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Nom série  Batman Anthologie  posté le 28/12/2013 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Attention, voici un gros appel du pied d’Urban aux fans de Batman qui ne pourront définitivement pas passer à côté de cette gargantuesque compilation d’aventures de Batman depuis ses débuts en 1939 jusqu’à nos jours…

En effet, pour un prix plus qu’abordable sont réunies ici quelques-unes des histoires ayant marqué les lecteurs ou représentatives de l’évolution du contrepoint sombre de Superman à l’icône incontournable d’aujourd’hui.

Il est donc difficile de parler d’un style tant les histoires et leur mode de narration diffèrent sur près de 75 ans d’existence et le moins que l’on puisse dire c’est qu’il y en a pour tous les goûts de sa toute première aventure au récent relaunch par DC Comics…

Les premiers récits offrent un charme désuet par la naïveté des propos qu’ils dégagent, Batman étant un formidable terrain d’expérimentation en tous genres traversant les modes et les décennies en restant à chaque fois inventif.

Le travail éditorial est exemplaire avec une perspective du récit à venir en adéquation avec son contexte et moult références qui raviront néophytes comme les incollables du Caped Crusader.

On perçoit ainsi facilement le besoin de lui adjoindre un complice en la qualité de Robin ou de Batgirl, le changement de look du fameux majordome Alfred ou le tandem créé à l’occasion des affaires à élucider avec Superman par exemple.

Viennent après quelques périodes plus intenses avec une once de fantastique (somptueux dessins de Neal Adams), la première histoire dessinée par Frank Miller sur son Dark Knight, les doutes d’un Bruce Wayne sur sa propre identité ou la façon de gérer sa paternité non désirée….

Avec quelques petits joyaux comme « Permission de Minuit »ou « Prendre l’air » à la colorisation percutante, il subsiste en contrepartie forcément quelques rares récits anecdotiques et de qualité moindre (notamment sur la « renaissance » que je trouve bien moins intéressante personnellement) et certains reprocheront que peu de supervilains célèbres soient présents mais c’est sans compter les futures anthologies à publier (dont une du Joker qui s’annonce effectivement dantesque) et l’utilité de placer Batman au centre de chaque récit.

Voici un bien joli cadeau de Noël que nous fait Urban décidément très (trop ?) prolifique sur ses publications de la chauve-souris mais dont il serait difficile de se passer. Un must dans une batbibliothèque !

Nom série  Hard Boiled  posté le 17/12/2013 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 5/5 (Culte !)
De Frank Miller je pensais en avoir fini mais je ne m’étais jamais encore remis de ce Hard Boiled dont il m’était impossible de mettre la main sur l’intégralité de cette mini série en 3 épisodes enfin rééditée par Delcourt en une jolie intégrale aux couleurs remastérisées et éditée ma foi de fort jolie manière….

Hard Boiled, c’est un fantasme, déjà juste pour le nom qui évoque autant pour moi ce comics hardcore complètement barré que le chef d’œuvre du film d’action de John Woo traduit plus naïvement en français par « A toute épreuve » mais cela n’a rien à voir finalement avec le bébé monstrueux de Darrow et de Miller.

Car il est inutile de traduire ce qui est intraduisible ou peut-être incompréhensible ici. Ma patience aura duré 15 ans mais le plaisir que j’aurais à relire cet ovni sera peut-être encore plus long ! Je n’avais décidément rien lu de tel jusqu’à présent et me rends compte à quel point cette œuvre tordue et décidément pas formatée pour le plus grand nombre a pu être marquante et remarquée en son temps mais également à notre époque actuelle.

Nixon est un petit employé de la semaine aux méthodes grandement expéditives pour effectuer comme il se doit sa collecte de taxes à grands coups de gunfights et de destructions tentaculaires dans une métropole futuriste déshumanisée. Exploser de pauvres innocents ou faire irruption dans un bordel gigantesque ou dans une grande surface à heure d’affluence ne l’effraye que nenni. Rien ne l’empêchera d’achever ses adversaires comme le boulot quitte à finir sur les rotules ou boulons car Nixon n’est peut-être pas celui qu’il prétend…

Vous prenez le style graphique de Moebius période Incal à mélanger avec des estampes des livres-jeu « Mais où est Charlie ? », un scénario oscillant entre Blade Runner, Matrix (tiens, tiens) et Terminator, vous mélangez le tout avec du Jack Daniels bien dégueu et cela vous donnera peut-être l’aperçu de ce Hard Boiled tel que je l’entrevois en gardant les yeux écarquillés du début à la fin…

Le style de Darrow est à proprement dire HALLUCINANT ! Ce mec doit passer un temps incroyable à dessiner moult détails des plus variés ou plus infimes tout en utilisant la ligne claire de bien belle manière… De ces tableaux de guérilla post moderne en pleine ville où la taule fracasse objets et où les corps subissent les attaques les plus diverses, Darrow dresse un fabuleux jeu de piste où l’on peut s’extasier 10 secondes comme y rester une heure ! L’action est parfaitement découpée et les instants « clés » ou dessinés sont particulièrement bien léchés ! J’ai rarement ressenti un tel vertige à cette course automobile entre deux véhicules sur de longues pages sans dialogue débordant sur des séquences dignes du bullet time de Matrix…

Encore Matrix ? Darrow a participé à la conception artistique de cette fameuse trilogie dont la fameuse séquence sur autoroute a directement été inspirée par Hard Boiled…

On pourrait croire derrière tout ce fatras de vignettes imprimant fortement la rétine qu’il n’y a rien mais la révolte ou la recherche même de l’identité véritable de ce Nixon reformaté moult fois pour l’occasion par la société qui l’exploite et la fin a beau me laisser perplexe, elle est tout à fait dans la continuité du récit..

Ce mélange métallique, cyberpunk où la chair se mélange au métal n’est pas sans rappeler les univers de Tetsuo ou de Videodrome où le slogan « Welcome to the New Flesh » imprégnait notre inconscient comme rarement…

Si ce comics n’est clairement pas à mettre devant tous les yeux pour sa violence et ses scènes d’orgie subliminales, il est clairement à posséder dans toute bonne bibliothèque de goût qu’on apprécie ou pas Miller. Si je ne partage guère les orientations politiques de ce monsieur, je reste persuadé que son œuvre elle mérite des louanges et de surcroit ce Hard Boiled me fait regretter que l’œuvre de Geof Darrow soit si éparpillée….

Un putain de fist fucking en pleine gueule dont je n’ai de cesse d’y repenser depuis ma lecture et rien que pour ça, ça fait du bien ! Si c'est pas ça qu'on appelle une oeuvre culte, alors je ne réponds plus de rien !

Nom série  Crossed - Psychopathe  posté le 03/12/2013 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 3/5 (Pas mal)
Et un opus de plus pour le monde de tarés cannibales et violeurs imaginé par Garth Ennis (Preacher) avec ce nouveau Run complètement indépendant scénarisé à nouveau par David Lapham et mis en œuvre par Raulo Caceres qui s’était déjà illustré sur le Captain Swing de Warren Ellis.

Il est utile de savoir que s’il est possible de commencer et de lire cette mini-série sans connaître au préalable les bouquins d’origine, il serait peut-être malvenu de le recommander non sans précautions…

Car si Crossed – Valeurs Familiales poussait déjà le bouchon plutôt loin avec une famille incestueuse au milieu de l’invasion des infectés à la croix comme on peut bien se l’imaginer, David Lapham monte d’un cran le curseur vers l’insupportable et le trash le plus nauséabond qui soit.

Il faut dire qu’il a trouvé cette fois en la présence de Raulo Caceres un artiste de choix pour mettre en images toute l’horreur graphique (et mentale mais nous y reviendrons plus tard) d’un récit audacieux encore plus barré que les autres ouvrages constituant l’univers Crossed.

En prenant pour décor le monde apocalyptique de dégénérés violant tout et n’importe quoi en trucidant leurs congénères et en vociférant des insultes que la décence m’interdit de reproduire, Ennis avait misé gros sur une vision pessimiste et complètement décalée du classique récit de zombies.

En gros, un merveilleux bac à sable pour tout auteur déviant (il y aurait possibilité également d’en faire un sacré jeu de rôles vulgaire, trash et transgressif par ailleurs) mais David Lapham n’est pas que cela, c’est également un auteur de policiers bien noirs et après s’être fait la main sur un « valeurs familiales » bien malsain, il projette l’épopée d’un psychopathe de la pire espèce, sain physiquement mais peut être pire mentalement que les infectés, dans un groupe de survivants le recueillant dans leur fuite incertaine pour mieux tous les décimer….

