qui ne possède ni arme ni monture.
Lorsqu'on l'appelle pour l'inhumation de l'ivrogne Charles Bening, décédé dans le lit d'une catin du bordel de la bourgade, ce n'est qu'un coup de pelle de plus pour Elijah Stern. Pourtant, quand la veuve du disparu, membre de la ligue de tolérance, lui demande d'effectuer une autopsie pour montrer les dommages de l'excès d'alcool aux buveurs excessifs, le fossoyeur n'imagine pas à quel point ce choix va changer le cours des événements. Progressivement, l'intrigue va faire appel au passé et nous découvrirons combien les souvenirs ont laissé des traces indélébiles.
Frédéric Maffre nous propose ici un récit noir et décalé, revisitant le western avec un scénario rythmé et une ambiance pesante. Tout en s'orientant vers le policier, le cadre et les protagonistes respectent les codes du genre que Julien Maffre a su graphiquement mettre en exergue par son excellent coup de crayon au trait fin, savamment exagéré notamment au niveau des visages volontairement anguleux. L'esthétique des décors de Far West est elle aussi retranscrite avec talent dans des couleurs sobres. Le cadrage et le découpage sont parfaitement agencés, alternant les petites cases intimistes et les grandes scènes en plongée.
Une collaboration réussie qui se poursuivra dans une prochaine aventure de Stern dont on attend déjà impatiemment la sortie !

Nom série  Trashed  posté le 24/09/2015 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 5/5 (Culte !)
L'envers de la société de consommation !

Après Punk Rock et mobile homes et Mon ami Dahmer, Derf Backderf nous fait visiter, avec Trashed, les coulisses des sociétés modernes. Un envers du décor peu reluisant, exhumé de ses souvenirs, où s'entassent jour après jour les poubelles de l'humanité. L'histoire est tirée de son expérience, entre 1979 et 1980, en tant que ripeur.
Alors qu'il vient de stopper ses études, J.B., 21 ans, traîne chez ses parents dans une banlieue de l'Ohio. Souhaitant quitter le domicile familial pour ne plus subir les pressions de sa mère, il parcourt les petites annonces et finit par se retrouver engagé comme éboueur contractuel au côté de Mike, un ancien ami de lycée, et de protagonistes hauts en couleur tels que Wile E., Magee, Marv et Betty le camion-benne.
Le temps des deux cent quarante pages constituant l'ouvrage, nous suivons leurs tournées sous la pluie, la chaleur étouffante de l'été ou les tempêtes hivernales glaciales. L'auteur nous immerge dans l'intimité de nos boites en ferrailles, mais aussi dans le quotidien de ceux qui les ramassent, confrontés aux torpilles jaunes (bouteilles en plastique pleines d'urine lancées par les camionneurs qui ne veulent pas s'arrêter pour ne pas perdre une seconde), à la prolifération d'asticots, aux sacs-poubelle mal fermés ou bon marché qui se déchirent, aux habitants les plus dérangés de la ville, aux chiens errants et aux bureaucrates qui dirigent la cité à coups de magouilles, copinage et corruption, les poussant à réaliser des travaux qui sortent du cadre du métier : ramassage de gros objets et d'animaux morts sur la route, transport de bois pour les amis de la direction, etc. Par des anecdotes croustillantes et des chiffres plus qu'édifiants, il ne se contente pas de nous conter une histoire, il questionne l'évolution des ordures au fil des années, le recyclage et la biodégradation. Il pose un regard critique, empreint d'un certain humour noir, sur la société de l'obsolescence, du jetable et de l'emballage à outrance, en croquant avec mordant le devenir du contenu des sacs plastiques que nous déposons régulièrement devant chez nous.
Habitués à voir disparaître les amas de détritus de nos trottoirs dans les heures qui suivent leur dépôt, le processus de la collecte est un acquis dont nous aurions bien du mal à nous passer. Pourtant, l'impact sur la planète et notre avenir est loin d'être anodin, avec des décharges et des champs d’enfouissement toujours plus grands, une pollution en expansion notamment par l'écoulement de liquides toxiques dans les nappes phréatiques et des délais de décomposition bien trop longs. L'être humain, sans s'en rendre compte, vit au milieu de ses déchets. Finalement le constat est sévère : le recyclage est un grand mot... Bienvenue à l'ère du stockage des rebuts !
Derf Backderf signe ici une extraordinaire épopée de la moisson des ordures, mêlant l'expérience à la fiction et appuyant son propos par une documentation méticuleuse sur l'industrie de la poubelle, tout en continuant à évoquer les petites villes des banlieues américaines.
L'ouvrage est aussi l'occasion d'un retour à ses débuts dans le roman graphique en prolongeant son travail sur le sujet qui avait vu une première version de 50 pages récompensée par une nomination aux Eisner Awards.
Une pépite à lire incontestablement !

