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Nom série  Nains  posté le 15/03/2016 (dernière MAJ le 14/02/2017) Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Nains est une série spin off se déroulant dans le même univers que Elfes, autre série de Fantasy éditée chez Soleil. Sans trop m’étendre la-dessus (voir mon avis pour cela), je n’ai pas réussi à apprécier Elfes qui fonctionne trop sur courant alternatif à mon sens. Entre parenthèses, les scenarii écrit par Jarry sur Elfes sont presque les seuls que j’ai pu encadrer.

Enfin bref, je n’ai pas eu cette appréhension craintive en abordant Nains qui propose quelque chose de rassurant pour une personne comme moi qui aime l’uniformité et la cohérence, avec un seul scénariste officiant sur les cinq albums de la saison une. Et pas n’importe quel scénariste, car Nicolas Jarry connaît son sujet avec déjà plusieurs histoires sur cette race (Nains ! Les Rois Forgerons), on sent aussi le gars qui a passé des nuits blanches sur Warhammer et autres jeux de rôliste, c’est un expert du nanisme qui se présente ici !

Tome 1 Redwin de la forge

Avec Redwin la série Nains démarre sur les chapeaux de roue. Je commence à le remarquer maintenant, Nicolas Jarry écrit des histoires profondément humanistes et touchantes que n’auraient pas reniées certains de mes écrivains favoris comme David Gemmell ou Anthony Ryan. Redwin de la forge est une tragédie familiale chargée d’émotions fortes où les reproches, les humiliations, la haine aveugle, l’orgueil, mais aussi la rédemption et l’amour, sont au programme. C’est une histoire entre un père surdoué dans son art mais à la philosophie dérangeante et méprisé car pacifiste, et son fils talentueux lui aussi mais aux idéaux contraires ; et de leur impossibilité à communiquer et donc se comprendre naîtra une défiance. Avec le temps et la maturité, Redwin comprendra-t-il la sagesse et les choix de son père avant qu’il ne soit trop tard, ou bien choisira-t-il la voie de la rancœur et de l’obscurité ?
Je ne suis pas un père mais cette histoire m’a beaucoup émue, c’est typiquement le genre de récit que j’aime lire en Fantasy avec des personnages extrêmes dans ce qu’ils sont, ce qui cause leur perte; ainsi que des émotions fortes, du sang et des larmes, des sacrifices courageux et un héros sauvé (ou pas) de la damnation.

Une bien belle saga superbement mise en image par Pierre-Denis Goux que j’avais déjà aperçu sur Mjöllnir (sympa mais sans plus (d’ailleurs on re-pompe les duels dans une arène)). Je pense qu’il a eu plus de temps qu’à l’accoutumé pour réaliser ce tome 1 car je ne saurais trop expliquer comment, je trouve le rendu plus « fini » que sur Mjöllnir. Il y a des dessins qui font vraiment baver comme la scène contemplative de Redwin devant l’académie de l’ordre de la forge, et surtout ce duel contre le mage noir qui vaudrait presque à lui tout seul qu’on dépense nos talions. La mise en scène des combats dans l’arène m’a bien fait « triper » avec ce côté « hokutonokeniesque » et les grosses giclées de sang. Vraiment, très bon choix de dessinateur. Et pour une fois je n’ai pas à râler sur les couleurs de Digikore Studios qui ont fait du bon boulot.

En complément d’information pour connaître les moindres détails :
- Pierre-Denis Goux a dessiné les couvertures des trois premiers tomes.
- Jean-Paul Bordier et Nicolas Demarre ont respectivement dessiné la leur.
- Le coloriste serait Diogo Saito même s’il y a un doute comme quoi Olivier Heban en aurait colorié quelques unes.
- Les décors des illustrations de couvertures des tomes un et cinq sont directement réalisés tandis que les illustrations des tomes deux, trois et quatre sont tirés des pages des albums.

Tome 2 Ordo du Talion

Dans ce second opus Nicolas Jarry poursuit sa croisade « fuck the system » avec un personnage élevé, torturé, formaté pour servir de bras armé à un ordre qu’il méprise pour lui avoir volé sa vie, mais dont la toute puissance dans les coulisses de la société naine empêche toute velléité de révolte. Jusqu’à ce qu’un soir Ordo trouve le moyen de faire d’une pierre deux coups en renversant le système établi et assouvir sa vengeance par la même occasion. Il monte une équipe constituée d’Héba sa rivale maître-assassin et de Panham le sang-mêlé roi de la voltige pour ce qui s’apparente comme le casse du siècle, cependant que l’ordre du Talion a des nains tapis dans chaque coins d’ombres ce qui risque de corser la difficulté de cette mission suicide. Encore une fois une chouette histoire sur le libre-arbitre et un héros repenti qui démontre qu’il n’est jamais trop tard pour faire le bien.

On pourra néanmoins pinailler sur certains aspects qui font tâches comme Ordo : sixième fils né le sixième jour de la sixième lune et cédé à la loge noire le jour de ses six ans. Argh… oh non, pourquoi placer un tel cliché ? C’était vraiment inutile. On pourra aussi se dire « encore une histoire d’assassin en Fantasy », car le genre a suffisamment cumulé ces trente dernières années les récits mettant en scène des Assassin’s Creed adorant prendre la pause accroupi sur le toit d’un édifice le regard tourné vers la cité grouillante. Mais bon, quand c’est bien écrit il n’y a pas trop lieu de se plaindre, seulement que ça casse un peu l’excitation de départ. D’autant plus que cela a déjà été fait dans le cinquième tome de Elfes alors que l’on nous avait promis de la nouveauté et de ne pas céder au facile copier-coller…

Le point qui divise le plus c’est malheureusement le dessin. On aime ou on n’aime pas Stéphane Créty, et même si j’ai plutôt apprécié ce qu’il a fait sur Masqué, c’est plus au niveau de ce choix de dessinateur que je m’interroge car c’est un dessinateur qui a un style très inspiré des comics américains. Le trait est épais, les cadrages sont serrés, la morphologie des personnages se montre indécise, les visages au second plan sont indistincts, et les décors dépouillés de fantastique. C’est un peu l’essence même du comics de faire dans la sobriété mais moi cela ne me fait pas fantasmer ce type de graphisme. Pierre-Denis Goux n’y est peut être pas étranger non plus car il est crédité à la conception graphique mais comme je ne sais pas qui fait quoi exactement ici, je me dis que les idées viennent principalement de Créty. Je pense que cela vient aussi des couleurs de Digikore Studios qui la pour le coup font vraiment informatique tellement elles aplatissent le dessin.

Une impression mitigé mais j’ai plutôt passé un agréable moment Fantasy.

Mise à jour 04/04/16
Tome 3 Aral du Temple

Lorsque Nicolas Jarry puise chez Tolkien et Lovecraft cela donne Aral du Temple, l’épisode le plus ésotérique de la saga Nains. Tolkien pour sa référence évidente au Hobbit car il y a chez Aral comme chez Bilbo ce côté récit initiatique et découverte de soi-même, ainsi que la grande aventure, au travers d’une expédition archéologique ici. Quant à Lovecraft, Jarry a décidé de ne pas jouer la carte de la subtilité lorsque est évoqué « celui qui patientait dans les ténèbres » dont on a presque envie de compléter la formule « Dans sa demeure d’Abu’kazan la morte, le gardien attend en rêvant ». Mais comme encore une fois tout cela est très bien écrit dans un one shot de 56 pages, on pardonne à l'auteur ces gimmicks littéraires.

J’ai beaucoup apprécié ce mélange des genres avec Aral qui débute son histoire tel un Adso (Christian Slater) dans le Nom de la Rose en rédigeant ses mémoires. Tout de suite on sent qu’il y a anguille sous roche et que le bonhomme nous prépare une autobiographie des plus pessimistes. Une histoire qui commence sept siècles dans le passé et la découverte par un groupe de miniers d’un artefact renfermant un savoir proscrit. Mais en mettant à jour ce qui aurait dû resté oublié pour l’éternité, les nains ont par la même réveillé un mal ancien qui remonte aux origines de leurs ordres.

Toujours beaucoup de références très cool pour meubler ce récit comme la course poursuite dans la cité possédée et cette échappée dans le téléphérique qui m’a rappelé au bon souvenir d’Indiana Jones et le temple maudit ainsi que la scène très jacksonienne en plan-séquence du Hobbit : Un voyage inattendu, avec les nains s’échappant du royaume des gobelins. On pensera de même très fortement à la partie de cache-cache entre Smaug et les nains dans les forges de la montagne solitaire. Le fan service est donc remplie et très bien mis en image par Paolo Deplano dont j’ai apprécié sa technique d’encrage, assez profonde, tandis que sa mise en scène demeure efficace mais sans rien de bien spectaculaire (cela manque sévèrement de dessins en pleine page!). J’apprécie beaucoup ce que réalise la coloriste Elodie Jacquemoire chaque fois que je l’ai vue créditée sur une série, et même si ici le travail est bon, je me demande si cela ne serait pas plus agréable en noir et blanc. De quoi me demander si je ne vais pas tenter de me procurer l’édition spéciale à 500 exemplaires tirée à l’occasion du festival d’Angoulême.

Cela dit, comme dans les précédents numéros, le plus kiffant reste le message délivré par Nicolas Jarry qui dénote par rapport aux autres. Cet Aral dans son parcours et sa conclusion se pose comme un antagoniste à Redwin qui balançait entre deux chemins pour finalement choisir la voix du côté lumineux. Deux fins opposées mais un même message utopique : que le bonheur est à notre porte alors cessons de courir après le « dragon »(comprenez une chimère). C’est la fameuse quête de Tanelorn de Michael Moorcock abordée dans son multivers et le Chaland d’or ! Que voilà de jolies références philosophiques.

Vraiment une superbe histoire. Continuez comme ça monsieur Jarry.

Mise à jour 05/06/2016
Tome 4 Oösram des Errants

Avec ce tome 4 Nicolas Jarry a peut être écrit son scénario le plus abouti ou en tout cas le plus percutant. Comme toujours en toile de fond il aborde une de ses thématiques chérie, celle du père et de la relation filiale et de la transmission de certaines valeurs humanistes.

Mais à travers l’histoire d’Oösram, ce n’est plus un personnage en contestation contre le système mais toute une frange de la population naine qui sème les graines de la révolte. Oösram est bien placé pour savoir que rien ne changera jamais et que ceux situés en haut de la pyramide ont tout à gagner à maintenir le statu quo, lui qui fût un des leurs, gagné par l’avidité, l’ambition et l’obstination, jusqu’à ce qu’il trahisse son roi et par conséquent soit banni au rang des Errants, qui valent moins que des serfs alors qu’ils constituent le gros de la population. Et pourtant, c’est parmi ces sans-dents qu’Oösram apprendra à apprécier la simplicité de la vie, à aimer sa famille et être enfin en paix avec lui-même.

Cependant, les Errants ne vivent pas en vase-clos et les abus dont ils sont victimes sont quotidiens, il en a toujours été ainsi. Alors lorsque l’injustice touche un membre de sa famille et qu’un drame se produit, Oösram le fermier, le père aimant, laisse tomber sa pioche pour s’armer de sa hache et déclarer la guerre aux quatre ordres régnant. C’est du grand Braveheart que nous offre là Nicolas Jarry ! Un vent de liberté souffle sur ce récit, on cite Churchill, et on jette des clins d’œil toujours nombreux à Tolkien et Warhammer (le soldat nain enfourchant un sanglier comme monture est typique de l’imaginaire Warhammer). Et un final modèle de bravoure et de sacrifice en hommage aux trois cents de Léonidas. Après cela, les jours de la ploutocratie naine sont comptées ! Vivement la saison 2 et la Révolution naine !

Quant au dessin de Jean-Paul Bordier, il est très net, riche, les paysages sont variés et collent parfaitement à l’esprit de ce que sont les Errants. Et le dessin sur la dernière planche, je ne sais pas si cela est volontaire ou non, mais la hache plantée dans le sol en gros plan est un formidable hommage à Didier Graffet et Druss la légende. Je regrette juste comme presque à chaque fois que les couleurs soient réalisées sous « ‘toshop », ce qui a tendance à rabaisser la qualité graphique tandis qu’avec une couleur directe on attendrai le must.

Mise à jour 14/09/2016
Tome 5 Tiss du Bouclier


Nains - Season Final !

Nicolas Jarry clos son cycle par là où il avait commencé avec une saga familiale, du sang et des larmes. Le tome 1 racontait la rancune d’un fils, son imperméabilité face aux bons mots et la sagesse du père, jusqu’à la délivrance et la rédemption. Cette fois-ci les rôles sont inversés, c’est la fille qui donne la leçon au père.

Lorsque suite à un drame son dernier né Dohan devient un boitard et qu’il comprend qu’il ne pourra jamais servir dans le noble ordre du Bouclier, le capitaine Brahm tombe dans l’alcoolisme et la haine aveugle. Sa fille Tiss qu’il a toujours ignorée, est triste pour son jeune frère mais voit également là un moyen de redorer le blason familial et de montrer ce qu’elle vaut à son père et par la même occasion à toute cette société naine phallocrate.

Tenir ou Périr !

Une fois de plus l’auteur démontre qu’il maîtrise les ficelles pour séduire les easy readers fantasy et nous offre moments épiques sur moments d’émotions entre : la strong independant woman qui bataille plus que les autres pour réussir jusqu’à devenir un modèle pour ses frères d’armes, les petits soldats insignifiants qui deviendront des valeurs sûrs, la formation d’une ligue des vieux briscards cabochés et des estropiés sur le retour pour le décompte final, l’indéboulonnable classique mais efficace Fort Alamo fantasy (remember Légende de David Gemmell ? La bataille du Gouffre de Helm chez J.R.R. Tolkien ? ). Et l’auteur kiffe toujours autant 300 pour mon plus grand plaisir (remember Léonidas et ses derniers hoplites pour l’ultime percée ? Ou bien sont-se les 300 polonais de la bataille de Wizna ? ^^ ). Sur Nains c’est presque un album sur deux qui se termine en tragédie, p’tain, j’en ai presque chialé. Mais toujours l’histoire se termine sur une note d’espoir.

Bien aimé le dessin de Nicolas Demare, surtout sur les paysages et les décors forestiers. Question de goût mais je regrette que ce ne soit pas un brin davantage détaillé. Mon plus grand regret reste ces couleurs informatisée de Digikore Studios dont je n’arriverai décidément jamais à me faire. Peuvent pas faire à cela à l’ancienne chez Soleil ? On atteindrai le truc d’exception.

Mise à jour 14/02/2017
Saison 2 - Tome 6 Jorun de la Force


Les choses bougent tout en conservant la même formule. Pour entamer cette nouvelle saison on reprend là où tout a commencé avec une histoire de père en écho à celle des forgerons Ulrog et Redwin, cette fois-ci entre Redwin et son fils cadet Jorun.

Toujours les mêmes ressentiments de colère qui virent à la haine, de regrets, de remords et de fierté mal placée qui donne une impression de redite qui ne ferait pas beaucoup avancer l’histoire. Mais c’est là qu’on se trompe car si le tome 1 racontait l’antagonisme de deux êtres doués dans leur art et qui finissent pas se retrouver, cette suite se penche sur un perdant qui n’est pas du tout à l’image de son père.

Jorun est un raté, moins doué que son frère aîné dans la forge des armes, il ne se trouve aucun talent et finit par se déconsidérer. C’est l’histoire d’un nain qui, ne parvenant à marcher dans les pas de son père, essaie tant bien que mal (et plutôt mal) de suivre sa propre voie. Mais comme il porte le poids de ses échecs comme un boulet, il entraîne tous ceux qui l’approche vers un néant auquel il aspire inconsciemment. Nicolas Jarry l’explique bien à un moment donné, Jorun est incapable de donner. Incapable de donner, il ne peut donc recevoir. On aurait envie de lui citer ces mots de la résistante Germaine Tillion, histoire de le guider : « Il n’existe pas de gens médiocres, mais seulement des êtres qui n’ont pas rencontrés les événements qui les auraient révélés ».

Jorun trouvera un salut temporaire parmi les mercenaires de la Légion de Fer où il pourra s’appuyer sur le pilier Orss, la fidèle Fey, le sage Gurdan ou encore le guide Fodhron. Autant de bouées de sauvetage qui l’empêcheront de couler au moment du grand final. Redwin sauvera-t-il son fils de l’autodestruction tout comme Ulrog son père l’avait fait en son temps en un ultime sacrifice ? Comme je l’ai dit en introduction, les événements se répètent mais Jarry est suffisamment malin pour ne pas tomber dans le doublon inutile et le récit s’achève sur des destinées contraires. L’air de rien Jorun est probablement le personnage de l’univers Nains que j’ai trouvé le plus intéressant et complexe.