Car oui, si vous arrivez au bout des horreurs écrites et dessinés de cet opus, le nom de Harold Lorre risque d’éclipser rapidement ceux de Norman Bates ou de Hannibal Lecter et faire passer Dexter de la série du même nom pour de sombres rigolos destinés au programme jeunesse de TF1 !

En prenant le lecteur comme témoin direct de ses pensées nauséabondes et de ses actes, Lapham dresse le récit éprouvant d’un tueur parfaitement intégré dans le petit groupe de fugitifs qu’il va décimer petit à petit dans le détachement le plus insensé alors que le danger présent des infectés est déjà bien périlleux…

Lorre est surement le personnage le plus pervers, le plus dépravé et insensible de tous les méchants que j’ai pu lire en bd. Pour autant, le récit est assez palpitant car on ne sait réellement jamais vraiment où une telle histoire va nous entrainer… Ça commence assez fort avec le viol d’un rapace par des infectés qui s’entretuent gaiement par ensuite sous les yeux du groupe de fugitifs sains.

Ce mélange assez putride de sexe contraint et de sang peut finir par dégouter et il faut avoir le cœur assez accroché car Caceres est le candidat idéal pour mettre en œuvre toutes ces monstruosités.

Les corps humains sont démembrés comme de vulgaires pièces de boucher et certaines scènes de torture font cligner les yeux. La représentation du corps humain et son utilisation a ceci d’abject que cette fois et contrairement au run initial d’Ennis, aucun détail ne nous est réellement censuré. On ressent autant de souffrance que de dégout et les exactions des infectés sont finalement bien plus timides que les terribles pensées de Harold (avec un cadrage et quelques risques graphiques de qualité) quand ce dernier ne passe subitement pas à l’acte….

Il s’agit donc d’un spectacle extrême dénué d’humour qui nous place dans la tête du tueur. La subtilité est peut-être écartée mais le résultat est là sans concessions aucune aussi je ne peux recommander cette lecture qu’à un public véritablement averti et adepte d’un humour bien noir sous peine de jeter le vil bouquin aux orties voire au feu d’où l’imagination sans limites de David Lapham n’aurait jamais due peut être être exploitée.

Cette ascension dans la douleur constitue le dernier palier de ce que je peux être en mesure moi-même de lire et on peut déceler ce récit comme véritablement unique en son genre d’où ma notation élevée ainsi que la révélation d’un artiste au talent unique qui sera utilisée à de meilleurs escients ailleurs. En tous cas il sera surement plus difficile de faire quelque chose de plus abject et dans un sens, tant mieux.

Crossed Psychopathe propose une curieuse expérience entre le macabre et le grotesque faisant table rase de tous les tabous et dont j’ignore où le prochain chapitre peut entrainer... Il est essentiel à présent de passer à quelque chose de plus léger mais la curiosité étant un vilain défaut, j’ai quand même l’envie de voir vers quels autres noirs desseins le monde atroce de Crossed peut nous emmener…

Trop malsain pour être recommandé, ce one shot reste un must pour tester vos limites d'une part et montre l'aptitude d'un auteur à utiliser le décor d'un autre pour mettre en œuvre la menace humaine la plus terrifiante jamais rencontrée dans le 9ème art...

Nom série  Crossed - Valeurs familiales  posté le 28/11/2013 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Faut-il être complètement taré ou pervers pour oser lire un tel ouvrage et encore plus l’apprécier ? La réponse est assurément oui à la lecture de ce premier one shot tiré de l’univers sale et malsain créé par Garth Ennis.

En effet David Lapham, scénariste et dessinateur de qualité réputé dans le polar dur et cynique (jetez un œil sur sa bibliographie suffit à s’en rendre compte et j’attends vivement une réédition de qualité de ses Stray Bullets), profite des bases d’un monde apocalyptique peuplé de dégénérés cannibales et violeurs pour appuyer à fond sur la pédale du grotesque, du trash et du répugnant pour nous repeindre une certaine vision décalée d’un American Way of Life puritain et pourri en y ajoutant une bonne dose d’inceste.

Il s’appuie sur les crayons de Javier Barreno dont c’est à priori la première œuvre pour illustrer sa vision de la famille américaine loin d’être idéale mais jugez plutôt…

Les Pratt constituent une famille de dix enfants dont 5 garçons et tout autant de filles dont le père abuse physiquement sous la complicité de toute la famille…. Toute la famille à l’exception de l’ainée des filles, Addy qui essuie les coups par résistance et protestation.

Mais le ranch dans lequel réside cette « jolie » famille va voler en éclats lors du premier assaut des dégénérés à la croix et père et fille devront cohabiter lors de la reconstruction de leur communauté dans un « nouvel Eden » en un seul ennemi commun : les fameux infectés violents. Bien sur, rien ne va se passer comme prévu….

Il fallait oser porter un regard sans complaisance sur ces « valeurs familiales » et y adjoindre un peu tout ce qui peut dégouter de l’espère humaine, qu’elle soit malade ou censée être « saine ». Aucun cliché, aucune compassion ne seront ainsi évitées dans cette escalade tant morale que graphique.

Par chance, si Barreno porte un trait équivalent à celui de Jacen Burrows, le récit passe de l’ambiance anxiogène du premier récit à celle de grandguignolesque pour peu qu’on prenne part aux ébats et débats de viols en tous genre, têtes coupées, langage ordurier et situations des plus grotesques aux plus gores mais dans un rythme bien plus haletant que l’origine.

Je tiens à souligner que je déteste toute violence exercée sur les femmes et enfants mais que les situations sont tellement exagérées que j’ai fini par les trouver aussi funs qu’indigestes et le seul bon gout de ce comics est de ne pas trop s’appesantir sur ces horreurs au-delà d’une case et en priant pour que ça n’arrive jamais dans un monde dit « réél ».

Mais des « cases » et des « cas » aussi extrêmes, on en dénombre une sacrée quantité alors que la réussite du récit de Ennis était de rendre malsaine et pesante une situation qui devient caricaturale façon cinéma bis de seconde zone.

Aucune révélation ne sera faite sur la maladie qui transforme les humains en monstres mais faudrait il pouvoir expliquer déjà pourquoi un homme peut violer ses propres enfants, chose malheureusement encore commune dans notre société de malades. Car au final, Crossed c’est un peu ça, démontrer si besoin était à quel point notre société est malade et court à sa propre perte par l’exagération de nos pires défauts.

Lapham dresse donc un portrait très peu reluisant des monstres qui sommeillent en chacun de nous, tire à boulets rouges sur la religion et ses excès et envoie 10.000 volts au lecteur téméraire d’avoir ouvert et lu ce bouquin si peu reluisant et ragoutant.

Et pourtant on ne s’y ennuie guère et il y a peu de chance de pouvoir relire une autre œuvre aussi sale et immonde mais gardant ce côté exploitation qui plaira aux amateurs de films extrêmes et fauchés mais dont les idées ne manquaient guère…

Une lueur d’espoir ? Il faut parvenir à la dernière case du comics pour le savoir mais en l’état, ce Crossed « Valeurs Familiales » envoie un si gros uppercut qu’on peut en sortir sonné mais ravi car diverti. Une madeleine de Proust pour les adultes avides de sensations fortes qui trouveront Walking Dead plus intelligent sans doute mais aussi bien plus fade..

A réserver à un public bien averti mais comme moi vous pourriez ne pas regretter d’avoir mis le nez dedans tellement parfois ça fait du bien de lire un OVNI et n’oubliez pas que ce n’est qu’un bouquin, bon dieu, ça n’arrive pas dans la réalité ces choses là et encore bien heureusement.

Crossed « Valeurs Famililaes » plaira à peu, voire très peu de gens et je pourrais être considéré comme un grand malade en devenir mais j’assume, je ne peux qu’en recommander la lecture et ai envie de poursuivre les autres arcs parus ou à venir… Jusqu’à l’écœurement final ? Probablement mais la nausée est passée et je veux poursuivre cette série ! Mention spéciale à la maman de Addy qui sera surement repertorié à postérité comme l’un des personnages méchants les plus vilains de toute l’histoire de la bande dessinée !

