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Nom série  GTO - Great Teacher Onizuka  posté le 18/11/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 5/5 (Culte !)
GTO, c’est bien. GTO, c’est hilarant et violent à la fois. GTO, c’est une œuvre providentielle pour toute une génération. GTO, c’est un guide pour la vie.

Eikichi Onizuka est un jeune homme de 22 ans ancien voyou chef de gang de bikers, qui cherche à se reconvertir mais comme il ne sait pas trop quoi foutre, il décide de devenir enseignant de lycée parce qu’il y a la sécurité de l’emploi, que c’est un job « tranquille », et l’idéal pour secrètement se taper des petites jeunes. Parce que oui, Onizuka a beau être le type bad ass gros dur à cuir, il est néanmoins puceau. Pas de bol, il se retrouve à devoir enseigner à de jeunes merdeux de collège. Une classe sur les sentiers de la perdition composée de gosses mal à l’aise dans leurs pompes même s’ils le nient et qui en font voir de toutes les couleurs à leurs profs (dans un esprit cruel et non pas bon enfant). Mais faut-pas-faire-chier Onizuka qui a des méthodes pas très… « académique ».

GTO ça raconte plein de trucs : du social avec des histoires touchantes sur ces jeunes ados qui manquent surtout de repères ou qui se sentent inadaptés au système scolaire (japonais mais le problème se pose aussi bien en France) qui cherche à les faire rentrer dans des petites cases ; un peu de philosophie sur l’expérimentation de la vie ; beaucoup d’humour en-dessous de la ceinture ; de la bagarre décomplexée ; un esprit très encré dans la mentalité japonaise où il est mal vu de pleurer sur son sort et de montrer ses émotions, etc.

Comme beaucoup j’ai d’abord découvert GTO par la série animé, c’était un truc énorme à l’époque. Je crois que c’était diffusé pour la première fois en France en 2004. J’avais à peu près le même âge que les personnages de la série et ce qu’ils vivaient me touchait donc d’autant plus, même si les histoires étaient pour la plupart invraisemblables, ce n’est pas le propos. Il y avait aussi cette VF magique avec des acteurs qui usaient d’un langage argotique qui rendait la série mémorable : « Toi quand je t’appellerai pot-de-chambre, tu sortiras de sous le lit » (et monsieur le Directeur avec sa Cresta… qu’est-ce que je me suis fendu la poire avec ses malheurs). Et cette musique très jazzy bien dans les années 2000 était tout aussi culte.

C’est vrai qu’on ne retrouve bien évidemment pas ces choses-là dans le manga mais l’air de rien l’anime lui est très fidèle. L’humour libidineux-3ème degré est le même, les tronches des personnages sont les mêmes également, l’histoire ne bouge quasiment pas d’un iota, en tout cas pas dans les grandes lignes (cette fin en points de suspensions est néanmoins regrettable). Et puis le dessin de Toru Fujisawa est vraiment bon quoi. Souvent entre manga et adaptation il y en a souvent un des deux qui morfle, là les deux sont au top. Je recommande aussi bien les deux médias (avec une préférence pour l’anime).

Franchement on pourrait en parler sur des pages et des pages, mais à quoi bon ? Si vous avez entre 27 et 33 ans (grosso modo), il n’y a pas besoin d’expliquer en long-en large pourquoi GTO est archi-cultissime. Pour les ados, il faut lire le Great Teacher Onizuka ! Pour les plus vieux, ce n’est pas de votre génération, mais qui sait, ça pourrait vous surprendre.

Nom série  Siorn  posté le 26/06/2014 (dernière MAJ le 09/11/2017) Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Après plusieurs années d’interludes il était temps que je parcours le deuxième volume conclusif. Dès lors une refonte de mon avis s’imposait.

J’ai une affection particulière pour cette série qui n’a malheureusement pas très bien marché commercialement alors qu’elle comblerait les attentes de bien des lecteurs en mal de Fantasy à l’ancienne. Siorn prenait le pari risqué de réhabiliter l’Heroic Fantasy pure et dure, un sous-genre qui n’a plus trop la cote de nos jours il faut bien se l’avouer (si on met de côté David Gemmell qui ne cesse d’être réédité). C’est un peu l’adaptation bande-dessinée européenne de Conan que nous n’avons jamais eu d’une certaine façon, car ce Siorn ne trompera personne sur les références et clins d’œil qu’il empreinte au héros le plus célèbre de l’écrivain texan, Robert E. Howard, ainsi qu'à son meilleur illustrateur, Frank Frazetta.

Tout les ingrédients sont réunis sans que rien ne manque : Siorn est un barbare, un Nosvars des steppes du nord, un guerrier solitaire, ou plutôt en exil car en conflit ouvert avec le chef suprême des siens, Kostrok, sa Némésis. Si ce dernier est l’archétype du Nosvars brutal et peu réfléchi, Siorn est son antagoniste : rusé, machiavélique, rapide et adroit. Tandis qu’il pense avoir réussit son casse et dérobé les gemmes de la forteresse de Jolarsh, Siorn est finalement rattrapé puis capturé et ramené auprès de l’infâme reine Ysbel (elle aussi archétype de la femme lascive tigresse à dompter de l’Heroic Fantasy) qui voit en ce sauvage malicieux un outil qu’elle peut utiliser dans sa guerre personnelle contre son frère. Mais on ne contraint pas si facilement un homme comme Siorn… Aussi, sur une idée inspirée probablement par New York 1997, Ysbel empoisonne Siorn, l’obligeant à se lancer dans une mission impossible derrière les lignes ennemies s’il souhaite obtenir l’antidote.

Les personnages sont cyniques à mort, portés par leurs petites ambitions égoïste, et même s’ils se battent du « bon » côté pour certains, ils ne le font que rarement pour la bonne cause mais parce que contraints et forcés. Le degré de violence se veut réaliste, ça perce la chair, le sang coule à gros bouillon, ça tranche des membres aussi facilement qu’un bon morceau de bœuf de Kobe. Les protagonistes s’aident d’une panoplie exhaustive d’armure et d’armes : la massue géante pour Kostork le bestiau, Siorn usant d’une hache en forme d’ailes de papillon style Druss la légende, Gaïl avec son marteau et sa carrure rappelle Brienne de Tarth du TdF, et la sexy Hebryn manie la faux (ou bien est-ce un tumi ? ) avec grâce.

D’un survival-actioner dans le tome 1 on passe à un compte à rebours avec repli défensif des « good guy » qui usent de la tactique militaire de la terre brûlée pour contrer l’avancée de l’armée Nosvars. Avant l’ordalie qui décidera du sort de la guerre dans un duel opposant Siorn le rebelle à sa Némésis, moment classique bien que toujours aussi épique, le récit est entrecoupé de sabotages, coups tordus d’assassin en scred, combat de boxe pour montrer qui c’est qui a la plus grosse, et autres escarmouches où on laisse place au chant des armes. Quel dommage que les auteurs n’aillent pas au bout du truc et ne nous offre une vraie histoire de Sword & Sorcery d’antan. Car point de créature infernale à zigouiller, de sorcier à débusquer sous une montagne de feu, ou de vieille relique à dénicher dans un tombeau hanté par un dieu ancien. On regrettera également que la fin soit en points de suspensions laissant augurer une possible suite dont on sait pertinemment aujourd'hui qu'elle ne verra jamais l'aube.

Parlons du visuel à présent. Le style semi-réaliste de Morgann Tanco est excellent mais que par intermittence selon mon impression personnelle. Si la majorité des dessins possèdent un encrage soigné et détaillé dans la lignée des Lauffray, Montaigne, Meyer et cie pour donner une idée ; j’ai parfois eu l’impression qu’il s’essoufflait par moment sur le tome 2 avec des arrières plans moins peaufinés. De même, si les couleurs m’ont globalement comblé, parfois je me suis demandé si le dessinateur n’avait pas eu du mal à respecter les délais pour fignoler. Avec Denis Bechu et GOM ils ont beau s’y être mis à trois, je n’ai pas toujours trouvé le raffinement identique tout le long. Néanmoins, le découpage est dynamique notamment lors des phases d'action, donc bien à propos avec la tonalité du récit. Et puis dans la recherche graphique je rassure, il y a à manger et à boire. Les personnages ont les gueules « leonesques » qu’ils doivent avoir, les paysages évocateurs font leur taf niveau sensationnel. Voir Siorn chevaucher aux côtés d’Hebryn dans les montagnes devant un ciel rosé m’a rappelé ce bon vieux Schwarzenegger gambadant dans les steppes l’horizon pointant devant lui.

C’est beau, du divertissement grand public pas pour les pisse-froids.

« Les hommes civilisés sont plus discourtois que les sauvages, car ils savent qu’ils peuvent se montrer impolis sans se faire automatiquement fendre le crâne ». Robert E. Howard.

Nom série  Les Derniers Argonautes  posté le 01/10/2016 (dernière MAJ le 09/11/2017) Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 3/5 (Pas mal)
Jason, Héraclès, Orphée, Méléagre, Pélée, Atalante, Castor et Pollux… Les Argonautes font figures d’Avengers de la mythologies grecques d’une certaine manière, la première Justice League, la Ligue des Gentlemen extraordinaires de la mer Égée.

Sur une idée originale du duo Jean-Blaise Djian et Olivier Legrand, Les Derniers Argonautes raconte l’ultime baroud d’honneur du héros Jason, bien des années après avoir été maudit par la déesse Héra pour avoir délaissé sa femme, l’infanticide Médée. J’affectionne ces histoires du vieux héros sur le retour, désabusé, hanté par ses démons, le vétéran revanchard qui fait son come-back pour le décompte final, cela me rappelle certains romans de David Gemmell.

Cette fois-ci les enjeux sont bien plus grands que de débusquer une vulgaire babiole comme la Toison d’or. Pour des raisons inexplicables, les dieux ne communiquent plus avec les mortels et le monde part à vau-l’eau. Répudiés ou privés de cette relation vitale à l’équilibre de la société, certains mortels régressent à l’état de barbarie, s’aliènent et s’entre-déchirent, cependant qu’un oracle augure la solution salvatrice : restaurer l’Orbe du monde volée aux dieux rétablira l’équilibre du monde vacillant. En cette époque crépusculaire seul un héros comme on n’en voit plus pourra diriger cette folle entreprise : Jason le héros déchu est la personne prophétisée.

Pour l’accompagner les auteurs ont sélectionné une bonne vielle troupe de JDR des familles : Eurymion l’aède, Skadda l’amazone archère, le jeune prince infirme Leitos, Borbos le satyre, auxquels viendront s’ajouter Nessia la sorcière et Manaos fils de Tanis la néréide. Une compagnie hétéroclite tout ce qu’il y a de plus classique et j’en profite pour soulever un point qui me dérange : le jeu de rôle j’aime bien, mais tant que cela demeure dans le domaine du jeu. À partir du moment où on reprend la structure narrative d’un JDR mais de façon romancée style Les Chroniques des Ravens de James Barclay, je m’ennuie ferme.

C’est le problème que rencontre Les Derniers Argonautes dans le tome 1, les personnages doivent aller d’un point A à un point B et sur leur route ils enchaînent très vite les rencontres préméditées qui leurs permettent ainsi de débloquer une situation et de faire avancer l’intrigue. Il y a donc une construction qui se veut très linéaire, très plate et qui devient malheureusement assez vite monotone. De la même façon les personnages restent trop campés dans leur rôle et leur fonction, restreignant cruellement l’aspect psychologique au stéréotype de base, alors que c’est pourtant important à mon sens dans ce genre d’"action-story" que les personnages puissent évoluer et tenir ainsi le lecteur en éveil. Les dialogues je dois le confesser, sont comme téléphonés et insipides par conséquent. Heureusement, le tome 2 s’affranchit je trouve de ce côté JDR et propose davantage d’inattendu, de rebondissement, les langues se délient déjà un peu plus, et même une nouvelle piste d'intrigue s'ouvre. Donc plutôt pessimiste à la fin du premier tiers, j’ai eu un net regain d'intérêt dans la seconde partie.

Le troisième tome conclusif laisse une impression tiédasse. Pas sur sa partie graphique qui demeure constante mais sur l’aspect scénaristique moyennement convaincant. Est-ce dû à la sacro-sainte pagination en 48 planches ? Les choses sont comme précipitées, outre le fait qu’il n’y a pas de véritable rebondissement ce qui en soi est assez décevant ; les pacifiques et bienveillants hyperboréens basculent subitement dans le rôle de l’ennemi et cela donne lieu à des incohérences : comment ont-ils été alerté des plans de Jason visant à leur dérober l’orbe alors qu’ils n’en laissés rien paraître la page d’avant ? Pourquoi ne pas les exécuter directement ? Pourquoi cette schizophrénie du roi Partholon qui en un claquement de doigt devient un gros taré psychopathe ? C’est quoi cette amourette à deux francs du soldat Telion pour la princesse ? Je pense qu’il manquait tout simplement une bonne cinquantaine de pages pour faire en sorte que l’intrigue tienne debout.

Aussi, la conclusion est incroyablement décevante. Certes, je reconnais bien là les dieux de la mythologie grecque : pédophiles, zoophiles, psychopathes, infanticides, incestueux, capricieux, immatures, etc. Mais je ne comprends pas pourquoi on a commencé tout cela en annonçant une histoire originale adoptant les codes de la High Fantasy et du JDR, si c’était pour qu’on achève le récit sur une leçon banale et scolaire de la sempiternelle toute puissance des dieux qui n’en font qu’à leur tête de débiles mentaux, et qu’à la fin c’est toujours eux qui gagnent « nananèreuh ».

La grande force de cette série vient du dessin de Nicolas Ryser, du bonbon pour les yeux, meilleur que l’hydromel des dieux. Techniquement impeccable et sans fausse note, on pourra juste lui reprocher de ne pas caser de dessins en pleine page qui apporteraient ce petit côté épique qui fait la sève de ces grandes gestes héroïques. J’ai adoré sa mise en couleur au pinceau façon aquarelle, couleur directe, vraiment c’est très beau, cela donne envie de s’y attarder et de vivre un peu plus intensément cette aventure.

Vu le catalogue des BD sorties adaptant les chants homériques ou se basant sur la mythologie grecque et Hésiode en générale, Les Derniers Argonautes n’ont pas grand-chose à envier à la concurrence hormis les clichés et naïvetés de son entame, ainsi qu'un vague sentiment de platitude une fois la série achevée.