Le dessin de Pierre-Denis Goux est du même bock que celui de la première saison. Ces compositions très détaillées en mettent plein la vue dans les scènes d’action. Toujours beaucoup de changements de décors, gros travail de recherche graphique, bref, visuellement le dessinateur est au rendez-vous et nul doute que les amateurs de fantasy y trouveront leur compte.

Quelques remarques cependant, car l’œuvre parfaite n’existe pas : si on entend souvent parler des limites de la sacro-sainte pagination en 48 planches, je constate également les limites sur la pagination en 64 planches car j’ai senti que parfois le récit méritait davantage de développement mais qu’en raison de ces contraintes, on a droit à une ellipse ou un truc condensé en une page. On bascule un peu trop vite à mon sens des années d’apprentissage de Jorun vers la défense d’un village qui manque de mise en contexte. J’ai l’impression parfois qu’il faut avoir lu Elfes pour tout comprendre des invasions des royaumes nains. La relation amoureuse entre Jorun et la naine Siblis aurait également mérité quelques pages supplémentaires, histoire que ça touche au plus profond, que là ça manque de passion et d’intérêt. De même qu’on aurait aimé voir la retraite courageuse de Redwin vers la forteresse, et plus que 3 planches consacrées à la défense de ladite forteresse (même si c’est très beau encore une fois).

Ultime remarque qui rejoint ce problème de pagination : autant je parvenais à comprendre les ressentiments de Redwin sur le tome 1, le cheminement de ses pensées sombres, le comment du pourquoi, autant j’ai eu du mal sur le caractère de Jorun qui est d’emblée dans son personnage de gros connard alors qu’il n’est encore qu’un marmouse.

Ceci étant dit, c’est une très bonne entame, sur le devenir de Redwin on a déjà envie d’être à la saison 3 !

Nom série  L'Epopée de Gilgamesh  posté le 15/09/2011 (dernière MAJ le 08/02/2017) Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Réécriture d’un de mes premiers avis sur un album que je viens de relire et qui mérite à mon sens davantage d’exposition.

Gilgamesh est aujourd’hui bien connu des passionnés de mythologie et autres férus de grandes gestes héroïques. Ce grand roi-guerrier ayant peut-être réellement existé, figure la plus ancienne recensée au panthéon des héros mythologiques, était forcément appelé un moment ou un autre à avoir son adaptation en bande-dessinée. Histoire fondatrice (dans sa quête d’immortalité Gilgamesh était supposé rencontrer Ziusudra, dernier survivant antédiluvien), personnages égéries (la colère de Gilgamesh a pu inspirer celle d’Achille, son frère-ami Enkidu s’attribuant le rôle de catalyseur comme Patrocle, les exploits accomplis ne sont pas sans rappeler ceux d’Héraclès et Orphée) ; il y a là le terreau propice à l’écriture d’une grande aventure de fantasy.

L’heroic fantasy est le genre moderne pour raconter de façon romancée les récits mythologiques antiques, qu’ils soient scandinaves, grecques, assyro-babylonien, égyptiens, celtes, ou encore issus des Eddas ou du Mahabharata. Dans sa trilogie Siegfried, Alex Alice a tenté (brillamment) de revenir au parcours du héros mythologique dans sa forme la plus pure et essentielle, telle que l’avait définie Joseph Campbell dans son essai sur le monomythe, Le Héros aux mille et un visages, et on retrouve pas mal de cet aspect là ici, à la différence que L’Épopée de Gilgamesh se révèle beaucoup moins poétique et sans la musique entraînante de Richard Wagner. Julien Blondel en grand passionné de jeux de rôle, connaît son affaire, on le sent davantage inspiré par le film Conan de John Milius et, pourquoi pas, par sa bande originale de Basil Poledouris. À un récit plein de fureur, de soldats aux muscles hypertrophiés, de sang et de sexe, se déroulant à une époque archaïque, il lui fallait des images et des sons imprimant ce sentiment de brutalité primale, à la fois énergique et intrépide.

C’est pour tout cela que je pense que ce tome unique mérite le coup d’œil. Malgré le fait qu’on n’aura jamais la partie sur le voyage initiatique du héros mésopotamien, son combat contre le monstre Humbaba (que j’imaginais bien dessiné en Lammasu), la mort d’Enkidu, la descente aux enfers ou qu’importe ce que Blondel nous réservait ; Le Trône d’Uruk possède un côté hyper immersif où le lecteur est plongé sans tour de chauffe en pleine bataille, la mise en place est bonne avec un protagoniste arrogant et suffisant qui devra par la suite apprendre l’humilité, le style n’est pas lourd et pompeux comme peuvent l’être nombre de récits heroic fantasy abusant de la narration à la troisième personne, le panthéon sumérien a été allégé pour bien coller à ce côté retour aux sources, et j’ai bien aimé l’idée de confondre en une seule entité la déesse Innana et sa prêtresse Ishtar.

La BD aurait marché parce que les auteurs savent ce qu’ils font. Alain Brion est un formidable illustrateur au style immédiatement reconnaissable et qui a œuvré sur un très grand nombre de couvertures de romans SFF (Rhââ les intégrales d’Imaro et du Lion de Macédoine sans oublier Thongor ! ). Je ne saurai classifier sa technique, mais son style réaliste exécuté à l’informatique à un quelque chose de très illustratif auquel je ne suis pas fan d’habitude en bande-dessinée. Néanmoins ici cela passe formidablement bien, les plans sont larges et renforce le côté contemplatif de certaines scènes, tout en gardant de la fluidité et la sensation de lire une BD et non pas un truc figé qui vous laisse froid. Et je crois que c’est le gros point fort de cet artiste : ses couleurs très variées assorties aux différents lieux, ses ambiances où il suffit parfois d’une seule case, le côté généreux de l’artiste qui en met plein la vue au lecteur jamais rassasié, ses inspirations fantasmagoriques qu’on pourrait penser issues de l’imaginaire Warhammer ou de Frank Frazetta (les taureaux qui tirent le char de Gilgamesh, les ours de guerre) ; tout cela fait de Brion un dessinateur prédisposé à ce genre d’histoire.

Alors n’étant pas dans le secret des dieux, je ne sais pour quelle raison la série a été arrêtée (probablement les ventes…), mais c’est certainement la série fantasy sur laquelle on aura le plus de regret de ne pas avoir eu la suite. En tout cas Alain Brion n’en tiendra pas rigueur à Soleil puisqu’il dessine maintenant un autre grand espoir de la fantasy, cette fois arthurien avec Excalibur - Chroniques. Julien Blondel poursuit lui son bonhomme de chemin puisqu’il est le scénariste principal de mon plus gros coup de cœur bd fantasy de ces dernières années : Elric (Glénat).

« L’Histoire commence à Sumer ». Samuel Noah Kramer.

Nom série  Les Crocodiles  posté le 02/02/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Non
Note Note: 2/5 (Bof, sans plus)
« Meh »

Comme ce n’est pas une bédé de divertissement mais un truc censé interpeller et éveiller les consciences, l’objectif est selon moi raté puisque pour le bonhomme en faveur de l’égalité des sexes, le gars dans l’air du temps, le type normal quoi, ce fût plus énervant qu’autre chose étant donné le nombre de situations caricaturales où l’individu doté de chromosomes XY est décrit comme un prédateur sexuel en acte ou en puissance (même les enfants sont dessinés en croco).

Quant au mâle alpha misogyne, si tant est qu’il lise cette bédé, je ne pense pas vu le discours caricatural, que ça vision change après lecture.
Entre parenthèse, si l’auteur se sent obligé de justifier son propos dans un préambule, c’est bien qu’il doit y avoir un petit souci et que finalement il ne maîtrise pas son sujet. Explications qui ne m’ont pas convaincu ceci-dit.

Une bédé inutile qui crée plus de problèmes qu’elle n’en résout. Sinon le dessin est agréable et facilite une lecture rapide.

Nom série  La Chute du Dragon Noir  posté le 22/01/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Non
Note Note: 1/5 (Vraiment pas aimé !)
Peiné, déçu, contrarié, désenchanté, mécontent, bref, c’est la douche froide. Aucun mot n’est à lui seul suffisamment éloquent pour décrire le sentiment qui m’a traversé une fois reposée cette bande-dessinée.

Tombé dessus un peu par hasard, plein de joie et d’allégresse lorsque je commence à comprendre que cette bédé se veut un hommage à l’heroic fantasy style Howard et Gemmell, moi, un grand fan de l’auteur britannique décédé la même année que la sortie de cette bédé. Je feuillette l’album, les graphismes ne m’emballent pas des masses mais je suis prêt à leur donner une chance. La couverture me fait dire que ça sent pourtant bon le Gemmell cette histoire, l’épée plantée dans le sol au premier plan est une image archi connue de l’illustration fantasy par Didier Graffet, artiste qui a réalisé toutes les couvertures de Gemmell chez l’éditeur Bragelonne. Ensuite je lis le pitch, ça parle de la déchéance d’un grand héros, Kriff, alors là mon sang ne fait qu’un tour, serait-ce un émule de la figure iconique du cycle de Drenaï : Druss (Kriff/Druss ? ), le capitaine à la hache, Marche-Mort ? On me parle d’une compagnie d’élite, les Légion d’Acier, comme les Dragons dans Le Roi sur le Seuil ? Et puis ce tome 1 s’intitule Nadir quoi, comme l’envahisseur immémorial qu’on retrouve quasiment dans tous les Drenaï. On me parle de batailles, d’une donzelle à sauver (comme dans Druss la légende ? ), et surtout de types qui ont des valeurs et un honneur. Oh la la la la ! Je sens que ça va être trop du ballon ce truc !

Et là, méga-hyper-géant epic fail, « pouin pouin pouiiiiiiiiiiiiiiiin ».

Qui du scénariste ou du dessinateur s’est le plus foiré ici ? Naufrage collectif ? Bon, je vais y revenir mais je pense que Miroslav Dragan, de son vrai nom Michel Dufranne, avait quelques bonnes idées en tête, j’ai compris sa démarche sympathique de faire grosso modo une histoire classique du héros de guerre déchu qui crie vengeance et affronte mille épreuves avant de revenir sur le devant de la scène tout ça, raconté à un rythme sans répit « d’actionner fantasy ». Mais que c’est mal foutu ! Sérieusement, d’accord le dessin n’est pas génial mais arrive un moment où les mecs doivent accorder leur violon, se relire, ils ont dû s’apercevoir que tout cela manquait complètement de liant.

Déjà la construction du récit : pourquoi s’emmerder la moitié de l’album sur cette histoire d’ambassadrice enlevée ? Et puis d’ailleurs pourquoi se fait-elle kidnapper ? Cela n’a pas de sens, il y a un sérieux manque de mise en contexte et d’explications permettant de comprendre les tenants et les aboutissants. La fille est ambassadrice de la plus puissante nation du monde, elle est faite prisonnière (pourquoi ?! ), puis elle est escortée dans le désert vers un autre endroit (pourquoi ?! ), puis la caravane est attaquée par des bédouins (c’est ce que j’ai cru sur le moment), mais plus tard, comme j’ai rien compris, on l’a retrouve finalement dans les geôles d’une prison.

Le dessinateur, ou le scénariste car après tout je ne sais pas qui décide de quoi, ne nous est d’aucun secours avec son découpage saccadé, des coupures au mauvais moments, par exemple : fin de la p42 Kriff est sur un promontoire et observe un feu de camp, première case p43 Kriff est à genoux devant le chef de camp. Où est l’explication, quand, comment se fait-il capturer ? Il faut vraiment suivre et faire soi-mêmes les déductions si on ne veut pas être largué. Peut-être est-ce dû à l’inexpérience du dessinateur, mais dans ce cas il fallait stopper dès le début du projet car il y a un sérieux problème de lisibilité dans son dessin. J’ai cette impression qu’il manque toujours 2 voire 3 étapes à la finalisation des graphismes. Je cite des exemples entre autres, mais p11, p15 ou p30, le dessinateur en reste à la phase du croquis. WTF ? Du croquis quand ce n’est pas de la peinture esquissée avec forcément des expressions faciales très sommaires. Des graphismes hyper nébuleux avec en prime des choix de plans douteux qui en rajoutent dans la confusion.

Bon, déjà que c’est pas le pied à regarder, il faut en plus que ce soit pénible à lire, parce que bonjour le style ampoulé des dialogues avec le prince qui en fait des caisses sur la beauté de l’ambassadrice (c’est bon, on a capté, elle est belle) ; les répliques du genre « à notre prochaine rencontre, je le jure sur les astres, je te tuerai », il y en a à la pelle. Le scénariste veut que le lecteur ressente de l’empathie pour ses personnages mais ce n’est pas possible de ressentir quoi que ce soit pour la famille de Kriff qui débarque en plein milieu de l’album sans introduction, on ne connaît pas leur background alors qu’est-ce qu’on s’en fout de leur devenir ? Mais le dessin encore une fois… il est mort ou juste assommé le gamin p32 ?… Le héros Kriff est le cliché du barbare à la cervelle de piaf (au secours les répliques à base de « A manger. J’ai faims ! Je vous ai aidés. Donnez-moi à manger ! »), indigne du Conan nietzschéen de Robert E. Howard ou de l’humaniste et droit Druss de David Gemmell. On enfile les clichés comme on empale les ennemis sur une pique, comme avec le roi, figure archétypale du tyran qui tranche lui-même les têtes de ses sujets lorsqu’ils manquent à leur devoir ; le prince libidineux, la princesse-sorcière qui se met à oilpé pour faire ses incantations, et la pelleté de compagnons d’armes inutiles du héros dont on ne peut pas à retenir tout les noms (de toute façon on ne les reconnaît pas).

S’ajoute à cela des raccourcis (encore) scénaristiques dans les passages d’actions supposément le point fort du bouquin : car la bataille de Hiérophinis est incohérente avec une tactique militaire foireuse où l’assiégé laisse délibérément pénétrer les forces assiégeantes dans la cité pour les prendre en embuscades façon guérilla urbaine (d’où la référence au film La Chute du Faucon Noir de Ridley Scott) mais c’est complètement con puisque la cité on le voit bien, possède des murailles hautes capables de soutenir un siège. Je n’ai rien compris au dénuement. Qui a gagné ? La chute du dragon noir censé être le moment pinacle du bouquin est bâclé en 3-4 cases sans parvenir à dégager d’émotions, mais ce n’est pas grave vu qu’on n’éprouve aucune empathie pour les personnages…

Je pense au final que le projet aurait dû être davantage travaillé en amont : le scénariste avait bien en tête son schéma de descente en enfer du héros, le passage des épreuves dans l’inconscient faisant de lui un nouvel homme, etc. Mais il se saborde le truc avec une première moitié pénible, confuse et rallongée, ainsi qu’un dessinateur inexpérimenté bossant en roue libre. Parce qu’on peut voir le travail d’illustrateur de Goran Josic aujourd’hui sur le net sur des projets de série d’animation, de jeux vidéo, et on voit bien qu’il y a eu progression. Mais en 2006 sur La Chute du Dragon Noir on le sent à la ramasse totale.

Nom série  Akron le Guerrier  posté le 19/01/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Non
Note Note: 3/5 (Pas mal)
A la toute fin du Vème siècle a.v. J-C. 10000 mercenaires grecs sont engagés par le prince perse Cyrus le jeune pour renverser son frère le roi Artaxerxès II. Après plusieurs victoires, les hoplites subissent la débâcle et s’enfoncent au cœur de cet empire infini. Suite à un guet-apens les officiers se font massacrer et les 10000 se retrouvent sans chef pour les ramener au bercail. Le philosophe Xénophon qui n’est en ce temps qu’un jeune hoplite, est choisi pour conduire la retraite. Cette fuite menée avec bravoure se termine par un succès où presque la moitié des soldats auront survécu au froid, la faim et la soif, avec une armée ennemie à leurs trousses. Xénophon relatera cet exploit dans son célèbre Anabase. Une histoire qui inspirera bien des romanciers historiques et fantastiques comme l’irlandais Paul Kearney dans son premier tome de la trilogie Les Macht intitulé 10 000 – Au cœur de l’Empire.

En 2009 les italiens Samuel Daveti et Giorgio Trinchero puisent également dans les grandes gestes historiques et la culture littéraire populaire pour écrire l’histoire d’Akron, dernier survivant des 10000 de l’empire fictif Adzen. La différence étant que l’épopée d’heroic fantasy qu’on nous promettait ne verra jamais le jour, la série ayant été lâchement abandonné dès le tome un, ne reste plus qu’un tome d’ouverture prometteur au ton sombre et tragique.

