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... a posté 424 avis et 47 séries (Note moyenne: 3.29)

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Nom série  Paf et Hencule  posté le 29/01/2012 Modifier cet avis Achat conseillé ? Non
Note Note: 1/5 (Vraiment pas aimé !)
Bienvenue dans le monde bouleversant de Paf & Hencule dont les inénarrables aventures initialement parues en blog sont compilées dans ce recueil intégral incluant une préface de Bastien Vives et une aventure inédite de Satin et Miloutre...

Et après ? Est-ce bien cela le merveilleux bouquin trash interdit par la censure que tout le monde s'arrache et qui fait rire les esprits les plus pervers ?

Mouais, si on passe sur le dessin d'une rare laideur et sans aucun intérêt, ces strips de 3 cases peuvent éventuellement prêter à sourire mais pour un truc subversif et se voulant choquant, on repassera !

Quitte à lire du trash de qualité autant se tourner ver les oeuvres de Vuillemin ou de Winshluss avec Pat Boon en mémoire.

Disons que le mérite réside que ça peut se laisser lire pour passer le temps mais ça n'ira guère plus loin.

Ni aussi choquant que prétendu ni aussi drôle que prévu, Pat & Hencule se distingue par un dessin aussi maitrisé que les gravures que je réalisais en 4ème sur mon banc et qui m'ont valu une exclusion d'une journée !!!

La préface de Bastien Vivès m'a surtout donné envie de lire Polina pour son trait si particulier. En dehors de cela, ben tant mieux si ça plait grâce à l'étiquette d’œuvre soi disant censurée !

Bon bref suivant !

Nom série  Medina  posté le 08/05/2011 (dernière MAJ le 18/01/2012) Modifier cet avis Achat conseillé ? Non
Note Note: 2/5 (Bof, sans plus)
Cela fait déjà un petit bout de temps que je lorgne sur les oeuvres de Yacine Elghorri.
J'avoue ne pas être totalement indifférent à son style de dessins au trait gras légèrement nippon (ni mauvais ) bref on peut ne pas apprécier mais il faut reconnaître que son style est inimitable.
J'ai beau connaître un peu les oeuvres de Moebius et d'Otomo, je n'ai nul besoin d'en faire la comparaison. Pour sur ce jeune dessinateur est peut être loin encore d'en égaler leurs talents respectifs mais c'est plutôt du coté du scénario et des influences que les références science fiction s'accumulent.

Surement un peu trop d'ailleurs... mais Jean Dufaux s'en explique dans sa longue préface, préférant surement prévenir le lecteur abusé que de lui laisser entrevoir une quelconque supercherie ou contrefaçon... Pour lui Medina constitue une récréation où l'action est privilégiée au réalisme ou aux dialogues. Je ne vais pas contrarier ce monsieur d'autant plus que je n'ai à ma connaissance lu aucune des autres bds nées de sa plume...

Car de quoi Medina parle au juste ? De poncifs battus et rabattus dans le petit monde de la SF guerrière... En gros une ville justement nommée Medina représente le fort Alamo des derniers remparts de l'humanité face à l'attaque de Drax, des gros vilains pas beaux pouvant infecter et métamorphoser leurs ennemis...

Une femme enceinte et engrossée par Boso le clown euh Boso 1 pardon le chef des méchants que personne n'a encore vu (peut être même pas les auteurs ) va devenir l'enjeu des deux parties....

Problème : elle est faite prisonnière par les humains dans Medina encerclée de toutes parts par les Drax !

Si ces quelques lignes difficiles à déchiffrer et le dessin de Elghorri vous plaisent, alors foncez ! Voici une oeuvre de pur divertissement qui ne vous décevra pas.

Par contre si vous êtes plutôt du style blasé et que vous cherchez une oeuvre originale, alors il faudra en faire hélas l'impasse... Les clins d'oeil à Starship Troopers sont énormes (l'auteur fait réellement constamment du pied pour nous les faire remarquer) et la filiation graphique entre les Drax et une bestiole célèbre du peintre H.R Giger peuvent décevoir...

J'aurais fortement apprécié une empreinte personnelle un peu plus poussée que l'utilisation systématique de ces deux classiques instantanés du cinéma Dark Sci-Fi comme on dit même si Yacine Elghorri est avant tout un storyboarder de qualité issu du cinéma.

Cela étant, son empreinte graphique n'est pas mal du tout même si les décors sont souvent sacrifiés au profit d'un découpage lisible mais peu audacieux.

Justement, cette bd manque d'audace et si le tout se lit sans aucun déplaisir (bien au contraire), il lui manque une petite intrigue pour que l'ensemble décolle réellement.

Au final on a la sensation d'avoir lu un premier tome qui ne décolle pas vraiment tout en se prenant au sérieux.
J'espère que le second tome va faire décoller l'ensemble de façon significative car la série déjà annoncée en trois tomes préfigure à mon avis (mais je suis un grand naïf à l'aube de mes quarante balais) que les auteurs savent parfaitement où ils vont...

J'espère réviser complètement cette critique par la suite avec les suites mais si suite il y a, ces suites devront faire ensuite une rupture avec les œuvres dont elle s'inspire, vous suivez ?

Pour l'heure et ça me fait de la peine de le constater également mais je ne peux que suivre l'avis de Miranda... Espérons néanmoins que ce premier volume ne restera pas orphelin en cas d'échec commercial mais malgré l'existence d'une édition spéciale enrichie de quelques pages d'essais graphiques, difficile de vous en recommander l'achat mais une lecture par emprunt reste largement envisageable.

Il y a avec Under ou Cryozone bien mieux dans le même genre balisé.

MAJ TOME 2 :

Pour moi aussi la série s'arrête ici. Je n'ai fait que feuilleter ce second tome et ce que je redoutais semble se poursuivre avec un environnement identique et des avis lus ici et là ne me poussant pas à investir dans la suite dont les évènements ont l'air de se répéter inutilement.

Etant donné que l'intérêt initial n'était déjà pas énorme je préfère me tourner vers une série comme Factory du même auteur plutôt que cette bluette peu captivante tout en n'écartant pas un retour vers l'achat si la conclusion du troisième et dernier tome serait à la hauteur mais à priori les miracles n'existent pas...

Nom série  Sang Royal  posté le 16/01/2012 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 3/5 (Pas mal)
Sacré Jodo, il vient de nous pondre cette fois un condensé de toute son œuvre, une sorte de Reader’s Digest qui n’aurait conservé que les extrêmes de son écriture à savoir les troubles incestueux de Borgia, les mutilations des Métabarons, la violence trash de Juan Solo tout en laissant de coté également malheureusement l’humour et la poésie de son œuvre principale, L’Incal.

Porté par le dessin sombre et pictural d’un dessinateur qui ne devrait pas rester inconnu, ce dyptique dont la fin laisse néanmoins présager une suite attendue est bancal d’un bout à l’autre.
Et pourtant le bougre arrive encore à captiver son lectorat, au moins le temps d’une première lecture, le laissant stupéfait par tant de talent mélangé avec des facilités étonnantes pour un auteur de ce calibre.

En gros, l’histoire se déroule sur une terre inconnue, dans des contrées inconnues avec des enjeux empiriques inconnus. Le détail qui était parfois trop envahissant dans le monde de l’Incal et de toutes ses séries dérivées est ici réduit à peau de chagrin.