Nom série  Souterrains  posté le 09/11/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien) Découvrez toutes les séries « coup de coeur du moment » de BDTheque! Coup de coeur
Dans les années 1930, quelques part dans le bassin minier du Nord-pas-de-Calais, la routine suit son cours pour Henri, son beau-frère Lucien et sa petite famille, tous deux mineurs de charbon. Entre un boulot harassant mal payé sans protection sociale, les conflits avec la direction patronale et la peur des réductions d’effectifs, ce n’est pas la joie tous les jours mais la vie étant ainsi faite, chacun tente de trouver des motifs de satisfaction. Pour Henri c’est plutôt contestation ouvrière, théories marxistes et bibine le soir au bar Chez Moustache. Pour Lucien c’est plutôt la famille avant tout et philosophie terrienne sans faire de vague. Lorsque ce dernier accepte de rejoindre une nouvelle équipe de miniers chargés de tester une innovation « high-tech », un poste mieux rémunéré faisant miroiter une évolution hiérarchique ; sa relation d’amitié commence à sentir le souffre avec Henri qui y voit une trahison et pressent une cabale patronale pour les remplacer tous. Quand Lucien prend conscience de la supercherie et qu’il s’est fait dupé, il tente un geste désespéré en voulant tout faire exploser. Mais il se rate, lui et ses camarades Tobiaz, Andrezj, le vieux, la corneille et le porion, se retrouvent abîmer dans un monde fantastique qu’ils ne soupçonnaient pas…

J’ai sincèrement pris un grand plaisir à la lecture avec cette histoire fraîche d’un auteur qui casse les codes et barrières des genres. Cela débute comme un récit social tout ce qu’il y a de plus classique sur la dureté et la précarité du statut du mineur de charbon, avec son lot d’imageries à la Germinale, les corons et barreaux, la descente dans les puits, les chevalements, etc. Mais aussi le thème des conflits sociaux qui virent à l’empoignade entre ouvriers syndiqués et chiens de garde à la botte du patronat. Le contexte historique est bien rendu donc même si volontairement stéréotypé. Aussi avec la thématique du remplacement de l’homme par la machine, on se souvient qu’il s’agit d’une problématique bien plus ancienne qu’on ne le pense et pas seulement présente dans nos récits d’anticipation d’aujourd’hui, mais qui déjà pouvait se poser à l’époque (ou au XVIIIème siècle et la navette volante de John Kay qui révolutionna le métier à tisser par exemple).

On pense alors que le récit prend le chemin de la science-fiction (sans oublier le teasing horrifique de l’intro) avec ce robot esclave-minier asimovien ingénieusement conceptualisé que je nommerai pour la forme mini-S.A.M. parce qu’il me rappelle le mécha géant de la série du même nom. Et puis « PAF ! », l’histoire prend le lecteur à contre-pied et bascule dans un remake de Daylight où le but va être de retrouver la lumière du soleil. À partir de ce quatrième chapitre Romain Baudy reprend presque les codes de la Portal Fantasy puisque, tout en étant définitivement dans une histoire Fantastique, nous avons des personnages qui explorent un monde secondaire merveilleux, par moment « médiéval », et dont ils sont totalement ignorants. La faune et la flore n’ont rien de commun avec ce qu’ils connaissent, toute retraite est impossible, et ils vont y jouer le rôle quasi « cliché » du héros prophétique libérateur. Le background fantaisiste ne manque pas de sel avec ce brassage des mythologies germanique et nordique où les Jötunn géants fusionnent avec les Nibelungen souterrains. La recherche est poussée jusqu’au runes qui ont une véritable signification et ne sont pas mises là juste parce que ça fait jolie : l’Othila la rune de pouvoir pour commander, et Uruz, la force. L’idée que des mineurs humains croisent des créatures mythologiques caractérisées pour leur travail des métaux est d’ailleurs plutôt cocasse.

Voilà, je trouve l’intrigue très bien construite et pensée : la mise en abyme est chouette car si malheureusement pour Zola il n’y aura pas de « grand soir » dans le monde du dessus, nos héros pourront toujours se la jouer Sergio Leone et refaire Il était une fois la révolution chez les Jötunn. D’ailleurs pour la mise en abyme, peut-être que je pars en live mais je me demande si l’auteur n’a pas lu le Moi, Asimov de l’écrivain éponyme qui évoquait entre autres dans cette autobiographie ses origines juives puis un échange où il s’était opposé à Elie Wiesel qui était disons pour faire court, « obsédé » par l’Holocauste, que les juifs, parce que persécutés étaient bons et innocents par essence. Asimov lui avait répliqué que les juifs étaient persécutés parce qu’en position de faiblesse et qui sait s’ils s’étaient retrouvés de l’autre côté du manche… que le phénomène de persécution est universelle et que de persécutés certains passent à persécuteurs en un clin d’œil lorsqu’ils sont les plus forts comme le démontrent des comportements extrémistes d’israéliens envers les palestiniens. Et je me suis demandé avec mini-S.A.M. le robot asimovien briseur de chaînes du joug des nains/ewoks qui ont fuit les persécutions des vénitiens pour persécuter à leur tour les Jötunn/Nibelungen, si… enfin bon, peut-être est-ce tiré par les cheveux.

Romain Baudy qui est entre autres choses designer sur la jolie série animé jeunesse "Wafku", démontre qu’il a plus d’une corde à son arc et est capable de se muer en auteur complet. Nous avons entre les mains un véritable roman graphique de plus d’une centaine de pages où parfois le dessinateur nous régale avec des dessins en pleine page totalement gratuits, que d’autres auraient réduit à cause de la limitation en 48 planches. Il y a parfois une fausse impression d’être en présence d’un héritier de Mike Mignola avec un encrage profond lorsqu’on s’enfonce dans la mine (proche du Dessous - La Montagne des morts de Bones). J’ai apprécié les jeux d’ombre entre encrage et couleurs qui donnent un rendu très riche, ainsi que cette variété dans le trait entre décors bien détaillés et physionomie des personnages parfois simple, vieille école. Toutefois, l’œuvre parfaite n’existant pas, j’ai relevé quelques scories qui m’ont dérangées :

- Certaines proportions entre tête et corps ne sont pas toujours nickel en début d’album.
- Pas très convaincu par le changement brutal de comportement de Lucien qui passe trop vite de père de famille responsable à dangereux poseur de bombe.
- Les dialogues des personnages lors de la découverte de la créature manquent de naturel et de surprise (genre « OK y a une grosse bestiole… what else ? »).
- Le coup de poing du Jötunn sur Lucien façon One-Punch Man qui ne fait que l’assommer alors que dessiner comme ça, il aurait dû se faire écrabouiller.
- Les lutins qui parlent un français moderne impeccable alors qu’enfermer depuis des siècles sous terre. Un défaut qui m’agace toujours dans ce genre d’histoire.

Une découverte surprenante qui m’envoie ravi. Un des tops de 2017.

Nom série  Le Temps des Secrets  posté le 04/11/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Nouvelle incursion dans Les Souvenirs d’Enfance de Marcel Pagnol avec cette fois-ci l’adaptation du troisième volet, Le Temps des Secrets.

Comme je l’avais mentionné dans mon impression sur l’adaptation de La Gloire de mon Père, je ne suis pas très versé en « pagnoleries », connaissant surtout les deux films d’Yves Robert, j’ignorais donc qu’il s’agissait d’une série autobiographique déclinée en quatre romans.

Comme dans les précédents épisodes, les scénaristes n’ont pas écrit une version fidèle stricto sensu au livre d’origine, certains aspects du récit ont été retirés pour être replacés plus tard dans le tome final, Le Temps des Amours, selon la volonté de Pagnol qui avait émis le souhait d’un redécoupage.

J’ai bien aimé cette partie, certes moins que les deux précédentes, mais c’est toujours un réel bonheur de retrouver les péripéties du jeune Marcel, maintenant à l’aube de son adolescence. On accorde moins de place aux excursions champêtre de Garlaban, même si cela demeure un thème dominant, et on se focalise un peu plus sur la vie scolaire. Marcel rentre au lycée, il commence à forger de véritables amitiés sur le long terme et plus seulement une amitié sincère mais épisodique avec le pedzouille Lili. Cela parle des bêtises des garçons, les cours, les heures de retenues, les bagarres, etc. Bref, la vie de ces jeunes gens du début du XXème siècle n’était pas si éloignée du quotidien de ceux d’aujourd’hui ou d’hier ou de demain, et j’ai lu cela avec un regard curieux et amusé.

Un récit dense entrecoupé de passages élargissant le portrait de famille avec une biographie du grand-père paternel, toujours ces sympathiques mano a mano entre Joseph et l’oncle Jules, ou encore les travaux d’été dans les champs, pour se terminer sur une banale compétition de pétanque qui se transforme en moment de gloire épique pour le clan Pagnol.

On ne change pas une équipe qui gagne et ce sont donc les doués Morgann Tanco et Sandrine Cordurié qui se retrouvent en charge de la partie graphique. Le dessin semi-réaliste bien encré pour Tanco et les chaudes couleurs provençales pour Cordurié. Lorsque le talent est là il n’y a pas grand-chose à rajouter. Mon impression reste la même que sur La Gloire de mon Père, je suis sous le charme. Moi aussi je partais dans le Sud durant mes vacances d’été étant gamin. Pas dans le secteur de Garlaban mais on y passait en voiture et parfois on s’y arrêtait. Donc forcément avec cette BD je décolle, je m’évade…

Nom série  Eternum  posté le 03/08/2015 (dernière MAJ le 28/10/2017) Modifier cet avis Achat conseillé ? Non
Note Note: 2/5 (Bof, sans plus)
Les histoires de Christophe Bec et moi on n’a jamais vraiment réussi à s’entendre. Je reproche à ce scénariste son manque d’originalité lorsqu’il écrit de la SF, de ressasser les mêmes poncifs pompés à droite à gauche agrémentés de dialogues lourdingues et clichés. Dans la préface d’Eternum, Bec annonce la couleur et prévient les lecteurs sur le contenu du récit. Un préambule honnête et salutaire, il n’y aura pas tromperie sur la marchandise, on sait où l’on met les pieds.

Ainsi Eternum se veut un revival hommage aux films de SF des années 70-80. Alien le huitième passager, Alien 2 le retour, oh oui ça c’est clair, gros, gros pompage des deux premiers films de la saga Alien dans ce premier tome. Entre la découverte archéologique d’une relique extraterrestre qui va semer la terreur sur un vaisseau spatial, la dite relique renfermant un corps étranger, le commando composé de militaires bourrins venant à la rescousse mais qui à leur tour se font laminer, les vilains scientifiques qui jouent les Frankenstein, la compagnie minière capitaliste prête à tous les sacrifices pour obtenir ce qu’elle veut et en tirer profit, les méchas exosquelettes et le reste, je crois qu’il ne manque plus que le lieutenant Ripley à l’appel. Assurément, Ridley Scott ou James Cameron approuverait ce scénario.

Je pense sans trop me tromper qu’on pourrait même inclure Prometheus avec tout cet aspect ésotérique qui plane sur ce premier pan de la série. Le président de la compagnie minière semble être un passionné d’ésotérisme et de récit biblique, la mystérieuse créature découverte est affublée du nom d’Ève en référence à qui vous avez devinez, le personnage principal masculin se nomme Adam, un rayon cosmique « Armageddonesque » se dirige vers la Terre suite à l’ouverture par les hommes de cette boîte de Pandore telle une réponse de Dieu à cette interdit qu’a brisé l’humanité.

L’auteur cite également en référence 2010 : l’année du premier contact et Outland, mais je n’ai pas vu ces films-là. Cependant le pitch de la relique alien qui va causer horreurs et violences est un vieux classique de la SF. Le film LifeForce mentionné par Bec vaut bien un Ghost of Mars, et on retrouve ce genre de pitch dans un bon nombre d’épisodes de la série télé Stargate SG-1 ou le jeu vidéo Doom 3 par exemple.

Et pourtant je ne me suis pas ennuyé ! Mieux, je n’y ai quasiment trouvé que des satisfactions. Oui les dialogues et situations sont très clichés, oui l’histoire est convenue, ne semble à priori pas receler de grosse surprise et le lecteur a souvent un train s’avance. Mais lorsqu’on accepte l’idée qu’il n’y aura rien de particulièrement novateur dans cette histoire (pour un peu qu’on s’y connaisse en SF j’entends), que c’est surtout un trip pour remettre au premier plan toute cette bonne SF qui fait défaut à notre époque (quel ennui Gravity et Interstellar !), et ben c’est l’éclate. Bon pour certains dialogues je ferme les yeux et je me force à me dire que ça fait parti de l’hommage. De plus c’est plutôt rondement bien mené, cohérent, il y a certaines ellipses agaçantes mais pas insurmontables non plus, un rythme de blockbuster qui monte crescendo.

D’ailleurs tout est très branché cinéma sur cette BD, l’occasion d’évoquer un peu le dessin de Jaouen, retenez bien ce pseudo, il est génial ce type. Un style réaliste avec du mouvement et ça c’est important à mes yeux, il me fait beaucoup penser à Olivier Thill (Hercule (Soleil)). Si Bec s’inspire d’Alien pour écrire Eternum, Jaouen va piocher chez H.R Giger pour dessiner l’architecture des Bâtisseurs que l’on voit au début, ainsi que pour le sarcophage par la suite. C’est juste remarquable. Dark Horse Comics aurait dû confier à Jaouen le dessin de Fire and Stone (série de comic books se déroulant dans l'univers étendu d'Alien) tellement il semble à l’aise dans le style biomécanique propre à Giger. Et je me lance dans une supposition : la tenue cosmonaute des Bâtisseurs que l’on voit sur la couverture et en page de garde ; allez, avouez, c’est inspiré en partie d’Isaac Clarke le héros du jeu vidéo Dead Space, oui ?

Un premier tome réussi et conseillé à la lecture si vous aimez toute cette bonne science-fiction flippante.

Mise à jour 28/10/2017

Deux ans plus tard et un tome de transition plaisant graphiquement mais qui ne donnait pas l’impression de faire beaucoup avancer l’intrigue, le verdict tombe : quelle misère !

J’évacue d’emblée le sujet des dessins de Jaouen que je trouve étonnamment en-dessous de la qualité des deux premiers, n’y ayant pas retrouvé ce réalisme virtuose.