Au lieu de cracher sur cette série, je préfère la considérer comme un exorcisme de toutes mes peurs les plus ancestrales sublimées par l'exagération des situations. Une façon extrême et divertissante pour éviter peut-être de péter un plomb dans la réalité ? Allez savoir...

Nom série  The Goon  posté le 10/10/2007 (dernière MAJ le 28/11/2013) Modifier cet avis Achat conseillé ? Non
Note Note: 2/5 (Bof, sans plus)
Alors The Goon me parait être une énigme, en effet je n'arrive pas à déterminer si c'est franchement génial ou très surfait et dispensable...

The Goon est un comics composé de petites histoires qui, mises bout à bout, peuvent constituer un récit complet ou parfaitement dissociable.

The Goon, c'est avant tout un type avec une gueule d'abruti comme c'est pas permis, gros bras et casquette de mise, accompagné d'un petit teigneux aux pupilles vides. Ces deux fiers compagnons déambulent dans une ville américaine que l'on situerait dans les années 30 mais qui n'est pas spécialement datée ! Ah, j'oubliais : ils rackettent leur quartier au nom d'un mystérieux mafieux, le protègent des zombies du quartier voisin et jouent aux cartes avec une araignée géante fumant le cigare et chapeautée !

Alors résumé comme tel, on peut se demander si j'ai abusé de drogues illicites ou si j'ai pété un câble mais non : The Goon c'est tout à fait ça ! Rajoutez un dessin de qualité, un crossover avec Hellboy que l'auteur adore et des situations aussi tarabiscotées qu'inutiles d'un point de vue scénaristique (si ce n'est les flashbacks eux fort réussis), le tout saupoudré d'un esprit serial assez réussi et vous obtenez cet étrange cocktail qu'est The Goon !!!!

La messe est dite, tout est dit, zombies, monstres bizarres et humour bourrin, la trame principale se développe aussi vite que le pitch de "Boule & Bill" et vous obtenez le comics à la mode du moment !

Et pourtant j'aime bien ! Car je passe un bon moment avec The Goon, l'édition est de qualité mais très honnêtement c'est dispensable mais c'est tellement con et bien dessiné qu'on peut aimer y revenir facilement !

EDIT Novembre 2013 : Après avoir tout lu tout comme d’autres posteurs déçus avant moi ici jusqu’au tome 6 « Chinatown » inclus censé être de surcroit « la Pierre Angulaire », je ne peux que raviser mon avis plus enthousiaste.

La déception est d’autant plus grande que j’admire vivement le trait d’Eric Powell qui parvient même à le sublimer davantage par des crayonnés sans couleur que l’on peut voir lors des flashbacks du Goon mais il m’est impossible de m’attacher ni aux personnages ni aux scénarios qui se superposent les uns aux autres sans raviver l’intérêt initial (qui finalement se limite à la découverte de l’univers du Goon). Il y a un tel potentiel dans cette série que le gâchis me semble immense.

Il est grand temps que des scénaristes de qualité ou juste des scénaristes insufflent un peu dans les récits du Goon tout ce qui me semble désormais perdu par avance ou qu’on procède à un reboot complet de cet univers car ça tourne en rond sans aucune saveur…

Et je ne parle même pas des incohérences de l’univers mal ficelé qui mélange gangsters des années 30 à zombies, araignées et autres bestioles sorties de nulle part. C’est terriblement macho et ça a au final autant de saveur qu’une tartiflette réchauffée 4 jours après sa première cuisson lors de la relecture…

Je ne sais au final que dire d’autant plus qu’il existe un nombre considérable de fans y compris dans mon entourage qui piaffent d’impatience à chaque nouvel opus. Les seuls bons points résident dans cet univers bigarré et dans le trait unique et expert de Eric Powell mais tout comme John Smith, qu’on lui trouve un scénariste par pitié, il y a grande urgence à renouveler et repenser complètement The Goon en ne conservant Powell qu’aux pinceaux et en lui interdisant de rédiger tout semblant d’histoire !

Nom série  Crossed  posté le 24/11/2013 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 3/5 (Pas mal)
Après avoir longtemps hésité à lire les horreurs que promettait cette série ultra controversée, la très jolie intégrale publiée fin 2013 par Milady m'a aidé à passer le cap et pour cause...

En effet, très grand fan du comics Preacher de Garth Ennis et amateur de zombies, à priori une énième série sur des morts vivants ne pouvait que me faire de l’œil oui mais voilà, je rechigne complètement sur les scènes de viol et l'ultra violence gratuite me dégoute plus qu'elle ne m'attire.

Néanmoins il était impossible de ne pas être au moins attiré, par curiosité maladive ou voyeurisme assumé. cette histoire de fin de monde terriblement pessimiste et où les personnes contaminées deviennent des monstres de perversité malsaine et quasi écœurante.

C'est bien simple, Ennis ne se limite à aucun tabou et accorde peu de crédits à l'origine du mal.
Les quelques survivants apprennent vite à leur dépens qu'il ne faut plus s'attacher au monde comme ils ont pu le connaître et devenir eux mêmes de vils prédateurs quitte à perdre beaucoup d'humanité.

Car il est plutôt question d'inhumanité ici, la maladie pousse n'importe quel être humain contaminé à devenir une bête malsaine et perverse, pouvant proférer les pires blasphèmes, torturer et déchiqueter tout organisme vivant de la plus abjecte des manières (ce récit est assez démonstratif, âmes sensibles s'abstenir) voire sodomiser n'importe quelle partie d'un corps...

Une petite précision s'invite ici : l'éditeur d'origine Avatar Press est bien connu pour ses oeuvres graveleuses mais a le mérite d'assumer complètement ses pitchs de pure exploitation complètement barrées et s'adjoindre de disciples de qualité. A l'instar du Neonomicon de Alan Moore, c'est le servile Jacen Burrows sur laquelle s'appuie la délicate tâche d'illustrer les propos de Crossed. Et le bougre s'en sort plutôt bien quand il faut illustrer sur des pages pleines certaines scènes bien dérangeantes mais fourmillant de détails comme les cases illustrées de Geof Darrow.
Cet artiste n'a pas son pareil pour rendre l'ambiance aussi détaillée que glauque et créér une atmosphère pessimiste et anxyogène des plus convaincantes.

Car même si Ennis cachetonne comme Moore sur un projet mineur mais de consistance, il n'abandonne pas une certaine forme d'humour et quelques critiques plutôt bien senties de notre civilisation.
Ennis arrive également à instaurer une forme de poésie et de réflexion sur notre propre humanité par deux scènes aussi élégamment mises en scène qu'intemporelles, des loups dans une nature enneigée et la lecture du journal de bord d'un militaire.

Le récit s'adjoint également de flashbacks bien souvent nerveux et horribles dans un montage purement cinématographique enrichissant souvent le passé du petit groupe tentant de rejoindre l'Alaska promis comme un Eden immaculé de la violence de leurs contemporains.

Ce qui distingue ce récit d'un Walking Dead ou d'autres récits de zombies et de survie, c'est le danger permanent inculqué en pleine face d'un lecteur complètement perdu face à autant de situations hors normes.

C'est bien simple, on ne sait réellement jamais ou la prochaine page va nous emmener et quel nouveau tabou sera brisé. Quelques surprises et comportements risquent d'en retourner plus d'un, c'est bien simple : on est pris à la gorge comme si on subissait le danger ou la peur de se faire soi-même attrapé et rien que pour cette situation à nulle autre pareille, Crossed mérite amplement d'être lu.

Je n'aurais jamais lu quelque chose d'aussi douloureux et oppressant et en redemanderai presque... Suis je taré ou malade pour autant ? Je ne pense pas mais une seule phrase raisonne au terme de cette lecture : "Ceci n'existe pas, ceci n'existe pas.."

Une expérience peu commune dont il vaut mieux être averti dès le départ, les auteurs ont voulu aller très loin et il semblerait que le pari soit réussi tout en étant moins idiot qu'il n'y pourrait paraitre...

Un regret ? Oui l'idée définitivement perdue que Ennis ne surpassera jamais son Preacher ! Malgré tout, Crossed n'a pas usurpé sa réputation de comics le plus dérangeant pour rien..

Nom série  Biotope  posté le 19/11/2013 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Pour qui apprécie le coup de crayon de Brunö et son talent pour dégoter des scénarios originaux, alors Biotope scénarisé par son comparse Apollo est également un indispensable.

