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Nom série  Neige  posté le 24/02/2015 Modifier cet avis Achat conseillé ? Non
Note Note: 2/5 (Bof, sans plus)
Bien que je ne l’ai jamais évoqué dans ces colonnes, je suis un fervent lecteur de la série Neige, du moins celle d’origine et non pas les spin-offs qui ne m’intéressent pas.

Neige a un potentiel fou et inexploité que je pourrais qualifier d’unique dans la bd franco-belge. Un joli univers post-apocalyptique, des personnages hauts en couleur et un dessin de qualité pour pour peu qu’on le trouve aussi plaisant qu’adapté à ces paysages blancs sans fin d’une infinie poésie.

L’univers développé par Convard est tout simplement incroyable. Il est parti tout simplement d’une excellente idée de base (un orphelin recueilli par un ermite dans un monde polaire à la géographie et aux intentions politiques complètement remodelées), des frontières, une menace extérieure car inconnue et un mystère sur l’origine même de Neige.

Le tout est pavé de bonnes intentions et les premiers tomes se dévorent avec l’envie furieuse de tourner chaque page pour en connaître davantage.

Le trait de Christian Gine peut ne pas plaire car il est témoin d’une époque que les nouvelles générations trouveront révolue mais le trait s’améliore, les couleurs s’adoucissent et perdent au fur et à mesure leur cachet « seventies/eighties » pour adopter une identité qui leur est propre et caractéristique de l’univers unique développé dans Neige tout en restant très cruel et surprenant.

Pour peu que l’on apprécie les odyssées au long cours, le monde développé dans Neige est à la fois intriguant et fascinant. Le problème est tout autre.

Comme lu sur de précédents avis, on ressent passé le premier cycle certaines hésitations ou tâtonnements de la part de l’auteur qui semble prendre son temps ou ne plus trop savoir vers quel artifice s’orienter.

Le souci de ressentir que l’auteur semble ne plus trop savoir vers quelle direction se tourner est un peu désagréable mais le tout pourrait encore faire illusion sans cette attente insupportable entre chaque tome et l’absence totale de suivi. A l’heure actuelle, en tant que lecteur je me sens floué. Floué car je ne sais pas si cette odyssée trouvera une conclusion, si tout le plaisir initial restera de la frustration, frustration entretenue par les derniers tomes qui ne font plus avancer l’histoire comme si le scénariste voulait masquer l’engouement initial perdu.

En cela je pouvais comparer cette série à celle de Sfar et Trondheim, Donjon à la différence que Donjon est une série beaucoup plus jeune, qu’elle a trouvé enfin une conclusion (satisfaisante ou pas) et que chaque tome pouvait presque se lire comme un one shot.

Ici ce n’est pas le cas et j’aurais peut-être trouvé certaines de mes réponses dans Neige Fondation mais cet univers parallèle ne m’intéresse pas. Je suis resté coincé dans les tempêtes de Neige et attends patiemment que Convard vienne m’en sortir… pour le meilleur comme pour le pire mais il serait grand temps de boucler la boucle et que je retrouve enfin l'enthousiasme que j'avais pour cette série à l'origine.

Nom série  L'Homme truqué  posté le 18/02/2015 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Serge Lehman ne cesse d'enrichir son univers de l'Hypermonde dont il a posé les bases dans la Brigade Chimérique.

Ce qui est réellement enthousiasmant pour ce one shot qui peut se lire sans être passé par le gros pavé de base, c'est que les auteurs, scénariste comme dessinateur, en profitent pour gommer et améliorer ce qui me dérangeait dans l'oeuvre matricielle.

A l'origine basé sur les deux romans de Maurice Renard qui apparait aussi comme protagoniste dans la présente bd, "l'Homme Truqué" et "Le péril bleu", Serge Lehman s'en inspire pour les intégrer dans son univers et en faire une préquelle.

Les événements sont antérieurs à ceux racontés dans la fameuse Brigade et se déroulent dans un Paris tout frais de l'armistice de la Grande Guerre soit au début 1919.

La protection de la capitale française est aux mains de Marie Curie qui recueille les mutants des tranchées dans son institut ainsi que du Nyctalope pas encore aussi cynique que dans la Brigade Chimérique.