Sur l’aspect scénaristique déjà on sent le gars en panne d’inspiration comme le protagoniste qui a du mal à bander. Le livre abonde de pages vides de dialogues, près du quart de la BD. Pour le reste, j’y ai retrouvé tout ce que je détestais chez Christophe Bec : les situations stéréotypés, sans suspens, sans idées propres, ce n’est que du vulgaire plagiat auquel je rajouterai à la liste Le Cinquième Élément (en plus des références sus-nommées). Comme d’hab’ dans l’aspect narratif, j’ai souvent eu l’impression que l’auteur nous faisait un copier-coller Wikipédia quant on en arrive aux explications bullshito-scientifiques, un truc qui m’avait déjà gonflé dans Carthago. Exemple de monologue :

« C’est dans les temples des cités d’Uruk et de Lagash, le pays de Sumer, l’actuel Irak, que l’on retrouve les premières traces d’écritures datant de 3300 avant J.-C… Les sumériens utilisaient des calames, des roseaux taillés en pointe, pour tracer des signes sur des tablettes d’argile, afin de dénombrer les possessions du temple, comme les sacs de grains ou les têtes de bétail… Ces écritures étaient le plus souvent composées de pictogrammes ou de signes représentant un seul mot ou concept. Il existait plus de 1500 représentations différentes… Mais là où ça se complique, c’est que pour certains mots, les sumériens inventaient des idéogrammes qui mélangeaient deux pictogrammes ! »… Oui, c’est bien. On s’en bat les steaks, mais c’est bien. Et c’est bien entendu suivi derrière d’un biais bullshito-scientifique débile et ineffable. Ridley Scott a trouvé son disciple scénaristique.

En bref et résumé, pour expliquer cette dichotomie entre moins appréciation du tome 1 et la suite et fin, j’ai préféré l’action à la testostérone qui sentait bon les 80’s plutôt que ce scénario avec son cortège de révélations foireuses du tome 3 qui pompe allègrement sur le mauvais Prometheus. En plus de la grosse baisse générale des auteurs dont j’ai parlé plus haut. À dégager, zhou, j'balance les rayons cosmiques !

Nom série  Nains  posté le 15/03/2016 (dernière MAJ le 25/10/2017) Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Nains est une série spin off se déroulant dans le même univers que Elfes, autre série de Fantasy éditée chez Soleil. Sans trop m’étendre la-dessus (voir mon avis pour cela), je n’ai pas réussi à apprécier Elfes qui fonctionne trop sur courant alternatif à mon sens. Entre parenthèses, les scenarii écrit par Jarry sur Elfes sont presque les seuls que j’ai pu encadrer.

Enfin bref, je n’ai pas eu cette appréhension craintive en abordant Nains qui propose quelque chose de rassurant pour une personne comme moi qui aime l’uniformité et la cohérence, avec un seul scénariste officiant sur les cinq albums de la saison une. Et pas n’importe quel scénariste, car Nicolas Jarry connaît son sujet avec déjà plusieurs histoires sur cette race (Nains ! Les Rois Forgerons), on sent aussi le gars qui a passé des nuits blanches sur Warhammer et autres jeux de rôliste, c’est un expert du nanisme qui se présente ici !

Tome 1 Redwin de la forge

Avec Redwin la série Nains démarre sur les chapeaux de roue. Je commence à le remarquer maintenant, Nicolas Jarry écrit des histoires profondément humanistes et touchantes que n’auraient pas reniées certains de mes écrivains favoris comme David Gemmell ou Anthony Ryan. Redwin de la forge est une tragédie familiale chargée d’émotions fortes où les reproches, les humiliations, la haine aveugle, l’orgueil, mais aussi la rédemption et l’amour, sont au programme. C’est une histoire entre un père surdoué dans son art mais à la philosophie dérangeante et méprisé car pacifiste, et son fils talentueux lui aussi mais aux idéaux contraires ; et de leur impossibilité à communiquer et donc se comprendre naîtra une défiance. Avec le temps et la maturité, Redwin comprendra-t-il la sagesse et les choix de son père avant qu’il ne soit trop tard, ou bien choisira-t-il la voie de la rancœur et de l’obscurité ?
Je ne suis pas un père mais cette histoire m’a beaucoup émue, c’est typiquement le genre de récit que j’aime lire en Fantasy avec des personnages extrêmes dans ce qu’ils sont, ce qui cause leur perte; ainsi que des émotions fortes, du sang et des larmes, des sacrifices courageux et un héros sauvé (ou pas) de la damnation.

Une bien belle saga superbement mise en image par Pierre-Denis Goux que j’avais déjà aperçu sur Mjöllnir (sympa mais sans plus (d’ailleurs on re-pompe les duels dans une arène)). Je pense qu’il a eu plus de temps qu’à l’accoutumé pour réaliser ce tome 1 car je ne saurais trop expliquer comment, je trouve le rendu plus « fini » que sur Mjöllnir. Il y a des dessins qui font vraiment baver comme la scène contemplative de Redwin devant l’académie de l’ordre de la forge, et surtout ce duel contre le mage noir qui vaudrait presque à lui tout seul qu’on dépense nos talions. La mise en scène des combats dans l’arène m’a bien fait « triper » avec ce côté « hokutonokeniesque » et les grosses giclées de sang. Vraiment, très bon choix de dessinateur. Et pour une fois je n’ai pas à râler sur les couleurs de Digikore Studios qui ont fait du bon boulot.

En complément d’information pour connaître les moindres détails :
- Pierre-Denis Goux a dessiné les couvertures des trois premiers tomes.
- Jean-Paul Bordier et Nicolas Demarre ont respectivement dessiné la leur.
- Le coloriste serait Diogo Saito même s’il y a un doute comme quoi Olivier Heban en aurait colorié quelques unes.
- Les décors des illustrations de couvertures des tomes un et cinq sont directement réalisés tandis que les illustrations des tomes deux, trois et quatre sont tirés des pages des albums.

Tome 2 Ordo du Talion

Dans ce second opus Nicolas Jarry poursuit sa croisade « fuck the system » avec un personnage élevé, torturé, formaté pour servir de bras armé à un ordre qu’il méprise pour lui avoir volé sa vie, mais dont la toute puissance dans les coulisses de la société naine empêche toute velléité de révolte. Jusqu’à ce qu’un soir Ordo trouve le moyen de faire d’une pierre deux coups en renversant le système établi et assouvir sa vengeance par la même occasion. Il monte une équipe constituée d’Héba sa rivale maître-assassin et de Panham le sang-mêlé roi de la voltige pour ce qui s’apparente comme le casse du siècle, cependant que l’ordre du Talion a des nains tapis dans chaque coins d’ombres ce qui risque de corser la difficulté de cette mission suicide. Encore une fois une chouette histoire sur le libre-arbitre et un héros repenti qui démontre qu’il n’est jamais trop tard pour faire le bien.

On pourra néanmoins pinailler sur certains aspects qui font tâches comme Ordo : sixième fils né le sixième jour de la sixième lune et cédé à la loge noire le jour de ses six ans. Argh… oh non, pourquoi placer un tel cliché ? C’était vraiment inutile. On pourra aussi se dire « encore une histoire d’assassin en Fantasy », car le genre a suffisamment cumulé ces trente dernières années les récits mettant en scène des Assassin’s Creed adorant prendre la pause accroupi sur le toit d’un édifice le regard tourné vers la cité grouillante. Mais bon, quand c’est bien écrit il n’y a pas trop lieu de se plaindre, seulement que ça casse un peu l’excitation de départ. D’autant plus que cela a déjà été fait dans le cinquième tome de Elfes alors que l’on nous avait promis de la nouveauté et de ne pas céder au facile copier-coller…

Le point qui divise le plus c’est malheureusement le dessin. On aime ou on n’aime pas Stéphane Créty, et même si j’ai plutôt apprécié ce qu’il a fait sur Masqué, c’est plus au niveau de ce choix de dessinateur que je m’interroge car c’est un dessinateur qui a un style très inspiré des comics américains. Le trait est épais, les cadrages sont serrés, la morphologie des personnages se montre indécise, les visages au second plan sont indistincts, et les décors dépouillés de fantastique. C’est un peu l’essence même du comics de faire dans la sobriété mais moi cela ne me fait pas fantasmer ce type de graphisme. Pierre-Denis Goux n’y est peut être pas étranger non plus car il est crédité à la conception graphique mais comme je ne sais pas qui fait quoi exactement ici, je me dis que les idées viennent principalement de Créty. Je pense que cela vient aussi des couleurs de Digikore Studios qui la pour le coup font vraiment informatique tellement elles aplatissent le dessin.

Une impression mitigé mais j’ai plutôt passé un agréable moment Fantasy.

Mise à jour 04/04/16
Tome 3 Aral du Temple

Lorsque Nicolas Jarry puise chez Tolkien et Lovecraft cela donne Aral du Temple, l’épisode le plus ésotérique de la saga Nains. Tolkien pour sa référence évidente au Hobbit car il y a chez Aral comme chez Bilbo ce côté récit initiatique et découverte de soi-même, ainsi que la grande aventure, au travers d’une expédition archéologique ici. Quant à Lovecraft, Jarry a décidé de ne pas jouer la carte de la subtilité lorsque est évoqué « celui qui patientait dans les ténèbres » dont on a presque envie de compléter la formule « Dans sa demeure d’Abu’kazan la morte, le gardien attend en rêvant ». Mais comme encore une fois tout cela est très bien écrit dans un one shot de 56 pages, on pardonne à l'auteur ces gimmicks littéraires.

J’ai beaucoup apprécié ce mélange des genres avec Aral qui débute son histoire tel un Adso (Christian Slater) dans le Nom de la Rose en rédigeant ses mémoires. Tout de suite on sent qu’il y a anguille sous roche et que le bonhomme nous prépare une autobiographie des plus pessimistes. Une histoire qui commence sept siècles dans le passé et la découverte par un groupe de miniers d’un artefact renfermant un savoir proscrit. Mais en mettant à jour ce qui aurait dû resté oublié pour l’éternité, les nains ont par la même réveillé un mal ancien qui remonte aux origines de leurs ordres.

Toujours beaucoup de références très cool pour meubler ce récit comme la course poursuite dans la cité possédée et cette échappée dans le téléphérique qui m’a rappelé au bon souvenir d’Indiana Jones et le temple maudit ainsi que la scène très jacksonienne en plan-séquence du Hobbit : Un voyage inattendu, avec les nains s’échappant du royaume des gobelins. On pensera de même très fortement à la partie de cache-cache entre Smaug et les nains dans les forges de la montagne solitaire. Le fan service est donc remplie et très bien mis en image par Paolo Deplano dont j’ai apprécié la technique d’encrage, assez profonde, tandis que sa mise en scène demeure efficace mais sans rien de bien spectaculaire (cela manque sévèrement de dessins en pleine page!). J’apprécie beaucoup ce que réalise la coloriste Elodie Jacquemoire chaque fois que je l’ai vue créditée sur une série, et même si ici le travail est bon, je me demande si cela ne serait pas plus agréable en noir et blanc. De quoi me demander si je ne vais pas tenter de me procurer l’édition spéciale à 500 exemplaires tirée à l’occasion du festival d’Angoulême.

Cela dit, comme dans les précédents numéros, le plus kiffant reste le message délivré par Nicolas Jarry qui dénote par rapport aux autres. Cet Aral dans son parcours et sa conclusion se pose comme un antagoniste à Redwin qui balançait entre deux chemins pour finalement choisir la voix du côté lumineux. Deux fins opposées mais un même message utopique : que le bonheur est à notre porte alors cessons de courir après le « dragon »(comprenez une chimère). C’est la fameuse quête de Tanelorn de Michael Moorcock abordée dans son multivers et le Chaland d’or ! Que voilà de jolies références philosophiques.

Vraiment une superbe histoire. Continuez comme ça monsieur Jarry.

Mise à jour 05/06/2016
Tome 4 Oösram des Errants

Avec ce tome 4 Nicolas Jarry a peut être écrit son scénario le plus abouti ou en tout cas le plus percutant. Comme toujours en toile de fond il aborde une de ses thématiques chérie, celle du père et de la relation filiale et de la transmission de certaines valeurs humanistes.

Mais à travers l’histoire d’Oösram, ce n’est plus un personnage en contestation contre le système mais toute une frange de la population naine qui sème les graines de la révolte. Oösram est bien placé pour savoir que rien ne changera jamais et que ceux situés en haut de la pyramide ont tout à gagner à maintenir le statu quo, lui qui fût un des leurs, gagné par l’avidité, l’ambition et l’obstination, jusqu’à ce qu’il trahisse son roi et par conséquent soit banni au rang des Errants, qui valent moins que des serfs alors qu’ils constituent le gros de la population. Et pourtant, c’est parmi ces sans-dents qu’Oösram apprendra à apprécier la simplicité de la vie, à aimer sa famille et être enfin en paix avec lui-même.

Cependant, les Errants ne vivent pas en vase-clos et les abus dont ils sont victimes sont quotidiens, il en a toujours été ainsi. Alors lorsque l’injustice touche un membre de sa famille et qu’un drame se produit, Oösram le fermier, le père aimant, laisse tomber sa pioche pour s’armer de sa hache et déclarer la guerre aux quatre ordres régnant. C’est du grand Braveheart que nous offre là Nicolas Jarry ! Un vent de liberté souffle sur ce récit, on cite Churchill, et on jette des clins d’œil toujours nombreux à Tolkien et Warhammer (le soldat nain enfourchant un sanglier comme monture est typique de l’imaginaire Warhammer). Et un final modèle de bravoure et de sacrifice en hommage aux trois cents de Léonidas. Après cela, les jours de la ploutocratie naine sont comptées ! Vivement la saison 2 et la Révolution naine !

Quant au dessin de Jean-Paul Bordier, il est très net, riche, les paysages sont variés et collent parfaitement à l’esprit de ce que sont les Errants. Et le dessin sur la dernière planche, je ne sais pas si cela est volontaire ou non, mais la hache plantée dans le sol en gros plan est un formidable hommage à Didier Graffet et Druss la légende. Je regrette juste comme presque à chaque fois que les couleurs soient réalisées sous « ‘toshop », ce qui a tendance à rabaisser la qualité graphique tandis qu’avec une couleur directe on attendrai le must.

Mise à jour 14/09/2016
Tome 5 Tiss du Bouclier


Nains - Season Final !