Le décor planté par Nicola Saviori se révèle sympathique, la capitale s’inspirant d’une architecture méditerranéenne orientale, on imagine fort bien la civilisation Adzen comme un pendant de l’empire romain d’Orient assimilant la culture et les traditions autochtones tant que ces derniers demeurent fidèles à l’empereur. Le dessin presque cartoonesque n’est pas ce que je préfère, mais le trait de Saviori très inspiré par l’animation style Disney se révèle bien maîtrisé sur les premiers plans et les ombres. À noter également l’attention portée aux scènes d’actions qui sont détaillées tout en restant dynamiques. Un mauvais point cependant en raison du recours à certains archétypes visuels comme les visages où les méchants ont forcément des têtes de méchants. La colorisation de Luca Saponti est parfaitement raccord avec ce style animation, c’est pétillant, engageant et chaleureux.

Un graphisme drôle et qui interpelle tant il contraste avec l’ambiance et les enjeux de ce récit. Car en substrat les auteurs tiennent un discours à charge où ils dénoncent à travers la figure du roi les pourritures ploutocrates va-t-en-guerre toujours prêtent à manipuler les foules, titiller leurs pulsions destructrices où, sous couvert d’apporter la liberté l’obecjtif réel et d’accumuler des richesses matérielles et maintenir sa position de dominant. On associe l’étranger (le royaume de Torgrom = Irak) comme un ennemi qui en veut à notre mode de vie et on ressort les discours des néo-cons style Colin Powell sur les armes de destructions massives (mais « invisibles » ^^ ). Plus le mensonge est gros, plus il y a de chances que le discours passe auprès de l’opinion public c’est bien connu.

Les auteurs n’y vont pas avec le dos de la cuillère sur la culpabilité de l’empire Adzen (=USA. Pas pour rien si les personnages s’appellent Ted, Norman, Mark, etc), car en mettant ce dernier sous la coupe de la déesse maléfique Clara, ils puisent dans l’imaginaire dark fantasy de Michael Moorcock et l’empire Melnibonéen placé sous la férule du duc des enfers Arioch.

« DU SANG ET DES ÂMES POUR CLARA (ARIOCH) ! ».

On ne peut que se lamenter de l’abandon de la série car on devine qu’Akron l’ultime survivant était promis à un destin de libérateur à la Maximus Decimus Meridius dans Gladiator. De plus, les auteurs ne se montrent pas avares en éléments fantastiques teintés de chamanisme avec des petites bestioles chimériques rigolotes ou carrément un monstre manticore inspiré des Izunas japonais, quand ils ne vont pas puiser leur inspiration du côté du conte de fées (la petite maison de la sorcière au fond des bois). L’album n’est pas parfait, on n’évite pas certains passages loufoques comme la mort guignolesque d’un personnage de premier plan dans un moment qui ne devrait pas prêter à rire (entre parenthèse : tout le monde sait que la section de commandement ne se place jamais aux avant-postes devant la ligne archer, mais derrière en hauteur), et le récit n’est peut-être pas suffisamment posé pour permettre au lecteur d’avoir de l’empathie pour les personnages. Cependant, on sent qu’il y avait du potentiel et que trois albums ce n’était pas non plus la mort. Alors hein, pas bien Soleil.

Nom série  Ténèbres  posté le 18/01/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Non
Note Note: 3/5 (Pas mal)
Une histoire de fantasy scénarisée par Christophe Bec est forcément une curiosité. Sur Eternum j’avais senti que l’auteur se faisait plaisir en même temps qu’il faisait redécouvrir aux lecteurs toute cette bonne vieille SF des années 70-80. Pour Ténèbres l’objectif affiché semble être le même de renouer avec ces histoires qui l’ont émerveillées adolescent et qu’il avait envie de remettre à la carte, de l’aveu de Bec lui-même, pour un public adolescent d’aujourd’hui. Seulement voilà, la fantasy n’est pas son genre de prédilection, on ne l’y avait plu vu depuis Dragan sa toute première bédé sortie en 1993, et le lecteur rompu au genre constate très vite les carences et les limites du duo qui se contentent voir se complaisent à régurgiter des idées prémâchées par d’autres. La recette de Ténèbres est simple, du réchauffé au micro-onde qui repose sur trois ingrédients majeurs : Le Seigneur des Anneaux, Superman, Alien. Il y a bien entendu d’autres influences que je mentionnerai plus bas mais se sont les trois à retenir.

Tous les écrivains, tous les artistes, ont subi d’une façon ou d’une autre le rayonnement des grands maîtres du passé, rien de plus normal donc à ce que leurs héritiers s’en revendiquent et y puisent leurs inspirations. Ce que je reproche à Bec sur Ténèbres, c’est de n’avoir absolument aucune originalité ni même de faire le moindre effort d’imagination. Aussi n’y allons pas par quatre chemins, ce que font Bec/Iko sur Ténèbres s’appelle tout simplement du plagiat. David Chauvel n’a jamais caché qu’avec Wollodrïn il voulait faire son SdA, mais on parlera plus ici d’influences, de clins d’œil et d’images évocatrices. Bec/Iko se montrent aussi subtiles qu’un hollandais en gros sabots mâchant ses croustillons en casant jusqu’à l’indigestion tous les meilleurs plans possibles de leurs trois agréments fétiches :

- Le royaume volcanique inhospitalier est une contrée jumelle du Mordor, et sa capitale Kirgräd à l’architecture gothique aussi sublime soit-elle n’est qu’une photocopie conforme de Minas Morgul, et pour délimiter la frontière de ce royaume desséché avec le reste de la civilisation on réemploie à l’identique le fameux Argonath, la porte des rois. Le mimétisme est même poussé jusqu’aux feux d’alarme du Gondor dont la garde reprend le design des casques des soldats d’Osgiliath et, summum du pillage, les mêmes lignes de dialogues que dans La Communauté de l’Anneau de Peter Jackson avec le « Regardez ce nuage noir (…) il vient dans notre direction (…) il est beaucoup trop rapide (...) ». Mais cela ne s’arrête guère là dans les « tolkienneries / jacksonneries » si on y ajoute la réplique du Palantìr manipulé par la vieille sorcière traîtresse Saruman de service, la débâcle de la populace survivante qui se réfugie dans les grottes souterraines du gouffre de Helm, la supplication de la reine Tifenn en exil auprès de Ti-Harnog le roi Theoden de service dont les répliques se retrouvent également dans la bouche du roi Kirgräd, etc.

La limite entre l’hommage appuyé et le plagiat littéraire et visuel a été amplement franchi. C’est toute la différence avec Quentin Tarantino par exemple, lui aussi un grand amoureux du cinéma des 70’s et 80’s mais qui sait se montrer plus finaud. Je fais un petit détour mais, lorsqu’il fait enfiler un pyjama jaune à cette grande blonde type nordique d’Uma Thurman dans cette violente scène de combat culte de chambara contre les Crazy 88, elle n’est pas ridicule, loin de là, elle a une classe folle ! Dans ce film on comprend aisément les références et les divers clins d’œil, c’est subtile. Christophe Bec lui aurait caster un acteur sino-américain affrontant en pyjama jaune un clone de Kareem Abdul-Jabbar dans un remake du Jeu de la Mort et il aurait appelé ça Kill Bill !

- Dans la seconde moitié de Dragon Ball, Akira Toriyama a aussi repris à son compte la mythologie de Superman en faisant de Son Goku le nouveau Kal-El, dernier enfant d’une race extra-terrestre éteinte, envoyé bébé sur Terre dont il deviendra le protecteur. Mais la comparaison s’arrête là. Bec lui ne fait pas dans le feutré : le vaisseau alien dans lequel Ioen/Thorgal est arrivé, est planqué dans la grange de papa Kent qui est… fermier. Comme son homologue, maman Kent est stérile et les deux parents se montrent bienveillants avec leur fils adoptif et lui inculquent des valeurs humanistes. Jor-El et Lara Lor-Van, les parents biologiques de l’enfant des étoiles ? Bien sûr qu’ils sont de la partie, on ne manquera pas de les apercevoir dans un prologue révélant des desseins similaires à savoir rebâtir la civilisation kryptonienne sur une autre planète.

Cette paresse créative est regrettable car le scénariste démontre une certaine maîtrise de la narration et des codes du récit d’aventure. Le schéma demeure classique : un monde à l’agonie, la venue prophétisée d’un (super) héros régénérateur, sacrifice des figures parentales permettant au héros d’entrer pleinement dans l’aventure, passage des épreuves, mort du roi symbole du statu quo, une princesse vierge trophée des victoires qui s’annoncent, némésis, etc. On attend l’ultime tome pour connaître la voie prise par le scénariste, classique ou bien s’il nous réserve quelques surprises. Selon Bec, Ténèbres est de l’HF écrite pour un public adolescent mais je trouve personnellement son récit résolument orienté dark fantasy, surtout à partir du second volume et ce n’est pas pour me déplaire. Pour preuve l’atmosphère lugubre de fin de macrocosme qui règne sur Kirgräd, le décor apocalyptique ainsi que la venue de l’antagoniste du héros Ioen, le faux messie Azamas. Saint Matthieu ne dit-il pas dans sa version de l’Apocalypse « qu’il viendra de faux Christs et de faux prophètes, ils feront de grands prodiges et des miracles (…) au point de séduire même les élus » ?

De bonnes idées il y en a, malheureusement les ficelles sont trop grosses, on voit tout le manège qui se trame en coulisse derrière la scène, des glissières aux passages des comédiens, rien ne nous échappe. « Toute technologie suffisamment avancée est indiscernable de la magie » Arthur C. Clarke.
Arriver à faire douter le lecteur, maintenir ses personnages dans l’ignorance d’une civilisation avancée, Ténèbres n’y parvient pas. Là où une série comme Millénaire et un cycle comme Chronique de Tramorée de Javier Negrete, parviennent habilement à confondre les genres fantasy et SF, et basculer avec aisance de l’un à l’autre, Bec/Iko font comme Van Hamme sur Thorgal en piochant à droite à gauche dans les deux genres selon leurs désirs, aboutissant à un patchwork répulsif. Dès le tome 1 le lecteur pige tout de suite la référence à Superman et que tout le background pue à plein nez le conflit intersidéral, dégageant d’emblée tout sens du suspens.

Pour le reste on pardonnera au scénariste de rallonger inutilement son récit sur le tome 4, les dialogues parfois ampoulés quand ils ne sont pas invraisemblables (le soldat et la cours qui traitent Ioen de « pouilleux » alors qu’il vient juste d’abattre un dragon et sauver la princesse…) ; les rares incohérences (Ioen ne mentionnant pas au roi son formidable don d’incombustibilité…) ; les scènes capillotractées (la princesse Tifenn atteinte du syndrome Jar-Jar Binks quand on l’a prévient que c’est dangereux donc qu’elle va se mettre en danger et que danger il va y avoir…) ; ainsi que la cosmogonie de son univers qui manque de recherche en se contentant d’une simili-religion monothéiste chrétienne et un concept d’Enfer vaguement abordé, car après tout Bec n’a pas la prétention d’être un bâtisseur de Monde.

La seul grande force de la série repose sur le dessin monstrueusement beau de Iko. A l’aise aussi bien sur les plans larges que serrés, c’est un véritable maniaque du détail avec ce trait (et quel trait!) hyper fouillé et minutieux. C’est la même ligne que le belge Yves Swolfs, pas pour rien s’il a réalisé le tome 17 de Durango, peut-être même que l’élève a dépassé le maître. Iko nous régale avec des doubles planches en veux-tu en voilà, des compositions inspirées du cinéma comme la bête tuée d’un coup de jet qui rappelle une scène vue dans 300, des petits clins d’œil amusant comme le chevalier Azamas qui prend les traits de Vincent Cassel et le champion Gwalior de la scène hommage aux Archers de Thorgal qui ressemble à Hagen le gladiateur germain vu dans Gladiator. Le prologue du tome 3 est sublimement mis en image et m’a rappelé les meilleurs heures du Le Cycle de Cyann.

Vu que sur Eternum le dessinateur Jaouen reprend à son compte l’art biomécanique du suisse HR Giger, on peut légitimement penser que l’idée de faire du Giger sur Ténèbres vient de Christophe Bec et non Iko. Mais qu’importe au fond, tant que c’est bien fait, j’adhère à l’idée. Ainsi, le design des vaisseaux et armures kryptoniens s’inspire grandement de Hans Ruedi Giger, le papa d’Alien. La race dragon belliqueuse de même, on jurerai un mixe entre Godzilla et le xénomorphe. Étant donné la somme de détails dans le dessin d’Iko on ne peut que recommander la version noir et blanc, quoique je trouve que Digikore Studios s’en tire plutôt pas trop mal pour une fois même si j’aurai toujours du mal avec les colorisations à l’informatique. Il y a de la nuance et de jolis dégradés qui ne font pas injures au dessin fait main de Iko, artiste à surveiller de très près à l’avenir.

En conclusion, si je suis tombé amoureux des graphismes de Iko, j’ai fait un rejet du scénario paresseux de Bec. Je ne pouvais même pas m’accrocher au protagoniste, ce gamin prétentieux et ingrat qui se la raconte pas mal, conscient de son destin hors du commun (comment ? Mystère…). Et si je peux balancer une dernière charge, je trouve cela trop facile de dire qu’on écrit pour un public adolescent afin de tenter de camoufler qu’on a rien à raconter dans le fond. J’ai envie de dire si tu n’as rien à raconter tu là ferme. Lorsque j’étais adolescent j’avais déjà vu tout les grands classiques : Terminator, Indiana Jones, Star Wars et cie. Et quoi, les adolescents d’aujourd’hui ne connaissent pas Le Seigneur des Anneaux, Superman ou Alien peut être ? Comme s’ils n’y verraient que du feu…
Et cette posture un peu prétentieuse de dire que la fantasy est un genre éculé, que tout a déjà été dit, et que donc finalement ce n’est pas bien grave de faire du resucée me gonfle passablement. La fantasy a évolué depuis les 80’s, il suffit de s’intéresser à ce qui sort en librairie. Pour finir sur une note positive, malgré la critique je serai de la partie pour le tome final, peut-être y aura-t-il un hommage à Saint Seiya - Les Chevaliers du Zodiaque (déjà que les armures font très mécha issues du manga) avec ce héros prophétisé dans « une armure de glace », qui sait.

Nom série  La Geste des Chevaliers Dragons  posté le 11/01/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 3/5 (Pas mal)
J’avais comme pas mal de monde des appréhensions à l’égard de cette série du couple Anne et Gérard Guéro, alias Ange. Il faut dire que les avis sont très disparates et que ceux qui y sont défavorables n’y vont pas avec le dos de la cuillère, même si c’est souvent immérité.

Avec une histoire décousue où presque chaque tome peut se lire indépendamment des autres, la série connaît des hauts et des bas, et il est par conséquent très difficile de poser un avis tranché. Entre le premier et le second tome on perçoit déjà le changement de politique éditoriale. Ce qui devait être un pur one shot tenant un propos intéressant, s’est mué 5 ans plus tard en une saga où il faut composer avec les nombreux changements de dessinateurs et de coloristes, résultant éventuellement d’une volonté de l’éditeur Soleil de plaire à son nouveau lectorat américain (Tales of the Dragon Guard publié par Marvel) peu habitué à la ligne européenne.

J’ai débuté ma lecture par le tome 22 et même si globalement j’ai compris de quoi cela parlait, des choses m’ont échappé car il fallait avoir certaines références en tête. On s’aperçoit vite que le postulat de départ, « une histoire par tome », ne tient pas longtemps, et que pour comprendre tout les tenants et les aboutissants mieux vaut aborder la série dans son ensemble. Il y a à boire et à manger ici, on peut dire que le très bon côtoie le risible et le dispensable.

Je précise, en aparté, que j’accorde davantage d’importance aux graphismes qu’aux scénarios et qu’en temps normal je ne me pencherai pas sur des albums qui me rebutent sur ce point. Mais dans un souci de me montrer plus juste, et afin de mieux comprendre la série, j’ai dû me « forcer » à lire certains tomes que je trouve moche.