D’ailleurs on ne s’embarrasse pas de détails en allant droit au but. Passé un début de bataille entre deux armées de fantassins et de cavaliers dont la barbarie égale la beauté de certaines cases ressemblant à des tableaux baroques, le roi blessé laisse son armure et son identité à son cousin dans l’attente de se refaire une santé et de porter les troupes vers la victoire. Ce dernier profite de l’occasion pour faire volte face et usurper son identité, son pouvoir ainsi que les faveurs de la reine tout en laissant le véritable sire à l’agonie…

Mais ce dernier va se soigner et recouvrer la mémoire… Tout n’est qu’une question de temps afin de récupérer tout ce qu’il a perdu…. Et bien sur avec Jodorowsky on ne va pas passer au travers de situations scabreuses voire totalement ridicules « Plante ton dard dans mon trou » peut faire office d’une réplique culte et complètement hors contexte dont on se souviendra encore longtemps dans les mémoires de bédéphile !

Ce qui est agaçant par contre c’est la facilité avec laquelle Jodo rend presque légitime toutes ces relations incestueuses mais loin de me choquer comme je le craignais initialement, tout est tellement gros et exagéré que la pilule passe aussi aisément que toutes les autres ficelles d’un scénario chaotique et rapide qui ne s’embarrasse pas des préjugés et défonce tout avec la grâce d’un éléphant sur de la porcelaine.

Le second tome s’affranchit dès lors de toutes les constructions narratives, temporelles et logiques en osant emprunter des raccourcis que même un débutant n’aurait oser imaginer…

Adepte de la planète « Jodo », je dois m’excuser de ce qui va suivre concernant mon avis formel sur cette œuvre complètement à l’ouest et écrite par un vieillard sénile et dépravé qui capitalise essentiellement sur le capital sympathie due à ses anciennes œuvres MAIS j’avoue avoir eu un plaisir coupable à lire tant d’aberrations sur un panel de personnages tous des plus dégueulasses d’un bout à l’autre et portés par des dessins aussi figés que magnifiques et détaillés. Dongzi Liu est donc la vraie découverte mais Jodo a toujours su s’entourer de dessinateurs au talent indiscutable.

Le dessin est réellement le point fort mais il faut reconnaitre un certain talent à Jodo pour maintenir un rythme quasi constant et donner le gout de tourner les pages. C’est paradoxal mais pour peu que l’on soit rompu au style mystico-porno-cradingue de l’auteur alors Sang Royal en est une synthèse courte et pas forcément si désagréable mais mieux vaut en rire et recommander la lecture de L’Incal pour toute personne non initiée…

Nom série  Le Déclic  posté le 13/01/2012 Modifier cet avis Achat conseillé ? Non
Note Note: 1/5 (Vraiment pas aimé !)
Bienvenue dans le monde merveilleux de Manara où les femmes sont toutes merveilleusement calibrées, n’ont aucun défaut physique et sont toutes de sacrées salopes.

Bienvenue dans le monde merveilleux du Déclic, proclamé comme le chef-d'œuvre de Manara où l’histoire a priori affriolante et délicatement scandaleuse (un dispositif permet à un homme d’exciter sa bonne femme bonne au doigt et à l’œil) utilise tous les artifices et situations afin de placer la demoiselle principale dans l’embarras…

Ça pourrait être fantastique mais Manara ne sait faire que du Manara, ah oui le bougre dessine bien et il le sait mais ses dessins sont -inversement aux attentes de son lectorat- complètement inexpressifs au possible et il n’y a rien de fichtrement bandant dans cette imagerie datée d’Epinal tant j’ai la sensation de voir deux mannequins d’une vitrine Tati se grimper dessus !

Un comble pour une œuvre qui se veut sensuelle ! Manara semble toujours osciller entre deux pôles, son œuvre ne va pas assez loin dans le délire ou le désir et c’est un récit plutôt timide tel qu’on pouvait le lire en cachette dans l’Echo des Savanes des années 80 « whouah t’as vu le Manara ? Oh viiiii c’est trop bon ses bd de cul ! »

D'ailleurs là est le problème, voici un auteur reconnu davantage par son nom et sa facilité à dessiner des bombes parfaites que tout le monde en oublie jusqu'au nom de ses propres oeuvres !

Youpi ! Sauf qu’à l’époque actuelle les mœurs ont évolué et que d’autres bds érotiques antérieures n’ont pas si mal vieilli que cela (je pense notamment aux 110 pilules de Magnus paru aussi dans l’Echo).

Le Déclic sent terriblement la naphtaline des années 80 et de l’époque du «ticket chic, ticket choc » avec un scénario dont ne voudrait même plus M6 pour ses téléfilms érotiques.

Et on annonce cette série comme étant le chef d’œuvre de cet auteur ? Ce n’est même pas ça le plus drôle dans tout ça, non le plus drôle c’est que Le Déclic a eu droit à trois suites ou plutôt trois photocopies avec le même calque ou fil narratif !

Nul doute que Manara a son public et que ses dessins peuvent plaire mais il ne m’a pas touché. Le monsieur aurait dû en rester à l’illustration plutôt que de faire gesticuler artificiellement ses personnages… Dommage.

Nom série  Green Manor  posté le 13/01/2012 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 3/5 (Pas mal)
Belle initiative au départ que cette idée agréable de vouloir recréer une ambiance victorienne calquée sur les activités traumatisantes de l’inépuisable Jack l’Eventreur.

C’est pourtant sur une ambiance feutrée, celle du club de gentlemen, Green Manor, que des événements sordides vont nous être narrés. Mais qui dit sordide ne veut pas dire malsain pour une fois car Fabien Velhmann prend le parti pris de raconter des petites histoires de meurtre sur un ton léger voire enjoué dans un style pouvant rappeler la Quatrième Dimension, le fantastique en moins.

Ce Green Manor sera donc le point de départ de protagonistes à chaque fois différents et pris au cœur d’une histoire de meurtre au canevas non résolu et dont chaque conclusion constitue le fil d’orgue du mécanisme. On peut à la fois s’en amuser ou rester sur sa faim mais chaque historiette (d’une moyenne de 6 pages environ) se laisse lire sans déplaisir.

Si on rajoute à l’ensemble des dessins sympas et plutôt jolis dans la grande tradition de l’école franco-belge on obtient un résultat élégant qui respecte l’ambiance ciblée à la perfection. Le seul reproche formulé à cette jolie mécanique est que je suis resté parfois sur ma faim avec un résultat panaché, d’histoires inédites à d’autres bien plus banales.


La récente compilation des trois premiers tomes en un ouvrage magnifique permet d’en faire un beau cadeau qui plaira au plus grand nombre et pour un grand public mais cela manque peut être parfois de l’audace nécessaire qui aurait pu en faire un titre culte…

La lecture à la suite provoque davantage l’ennui que l’addiction aussi je vous recommande vivement de savourer ce cadavre exquis à l’anglaise en prenant votre temps telle une friandise dont il ne faut pas abuser afin d’en conserver toutes les arômes.

Nom série  The Grocery  posté le 12/01/2012 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Curieux des productions Ankama, The Grocery a fait dès sa sortie office d’OLMI, objet littéraire mal identifié.
Car si Singelin ne m’avait guère impressionné avec l’opus le plus faiblard des trois histoires de Doggybags, son cursus et son univers ne m’étaient pas pour autant étrangers.

Le fait de traiter un thème que j’affectionne par ailleurs sur d’autres médias comme le cinéma ou le petit écran par le biais d’une œuvre bigarrée avec des êtres tordus en guise de métaphore sur les guerres de quartiers populaires est suffisamment intriguant pour en faire l’impasse.