Nicolas Jarry clos son cycle par là où il avait commencé avec une saga familiale, du sang et des larmes. Le tome 1 racontait la rancune d’un fils, son imperméabilité face aux bons mots et la sagesse du père, jusqu’à la délivrance et la rédemption. Cette fois-ci les rôles sont inversés, c’est la fille qui donne la leçon au père.

Lorsque suite à un drame son dernier né Dohan devient un boitard et qu’il comprend qu’il ne pourra jamais servir dans le noble ordre du Bouclier, le capitaine Brahm tombe dans l’alcoolisme et la haine aveugle. Sa fille Tiss qu’il a toujours ignorée, est triste pour son jeune frère mais voit également là un moyen de redorer le blason familial et de montrer ce qu’elle vaut à son père et par la même occasion à toute cette société naine phallocrate.

Tenir ou Périr !

Une fois de plus l’auteur démontre qu’il maîtrise les ficelles pour séduire les easy readers fantasy et nous offre moments épiques sur moments d’émotions entre : la strong independant woman qui bataille plus que les autres pour réussir jusqu’à devenir un modèle pour ses frères d’armes, les petits soldats insignifiants qui deviendront des valeurs sûres, la formation d’une ligue des vieux briscards cabochés et des estropiés sur le retour pour le décompte final, l’indéboulonnable classique mais efficace Fort Alamo fantasy (remember Légende de David Gemmell ? La bataille du Gouffre de Helm chez J.R.R. Tolkien ? ). Et l’auteur kiffe toujours autant 300 pour mon plus grand plaisir (remember Léonidas et ses derniers hoplites pour l’ultime percée ? Ou bien sont-se les 300 polonais de la bataille de Wizna ? ^^ ). Sur Nains c’est presque un album sur deux qui se termine en tragédie, p’tain, j’en ai presque chialé. Mais toujours l’histoire se termine sur une note d’espoir.

Bien aimé le dessin de Nicolas Demare, surtout sur les paysages et les décors forestiers. Question de goût mais je regrette que ce ne soit pas un brin davantage détaillé. Mon plus grand regret reste ces couleurs informatisée de Digikore Studios dont je n’arriverai décidément jamais à me faire. Peuvent pas faire à cela à l’ancienne chez Soleil ? On atteindrai le truc d’exception.

Mise à jour 14/02/2017
Saison 2 - Tome 6 Jorun de la Force


Les choses bougent tout en conservant la même formule. Pour entamer cette nouvelle saison on reprend là où tout a commencé avec une histoire de père en écho à celle des forgerons Ulrog et Redwin, cette fois-ci entre Redwin et son fils cadet Jorun.

Toujours les mêmes ressentiments de colère qui virent à la haine, de regrets, de remords et de fierté mal placée qui donne une impression de redite qui ne ferait pas beaucoup avancer l’histoire. Mais c’est là qu’on se trompe car si le tome 1 racontait l’antagonisme de deux êtres doués dans leur art et qui finissent pas se retrouver, cette suite se penche sur un perdant qui n’est pas du tout à l’image de son père.

Jorun est un raté, moins doué que son frère aîné dans la forge des armes, il ne se trouve aucun talent et finit par se déconsidérer. C’est l’histoire d’un nain qui, ne parvenant à marcher dans les pas de son père, essaie tant bien que mal (et plutôt mal) de suivre sa propre voie. Mais comme il porte le poids de ses échecs comme un boulet, il entraîne tous ceux qui l’approche vers un néant auquel il aspire inconsciemment. Nicolas Jarry l’explique bien à un moment donné, Jorun est incapable de donner. Incapable de donner, il ne peut donc recevoir. On aurait envie de lui citer ces mots de la résistante Germaine Tillion, histoire de le guider : « Il n’existe pas de gens médiocres, mais seulement des êtres qui n’ont pas rencontrés les événements qui les auraient révélés ».

Jorun trouvera un salut temporaire parmi les mercenaires de la Légion de Fer où il pourra s’appuyer sur le pilier Orss, la fidèle Fey, le sage Gurdan ou encore le guide Fodhron. Autant de bouées de sauvetage qui l’empêcheront de couler au moment du grand final. Redwin sauvera-t-il son fils de l’autodestruction tout comme Ulrog son père l’avait fait en son temps en un ultime sacrifice ? Comme je l’ai dit en introduction, les événements se répètent mais Jarry est suffisamment malin pour ne pas tomber dans le doublon inutile et le récit s’achève sur des destinées contraires. L’air de rien Jorun est probablement le personnage de l’univers Nains que j’ai trouvé le plus intéressant et complexe.

Le dessin de Pierre-Denis Goux est du même bock que celui de la première saison. Ces compositions très détaillées en mettent plein la vue dans les scènes d’action. Toujours beaucoup de changements de décors, gros travail de recherche graphique, bref, visuellement le dessinateur est au rendez-vous et nul doute que les amateurs de fantasy y trouveront leur compte.

Quelques remarques cependant, car l’œuvre parfaite n’existe pas : si on entend souvent parler des limites de la sacro-sainte pagination en 48 planches, je constate également les limites sur la pagination en 64 planches car j’ai senti que parfois le récit méritait davantage de développement mais qu’en raison de ces contraintes, on a droit à une ellipse ou un truc condensé en une page. On bascule un peu trop vite à mon sens des années d’apprentissage de Jorun vers la défense d’un village qui manque de mise en contexte. J’ai l’impression parfois qu’il faut avoir lu Elfes pour tout comprendre des invasions des royaumes nains. La relation amoureuse entre Jorun et la naine Siblis aurait également mérité quelques pages supplémentaires, histoire que ça touche au plus profond, que là ça manque de passion et d’intérêt. De même qu’on aurait aimé voir la retraite courageuse de Redwin vers la forteresse, et plus que 3 planches consacrées à la défense de ladite forteresse (même si c’est très beau encore une fois).

Ultime remarque qui rejoint ce problème de pagination : autant je parvenais à comprendre les ressentiments de Redwin sur le tome 1, le cheminement de ses pensées sombres, le comment du pourquoi, autant j’ai eu du mal sur le caractère de Jorun qui est d’emblée dans son personnage de gros connard alors qu’il n’est encore qu’un marmouse.

Ceci étant dit, c’est une très bonne entame, sur le devenir de Redwin on a déjà envie d’être à la saison 3 !

Mise à jour 11/05/2017
Tome 7 - Derdrh du Talion


« On ne change pas une équipe qui gagne » dit le proverbe, ni même qui perde… Déjà lors de la première saison le binôme Jarry – Créty était celui qui fonctionnait le moins bien à mon sens, question de goût, mais les dessins d’inspiration comics et les sempiternels couleurs informatiques dégueulasses qui vont de pair n’ont jamais été ma tasse de thé. Bis repetita donc : le trait est pâteux, les graphismes n’ont rien d’enivrant (un défaut majeur pour une bd fantasy), idées assez bateau, service minimum, ce n’est assurément pas dans ce genre de bd que j’investirai mes brousoufles.

Un scénario difficile à la comprenette, nettement plus bavard et usant qu’à l’accoutumé. Jusque là les intrigues étaient riches, pas dénuées de réflexions tout en nouant avec des sentiments sincères et s’écoulant de manière fluide dans mon esprit. Ici j’ai dû m’y reprendre à plusieurs fois pour essayer de saisir les enjeux et la mécanique du complot qui se trame. Le scénariste ne nous avait pas habitué à un tel niveau de complexité et sincèrement, je n’ai pas tout capté, mais les dessins peu avenant ne m’ont pas invité à revenir sur mes pas.

Sinon l’histoire en elle-même est plutôt intéressante et résonne avec l’actualité. On avait évoqué en fin de saison 1 les prémisses d’une révolution par le bas à venir. Cependant ici on traite de la « révolution » par le haut avec une tentative de renversement des ordres en faisant basculer le pouvoir nobiliaire et royal en faveur d’une ploutocratie nouvelle (inspirée de la Révolution française ? ). Corruption, sombre tractation, pacte de non-agression éphémère, coups-bas… quels que soient les coups tordus et techniques d’étrangleur ottoman, c’est toujours la banque qui gagne !
Les retournements sont bien amenés à tel point qu’on en oublie que l’album ne s’intitule pas « Ordo », du nom du protagoniste de la saison 1 de l’ordre du Talion ici sur le retour ; mais Derdhr, la plus grande des salopes manipulatrices. The Rains of Castamere !

Mise à jour 26/09/2017
Tome 8 Sriza du Temple

De retour dans la section épouvante / sorcery de la série Nains. Sriza est un nain qui mène une double vie : au quotidien c’est un prêtre au grand cœur et bon conseiller avec ses ouailles, mais il demeure cependant celui à qui le Temple fait appel lorsque les forces obscurs remontent sur le monde depuis l’enfer de Hej. À ce moment Sriza troque sa tunique de ministre du culte pour celle d’exorciste. On lorgne doucement du côté de L’Exorciste, cependant que Sriza a des méthodes plus musclées et n’est pas du genre à psalmodier des incantations le nez dans un bouquin lorsqu’il est confronté au démon. On se rapproche davantage des méthodes de traque et de pistage d’un Van Helsing. Action et aventure sont garantis au programme.

En même temps que se déroule une histoire de chasse au démon, on est plongé par petits flash-back sur l’enfance du personnage principal et ses années d’apprentissage. Et lorsqu’on mélange enfance et horrifique cela déboule sur une histoire classique mais néanmoins bien menée de croque-mitaine qui poursuit le héros durant toute sa vie. Des gamins traumatisés par un épouvantail qui devront y faire face à l’âge adulte, tout de suite on pense à Ça de Stephen King (les choses sont bien faites avec le film qui vient de sortir). Mais également à l’inénarrable Berserk, chef d’œuvre de la dark fantasy, lorsque la Bête a déposé sa marque sur le front de Sriza, tout comme Guts, lui rappelant inlassablement que les créatures de la nuit viendront sans cesse le chercher et que son combat n’aura de fin qu’à sa mort.

Nicolas Jarry poursuit la construction de son univers en procédant de la même façon que les précédents tomes en rappelant les anciens de la saison 1, qu’il adore maltraiter visiblement. Après un Redwin qui termine façon Roi Liche dans Warcraft III, un game over pour Ordo qui l’a eu dans l’os, il rappelle Aral dont je lui trouve graphiquement un petit côté Luke Skywalker SW7 et qui… mais vous connaissez déjà son sort si vous avez lu le T3.

Toujours plein de petites références fantasy, de clins d’œil sympa et de personnages dont on se demande s’ils ne sont pas tirés de la réalité comme le cinglé Orban qui œuvre seul à la reconstruction d’une ancienne forteresse. Personnage à mi-chemin du Radagast de Tolkien et, ce n’est que mon ressenti, de Justo Gallego Martinez. Ce vieux moine autodidacte a entrepris seul en 1961 la construction d’une cathédrale dans sa ville natale de Mejorada. Une entreprise pharaonique ! Il y a aussi cet ours polaire géant utilisé comme « chien de traîneau », tout droit inspiré des Panserbjornes de À la croisée des Mondes de Philip Pullman.

Graphiquement toujours aussi beau je trouve. Paolo Deplano est peut être l’artiste que je préfère sur cette série. J’aime son encrage (qui mérite bien encore une fois une édition N&B), ses idées (même si par Yjad cela manque de dessins en pleine page ! ), mentions spéciales pour la forteresse p. 29, le backstab p. 53 et le combo magique p. 54.

En revanche, parce qu’il faut apporter un bémol, ça fait toujours aussi chier les limitations de la pagination française comme ce moment que je trouve hyper épique p. 42, avec la confrontation ultime entre Sriza et Ar’Az’Erm qui est complètement passée en ellipse. Alors qu’il y avait tout dans cette scène avec le lettrage façon enluminure lorsque Sriza récite les mots consacrés. Une ch’tite page en plus pour montrer le duel n’aurait pas été de refus. Autre critique : je trouve qu’avec les phases « apprentissage à la dure » du héros, on commence à tourner en rond. On a déjà vu cela, album après album, et je trouve que ce serait pas mal si le scénariste pouvait, je ne sais pas, proposer autre chose que l’histoire en flash-back du personnage qui en a bavé et tout…

Mise à jour 25/10/2017 Tome 9 Dröh des Errants

Des années ont passé depuis le sacrifice d’Oösram pour son peuple et même si le statut des Errants a sensiblement évolué, ceux-ci n’en demeurent pas moins une classe sociale défavorisée et méprisée par le reste de la société naine. Dröh, le fils d’Oösram, est de retour parmi les siens après avoir roulé sa bosse, parcouru le monde, appris le métier des armes, et tel le William Wallace de Braveheart les raisins de la colère grondent toujours en lui. Les chiens ne font pas des chats. Cependant les révolutions d’antan sont oubliés, trop de sang a été versé et les plaidoyers guerriers ne sont plus de mode parmi les Errants. Janssen, le beauf de Dröh, est davantage un partisan de la négociation, plus lente mais aussi plus paisible. Ses ambitions étant trop grandes et dangereuses pour ce microcosme paysan, Dröh part jouer les Renaud en mode Germinal sur un chantier d’autoroute, un terreau plus propice aux révoltes avec sa main d’œuvre bon marché facilement remplaçable.

L’air de rien cette branche de la série Nains est celle que je préfère sur le plan scénaristique. Une fantasy très politique, avec des intonations révolutionnaires, on n’a pas souvent l’habitude de lire ça. Notre Dröh est un sacré baroudeur et il fera ici des rencontres inattendus, je dois bien avouer que j’ai été surpris par la tournure du scénario qui part un moment donné sur autre chose de complètement différent. D’une histoire qui démarre sur une quête d’égalité et de justice, on termine sur un récit hyper introspectif et une quête de soi, une ébauche d’histoire d’amour qui s’écoule à travers les vies et les âges, une dénonciation de la guerre perpétuelle entretenue par la folie des êtres (comme briser cette putain de roue ?! ), en passant par un duel judiciaire (big up à Tyrion Lannister) et un classique blockhaus style Fort Alamo/Dros Delnoch/Gouffre de Helm. C’est très bien écrit, les textes sont beaux dans le sens touchant et sages.

« Ne sois pas triste, Nain, si je n’ai changé qu’une âme… alors mon combat n’aura pas été vain... »

C’est néanmoins un peu dommage de faire durer le plaisir sur ces digressions alors qu’on nous promettait les grands soirs fin du tome 4 et de la saison 1 en général. Espérons de ne pas devoir attendre 8 saisons pour qu’enfin… Bref, vivement la saison 3 avec Dröh en mode David Carradine dans Kung Fu.