Bien sûr, on retrouve dans ce dyptique tout le charme des productions du duo : un gout pour l’aventure et le dépaysement totale (ici une planète inconnue inhospitalière et végétale), des aventuriers d’ethnies différentes (là une influence policière blacksploitation ) et un humour fin et discret au cœur d’un drame résolument humain dans un environnement de science-fiction).

Le premier tome est tout simplement remarquable avec une enquête atypique sur une colonie lointaine. Les interrogations sur les différents suspects garnissent de façon agréable et non linéaire un récit donc l’ambiance reste pesante.
Apollo décrit de façon très aisée un quotidien plausible et on s’attache rapidement au Commissaire Toussaint qui dispose du caractère idéal pour évoluer en sa compagnie dans un environnement hostile. Bougon et un rien désabusé, il possède le physique rondouillard d’un bureaucrate mais se révèle plutôt malin et incisif. Il demeure le seul guide d’une époque désormais révolue et se retrouve tel le héros de « Lost in Translation » dans une société qu’il ne comprend plus et dont il doit s’adapter.

En filigrane on pourrait presque s’imaginer que Biotope est l’ébauche de ce qui deviendra Commando Colonial dans un tout autre contexte mais il n’en est rien. Il y a suffisamment de personnalité et d’originalité dans ce récit pour passer de la résolution d’un meurtre, début de l’intrigue vers un dépaysement total et une remise en question de tous les enjeux d’origine.

Le second tome nous amène complètement hagard vers une autre face de la planète Biotope dont il vaut mieux taire ici les caractéristiques pour préserver un maximum de surprise même s’il reste en deça de son introduction.

Comme l’ont déjà signalé mes petits camarades, la fin est abrupte et aurait mérité un troisième tome. On est certes loin de la fin sèche de Inner City Blues mais j’avoue que l’ensemble est si passionnant qu’un peu de rab n’aurait surement pas été de trop.

Malgré tout cela, je tiens à signaler le travail encore une fois incroyable de Laurence Croix sur des couleurs, à croire qu’elle est indissociable des planches de Brunö en créant des ambiances artificielles pour des nightclubs galactiques avec couleurs agressives comme un plaidoyer à l’écologie pour la chlorophylle de la planète Biotope.

Au final, il subsiste certes beaucoup de mystères ouverts à l’issue de cette aventure que j’aurais aimé prolonger mais aucune frustration ou déception : Biotope est unique et mérite amplement le coup d’œil pour le dépaysement comme le divertissement qu’il procure.

Nom série  Commando colonial  posté le 18/11/2013 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Encore Brüno ? Encore Apollo ?

Difficile de passer après l’un lorsqu’on adore l’ensemble de ses œuvres et de son style unique aux pinceaux et d’ignorer l’autre lorsqu’on se remémore que les deux auteurs ont livré un Biotope atypique et original…

Commando Colonial c’est un peu comme ces nouvelles séries télévisées que sont « 6 Feet Under » ou « Breaking Bad », vous savez, le genre de trucs dont on regarde sans grande saveur les premiers épisodes en se demandant pourquoi un tel engouement existe et qui vous agrippent pour ne plus vous lâcher….

Premier et non des moindres compliments, Commando Colonial m’a rappelé ce pourquoi j’aimais tant gamin et même encore aujourd’hui les albums de Tintin : le dépaysement géographique et une certaine idée de l’aventure… Des trois tomes actuellement disponibles et lisibles individuellement comme des one-shots complets, le lecteur est transporté d’un pays exotique à un autre avec toute la saveur que peut lui apporter le trait si atypique et racé d’un Brüno qui n’a eu de cesse d’en améliorer le contexte depuis…

Mais de quoi ça peut bien parler ? Malgré le titre qui peut rappeler tristement « la république bananière », il s’agit d’une vision tout à fait décalée mais réaliste de l’action anti-nazie portée par la résistance de De Gaulle à travers deux officiers d’origines différentes mais au service de la France côté résistance ou agents secrets c’est selon.

Si le premier tome reste de facture assez classique permettant d’introduire nos deux protagonistes sur l’ile de Madagascar afin de fédérer les troupes en terre inconnue et encore vierge de tout conflit, il permet également de mesurer la guerre de façon originale vue par Apollo : il peut subsister quelques salauds mais la guerre divise autant qu’elle rapproche. On peut y lire un subtil message sur le comment du pourquoi de la guerre qui sera bien plus développé dans le chef d’œuvre de cette courte série : « Le Loup Gris de la Désolation » qui renvoie autant à Jules Verne avec son Capitaine Nemo allemand qu’à Hergé avec cette île mystérieuse gouvernée par un Portugais exilé.

Le dernier tome qui hélas restera sans séquelles suite au désintérêt injustifié de l’éditeur comme des lecteurs emmène nos héros dans une Eden orientale où le temps ne semble avoir de prise malgré la guerre jusqu’à l’arrivée d’une faction allemande…. Tout aussi savoureux…

Les récits sont rythmés soufflant le chaud comme le froid sur des actions collégiales et ménageant des rythmes apaisés dans le trouble apparent. Le Major Robillard rompu à l’éducation stricte anglaise et aux devoirs militaires contraste agréablement avec le marin Rivière, homme d’action épris de liberté et bons mots d’homme bourru mais éminemment loyal.

Toute l’absurdité de la guerre se tient là dans des récits non seulement d’aventure mais d’introspection résolument philanthropes. L’humour décalé et discret reste très subtil et on ne s’ennuie jamais à lire ces aventures d’un autre temps dans un cadre atypique ce qui rend la lecture de ce fameux commando colonial tout à fait indispensable.

Le point culminant se situe dans les échanges de réflexions entre ennemis courtois sur le sous-marin comme on pourra le lire dans le second tome. Même si on peut considérer l’ensemble comme une trilogie parfaitement aboutie, il est d’autant plus regrettable de s’imaginer que les aventures de ce duo ne se prolongeront pas davantage mais que cela ne vous dissuade pas de lire et acquérir l’ensemble d’une œuvre méconnue mais de grande qualité permettant d’offrir un regard tout à fait juste et moderne sur la Seconde Guerre Mondiale. Une œuvre indispensable de plus au crédit de Brüno appuyé une fois de plus par les couleurs fantastiques de Laurence Croix pour une belle invitation au voyage, entre Tintin et Corto Maltese….

Nom série  Viva pâtàmâch !  posté le 11/11/2013 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 3/5 (Pas mal)
Cornélius nous gâte en cette rentrée 2013 avec la réédition d’un récit apprécié mais peu connu et reconnu illustré par l’unique trublion Killofer sur un scénario de Capron, un des fondateurs de la maison Cornélius par ailleurs.
« Viva Patamach » est un peu l’équivalent du film Brazil à l a sauce franchouillarde.
En effet le récit possède quelques relents orwelliens de tout premier ordre avec cette dictature basée sur la consommation du chewing-gum, pardon de la pâte à macher Rosemou en tant que pensée unique. On y traite également de malbouffe façon Tricatel de l’Aile ou la Cuisse et c’est finalement sur ce ton léger et doux-amer que les auteurs tissent leur implacable fable dont la conclusion en guise de boucle y est des plus savoureuses.

Quoi de mieux que le style outrancier et déconneur de Killofer pour illustrer de tel propos ? La satire sociale y est poussée à l’extrême dans un découpage par chapitres aux pages inégales mais des plus sympathiques. On y suggère également plusieurs strates sociales conférant un monde finalement plus crédible qu’il n’y parait. La narration y est réellement agréable et les dessins tout en rondeur gagnent beaucoup de charme avec l’utilisation de 3 couleurs à dominance rose malabar !!! L’ascension de Roger qui voue un culte au Patamach au point d’y perdre lui-même ses propres repères puis surtout sa chute s’effectue sur plusieurs époques distinctes et on sourit souvent à cette histoire hors normes de grande qualité.

Alors pourquoi seulement 3 étoiles (avec coup de cœur) ? Un léger sentiment de déjà vu parsème cette œuvre malgré quelques rebondissements de bon aloi (je pense à l’exil des égouts, passage savoureux dont les tentatives de fuite sont excellentes. Quelques découpages brusques m’ont fait revenir quelques cases en arrière histoire de bien saisir le fil narratif, tout au juste quelques défauts de jeunesse qui n’entament pas le plaisir d’une œuvre fort divertissante et à la réalisation exceptionnelle (merci une fois de plus à Cornélius pour nous offrir un bouquin à la hauteur de sa conception) mais qui ne laissera je le crains peu de souvenirs impérissables.