Comme rapporté par Spooky dans son excellent avis à lire ci-dessous, il ne faut pas se fier au style faussement naïf et enfantin des dessins qui portent le scénario de cette chronique prévue en 3 tomes sous un éclairage nouveau et inédit.

The Grocery du titre c’est la petite épicerie d’un quartier d’une cité américaine où se côtoient jeunes dealers et clodos spirituels. Un peu le centre d’un nulle part, dernier rempart social d’une communauté en sursis dont Elliott fera le trait d’union sans être non plus forcément le héros unique de cette chronique.

Elliott, c’est le fils de l’épicier justement. Son petit gabarit et sa récente arrivée dans le quartier ne l’empêcheront pas de se créer rapidement des amis grâce à sa gouaille et à sa bonne humeur ambiante, un peu le « boy next door » que tout le monde aimerait avoir comme voisin.

Il est cultivé et pourrait aussi très bien se contenter de ses bons résultats scolaires mais l’appel de la rue et de ses facilités ne le prive pas de quelques magouilles en bande avec Lefty, Sixteen et les autres copains du quartier.

Puis il y a aussi cet ex G.I. revenu de la guerre du Koweït pour y retrouver un monde qu’il ne reconnait pas et à qui les subprimes ont tout volé…

Tout cela pourrait en rester là si un psychopathe ne tenait pas à faire main basse sur le quartier de la façon la plus vile et la plus violente qu’il soit… Tout ce beau monde risque de « collapser » à un moment ou un autre…

The Grocery c’est cela et rien d’autre finalement mais comme toute chronique ce premier tome est passionnant à lire et on ne lâche pas le bouquin jusqu’à sa conclusion. Les dessins ont leur style et il est intéressant que les auteurs aient choisi le parti pris de ne pas représenter les protagonistes par des animaux mais des formes humanoïdes inédites et parfaitement identifiables à la fois.

Les couleurs pastel sont superbes également et semblent faites à la main dans un style faussement amateur qui ravit les pupilles pour peu que l’on ne soit pas réticent à toute cette charte graphique.

Le seul hic pour le moment c’est que l’on ne sait pas vraiment vers quelle orientation le récit va se tourner, c’est à la fois aussi un avantage que seule la suite me permettra de juger.
L’absence de personnage féminin n’évite pas pour autant les bons sentiments par rapport à une amitié indéfectible palpable mais on attend vivement la bombe mécanique ou humaine qui fera éclater le tout dans une mise en scène propre et impeccable.

Cette absence de manichéisme et ce panaché de scènes violentes face à quelques traits d’humour (les clodos et leurs réflexions m’ont rappelé le duo intello des tueurs de Sin City) fait la force de cette épicerie dont j’attends la montée en puissance.

Mais plus qu’une introduction, cette mise en bouche confirme le talent de deux auteurs sur un projet casse gueule dont on devrait entendre parler sur la durée…

Rien à voir avec Mutafukaz mais presque aussi bon, je ne peux que vous en recommander la lecture…

Nom série  Fluorescent Black  posté le 10/01/2012 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 5/5 (Culte !)
Ça ne vous a jamais pris comme ça le fait de regarder Blade Runner ou Le Soleil Vert en vous mentionnant que si le monde établi par ces deux pépites du cinéma est tout simplement parfait, que cela manquait parfois cruellement d’action en lieu et place de la réflexion ?

C’est un peu le constat des auteurs de Fluorescent Black, une œuvre qui ressemble à beaucoup d’autres œuvres d’anticipation sans perdre pour autant son âme au diable qui ont voulu balayer d’un grand revers de main, majeur tendu, toute la réflexion vers de l’adrénaline pure et dure et de l’action.

Ici on ne parle pas de Cyberpunk et les robots ne rêvent pas de moutons électriques, d’ailleurs des machines il n’y en a guère. Elles sont remplacées de nouveau par la chair, celle de Cronenberg, sale et putride, sensuelle ou indispensable…
On traite ici de matière vivante, de corps comme une pompe à fric et peut être aussi un peu de l’âme par des émotions qui se veulent teintées de couleurs fluorescentes dans un monde définitivement sombre et mauvais…

Exit le cyberpunk donc et place au biopunk dans un futur toujours pas si éloigné où la santé se négocie par l’argent afin de corriger toute dégénérescence et de devenir un être parfait… Bien sur la frontière séparant les pauvres des riches, les nantis des biens portants est toujours très mince surtout lorsque Max, rouquin malade dealer d’organes et chef de bande croise Nina la femme parfaite, fruit de recherches génétiques et spécimen unique convoitée par tous…

Le mélange est hautement improbable et on est pris dès le départ dans un monde violent et crasseux où des enfants n’hésitent pas à vendre le cadavre de leur mère afin de subsister. On sent énormément l’influence d’un Akira (avec clin d’œil sur un blouson de Max ) dans ce comics hautement jouissif riche en couleurs et dont les cadrages explosent à chaque page ! Le style rappelle énormément celui d’un Paul Pope qui aurait bouffé des ecstasys. Il est juste dommage que certaines actions manquent parfois de lisibilité et que les propos ne soient pas un peu plus mis en avant car ici tout n’est qu’action, violence, sang et rythme…

Quelques pointes de poésie et de finesse émanent quelquefois par une nature trafiquée et omniprésente dans un monde définitivement de brutes où la morale n’est plus sauve… Voici ce qu’on pourrait exiger aujourd’hui d’un Bilal à la ramasse devant ce concentré d’energie pur et étayé par quelques tirades jouissives « Il faut mieux avoir des cicatrices et un passé que de ne rien avoir du tout »….

En dépit d’une fin convenue et peu satisfaisante, le point supplémentaire est attribué à l’édition unique et définitive concoctée par un petit éditeur qui deviendra grand : Milady !!!!

Nom série  Borgia  posté le 03/01/2012 Modifier cet avis Achat conseillé ? Non
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Amis du foutre, du malsain et du gore clérical, garde à vous !

Curieux de voir Manara aux commandes d’un véritable « scénario » j’appréhendais cette œuvre sur cette dynastie sulfureuse que furent les Borgia en leur temps avec une certaine hésitation.

Bon à savoir si vous n’avez pas encore fui ce qui va suivre : je n’ai aucune aspiration particulière pour les curetons et ne connaissais les Borgia que de nom vu mon intérêt restreint pour l’histoire papale à scandales ou pas.

N’ayant vu ni série ou film sur le sujet, c’est la baïonnette au canon que je m’empresse prudemment de lire une œuvre empruntée à un ami tombé sous le charme de la (jolie) édition intégrale…

Jodo s’en donne à cœur joie en tirant à boulets rouges sur tout ce qui bouge et porte un titre ecclésiastique ou de pouvoir.

Et le bougre n’y va pas avec le dos de la cuillère en exagérant grossièrement et vulgairement ses propos, desservi par un Manara qui s’amuse à reproduire son style figé et sensuel dans des couleurs dignes de peintures de la Renaissance.

Alors certes toutes les femmes sont des objets et sont bâties comme des clones écervelés du Moulin Rouge, certes la considération historique n’est qu’un prétexte vu comme elle est malmenée et défigurée par l’orgueil des auteurs mais le pire c’est qu’on prend goût à ces escarmouches machiavéliques (dont l’auteur fait une apparition ici par ailleurs) en se demandant jusqu’où une telle escalade de violence gratuite et immorale peut aller.