Les dessins de Jean-Paul Bordier sont plaisant mais accrocheurs que par intermittence (ça manque de pleine et double-page), comme la bonne idée du mont Rushmore orc, très cool. En ce qui me concerne, toujours la même rengaine contre les couleurs numériques de Digikore Studios…

Nom série  La Horde du contrevent  posté le 20/10/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Au commencement fut le roman. Clivant au possible, on a adhéré au point de le considérer comme un incontournable de notre bibliothèque, les autres en ont fait un rejet franc, notamment dû au style littéraire hermétique et dur à biter de son écrivain, Alain Damasio. Jugez-en par la logorrhée du bonhomme : quatre pages d’avant-propos, on a rarement vu cela. Puis vint le studio Forge Animation et son projet ambitieux d’adaptation transmédia du livre comprenant un jeu vidéo, un film, suivi d’un comic book. Deux campagnes de kickstarter plus tard qui se sont conclues sur deux échecs (absence de relais des médias d’information traditionnels qui n’ont pas fait leur boulot alors que le livre disposait d’une base solide de fan), le projet était entériné et sonnait le glas du studio. Définitivement ? Non, car sur les décombres de ce magnifique projet demeuré au stade embryonnaire, un homme a pointé le bout de son groin : Eric Henninot, artiste ƛ

Eric Henninot, voilà un auteur qui a tracé sa route et roulé sa bosse comme un vaillant Golgoth, depuis le premier album de Carthago, dont j’avais particulièrement détesté le dessin, désolé m’sieur Henninot, jusqu’à aujourd’hui et ce coup de théâtre sur la scène du neuvième art. Entre-temps l’auteur a astiqué son art grâce à une collaboration fructueuse avec le master Mathieu Lauffray sur quelques planches des Les Chroniques de Légion d’abord, puis sur le tome 4 de Prophet. Un dernier tour de chauffe avec des scénaristes chevronnés comme David Chauvel, Fabien Nury sur Fils du Soleil entre autres, et voici que les tractations reprennent de plus belle avec Alain Damasio pour toujours cette quête cramponnée de l’adaptation de La Horde. Je passe en ellipse tout le tralala sur le qui-quoi-comment de la conception du truc parce que hein, on n’est pas sorti d’Aberlaas à ce rythme là, et donc « tada ! », voici venu le tome uno : Le Cosmos est mon campement.

Je n’avais pas cette vision là des choses. Dans mes souvenirs (aucun assez solide… ), car ma lecture du livre date d’il y a près de 10 ans, je m’imaginais quelque chose de plus polaire, quoique les paysages sont variés par moment. Mais nous en avions chacun notre propre perception après tout, et celle de l’auteur je l’ai trouvé attrayante. Il s’en dégage un aspect très poétique, on respire frais en même temps qu’on étouffe écrasé par la puissance des vents. Cette vision contraste pas mal avec celle de feu Forge Animation qui était plus brute de décoffrage, notamment sur le charadesign buriné. L’esthétique ici est ingénieuse comme les tenues moulante des membres de la horde qui donnent un côté parachutiste, en symbiose avec les forces de la nature. Les couleurs de Gaëtan Georges apportent de la variété à ce monde qu’on pourrait penser monotone, sans cesse poncé par des vents furieux, mais on varie entre des tons sablonneux orangé et de la rocaille rosâtre façon couché de soleil, en passant par de maigre pâturage vert et des glaciers craquelés d’un blanc immaculé.

Quant à l’adaptation textuelle, sans chercher à dresser une liste fastidieuse des différences, pour moi elle est une réussite. D’une histoire de l’Imaginaire tendance planet opera philosophique et politique à la narration multiple, proche dans son intrigue de Les Royaumes du mur (en tout cas ça y ressemble) de Robert Silverberg, Eric Henninot a réalisé un planet opera doté d’un seul point de vu et davantage tourné vers l’action et le drame, plus « grand public », mais sans toutefois rien perdre de la profondeur de la fable d’origine. Très bien construit, la bande-dessinée ne possède pas ce côté rentre-dedans abrupte du roman, avec une présentation des personnages, les années d’apprentissage, puis saut dans le temps pour revenir au présent. Atténué le style chromé-nébuleux (mais fascinant ! ) de Damasio, les dialogues sont mieux compréhensibles sans perdre de leur souffle lyrique. Monsieur Henninot peut être fier de son travail, ça valait le coup d’attendre et on est déjà impatient de retrouver la 34ème Horde.

En avant, la hordaille ! En avant !

Nom série  Valérian - Shingouzlooz.Inc  posté le 14/10/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Mises à part diverses anecdotes et les inspirations qu’elle a suscitées, je n’ai jamais lu Valérian et n’en connais que le film écrit et réalisé par Luc Besson. Cela m’a au moins permis de juger l’album en lui-même sans avoir besoin de me référer sans cesse au matériau d’origine en cherchant les points de divergences, ce que j’aurai trouvé mieux ou moins bon.
N’y allons pas par quatre chemins, je me suis beaucoup amusé. Je m’attendais à un space opera ou du moins à ce que le gros du récit soit tourné vers le space opera, j’ai lu une bd humoristique sur fond de SF. C’est une histoire d’imbroglio juridique où les shingouz ont encore merdé. Cette clique de créatures gaffeuses qui ne manquent pas de malice pour arnaquer le chaland, que je trouvais déjà extrêmement sympathiques dans le film, s’est retrouvée par un heureux hasard en possession de la planète Terre avant que la roue de la fortune ne tourne et que les droits de propriétés ne tombent entre les mains d’un autre charognard boursicoteur.

Cette idée de capitalisme étendue et jusqu’au boutisme dans la SF m’a toujours fait sourire quand elle est traitée avec un humour ironique ou absurde comme ici. Une idée selon laquelle on puisse jouer en bourse de façon tout à fait légale avec des planètes et leurs ressources naturelles (ceux qui ont vu Oblivion, H2G2...), en négligeant la vie des créatures autochtones rangées dans la colonne des dégâts collatéraux. On touche à l’humour d’un Terry Gilliam dans Brazil et de façon plus similaire le film Jupiter Ascending, où l’héroïne interprétée par Mila Kunis se retrouve propriétaire d’un amas de planètes dont la Terre mais doit en passer par l’administration et ses longues files et heures d’attente pour valider ses titres de propriété. La drôlerie de la situation n’en est pas moins alarmante car on parle de choses virtuelles qui ont des conséquences graves sur le réel lorsqu’elles échappent à tout contrôle.

Heureusement qu’il y a donc Valérian et Laureline nos deux super agents spatio-temporel pour tenter de résoudre ce schmilblick. Le premier tente de harponner un gros poisson de la finance, au sens propre comme au figuré (l’humour de Lupano encore une fois se fait pinçant à propos des paradis fiscaux), tandis que la seconde apporte la touche d’action qu’on est en droit d’attendre. D’ailleurs même si je n’ai pas trop apprécié la différence de traitement entre les protagonistes, Valérian passant pour un gros bêta la majorité du temps, la manière dont Laureline est mise en avant m’a bien plu en revanche. C’est elle qui prend les devants et monte au front tandis que c’est le héros masculin qui reste en arrière pour une fois. Les auteurs s’en tirent proprement avec un scénario qui ne s’emmêle pas les fils dans le piège du paradoxe temporel qui donne lieu à des incohérences qui ont tendance à me faire griller un fusible. Non ça se tient, c’est cohérent, sans gras rajouté, j’ai eu un peu peur que ce « petit cri de Higgs » n’aboutisse à rien mais on devrait toujours se rappeler du principe du fusil de Tchekhov. Cela se conclu sur un running gag des repris de justice shingouz, toujours dans les mauvais comme les bons coups (sans spoiler, est-ce volontaire de la part des auteurs ou non, j’ai ri comme une baleine sur la façon dont ils se foutent de Prometheus).

Une histoire riche en péripéties pour un stand alone servi par des graphismes qualité full HD. Mathieu Lauffray apporte sa science des grands décors en pleine ou double page, il sait varier les registres entre mimiques comiques du quatuor Valérian / Shingouz, et partie musclée chaud patate avec Laureline qui se traîne monsieur Albert (MDR la 4L spatio-temporelle ! ça vaut bien la cabine téléphonique du Docteur Who). Il y a quelques pages gratuites sur Laureline qui se fait tour à tour figure féministe et icône/objet/bombe sexuelle (c’est Red Sonja en gros plan ? ), du bonbon pour les yeux. Peu importe si c’est du pur fan service, j’ai tout pris sans déplaisir : du mania de l’eau Sha-Oo inspiré par le ventripotent baron Harkonnen du cycle de Dune, au « Yoda shingouz » (big up du dessinateur qui se rappelle ses jeunes années où il illustrait les comics Star Wars pour l’éditeur Dark Horse ? Ou gentil retour de bâton à l’encontre de G. Lucas qui ne s’était pas gêné pour pomper ses idées chez Christin et Mézières tel un vil marsouin cosmique ? ). On pourrait juste lui reprocher de recycler les mêmes figures pour ses personnages : Valérian ayant la même tête que John Silver / Jack Stanton, et Vivan Hasting / Laureen pour Laureline.

Mission accomplie donc. Agents Valérian et Laureline au rapport, monsieur !

Nom série  Henriquet, l'homme-reine  posté le 12/10/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Cela fait bien 3 ans que je l’attendais celui-là car il avait été annoncé peu de temps après la sortie du Charly 9. Comme tous les blésois de naissance j’ai entendu parler de l’assassinat du duc Henri de Guise au sein du château royal de la ville par les fameux mignons de Henri III (que Alexandre Dumas a raconté dans son roman Les Quarante-Cinq), et j’étais intrigué à l’idée de le voir mis en image. Le frère de Guise, le cardinal, a aussi pas mal dérouillé : dépecé puis balancé dans la Loire. Niveau degré de violence aucun doute, on est à la même époque que la Saint-Barthélémy.

Il y a beaucoup de ragots autour de ce roi : ses orientations sexuelles, son accoutrement, sa façon de gouverner. Certains sont véridiques, d’autres mettent encore les historiens dans le doute de nos jours. Richard Guérineau, en roue libre sur cet album, s’en tire à merveille en jouant habilement entre faits historiques, romancés, et sa part de fiction. Les moqueries dont fait l’objet Henri, Guérineau en grossit volontairement le trait jusque la caricature, dressant un portrait de fashion victim à ce roi probablement un peu coquet, mais loin d’être une tarlouze comme la populace se l’imagine. Ce traitement presse people fait penser à cette émission de télé Sous les jupons de l’Histoire qui s’intéresse aux ragots, aux choses du quotidien et surtout les histoires de fesses des souverain(e)s.

« N’accordez point trop d’importance aux médisances, sire. Supprimer les braguettes pour oublier que vous êtes un homme ? Qui pourrait croire à cette farce ?
- Mmh… Entre une vérité triviale et une rumeur putassière, qui peut deviner ce que l’Histoire retiendra ? ».


L’humour est constamment présent même dans les moments moins jouasses notamment grâce à des dialogues savoureux et ordurier. J’imagine que c’est la manière avec laquelle ces personnages devaient s’exprimer en privé. L’épilogue de fin est à se taper le cul par terre, j’ai beaucoup ri, avec encore une fois un détournement de l’histoire. Entre les dingueries de Charles IX ou les grossièretés et la décadence (ou la préfiguration tel l'empereur Héliogabale en son temps) de Henri III, j'ai préféré les turpitudes de ce dernier.

Les dessins et couleurs de l’auteur sont du même cru que ceux sur Charly 9 avec toujours ces changements de style qui donnent de l’air à un bouquin bien épais.

En bref, pour qui aime l’Histoire en sachant distingué fiction et réalité, Henriquet l’homme-reine est incontournable. C’est drôle, très jolie, intelligent, et surtout complet avec près de 200 pages de biographie romancé.

Nom série  Les Traqueurs  posté le 06/10/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Non
Note Note: 3/5 (Pas mal)
Un récit historico-fantastique évoquant une course à l’armement entre la couronne d’Angleterre et les Provinces-Unies durant la fameuse guerre anglo-hollandaise du XVIIème siècle qui fait son office de divertissement mais qui ne surprendra pas les habitués du genre SFF. À vrai dire, cela ne m’a pas inspiré des masses. C’est la rencontre idéale entre le survivaliste mainte fois repris Predator (pour le décor dans la jungle amazonienne, le chasseur devenant la proie, certaines scènes sont même assez similaires), et la traque à la créature fabuleuse et effrayante type King Kong (mais je lui trouve davantage de ressemblance avec un alien du film Skyline et un mix avec les mimics de Edge of Tomorrow, et on devine où cela va nous emmener…).

Des personnages et des situations stéréotypés : le jeune héros romantique au bon cœur trop « in love » avec la seule nana de l’histoire qui ne peut s’engager dans cette relation impossible car déjà caser avec un autre. Bref, le classique triangle amoureux. On nous balance même le hareng rouge qu’on renifle à des kilomètres : le coup de l’indice foireux laissant penser que machin est mort mais en fait, « tada », l’est pas mouru. La narration se tient bien, cela se lit vite sans difficulté. Mais du coup je trouve qu’a vouloir aller vite en besogne on y perd sur le fond avec des personnages trop vite esquissés et peu attachant.

Le dessin de Tirso est agréable mais son trait fin, je lui trouve un côté « tremblote », et je n’ai pas accroché au design souvent cartoonesque des faciès. Cependant c’est compensé par un découpage dynamique bien à propos. En revanche les couleurs occupent une grande place dans mon appréciation globale de l'album et les aquarelles du duo Tirso / Felideus embellissent les graphismes de façon époustouflantes. Même les seconds plans sont 100 % aquarelle, se sont elles la vraie star de cet album.