L'ensemble est mis à mal par l'intrusion du fameux Homme Truqué, un rescapé malheureux de la Grande Guerre et amélioré par "Nous Autres", entité soviétique, qui l'a utilisé comme cobaye et lui a rendu la vue par un appareillage des plus inesthétiques.

L'aventure semble lancée à 100 km/h en prenant bien soin de ne pas perdre le lecteur en route comme c'était souvent le cas dans le livre d'origine.

Lehman prend beaucoup de soin à insuffler un rythme soutenu ainsi qu'un vocabulaire plus appréciable pendant que Gess améliore ses personnages et enrichit ses paysages.

L'ensemble est de toute beauté et renvoie directement à un univers que ne renierait pas E.P. Jacobs pour ses Blake et Mortimer pour le plus grand plaisir des lecteurs.

La menace d'un autre péril d'origine inconnu s’intègre particulièrement bien dans ce milieu de mystères parisiens et on sent enfin la formule gagnante pour cet univers prometteur qui n'a pour seul reproche que de se lire bien vite.

A noter un clin d'oeil discret vers Jean Severac, le héros de la Brigade et on peut se faire une jolie idée de ce que va devenir L'Oeil de la nuit dont Lehman et Gess assurent actuellement la paternité.

Vous avez aimé La Brigade Chimérique ? Lisez l'Homme Truqué.
Vous n'avez pas aimé La Brigade Chimérique ? Alors lisez l'Homme Truqué.

Un must de SF vintage qui fait vraiment plaisir à lire et sans aucune prise de tête.

Nom série  La Brigade Chimérique  posté le 17/02/2015 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 3/5 (Pas mal)
Voici une des séries les plus audacieuses et déstabilisantes dans l'horizon franco-belge.

Il s'agit du pari un peu fou de Serge Lehman de remettre à égalité les récits de super héros européens et qui plus est français côte à côte des oeuvres que les Etats Unis font régulièrement depuis plus de 70 ans.

Bien sur Alan Moore et ses Watchmen sont passés par là, cette fameuse Brigade en gardant la noirceur et le côté adulte désespéré mais en fait un récit singulièrement différent en l'ancrant au coeur des préoccupations de notre histoire la veille de la seconde Guerre Mondiale.

Il y a un côté également Ligue des Gentlemen Extraordinaires avec cette énumération sans faille de références littéraires et culturelles typiquement gauloises. Qui connaissait le Nyctalope ou le tigre Félifax ?

En cela ce récit massif est une incroyable compilation de références pédantes qui flirtent dangereusement avec l'abandon du lecteur en cours.

C'est effectivement le principal reproche au culot du scénariste : larguer toutes les amarres connues ou presque (on y reconnait bien Superman ou Francis Blake ainsi que The Shadow ouf) mais la construction en 12 chapitres parsemées d'autant de petites histoires internes est assez déstabilisant.

Jean Severac le héros renferme en lui une puissance insoupçonnée, la Brigade Chimérique, une équipe constituée de 4 héros légendaires afin de préserver le mince équilibre géopolitique menacé par le professeur Mabuse et un fascisme croissant...

D'alliances rompues en sombres machinations, c'est toute l'Europe qui est effectivement en péril dans un monde en constante mutation depuis les radiations de la Grande Guerre qui ont développé un nombre incroyable de créatures diverses et toutes sous l'influence d'un pays ou d'une puissance.

Difficile de ne pas être perdu dans cet immense gloubi-boulga généreux mais confus. Les chapitres passent d'un personnage à un autre sans que le lecteur ne possède toutes les clés indispensables à une compréhension globale.

Lire la Brigade Chimérique, c'est s'accrocher, continuer et passer également à la lumière les (trop) nombreuses références littéraires inondées par l'auteur.

Après il faut aimer le style graphique de Gess. Volontairement rétro et vintage, on a pas mal comparé_à tort ou à raison_son trait de crayon à celui de Mignola.

Certaines planches semblent baclées, d'autres incroyablement réussies mais je ne suis pas convaincu qu'il s'agisse du meilleur atout séduction.

Les formules utilisées, les dialogues semblent être sur un pied d'égalité pour perdre un peu davantage le lecteur. Lire la Brigade Chimérique a un prix : continuer coute que coute et si possible tout lire en un espace temps réduit afin que l'ensemble garde de sa cohérence narrative.

Car contre toute attente, la Brigade Chimérique séduit, réussit à faire tenir son monde incroyablement trop riche sur la simple ligne de l'imaginaire.