Tome 1 Jaïna
On sent que le projet de départ était de partir sur un one shot mais que l’auteur en gardait sous le coude pour éventuellement développer son worldbuilding en cas de suite. La trame se veut concise et directe, avec succès. On parvient sans peine à s’immerger dans cet univers fantasy. De prime abord, l’idée de prendre pour protagonistes de vierges guerrières semble saugrenue, mais si on y réfléchit un minimum c’est assez novateur, seuls les quelques mous du bulbe pseudos-féministes à la noix hurlent à l’œuvre misogyne et rétrograde, incapables qu’ils sont de prendre du recul et de comprendre ce qu’ils sont en train de lire. Dans la littérature cliché de la fantasy, qu’elle est généralement le rôle de la vierge ? Celui de victime, qu’on offre en sacrifice à un monstre et qui est sauvé in extremis par le héros, bien entendu un mâle tout en muscles. Le mythe d’Andromède reformaté, voilà l’œuvre machiste arriérée.

La Geste propose exactement l’inverse : la victime devient héroïne guerrière, le mâle est rétrogradé au rôle de second couteau et assiste impuissant aux exploits en pied-de-nez de ces « dragon slayers ». Je pourrais presque penser à un récit « girl power » si ce n’était son ton résolument dark fantasy : entre massacres à grande échelle, dénonciation de l’avarice des soi-disant « sages », quête vaine avec une révélation finale ultra pessimiste ; les femmes ont beau avoir le rôle phare, elles doivent quand même faire avec les remarques débiles et sexistes, où quand La Geste nous renvoie à notre réalité de merde inégalitaire et phallocrate…

Je disais donc une histoire dark fantasy adéquatement mise en image par Alberto Varanda qui propose l’un des tomes les plus jolies sur les 23 actuellement sortis. Je ne connaissais ce dessinateur que de nom mais j’ai trouvé que son encrage très prononcé et son dessin assez proche de Régis Loisel permettent de planter une ambiance qui se révèle assez prenante. C’est vraiment superbe et il y a cette petite touche qui me fait chavirer avec un dessin d’une cité digne de Minas Tirith en double page ainsi que certaines compositions qui occupent une page entière. La seule chose que je peux lui reprocher c’est sa vision trop masculine de la guerrière fantasy, bonne pour faire fantasmer ces messieurs. C’est un faux-pas car cela vient saborder les bons points féministes du scénario, et j’y reviendrai plus tard mais on peut se désoler que davantage d’albums ne soient pas dessinés par des femmes. Désolé donc pour Varanda, mais la guerrière qui se bat à moitié à poil c’est de mon avis trop ringard et cliché.

J’ai lu la version originale avec la colorisation de Jung et je ne vois pas bien ce qu’on lui reproche. On a cette impression de filtre « couché de soleil » et des couleurs qui donnent l’impression de masquer le travail de Varanda mais je n’ai pas trouvé que la colorisation de Delphine Rieu, plus lumineuse et lisible, faisait réellement la différence. Les deux ont leur charme. Celle de Crazytoons en revanche dans la troisième édition n’est pas terrible. C’est un bonne entame à laquelle il manque juste un peu de liant, un peu moins de dialogues convenus et une conclusion qui ne méritait pas d’être ainsi bâclée. Un épilogue aurait été souhaitable.

Tome 2 Akanah
Akanah n’étant autre que la petite fille sauvée par Jaïna et Ellys dans le tome 1, on note la manière subtile qu’à Ange d’apporter du liant à sa série en tissant un fil conducteur entre chaque album tout en offrant la possibilité de les dissocier. Un scénario intéressant qui met en avant les tergiversations de l’héroïne qui a choisi la voie des Chevaliers Dragons par défaut. Lors de sa première mission elle sera confrontée à la vraie vie en dehors de l’école, et va s’apercevoir qu’un autre chemin que la mort est possible et qu’il n’appartient qu’à soi-même de décider de son futur. Mise à part l’excellente tragédie du prélude, le reste de l’intrigue est marqué par les divisions sous haute tension et ne m’a pas semblé suffisamment convaincant. Il en ressort un tome qui se parcours rapidement mais sans parvenir à marquer les esprits. Reste la bonne synergie entre le dessin de Philippe Briones dont le style est clairement inspiré par les comics US, et les couleurs de Stéphane Paitreau qui fait mieux que ses prédécesseurs sans pour autant emporter mon adhésion.

Tome 3 Le Pays de non-vie
Ce troisième volet introduit Les Sœurs de la Vengeance déjà évoquées dans les histoires précédentes et dont le lecteur se demandait jusque-là qui elles sont et quelle est leur utilité. Ces dernières sont un peu l’ultime recours, la solution finale « atomique » en cas d’échec des Chevaliers Dragons. Judicieusement les auteurs n’abuseront pas de cet effet d’artifice. Tout au long de la série elles planeront comme une menace latente. Ce tome ressemble au précédent puisqu’il est encore une fois question de choix et de trouver sa place dans cette société d’hommes. Néanmoins il introduit une touche de folie avec un climax qui arrive à point nommé. J’ai bien aimé la tension grimpante contrairement au tome précédent que je trouvais un peu surfait. Deux histoires sont développées en parallèle dont l’une est consacrée au Chevalier Dragon enquêtrice Mara et qui apporte un peu d’autodérision de la part d’Ange qui met en scène pour la première fois une femme « armurée », ce que les hommes ne manquent pas de faire remarquer. J’ai également beaucoup apprécié la conclusion en clin d’œil au tome 2 : celui-ci étant consacré au futur d’un personnage mineur rencontré furtivement dans le tome 1, le tome 3 est consacré logiquement à l’enfance d’un personnage secondaire du tome 2. Le dessin de Sylvain Guinebaud ne me plaît pas des masses tant je le trouve épuré sur les décors et les seconds plans. Néanmoins les couleurs de Stéphane Paitreau relèvent l’ensemble. D’un autre côté, au pays de non-vie il est un plutôt normal de trouver des paysages désertiques. Mais du coup l’ensemble n’est pas super tape-à-l’œil.

Tome 4 Brisken
Décidément, j’aime la façon dont Ange construit par bribes son univers. Les fils s’entrecroisent, la toile d’araignée commence à avoir de la gueule. Brisken est cette célèbre bataille évoquée du bout des lèvres par la vieille Oris dans le tome 2. Cette dernière est bien évidemment de la partie. Quel dommage d’avoir rappelé Philippe Briones sur ce tome 4, dessinateur qui a certainement du talent mais pour lequel je ne peux m’enthousiasmer, question de goût. Que ce soit Jarry sur Nains, Gemmell et sa passe de Skeln dans Drenaï, ou moult écrivains de fantasy ; aucun ne peut s’empêcher d’écrire son 300 fantasy et nous rejouer la bataille des Thermopyles, voir ici un côté Starship Troopers. Ange n’y déroge pas. L’histoire est donc supra cool et propose quelque chose de différent pour changer, mais elle est plombée par un dessin que je trouve comics random moyennasse sans constance. De plus Briones est beaucoup moins bon que sur le tome 2. Du gâchis.

Tome 5 Les jardins du palais
Ce tome marque une certaine rupture par rapport au travail construit précédemment, car là pour le coup et sur les quelques numéros suivants, on passe vraiment à « une histoire indépendante par tome ». Une histoire où Ange avait visiblement envie de se faire plaisir avec pas mal de références à la culture populaire : on débute par du survivalisme clin d’œil au film Predator pour terminer sur un bon vieux Donjon & Dragons des familles, avec son lot d’exploration en huis-clos dans un château abandonné, diverses créatures hostiles de plus en plus grosses et dangereuses, de nombreux pièges et chausses-trappes, et bien sûr un trésor à dénicher. Même si c’est plutôt plaisant pour un rôliste, le fond est d’un intérêt moindre avec une histoire de rivalité entre deux Chevaliers Dragons pour savoir qui qu’a la plus grosse pair. Si on y rajoute le fait que le scénariste s’appesantit trop lourdement sur une scène de menace de viol (« j’te viole, j’te viole pas, oui mais non mais en fait non »), il en ressort un effet « pschitt ». L’encrage de Christian Paty est globalement soigné mais les visages manquent cruellement d’expression et ses compositions ne sont globalement pas à la hauteur. On a envie d’en mettre plein la vue avec une architecture antique et lézardée à la Castlevania mais je n’ai pas été subjugué par le rendu. Il y a néanmoins de bonnes idées en hommage à Frank Frazetta avec la Chevalier Dragon au sommet d’un tas de cadavres fumant.

Tome 6 Par-delà les montagnes
Danse avec les Loups dure plus de 3 heures. Difficile de faire l’équivalent en 48 pages. C’est pourtant en outre le pari entrepris ici. Le récit débute tambour battant pour mieux nous endormir par la suite, car ce ne sont que palabres et sensibleries de bas étage étalées sur une intrigue plus que poussive. Développée sur plusieurs tomes cela aurait pu faire une chouette histoire car de l’émotion il y en a, malheureusement trop vite bazardée, la mayonnaise n’a pas le temps de prendre. Pas grand-chose à dire sur le dessin de Laurent Sieurac tant j’étais assez stupéfait par la baisse de régime de Paitreau sur les couleurs, pénibles à regarder. Voilà, de la neige, un ciel bleu nuit, beaucoup de montagnes, blanches, et un trait pas toujours lisible, ce n’est pas le meilleur de La Geste assurément.

Tome 7 Revoir le Soleil
Ange a-t-il les yeux plus gros que le ventre ? Débutant sur un flashforward, l’histoire avait un potentiel intéressant, malheureusement impossible à développer sur un one-shot. Tout va bien trop vite et je n’ai pas eu le temps de m’attacher à ces personnages dont le traitement psychologique n’ait qu’effleuré. Potentiellement captivant car j’ai bien aimé le background sur cette société aristocrate décadente en fin de race, amorale, corrompue mentalement et physiquement par le Veill. La révélation arrive à point nommé, pour « la grande bouffe », cela m’a rappelé une scène de Van Helsing. Mais à côté de ça il y a des trucs qui m’ont fait sortir de ma lecture comme la cérémonie de l’accouplement que j’ai trouvé un peu too much. Je comprends bien qu’on veuille aller à fond dans le vice et décrire le pire du pire, mais ce n’est pas super crédible sur le coup. Et puis pourquoi mettre en scène les salopards en mode tragédie grecque dans le final Pompéien ? Je regrette que Thierry Démarez n’est pas dessiné toute la BD dans le même style que l’illustration de couverture, superbe. Je commence à trouver étrange qu’on change de dessinateur à chaque fois mais qu’en revanche le coloriste Stéphane Paitreau soit toujours de la partie, car celui-ci alterne le correcte et le moins correcte selon le dessinateur.

Tome 8 Le Chœur des Ténèbres
Le titre est sans ambiguïté en annonçant clairement qu’il s’agit d’une adaptation de la nouvelle Au cœur des ténèbres de Joseph Conrad dont tout le monde connaît l’adaptation cinématographique de Coppola, Apocalypse Now, qui se déroule dans le contexte de la guerre au Vietnam. Ange nous en propose sa vision fantasy mais pour l’originalité on repassera. La présence de Joseph, barbare local taciturne, rappelle le Conan de Robert E. Howard, et sa relation avec la Chevalier Dragon Mary rappellera aux fans la nouvelle La Reine de la côte noire. C’est une histoire où l’action se fait plus discrète, elle ne se manifeste que pour de courts massacres orgiaques. C’est un tome plus psychologique qui travaille sur les remontées de l’inconscience, la folie qui gagne ses personnages à mesure qu’ils s’enfoncent dans la jungle. Le genre qui réclame un dessinateur à la hauteur du projet et auquel Fabrice Meddour répond présent. Son encrage profond et ses compositions minutieuses qui ne laissent aucun espace vide et qui empêchent le lecteur de souffler en font une totale réussite. Il possède un style que je trouve assez proche de celui de Mohamed Aouamri. La ressemblance est même assez frappante puisque j’y retrouve les mêmes erreurs de proportions que pouvait avoir M. Aouamri sur Mortepierre. Une histoire franchement pas évidente à décrypter, honnêtement je suis loin d’avoir tout capté et c’est aussi cela qui me plaît en partie. Conclusion : un dessin immersif et une intrigue qui pour une fois vole au-dessus des marais ont suffit pour me satisfaire.

Tome 9 Aveugles
Il est pas mal du tout ce thriller. Chronologiquement, Ange revient à l’époque des premiers tomes, 10 ans après le drame Brisken. Il était donc tout naturel de retrouver le Chevalier Oris ainsi que des personnages clins d’œil comme Mara (T3) la petite conteuse de la légende, ainsi que Snejana (T6). Jeu de fausses pistes, trahisons, complots, enquêtes, Aveugles porte bien son nom. Plusieurs fils d’intrigue se nouent avec d’un côté un « Drôles de Dames » horreur survivaliste, de l’autre un récit d’espionnage en lien avec Brisken, et une sous-intrigue dont le dénouement aura des répercussions sur les tomes à venir. Résultat concluant pour un tome de transition, d’autant plus lorsqu’on suit la série depuis les débuts et qu’on commence l’air de rien à s’attacher à l’univers. Qu’on se le dise, La Geste n’a rien à voir avec cette série pour ados boutonneux dont certains l’affublent. C’est plus dark qu’il n’y paraît car ça se termine souvent en eau de boudin. Le dessin de Francisco Ruizgé est au petit oignon, d’une grande finesse avec le sens du détail, je regrette cependant qu’il n’ait pas davantage de planches spectaculaires à réaliser.

Tome 10 Vers la lumière
Il y a des albums tellement mieux que celui-là que je ne m’étendrai pas longtemps. Je n’apprécie pas ce mélange des genres où on pioche dans le manga pour le charadesign, le comics US dans cette mise en scène très éclatée, le rendu est franchement laid. Pour en rajouter une couche, les couleurs à l’informatique de Paitreau et Takayama sont dégueulasses mais on ne pouvait guère faire mieux à partir de tels graphismes. Même au niveau de la conception je ne comprends pas qu’on replonge dans les trucs anachroniques steampunk des débuts comme les bateaux volants, et qu’on en revienne au délit des « big boobs » dont on a répété que c’était cliché et con. Pour finir, la couverture est vilaine. A part introduire pour la première fois la tribu esclavagiste des Sardes, ce scénario ne propose pas grand-chose hormis une histoire de prophétie capillotractée (MDR le gamin qui se laisse kidnapper avec joie sans aucune protestation alors que sa mère chiale et qu’il a passé son temps à dire qu’il n’aimait pas les esclavagistes. C’est incohérent de bout en bout).

Tome 11 Toutes les Mille et une Nuits
Nous sommes bien des siècles après Brisken, l’époque du leitmotiv des Chevaliers Dragons « nous ne nous mêlons pas de politique » est désormais bien loin. L’âge héroïque n’est plus et l’ordre ne se soucis plus du bien général, le pouvoir et l’argent l’ont corrompu. De politique, de rites absurdes et inhumains (pourtant condamnés à l’époque du tome 9), de règlements administratifs, il n’est presque plus question que de cela. Et toutes les mille et une nuits les 33 ordres existants se réunissent au Fort pour débattre de la politique militaire à mener. C’est un brûlot sur le pouvoir en lui-même, sur les gens l’exerçant et qui, si l’on n’y prend pas garde sont aisément corruptibles. Le temps ensuite fait sont œuvre, les exploits passés et les nobles intentions qui avaient conduit à la création de l’ordre sont oubliés. Je l’attendais ce tome dessiné par Looky, artiste dont j’apprécie les compositions et les décors souvent bien détaillés. Je regrette qu’il ne soit pas accompagné de son collègue d’Hercule (Soleil), Olivier Thill, avec lequel il fait des merveilles. C’est du beau travail, Looky s’inspire de l’art médiéval notamment les enluminures et l’architecture romane, peut-être aussi de l’art islamique tant le Fort à des allures de Royaume de Jérusalem. Un bémol cependant car si je lis la série c’est parce qu’il s’agit de fantasy, hors ce tome 11 c’est de la low fantasy. Mais vraiment « low » alors ! Je trouve intéressantes les intrigues de palais, histoire d’étoffer l’univers, mais attention à ne pas non plus s’éloigner du sujet de départ.

Tome 12 Ellys
Retour vers le futur avec un prologue centré sur Ellys, l’écuyère survivante du premier tome, Jaïna ! (ça ne nous rajeunie pas). Une histoire consacrée au thème de la rédemption, Ellys n’ayant jamais pu se pardonner la mort de sa maîtresse, parviendra-t-elle à expier sa faute ? Et c’est bien connu, pour avancer il faut parfois revenir sur ses pas, la confrontation avec un dragon sera l’élément déclencheur pour mettre fin à sa malédiction. Devenue duchesse, elle devra également déjouer les coups tordus de sa belle-famille qui ne l’a jamais acceptée, et venir en aide à l’unique survivante de la tribu de N’aria (référence sympa au tome 6). Une histoire touchante, pleine de bons sentiments, et comme je me suis pris d’affection pour la protagoniste j’ai donc bien aimé ce retour aux origines. Pour ne rien gâcher les graphismes de Brice Cossu sont corrects, sans être renversants.