KanKr

Nom série  Le Cycle de Nibiru  posté le 10/07/2015 (dernière MAJ le 23/08/2015) Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 3/5 (Pas mal)
À sang pour cent !

La valeur par la rareté est une théorie bien connue en économie. Ainsi, plus un bien se raréfie plus il prend de la valeur et vice versa. Ceci est valable quelle que soit la ressource en question. Le principe a instauré les bases du commerce entre les différentes sociétés, mais aussi l'élaboration de nouveaux moyens pour obtenir ces richesses, obligeant les gouvernements à mettre en place des règles pour réguler les trafics.

Partant de cette hypothèse, Le cycle de Nibiru, s'ouvre sur La Loi du sang. Se projetant en 5612 après J.C., Izu nous immerge dans une saga de science-fiction où le sang est la préoccupation principale et la plus grande valeur de l'humanité. Indispensable suite à une infection généralisée de l'être humain, qui souffre désormais dès la naissance d'une anémie le condamnant à des transfusions sanguines hebdomadaires au risque d'expirer, il est devenu la source de toutes les appétences.
Pour éviter les dérives liées au précieux liquide, l'Empire a décrété la Loi du sang qui garantit à l'ensemble des citoyens une répartition égalitaire. Chaque ressortissant doit payer une taxe pour en bénéficier et ceux qui se le procurent hors des cadres établis risquent la peine de mort. Face à ces règles strictes et contraignantes, une partie de la population résiste et vient grossir les rangs des adeptes du culte de Xibalda, opposants à l'Empire qui adhèrent à d'anciennes croyances, voyant comme seul espoir, pour contrecarrer les plans de la prophétique légende de Nibiru (planète dont la collision avec la terre a été annoncée), la collecte de sang pour en faire l'offrande à d'antiques dieux : les Seigneurs du Sang.
Au cœur de ces dissensions entre l'Empire et les dévots des Seigneurs du Sang, la jeune Alicia Ek, vouée à devenir reine de l'Empire, est obligée de fuir suite au coup d’État échafaudé par le gouverneur Vucub pourtant proche du pouvoir. Dans son exode, touchée par des pertes de connaissance, elle plonge dans des réminiscences qui pourraient contenir des réponses à l'avenir de l'humanité enfouies au plus profond de son esprit et faire vaciller son attachement politique.

L'ouvrage est graphiquement réussi, proposant au lecteur un univers riche et complet, servi par un trait fin, précis et dynamique, retranscrivant une ambiance lourde et lancée à cent à l'heure, laissant très peu de place au répit ! Entre monde post-apocalyptique, aventure, complot, menace cyclique, lutte des classes, etc., sans être révolutionnaire, l'histoire est ambitieuse. Sans doute un peu trop, souffrant par instant d'un manque de transition qui rend difficile le repérage dans l'espace et dans le temps. Pour autant, malgré l'usage de quelques poncifs, on se laisse rapidement embarquer dans ce récit haletant, rythmé, inventif et ponctué de flash-back, qui s'interroge sur les sociétés en situation de survie (distribution des ressources, protection des privilèges, soulèvements revendicatifs face aux inégalités, puissance des religions en période de flou, etc.).
Quelles que soient les époques les luttes seraient-elles finalement les mêmes ?