Et lorsque l'imaginaire rejoint la réalité pour une conclusion des plus abruptes et inattendues qu'il soit, alors le pari est réussi.

Les nombreux spin offs (homme truqué, oeil de la nuit, masqué) sont là pour compléter cette expérience harassante mais instructive, l'hypermonde imaginé par Lehman est tout à fait crédible et offre des portes nouvelles excitantes pour de nouvelles intrigues passionnantes mais qu'il fut clairement difficile de continuer à trouver de l'intérêt au milieu de formules narratives exigeantes.

Nom série  The Wake  posté le 17/02/2015 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 3/5 (Pas mal)
The Wake est une mini série complète assez déstabilisante.

Dans cet épais recueil, on y trouve l'intégralité d'un récit qui aurait pu s'étendre sur une dizaine de tomes mais les 10 épisodes que vous y trouverez constituent pour le meilleur comme pour le moins bon une histoire belle et bien complète et achevée.

Lorgnant du côté des blockbusters américains comme Abyss ou Waterworld.
En effet Scott Snyder n'hésite pas une seconde à amener d'un récit horrifique se passant dans les tréfonds des profondeurs à un récit post apocalyptique se situant 200 années après.

La méthode peut sembler brutale et elle l'est car on aurait surement apprécier pouvoir passer un peu plus de temps sur certains événements, en connaitre davantage sur les protagonistes mais Scott Snyder prend le pari de sacraliser ses deux héroïnes, Lee Archer et Leeward sur deux époques différentes en prenant bien soin d'en relier les points à un moment.

La première lecture est déstabilisante, la narration est entrecoupée de flashbacks mais que ce soit de façon brutale ou pas, Snyder met un point d'honneur à tout expliquer, tout du moins le principal.

La seconde période avec ses pirates d'une nouvelle ère et un univers complexe qu'il faut rapidement assimiler est clairement la plus désavantagée car les explications succèdent aux scènes d'action de façon presque trop désarticulée mais l'ensemble reste quand même agréable et la conclusion finale porte un regard pas si bête sur notre propre civilisation.

Le tout aurait pu rester un récit SF de plus sans l'apport hallucinant et inspiré des talents graphiques de Sean Murphy.
Ce type a de l'or dans les pattes avec un style charbonneux et précis qui fera date même si je l'ai trouvé bien plus à l'aise dans les (nombreuses) scènes d'horreur de la première partie.

Dans tous les cas l'oeuvre prête à relire dans son entièreté mais ne doit pas être perçue davantage que comme une bonne série B. Agréable sans être marquant ou inoubliable, le trip reste néanmoins de circonstance.

Nom série  L'Oeil de la nuit  posté le 12/02/2015 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Le Nyctalope est le tout premier super héros européen voire le tout premier super héros tout court contrairement aux idées reçues qui attribue l’origine de ces personnages aux Etats-Unis.
Pour des sombres histoires d’ayant droit, Léo Sainclair devient Théo Sainclair l’œil de la nuit mais garde tous ses attributs.

Au moins le report de ce lointain spin off de la Brigade Chimérique aura permis une publication plus rapide entre les tomes à venir car le second arrive déjà dans deux mois et c’est tant mieux tant cette lecture fut enthousiaste et agréable.

Même sans avoir une notion bien précise de la multitude de personnages connus ou fictifs (on croise dans cette France du début XXième siècle nombre de personnalités honorables), le lecteur ne risque pas de se sentir perdu ou floué tant les enchainements feuilletonnesques s’emboitent avec une précision d’horlogerie suisse.

Mené tambour battant, ce premier tome va dévoiler les origines du pouvoir du futur « Œil de la nuit », Théo Sainclair est un aventurier charismatique issue d’une bourgeoisie influente et va se retrouver bien malgré lui au cœur de machinations multiples avec vol de bijoux martiens et attentat contre son propre père.

J’ai retrouvé avec plaisir le trait brouillon et assuré de Gess apportant un cachet mignolesque et vintage à des aventures qui ont le goût de celles de Blake et Mortimer, le rythme en plus.

Lehmann adore l’univers qu’il a mis en place avec la Brigade Chimérique et qu’il a exploité avec succès pour Masqué et l’Homme Truqué mais ici on dispose d’un récit fluide se suffisant à lui tout seul. L’univers est uchronique, steampunk mais diablement excitant et s’achève sur une véritable renaissance.