Tome 13 Salmyre
Salmyre est une ville commerçante prospère mais en proie à des conflits internes. Le pouvoir est entre les mains d’une famille corrompue, les Pergia (clin d’œil évident aux Borgias), mais le pas si preux Lancelot, oups ! Lancelas, par un concours de circonstances déclenche une révolte avec son ami le comte de Traville (Tréville des Mousquetaires). Ainsi il devient calife à la place du calife. Rien n’aurait été possible sans l’alliance des patriciens (alliés de Lancelas) et de la plèbe, incarnée par la Chevalier Dragon, Alène. Alène est déjà une héroïne à ce moment-là, dont les exploits ne se comptent plus. Cependant, l’ordre des Chevaliers Dragons qui bien entendu « ne se mêle jamais de politique », ne voit pas d’un bon œil le mariage de ces deux héros et réclame la tête de la renégate Alène. C’est la guerre !

Un tome qui surpasse tous les autres jusqu’à présent tant il est chargé d’émotion, de courage mais aussi de machiavélisme. Mis à part l’ordre de Messara dont le véritable intérêt demeure flou et l’invasion limite invraisemblable, point de méchant-méchant ni de gentil-gentil. Du côté de Salmyre, les personnages sont droit comme un « i », ont des valeurs transcendantes universelles, luttent pour la liberté et l’intérêt général, et pour une fois la nouvelle noblesse est à la hauteur et défend la justice et connaît le sens du sacrifice (parfois très lourd…).

Un formidable one-shot qui aurait bien mérité deux tomes. Et pas seulement pour mieux développer l’histoire que je trouve déjà pas mal ficelée : on comprend que l’on est plusieurs décennies après le tome 9 grâce à la mention d’Hassan le prêtre et d’une apparition de la matriarche Alia. Non, il est aussi formidable grâce au trait de Vax. Varanda a trouvé à qui parler ici car c’est bien le plus bel album depuis le tome 1. Salmyre est un cité orientale d’une grande richesse visuelle, digne de la Bagdad du califat abbasside. Je n’ai pas pu m’empêcher de penser à Xena la princesse guerrière en voyant Alène. La brune plantureuse possède les mêmes postures, la même carrure et ce tempérament à la fois sauvage et le port altier de Lucy Lawless (d’ailleurs, Xena n’est-elle pas crucifiée à la fin de la série ? ). Sans oublier que comme Xena était accompagnée de la blonde Gabrielle, Alène se bat au côté de la blonde Lore… la relation lesbienne en moins. Pour une fois Stéphane Paitreau a dû vraiment s’éclater aux couleurs, on passe décidément de la nuit au jour selon le dessinateur choisi car là c’est bluffant. Oh, et la couverture ultra badass mettra bien le bouquin en valeur sur mon étagère.

Tome 14 La Première
« A chaque génération il y a une nouvelle élue, elle seule devra affronter les vampires, les démons et les forces du Mal. Elle s’appelle Buffy... » Bon dit comme ça je donne l’impression de m’être planté de série, mais en fait je me demande comment ai-je fait pour ne pas me rendre compte plus tôt des points communs entre cette BD et cette série télé. Cet album m’y a fait penser car à un moment dans Buffy certains épisodes sont consacrés à l’origine de la Tueuse, d’où lui vient son pouvoir, la première passation tout ça, et dans les deux cas il faudra remonter aux premiers âges pour identifier la source-mère. Buffy, La Geste, même combat au final : idéologie post-féministe, lutte contre les figures patriarcales, pouvoir littéralement féminin. Étrangement, personne n’a jamais traité Buffy de série rétrograde et machiste… Tout ça pour dire que j’ai bien aimé le pitch. J’ai moins aimé la construction qui fonctionne sur le modèle du conte : Ange reprend les apprentis Chevaliers Dragons du tome 11 qui passent par la salle des fresques où une sage leur raconte comme de coutume une geste de leur ordre. Seulement, trop d’interruptions du conte pour revenir au présent ont fini par me sortir de ma lecture. Le dessin de Palma, tout comme la transition sur la fin avec Cossu et Sentenac, ne m’a pas emballé. Je trouve le trait un peu « pâteux » et sans finesses.

Tome 15 L’ennemi
Clairement dispensable, une histoire qui non seulement n’enrichit pas l’univers mais qui en elle-même n’offre aucune distraction. Les personnages sont idiots à l’image du sultan Sakris, prêt à mettre en péril des accords diplomatiques juste pour satisfaire sa libido. Je n’ai pas bien saisi le thème ici. Toujours-est-il qu’on a une historie d’évasion d’un harem qui m’a rappelé une partie du roman Les Derniers Parfaits de Paul Beorn. Un dessin proche du tome 10 avec un charadesign cartoonesque pas du plus bel effet. Il n’y a aucune cohérence graphique par rapport au tome 11 dont le récit se situe presque à même époque, on passe d’une inspiration médiévale à quelque chose imitant costumes et bals dansant du XVIIème siècle.

Tome 16 La Déesse
La religion dans le monde de La Geste avait été mise de côté jusqu’à maintenant. Ce tome est logiquement consacré à la religion comme instrument du pouvoir dans le but de manipuler les foules. Après une bataille acharnée contre un dragon, une découverte stupéfiante est faite dans une caverne située alentour : une statue géante sculptée dans la pierre représentant de façon sommaire une femme. C’est la panique chez les syndiqués du dieu unique Hâman dans la ville d’Arsalam située tout proche de la découverte, car l’ordre des Chevaliers Dragons « qui ne se mêle pas de politique » pourrait bien se mêler de religion afin d’étendre un peu plus son emprise. Vous l’aurez compris, un tome une fois de plus politique où toutes les pourritures corrompues se tirent la bourre pour imposer leur domination : d’un côté des mâles conservateurs, de l’autre des femmes réclamant des droits avec le soutien de l’ordre. Objet symbole d’un culte païen de la déesse-mère ? Dans un monde phallocrate faisant écho à notre réalité, Ange (ou Cossu) s’inspire des statuettes préhistorique du paléolithique appelées « Vénus » (en l’occurrence la Vénus de Willendorf) pour rappeler que divinité masculine ou divinité féminine (Ishtar, Amaterasu, Aphrodite, Astarté…), cela importe peu si les dogmes prodigués derrières sont sources de clivages et de divisions alors qu’ils devraient tendre à l’universalité et surtout, être unisexe. Une histoire intéressante brillamment mise en image par Brice Cossu dont je trouve le trait bien plus joli que sur le tome 12. Bien détaillé etc. Les couleurs de Paitreau sont au niveau donc c’est un chouette album au-dessus du panier.

Tome 17 et 18 Amarelle – La guerre des Sardes
Premier diptyque de La Geste, Amarelle la petite initiée dont on suivait le rite de passage dans le tome 11 a depuis bien grandi. C’est le moment fatidique, une époque charnière dans l’histoire de La Geste, les pièces misent en place dans les précédents albums entre en action : Amarelle et Soriko (T11), Louis (T10), les jumelles Hersana et Rhinna, et Charmont (T15), il y a des héros des deux côtés, envahisseurs comme assiégés. Un superbe récit de guerre sale (prends-toi ça dans les dents Rogue One! ) qui a des allures de guerre de Troie, de prise de Rome par Alaric ou Brennus ou qu’importe… un grand classique que le combat du civilisé en infériorité numérique contre les tribus nomades barbares unifiées qui déferlent par centaines de milliers. Les dragons ne sont en retrait que pour mieux resurgir. Suspense garanti et suite à venir (ça pue les conséquences du traité de Versailles cette histoire…). Les graphismes de Vax sont toujours aussi bons, toujours de nombreux clins d’oeil, excepté le dragon Godzilla que je trouve loupé et pas impressionnant, mais sinon c’est un vrai plaisir de le relire après quelques tomes en-dessous. Et dire qu’il y en a pour dire que La Geste c’est de la fantasy pour young adult décérébrés… c’est devenu vachement sombre et violent la fantasy pour ados…

Tome 19 L’Antidote
Chronologiquement situé après le tome 9, nous retrouvons un duo de Chevalier Dragon bien connu, les intrépides et complices Akanah et Eleanor. J’ai l’impression qu’avec ces deux-là il y a davantage d’humour, un peu comme un tome de décompression entre deux histoires plus sérieuses, et ce n’est pas pour me déplaire, leur complicité marche à merveille, on respire un bon coup. Elles sont alcooliques, bagarreuses, truqueuses, anti-conformistes, on dirait un duo de flics style Riggs et Murtaugh. Une histoire de portes-flingues dans une ambiance de western habilement nappé du cinéma de baston Hong-kongais et où il est question d’escorter une précieuse cargaison. En résumé comme le dit la Matriarche : « c’est une mission classique ». J’aurai pu marcher à fond dedans si ce n’est la grosse invraisemblance scénaristique qui veut que deux Chevaliers Dragons escortent une caravane de rien du tout alors que la logique voudrait qu’elles voyagent incognito ; et surtout aussi les graphismes de Patrick Boutin-Gagné. Voir mon avis sur le tome 15, je ne suis vraiment pas client même s’il faut reconnaître que sa mise en scène est dynamique.

Tome 20 Naissance d’un Empire
L’épilogue de la guerre des Sardes prend pour thème l’intégration et l’assimilation. Tandis que d’un côté l’empire d’occident panse ses blessures encore vives, de l’autre l’empire d’orient d’Arsalam a davantage de pain sur la planche : sédentariser la nation Sarde nomade depuis tout temps, rebâtir, et réussir à faire cohabiter tout ce petit monde avec les anciens peuples esclaves et les populations locales qui passent de l’Alsace allemande à française. Cet empire manque cruellement d’un socle commun capable d’unifier, et c’est tout l’enjeu ici. Deuxième tome dessiné par Looky et deuxième fois que j’en ressors frustré car j’admire la patte graphique de cet artiste mais il faut bien dire qu’on ne lui confit pas les meilleurs scenarii. J’ai trouvé intéressant d’évoquer en filigrane le devenir de l’Ancienne qui s’était battu sur le front nord et dont on était sans nouvelle, mais pour le reste, encore des histoires de coups tordus et d’étrangleurs ottomans… Bon d’accord le final est plutôt réussi mais entre parenthèses il faudra m’expliquer comment cela se fait que les dragons ne crachent du feu qu’une fois sur deux et uniquement quand cela arrange bien le scénariste. C’est un des défauts de La Geste, il faut faire avec pas mal d’incohérences.

Tome 21 La Hache d’Ishtar
Un tome transitoire qui ne met pas cette fois en avant des femmes mais une arme mythique de l’ordre : La Hache d’Ishtar. Cette arme avec ses lames en formes d’ailes de papillon (big up aux lecteurs de Gemmell), est une des trois armes primaires forgées dans les profondeur du Mordor, enfin dans un volcan quoi, où le premier dragon fût inhumé. Cinq histoires illustrées chacune par un dessinateur différent, retraçant le parcours de l’arme maniée par moult Chevaliers Dragons célèbres au fil des millénaires. J’ai apprécié à différent degré selon le dessinateur : un bon gros kif pour la nouvelle des mercenaires dessinée par Ronan Toulhoat et son encrage puissant ; les graphismes très obscurs d’Alexis Sentenac sont bien dans le ton pour ce dernier baroud d’honneur, on dirait la sortie désespérée du roi Théoden à la fin des Deux Tours ; bien aimé retrouvé la non moins glorieuse Oris dans la nouvelle de Stéphane Collignon dont j’ai toujours apprécié le trait ; déçu par Emmanuel Roudier dont j’ai vu mieux, l’histoire qu’il doit mettre en image correspond au récit classique du conte de fée, l’aspect dark fantasy d’Ange en sus ; pas très fan du quatrième chapitre de Thibaud De Rochebrune dans l’ensemble et qui n’amène pas grand-chose.

Tome 22 La porte du Nord
Voilà un album qui fait parti du bas de l’échelle. On tourne en rond. J’ai débuté ma lecture par celui-ci et il faut reconnaître qu’en lui-même ce tome raconte du rien, que-dalle. C’est Jon Snow (Le Trône de Fer) sur le mur d'Hadrien qui attend la menace de l'autre côté. Va-t-elle va finir par se pointer ? Et ben non. Le contenu est dépouillé d’action, de suspens. L’ennui est là et s’installe de bout en bout, Ange installe un rythme très languissant qui endort le lecteur aussitôt, et même l’ultime soubresaut atomique ne parvient pas à nous sortir de notre torpeur. Le dessin d’Alexe m’a énormément déçu. « Enfin ! » me disais-je, enfin une femme dessinatrice pour illustrer cette saga qui se voulait à la base destinée à un public féminin revanchard. Mais, elle est où la nana sur la couverture ? La Chevalier Dragon badass dans son armure en os de dragons ? Nul part, juste là pour attirer le chaland, vous ne la trouverez pas dans la bédé. Sinon en feuilletant l’album vite-fait j’ai pensé qu’il me plairait avec ce trait fin et lisible. Ben en fait, non, je me suis planté. C’est sobre à l’image du scénario, plat comme ma table basse.

Nom série  The Time Before  posté le 01/01/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Non
Note Note: 2/5 (Bof, sans plus)
Euh… mouais, ok…

Je ne suis apparemment pas le seul ici à avoir pensé au film Il était Temps (About Time) où un jeune homme maladroit apprend que les hommes de sa famille ont la capacité de voyager dans le temps, et avec lequel The Time Before possède des accointances très fortes (en rappelant que le film est sorti avant cette BD). Il s’agit de voyage dans le temps dans un même univers, une seule ligne temporelle sans conséquence sur le futur, où le personnage a la capacité de se réincarner dans son moi passé pour modifier les petits tracas de sa vie et de séduire la femme dont il tombe amoureux. Dans Il était Temps le transport s’effectue en s’enfermant dans une pièce noire, dans The Time Before à l’aide d’un talisman magique.

Le pitch n’a rien de neuf et a déjà été traité à plusieurs reprises, surtout au Japon j’ai remarqué comme avec Quartier lointain et La Traversée du Temps, et selon moi The Time Before n’apporte rien. Et même, contrairement à ces mangas je trouve cet album complètement vide, d’un ennui soporifique. Le pire est que je commençais à désespérer qu’il se passe quelque chose lorsque je m’aperçoit que la BD vient de se terminer. Quoi, ça se termine là-dessus ? Mon sentiment est d’avoir la moitié d’une histoire : le brave type empathique et raisonnable du début se transforme à cause du talisman en une espèce de stalker façon De Niro dans Taxi Driver, et qui modifie le destin des autres pour que tout roule dans son sens dans un but purement égoïste. Oui, et ? Pas de catharsis, pas de happy-end, pas de fin tragique non plus ou même une conclusion moralisatrice ? Juste des points de suspensions et des dialogues chiant à mourir (le beau-frère et ses travaux de recherche sur les univers infinis… assommant et inutile) d’un type qui utilise son pouvoir n’importe comment ? C’est maigre.

Le dessin est très sympa, j’ai bien aimé.

Nom série  Star Wars - Dark Vador (Marvel)  posté le 23/12/2016 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 3/5 (Pas mal)
Cette nouvelle série n’est pas à confondre avec sa jumelle du même nom éditée chez Delcourt (Dark Horse aux USA) et dont le début de publication date d’avant le rachat de Lucasfilm par Disney. Contrairement à cette dernière, les histoires racontées dans la présente série font parties du nouvel univers canon de la saga voulu par Disney.

Ces histoires prennent place entre les épisodes IV et V et mettent en avant l’un des plus grands bad guy de l’histoire du cinéma : Darth Vader. Si Star Wars (Marvel/Disney) est consacré essentiellement aux exploits des rebelles de la saga, Luke, Han Solo et Leia, la série Dark Vador est en quelque sorte son pendant du côté obscur puisque « marvelerie » oblige, c’est une série qui se lit d’abord comme un complément à Star Wars (Marvel/Disney), avec pas mal de cross over des personnages entre les deux séries et des POV inversés : les événements vécus comme des exploits dans Star Wars (Marvel/Disney) vont être vus comme des catastrophes industrielles côté Star Wars – Dark Vador (Marvel) (enfin bon vous avez compris le délire quoi).