Alors que, sur l'horloge de la fin des temps, les aiguilles s’apprêtent à boucler leur dernier tour de cadran, ce premier tome saura sûrement conquérir le palpitant de quelques aficionados parmi les inconditionnels du genre tel que Dune, Mad Max ou Waterworld.

KanKr


À feu et à sang !

Après La loi du sang, le diptyque du Cycle de Nibiru va enfin trouver son apogée dans La fin d'un monde. Izu et Mathieu Moreau ont repris plume et pinceaux pour boucler cette aventure apocalyptique ambitieuse se déroulant à tombeau ouvert.
Trois années ont passé depuis le dénouement du tome 1 et la lutte pour le précieux liquide rouge est toujours autant engagée entre les adeptes du culte de Xibalda et l'Empire. Alicia, qui a désormais rejoint les rangs de la résistance, est inlassablement pourchassée par le gouverneur Vucub Came. Il ne reste plus qu'une poignée de jours avant l'avènement de la funeste prophétie et chacun des camps joue la montre pour mener à bien son dessein. Les péripéties se succèdent, sans laisser de répit au lecteur embarqué dans cette saga : délivrance de Karmin, fils de l'ancien roi, pour le remettre sur son trône, prise de possession de l'arme Gaïa pour faire dévier la comète Nibiru, propagande de l'Empire pour imposer l'idée que la résistance est une secte obscurantiste, etc., le tout évoluant sur une partition de guerre du sang, oscillant entre le présent et le passé ponctué par les souvenirs d'Alicia, héroïne malgré elle de cette épopée dont elle a toujours été la clé.
Dans la lignée du premier tome, bien que le culte du sang demeure une question intéressante interrogeant sur le prix que vaut la vie humaine, le récit va vite, trop vite, si bien qu'on peine à s'identifier temporellement. Sans compter que les histoires imbriquées rendent l'intrigue confuse, empêtrée dans un chaos où les personnages se perdent dans une course contre le temps. Il était sans doute prétentieux de vouloir réunir en un seul volume les cinq derniers jours de l'humanité.
Pour autant, le dessin révèle encore une fois une maîtrise du sujet. Mathieu Moreau a une identité propre avec un trait futuriste dynamique, expressif et détaillé, judicieusement mis en valeur par une colorisation de Johann Corgié ajoutant la touche angoissante de cette fin programmée.
La qualité graphique de l'ouvrage, avec son monde d'une grande richesse rappelant les prophétiques sociétés mayas ou aztèques, rend d'autant plus regrettable son confinement dans un diptyque. L'univers du Cycle de Nibiru, qui ne demandait que son expansion, trouve dans cet opus un aboutissement à l'image de la série : bien trop rapide...


KanKr

Nom série  Rose de Paris  posté le 03/06/2015 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 3/5 (Pas mal)
Le portrait d'une folle époque !