Il s’agit d’une bonne vieille SF où les seconds rôles sont également soignés servi dans un écrin « serial » de toute beauté.

Il ne faudrait pas passer à côté d’un univers parfois trop généreux mais riche en promesses à venir.

Divertissant sans être novateur ni rébarbatif, laissez vous tenter, l’évasion est complète. Vivement la suite !

Nom série  Shock Suspenstories  posté le 25/01/2015 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Tout comme Gaston et beaucoup d'autres personnes, je suis fan des histoires courtes style E.C. Comics.

On cite souvent Tales from the Crypt et Crime Suspenstories comme les oeuvres charnières de cette collection unique publiés au début des années 50 dans une Amérique pudibonde et en pleine guerre froide mais on oublie peut-être cette collection lancée dans un second "jet".

En effet, Shock Suspenstories en l'état ne semble être qu'un titre fourre-tout de plus pour E.C. Comics en compilant 4 histoires dans un numéro faisant office de carte de visite.

Ici on trouvera à chaque fois une histoire d'horreur, une de science-fiction, une policière et une autre de guerre.

Dès le second numéro (le présent recueil en compile 6 sur 4 gros bouquins prévus en tout), l'histoire de guerre est remplacée par une histoire que je qualifierais de fait divers ou de société.

Outre la qualité de l'ensemble des histoires avec une chute foutrement culottée pour l'époque, mon attention s'est davantage portée pour une fois sur les histoires "classiques" pointant frontalement du doigt des problèmes hélas toujours d'actualité comme le racisme et l'intolérance.

Les récits sont tout à fait surprenants, dénonçant une mutation des mentalités et utilisant l'ironie comme seule arme face à la bêtise du Maccarthysme et de l'American Way of Life.

Considérés comme "immorales", l'équipe d'E.C. Comics prend des risques éditoriaux énormes pour l'époque en affichant au choix le Ku Klux Klan, l'antisémitisme et la ségrégation des minorités afro-américaines.

C'est un coup de poing pacifique mais non dénué de réflexion encore tristement contemporaine dans l'air du vent en ce mois de janvier 2015....

Il est à mes yeux complètement évident que ce titre E.C. Comics est un monument à la fois de divertissement et d'avertissement dont le message traverse les décennies 60 ans plus tard.

Les autres histoires sont également divertissantes, voire surprenantes ou frisonnantes et sont soutenues par des dessins en noir et blanc de toute beauté par les meilleurs artistes de l'époque.

Plus que jamais, vivement la suite !

Nom série  Urban Games  posté le 14/01/2015 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
"I'm goin' in
To sin city
I'm gonna win
In sin city
Where the lights are bright
Do the town tonight
I'm goin' in
To sin city "

Ce titre de AC/DC inspire l'actuelle histoire au jeune Luc Brunschwig.
Malheureusement pour lui, un autre auteur "méconnu" répondant au sobriquet de Frank Miller a déjà utilisé ces deux mots pour immortaliser sa vision du polar noir dans une ville gangrénée par l'injustice.

Qu'à cela ne tienne ! La vision novatrice de la ville corrompue portera le nom alternatif de "Urban Games" en hommage à cette surenchère de violence télévisée.

Bien avant les immondices de la télé réalité arrivées peu après sur nos chaines nationales, Luc Brunschwig met en scène des émissions futuristes tournées en direct entre une victime présumée et un ange de la rédemption, l'Interceptor.

Sin City devient Monplaisir, une immense métropole futuriste à considérer comme un parc d'attractions géant où tout individu vient claquer son pognon et s'inventer une nouvelle vie dans un bal costumé géant.

Overtime débarque incognito du futur pour poursuivre un dangereux criminel..... mais les apparences ne sont pas ce qu'elles présentent et quelques rencontres fortuites peuvent s'avérer dangereuses...

Tout ceci ne serait il qu'un miroir aux alouettes ? L'histoire est confuse ? Cela vous rappelle t-il une autre bd ?

Il peut paraître curieux pour moi d’aviser une série d’une part abandonnée dès le premier tome et d’autre part après avoir lu les 3 tomes disponibles à ce jour de sa refonte/remake sous le nom de « Urban » par le même scénariste mais avec un tout nouveau dessinateur, Roberto Ricci.