Bon c’est pas trop mal sur le tome 1 mais à vrai dire on se lasse vite par la suite. Le traitement psychologique de Kieron Gillen sur Dark Vador est plutôt intéressant : il montre une facette finalement assez nuancée du personnage, on ne le sent pas totalement corrompu au côté obscur et ce qu’il en ressort sur ces trois premiers tomes, c’est qu’on a à faire à un type solitaire qui se dit qu’il a atteint le point de non retour mais qui se rend compte que l’Empereur, son maître, c’est quand même un gros enfoiré. Kieron Gillen nous concocte des histoires où Vador joue triple-jeu, à la fois ennemi de la rébellion, bras droit de l’empire mais également désireux d’avoir ses propres ressources et sa propre force de frappe.

La révélation selon laquelle Luke est ce fils qu’il pensait mort-né, est vécu comme un coup de poignard dans le dos, une trahison de l’Empereur qui lui avait pourtant certifié à la fin de l’épisode III que Padmé était morte avant d’avoir pu mettre l’enfant au monde. Alors je disais plus haut que cela devenait lassant car le jeu de cache-cache entre Vador et l’Empereur s’éternise trop à mon goût et qu’au bout d’un moment je m’attendais à être un peu plus surpris. Je ne sais pas combien de numéros sont prévus mais pour moi c’est typiquement le genre de série que j’imagine courte.

Bien aimé les dessins de Salvador Larroca sur les deux premiers tomes. Son trait moderne que je trouve « géométrique » est de la même trempe que celui de John Cassaday et Marco Chechetto qui ont œuvré sur les autres séries de la saga. Moins aimé en revanche celui de Francis Yu sur le tome 3 qui me rappelle trop ce que faisait Dark Horse autrefois quand ils possédaient la licence. La colorisation photoshop d’Edgar Delgado passe très bien, on sent qu’il maîtrise l’outil informatique.

Une série intéressante pour les fans de la saga mais à juger sur la durée.

Nom série  Dark Souls  posté le 15/12/2016 Modifier cet avis Achat conseillé ? Non
Note Note: 2/5 (Bof, sans plus)
Étant un passionné de la licence, j’en attendais peut-être trop de ce titre dont je guettais la sortie en France et qui s’avère être un fiasco complet.

Pour commencer, le scénario est en-dessous de tout. Dark Souls c’est une ambiance funèbre qui s’écoule à un rythme languissant, nappé d’une musique ensorcelante, où le joueur a peu de dialogues avec des PNJ souvent abattus et où il peut profondément ressentir cette expérience de jeu en solitaire. Son créateur le japonais Motoi Sakuraba, s’est inspiré de ses lectures fantasy de jeunesse qu’il lisait en anglais, mais n’étant pas très doué pour cette langue il comblait les vides avec son imagination. Le jeu est non seulement exigeant et ardu de par son gameplay mais aussi de par son histoire qui disperse des éléments par-ci par-là en laissant le soin au joueur de recoller les morceaux. Pour mettre en place une telle toile il faut du temps, il m’a fallu près de 80 heures de jeu pour finir le premier Dark Souls et parvenir à saisir tous les enjeux et le rôle de chacun.

Je suis un peu désolé pour George Mann qui a à sa décharge certainement des contraintes sur le nombre de pages imposées, mais le récit qu’il nous concocte ici fait penser à un résumé vite torché d’une aventure Dark Souls. Il ne se dégage aucune atmosphère faisant penser à la licence. Enlevez le titre Dark Souls et on a l’impression de lire de la fantasy « random » du style Dongeon & Dragons : un lieu, un boss, changement de lieu, changement de boss, étape suivante jusqu’au boss final.

L’autre source d’inspiration de Sakuraba est Berserk de Kentaro Miura, chef-d’œuvre de la dark fantasy pour le moins qu’on puisse dire. Encore une fois les décideurs à l’origine du projet démontrent qu’ils sont à côté de la plaque en confiant la réalisation graphique à Alan Quah qui est probablement un artiste reconnu (excellent illustrateur !) mais dont le dessin n’est du tout approprié à l’univers. Oui parfois il y a quelques compositions en pleine page ou double page qui sont sympas, mais quand est-ce qu’on flippe dans cette histoire ?! Dans Dark Souls il y a « dark », je m’attendais à un encrage beaucoup plus puissant, des vues en contre-plongée sur ces démons sortis de la Gigantomachie, une foule de détails et de choix sur les armes, armures et décors, des ennemis effrayants comme dans Berserk (ou même juste les jeux, tiens)… Malheureusement au final tout cela est très « corporate » et donne l’impression d’un profond manque d’idées. Pire, les couleurs sont pétillantes, hyper lumineuses, du vert, du rouge, du bleu, du jaune, il en ressort un aspect très « rose bonbon » que je trouve vraiment inapproprié.

Dark Souls est une licence japonaise, pour moi il aurait été plus judicieux de confier sa mise en image à un mangaka. Je ne doute pas que dans le fond George Mann ait bien saisi l'atmosphère et le ton qui se dégage du jeu, mais plutôt qu’une resucée sur le énième choix entre l’avènement des ténèbres ou la prolongation de l’âge du feu, j’aurai apprécié un peu d’originalité. Par exemple une adaptation des aventures des quatre chevaliers de Gwen : Ornstein, Gough, Ciaran, Artorias, et la chute de ce dernier dans les Abysses en compagnie du loup Sif, ça c’est le genre d’histoire qui aurait plu à tout les fans à coup sûr !

Espérons que le second tome, Dark Souls Legends of the Flame, qui est un autre projet repris par Dan Watters, Piotr Kowalski et Tauriq Moosa (toujours chez Titan Comics) relève la barre. On ne demande que mieux.

Nom série  Ragnarök (Simonson)  posté le 01/12/2016 Modifier cet avis Achat conseillé ? Non
Note Note: 2/5 (Bof, sans plus)
J’ai lu cette série en version VO bien des mois avant sa sortie en France mais je n’étais pas d’humeur à poster un premier billet grinçant.

Maintenant je peux le dire histoire de contrebalancer, je n’ai pas du tout accroché. De part le dessin déjà, que je trouve assez vieillot sincèrement, mise à part la double planche sur Ragnarök qui envoie du lourd, le reste se situe dans un style de comics que je n’avais plus vu depuis 20 ans. Et puis j’exècre ces couleurs à l’informatique.

C’est surtout le design du héros qui m’avait interpellé et incité à lire le comics. Il me rappelait énormément celui de Raziel, héros d’un jeu vidéo que j’ai adoré à l’époque, Legacy of Kain Soul Reaver, même pitch d’ailleurs : personnage décharné, ni vivant ni mort, mâchoire inférieure manquante, réveillé de sa torpeur des siècles dans le futur et qui part en quête de vengeance et de réponses. La formule est classique mais il y avait pas mal de similitudes.

Malheureusement ça n’a pas suivi. En plus d’être pénible à regarder, j’avais trouvé le récit pénible à lire. C’est lent et c’est surtout long à mettre en place de ce que je me souviens. Pour être honnête j’ai même fini en lisant en diagonal.

D’habitude je choisis mes lectures d’abord pour leurs graphismes mais là c’était pour le pitch et parce qu’attiré par la couverture. Pas de bol je n’ai rien aimé en fin de compte.

Nom série  J'ai tué Marat  posté le 29/11/2016 Modifier cet avis Achat conseillé ? Non
Note Note: 3/5 (Pas mal)
Je n’ai jamais eu goût pour les révolutionnaires français. Robespierre, Danton, La Fayette, Sieyès, Saint-Just ou Marat, ces crieurs public sanguinaires se valent à peu près tous à mes yeux. Et Marat je ne le connais pas des masses, surtout immortalisé grâce à la toile de David.

Néanmoins j’ai apprécié ma lecture de J’ai tué Marat qui s’ouvre comme un flash-forward puis retrace les derniers jours de Charlotte Corday au travers d’un dialogue post-attentat avec sa victime dans les limbes. Cette partie là constitue le vrai point fort de la bédé, je l’ai souvent répété dans mes avis sur des séries historiques, je n’aime pas la retranscription très « plan-plan », le truc linéaire qui finalement informe moins bien que ne le ferait un bouquin d’historien en plus d’être souvent ennuyeux. Cette partie fictive à un côté Dialogue aux enfers entre Machiavel et Montesquieu de Maurice Joly qui me plaît bien.

En revanche peut-être fais-je fausse route, mais j’ai senti un parti-pris du scénariste en faveur de Marat sur lequel je ne le rejoins pas. Il y a ce moment flash back qui revient sur l’enfance de Charlotte où elle fouette des oies jusqu’au sang en en tirant du plaisir. Ce passage, inventé j’imagine, vise à montrer Charlotte comme une espèce de tortionnaire, personnage ambiguë mais qui aurait eu dès l’enfance des pulsions meurtrières.

Désaccord également sur la conclusion où finalement c’est un peu Marat qui « l’emporte » : le geste de Corday n’aura servi à rien puisqu’il n’empêchera pas la Terreur. Oui mais non j’ai envie de dire. Qu’est-ce qui ne nous dit pas qu’avec Marat cela aurait été pire ? Quoi qu'il en soit je trouve cela marrant que plus de 2 siècles plus tard on puisse encore débattre sur les bonnes ou mauvaises intentions des révolutionnaires, etc.

Certes, Bollée prend soin de ne pas tomber dans le manichéisme et chacun a l’occasion de défendre sa position, et personne n'est ni tout blanc ni tout noir, mais j’ai tout de même senti que la balance penchait un peu en faveur de l’ami du peuple...

J’ai surtout été séduit par les graphismes du duo Olivier Martin – Sébastien Bouet. Le trait de Martin est net, encrage soigné, avec du détail, dessin semi-réaliste qui rentre dans ma zone de confort. Je lui reprocherait juste les gros plans sur le visage de Marat pas toujours concluant, visage de cire où il ressemble à un playmobil. Quant à Bouet, il offre une palette de couleurs très pétillante, pleine de nuance, un peu comme Stambecco sur le récent L’Illiade, et Thomas Allart sur HSE. Impeccable.

Un bon numéro de la collection J’ai tué.

Nom série  Les Contresang  posté le 27/11/2016 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 3/5 (Pas mal)
D’habitude je porte un regard plutôt bienveillant sur ces projets « amateurs » qui parviennent à se matérialiser grâce au financement participatif. Après, à partir du moment où on essaie de me vendre le truc je vais le juger sur un même rang d’égalité qu’une série d’un gros éditeur.

Bon alors je commence par les graphismes : comme je ne suis pas compétent pour juger de la technique, je ne parlerai que de mon ressenti. J’ai trouvé que Grégory Delaunay alternait entre le bon et le moins bon. Si je le trouve plutôt doué lorsque les personnages prennent la pose, et que les femmes sont bien roulées (un cliché de la fantasy masculine ringarde), je trouve globalement que la bédé manque de vie et de mouvement, le rythme a beau être soutenu les personnages paraissent rouillés. Je n’en ressors pas hyper emballé visuellement, je me dis que j’ai largement vu mieux. Après je ne suis pas en train de dire qu’il faut absolument faire du Loisel ou du Moëbius, sinon plus personne ne dessinerait, mais en fantasy plus que dans un autre genre, le dessin se doit d’être à la hauteur, il doit vendre du rêve, et là je n’en ressors pas émerveillé.

De même la mise en couleur à l’aquarelle est très étrange, comme s’il y avait une espèce de filtre beige-gris tout du long. Peut-être est-ce voulu pour en rajouter dans le côté crépusculaire, poussiéreux, desséché… Même si c’est bien exécuté, c’est une question de goût et à mes yeux cela manque de variance, le panel de couleurs demeure trop limité.

Pour le tome 2 j’ai cru comprendre que le dessinateur avait changé. Je trouve cela un peu dommage car j’aurai aimé constaté l’évolution de son trait. Enfin bon ce sera l’occasion de voir ce que fait Patrick Cornelis. Entre parenthèse, même si les auteurs n’y sont pour rien, je me suis bien marré sur le mot d’éditeur évoquant des graphismes dignes de figurer dans « La Quête de l’Oiseau du Temps ou Le Seigneur des Anneaux ». Nan sérieux, faut pas pousser là...

Après pour le scénario, le synopsis sur le héros vieillissant, tragique à souhait, réaliste, qui reprend du service tout ça, même si on essaie de nous le vendre comme quelque chose de novateur par rapport aux récits « clichés » de l’heroic fantasy, euh moi je ne suis pas surpris. J’en ai lu des tas des histoires de ce genre mais le lecteur occasionnel de fantasy pourra s’y laisser prendre. Que le récit d’Olivier Vachey fourmille de petits clins d’œil en tout genre est une bonne chose, moi j’adore quand il y a des références, ce n’est pas le problème. Arken possède ce côté héros fatigué gemmellien, pour sauver un monde à l’agonie il faut un héros éreinté, et n’y aurait-il pas un petit côté Guts dans Berserk dans le fait qu’il soit hanté par ses fantômes ? La couverture est-elle un hommage à Alim le tanneur ? La maladie du Malroche, référence à Méduse ou Le Feul ?…

Ce que je regrette c’est l’aspect très basique du récit. Franchement la scène d’ouverture avec l’assassin Ksill qui s’annonce avant d’attaquer Arken, ça fait un peu épisode Power Rangers. Je sais pas, t’es là pour tuer le mec, pas pour tailler le bout d’gras, donc inutile de t’annoncer en gueulant des invectives clichés du genre « tu vas tâter de mon épée » ou un truc du genre. L’assassin en bois quoi…

Un récit qui a pourtant ce mérite de ne pas ménager le lecteur en rentrant très vite dans le vif du sujet sans faire l'impasse sur l'action, un rythme soutenu cependant qu’on nous parle d’un monde ostracisé qui part à vau-l’eau mais je ne ressens pas cette tension qu’il devrait y avoir. J’ai néanmoins bien aimé cette inversion des valeurs dans l’introduction où l’enterrement de la mère est synonyme de libération pour le héros qui peut enfin partir à l’aventure, alors que normalement la mort d’un proche est plutôt synonyme de drame et de souffrance.

Néanmoins, vu qu’il s’agit d’une histoire au format court et que les nombreuses zones d’ombres sont pour le moins intrigantes, j’ai envie de lui donner sa chance et d’attendre la suite et fin pour vraiment m’en faire une idée. C’est une série qui sera à considérer dans son ensemble.

Nom série  Sangre  posté le 26/11/2016 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Je n’ai jamais compris ce vilipendage incessant autour de Christophe Arleston. C’est limite si son nom n’est pas devenu un antonomase pour désigner de la fantasy bas-de-gamme. J’ai grandi dans les années 90 et comme beaucoup de gens de mon âge j’ai du respect pour ce monsieur qui a contribué à l’essor de la fantasy française grâce à Lanfeust de Troy. Pour la suite, je n’ai pas tout suivi, peut être a-t-il mérité certaines critiques acerbes mais le gars est comme tout le monde, faut bien qu’il bouffe et qu’il rembourse son hypothèque, et il n’a jamais mis le couteau sous la gorge des lecteurs pour acheter sa nombreuse bibliographie. Il est à la fantasy ce que Michael Bay est au cinéma grand public en quelque sorte. Tous deux produisent, réalisent ou créent des divertissements dont le cœur de cible sont les enfants et les adolescents. Il faut l’accepter et juger son œuvre en tant que tel ou bien passer son chemin.

Et pour en venir à Sangre, je ne pense pas qu’on puisse parler « d’arlestonerie » pour le coup car sans prendre pour autant de vrais risques, Arleston sort de sa zone de confort habituelle pour s’aventurer dans une fantasy susceptible de séduire aussi un public adulte. Héroïne adolescente égale en général public adolescent, mais le ton est volontairement plus sombre pour permettre à deux types de lectorat de se rejoindre.

Dans cette nouvelle octalogie il y a une chose qui frappe, c’est qu’on rigole déjà beaucoup moins, le ton se pose dès l’entame. L’histoire s’ouvre, sans spoiler, sur le massacre d’une famille tout ce qu’il y a de plus pépère : Sangre dont le nom semble annoncer la destinée, coule des jours heureux. La vie est belle et tandis qu’elle folâtre avec un camarade, sa famille et leurs amis se font exterminer par des pirates venus dérober leur marchandise alors que la petite troupe se rendait vers la cité prospère d’Ovraches afin d’écouler leur récolte annuelle de vin. Sangre sera sauvée in extremis par son frère assassiné sitôt après, sa mère elle, n’aura pas autant de chance et se fera capturée. Seule et encore sous le choc, la jeune orpheline est recueillie par Dame Ydrelène qui la confie au magistère d’Elm dont elle deviendra une des pensionnaires les plus assidus. Mais bien trop marquée par ce traumatisme d’enfance qui lui vaudra un bégaiement persistant, Sangre part en chasse des 8 assassins pour se venger et sauver sa mère.