Sympathique, sans grand plus, je demeure néanmoins curieux de lire la suite. Des fois que…

Nom série  Elric (Glénat)  posté le 01/07/2013 (dernière MAJ le 04/10/2017) Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 5/5 (Culte !)
Tome 1 Le Trône de Rubis

Je crois que c’est mon gros coup de cœur de l’année. Depuis le temps qu’on attendait une version potable des aventures d’Elric de Melniboné, le résultat surpasse les attentes avec ce que j'estime comme la meilleure nouveauté fantasy de l’année et peut être un futur immanquable si le trio Recht/Poli/Blondel continue sur sa lancée. En guise de préambule j’aimerai placer quelques mots du maître Michael Moorcock à propos de cette nouvelle adaptation européenne dans l'avant-propos de la BD (désolé, pas eu le temps de traduire pour les non anglophones):

" I have to say this is the best interpretation EVER. It's a stunning BD. I've no idea when the English edition will be available but with a working knowledge of the story, you should do fine. There are some tweeks to the original story which in my view are an improvement. "

Comprenez que l'écrivain britannique reconnaît sans mal que Julien Blondel a « amélioré » l’histoire originale, l’ayant rendu plus fluide et plus dans l’air du temps ; c’est quand même assez couillu de le reconnaître et cela souligne bien le boulot énorme abattu.

Pour en revenir à la BD, enfin on arrive à mettre en image l’île de Melniboné, ses forêts, son bestiaire fantastique, sa cour décadente, le labyrinthe mortel d’Imrryr. Je n’aurais jamais imaginé un trône de rubis pareil, il est impressionnant, grandiloquent, un peu à l'image du Trône de Fer de Marc Simonetti. Apprécions également le dépoussiérage de Cymoril qui n’avait dans les romans qu’un rôle de princesse en détresse. Elle est nettement dans une attitude de strong independant woman avec le charisme royal qui va avec.

Elric, c’est quand même bien plus qu’une bête histoire de rivalité pour le pouvoir entre Yyrkoon et son cousin albinos. Par ailleurs cette histoire n’est présente dans les romans que dans le tome 1 « Elric des dragons », on passe à autre chose par la suite (les derniers textes sont plus philosophiques et métaphysiques alors que les premiers symbolisent les années « pulp » de Moorcock) et reste à savoir ce qu’en fera Blondel mais j’ai confiance. Au-delà de la décadence du peuple millénaire melnibonéen et de la sauvagerie sado maso de ce dernier il faut y voir de la part de Moorcock une critique acerbe de l’impérialisme occidentale et du colonialisme britannique (Yyrkoon qui a la nostalgie du passé et qui rêve de l’époque du grand empire de Melniboné qui écrasait tout les peuples et les soumettait à sa loi). Entre autres choses… Il y a à boire et à manger dans Elric. Elric, c’est un des récits fondateurs de la fantasy, directement inspiré de Howard et un héritage énorme avec son fameux concept du multivers (qui a inspiré les générations suivantes d’auteurs comme David Gemmell), du champion éternel et de l’anti héros (d’où vous croyez qu’ils sont issus tous ces héros de la culture populaire dans les jeux vidéos ou les mangas avec leur longue chevelure d’argent et leur teint blanchâtre, maladif, hein ?).

IM-MAN-QUABLE je vous dis.

Mise à jour 22/11/2014
Tome 2 Stormbringer

Le premier album était grandiose, le second réussit l’exploit d’aller encore plus loin graphiquement où je trouve que l’on atteint une certaine uniformité et harmonie, ce qui n’était pas forcément le cas auparavant, reconnaissant parfois le style de Didier Poli, tantôt celui de Robin Recht ou de Jean Bastide. Ce qui est normal, il fallait bien un tome « d’échauffement ». Que la troupe s’élargisse avec les entrées remarquées de Julien Telo au dessin et de Scarlett Smulkowski à la couleur, n’est pas encombrante, bien au contraire c’est un formidable plus. Julien Blondel a fait appel à son ami Jean-Luc Cano pour l’épauler au scénario, cela fait un rôliste de plus qui maîtrise son sujet.

Dans ce tome 2 on continue logiquement à suivre les années « pulp » d’Elric. Entendez par là que la trame scénaristique est de la même saveur que le tome 1, inspirée, héritée en partie de l’Heroic Fantasy de Robert E. Howard, et c’est carrément le pied !
Avis aux amateurs du genre : le maître Dyvim Tvar franchissant un lac de lave dans la caverne aux dragons ; Elric poursuivant l’infâme Yyrkoon sur le navire des terres et des mers offert par l’esprit élémentaire Straasha ; la partie d’échec qui se joue entre les dieux du Chaos et de la Loi (opposition inspirée du zoroastrisme) commence petit à petit à émerger de façon subtile ; un duel épique au sommet d’une tour dans une cité maléfique abandonnée ; de la sorcellerie ; des créatures infernales ; une reine à sauver ; l’introduction de Stormbringer l’épée buveuse d’âme qui en inspirera plus d’une dans les décennies à venir (la Soul Reaver dans la saga de jeu vidéo Legacy of Kain)… Qu’est-ce qu’il vous faut de plus ?!

À souligner la préface élogieuse de mister Alan Moore excusez du peu…

Mise à jour 04/10/17
Tome 3 Loup Blanc

Dans cette suite le sens du mot « adaptation » prend toute sa signification avec des auteurs toujours aussi inspirés et qui prennent quelques libertés par rapport au contenu d’origine du cycle écrit par Mike Moorcock ; pour le meilleur, et le meilleur seulement (Oh par Arioch ! Ce twist de malade en fin d’album ! Et dire qu’avant les femmes n’avaient pas leur place dans cet univers amer et tragique… je m’arrête, pas de spoiler ! ). Un an qu’Elric a laissé son trône vacant pour arpenter les jeunes royaumes. L’impasse est faite sur le trop métaphysique La Forteresse de la perle pour passer directement au Navigateur sur les mers du destin, ma partie favorite. Là encore, les auteurs se sont emparés des textes d’origines et ont rendu une copie impeccable à mon sens, rendant la narration nettement plus fluide et intelligible là où les nouvelles nous perdaient parfois, oscillant à en perdre la raison entre événements passés et futurs. Ainsi, le rassemblement et les exploits de la team des champions éternels du multivers, que les lecteurs connaissent bien, sont vite évacués en début d’intrigue pour laisser place à l’introduction de personnages à l’importance plus significative dans les aventures d’Elric de Melniboné : en l’occurrence le comte Smiorgan des Cités Pourpres. Preview du cycle 2 ou simple teasing ? Les auteurs ne manquent pas de présenter également la princesse Yshana, son conseiller et futur Némésis d’Elric, le sorcier Theleb K’aarna.

Mais revenons au présent : dans cette aventure Elric, jamais réellement maître de ses choix, toujours l’objet de manipulation des dieux ou des hommes, de plus en plus dépendant des caprices de Stormbringer tout en demeurant froid et implacable dans les carnages qu’elle exige ; part à la rencontre d’un de ses lointains ancêtres, Saxif D’aan, prisonnier de sa bulle dorée sclérosée. Un face à face qui touche au She de H. Rider Haggard et où l’Histoire, si elle ne se répète jamais vraiment, bégaye sévèrement. Une confrontation providentiel pour un Elric en quête de connaissance de soi et de ce que sont les Champions de la Balance. Il réalise que pour atteindre ce but il devra déterrer les secrets de son peuple dans la cité antique de R’Lin K’Ren A’a. Si à l’exploration de la cité oubliée on y ajoute le géant de jade, l’être âgé de 10 000 ans, ainsi que l’inévitable adaptation de la crépusculaire nouvelle La Cité qui rêve, le tome 4 s’annonce méga épique. En fait, les auteurs gouvernent tellement bien leur barque que je me demande s’ils ne sont pas capables de nous conclure la série en un seul cycle.

L’équipe artistique est toujours autant au taquet. Robin Recht + Julien Telo + Jean Bastide + Ronan Toulhoat + Luc Perdriset = vendeurs de rêves (ah ces dragons cristallisés, les gardiens cadavériques, la fausse Imrryr, p. 23, toutes ces bonnes références dans la conception des personnages dans le cahier graphique, et cette illustration de couverture ah y en a trop à citer...). Un grand « merci » ! Il y a des planches on est juste la gueule parterre. Recht et Telo sont en parfaite synchro, impossible de différencier leurs dessins, il règne une géniale harmonie entre ces différents auteurs.

Nom série  Crueler than dead  posté le 27/09/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 3/5 (Pas mal)
Ah bah oui, « encore une énième série avec d’affreux morts-vivants » on pourrait se dire. Et celle-ci ne révolutionnera pas le genre, c’est vrai aussi. Crueler Than Dead est un condensé express des classiques du genre, de 28 jours plus tard à Le Territoire des morts, en passant par "Resident Evil", Walking Dead ou même, élargissons le champ des horizons : Mad Max 4 (pour l’asservissement des masses par le contrôle de l’eau). Et alors ? Du moment qu’on s’éclate, à mes yeux le zombiesque étant avant tout un genre « pop-corn » (même si c’est encore mieux si l’auteur y apporte une touche de réflexion).

Déjà moi ce qui m’a bien plu c’est le côté « fast food » avec une histoire qui se tient et se clôture en 2 tomes. Pas de rallonge interminable comme une certaine série très connue d’outre-Atlantique qui n’en finie plus tandis qu’elle raconte du rien depuis belle lurette. Pour contre-balancer, cette qualité peut aussi s’avérer comme un des principaux défauts car avec une histoire raccourcis les personnages manquent singulièrement d’épaisseur. Le scénariste tente bien quelques rebondissements spasmodiques dans le T2 mais qui ne seront jamais exploités. Du coup on se demande bien pourquoi les avoir placés, si ce n’est pour souligner davantage que dans ce monde il n’y a plus d’espoir, alors à quoi bon… Fuck it !

Aussi, le cynisme du scénariste Tsukasa Saimura à l’égard de l’humanité où certains survivants non contaminés (surtout les ultra-riches ici) se révèlent encore plus pourris et monstrueux que les créatures morts-vivants, un trait classique du genre. Mais j’ai aimé la façon dont il pousse le truc jusqu’à l’absurde (les dominants qui LOL devant les pauvres gens qui se font bouffer par les Oz). C’est vraiment un récit très noir et pessimiste.

Bon après, moi ce qui m’intéresse surtout dans un comics/BD/manga d’horreur, se sont les graphismes. Contrairement à un film tu ne peux pas jouer avec la trame sonore, le volume, le réalisme visuel dans le gore, ou même avec l’effet de surprise c’est plus difficile. Il faut donc un artiste calibré pour ça. Et franchement, Koto Takahashi est très très doué. Il possède un trait fin, hyper détaillé dans le réalisme, de bons gros cadrages. C’est nettement plus crade et beau que les quelques comics/BD/manga que j’ai lu dans le genre. La preuve que ces choses là comptent puisque Saimura s’est essayé comme dessinateur / scénariste sur une autre série d’horreur, "Igai", sans le succès au rendez-vous.

Un horror show (mais pas que) rapide et ultra efficace.

Nom série  Saga Valta  posté le 10/12/2013 (dernière MAJ le 12/09/2017) Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 3/5 (Pas mal)
Je pense qu’il faut rester indulgent avec ce premier tome car il se veut avant tout introductif. D’ailleurs il n’est même pas sûr que l’histoire se décante dans le second tome à venir car j’ai cru comprendre qu’en cas de succès commercial et aussi selon son entente avec le dessinateur, Jean Dufaux serait prêt à poursuivre la série pour une durée indéterminée. Donc il y a une sorte de flou qui entoure la série quant au nombre de tomes à paraître.

De même se pose la question du déroulement de la série car si pour l’instant on se dirige vers un diptyque, il n’est pas sûr que la suite prenne le même schéma. Si cela prend la tournure d’une série à rallonge fonctionnant par cycle de deux tomes façon Largo Winch et avec les mêmes personnages, ou bien une histoire avec des albums qui s’enchaînent sans temps mort, et toujours avec Mohamed Aouamri au dessin, moi je fonce direct.

Je me pose la question car le titre de la série Saga Valta désigne les légendes des familles islandaises, « Saga » pour les « sagas » auxquelles on rajoute le nom de famille. Alors il est aussi possible que les éventuelles suites de la série se passent en d’autres temps, avec d’autres personnages, mais toujours sur les terres islandaises. Mais avec quel dessinateur ?
Parce que personnellement ce qui m’a le plus touché ici c’est bien le dessin exceptionnel de Mohamed Aouamri. J’aime son trait crayonné, tout en rondeur, la précision et le souci du détail. Sur chaque case j’ai passé un bon moment à apprécier les ornements sur les armures et les boucliers, au premier plan, au second comme au troisième plan, rien n’a été bâclé. Un coup de chapeau aussi au coloriste Bekaert qui fait un super travail, c’est aussi bon qu’un François Lapierre qui est pour moi une des références du métier.

L’histoire il est vrai, est pour l’instant des plus classiques. On est dans le thème de la vengeance avec en fond une histoire d’amour aux influences shakespearienne et le tout saupoudré de sorcelleries et de monstre légendaire histoire qu’on se sente dans un récit de Fantasy.

Par contre un petit défaut, il faut vraiment avoir une bonne mémoire pour retenir tous ces noms imprononçables à consonances nordiques.

Franchement l’histoire ne peut que monter en intensité et si elle se poursuit avec toujours Aouamri au commande, moi j’en redemande. Mais bon ce n’est pas un rapide Momo donc « wait and see ».

Mise à jour 12/09/2017

Ouais ben… je suis quand même assez déçu à la fin. J’ai relu les deux premiers tomes en diagonale histoire de me rafraîchir la mémoire : premier tome classique mais divertissant suivi d’un second où cela digresse pas mal mais je laisse sa chance au produit.

Pour ce tome final, là on ne fait plus dans le classique mais dans l’éculé. Le brave, beau, musclé et noble Valgar empile les conquêtes amoureuses tel un Conan le cimmérien, sauf que le héros de Robert E. Howard date des années 30, ce genre de cliché heroic fantasy sonne un peu de façon ringarde je trouve dans une série d’aujourd’hui. Et que dire du « promis » d’Astridr, qui a un physique disgracieux, tordu, et est bien vicieux pour nous montrer que c’est un vilain méchant pas beau. Pire poncif tu meurs. Franchement, à quoi sert l’archère Looki si ce n’est pour le seul plaisir de rajouter de la gonzesse bien roulée ? Bon après ça se termine aussi en eau de boudin cette histoire avec un affrontement final bâclé, un twist bien dark mais mal servi par une narration qui manque d’épaisseur (Astridr ayant été absente du début à la fin, on ne sait pas ce qu’elle devenait, du coup on ne ressent que très peu d’émotion sur ce qui peut lui arriver), et un épilogue à l’arrache guère concluant. Jean Dufaux comme d’hab’, ne souhaite pas conclure ses récits en se réservant une fenêtre de sortie et un nouveau cycle possible. La quête de Valgar cherchant justice après la traîtrise de Thorgerr aux cent guerriers est achevée, un peu lamentablement à mon avis, mais néanmoins finie. Cependant, qui sait, d’autres saga de Valgar ou d’un autre personnage pourront être racontées… Pas fou le Dufaux.