Dans From Hell, Alan Moore se servait du mythe de Jack l’éventreur afin d’en faire une métaphore sur la naissance du XXème siècle d’une façon étrange et malsaine MAIS documentée.
Ici Jodo utilise la prise de pouvoir d’un pseudo Pape à des fins personnelles pour le comparer à la Mafia et à la dégénérescence de notre siècle. Il y reprend même la fameuse proposition qu’on ne peut refuser propre au Parrain incarné par Marlon Brando.

Mais il n’y a rien qui tient debout et on peut même douter des intentions formelles d’une telle œuvre.
Décapitations, humiliations et sévices corporels sont à l’honneur d’une fresque admirablement réalisée mais vaine car sans réflexion au bout du compte.

Et je ne parle même pas des relations incestueuses qui deviennent un peu la marque de fabrique d’un Jodorowsky sûrement perturbé personnellement par de tels événements.

Il n’y a aucune justification ou attrait. Rien n’est excitant et tout est grotesque voire ubuesque et quitte à choisir mieux vaut lire la saga des Spaghetti Brothers bien plus drôle et inventive...

Oui mais Jodo sait tenir son public en haleine avec une bd qu'on peut dévorer comme un journal de gare. Les couleurs et les dessins méritent largement qu'on s'y attarde et je reconnais avoir lu sans lassitude ou déplaisir les 4 tomes d'une traite.

La conclusion n'est certainement pas à la hauteur mais vu qu'il n'y a rien de réaliste là dedans (ou tout du moins je l'espère) finalement on s'en fiche pas mal mais au moins ça se termine (mal) y compris pour Michelotto l'assassin sanguinaire des Borgia et à contrario peut-être le personnage le moins antipathique de cette oeuvre).

Borderline d'un bout à l'autre et de très mauvais goût, Jodo arrive néanmoins à rendre son oeuvre prenante et rythmée par l'art de sa propre misanthropie.

On peut autant y dégueuler par la cruauté de certains actes que sourire à leur mise en scène grand guignolesque.

Au final je reste circonspect et me demande encore si l'ensemble relève du génie ou de la sénilité, peut-être un peu des deux d'ailleurs...

A ne mettre dans les mains que d'un public très très averti : Canis Canem Edit !

Nom série  Hideout  posté le 26/12/2011 Modifier cet avis Achat conseillé ? Non
Note Note: 2/5 (Bof, sans plus)
Hideout jouissant d'une bonne petite réputation dans le domaine du manga horrifique ici et là il n'a pas fallu longtemps pour me laisser tenter par sa lecture d'autant plus qu'il s'agit d'un One-Shot et que l'édition est de qualité comme souvent avec l'éditeur Ki-oon.

Cette histoire est digne d'un épisode des contes de la crypte ou de la 4ème dimension avec cet écrivain raté dont le couple bat de l'aile depuis la mort accidentelle de leur unique gamin.
Bien décidé à laver toutes les accusations dont il fait l'objet et au bord de la folie, éliminer sa femme semble être son dernier recours afin de recommencer une vie vierge de tout remord et l'histoire prend place au moment exact où il traque la malheureuse (?) dans une grotte mystérieuse peuplée d'individus encore plus dangereux que ses plus noires pensées...

C'est sur ce canevas simple que l'auteur Kakizaki va broder son récit alternant scènes de flashback lumineuses aux entrailles d'une grotte aussi sombre que les desseins de ses héros.

J'ai beau me dire que beaucoup de mangas se ressemblent un peu trop au niveau du dessin, je dois reconnaitre ici que le trait utilisé est magnifique avec un encrage très prononcé au sein de cette grotte magnifiant la solitude des protagonistes et leur labyrinthe mental.

Les décors ne sont pas en reste et l'ensemble se tient aisément et la lecture est vive et dynamique, les 200 pages s'enfilant assez rapidement.

Ce qui coince ici justement c'est que l'histoire se tient sur un papier à cigarette, le héros passant du statut de victime à celui de bourreau un peu trop rapidement dans un univers fortement inspiré des films ou remakes de "La Colline a des yeux", classique film de survival yankee avec mutants cannibales à la clé.

Du coup il n'y a ni profondeur ni second degré alors que l'auteur avoue dans sa postface s'inspirer grandement de Stephen King dont il n'atteint au final jamais le degré de terreur qu'on était pourtant en droit d'espérer.

Restent de très jolies pages dans un style macabre amorcé mais aucune consistance dans ce qui apparait comme une oeuvre loin d'être honteuse mais qui ne restera pas dans les annales comme un Duds Hunt beaucoup plus malin dans un registre similaire sans être identique.

A lire une fois au moins pour apprécier le talent graphique de Kakizaki en attendant une oeuvre plus aboutie.

Nom série  Bludzee  posté le 26/12/2011 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
La vie ? La mort ? L'amour ?

Vous savez quoi ? Dans Bludzee, on s'en fout !

Parti d'un nouveau délire trondhémien qui a souhaité faire le pari d'une histoire de 365 pages à raison d'une par jour pour une diffusion initiale sur téléphones mobiles, Bludzee a été accouché dans la douleur des aveux de son propre auteur.

Compilé ici dans un gros bouquin élégant édité dans un format à l'italienne, lire la totalité de Bludzee en une traite relève de l'indigestion.

Tout comme pour Lapinot et les Carottes de Patagonie, Trondheim vagabonde son esprit absurde au gré d'une histoire qui n'en est pas une, part de rien et arrive à nulle part.

Histoire de bien synthétiser sa méthode, il réutilise les artifices de son Pays des trois sourires, à savoir découper chaque planche comme un gag unique dont la construction du tout cumulé raconte une quête tour à tour débile, drôle, inspirée ou pathétique selon l'humeur du moment.

Bludzee est un charmant petit chat noir (rappelant curieusement la mascotte d'Angoulème) qui s'emmerde dans son grand appartement abandonné par son maitre Monsieur Fleury.

Du coup Bludzee s'occupe comme il peut, cherchant l'inspiration sur le net ou de quoi remplir ses gamelles.
Malheureusement il s'avère que ce Monsieur Fleury est une crapule de la pire espèce, un voleur criminel fort recherché par les forces de l'ordre comme par d'autres ordures ce que ne va pas tarder à comprendre le petit chat, témoin innocent d'actes absurdes et dont il fait les frais.

Entre un poisson qui prendra la grosse tête, un petit chien mignon frustré voulant la fin du monde et un chat psychopathe et vénal, Bludzee a fort à faire passant d'une case à une autre, d'une situation extrême à une autre ridicule...

La lecture se fait au gré de l'humeur... J'ai pu enchainer une cinquantaine de strips à la suite et passer le jour suivant à n'en lire que cinq... Le fil conducteur n'a aucune logique et ce n'est pas plus mal car on y retrouve tout le sel d'un Trondheim parfois en grande forme, parfois peu inspiré mais toujours présent et fidèle à lui même.

Son style fait toujours mouche à mes yeux et les couleurs respectent la charte de sa compagne Brigitte Findakly.

Ceux qui n'aiment pas Trondheim n'adhéreront pas plus à Bludzee mais les amateurs de son oeuvre éparpillée y trouveront une bonne récréation dans l'attente d'un nouveau Donjon ou Ralph Azham mais on n'est assurément pas dans l'esprit novateur d'un Omni-Visibilis.

Trondheim toujours bon mais il est temps de renouveler un peu les idées !