Huit tomes : un album, une vengeance. There will be blood…

Les amateurs d’Arleston le savent, l’auteur joue rarement avec ses propres billes, mais comme il connaît sur le bout des doigts ses classiques, cela marche. En grand fan de Jack Vance, Arleston s’est emparé de l’histoire de la Geste des Princes-Démons qui racontait sur cinq romans la traque du héros Kirth Gersen de cinq criminels. Entre références aux classiques (il y a du Comte de Monte Cristo là-dedans) et auteurs cool du moment, Arleston multiplie les clins d’œil à ses précédentes séries, preuve que l’auteur conserve malgré tout un contact avec son lectorat de base, grâce notamment à ce pouvoir dont dispose Sangre et qui lui permet d’arrêter le temps. Les joueurs de Prince of Persia : les Sables du temps et les lecteurs de Légendes de Troy - Tykko des Sables sauront apprécier.

Mais l’emprunt le plus flagrant, celui qui saute aux yeux, c’est bien Sangre elle-même, copie conforme d’Arya Stark de la saga fantasy Le Trône de Fer de George R.R. Martin (ou bien est-ce Fitz de L'Assassin Royal de Robin Hobb ? ). La fillette orpheline de la maison Stark qui est baladée à travers Westeros par ses ravisseurs avant de se faire oublier dans la cité libre de Braavos où elle suit l’enseignement des Sans-Visage, une secte d’assassin. L’apprentissage est ardu dans les rues dangereuses de la cité et la fillette a beau se montrer vaillante, l’appel de la haine et de la vengeance est plus fort encore. Elle décide donc de tout plaquer pour trucider ceux qui ont complotés et fait assassiner les siens. Et si en plus on y ajoute un loup en guise d’animal de compagnie ainsi que le twist de l’héroïne aveugle, le mimétisme ne fait plus aucun doute.

J’ai totalement adhéré à l’univers planet-fantasy, les portails ouvrant sur d’autres mondes (coucou Jack ! ), qui reste certes dans le déjà-vu/déjà-lu, mais la mise en image d’Adrien Floch est hyper accrocheuse, je ne le connaissais pas, il possède un trait net qui me plaît bien. Il faut dire aussi qu’il est bien aidé par un Fred Blanchard qui s’occupe de la partie design et que j’ai trouvé bien inspiré notamment dans la conception des personnages qui dégagent beaucoup de charisme. J’ai une sorte d’admiration inexplicable pour cet homme que je suis depuis "Star Wars L’Héritier de l’Empire", ça doit être mon petit côté pain d’épice, instant nostalgique. Format standard couleur ou version large en noir et blanc ? Eh… difficile de répondre car Claude Guth offre un travail tout à fait séduisant, ses couleurs ont un côté hypnotique, engageant. Mais d’un autre côté le noir et blanc…

Voilà les auteurs y ont mis de la bonne volonté, le challenge pas évident d’Arleston de s’attirer un lectorat plus mature est rempli. Moi pour l’instant je suis emballé. Je serai donc logiquement de la suite.

Valar Morghulis

Nom série  Meurtres Fatals Graves  posté le 22/11/2016 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Trop fort Maëster ! Cela fait un paquet d’années que je n’avais pas relu Meurtres Fatals Graves et je me bidonne toujours autant. La réédition récente en intégrale fut une très bonne raison de s’y remettre.

J’adore tous ces bons jeux de mots, les quiproquos, calembours et contrepèteries. Qu’est-ce que c’est con, le ton est totalement décomplexé. C’est truffé de clins d’œil bédéphiles et de références cinématographiques dans les images et dans le texte. Il est vrai qu’elles commencent à ne plus être dans le vent mais ça on ne peut pas le reprocher, et puis, cela demeure culte : Pulp Fiction, Basic Instinct, Star Wars, Star Trek, Freddy Krueger, Alien, Léon, Reservoir Dogs, James Bond, etc.

C’est très loin d’être aussi culte que Sœur Marie-Thérèse mais… Maëster, quoi ! C’est hyper détaillé, un génie de la caricature, on passe au minimum 30 secondes par case à essayer de trouver la connerie qui s’y cache. Des fois on a beau avoir relu plusieurs fois la bédé, on en trouve encore.

Nom série  Comment faire fortune en juin 40  posté le 21/11/2016 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 5/5 (Culte !)
1970, sur un scénario de Troy Kennedy-Martin, Brian G. Hutton réalise De l’or pour les braves qui raconte la traversée d’un peloton de G.I. américains au-delà des lignes ennemies nazies afin de s’emparer d’un magot de 16 millions de dollars.
1984, d’après un roman de Pierre Siniac qui déjà à l’époque représente un excellent filon pour les cinéastes, Henri Verneuil adapte Les Morfalous : seconde guerre mondiale, Tunisie, 6 milliards en lingots d’or…
2015, inspirés par tous ces polars sortis dans les 60’s et 70’s, le tandem à succès Xavier Dorison – Fabien Nury sort Comment faire fortune en juin 40, adaptation libre du roman noir de Pierre Siniac, Sous l’aile noire des rapaces. Le projet était à l’origine pensé comme un film, Omaha Beach, mais nous sommes en France, pays où les producteurs ne disposent pas de moyens s’il ne s’agit d’une comédie franchouillarde, d’un film social, ou d’une tragédie avec un homme quarantenaire célibataire assis seul la nuit sur le banc d’une gare. Les auteurs pourront toujours se consoler avec cette bande-dessinée à la hauteur des Kelly’s Heroes, Les rois du désert, Cent mille dollars au soleil et tous ces films de la même veine crapuleuse.

Comment faire fortune... est un braquo qui se révèle riche en références et clins d’œil cinématographiques, porté par un contexte historique inédit et authentique, des dialogues savoureux interprétés par des personnages dignes de la gouaille des Georges Lautner, Michel Audiard, et autres Sergio Leone.

Le contexte historique est à mes yeux le meilleur argument pour convaincre les plus sceptiques qui y verraient, avec un zeste de mauvaise foi, une resucée classique donc finalement inutile. Car il y a d’un côté l’histoire du trio Siniac-Dorison-Nury très romancée, dramatique, faisant la part belle à l’action. Et de l’autre il y a l’Histoire, la vraie : oui la Banque de France, qui était en ce temps-là une institution privée appartenant à de riches familles, a discrètement exfiltré l’or de ses succursales dès 1932. En seconde lecture on révèle le comportement lâche ou calculateur (biffez la mention qui vous arrange) des ploutocrates soutenant financièrement la guerre mais qui dans le feutrer ont fait sortir leur pognon du pays en prévoyant l’arrivée d’Hitler, et de la guerre… pour qu’en juin 1940 le processus s’accélère et l’évacuation de l’or s’achève dans la panique.

Au total 2500 tonnes d’or réparties entre les USA (1235t), la Martinique (255t), l'Afrique (740t), entre-temps une partie a dû être sacrifié à Berlin. Les dirigeants de la Banque de France ont dû serrer les fesses entre les américains qui voulaient faire main basse sur l’or de la Martinique, Churchill, de Gaulle se réclamant de la vraie France, « libre », et qu’il était le plus légitime à en prendre possession, la France de Vichy-Pétain à la solde de l’Allemagne et d’Hitler ; pas moins de cinq belligérants se disputant un magot ne leur appartenant pas ! Les rapaces se neutraliseront mutuellement en fin de compte et le plus surprenant est qu’à la fin de la guerre on ne constatera qu’une perte de 300 kilos d’or. Cet argent servira à la reconstruction de la France en attendant le plan Marshall de 1948.

Le parti-pris de Comment faire fortune… est d’introduire une erreur de comptabilité. Des nigauds de la Banque de France ont oublié 2 tonnes d’or. Stresse, panique chez les dirigeants ! L’or doit partir, mais les murs ont des oreilles et une équipe de bras-cassés se monte pour intercepter le convoi blindé.

On est dans le même état d’esprit que Le Bon, la Brute et le Truand avec des personnages caractériels forcés de faire équipe temporairement avant le « chacun pour sa gueule », de la même façon qu’ont Blondin, Tuco et Santanza de se tirer la bourre pour être le dernier à s’emparer du butin. Sans le cacher Laurent Astier s’est inspiré de ces gueules célèbres du cinéma pour donner vie à ces personnages et emporter l’adhésion des lecteurs passionnés par ce cinéma d’époque. On l’imagine bien prendre comme modèle l’ancien catcheur Lino Ventura ou Robert De Niro époque Ragging Bull pour dessiner Frank Propp le boxeur raté. Alain Delon ne défaillirait pas s’il devait incarner le mafieux corse Sambionetti, le rôle de Kurtz le méchano ancien de la Werhmacht semble être taillé sur mesure pour Horst Frank. Quant à Ninon la serrurier femme émancipée as de la dynamite, Sabine Sinjen ou Dany Carrel seraient au poil. Et pourtant le dessin de Laurent Astier n’est pas ce vers quoi je me dirige d’habitude mais il offre des plans très dynamiques qui donnent du rythme à ce récit de 116 pages, une composition sublime de Paris sur une page, et la mise en couleur pleine d'énergie de Laurence Croix est un véritable plus à mes yeux.

Dommage qu’il s’agisse d’un one-shot car avec l’épilogue façon Le Jour le plus long, il y avait peut être moyen d’imaginer une série chorale comme l’avait fait le grand Sergio sur sa trilogie du dollar…

Nom série  Wollodrïn  posté le 26/12/2013 (dernière MAJ le 18/11/2016) Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Chapitre 1 Le Matin des Cendres

David Chauvel et Jérôme Lereculey connaissent sur le bout des doigts leurs classiques, car si la balance penche clairement du côté de la fantasy d’inspiration tolkienienne, Wollodrïn ne s’enlise pas dans le vulgaire ersatz déjà-vu de la Communauté de l’Anneau et parvient à mêler avec justesse d’autres grands noms du genre dans cette folle aventure en no man’s land.

Du Seigneur des Anneaux, Lereculey emprunte surtout la beauté des décors néo-zélandais du film de Peter Jackson ainsi que les diverses techniques de cadrage comme les vues en plongée sur ces compagnons marchant en file indienne au sommet d’une colline. Mettez le thème principal du SdA en fond sonore et on s’y croirait ! D’autant plus que ces choix de cadrage se prêtent à merveille aux grands espaces avec ces cases tout en largeur sur deux pages qui accentuent bien sur ce côté monde inconnu et dépaysant. J’ai grand plaisir à voir ce dessinateur dont je perçois chaque fois un peu plus une amélioration : le trait est ici un peu épais mais toujours très net, donc lisible, du travail bien soigné.

J’ai envie de me mettre en porte-à-faux par rapport à d’autres avis qui trouvent le récit en résumé assez classique, donc banal, donc inutile. Chauvel pioche chez les « Classiques », oui, et il ne joue pas avec ses propres billes, mais cela ne l’empêche pas de mitonner une histoire très multi-genre et qui finalement fonctionne plutôt bien et se révèle divertissante. Et c’est bien là le principal.

J’ai crains au début à un remake de La Quête... avec ces protagonistes qui nous endorment avec leur longue marche en avant et dont seule la beauté du décor parviendrait à nous maintenir en éveil. Mais il y a très vite dans le récit des signes annonciateurs qui montrent bien qu’on ne compte pas nous resservir la même soupe froide : ces compagnons d’infortunes recrutés parce qu’ils n’ont rien à perdre et qu’entre cette mission suicide ou la mort directe, le choix est vite-fait, tiennent plus des Douze Salopards, troupe du purgatoire, que des gentils et fraternels membres de la communauté de l’anneau. Et puis il faut quand même être sacrément à l’ouest pour ne pas percevoir que cette fantasy d’aspect classique beigne dans une ambiance western de bon aloi : entre les différents protagonistes à la gouaille sergioleonesque et le mode de vie orc/amérindien piochant dans Danse avec les loups de Kevin Costner. Je ne sais pas si David Chauvel a déjà lu Joe Abercrombie mais je suis persuadé qu’il s’entendrait à merveille avec cet auteur fantasy inspiré par Tarantino et le western fantasy néo-classique.

J’ai senti également que le scénariste maîtrisait son histoire, ne voulant pas donner toutes les réponses et cherchant à construire sur du long terme. Cette sous-intrigue politique avec la nation empirique elfique qu’on ne voit jamais mais dont on nous dit qu’elle est responsable des maux de ce monde, est très alléchante. J’ai envie d’en savoir davantage.

Des bémols ?
Je regrette que la fin soit précipitée, deux ou trois pages supplémentaires en guise d’épilogue auraient été bienvenue.
Une invraisemblance avec un personnage de la troupe qui ne devrait pas se trouver là étant donner la révélation qui nous est faite dans le second volet sur sa véritable identité et ses véritables intentions. La suspension consentie d’incrédulité prend un coup sérieux tellement cela paraît invraisemblable. On se dit, « tout ça pour ça ?! », l’argument « mission suicide » vole en éclat devant le raisonnement foireux du personnage.

MISE A JOUR 20/01/2016
Chapitre 2 Le Convoi


A défaut de faire montre d’une grande originalité tout comme son cycle aîné, la suite se pause comme un excellent pot-pourri tourné à cent pour cent vers un divertissement encore plus jouissif que son prédécesseur.

On repart avec ce couple insolite Onimaku la femme humaine et Hazngar le mâle orc, les survivants de la première aventure sont engagés comme guides et protecteurs d’un convoi. David Chauvel le scénariste avait des envies de western visiblement avec ces familles de pèlerins à la religion austère qui migrent pour s’installer sur une terre promise avec des rêves d’Eden plein la tête. Avec le talent de Jérôme Lereculey toujours au rendez-vous on n’échappe pas aux superbes plans larges représentants les grands espaces sauvages et toute une mise en scène qui donne vie à ce côté western avec les chariots qui se mettent en carré lors des raids gobelins qui forcément remplacent les indiens dans le rôle d’assaillant.

Et comme les gars ont de la suite dans les idées, ce qui s’apparentait à une Ruée vers l’Ouest se transforme en un Season of the Witch à cause de spectres noirs Nasgûl qui en ont après le convoi pour des motifs obscurs et qui vont réveiller de sombres forces apportant à l’intrigue un tournant survival horror en mode hack n’slash. C’est excellent car on bascule d’une référence à l’autre et très vite Onimaku, Hazngar et leurs comparses de fortune se retrouvent avec une armée de zombies aux trousses, et Chauvel qui nous rejoue la scène de l’hypermarché dans L’Armée des Morts remplacée par une halle au grain. Ouarf ! Du grand spectacle mené à cent à l’heure dans le deuxième tome avec un affrontement Gandalf vs. Manticore zombifiée, et en filigrane une belle histoire d’amour interraciale (ça me fait bizarre d’écrire cela).

C’est beau, c’est fun, c’est incontournable pour les amoureux de la culture SFF.

MISE A JOUR 18/11/2016
Chapitre 3 Celui-qui-dort


Amis nostalgiques, enfants rêvasseurs, approchez que je vous présente Le Hobbit nouvelle formule !

Après l’interlude western des « porte-flingue » Onimaku-Hazngar, voici que David Chauvel retourne à ses tolkienneries avec un protagoniste qui ne paye pas de mine mais ne manque pas de sel : l’adolescent nain Tridïk.

Handicapé à la naissance par un bras en moins, Tridïk sait pertinemment qu’il ne pourra jamais prendre la succession de son père forgeron, et s’évade une grande partie de son temps le nez plongé dans de vieux livres narrant les exploits de son héros nain favoris, Bhaälzec. Le jeune Tridïk a toujours vécu parmi ses congénères dans une communauté située profondément sous la montagne. Mais ce lieu, truffé d’interdits est devenu trop étroit pour cet esprit libre qui a soif d’aventures et de romances. Car en secret Tridïk en pince pour la belle Mëlinhh dont il espère gagner le cœur en lui offrant une chrysoztëre, une fleur rare que l’on ne trouve qu’au plus profond de la montagne… Par le plus grand des hasards, Tridïk fait la découverte d’un passage secret menant derrière les portes scellées d’Ahrëezlohk, un endroit maudit volontairement oublié des mémoires naines, car il renfermerait une chose qui jamais ne doit être réveillée… Qu’à cela ne tienne ! Pour séduire Mëlinhh, Tridïk est prêt à braver tous les interdits. « I’m going on a adventure ! » comme dirait l’autre.