Dans tous les cas, une œuvre à découvrir ou redécouvrir….

Nom série  Atar Gull ou le destin d'un esclave modèle  posté le 11/11/2013 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 5/5 (Culte !)
En tant que grand fan unique du trait de Brüno, Atar Gull s'est logiquement retrouvé il y a près de deux ans dans mon cabas sans grande conviction de l'intérêt d'une histoire qui ne m'intéressait à vrai dire pas plus que cela.

C'est donc après ma lecture de l'excellent Tyler Cross du même duo d'auteurs que ma curiosité me piqua à ouvrir d'un peu plus près cette adaptation d'un roman d'Eugène Sue que je connaissais davantage pour ses Mystères de Paris que cette sombre histoire de vengeance.

Et pourtant quelle claque monumentale...

Cela faisait bien longtemps que je n'avais plus lu une oeuvre aussi riche et complète faussement aiguillée par le dessin de Brüno et toujours aussi bien colorée par une Laurence Croix qui magnifie ambiance et climax par sa palette nuancée.

Il s'agit d'un drame terriblement humain en plusieurs actes ou époques à une sombre époque où le bois d'ébène était considéré comme une simple "marchandise" monnayable et convoitée dans des desseins purement lucratifs.

Et on oublie que ces hommes fiers sont simplement les égaux des occidentaux dans leurs qualités comme dans leurs faiblesses.

Un parallèle rapide pourrait être fait entre la destinée d'Atar Gull, qui aurait pu être un roi, et celle du héros de Tarantino, Django.
La différence est que tout aussi cruel soit le film Django Unchained, de larges plages d'humour noir mais néanmoins d'humour traitent de l'esclavage alors que dans cette adaptation rédigée par Fabien Nury, il n'y a pas un seul instant qui prête à rire ou à sourire et la destinée de Atar Gull et des siens, arrachés de leur tribu par des "négriers" ou des pirates, est d'une horreur sans égal qui prête à réfléchir activement sur la montée du racisme actuelle en France. No comment....

Par chance ce n'est pas parce que cette histoire est horriblement triste et mélancolique qu'elle est dénuée de charme comme de poésie, j'étais habitué aux cadrages intelligents de Brüno sur ses oeuvres précèdentes et j'avoue avoir été soufflé par la réalisation purement cinématographique de celle-ci.

Qu'il s'agisse d'une tempête représentée sur deux pages où l'on sent presque l'eau et la houle ruisseler sur nos visages ou d'une scène d'échange de "marchandise", chaque partie contemplant ses acquisitions qu'il s'agisse d'or pour l'un ou d'hommes noirs pour l'autre, le montage en parallèle est d'une rare intelligence.

Je ne sais pas s'il faut féliciter Sue ou Nury mais les dialogues sont également inspirés, faisant clairement passer les esclaves pour de simples objets le plus naturellement du monde, il s'agit d'une horreur peu ordinaire qui le devient aux yeux de ces hommes qui considéraient leurs frères africains comme de simples objets. Tout simplement effarant...

De la traversée des océans aux plantations en Jamaïque, les auteurs insufflent un rythme sans égal se contentant de sublimer leur héros silencieux, Atar Gull d'un charisme sans égal.

Ce personnage restera passif jusqu'à un élément déclencheur qui va réveiller toute sa fureur et sa vengeance sera aussi horrible que féroce et laissera plus d'un lecteur sur le carreau à l'issue de cette histoire complète dont la conclusion formera une boucle subtile avec l'introduction.

Atar Gull deviendra t-il par ses actes réfléchis aussi barbare que les hommes qu'il souhaite condamner ? La réponse sera aussi évidente que la Loi du Thalion d'autant plus que personne n'en sortira indemne avec d'habiles pirouettes scénaristiques que je préfère taire pour en garder toute la saveur.

L'un des derniers aspects non négligeables subsiste par la description des seconds rôles, qu'il s'agisse du terrible Brulard qui mériterait presque un livre à la gloire de ses "méfaits" ou du capitaine du Catherine ainsi que du "brave" maître d'Atar Gull, toutes ces personnes restent dans un recoin même lointain profondément humains.

Rarement touché comme je l'ai été, je ne peux qu'attribuer une note maximale à une oeuvre intelligente sans être manichéenne et que je recommande à tous. Il s'agit peut-être cette fois de la plus belle œuvre à l'heure actuelle de Brüno, en tous cas surement de la plus percutante dans un ensemble qui frôle la perfection.

Fabien Nury ne restera plus longtemps inconnu à mes yeux par la récente acquisition de sa série culte Il était une fois en France dont j'espère ressentir à sa proche lecture le même uppercut.

Il serait d'utilité publique d'enseigner et de prodiguer cette destinée sans faire de leçon de morale dans un monde qui perd ses repères sur les différentes races ou estimes de soi comme d'autrui...

Touchant sans être déprimant, poétique sans être barbant, Atar Gull cumule divertissement et réflexion. Une oeuvre inestimable à ne pas louper.

Nom série  Le Fléau vert  posté le 07/11/2013 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 3/5 (Pas mal)
En voilà un récit foutraque qui démarre à 100 à l’heure comme un jeu video genre GTA avec un bellatre blond roulant des mécaniques et une grosse américaine en dévalant les vallées et en décoiffant les bimbos avant de s’arrêter faire le plein chez un ami pour le voir se faire emporter les bijoux de famille par une plante carnivore géante !

Notre héros voit donc une mystérieuse menace se développer sur toute la planète massacrer l’espère humaine masculine au grand complet avant de se faire capturer lui-même par la reine Hildegarde, nouvelle reine matriarcale et despote d’amazones embrigadées vers un culte de la « racine verte » et bien disposée à utiliser MurphY le dernier homme comme élément reproducteur !

Voilà comment résumer le premiers tiers d’une aventure complètement débile et survitaminée qui ne pourrait tenir la route sans l’énergie communicante d’un Michael Sanlaville faisant ses preuves en solo en amorce d’un Lastman tout aussi dopé et doté des meilleurs atouts pour s’en défendre : un scénario digne d’un film Z, de superbes dessins colorés jusqu’à l’écoeurement et un rythme digne d’un film d’animation japonais où le mot d’ordre serait action non stop !

On se marre devant cette bande de crétins reconstituée d’un transexuel, une nonne efarouchée et d’un gamin effronté venant réconforter notre bellatre crétin mais sanguin !

Quelques scènes de pure reproduction avec les créatures les plus désirables parsèment les pages d’une folie sous acides des plus jouissives. Le tout est bon enfant mais l’auteur parsème son œuvre ultra référentielle mais unique d’une critique acerbe et intelligente de la religion comme aliénation de l’esprit entre deux absurdités des personnages tarés qu’il met en scène (ne pas louper les excès de colère grandioses de la reine Hildegarde grimée comme le boss M.Bison du jeu vidéo Street Fighter).

Le pire c’est que ça fonctionne, ça fonctionne même si bien que le bouquin se dévore en un rien de temps, un petit moment de folie purement gratuite et génératrice de sourires. J’ai rarement vu dans une bd franco-belge autant de cadrages et de découpages aussi bien fichus. C’est plus un bouquin qu’on lit mais carrément un dessin animé qui prend forme sous nos yeux ébahis.

Michael Sanlaville se fait plaisir et donne énormément de plaisir également au lecteur. Si les scènes très explicites d’orgies ou de plans gore interviennent à rythme régulier et dispensent la lecture du grand public, le Fléau Vert est un peu le contrepoint du Lorna de Brüno ou son exact complément.

C’en est presque dommage que l’histoire se consomme en un temps record mais c’est peut-être le prix à payer pour conserver un rythme d’action aussi élevé. Michael Sanlaville est un auteur que je ne connaissais qu’au travers de son travail avec Vives sur Lastman mais il a tous les atouts d’un grand et gageons que ce Fléau Vert devienne un jour une œuvre très convoitée d’un auteur qui n’a déjà plus rien à prouver de son immense talent.

Anecdotique mais jouissif, une lecture idéale pour affronter l’hiver mais qui ne plaira forcément pas à tout le monde.