Nom série  La Légende des nuées écarlates  posté le 25/12/2011 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 5/5 (Culte !)
La vie, la mort, les remords, les regrets, la vengeance...

Tels sont les thèmes abordés dans cette oeuvre majestueuse qui trouve un souffle épique dans les pinceaux de l'artiste Tenuta qui considère chaque case comme une peinture unique d'un vaste tableau éclaté en guise de mosaïque.

L'histoire n'est guère complexe mais n'est pas simpliste pour autant et revêt de multiples couches de lecture selon la sensibilité de chacun.

Le pari est simple mais très honnête : proposer un véritable melting-pot européen sur les légendes asiatiques tout en conservant une identité unique. Cette légende rassemble les atouts des chambaras japonais sans en ressembler toutefois à un seul spécifiquement.

On pense une fois de plus à la légende du sabreur manchot en ronin solitaire magnifié par l'insurmontable "The Blade" de Tsui Hark mais aussi et surtout par son utilisation de la faune et de la flore à Princesse Mononoke.

Outre le fait d'utiliser des dominantes blanche et rouge pour symboliser par évidence la vie et la mort, Tenuta découpe son histoire de façon fort intelligente avec des combats sanglants et rapides (Je n'avais vu découpage aussi fluide et réussi y compris dans Okko) à une narration ponctuée de scènes d'action d'anthologie (la traque par les loups des premières pages pourrait servir de storyboard) à des flashbacks plus tempérés se greffant au fur et à mesure à l'histoire principale.

Cette quête de mémoire par un ronin mutilé et amnésique ne s'accompagne d'aucune scène inutile. On ressent le désespoir de chacun des personnages qui, au delà de gloire et de pouvoir, a faim de rédemption et d'attention.

J'ai également beaucoup apprécié comme les éléments fantastiques à peine effleurés et sans explication se greffent sans encombres à l'ambiance principale. Qu'il s'agisse de l'évolution physique de l'impératrice ou de son bras droit invulnérable , le lecteur ne sera pas pris par la main pour en deviner leurs origines et ne se sentira jamais pour autant perdu.

La force d'un tel récit ne serait rien sans la maitrise évidente d'un auteur sorti de nulle part et maitrisant les estampes japonaises et leur animation. Car les êtres comme les animaux bougent et se mouvent comme des ombres sans être écrasés par des décors omniprésents.

Le plaisir fut tel que les 4 tomes ont été lus à la suite, peut être trop rapidement et sans temps morts mais avec le sentiment équivoque d'y retourner vite et prochainement. Une claque ébouriffante sur un terrain parallèle et dissociable d'Okko. La récente parution du magnifique coffret ou de l'intégrale devraient achever de vous convaincre de l'utilité publique d'une telle œuvre dans votre bibliothèque.

Je regrette juste de ne pas avoir pris le temps de l'avoir lue plus tôt mais pour des raisons personnelles les Nuées Écarlates sont arrivées à point nommé dans mon évolution pour autant de réflexion comme de distraction...

Nom série  Okko  posté le 21/11/2011 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 5/5 (Culte !)
Hub, le concepteur de cette série géniale a laissé entendre dans diverses interviews qu’il n’avait jamais été au Japon par phobie de prendre l’avion…

C’est cette anecdote qui fait toute la saveur de ce monde mi-médiéval mi-fantastique car dès la première page le dépaysement est totalement réussi.

La faute à des dessins clairs et chatoyants, un beau style simple permettant une immersion dans un univers riche complet et dont on accepte vite les règles.

La faute également à des scénarios simples en surface et un peu plus complexes en substance.
Okko est un véritable petit bijou appelé à devenir un classique au même titre que des séries comme Tintin ou la quète de l’oiseau du temps auquel il emprunte le souffle épique et enchanteur tout en demeurant unique.

Au premier abord ces histoires de chasseurs de démons menées par un guerrier déchu de tout honneur et antipathique restent d’un abord classique.
Okko pourtant ne se résume pas à cela tant son équipe formée d’un moine alcoolique, d’un géant invulnérable caché sous un masque démoniaque et d’un disciple candide s’attribuent tour à tour une importance conséquente dans les différents cycles.

Les personnages sont difficiles à cerner par un manque voulu d’informations à leur égard ce qui permet d’en développer par petites touches leur passé trouble et différentes origines au gré des albums.

Chaque cycle reprenant les éléments (eau, terre, ciel, feu et le néant) peut se lire presque de façon indépendante par dyptique.
Et même là où on pourrait y cerner certaines facilités comme la ballade parmi les monastères du cycle de la terre avec répétition d’événements banals, j’y retrouve davantage une aisance à poser les ambiances pour mieux les tordre et surprendre son lectorat sans le gratter dans le sens du poil.

Car Hub sait parfaitement où il va et même s’il est encore trop tôt pour poser un certain regard de recul sur les histoires déjà contées, nul doute que la conclusion en sera surprenante.
La force de ces histoires est d’amener un cliffhanger improbable et haletant à la fin de chaque premier tome de cycle pour le conclure par une mélancolie et une certaine forme de poésie n’excluant pas des scènes d’action proprement ébouriffantes par leur montage et mise en scène.

L’œuvre m’a curieusement renvoyé vers Apocalypse Now avec cette lente dérive vers l’inconnu dont on sait qu’on n’en sortira pas indemne.
Hub mixe beaucoup d’éléments issus du jeu de rôle et du cinéma asiatique sans pour autant les copier et c’est très fort. J’ai retrouvé ce qui me plaisait tant dans la défunte série Lotus de Jade en bien plus travaillé…

De même des références comme les films du Sabreur Manchot ou des Baby Cart me paraissent évidentes.
On y parle même des premiers Méchas japonais avec ces armures de guerre fabuleuses et presque plausibles.
Le fantastique est omniprésent mais agit par légères touches car tout n’est que mystères et chuchotement en ces temps troubles.

L’essentiel n’est pas forcément la façon dont chaque enquête ou aventure sera résolue mais plutôt les impacts qu’elle laissera aux principaux protagonistes pour leur honneur et leur vécu.

Il s’agit d’un monde bien sombre mais aux atours bien sensuels comme des décors et des costumes magnifiques ainsi que pas mal de touches humoristiques bienvenues avec les deux moines dont le plus jeune raconte son histoire à la façon du « Nom de la Rose ».

Il y a suffisamment de choses agréables pour lire et relire Okko et je me surprends à en attendre vivement le huitième tome vu comme l’histoire prend un tournant encore inédit avec certains rebondissements et ne peux qu’en conseiller la lecture tout en pestant moi-même pour l’avoir découverte si tardivement.

Epique et magnifique, Okko est bien la preuve que l’on peut manier l’aventure et le dépaysement tout en touchant à la sensibilité de chacun. Merci à Hub pour cette œuvre unique et intemporelle qui touche du doigt la magie des Histoires de Fantômes Chinois avec finesse et talent.

Nom série  Gamer'z : Accros à la manette  posté le 08/11/2011 Modifier cet avis Achat conseillé ? Non
Note Note: 2/5 (Bof, sans plus)
C’est devenu à la mode, cela fait en effet quelques temps déjà que fleurissent diverses œuvres mettant en scène une profession ou un tic.

Une fois n’est pas coutume, ce n’est pas Bamboo à l’origine de cette œuvre de commande sur les jeux video (on y repère une enseigne bien connue des gamers et le dessinateur Baf n’est autre que l’anagramme de Fabien Laouer) mais Jungle davantage spécialisé dans divers chefs d’œuvre directement tirés du petit écran (Bigard, Palmade, Joséphine Ange Gardien bref que des œuvres cultes).