Voilà pour la présentation de la première partie, car il s’en passe des choses tout du long : d’une folle escapade souterraine en guise de quête initiatique où il ne fait pas bon être claustrophobe, le hobbit sort finalement de son trou pour explorer les grands espaces de Wollodrïn. Entre-temps, Tridïk s’est trouvé un compagnon de voyage : Haffanen, le « dernier » des elfes. David Chauvel fait montre de sa maîtrise de la dramaturgie avec des personnages qui évoluent psychologiquement. L’humeur badine et bon enfant de la première partie laisse place aux temps de la désillusion comme si Tridïk grandissait et prenait petit à petit conscience de la réalité du monde qui l’entoure. Et inversement, une philosophie humaniste très touchante quoiqu’un peu niaiseuse du jeune Tridïk faisant la leçon à l’immortel Haffanen. C’est assez cocasse. Un réalisme incarné par cet elfe pas très tolkienien pour le coup, plutôt proche d’un barbare atroce howardien. Entre moments de franches rigolades et prises de bec, il s’installe une complicité sincère entre les deux protagonistes mue par cette influence mutuelle.

Malgré de nombreuses références littéraires qui sautent aux yeux le récit n’est pas pour autant cousu de fil blanc et réserve quelques surprises notables dans son dénuement. Chauvel prend un malin plaisir à tourmenter ses classiques et offrir une vision géopolitique que je juge plus réaliste et complexe qu’une simple vision binaire zoroastrienne dont on a (trop) souvent l'habitude en fantasy.

Toujours un bonheur de contempler une bédé de Jérôme Lereculey qui ne cesse de m’impressionner. Vive la Terre du Mil… Wollodrïn, pardon. Je ne me suis toujours pas remis du dessin en double-page sur la grotte à ciel ouvert, pages 34-35, le genre qu’on a envie de posséder en original et d’accrocher dans son salon. Un travail d’orfèvre nain. De Chauvel ou Lereculey, de qui vient l’idée du design de l’elfe Haffanen ? Peu importe, j’ai apprécié ce mélange d’albinos moorcokien et du Rige de La Quête… Tiens en parlant de celle-là, bien vu pour le Fourreux/Zzürk.

Si je devais émettre un seul bémol ce serait que j’ai parfois le sentiment que Chauvel en fait trop dans la référence à JRR (hum hum hum ! Frodon, Sam, Shelob et ton antre le Torech Ungol, on vous a reconnu).

Terminons sur une bonne note : Wollodrïn aurait pu se limiter à une succession de récits indépendants mais petit à petit l’univers s’étoffe et on flaire la convergence des protagonistes pour le 5ème diptyque, ou quand la petite histoire rejoint la grande... Du tout bon !

Nom série  Universal War Two  posté le 07/11/2014 (dernière MAJ le 17/11/2016) Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 5/5 (Culte !)
Je n’avais même pas commencé ma lecture que j’étais déjà totalement conquis par le dessin en feuilletant l’album. Ce second cycle est de la même veine que la première guerre universelle, j’ai même l’impression que le dessin de Bajram s’est encore amélioré, il maîtrise parfaitement l’outil informatique et sa palette de couleurs. On pouvait reprocher aux premiers albums d’UW1 d’être un peu trop sombres du fait que l’intrigue se déroulait pour l’essentiel dans l’espace. Les deux premiers tomes d’UW2 se déroulent aussi sur Canaan et Mars, des planètes chaudes, ce qui permet une plus grande diversité dans le choix des couleurs. Les traits des visages paraissent aussi plus lisses et nets, c’est à peine perceptible et ce n’est peut être qu’une impression. Ajoutez un découpage dynamique et de superbes dessins en double planche. Vous l’avez compris je trouve le résultat stupéfiant.

Les fans d’Universal War One ne seront pas déçus par cette suite qui reprend les mêmes recettes qui ont fait le succès de la série : space opera, hard science, batailles spatiales, voyages dans le temps, personnages rebelles et torturés, destruction de monde, drame, physique quantique, les formes géométriques très épurées… le tout toujours accompagné de références à la bible hébraïque ; le cocktail explosif est de nouveau au rendez-vous et désormais on peut aussi rajouter à la liste une invasion alien, et j’ai également bien aimé le combat type super héros de comics avec des pouvoirs entre Théa et son cousin Vidon qui fait office de « vilain ». La dégaine de Théa avec sa cape et sa tenue noire m’a fait penser à Luke Skywalker dans le Retour du Jedi. J’ai dans l’espoir qu’il s’agissait d’un amuse-gueule et qu’on assistera à d’autres duels épiques de ce genre par la suite.
Comme dans UW1, on a droit à une apparition amusante de Bajram et Valérie Mangin dans le tome 2. Je vous laisse chercher dans quelle planche.

Bajram abordait des thèmes d’actualité pour ensuite les critiquer de façon virulente dans UW1 comme les dérives totalitaires, les méfaits du capitalisme poussé à l’excès, l’écologie, les petits cercles d’intellectuels qui font la loi, des questionnements profonds sur la nature humaine et sa prédisposition à tuer les membres de sa propre espèce, etc.
L’auteur reprend ainsi cette façon que j’adore, de construire son intrigue sur plusieurs niveaux de lecture avec en premier plan l’aspect science-fiction et tous les éléments cools que j’ai cités plus haut, les références à la religion hébraïque peuvent être lues au second plan. Puis en troisième lecture Bajram aborde en allégorie les nouvelles problématiques et maux de notre époque : l’occupation cananéenne sur Mars fait évidemment penser à celle des états-uniens en Irak (mais on peut également la transposer à d’autres conflits). Le lecteur recoupe ses impressions avec le scénario de fin d’UW1 où Kalish et ses amis partaient s’établir 200 années dans le passé pour fonder la civilisation qui vaincra les CIC, une civilisation « la plus intelligente et la plus sage » qui ait jamais existé, happy end.

« Bien sûr qu’elle est foireuse votre civilisation ! » dixit Théa l’héroïne d’UW2 au patriarche Kalish. En cherchant à bâtir un monde utopique, Kalish et ses descendants ont créé un nouvel impérialisme plein d’interdits (pas d’alcool, pas d’accouplement cananeo-martien…). Les cananéens pensent apporter la liberté aux habitants « inférieurs » de Mars, et en plus ces derniers osent se plaindre… mais ils ne sont en fait qu’une nouvelle force d’occupation. Ils ont viré une dictature pour la remplacer par une autre.

Comme autre thématique qui en prend pour son grade, les nouveaux outils de communication (Facebook je te vois !) où dans ce monde « utopique » chacun possède un implant dans la tête pour permettre d’échanger avec les autres, mais c’est en réalité un instrument d’appauvrissement puisqu’ils ne sont plus capables d’écrire une phrase sans correcteur d’orthographe et cette connexion ne les rend pas plus compréhensifs les uns des autres mais au contraire, les déshumanise. Les habitants de Canaan se prennent pour une sorte de peuple élu. C’est un triste revers pour Kalish qui espérait bâtir la première civilisation fondée sur le voyage dans le passé, celle de « l’homo memor », l’homme qui se souvient et apprends de ses erreurs, mais en définitif les cananéens n’ont rien appris des erreurs du passé. Pire, ils sont aussi cons et manipulables que leurs ancêtres terriens.

On attend impatiemment de le voir reprendre du service dans la suite pour maraver la tronche de tous ces fachos de cananéens et ces aliens adorateurs d’une divinité triangulaire.

La note peut sembler élevée compte tenu que nous n’en sommes qu’au début de la série mais j’ai confiance en Bajram, je ne vois pas comment cela pourrait s’appauvrir.

Mise à jour tome 3 17/11/2016

OMG ! L’attente fut longue, on aurait bien aimé faire un saut dans le temps pour en profiter plus tôt car cela en valait vraiment la peine.

Les graphismes de Denis Bajram sont toujours aussi époustouflants (on n’ira pas jusqu’à lui dresser une statue comme Kalish, qu’il se rassure), il n’a pas son pareil pour concevoir des engins spatiaux. Un très beau changement de décor, ça c’est du grand post-apo futuriste ! Visuellement ce retour de nos rescapés de fortune sur la planète Mars puise ses inspirations côté Star Wars épisode III sur la planète volcanique de Mustafar.

Entre les moments d’actions façon guérilla urbaine et les moments de réflexions, on a cette fausse impression que le récit fait du surplace mais en fait on commence à en apprendre davantage sur les réelles intentions de cette race alien belliqueuse (ou pacifiste, question de point de vue). Et encore une fois c’est pour moi hyper kiffant puisque de façon involontaire j’imagine, Bajram se rapproche du romancier hard science Alastair Reynolds dans son bouquin Janus où des humains dans leur vaisseau spatial minier se retrouvent piégés à l’intérieur d’une « bulle » aux dimensions d'un système solaire où le temps n’a plus d’emprise, cependant qu’au fil du récit ils découvrent qu’il sont cloîtrés dans une sorte de « zoo » galactique ayant pour but de rassembler, collecter, répertorier, les espèces ayant accédées à l’intelligence depuis la nuit des temps. C’est assez vite résumé mais j’ai trouvé des accointances entre les deux histoires.

C’est juste génial ! Que de suspens pour la suite… En plus on se marre bien avec Kalish, le grand penseur qui cite Cartman de South Park.

Nom série  Les Rêves dans la Maison de la Sorcière  posté le 17/11/2016 Modifier cet avis Achat conseillé ? Non
Note Note: 3/5 (Pas mal)
Curieux choix que d’adapter La Maison de la Sorcière, nouvelle que je n’ai pas lu mais qui, d’après ce que j’ai compris dans les remerciements d’auteur, fait parti du cycle du Mythe de Cthulhu. Vu la qualité finalement assez moyenne de cette nouvelle, on peut s’étonner que les auteurs aient décidé d’adapter celle-là et non pas une autre. C’est pourtant dans sa période post-1926 et son retour à Providence, que Lovecraft a écrit ses meilleurs histoires.

En fait pour ce qui est du soucis de la fidélité au matériau d’origine, je trouve Mathieu Sapin plutôt respectueux et soucieux de garder l’esprit « Lovecraft ». Je juge ses quelques apports personnels comme le fait de retranscrire le récit dans le présent XXIème siècle et dans le Paris haussmannien, inutiles. Mais comme je viens de l’écrire, Mathieu Sapin fait preuve de probité : cette fascination pour les architectures démentes et gigantesques, l’horreur pour ce cosmos infini qui nous dépasse et que nous ne comprenons pas, les rituels païens sortis d’un âge préhistorique et bien entendu la progressive aliénation mentale du protagoniste qui en touchant au savoir interdit va être progressivement happé vers l’horreur indicible.

Entre parenthèse, je suis toujours étonné de lire des réactions de lecteurs face à l’absence d’attachement au héros qu’ils ont ressenti à la lecture de cet album. A-t-on déjà lu une histoire de Lovecraft où le protagoniste est « attachant » ? Lovecraft n’en a jamais eu rien a carrer de mettre en scène des personnages forts et charismatiques. Ils se révèlent d’ailleurs toujours incapables d’avoir une emprise sur les événements qui les frappe. Sinon j’ai découvert un aspect de l’auteur que je n’avais jamais trop remarqué à savoir les mathématiques et la géométrie comme d’un levier pour faire basculer le personnage dans l’horreur. Je n’avais pas fait le rapprochement entre architecture-mathématiques-physique. Je me demande même si cela n’a pas pu inspirer bien des années plus tard les scénaristes de films comme Cube, Hypercube ou Le Nombre 23 par exemple.

Pour mettre en image du Lovecraft, le choix de Patrick Pion m’a paru judicieux. Certes, lui et Mathieu Sapin ont déjà travaillé ensemble par le passé ce qui peut expliquer cette nouvelle collaboration mais il n’empêche que sa technique très nerveuse, son trait comme hachuré, presque esquissé, laissant pas mal de place à l’interprétation dans les passages en rêves crayonnés, le tout avec beaucoup de noirceur en fond de toile; font que c’est un dessinateur tout à fait approprié pour ce genre de projet.

Même si dans l’absolu ce n’est pas le type de graphisme sur lequel je me jette les yeux fermés, la façon qu’à le dessinateur de découdre sa mise en scène, les cases explosées sur certaines planches, les proportions à géométrie variables… tout cela renforce le côté immersif et le fait qu’on ressorte avec le sentiment d’avoir « vécu » l’expérience lovecraftienne. Désolé si ce n’est pas limpide. Ce que je veux dire c’est que l’aspect horrifique chez Lovecraft ne se trouve pas dans le gore, le morbide ou les sursauts d’adrénaline à deux balles. Son génie se situe ailleurs, ses écrits avaient quelque chose d’hyper viscéral, du vécu personnel, et j’ai trouvé que de ce côté là les auteurs nous livre un adaptation honnête et en adéquation par rapport à ce qu’on peut ressentir en lisant cet écrivain.

En fait le seul problème c’est l’histoire en elle-même, assez pauvre finalement et on en vient à regretter que le duo d’auteurs ne se soient pas atteler sur une nouvelle plus riche. Un album peut être destiné aux lecteurs avertis du misanthrope de Providence, les néophytes seront peut être désorientés donc déçus, et cela peut se comprendre.

Nom série  La Lame et la Croix  posté le 17/11/2016 Modifier cet avis Achat conseillé ? Non
Note Note: 3/5 (Pas mal)
Comme le rappelle judicieusement Stefano Casini dans le préambule, « le contexte historique de ce récit est l’un des plus sombres de l’histoire européenne. Cette guerre qui oppose apparemment les catholiques aux protestants est en fait bien plus complexe ».

J’ai toujours trouvé effectivement cette période assez ardue à la compréhension, même pour un passionné d’histoire, normal donc qu’elle soit bien souvent survolée dans l’enseignement scolaire. Ce que je connais en gros se résume au siège de La Rochelle immortalisé par la toile d’Henri-Paul Motte représentant le cardinal de Richelieu en tenue militaire seul face aux fortifications. Le projet de Casini est terriblement ambitieux car il vise à traiter ce fameux conflit à l’échelle européenne en abordant l'aspect politique, militaire, religieux et social.

D’un côté j’arrive à comprendre le rejet que peuvent ressentir certains lecteurs, car La lame et la croix est un récit dense, exigeant et très bavard. Comme tout premier tome il est principalement introductif, l’auteur met en place ses pions qui vont faire l’histoire et ils sont nombreux sur l’échiquier, entre ceux représentant les intérêts du Vatican, le camp de Richelieu et donc de la France, les castillans, les Habsbourg, mais ils seront tous amenés à un moment ou un autre à s’affronter dans cette principauté fictive de Germanie, Kazerfurth.

Et c’est d’ailleurs là que j’en viens à un autre point qui me fait penser que cette série peut malgré un scénario coriace, séduire un lectorat davantage demandeur de sensation forte. Au travers de cette principauté imaginaire de Kazerfurth, Casini met en place une sous-intrigue très romanesque où il est question de trahison familiale, d’héritage, de vengeance personnelle. Pour tout dire elle m’évoque beaucoup le Légende d’Yves Swolfs. Là où j’ai un peu peur, c’est qu’à vouloir jouer à Risk sur différents tableaux l’auteur ne finisse pas se perdre et ne parvienne pas à conclure les différentes pistes qu’il a ouvert. Mais, dans le doute, je lui fais confiance en espérant tout de même pour lui qu’il pourra aller au terme de la série.

Le scénario pour peu qu’on daigne s’accrocher, vaut vraiment le coup je pense. Le principal défaut de la bédé, et non des moindres, réside dans son aspect graphique (le plus important pour moi). Je me suis fait de fausses idées lorsque je l’ai feuilleté en vitesse car ce que j’ai vu ne m’a pas du tout plu. A mes yeux il y a quand même des problèmes de proportions assez étranges, est-ce voulu ou non, toujours est-il qu’il y en a. Des problèmes de perspectives également où j’ai souvent eu l’impression que le second et troisième plan se confondaient. Je pense que Casini a un dessin qui s’approche pas mal du comics en fait, les décors sont hyper épurés et le choix des couleurs sert avant tout à poser une ambiance. L’ambiance est plutôt réussie mais à la longue j’ai eu l’impression d’avoir une espèce de filtre orange tout du long, un peu comme le filtre jaune pisse qu’utilise Jean-Pierre Jeunet dans ses films. Et puis plus simplement, je n’ai pas aimé ce que je voyais, je n’en tirais aucun plaisir, parfois les personnages avaient des trombines déformées vraiment laides sans que ce ne soit voulu je pense.

Voilà, pour les graphismes c’est une question de goût et au final chacun jugera. Pour le reste, si on est à la fois amateur de récit de cape et d’épée et en plus intéressé par l’histoire et notamment la guerre de trente ans, je pense qu’il faut vous lancer car Casini maîtrise bien son sujet et même si on perçoit le récit cousu de fil blanc sur certains axes de l’intrigue, c’est quand même très plaisant à suivre.

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