Mais pourtant ce premier tome portait déjà en lui toute la force et la subtilité de ce qui deviendra quelques années plus tard la jolie série d'anticipation que tout le monde connait.

Luc Brunschwig était alors accompagné d'un jeune dessinateur inconnu pour ma part et au style bien plus simple que celui plus travaillé de Ricci.

Pourtant le travail de J-C Raufflet n'est pas du tout vilain, simplement beaucoup plus dans un ton enfantin et coloré pouvant rappeler dans une certaine mesure le travail de Moebius dans l'Incal auquel ce péché de jeunesse fait inconsciemment référence.

C'est un véritable plaisir que de retrouver le scénario des deux premiers tomes de Urban sous un découpage différent, non pas seulement une ébauche mais également une nouvelle distribution des rôles notamment sur le personnage "fantomatique" de Overtime qui est au cœur d'une pirouette scénaristique géniale dont je vous laisse la découverte !

Raufflet nous gratifie d'une splendide double page, de quelques cadrages audacieux et l'ensemble se laisse lire tambour battant jusqu'à l'âpre conclusion qui a du en laisser plus d'un sur le carreau à l'époque.

Par chance, la suite se lit dans Urban mais vous le savez surement déjà

Pourquoi cette série initiale a t-elle été coupée dans son élan et abandonnée ? Mystères et boules de gomme et dans un sens, Urban est plus joli à regarder et plus travailler à lire mais il serait réellement injuste de dénigrer sa genèse alors qu'elle est à portée de main.

Urban Games est donc plus que hautement recommandable si vous appréciez Urban, un bonus qui permet de voir le travail d'écriture entre les deux moutures et une oeuvre qui aurait mérité d'être amenée à son terme même si ce flottement d'une dizaine d'années nous a permis la naissance d'Urban Games 2.0 soit ... Urban !

Nom série  [Rec] - Histoires inédites  posté le 05/01/2015 Modifier cet avis Achat conseillé ? Non
Note Note: 3/5 (Pas mal)
Quand on est devenu un vieux briscard du cinéma fantastique comme moi, nourri aux VHS et aux émissions bis de la défunte chaîne CINQ que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaitre, il devient de plus en plus difficile d’être surpris et amusé par la production fantastique actuelle.

Aussi lorsque le premier [Rec] sort entre 2007 et 2008, l’effet « caméra subjective » alliée à une histoire plutôt effrayante et mystérieuse fait office de bombe.

Les suites auront beau être bien moins inspirées, le résultat sera sensiblement différent à chaque opus pour une série finalement pas si incontournable mais qui aura su faire preuve d’efficacité et inspirer même un remake américain et le présent ouvrage.

Ce petit film Espagnol aura laissé pas mal de questions en suspens. On apprend par les réalisateurs par la préface que toutes les histoires compilées ici auraient servi d’ébauche à d’éventuels scénarios et n’auraient jamais vu le jour sous une forme cinéma.

Plutôt que de laisser ces pages en jachère, il a été demandé à un ensemble d’artistes espagnols de les mettre en image ce qui inaugure pas mal de styles différents sur les 5 chapitres retenus ici.

Cette histoire de zombies/infectés/possédés possède un point de départ commun : le patient zéro personnifié par la sinistre Tristana Medeiros que la couverture met particulièrement bien en valeur.

C’est la véritable bonne idée de ce recueil : utiliser Tristana Medeiros comme une superstar présentant et concluant les récits à l’instar des sinistres personnages de Tales of the Crypt dont ces histoires inédites se font le lointain écho.

En effet, l’impact est tout autre et il est fortement déconseillé de lire ce petit recueil si on n’a pas vu les films. Il s’agit d’histoires courtes et brèves (parfois muettes), renvoyant directement à une scène clé des trois premiers films (la publication d’origine est liée à la sortie du troisième film) soit au choix :

- Que deviennent les 3 ados de [Rec 2] ?
- Comment Tristana est-elle devenue possédée ?
- D’où vient l’infection de [Rec 3] ?
- Que se passe t-il dans les combles du grenier de [Rec 1] ?