Malgré son sous titre implicite « Accros à la manette », il semblerait qu’il ne s’agisse que d’un one-shot. Bien sûr le succès aidant (mais ce n’est pas gagné, les Geeks et autres séries clones sont déjà passées par là) il n’est pas exclu d’en produire des suites d’autant plus que c’est le propre même de ce genre de séries bornées à optimiser le principe du gag en une page et 8 cases sur un thème récurrent.

Le dessin de Fabien L. euh Baf pardon ! n’est pas à son plus haut niveau en comparaison de ses autres œuvres. Les personnages sont esquissés dans un style européen-manga des plus classiques avec une nette préférence pour dessiner des bimbos à la façon de Bruno Bellamy, artiste essentiellement connu de ma génération qui lisait le magazine « Joystick » au début des années 90 pour ses poupées sexys illustrant le mensuel.

Ce ne sera pas du coté des décors qu’il faudra trouver une inspiration non plus puisqu’ils sont réduits à leur plus simple expression. Et pourtant le style peut séduire par une certaine exagération ainsi qu’une maitrise de tous les accessoires et personnages propres au jeu video. La colorisation informatique n’a par contre aucun charme, dommage.

Quant à Gaston, rompu à cet exercice courant avec ses propres séries, j’ai eu la surprise de le trouver cette fois au scénario et non pas aux pinceaux. Pourquoi pas après tout !

Malgré toute attente ce bouquin remplit parfaitement son rôle de divertissement. Là où on n’aurait droit en temps normal qu’à des banalités, certains gags sont bien vus et décrivent bien un milieu que les auteurs connaissent bien avec ses codes et références.

Il s’agit essentiellement des seconds rôles qui tirent leur épingle du jeu à savoir ceux qui gravitent autour de ces « gamers » : la compagne pulpeuse ne sait plus attirer l’attention de son compagnon accroc au jeu, un père divorcé devient has been face à l’addiction de ses enfants sur une console, un fanatique de jeux de rôle confond monde réel et virtuel bref même si on sourit plus qu’on ne rit réellement il n’y a rien de pathétique ni de forcément honteux si ce n’est que le jeu vidéo nuit à la santé.

Dommage que la couverture particulièrement moche n’ait pas d’autre ambition que d’attirer le puceau de base !

A offrir pour un ado fan de Mario afin de lui emprunter le temps d’une lecture !

Nom série  Commando Torquemada  posté le 07/11/2011 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Comme de bien souvent je redécouvre les péchés de jeunesse de certains auteurs à rebours. Et il s’agit bien de péchés de jeunesse dont on peut parler lorsqu’on évoque la première et plus connue des œuvres des auteurs de la récente série Snuff qui m’avait emballé par la qualité de ses dessins, sa colorisation originale et ses répliques à double sens.

Le parti pris ici est plutôt original avec cette équipe similaire aux 12 salopards que l’on réunit ici au service de missions secrètes pour le Vatican.
Douze étant un chiffre trop parfait pour cette équipe de bras cassés, on ramène le commando à trois personnages, trois divinités vouées pour le plus grand bien du Seigneur et dont l’odeur de sainteté n’est plus à prouver

Jugez plutôt, à ma gauche il y a Frère Lamachie qui est le plus dangereux des empoisonneurs à base de drogues diverses malgré son apparence rondouillarde et inoffensive. Feargal est le dandy anglais soucieux de son apparence et entré dans les ordres afin de pouvoir dégommer de l’infidèle en toute impunité. Quant à Sœur Sarah, aaah Sœur Sarah ! Elle aurait pu user de ses charmes vénéneux dans bien d’autres domaines licencieux mais a fait vœu de chasteté pour mettre ses talents de visionnaire sadomasochiste au service de son éminence l’Anaconda qui va réhabiliter ce drôle de trio à des fins ecclésiastiques et personnelles

Qu’il s’agisse d’une Sainte Lance, d’éliminer une nonne chanteuse et cocaïnomane ou de détruire un évangile compromettant , les aventures sont à la fois exotiques ou décalées mais toujours plutôt réjouissantes. Il faut dire que le passage de ces trois là laisse des traces pour leur environnement et notre mémoire car on est tour à tour choqué ou amusé mais diverti !

Peut on rire de tout ? C’est gentiment trash, irrévencieux et blasphématoire mais en aucun cas dangereux pour notre santé même si toucher à la religion catholique voire à toute religion me laisse supposer que cela ne plait pas à tout le monde au vu du récent « incident » des locaux de Charlie Hebdo…

Pour le reste peu de mauvaises surprises, la touche si atypique de Lemmens me rappelle la ligne claire d’un Yves Chaland en plus souple et la palette de couleurs donne majestueusement vie à tout ce beau petit monde avec une palette presque bichromique à tendance jaune, brune et rouge plutôt expressive.

En gros je me suis régalé de ces savoureux jeux de mots autour de chansons de Claude François, d’un culte pour la petite reine et autres « fondements » de la religion. Une mention spéciale pour le personnage de Jipé, minuscule petit pape dont les colères n’ont d’égal que l’ambition d’élever l’Eglise au niveau d’un Clearstream

Il est même dommage que la série s’achève ainsi car il y a moult possibilités de poursuivre un tel délire mais les auteurs gardent leur cartouches pour Snuff et n’ont pas encore l’intention de tirer à blanc

Seul petit bémol, le troisième et dernier tome n’est disponible que dans l’édition intégrale privant les malheureux acquéreurs des deux premiers tomes d’une conclusion digne de ce nom sans repasser pour autant au tiroir caisse. Fluide Glacial joue donc au Tartuffe puisque cet éditeur a depuis lors réitéré cet « exploit » avec Scott Bingers

Pas cool pour les fidèles de Sœur Sarah….

Nom série  La Mutation  posté le 04/11/2011 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 3/5 (Pas mal)
La mutation est un petit bouquin qui ne surprendra personne ayant eu le soin de lire les autres méfaits de Marc-Antoine Matthieu.

On évolue clairement dans le milieu kafkaïen qui lui est propre et dont on serait presque tenté de dire qui lui sied comme un gant.
Ici il ne s’agit à proprement parler pas d’une véritable bd mais plutôt d’un petit livre illustré au format réduit, pattes de mouches oblige de 24 pages avec à chaque fois un texte illustrant et accompagnant le dessin noir et blanc caractéristique de son auteur.

La mutation porte bien son nom car est tout à fait interprétable sous les deux sens. Il s’agit déjà pour commencer de la mutation d’un fonctionnaire des plus hautes strates de sa hierarchie vers des niveaux moins élevés due à ses problèmes croissants de mémoire.

Enfin Monsieur Albert, c’est son nom, subit également une mutation ou plutôt une « mue » puisqu’il s’octroie des espaces de liberté de plus en plus large, n’ayant plus usage de sa mémoire pour en oublier jusque son propre reflet.

La fin de l’ouvrage s’arrête un peu trop brutalement avec une conclusion qui ne porte pas de jugement ou de morale et est laissée à l’appréciation du lecteur.
Outre le format limité imposé par cette collection cette fin est peut être le point le plus regrettable de cette courte lecture de deux minutes qui ne déçoit peut être pas forcément mais coupe net l’herbe sous les pieds.