Le jazz, le surréalisme, le mouvement dada, le music-hall, les festivités et l’enivrement caractérisent la période prospère de l'entre-deux-guerres marqué par la consommation, si ce n'est la surconsommation et les abus en tout genre. Paris, de Montmartre à Montparnasse, devient le symbole d'un renouveau culturel et artistique influencé par la culture américaine, un lieu de rencontres littéraires et artistiques.
Gilles Schlesser et Éric Puech nous entraînent au cœur des années folles dans un récit à la croisée de la chronique contemporaine, du polar et de la comédie de mœurs.
C'est dans ce contexte que Rose débarque de Quimper pour devenir demoiselle du téléphone au central Gutenberg de la rue du Louvre. Elle y rencontre Sidonie, sa nouvelle amie et colocataire, qui l’entraîne dans l'effervescence des nuits parisiennes. Du Bal Nègre à la Closerie des Lilas, elle s'immerge progressivement dans un milieu foulé par les écrivains, les poètes, les peintres, etc. Un cercle d'érudits truculents et bohèmes portés sur l'alcool, les stupéfiants et la débauche. Victor, après un énième larcin, sort lui du quai des Orfèvres. Ex-boxeur, devenu indic pour les services de police de la ville, il va rependre les gants pour s'attirer la sympathie d'un baron de la drogue local, jusqu'à devenir son chauffeur pour mieux épier ses faits et gestes. Deux parcours radicalement opposés qui vont s'entrecroiser sur fonds de trafics et de passions confuses.
Rose de Paris est une histoire de rencontres, de rêves et de désenchantements où la mise en scène d'une idylle amoureuse tumultueuse reste classique mais efficace par ses rebondissements. Paris, tour à tour fastueuse et populaire, vaste et intime, songe et cauchemar, se révélera au fil de la lecture sans nul doute le protagoniste principal de l'intrigue. Le nez chargé de cocaïne, le lecteur déambule, en noir et blanc, au cœur de la ville lumière qui s'emballe pour une aventure lancée à plein régime, évoquant le début du trafic de drogue, le syndicalisme, les premières luttes sociales pour l'égalité des salaires entre hommes et femmes ou la crise du logement. S'il est parfois difficile de suivre la chronologie du récit, il n'en reste pas moins un beau portrait de l'époque. Le dessin réaliste au lavis joue avec l'esthétique des années 30, conférant à l'ouvrage un charme nostalgique. Graphiquement vivant, le crayonné d'Éric Puech est chargé de détails servant le réalisme historique.
Une œuvre à lire, ne serait-ce que pour profiter d'un verre avec Léonard Tsuguharu Foujita, Moïse Kisling, Man Ray, Jules Pascin, Ernest Hemingway ou, la figure emblématique des années folles, Joséphine Baker !


KanKr

Nom série  Un certain Cervantès  posté le 07/05/2015 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
L'autre Don Quichotte !

Deux Don Quichotte, l'un au XVIème siècle, l'autre au XXIème, partageant la même quête : mener des combats pour des causes perdues d'avance... Deux Cervantès aux vécus passablement semblables malgré les époques qui les séparent... Et si Miguel de Cervantes et le personnage qu'il a créé ne faisaient finalement qu'un ? Cela donnerait sans doute un résultat proche de Mike Cervantès : un justicier des opprimés échoué dans une époque contemporaine. Ces destins, qui ne se croisent qu'à travers des errances oniriques, forment la trame du dernier ouvrage de Christian Lax. Une aventure dont le protagoniste principal partage les traits de Don Quichotte et de son auteur.

Tout au long du récit, il nous entraîne dans les pérambulations d'un redresseur de torts moderne écumant l’Amérique d'aujourd'hui sur sa fidèle Rossinante mécanique en compagnie d'un clandestin mexicain en qui il voit son Sancho Panza. Ancien cow-boy pour touristes, amateur de cannabis et vétéran d’Afghanistan, pays auquel il laissera un bras et l'ensemble de son unité comme tribut, c'est déboussolé et réfractaire à cette société dont il ne fait désormais plus partie que Mike découvre, lors d'un énième séjour en prison, Miguel de Cervantes et Don Quichotte de la Mancha. Dès lors son existence n'a de sens que si elle est mise au service des oubliés broyés par l'ultralibéralisme américain qui n'a de cesse de creuser le fossé entre les plus forts et les plus faibles. Reprenant le flambeau du chevalier errant à la triste figure, il part en croisade contre l'Oncle Sam et sa propagande qui ne montre qu'un des visages de l’Amérique, le plus présentable !

L'auteur de L'Aigle sans orteils signe encore ici une œuvre intelligente qui s'interroge sur le monde actuel en portant un regard critique et ironique sur les États-Unis et les vestiges du rêve américain. Il pose sa plume sur le racisme, la crise financière, l'emprise des banques ou les guerres et les stigmates psychologiques qu'elles laissent sur les soldats. Si revisiter le mythe de Don Quichotte pour illustrer son propos était plutôt osé, force est de constater que le choix s'avère judicieux ! Il maîtrise son sujet, aussi bien par le scénario qu'au niveau du dessin, et embarque rapidement le lecteur dans un voyage à travers les paysages de l'Ouest américain via des panoramas aussi beaux que sauvages. Le dessin sobre, à l'aquarelle, dont le lavis tout en nuances de gris et sépia pèse par son amertume, sert un peu plus le propos de l'auteur. Une histoire sur les séquelles de guerre, les migrations illégales, le cloisonnement indien, les restrictions culturelles, la domination bancaire. Une histoire loin de tout patriotisme qui tourne le dos à la fierté du drapeau dans une formidable satire politique et sociale.