Plus une dernière histoire plutôt insipide se déroulant dans un zoo mais sans grand lien avec le reste…

Autant il s’agit d’un bonus plutôt intéressant pour les amateurs de la saga en comblant quelques trous sans non plus être indispensable à la compréhension globale (on a plus la sensation de voir des scènes coupées au montage que des pans essentiels), autant je n’y trouverais guère d’intérêt pour qui n’a vu aucun film.

Les styles sont sensiblement tous différents, on passe d’un style manga tendance gore à un noir et blanc épuré et d’autres styles plus classiques orientés comics. L’ensemble est agréable et se laisse lire sans déplaisir d’autant plus que chaque introduction est précédée d’une manchette de journal permettant de se resituer dans la narration des films. Les quelques personnages inspirés de la saga sont ressemblants à leur interprètes de chair et de sang mais je déplore la brièveté des histoires.

Sans doute n’y avait-il pas davantage à développer et on ressent un gout d’inachevé à l’issue de la lecture.

Ma note finale table sur un 3/5 pour tout fan de la quadrilogie (le tout part d’une bonne intention de départ) qui pourra considérer ce petit bouquin comme un bonus à part entière mais laissera complètement de marbre tout autre lecteur réfractaire ou étranger aux films et pour lesquels un 2 sur 5 sera bien plus ajusté.

PS : Croyez le ou non mais le nom de la petite Medeiros tient son origine par ce chanteur oublié des midinettes : Glenn Medeiros Les Espagnols ont de l'humour !

Nom série  Pue la mort !  posté le 05/01/2015 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 2/5 (Bof, sans plus)
Bisley et Grant se retrouvent le temps d'un petit délire afin de promouvoir en 2009 la toute jeune maison d'édition du scénariste, Berserker Comics.

Cette collaboration sera suivie d'un autre titre la même année toujours sur un mode horrifique, "Church of Hell", encore inédit dans nos contrées.

Ce curieusement nommé en français "Pue la Mort !" (The Dead: Kingdom of Flies en VO) est une courte série publiée en 4 épisodes à l'origine sur le thème longuement rebattu des zombies.

Malheureusement ici l'originalité n'est pas de mise et préfère capitaliser presque entièrement sur la renommée de ses auteurs qui fournissent l'un comme l'autre un travail honnête mais très peu inspiré.

Dans une Angleterre contemporaine, l'invasion zombie n'en est qu'à son troisième jour mais les ravages sont énormes. L'action ici va se focaliser sur une caserne de pompiers que l'on croirait sortis des tréfonds de l'enfer tant ils ont tous une sale gueule.

Rien de bien neuf à ajouter, les auteurs jouent à fond la carte de l'action par une narration rapide et efficace ainsi que celle de la parodie en ajoutant des encarts publicitaires dignes du premier Robocop où le réalisateur Verhoeven glissait une critique efficace de nos médias comme de notre société.

Ici les valeurs tombent et il y aura peu de rescapés entre ceux qui échapperont aux crocs des morts ou des vivants tombés bien bas par survie ou lâcheté, au choix.

Jouant à fond sur un second degré salvateur, l'ensemble aurait pu devenir un petit bijou d'humour noir si le scénario n'était si convenu et on sent que si tout va très vite, il n'y aura aucun souvenir marquant d'une oeuvre de seconde zone faisant davantage office d'épisode genre "un jour de plus chez les zombies".

Bisley délivre un trait nerveux comme à son habitude. Ceux qui apprécient son coup de crayon vont s'y retrouver, ceux pour lesquels ce style sera nouveau vont probablement être perdus.

On a connu plus inspiré mais ça se laisse lire sans plaisir ni déplaisir.

A noter que l'éditeur Wetta propose deux éditions, une limitée à 300 exemplaires avec un style volontairement "Grindhouse" (pages salies et coloration vieux comics plus un format plus grand et quelques pages de bonus) et une plus classique avec colorisation normale.

Rien de bien folichon en somme mais les fans de Bisley dont je fais partie peuvent se laisser tenter... Et l'édition Grindhouse est plutôt jolie.

Nom série  Urban  posté le 12/10/2011 (dernière MAJ le 05/01/2015) Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Urban est une oeuvre qui est dans tous les esprits de ceux qui reviennent de leur libraire. Il faut dire qu’il ne m’a pas fallu davantage que 30 secondes après l’avoir feuilleté pour avoir envie de l’embarquer avec moi. Une bd dont le bouche à oreille s'agrandit au fil des jours, aidé par des critiques quasi unanimes vantant les louanges d’une œuvre revenue de loin (Urban Games avait fait dès lors l’effet d’un pétard mouillé avec abandon du dessinateur dès le premier tome et mésentente avec les Humanos).