Pour les graphismes, c’est du très bon Aouamri au dessin et Goussale aux couleurs, mais se sont bien les seules choses qui sauvent la série de la perdition.

Un gros regret.

Nom série  Prophet  posté le 15/08/2011 (dernière MAJ le 24/08/2017) Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 5/5 (Culte !)
Réécriture en un bloc de mes impressions sur les 4 tomes.

Pas facile de cerner les objectifs de cette série exigeante ni l’ambition affichée par son auteur. Sans aller jusqu’à dire que c’est le projet d’une vie, il témoigne beaucoup de son évolution artistique, à la fois en tant que dessinateur et scénariste. Entre la sortie du premier et du dernier tome, quatorze années les séparent. Certainement plus en vérité, car l’idée est née après que Mathieu Lauffray ait vu publier sa première bande-dessinée Le Serment de l'Ambre, en 1995. On pourrait presque dire que Prophet est un projet expérimental où l’auteur s’est cherché, a tâtonné dans différents genres et sous-genres en essayant de rendre cette combinaison équilibrée au possible, évitant le patchwork indigeste. Il n’y a qu’à regarder les pages du cahier graphique présent dans l’édition intégrale pour s’en rendre compte : au tout début, lorsque l’envie d’écrire du fantastique en était à ses balbutiements, Prophet était bien partie pour devenir une série heroic fantasy ! (l’idée ne m’aurait pas déplu au passage). Tour à tour inspiré par les romans et nouvelles de Robert E. Howard (pour l’univers heroic fantasy, les mondes barbares, ou ses héros nihilistes ? ) ; H.P. Lovecraft (l’ouverture sur le monument de 8000 ans, immense, invraisemblable, une passion partagée pour les bâtiments vertigineux, les personnages paranoïaques dépassés par les événements) ; W.P. Hodgson (démons issus de l’abîme, le cosmicisme) ; le film La Planète des Singes de 1968 (tome 2 après le crash de l’aéronef), et allez pourquoi pas, l’imaginaire de Clive Barker dont Hellraiser pour dessiner les mutants gothiques ? Le Sphère de Michael Crichton ou le Malhorne de Jérôme Camut ? Jack Stanton n’a-t-il pas un air de famille avec Bruce Campbell dans Evil Dead, fusil au poing ? ; les références littéraires et de culture populaire sont éparses. L’important comme le dit Lauffray était de trouver « son » fantastique.

L’achèvement du récit avait laissé comme une sensation de manque et d’amertume à plus d’un lecteur pourtant impatients d’en conclure après neuf ans d’attente. Moi-même je faisais partie des perplexes. Des questions restaient en suspens, la transition de l’histoire aventureuse au récit introspectif fut difficile à encaisser, d’autres choses demeuraient loin d’être claires. C’est finalement via l’édition intégrale que j’ai pu éclairer ma lanterne, grâce à un salutaire avant-propos de l’auteur expliquant sa démarche. Certes il y a du fantastique, de l’aventure, du survival horror puis de l’apocalyptique. Cependant Prophet n’est pas une histoire lambda de pur divertissement où le héros a un but bien déterminé, où chacun connaît son rôle et où chaque chose a son explication rationnelle. Prophet est aussi à lire comme une parabole dans lequel l’auteur y combat des thèmes qui lui sont chers. Jack Stanton a touché la sphère, le monde infernal qui s’en est suivi et dans lequel il n’y a aucun espoir de délivrance est à son image. Mais qui est Jack Stanton ? Un arriviste, égoïste et égocentrique, individualiste forcené, le type même de l’homme pressé opportuniste prêt à tous les coups bas pour parvenir à ses fins. Son « voyage » sur la Terre ravagée est à prendre comme un récit initiatique. Pendant longtemps sa ligne de conduite ne bouge pas. Il refuse son rôle de prophète, refusant d’être un guide, de mener, il veut la gloire mais sans les responsabilités. La seule chose qui l’intéresse est de rentrer dans son monde récolter les fruits d’une gloire usurpée. Car Jack est aussi un menteur, s’attribuant le travail de recherche d’autres plus talentueux que lui. C’est une critique de l’auteur contre les fausses « zélites » intellectuelles qui trop souvent ont pignon sur rue (une critique qu’on retrouve chez son pote Denis Bajram dans Universal War One). Le démon supérieur cornu qui pourchasse Stanton est une figure allégorique de sa mauvaise conscience qui le rappelle à ses fautes, une sorte de décompte qui fait « tic, tac ». Stanton a beau fuir, mais tôt ou tard il devra se confronter aux conséquences de ses actes. C’est aux côtés de Jahir et d’Athénaïs qu’il apprendra d’autres valeurs, que le « nous » est plus fort que le « je », en espérant qu’à la fin, au moment de faire un choix définitif il s’en souviendra. C’est sur ce dernier point que j’avais le plus tiqué. Ne sachant pas si Jack avait choisi la réalité ou une douce matrice où tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil.

La version intégrale apporte un regard plus clair, preuve que l’œuvre est sans cesse retravaillée, car elle bénéficie de 2 pages supplémentaires dans la dernière partie (non présentes dans l’édition simple) qui en ce qui me concerne m’ont aidé à mieux saisir le choix définitif de Stanton et sur ce qu’est la sphère : un théâtre illusoire. Quant au pourquoi du comment sur d’autres aspects de l’intrigue, j’imagine qu’elles doivent demeurer un mystère. Certaines explications, si elles en ont, appartiennent à l’auteur. Il n’est pas toujours bon de tout révéler. Vous vouliez connaître l’histoire du space jockey dans Alien, Prometheus vous a-t-il satisfait ? Vous voulez un spin off sur la jeunesse de Yoda vous ?

Pour évoquer un peu les graphismes de la série, bah, que dire ? J’ai découvert Lauffray grâce à Prophet (gros fan de Xavier Dorison à la base) et j’ai de suite accroché à son style fortement influencé par les comics US, son découpage notamment qui « déborde » des cases. Et puis surtout son imagination assez stupéfiante. Rien que sur Prophet : le Hurleur, les Titans, les humanoïdes mutants, le démon rouge, les dessins en pleine pages, cet encrage puissant… c’est juste beau quoi. Les graphismes sont aussi un témoignage de l’évolution graphique de son auteur, il suffit juste de regarder pour constater qu’entre le tome 1 et le 3 il y a du changement. Et qu’entre le 3 et le 4, là c’est un fossé qui les séparent. Il faut dire que Patrick Pion ainsi qu’Eric Henninot ont beaucoup aidé sur ce dernier. D’ailleurs une remarque concernant l’intégrale qui ne reprend pas la page d’ouverture du premier chapitre du tome 2, où Jack marche en plein Manhattan Square façon Je suis une Légende, la page avec le logo de Coca Cola. Pourquoi putain ?! Why ?! Elle était magnifique cette page ! On rajoute deux pages mais on en supprime une, allez comprendre…

En conclusion Prophet fait partie de ces œuvres dures mais absorbantes, de celles qui donnent du grain à moudre à ces lecteurs. Typiquement ce que j’aime si en plus la qualité visuelle rentre dans mes clous. Je l’ai lu, relu à chaque nouvelle sortie, puis re-relu avec l’intégrale, et à chaque fois je l’apprécie davantage.

Nom série  Sept voleurs  posté le 22/08/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 3/5 (Pas mal)
David Chauvel est le créateur de la collection « Sept » chez Delcourt, il était donc logique qu’il veuille lui aussi apposer sa griffe à la série, et toujours accompagné par Jérôme Lereculey au dessin. J’avais dit dans mon avis sur Wollodrïn (autre série du tandem Chauvel / Lereculey) que le scénariste y avait voulu faire son Seigneur des Anneaux, un pari réussi.

Sept Voleurs est également un récit heroic fantasy, normal puisqu’on est dans le même univers que Wollodrïn et qu’on y retrouve certains personnages du premier diptyque. On peut considérer ce one shot à la fois comme un prélude à celui-ci, Ivarr l’archer alcoolique et son compère Ebrinh le semi-orc serrurier y sont introduits, et à la fois comme un « brouillon » si je puis dire, ou une sorte d’essai expérimental (ce qui ne diminue en rien les exigences des auteurs).

Brouillon car le dessin de Jérôme Lereculey, bien qu’agréable, est néanmoins éloigné de la qualité qu’atteint la série Wollodrïn dès son premier arc. Les couleurs non plus ne sont pas les mêmes et sont un ou deux tons en-dessous. Cela témoigne tout de même de l’étoffe de cet artiste qui ne cesse de s’améliorer album après album. L’intrigue se montre simple, efficace, mais peut être un peu trop simple justement et pas suffisamment étoffé ou complexe pour emporter l’adhésion du lecteur. C’est peut-être la raison pour laquelle Chauvel optera pour le choix plus raisonnable d’une construction en deux parties pour Wollodrïn.

Donc voilà, Sept Voleurs fait son job de divertissement, Chauvel y case son Nazgul, son Arken Stone, ses mines de la Moria et son pont suspendu, ses longues marches en file indienne, sa communauté hétéroclite, son dragon, mais c’est sans plus pour moi. Une lecture intéressante pour les amoureux de Wollodrïn, qui peut justifier un achat.

Nom série  Sept Missionnaires  posté le 21/08/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
J’ai bien apprécié cette lecture de Sept Missionnaires. À une histoire traitant de foi et de christianisation, ce n’est pas un moindre hommage que d’avoir fait appel à Alain Ayroles, le scénariste du très culte De Cape et de Crocs, et qui offre ici un récit plein d’ironie mordante, une pique un brin méchante sur les religions avec ce qu’il faut d’humour et de dérision pour que cela ne fâche personne. L’exercice du stand alone est périlleux, plus d’un s’y sont cassés les dents, mais j’ai trouvé la gestion du rythme et l’enchaînement des passages parfaitement maîtrisés, il y a ici une belle entente entre les auteurs.

Assez sympathique, le début ainsi que la présentation des protagonistes est on ne peut plus picaresque et m’a rappelé aux bagarres de gaulois dans Astérix (et l'illustration de couverture représentant une enluminure de ces 7 "Saints" me fait penser aux Dalton). En plus du contexte historique très intéressant en soi (les invasions au IXème siècle), toute la sève du récit réside dans le temps fort où nos sept missionnaires vont contre toute attente, et à l'insu de leur plein gré, réussir cette mission impossible. C’est là que j’ai trouvé l’histoire brillamment cynique, car ce n’est pas par leur piété ni leur passion que ces indécrottables pêcheurs convertiront les païens, mais plus ou moins involontairement par une série d’heureux hasards où chacun aura l’occasion de montrer sa principale qualité, pourtant considérée comme un pêché par l’Église.

L’un est cupide et fort bon négociant (encore un pêché), un autre n’est que colère et les berserkers imposent le respect parmi ces guerriers ; un autre n’est que tristesse (c’est l’acédie en fait mais réduit au concept de tristesse pour une meilleure compréhension du public) et touchera ces âmes brutales de par sa musique, mode pupilles humides et dilatées façon Chat Botté dans Shrek ; un autre est un dépravé qui gagnera le faible sexe à sa cause ; le gourmand remplira les estomacs des gaillards grâce à ses connaissances gastronomiques, tandis que l’orgueilleux et l’envieux qui se suivent joueront un rôle dans la mécanique des péripéties. Ce sont de simples hommes qui parlent à d’autres hommes tout aussi normaux qu’eux. Égoïstes, petits, individualistes, bas, leur principal défaut condamné par l’Église se révélera finalement une aptitude qui sauvera leur peau. Et moi je trouve ça plutôt drôle comme message railleur.

Le dessin de Luigi Critone est assez plaisant même si ce n’est pas ce vers quoi je me dirige en premier. Il est cependant bien à propos avec les trognes des moines qui concordent avec leur pêché respectif, leurs expressions faciales limites caricaturales sont un vrai régal lorsqu’ils se balancent des fions entre eux. Décalage intelligent par rapport au sérieux de l’Ordre ou des « fomoirés ». Un dessin sublimé par les couleurs de Lorenzo Pieri qui offre un véritable feu d’artifice et apporte gaieté et bonne humeur à ce codex qui n’en manque pourtant pas (même si c’est dramatique quand il le faut). Un vrai contraste par rapport à l’apparente austérité des syndiqués de la religion.

« Qu’il est bon d’être apostat » pourrait être la morale de cette hasardeuse croisade.

Nom série  La Hache du Pouvoir  posté le 22/06/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Non
Note Note: 3/5 (Pas mal)
Un album qui se révèle ma foi plaisant à lire pour les connaisseurs de la fantasy capables de le replacer dans le contexte de son époque. Il faut savoir qu’en 1997 le genre était moribond en France, on voyait progressivement sortir du lot des écrivains français comme Pierre Grimbert ou Fabrice Colin, mais dans le 9ème Art, à part Lanfeust de Troy qui apportait de la fraîcheur, on restait dans les clichés usuels. La Hache du Pouvoir fait partie de la collection Terres de Légendes des éditions Delcourt qui a donné un nouvel essor à un genre à bout de souffle avec notamment des œuvres remarquées comme "(le) Serment de l’Ambre", "(la) Nef des Fous", Vauriens ou encore "(le) Coeur de Sang" du présent duo de scénaristes Isabelle Mercier – Roger Seiter.

Alors oui La Hache du Pouvoir est une série abandonnée, défaut majeur qui rebute à la lecture. Problème qui n’arrange pas ses affaires car il apparaît évident après lecture que ce premier tome intitulé Le Prince Guerrier est avant tout introductif, passage obligé du placement des pièces sur l’échiquier. Peut-être que 3 ou 4 albums était prévus car on sent que les auteurs cherchent à tendre vers le récit épique au final « Ragnarökest ». Il y a bien quelques scènes d’action distillées au compte goutte mais à bien y réfléchir, elles ne servent pour la plupart à rien dans la construction de l’intrigue et ne sont là que pour faire office de colmatage : le vol du miroir magique par Loki est un MacGuffin qui ne fait en rien avancer le schmilblick (pas de vol, pas de bataille contre les Trolls, pas de rencontre opportune entre le prince Sigvid et la dame Katla). Le meurtre du noble Gudrodr est aussi un MacGuffin qui ne fait que rendre la sous-intrigue complotiste plus absconse (pas de duel, pas de bannissement pour Sigvid, pas de plan machiavélique foireux de Baldur). Voilà, le récit fonctionne trop sur le « coup de bol » en série qui fait que de fil en aiguille les protagonistes finissent par se rejoindre. Pourquoi Sigvid décide-t-il de se faire mercenaire et combattre dans les arènes ? Parce que.