Nom série  Tyler Cross  posté le 04/11/2013 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Brüno a cette capacité évidente à me charmer par son trait si caractéristique et il a beau trifouiller tous les thèmes possibles et rebattus comme Lorna ou Jun ou des scénarios plus originaux comme Biotope ou Atar Gull, je ne peux que me plier et acquiescer au charme évident de ses créations.

Ici avec Fabien Nury au scénario, on balance méchamment dans la première catégorie, section polars bien noirs. Il ne faut que quelques minutes pour replonger dans un univers à la fois immédiat rappelant les films de Sidney Lumet (12 hommes en colère) comme ceux plus récents par exemple d’Oliver Stone (U-Turn) ou de John Dahl (Red Rock West) où un paria se retrouve dans un village de ploucs inhospitaliers.

Le schéma est bien connu et Tyler Cross, mélange taciturne et classieux de Lee Marvin et de Clint Eastwood n’y échappe pas. Ce qui distingue ce polar d’un autre outre ses qualités graphiques évidentes à admirer aussi bien sous les couleurs de Laurence Croix que d’un noir et blanc approprié selon le choix de l’édition, c’est avant tout le traitement narratif utilisé. On n’échappe pas à la voix off qui passe d’un personnage à un autre en y dévoilant moult points de vue, y compris celui d’un crotale ! Quelques flashbacks viennent étayer également ce joyeux bordel organisé autour de réglements de compte dans une ville gangrénée par une famille pourrie et autres rancoeurs.

Tyler Cross n’a rien d’un saint, il est méthodique et appliqué et se comporte la plupart du temps pour satisfaire uniquement ses propres intérêts. Les personnages gravitant autour de lui ne manquent pas de saveur entre avocat véreux, flics corrompus et tyrans sadiques. Tous les clichés se concentrent en plusieurs points et les morts violentes mais jouissives se succèdent dans une époque rétro où porter un chapeau était signe d’élégance et où ces foutus gsm n’existaient pas.

A Nury et Brüno la lourde charge de parsemer leur récit conventionnel par un humour noir et distingué de bon aloi. On ne s’ennuie pas une seule minute dans ce récit à la fois simple et définitif.
Le style de Brüno s’est encore amélioré avec quelques cadrages arrogants et de superbes scènes de pose pour son héros qu’il affectionne et cela se ressent.

Cela se ressent d’ailleurs tellement qu’une suite ou préquelle est d’ors et déjà prévue. Tout le plaisir des deux auteurs suinte chaque page de ce pur divertissement pour adultes et on en redemande avec plaisir puisque l’histoire se conclut tel un one-shot mais bien trop rapidemment.

Une œuvre indispensable de plus pour ce duo doué que je relirais avec un grand plaisir coupable ! Sans aucun doute le polar le plus recommandable de cette année 2013 !

Nom série  Le Transperceneige  posté le 03/11/2013 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Je me dois de confesser que sans la lumière du film sur cette oeuvre culte mais oubliée depuis longtemps et sa récente réédition comportant les 3 tomes de la série, je serais surement passé à côté d'un petit bijou d'anticipation bien de chez nous...

Le Transperceneige est certes moins subtil que le cultissime S.O.S Bonheur de Van Hamme mais il parle des mêmes peurs et des mêmes incohérences sociales qui parsemaient déjà notre société dans les années 80 et dont les effets néfastes ne sont pas prêts de se tarir hélas actuellement pour arriver à la même conclusion : notre société est viciée de l'intérieur quelque soit le contexte et/ou l'époque.

Si la métaphore utilisée par ce train chargé de survivants après une déconvenue climatique provoquée de la main de l'homme reste naïve, elle est surtout efficace et palpitante tant les pages de chacun des 3 tomes défile à une vitesse aussi vive...

Un train condamné à errer sur un circuit sans fin sur une terre glaciaire peut rappeler Winterworld dans un registre post apocalyptique et survival. Le souci est tout autre car les classes sont maintenant représentées de façon horizontale et non plus verticale : aux bourgeois de voyager en première classe près de la locomotive et au peuple de s'entasser dans les derniers wagons et d'y périr de faim ou d'ennui.

Un homme, Proloff (le bien nommé) parvient à s'échapper des wagons de queue dans l'espoir de remonter jusqu'à la sainte loco et y trouver l'eden sous les yeux d'une jolie fille de classe moyenne souhaitant faire éclater la vérité.

Le premier tome raconte leur "voyage" de wagon en wagon. Il est curieux de voir comme une idée aussi fantaisiste est traitée avec autant d'applomb et de sérieux, soutenu il est vrai par le trait en noir et blanc impeccable de Rochette sur un scénario désabusé du regretté Lob.

L'ensemble manque peut-être parfois de cohérence mais le récit est prenant et poignant, les auteurs ne manquent pas de ressources pour placer le lecteur à la place de l'un des protagonistes de cette triste arche de Noé.

On y parsème un peu de religion, l'opium du peuple et de pouvoir militaire pour marquer au fer blanc une critique à peine déguisée de notre propre société et on obtient un récit de grande qualité dont chaque découverte ou étape est un nouveau lieu de surprises et de rencontres en tous genre...

Il serait dommage d'omettre de parler des deux autres tomes bien moins connus et écrits après la disparition de Lob par Benjamin Legrand transformant alors ce qui pouvait n'être qu'un one shot en trilogie on ne peut plus cohérente quelques 15 ans plus tard.

Car n'en déplaisent aux détracteurs, les récits suivants offrent une nouvelle vision tout en complétant les écrits de Lob et on note un Rochette au sommet de son art avec un tout nouveau style épuré faisant de chaque case un véritable tableau coloré en noir et blanc ressemblant à s'y méprendre à de somptueuses peintures rupestres.

Le second tome parvient même à supplanter l'oeuvre d'origine par un rythme et une progression moins linéaire et des propos encore plus en adéquation avec l'idée de départ.

La Traversée qui suit L'Arpenteur met un terme définitif aux aventures de ce Transperceneige dont il me tarde à présent d'en lire l'adaptation cinématographique.

Dans tous les cas, c'est un excellent récit bien sombre qui adapte de façon originale toutes les craintes et la poésie macabre de 1984 sur voie ferroviaire. Incontournable.

Nom série  Neonomicon  posté le 03/11/2013 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Alan Moore revisite l'oeuvre de H.P. Lovecraft !!!

Cela est suffisamment intriguant pour tenter n'importe quel fan de l'un ou de l'autre de ces auteurs sacrés mais il est peut-être utile de prévenir dès le début que ce récit justement nommé "Neonomicon" en hommage au fameux livre maudit "NeCronomicon" de Abdul al-Hazred, poète arabe dément qui l'aurait écrit en 730 à Damas est destiné à un public adulte averti.

En effet si l'on retrouve aux pinceaux le plutôt doué mais décrié Jacen Burrows qui avait illustré le comics trash Crossed avec son style imméditement reconnaissable, on peut comprendre que ce récit sera tout aussi gore et outrancier, ce qu'il est tout à fait...

La légende veut que Moore ait écrit Neonomicon pour régler ses impôts et dans une période particulièrement énervée où son amour du prochain était au plus bas.

On retrouve donc dans ce récit linéaire et limpide le "maître" au service d'un autre qu'il cite régulièrement et sans détours pour une enquête des plus glauques située quelque part entre X Files pour le duo d'agents et du film Seven pour le côté poisseux et malsain qu'il s'en dégage...

Une série de meurtres avec cadavres amputés de leur mains et au torse ouvert comme une fleur introduit donc un agent black et sa coéquipière, une jolie blonde myope de retour aux affaires après quelques soucis de santé liées à ses mœurs.

Ces meurtres ont été effectués par diverses personnes qui ne se connaissaient pas mais qui possèdent quelques troublants troubles du langage...

L'un de ces criminels n'est autre qu'un ancien agent infiltré aujourd'hui placé en asile (non, non pas à Arkham ) et cette visite va entrainer notre duo vers de stupéfiantes rencontres dont l'issue risque de leur faire aussi mal qu'au lecteur !

Voilà, vous êtes bien accrochés ? La suite relève de l'horreur pure et je ne voudrais ni en dévoiler les artifices ni en dévoiler un peu trop... Disons que le découpage en 4 bandes horizontales permet convenablement d'installer une ambiance bien malsaine dont je me délecte encore tant ce petit bouquin pas du tout convenable m'a plu.