Vendu comme un blockbuster de science-fiction tendance Blade Runner, Urban s'avère être une œuvre qui souhaiterait s’affranchir de tout son passé mais repasse tel un hommage les nombreuses références d’une génération élevée aux petits Mickey, Dark Vador, Dragonball et j’en passe si l’on observe attentivement les costumes portés par une population désirant s’abandonner pendant un cours délai dans la cité-parc de loisirs au doux nom évocateur de Monplaisir.

Néanmoins tout n’est pas si rose dans ce monde futuriste à l’instar d’un Soleil Vert où les corps féminins sont réduits à l’état d’objet publicitaire et sexuel et où la violence devient un spectacle télévisé comme dans le Prix du danger d’Yves Boisset.

Une bd pétrie donc d’un propos et d’un fond. Pour autant, ça n'en est pas moins un bouquin saisissant et surtout envoûtant par la beauté des dessins. Je ne sais pas d’où vient ce Roberto Ricci mais j’ai hate de savoir où il va aller tant son talent nous déglingue la rétine par les couleurs, son trait, bref son style !

Après lecture des trois tomes, je dois réviser grandement mon jugement.

En effet, si le premier tome m’avait laissé sur une bonne impression pour l’univers présenté et la maitrise graphique incroyable de Roberto Ricci, je n’étais encore pleinement convaincu par l’histoire mais le scénariste Luc Brunschwig possède mille idées qui explosent enfin dès le second tome par une maitrise narrative surprenante, multipliant les personnages et points de vue et en développant moult flashbacks par une méthode reprenant cadrage et mise en scène digne d’un blockbuster hollywoodien.

Les couleurs et les décors étouffant de détails contribuent grandement à l’ambiance anxiogène d’un univers bien plus complexe qu’il n’y parait. Pourtant le lecteur ne s’y sent jamais lésé ou perdu.

Chaque tome se termine sur un cliffhanger relançant l’histoire et l’intérêt. Au début du tome 3 et des conséquences d’une attaque plongeant le monde dans une obscurité artificielle, je me suis même rappelé pourquoi j’aimais tant la bd franco-belge SF et rien que pour cela…. MERCI aux auteurs !

Du coup je passe ma note de 3 à 4/5 avec un coup de cœur mérité dans l’attente d’une suite à la hauteur de mes espérances mais l’entreprise a l’air suffisamment robuste pour même les dépasser.

En tous cas pour ceux qui y sont restés insensibles c’est vraiment l’œuvre à lire de toute urgence à l’heure actuelle, ne regrettez pas votre ticket pour Monplaisir, vous n’en serez pas déçus.

Nom série  Miracleman  posté le 07/11/2014 (dernière MAJ le 21/12/2014) Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Soyons très honnêtes, je ne suis pas grand fan des publications Marvel dont nous sommes littéralement engloutis régulièrement par toutes les formes de médias et encore plus rarement par l’achat de Comics qui s’éternisent entre arcs, crossovers, mondes parallèles et reboots multiples.

La réédition miraculeuse (et sans jeux de mots) de ce MiracleMan par Panini qui a mis les petits plats dans les grands me serait donc complètement passé par-dessus la tête si je n’avais lu ou entendu plusieurs critiques dithyrambiques de par sa rareté suite à un imbroglio juridique sur les ayant droits et surtout à un argument de choc : Alan Moore !

L’ombre du génial barbu plane sur toute cette série même si son nom ne sera jamais écrit ou à peine évoqué à demi-mots pour des raisons qui lui sont propres par la relecture d’un héros kitsch dont il était fan ado et dont il va opérer un sérieux dépoussiérage en lui donnant une substance alors inédite au début des années 80 et qui peut rappeler le prémisse des grandes œuvres à venir du jeune Moore comme Watchmen en toute première instance.