Christian Lax nous livre encore un excellent ouvrage parsemé de références à la culture littéraire et cinématographique. Une odyssée moderne dans laquelle le personnage principal, guidé par une folie utopiste, un espoir insane et une solitude poétique combat des montagnes à l'instar des moulins à vent de son homologue.

Nom série  Deux Frères  posté le 09/04/2015 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Jeu de mains, jeu de frangins !

À l'instar de leur précédent ouvrage, L'Aliéniste, l'adaptation graphique de roman devient décidément une habitude pour Gabriel Bá et Fábio Moon. Ils nous livrent, dans leur dernier one shot, un autre regard sur celui de Milton Hatoum, Deux frères, dans une interprétation dessinée parée du même titre. Des frères jumeaux qui collaborent pour nous faire vivre, en B.D., les péripéties de deux frères aussi jumeaux que rivaux, l'idée ne manque pas de piment ! Un concept digne d'une mise en abîme dans un roman aux antipodes de la relation qu'ils partagent dans la sphère privée ou professionnelle. Fils d'une famille d'origine libanaise installée au Brésil, nés de l'amour d'Halim pour Zana, Yaqub et Omar sont des frères que, à contrario des auteurs, tout oppose. Le premier, studieux et respectueux des règles, a réussi alors que le second, oisif et impertinent, enchaîne les petites magouilles.

C'est toute l'attention de la mère dévolue à Omar qui entraînera un déséquilibre familial accentué par la suite d'une rivalité grandissante de la fratrie, courtisant le même cœur, menant à leur séparation à l'âge de 13 ans. Une dernière dispute scellera à tout jamais leur destin, laissant sur le visage de Yaqub une cicatrice, empreinte de la rupture. Exilé au Liban, Yaqub ne reviendra dans sa famille que cinq années plus tard. Entre amour, coups bas, vengeances, secrets de famille, le narrateur, fils illégitime de la servante indienne en quête d'identité, dépeint l'ombrageux portrait d'une famille sur le déclin suivant les vicissitudes de la ville dans laquelle évolue l'action : Manaus. Au rythme de ses départs et de ses retours, Yaqub devient progressivement le chef d'orchestre du déroulement de cette aventure extraordinaire par ses intrigues ordinaires.

Bien que fictif, le récit croise la réalité du contexte historique brésilien du XXe siècle ancrant ainsi les scènes dans une période que le lecteur peut identifier. Les nombreux protagonistes, tous porteurs d'une histoire dans l'histoire, se mêlent aux événements de l'époque : immigration libanaise, évolution et développement socioculturel rapide du pays bousculé par des changements politiques et touché par la dictature militaire, etc.

Le choix d'opter pour le noir et blanc se révèle judicieux. Il accompagne la lenteur du récit, l'intensité de l'intrigue et l’alternance des sombres souvenirs et des brefs moments de bonheur procurés par les retrouvailles. Force est de constater que les auteurs maîtrisent encore une fois leur sujet et que leur reconnaissance internationale dans le monde de la bande dessinée est loin d'être galvaudée. Alimentés de café noir, fort et sans sucre, carburant essentiel de leurs travaux, Gabriel Bá et Fábio Moon nous tiennent en haleine de la première à la dernière page. Puisant dans leurs racines et dans l'œuvre de leur compatriote brésilien, ils cultivent la curiosité du lecteur qui enchaîne les onze chapitres ponctués de flashbacks, impatient de dénouer les fils de cette intrigue.

Avis aux amateurs de télé-réalité ou autres indigences cathodiques, avides de petits secrets et de grands maux, éteignez vos écrans et procurez-vous cet ouvrage !

KanKr

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