Grand amateur de Lovecraft comme de Moore mais aussi d'histoires policières borderline, j'ai eu beaucoup de plaisir à lire un récit certes linéaire mais parsemé de références et gratiné de quelques scènes chocs à orientation sexuelle (Moore se permet de dévoiler ce que Lovecraft se contentait à juste titre de suggérer) et d'une fin convenue mais tout à fait honorable.

A savoir que la présente édition Urban est agrémenté d'un prologue assez conséquent et basé sur un texte de Moore. La connexion entre les deux récits est évidente puisqu'il s'agit de l'histoire ayant conduit l'agent interné à se "retourner" contre son autorité. Il s'agit là d'un découpage astucieux de deux bandes verticales par page qui se passe exclusivement en voix off et est finalement bien plus subtil que le récit qui suit lui-même.

Au final cette curieuse association ne plaira surement pas à tout le monde et l'ensemble pourra paraître "putassier" mais j'ai fortement apprécié cet écart de conduite qui n'est pas uniquement là pour choquer mais également desservir les propos des deux mentors...

On peut dire qu'on tient à la fois une belle investigation du monde de Ctulhu mais uniquement destiné à un public averti des outrecuidances qu'a bien voulu y glisser un Moore paresseux mais non dénué de talent. Vous êtes prévenus !

Nom série  Fée et tendres Automates  posté le 31/10/2013 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
J’avoue très simplement que je n’aurais jamais pris la peine de lire l’intégrale piochée par hasard dans la bibliothèque d’une amie si l’envie de lire une bd connue mais sans attrait à mes yeux ne se serait manifestée.
En effet, qu’il s’agisse du titre mielleux ou de la couverture post-romantique à souhait, rien ne laissait présager de l’engouement dont je vais tacher de vous faire part dans les lignes suivantes…

Il s’agit d’un énième monde post-apocalyptique illustré à merveille par Béatrice Tillier et repris par un second dessinateur, Franck Leclercq dont on fustige le travail mais qui a l’immense mérite de prolonger le travail graphique des deux premiers tomes sans en atténuer la qualité. Rien que pour cela et le rôle ingrat qu’on a pu lui attribuer, il mérite à la fois respect et coup de chapeau.

Mais de quoi parle cette histoire au juste ? Simplement d’une histoire d’amour impossible entre deux êtres artificiels créés de toutes pièces par un Gepetto reclus dans un monde en déliquescence et à la recherche de l’âme absolue, l’égal en tous points d’une beauté intérieure comme extérieure.

Malheureusement l’univers décrit, mélange de dictature steampunk dans une architecture digne de la Renaissance, est un piège pour toute forme d’espoir et les décors aussi superbes soient ils (et ils le sont) deviennent le cadre d’une guerre civile inhumaine balayant tout espoir et séparant l’automate amoureux d’une fée incomplète et muette d’une histoire d’amour improbable…

J’avoue que les réflexions de l’automate Jam jouant de façon parfois trop répétitive et appuyée sur la relation romantique qu’il souhaiterait vivre avec « sa » fée sont parfois un peu « too much » mais le monde est si habilement mis en scène et le récit rythmé et se jouant sur plusieurs époques que je n’ai eu de cesse d’aller au bout de ce récit atypique.

La poésie « cucul » est par ailleurs contrebalancée par une cruauté sans égal et quelques scènes très dures à représenter mais intelligemment mises en scène et dont je tairais les propos pour ne pas en dévoiler la teneur. C’est d’ailleurs cet équilibre périlleux qui rend l’intégralité du récit si palpitant à lire jusqu’à la dernière page de cet amour impossible mais plutôt original.

Une fois ma lecture achevée, je n’avais qu’une idée en tête : acquérir ce précieux livre qui me rappelle toutes proportions gardées le Réseau Bombyce avec lequel il partage une réputation d’œuvre maudite mais achevée dans la douleur qui me plait au plus haut point…

Ne vous laissez pas abuser par le titre et la couverture aguichante, ce récit est un véritable coup de poing servi par des planches de toute beauté. Un classique que j’ai failli occulter et dont je salue le curieux hasard qui me l’a placé entre les mains.

Nom série  Gung Ho  posté le 09/10/2013 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Jamais entendu parler, jamais vu, jamais feuilleté, pourtant Gung Ho n’est pas une œuvre méconnue du grand public mais n’a pas droit non plus aux honneurs d’une grande sortie.

Et pourtant cette série prévue en 5 volumes - voire en 10 pour qui prend l’option de les choisir en grand format plus bonus MAIS « coupés » en deux parties chacun - a le mérite de sortir un peu des ornières balisées du récit dit d’anticipation voire de survie.

On le sait depuis le chef d’œuvre de Richard Matheson « I am Legend », les récits de fin du monde ont de cela une atmosphère pesante et volontairement pessimiste. C’est donc presque à contre-courant qu’on pourra être surpris par les couleurs si chaudes et le dessin infographique (qui ressemble en plus détaillé aux œuvres d’Arthur de Pins) mais également par le traitement du scénario s’attachant aux émois sexuels et d’intégration de ces deux frangins un poil rebelles.

Car les fameuses « brebis galeuses » qui servent de sous-titre à ce premier volume, ce sont eux.. deux frères orphelins dont aucune communauté ne veut et trimballés de campement en campement comme une sanction disciplinaire.
Dans ce futur pas si éloigné où la nature semble avoir repris ses droits (la nature est omniprésente à chaque page), les auteurs font un maximum d’efforts pour minimiser la « menace » dont on ignorera tout jusqu’aux dernières pages.

C’est de cette ambiance hypocrite où les hommes vivent retranchés derrière des murs, dans une discipline de fer et un entrainement qui ressemble à un jeu que tout se met en place. Ici les adultes font figure de repères périmés, d’autorité ou de dégoût.

Pour un peu on pourrait presque s’imaginer qu’il s’agit d’un invariable conte sur les premiers émois amoureux adolescents mais la menace se fait de plus en plus ressentir sans pour autant avoir plus de renseignements…

Le récit prend de l’ampleur en construisant un monde fictif crédible et attachant sans susciter d’ennui. Le tout est rehaussé par un style bien particulier mais non dénué de talent, les cases sont superbes, le découpage naturel et les couleurs pastel renforcent une sensation de légèreté qui masque bien le calme avant la tempête
Car pour autant il y a suffisamment de détails insignifiants mais dérangeants qui ne cessent de s’accumuler en suscitant la curiosité du lecteur : pari réussi car on n'a de cesse de boucler la lecture sur 80 pages de haute volée…

Curieux de voir quelle tournure va prendre la suite de ce récit car j’ai bien pris conscience de n’avoir que la vision émergée de l’iceberg mais je reste confiant en tous points de vue en ce joli récit par lequel la plupart des gens risque d’être étrangement captivé.
Et chapeau bas au défi visuel qui prouve que les nouvelles méthodes de dessin infographique peuvent avoir du coffre et de l’âme si elles se laissent apprivoiser au service du récit.

Joli coup de cœur, affaire donc à suivre me concernant !

Nom série  Ash (Soleil)  posté le 23/09/2013 Modifier cet avis Achat conseillé ? Non
Note Note: 2/5 (Bof, sans plus)
Pour Ash, la première chose me revenant en mémoire est le sous-titre attribué qui serait le plus approprié à mon sens : « le château de cartes ».

Ash c’est pourtant lors de la découverte un titre intriguant et court, une jolie couverture ayant davantage sa place dans la collection « métamorphose » de Soleil que les « 1800 » qui ont pour but de déformer librement des mythes comme Ctulhu ou Sherlock Holmes dans autant d’adaptations modernes et libres de classiques.

Ici c’est le mythe de Faust qui est mis à rude épreuve par cette quête désespérée de la vie éternelle incarnée par Ash, une jeune demoiselle amnésique dont tout le monde, du laborantin génial mais névrosé au clergé, veut sous sa tutelle après un passage forcé dans une tombe de quelques années pour sorcellerie !!!!

L’œuvre en soit mélange allégrement les genres comme Oliver Twist avec la bande d’orphelins avec une ambiance digne de Bram Stoker pour le coté fantastique et tente de brouiller constamment les cartes. Le premier tome en soi n’est pas déplaisant et est agréablement rythmé, porté par des dessins d’inspiration manga aux couleurs pastel des plus convaincantes même si le rendu informatique n’est pas des plus naturels.