Les dessins sont dans la tonalité de ce que M-A-M réussit de mieux, un noir et blanc indissociable de son texte juxtaposé malheureusement un peu trop réduit même si chaque dessin est représenté « pleine page » si j’ose m’exprimer dans ce si petit format.

C’est peut être après lecture et à la réflexion lors de la rédaction du présent avis que je me rends compte de son impact comme si joliment résumé dans celui d’Alix. L’écho à des maladies comme Alzheimer ou l’autisme viennent directement en mémoire et si l’environnement d’Albert est dépressif, peut être est il libre dans sa tête et finalement heureux…

Loin d’être indispensable, ce conte cruel prouve néanmoins que M-A-M sait s’adapter avec talent à n’importe quelle situation.

Nom série  Sept yakuzas  posté le 03/11/2011 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 5/5 (Culte !)
Ce qui caractérise la série 7 lancée par David Chauvel c’est qu’il s’agit à chaque fois d’un récit complet dans un genre variable. Leur seul point commun est d’utiliser 7 personnages.

C’est à la fois cette contrainte qui ravit les uns et divise les autres s’imaginant que le développement de sept individus distincts nécessite plus que quelques pages d’une bd au format franco-belge.

Et c’est justement là où 7 Yakuzas tire toute sa force…. Mais pas seulement

En effet chacun de ces 7 protagonistes va intervenir à un moment dans ce long récit ponctué de flash backs sur la trame principale du leader de 95 ans, Kotobuki Ichiro qui cherche à comprendre qui en veut à ce point à sa peau alors qu’il a réussi à se défaire de tous ses ennemis tout au long de son existence comme nous allons le comprendre dans un récit soutenu et intelligent qui dresse parallèlement un portrait sensible et réaliste du Japon du XXème siècle.

Ce sont les yakuzas que Kotobuki va rencontrer au fur et à mesure de son enquete qui vont par après être développés dans des flash backs qui leur sont propres.
On s'éloigne donc des bases de la série qui balance tous les 7 dès le départ au détriment du rythme narratif !

Morvan est très fort dans cette culture qu’il chérit et a su se démarquer du bête récit de violence par ces diverses touches rythmant une histoire simple mais haletante et dont on n’aura de cesse de poursuivre jusqu’au ballet de sang final digne des meilleures scènes de tension des films japonais et asiatiques par extension.

Le vocabulaire japonais utilisé ici n’est pas si compliqué à comprendre dans son contexte même hors lexique de fin d’album (qu’il aurait été plus judicieux d’inclure en bas de chaque page concernée) et contribue au réalisme identitaire d’un pays pas comme les autres.

Hikaru Takahashi dont je ne connais pas d’autre œuvre a réalisé un boulot exemplaire pourtant décrié ici mais qui mixe à merveille les influences du manga tout en conservant de forts repères identitaires de l’école franco-belge avec une excellente palette de couleurs vives et expressives.
Son trait gras sied à merveille à toutes ces figures arrondies et les décors sont plutôt détaillés dans un style réaliste sans être pour autant aussi barbant qu’une fresque historique. J’espère le revoir à l’œuvre bientôt pour le 9ème art.

Combinant à merveille tout ce que je peux apprécier dans une œuvre purement d’exploitation et en déclinant polar noir et vengeance rouge dans un contexte inhabituel, 7 Yakuzas représente à mes yeux le haut du panier de la série 7 dont il aurait pu s’extirper sans peine pour engager une carrière vraiment méritée et estimée.

J'attribue volontiers à ce titre la note maximale et le recommande particulièrement aux détracteurs de la série car voici sans contexte l’album phare que tous les autres portant la mention « 7 » devraient au moins égaler.

Je précise que la seconde lecture est tout aussi agréable…

Nom série  Kickback  posté le 31/10/2011 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 3/5 (Pas mal)
Un polar peut il être conventionnel et pour autant réussi ?

La réponse est oui, un petit oui certes mais oui quand même pour ce Kickback conçu par le David Lloyd qui a dessiné V pour Vendetta et dont on retrouve le crayonné unique à l'identique pour dépeindre la lutte d'un petit flic face à son enfance assombrie par un drame et face à des flics corrompus dans une mégalopole américaine terne et sans concessions.

Pour autant Kickback ne se laisse pas lire facilement, déjà parce que les lecteurs de V pour Vendetta savent qu'il faut s'accrocher pour se laisser séduire par des dessins aux couleurs ternes et maussades dans un style pseudo réaliste.

Secundo le découpage narratif est volontairement éclaté tout en laissant apparaitre diverses aspérités qui ne seront pleinement saisies qu'à l'intégralité de la lecture.

Il n'y a pourtant rien de bien compliqué ni d'original dans cette quête de rédemption où les pourris ne sont pas forcément ceux que l'on imagine... Lloyd est parfaitement à l'aise dans cette manipulation des masques tout en y ajoutant un véritable trauma pour son héros le rendant froid et méticuleux, presque dépourvu de toute émotion.

Malgré tout, l'histoire avance rapidement et maintient son intérêt par touches et informations complémentaires.
Il s'agit d'un polar banal certes mais dont tous les codes ont été parfaitement respectés.

Kickback se lit sans plaisir ni déplaisir et captive les amateurs du trait unique de Lloyd.
Tout à fait respectable je déplore néanmoins le petit brin de folie supplémentaire qui aurait pu en faire une œuvre singulière mais son ambiance à la "Copland" n'a strictement rien de déplaisant bien au contraire.

A lire au moins une fois.

Nom série  The Last Days of American Crime  posté le 31/10/2011 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 5/5 (Culte !)
Brillant, tout simplement brillant.

Voici un comics à part où on ne va pas parler des états d'âme de lopettes en collants, ici pas ou peu d'éléments fantastiques en vue si ce n'est une nouvelle loi américaine qui sert de prétexte au contexte en interdisant par un traitement "radical" l'escalade de la violence dans le pays de l'Oncle Sam en éradiquant purement et simplement toute tentative de crime.

La monnaie va être remplacée par des comptes numériques donc exit les banques et leurs attaques à main armée... Seulement voilà, l'information a filtré dans les masses populaires et le pays est depuis lors soumis à un niveau de chaos et d'anarchie maximal dans l'attente de l'exécution de l'I.P.A. (Initiative de Paix Américaine).

C'est dans ce contexte bien précis que Graham, ancien bourlingueur ayant déjà tâté de la taule, se manifeste avec pour seul désir de réaliser le casse du siècle tant qu'il en est encore temps.

Pour ce faire, il n'a pas d'autre choix que de s'adjoindre à un couple haut en couleurs constitué d'une femme plus que fatale, Shelby et de son petit ami le chien fou Kevin.

Haut en couleurs, c'est un peu ce qui ressort de cette histoire en trois tomes avec les dessins magnifiques de l'inconnu (gageons qu'il ne le restera plus très longtemps) Greg Tocchini. Ses dessins, pardon, ses esquisses usent et abusent de couleurs chaudes aquarelle pour dépeindre un trait nerveux et vif, précis et flou à la fois et débordant des cadres.

Tout ça ne serait rien sans une mise en scène quasi cinématographique avec des plans et un découpage qui imposent un rythme d'enfer à un récit somme toutes banal au demeurant afin que le lecteur ne décroche plus passé une introduction lente mais plutôt aguicheuse (rhaaah Shelby va en faire transpirer plus d'un !!!!).

Le canevas ne va guère plus loin que le schéma classique du casse qui tourne mal avec son lot de violences et d'érotisme à fleur de peau. Pour peu on a presque affaire à un synopsis taillé sur mesure pour un Tony Scott (True Romance) ou consorts et ça se lit même presque trop vite.