A la liste des tares j’y ajouterai le style assez ampoulé des dialogues que je trouve à titre personnel un brin ringard. Les ponctuations à base de « je suis las » ou « maudit ! » donnent un côté précieux qui ne convient pas à mon sens à la tonalité du récit. Parmi les pièces à conviction, les clichés habituels des auteurs de fantasy de l’époque qui ne peuvent pas s’empêcher de dégotter des noms sortis d’un catalogue Ikéa : « La Hache de Pouvoir Bolöx du roi-sorcier Gizwor-le-Puissant dernier des Marhs ». Erf…

Ceci étant dit, passons aux aspects positifs ! La Hache du Pouvoir est une histoire de fantasy puisant et s’appropriant les récits de la mythologie scandinave. Le genre est finalement assez inclassable, avec des tendances au récit grandiose et épique à la Poul Anderson sur l’Épée Brisée (roman de fantasy culte entre Tolkien et Howard), sans renier pour autant l’héritage howardien. Anderson pour son appropriation des différents mondes d’Asgard à Hellheim en passant par Midgard, ils y sont tous, ainsi que les différentes races qui les peuples : nains, humains, trolls, dieux et elfes sont de la partie. Et puis, récit classique du Héros au mille visages, il y a l’objet magique, objet de toutes les convoitises, « un anneau pour les gouverner tous… et dans les ténèbres les lier » ^^, représenté ici par une hache aux pouvoirs surnaturels. Verra-t-on l’alliance maudite des nains et des géants revanchards contre celle des hommes, des elfes et des Ases ? Malheureusement on ne le saura(on) jamais.

Mais à côté de ça, il n’y a pas d’identité visuelle, j’ai eu cette impression de pot-pourri brassant différents costumes, différentes architectures, il y a comme un souffle barbare et archaïque qui se dégage de ce monde ancien. C’est très proche de l'esprit de Robert E. Howard et de ce que ce dernier faisait sur Conan ou Kull. Par exemple le prince Sigvid est un nain du Svartalfaheim mais il possède plus des allures de prince barbare elfique. Si on y ajoute les passages d’action un peu bourrin, la psychologie un peu bas étage, les mâles aux muscles atrophiés, les jolies pépés en petites tenues, la chasse aux anciennes reliques (début inspiré par l’intro du premier jeu vidéo Tomb Raider ? ) La Hache du Pouvoir apparaît comme une pure série Sword & Sorcery.

J’ai apprécié les dessins de Frédéric Pillot, un peu dans la lignée du tome 1 du Serment de l’Ambre de Mathieu Lauffray avec un encrage solide, des dessins plutôt inspirés et bien trouvés cependant que je les ai trouvé confus et brouillons dans les passages avec de l’action. Les couleurs ne sont pas en reste, c’est du bon boulot soigné. Je regrette l’absence de dessin en pleine page ou double page qui auraient pu faire pencher un peu la balance. J’aime bien au passage l’idée des armes en « éternyl » qui donnent un côté sabre laser dans Star Wars. Plutôt cool. Apprécié également que le dessinateur arrive avec sa propre vision du peuple nain, et non pas le pompage habituel des illustrations d’Alan Lee utilisées sur Le Seigneur des Anneaux. Les nains peuvent être perçus autrement qu’avec l’imagerie tolkienienne bon sang ! Merci au dessinateur pour ça.

Des regrets donc, ce n’est pas si mauvais que certains le disent, en lui donnant sa chance je suis sûr qu’il y avait quelque chose à en tirer.

Nom série  Judge Dredd - Origines  posté le 01/06/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Non
Note Note: 2/5 (Bof, sans plus)
Je plaide coupable. Je suis très déçu par ces tentatives d’éclaircissement sur l’origine de la création de ce corps totalitaire des juges-bourreaux, des origines de Dredd lui-même, ainsi que de l’édification de méga-cités isolées de l’atmosphère toxique du monde ravagé par la guerre totale. Je n’avais jamais lu auparavant d’histoires originales du personnage créé par John Wagner et Carlos Ezquerra bien que celui-ci me fascine depuis que j’ai visionné le film de 1995 avec Sylvester Stallone dans le rôle éponyme (« La Loi c’est moi ! » tout ça...). D’ailleurs, ce comics reprend pas mal d’idées et de personnages aperçus dans le film, comme ça je n’étais pas totalement perdu en terre inconnue.

Néanmoins un des défauts du scénario est qu’il s’adresse à un public plus ou moins connaisseur à la base. Je me mets à place d’un lecteur ne connaissant rien à l’univers et je me dis que la lecture doit être plutôt ardue du fait que Wagner n’y va pas avec des pincettes et évoque très vite des références passées : que le juge Fargo est le père génétique de Dredd, que Rico est son clone et qu’il a été jugé par celui-ci, etc. D’un autre côté avec une histoire ayant pour titre « Origines » on s’adresse plutôt à un public de fans…

Je l’ai surtout lu pour le dessin de Kev Walker qui a un côté Mike Mignola dans son style et qui me plaît bien. Dommage qu’il ne dessine qu’un tiers du bouquin mais je vais y venir… Bien aimé cette première partie de Walker avec un scénar très polar et course-poursuite avec un Dredd enquêteur qui ne lâche pas les suspects d’un meurtre, comme un clébard et son os à ronger. Du coup je ne comprends pas bien pourquoi Kev Walker s’est fait évincé de la suite puisqu’il s’agit ni plus ni moins de la même histoire : le juge suprême Fargo, initiateur du corps des Judges, prétendument décédé depuis des années, serait peut-être en vie mais retenu en otage dans les terres désolées où ses geôliers réclament une rançon d’un milliard.

Le seconde partie met donc en scène Dredd et plusieurs juges montant une expédition pour secourir Fargo ou au moins voir ce qu’il en est, et coupée de flash back sur la politique des USA ayant conduit à ce que vous savez ainsi que les années de formation de Dredd et Rico . Honnêtement j’ai lu le reste en diagonal. Parce que je trouve le dessin d’Ezquerra hyper moche, du comics sans âme et daté. Et puis ces couleurs… ces aplats fluo à l’informatique vraiment dégueu… insupportable visuellement. Quant aux explications, elles sont décevantes comme je l’ai annoncé. Je ne m’attendais pas à quelque chose d’aussi simple et d’une banalité à la limite du cliché. Je m’imaginais autre chose, il y avait moyen d’imaginé un truc plus « excitant ». Pas lu les tomes suivants dessinés par le même Ezquerra et d'autres.

Pour moi le meilleur des Dredd au final c’est bien celui campé par le taciturne Karl Urban dans le sobrement intitulé « Dredd ». Un direct-to-DVD franchement bien lui.

Nom série  Dragon Ball Super  posté le 05/04/2017 Modifier cet avis Achat conseillé ? Non
Note Note: 2/5 (Bof, sans plus)
Je n’étais pas emballé à l’annonce d’une suite à Dragon Ball Z (DBZ) car toujours un peu traumatisé par le naufrage Dragon Ball GT (DBGT). Plus de 20 ans après la fin du manga original, force est de reconnaître que Dragon Ball (DB) suscite toujours autant les passions et demeure le summum de la culture japanime tant chez les fans des débuts que parmi les jeunes générations. C’est là la force des grandes histoires que de perdurer à travers les époques et d’une certaine façon, dans un monde où on presse comme des citrons les-dites œuvres tant qu’elles peuvent rapporter du capital à la société possédant les droits d’exploitations (exemple avec Star Wars…), avec la coopération d’un auteur ayant vendu son âme à Mammon depuis belle lurette, l’éclosion d’une suite intitulée Dragon Ball Super (DBS) me paraissait inéluctable (même si la responsabilité de Toriyama dans les projets GT, Evolution et maintenant Super est à examiner avec des pincettes).

J’ai fait un peu l’autruche au début, visionnant sur le tard les deux films annonciateurs de la série télé que sont Battle of Gods puis Resurection of Freezer, ceux-ci ayant été par la suite refondu dans la série télé en tant que chapitres un et deux. Au final j’avais trouvé cela pas mal sans plus, les techniques graphiques ne sont plus les mêmes qu’autrefois et même s’il est impressionnant de voir Son Goku se fritter en 3D, on a pu déplorer un design guère alléchant voir carrément bâclé sur certaines séquences. La curiosité s’arrêtait là. J’ai regardé cela de la même façon que DBGT comme une œuvre de fan-service commercialisable, mais pour moi il était clair que DB s’arrêtait au manga de Toriyama. La différence entre DBGT et DBS est que j’ai lu par la suite que Toriyama était apparemment très impliqué (selon les infos officielles) dans le processus de création de DBS. Il est en effet crédité comme scénariste et concepteur graphique de certains nouveaux personnages, toute la différence avec un produit essentiellement commercial comme DBGT où il n’était en rien impliqué.

C’est là que se situe l’arnaque car il faut bien comprendre une chose : le manga DBS n’est pas le média de base et sert d’outil promotionnel à la série télé dont les épisodes sont diffusés avant la publication papier. C’est une astuce publicitaire de mettre en gros sur le manga « Akira Toriyama » en tant que scénariste, le lecteur-consommateur a cette impression d’avoir un truc authentique créé par le mangaka alors qu’en réalité, qu’elle est sa part de travail dans le processus de création de la série ? N’étant pas dans le secret des kaïoshins, nul ne le sait vraiment, mais il y a fort à parier et plusieurs sources en attestent (c’est un secret de polichinelle en réalité), que les vrais scénaristes sont ceux de la Toei Animation, qui font selon leur bon vouloir. Certes Toriyama a participé au storyboard de Battle of Gods et a fourni quelques dessins mais la collaboration n’irait guère plus loin. Pour donner du crédit au projet on fait confiance à un brillant imitateur de Toriyama en roue libre, le mangaka Toyotaro qui est un fan à l’origine paraît-il. Cela se voit, on jurerait le style graphique de l’empereur sans couronne, quoiqu’il demeure un ton en-dessous, ayant remarqué plusieurs erreurs de proportion et certaines approximations, choses que je ne voyais jamais dans DB.

Ce préambule, que je juge nécessaire pour savoir dans quoi on met les pieds, fait, reste à savoir tout de même si c’est vraiment bien DBS ? Pour moi la réponse est clair, c’est un « iya » (non). Certes, comme je l’ai mentionné plus haut le dessin de Toyotaro (et de ses assistants) est satisfaisant dans l’ensemble. D’accord le chara-design des nouveaux venus Beerus et Whis est une réussite. Le problème ne vient pas du dessin mais bien du scénario :
Je pense que tout le monde est à peu près d’accord pour dire qu’à la fin DB allait trop loin dans le « grobillisme » avec ces super saiyans destructeurs de mondes et de systèmes entiers. On percevait d’ailleurs chez Toriyama une volonté de renouer avec ses premiers amours et l’humour scatologique-enfantin au travers des deux gamins surdoués Trunks, Goten, et du djinn Boo. Bref, il était tant que cela s’arrête et l’épilogue émouvant où Goku prenait sous son aile le jeune indien Oob, réincarnation de Boo, offrait une conclusion à la hauteur du mythe, pleine d’espoir en un monde meilleur. Cependant le gentil Oob vous pouvez déjà l’oublier dans DBS qui commence quelques mois après la fin de DB. DBS s’ouvre sur une incohérence en lien avec l’épilogue de DB, ce qui n’est pas très bon signe… Ce que je reproche en fait à DBS c’est d’aller encore plus loin dans la surenchère et le grosbillisme alors que les fans avaient dit « stop ». DBGT c’était naze, mais au moins je comprenais la démarche du premier arc de tenter de renouer avec la nostalgie des débuts en repartant pour une chasse aux boules de cristal à l’échelle galactique avec un Goku rajeuni. Ensuite ça a sérieusement déconné mais au moins l’objectif était honnête.

DBS c'est une physionomie opposée à DBGT mais toujours aussi mal foutu. On se foutait de la gueule de Goku super saiyan 4 et du singe géant doré mais que dire de DBS et de son saiyan god (saiyan rouge) et de son super saiyan god (super saiyan bleu) ?! On se foutait de la gueule du retour de C-17 en Super C-17, mais que dire dans ce cas du retour du retour de Freezer ? Et je ne vous parle pas du retour du retour de Trunks du futur qui a encore des emmerdes dans une réalité alternative. Nous avions le Tout-Puissant et le démon Piccolo maîtres sur Terre, puis les Kaïos gardiens des 4 galaxies, puis les Kaïoshin maîtres de l’univers. Maintenant il y a les dieux de la destruction subordonnés par des « anges » dans 12 univers clones coiffés par le roi du cosmos. Non mais jusqu’où iront-ils ? Qu’elle est la prochaine étape ? Son Goku et Végéta rivalisant avec le roi du cosmos puis plus tard un Dragon Ball Méga où on apprendra qu’il existe 11 dimensions avec des créatures plus balèzes qu’eux ?

Finalement le plus navrant ce n’est pas que DBS n’apporte rien de neuf et qu’il s’enfonce un peu plus à chaque fois dans la démesure. Le pire étant qu’il se révèle fade, paresseux, d’un conformisme désespérant. Je prends de l’avance sur le T1 car j’ai lu la suite déjà parue au Japon et on n’échappera pas au fameux Tenkaïchi Budokai qui m’avait tellement enchanté plus jeune. Sauf que même à l’échelle galactique les combattants (et les combats!) sont pathétiques, lassant, l’humour tombe à plat, les enjeux sont dérisoires donc difficiles à rendre passionnant. Cela ne vole guère plus haut qu’une fan-fiction style Dragon Ball Multiverse (que je respecte parce que cela reste de l’amateurisme et un projet de potes).

Il y aura bien quelques sursauts et arcs intéressants à venir, j’en conviens, mais il ressort de tout-ceci une impression d’inutilité. DBS est à l’image de ses nouveaux bag guy comme Freezer doré, c’est la transformation de trop, et à l’image du djinn Boo je me dis que DB aurait dû demeurer prisonnier dans son cocon, figé pour l’éternité.

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