Néanmoins les contraintes liées à la parution en diptyque gâchent considérablement le second tome en le plombant inutilement de personnages secondaires vains et d’un steampunk des plus douteux (la référence du robot du Château dans le Ciel déjà évoquée plus bas est aussi évidente que maladroite). Le tout s’emballe inutilement pour une non conclusion laissant pas mal de personnages sur le carreau alors que le pouvoir originel de Ash dont je vous en laisse la surprise à la lecture promettait de belles choses qui ne seront jamais achevées ou convenablement exploitées, la série s’achevant dans l’indifférence et la médiocrité la plus totale.

Ressort donc de tout cela la sensation de tenir deux beaux ouvrages aux couvertures et aux dessins splendides gâchés par un scénario inachevé et à la banalité confondante… Dans un registre similaire brassant steampunk et damnation je préfère de très loin la série du Régulateur où le diable ne doit pas être tapi bien loin, cette œuvre étant réputée maudite également ! Ash reste donc en l’état un beau château de cartes fragile mais séduisant lorsqu’on achève le tome 1 pour mieux se ratatiner dès le premier coup de vent et ne plus se relever dans le second et dernier tome…

Nom série  Fenêtres sur rue  posté le 09/09/2013 Modifier cet avis Achat conseillé ? Non
Note Note: 3/5 (Pas mal)
Effectivement Fenêtre sur rue est un ouvrage bien particulier. S’apparentant davantage au livre-jeu qu’à la bande dessinée véritablement, il s’agit en fait d’un livre accordéon proposant la vue d’un immeuble et ses riverains ou locataires à diverses heures de la journée ET de la nuit.

Il n’y a aucune parole, simplement des postures différentes qui demandent d’être analysées l’une après l’autre afin de se reconstituer l’histoire tel le voyeur James Stewart dans le chef d’œuvre d’Alfred Hitchcock « Fenêtre sur cour » dont ce film fait directement hommage et référence.

Bon outre le fait que la manipulation n’est pas si aisée (il faut déplier et retourner le bouquin sans cesse comme une carte autoroutière), c’est plutôt assez agréable de noter les différences et de se reconstituer une histoire au fur et à mesure des « informations », on a effectivement comme l’explique Ro la sensation d’assister à une pièce de théatre avec tous les personnages se tenant par la main en guise d’adieu final ce qui détache un peu l’implication du lecteur.

Les dessins sont effectivement assez jolis avec effets pastel mais il n’y a pas non plus le petit détail qui tue et ferait toute la différence afin de rendre l’expérience inoubliable et je pense que cet ovni ludique réussi mais superficiel contentera surtout les fans de Rabaté davantage que les amateurs d’insolite qui en auront rapidement fait le tour sans avoir l’ambition d’y retourner de sitôt.

Agréable à l’œil avec de plus jolies variations sur le coté « nuit » mais exercice finalement assez vain, voici un bel ouvrage qui pourra passer de mains en mains mais fera davantage partie des beaux objets à offrir plutôt que des beaux objets à conserver pour soi !

A noter que l’illustration utilisée ici-même donne une bonne idée de l’objet !

Nom série  Batman - Qu'est-il Arrivé au Chevalier Noir ?  posté le 09/09/2013 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 3/5 (Pas mal)
Je serais bien plus indulgent que les avis précités car s’il ne fait aucun doute sur l’intérêt commercial d’un recueil regroupant toutes les histoires écrites par le très médiatisé Neil Gaiman sur le Caped Crusader, il faut également reconnaître qu’elles sont loin d’être dénuées d’ambition même si je peux reconnaitre facilement comment et où elles ont pu déstabiliser le lecteur lambda des aventures du Batman.

Le gros morceau capitalise sur la mort du Chevalier Noir en rapportant tous les témoignages de ses ennemis, entourage (Alfred et Catwoman mais aussi Superman) et de leurs regrets comme de leur deuil.
Cela permet plusieurs relectures des origines de Batman, chacun s’attribuant une part dans la constitution de sa « légende » et contredisant les propos du précédent conteur comme dans une salle de tribunal.
Le lecteur se fait donc le témoin passif de diverses versions qu’il est en droit d’apprécier ou non, le problème résidant dans le fait que l’histoire ne décolle pas vraiment (il n’y pas vraiment d’intrigue) et que les contradictions peuvent disperser l’attention.

Mais pourtant je suis resté littéralement sur le cul en lisant l’histoire du fidèle Alfred qui remet en cause toute l’histoire du Batman de façon absolument culottée et originale ! Impossible d’en relayer les faits mais si vous voulez être surpris, cette histoire mérite amplement l’attention de tout fan de Batman et du génie de Neil Gaiman ! Dommage par ailleurs que toute l’histoire ne soit pas articulée autour de cette « version » ce qui aurait fait de ce récit un incontournable du Bat-univers alternatif.

La conclusion du cycle de la vie apparait comme plutôt classique et me rappelle le film « Enter the Void » où l’âme d’une personne décédée virevolte dans les airs pour boucler la boucle mais peut-être en ai-je trop dit ?

La seconde histoire sur un interrogatoire d’une Poison Ivy emprisonnée ne manque pas de qualité, exit le Batman qui est juste évoqué et place à un récit réaliste sur la manipulation et la séduction. Dommage que le dessin ne soit pas de qualité car cette histoire courte et secondaire présente une facette réaliste et inattendue… ou pas ?

La troisième histoire m’a laissé complètement de marbre avec cette équipe voulant faire un reportage sur le Joker, les dessins sont très inégaux voire complètement loupés et on se perd dans des considérations pseudo-bavardages sans grand intérêt.

Enfin l’ensemble se conclut sur un récit déjà entraperçu dans la collection Black & White avec le génial Simon Bisley aux pinceaux pour une journée comme les autres pour Batman et le Joker que Gaiman considère comme des comédiens sur la série Batman et s’échangent leur quotidien et leurs peines à subvenir aux besoin de leurs familles respectives comme des acteurs de seconde zone d’un soap opéra ! Court, jubilatoire et encore une pirouette réussie pour Gaiman qui s’amuse comme un petit fou de ces personnages de papier.

En conclusion et sans être un album indispensable, le contenu est bien plus pertinent qu’il n’y parait au premier regard.. Je suis même persuadé que plusieurs lectures permettent d’en apprécier davantage les subtilités mais toutes ces histoires s’inscrivent dans une réalité alternative qui ne répond surement pas aux lecteurs en attente de nouvelles aventures du Chevalier Noir.

Pour les autres curieux et avertis, n’hésitez surtout pas à y jeter un œil !!! On ne va pas reprocher non plus à Gaiman d’avoir su faire preuve d’audace en renversant un peu les codes bien établis de Gotham City !

Nom série  Fernand the polar beer  posté le 09/09/2013 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 3/5 (Pas mal)
Je ne saurais dire si je suis quelqu’un de parfaitement équilibré ou non, Spooky aurait déjà sa réponse à ce sujet brulant mais toujours est-il que je suis particulièrement friand d’humour noir voire trash où rien n’est respecté selon les règles bien établies de la bienveillance.

En cela, ce très méconnu petit bouquin, issu d’un blog dont vous pouvez vous faire une très nette opinion du contenu en suivant le lien web de la fiche ici présente, répond tout à fait à mes attentes avec Fernand, cet ours polaire dont la bonhomie sympathique cache un sombre psychopathe alcoolique porté sur les plaisirs de la sodomie lorsqu’il ne se contente pas de dévorer la population de la banquise arctique…

Tout un charmant programme rehaussé par des gags d’une page sans paroles sous forme de gaufrier et à la ligne informatique claire. Le côté « trichromie » donne un aspect bien séduisant à des images pourtant explicites dans la plupart des cas.

Ce petit album se laisse lire sans aucun déplaisir et fait souvent mouche sur des possibilités plutôt restreintes : enculer, picoler et bouffer pouvant déplaire et à ne clairement pas mettre entre les mains de tout le monde. Mon principal reproche est que ça se lit une fois de plus bien vite et que l’ensemble ne laisse pas un souvenir impérissable même si je compte ce genre d’œuvres sur les doigts d’une main malheureusement.

Le décalage entre l’aspect graphique soigné et les situations incongrues prête néanmoins bien plus à sourire qu’à choquer et cet album se glissera sans aucun doute bien facilement avec le récent « Bang et son gang » sur un registre similaire mais pourtant pas redondant. Vivement conseillé !

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