Oui mais voilà, pour combien de scénarios ambitieux et alambiqués peut-on éprouver le même plaisir de lecture que pour cette œuvre barrée qui va droit dans le décor ?

Il est tellement rare d'éprouver autant de plaisir à regarder les dessins tout en prenant son pied dans l'accumulation des événements narrés ici que passer à coté des derniers jours du crime américain serait totalement hors de propos.

Dans un registre différent mais similaire je ne vois guère qu'un Mutafukaz pour me procurer autant d'adrénaline.

Il s'agit surement d'une œuvre complaisante pour le mâle que je représente avide de formes girondes et de scènes violentes mais bordel que cela fait du bien !

Après on pourra toujours argumenter que les trois bouquins sont édités à un tarif fort élevé (et ils le sont) mais il est peut être urgent aussi de savoir se contenter de belles couvertures pour un contenu qui en justifie les moyens et zapper d'autres titres plus mineurs mais ce n'est qu'une opinion à parti pris parmi tant d'autres.

Bref, volez-le, empruntez-le ou achetez-le mais ne passez pas à côté tant que cela est encore possible

Allez pour le plaisir une tirade entre Graham et Shelby la fille étoilée juste après une petite sauterie : "Qu'est-ce qu'on a ôté de ta liste ?" La fille : "Baiser un loser !"

Instantanément culte je vous dis !

Nom série  La Légende de Robin des Bois  posté le 25/10/2011 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 3/5 (Pas mal)
Attention, c’est un album test.

Test parce que soit cet album iconoclaste d’un Robin des Bois sujet à Alzheimer dans un univers complètement foutraque et décalé vous fait rire et sourire soit vous êtes réfractaires à l’humour de Manu Larcenet.
Larcenet selon moi c’est deux écoles pas forcément distinctes et différentes mais suffisamment pour être souligné… Il y a d’un coté le poète du combat ordinaire, de Blast et de ses autres publications éditées chez Les Rêveurs dont il est l’artiste phare et il y a le Larcenet de Soyons Fous et Bill Baroud.

C’est clairement dans la dernière catégorie que se situe ce Robin des Bois.
Voyez plutôt, Robin est un vieillard atteint de « l’affection » d’Alzheimer, Petit Jean est le dernier et unique compagnon et son principal mérite est d’asséner un grand coup de gourdin sur la tronche de notre héros dès que ce dernier déraille et entame des chansons de Carlos ou de Bernard Menez !

La forêt de Nottingham n’accueille plus que des touristes franchouillards au bob « Paul Ricard » et le shérif est une pale copie de John Wayne dans la cité avoisinante.

Et avec ce peu d’éléments, Larcenet va réussir à conserver une ligne directrice en usant et abusant de la répétitivité des situations tout en y insufflant quelques idées tantôt hilarantes tantôt juste amusantes.
Bien sur quelques personnages secondaires se greffent à tout ce joyeux foutras qui peut également être un portrait du temps qui passe et du vieil adage « Les vraies légendes ne meurent jamais » à la sauce Larcenet.

Coté dessin on a effectivement le style des premiers Larcenet genre Bill Baroud avec peu de détails dans le décor qui peut ne pas plaire à tout le monde dans des histoires structurées de 5 à 6 pages. Comme toute série humoristique, la lecture est vite entamée mais voilà on passe un agréable moment.

Ce qui est dingue c’est cette opinion comme quoi l’auteur a juste pris ce sujet tel un pari ou un délire à réaliser et qu’au final on en obtienne un album complet ! Comme quoi….

Enfin bref j’ai passé un bon moment mais ce n’est surement pas non plus inoubliable… Dommage surtout que ce soit aussi court et rapide à lire ! A lire si ça vous passe entre les mains !

Nom série  Colt Bingers l'insoumis  posté le 20/10/2011 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 3/5 (Pas mal)
Un véritable hasard en librairie m’amène aujourd’hui à parler de Colt Bingers et de sa quête sanguinaire pour retrouver l’unijambiste borgne qui a tué feu son épouse. Et un heureux hasard puisque sans être la bd de l’année, on passe un agréable moment de divertissement sans prise de têtes avec ce héros pas banal.

Par contre c’était une véritable prise de risques que de choper un album Fluide Glacial sachant que l’on atteint rarement les cimes de l’humour même trash avec leurs publications mais le bon souvenir d’un Zumbies chez le même éditeur m’a encouragé à réitérer le risque…

De Zumbies justement, Colt Bingers a conservé une certaine classe dans ses couleurs bi-chromiques datées rappelant le rouge et le bleu d’un drapeau US bien fatigué et délavé. Cette sombre histoire de vengeance sur fond d’humour et de parodies de séries US ne se détourne pas de sa tâche première, divertir et faire sourire. Le rire aux éclats et les surprises ? Inutile d’en chercher par ici ou retournez lire Zumbies car rien de tout cela ici.

Cela fait-il de Colt Bingers une œuvre mineure ? Surement mais son coté sérialesque et feuilletonnesque remplit tout à fait le contrat : nous faire passer un bon moment à condition de ne pas être trop exigeant.

Découpé en plusieurs petites histoires de 5 à 6 pages, l’histoire raconte inlassablement comment cet ancien flic au physique de Clint Eastwood s’en va bourlinguer en rayban et magnum sur sa moto à la recherche de tout borgne unijambiste qui devient un coupable potentiel.

Et faut reconnaitre qu’il n’a pas son pareil pour en rencontrer, pour les dessouder de suite avant de se rendre compte de leurs alibis post mortem. Le tome 1 n’est qu’une succession de ces traques mais Colt n’est pas le seul bras cassé de l’histoire, un couple d’agents du FBI sûrs d’eux et passablement incompétents sont à sa poursuite avec un bon train de retard.

Voir ainsi parodier pêle-mêle des séries comme Le Fugitif, K 2000 ou X Files a un petit coté réjouissant. Tout n’est certes pas hilarant mais le coté absurde des situations ainsi que le grotesque des personnages donne un ensemble sympathique.

Le dessin est assez parodique et évolue dans le bon sens au fur et à mesure de l’histoire. On est proches d’un style lorgnant entre Matt Groening des Simpsons et le Trondheim des Lapinot.

Conscient des limites de leur histoire, les auteurs mettent un terme final à ce road trip funeste et funèbre à l’issue du second tome où les éventuelles zones d’ombre seront levées.

Loin d’être indispensable cette histoire a eu quand même le mérite de me scotcher et je n’avais de hâte que d’arriver à sa conclusion. Malgré son chapitrage mille feuille favorisant la publication dans le mensuel Fluide Glacial, l’évolution reste fluide et agréable.

En conclusion, Colt Bingers est une jolie madeleine de Proust loin d’être indispensable et qui manque parfois peut-être d’audace mais qui reste unique en son genre. Un bon moment de lecture absurde et « no brainer » que je ne regrette pas.



En apparté :

Le seul gros point noir vient de Fluide Glacial, l’éditeur qui se fout éperdument de son lectorat puisqu’après l’expérience Commando Torquemada, il est à noter que le tome 2 n’est disponible qu’avec la belle édition intégrale que je viens de lire et donc les malheureux propriétaires du premier tome devront donc repasser à la caisse s’ils veulent compléter leur collection. Les auteurs s’en excusent dans les bonus que comporte cette intégrale par ailleurs…

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