Malgré une couverture d’une grande laideur et peu affriolante d’un superslip blond rouge et bleu, Panini a voulu soigner l’événement par une édition d’une très grande qualité et agréable au toucher.
Miracleman en a profité pour subir un léger lifting de coloration lui rendant un joli coup de jeune. L’histoire, audacieuse à l’époque, a plutôt bien supporté le poids des années en présentant un journaliste faisant de curieux cauchemars : il se prend pour Miracleman, superhéros disparu subitement il y a quelques années…

Couvrir un acte terroriste pour les besoins d’un reportage va le confronter à sa véritable identité par le cri « Kimota » : Mooran est bien Miracleman !

Ce n’est pas tant le côté naïf et délicieusement vintage qui attire le lecteur curieux mais bien le traitement relativement humain voire adulte d’un quotidien bouleversé par une identité « surnaturelle » à gérer. Le lecteur s’identifie assez rapidement à ce reporter sans grande envergure, à ses problèmes de couple ainsi qu’aux enjeux d’une double personnalité.

Le trouble nait d’une situation sur lesquels on laisse volontairement en suspens certaines questions : Mooran et Miracleman ne font ils qu’un ou sont ils deux protagonistes distincts subsistant tour à tour dans une même enveloppe charnelle ?

Une certaine épaisseur enveloppe de surcroit le tout avec certains personnages resurgeant de cette période dite « d’amnésie » et dont les motivations sont devenues toute autre… Bref il y a pas mal de surprises à venir rendant l’ensemble suffisamment ambitieux pour qu’on attende la suite avec impatience.

Sans être du niveau des meilleures œuvres de l’auteur et desservi par des dessins de qualité, Miracleman est une petite pépite qui risque de tenir en haleine et dont je recommande la lecture assez accessible à tous les amoureux d’histoires de superhéros décalés. Pas indispensable certes mais très agréable et à poursuivre sans aucun doute.

Après lecture du tome 2 :

Malgré une narration assez lourde et pas forcément des plus intéressantes (beaucoup de blabla), ce tome 2 s'avère des plus efficaces.

La compagne de Miracleman, enceinte, est enlevée par un mystérieux scientifique. Du coup Miracleman se met à sa recherche et.... le dénouement entremêlé d'éclats de violence et d'un suspens assez soutenu est diablement surprenant et complètement excitant.

S'ensuivra un accouchement atypique et pas piqué des hannetons emprunt d'un fol réalisme et d'une poésie digne du maître Alan Moore...

La mise en scène est complètement folle, mention spéciale à une scène "au ras des pâquerettes" (je ne peux en dire davantage mais lors de la lecture, pensez à cette scène ).

C'est juste incroyable qu'un tel comics ait pu voir le jour et être publié en l'état au début des années 80 !!!

Rien que pour tout cela, vivement la suite et l'ensemble est suffisamment emballant pour mériter un coup de coeur vraiment mérité !

Nom série  Gotham Central  posté le 12/05/2014 (dernière MAJ le 16/12/2014) Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 5/5 (Culte !)
Batman ?
Brubaker ?

Hum suffisamment d’indices pour me mettre en appétit avec ce Gotham Central qui m’a longtemps fait de l’œil mais dont j’ai préféré attendre la belle réédition par Urban avant de me mettre à table devant ce copieux premier recueil (sur les 4 à paraître).
Quoi de plus malin et de plus ambitieux que de vouloir présenter un regard réaliste sur la ville du Chevalier Noir par les nantis et seconds couteaux dont on ne voit jamais les actes ô combien complémentaires dans le maintien de la justice.. A savoir les flics, inspecteurs et simples mortels de la police de la cité gothique.

C’est un peu le pari (largement réussi) qu’ont bien voulu nous proposer Ed Brubaker qu’on ne présente plus pour ses incursions dans le polar et Greg Rucka.

Soutenu par le trait gras et délicieusement rétro de Michael Lark qui signe tous les dessins de la série, ces histoires peuvent se lire indépendamment comme de simples enquêtes policières mais possèdent le même effet tentaculaire que Criminal : les personnages s’enrichissent au fur et à mesure des histoires, passant du premier au second rôle selon les besoins…

Le point de vue réaliste adopté contraste avec certaines mauvaises rencontres lorsqu’une bête filature ou introspection des lieux place nos inspecteurs nez à nez avec un Mister Freeze ou un Double Face. On constate dès lors l’impuissance de simples humains face à des supers criminels lourdement armés ou tellement pervers que l’aide d’un Batman est au choix indispensable ou vécu de l’intérieur comme un véritable fardeau. On appréciera également l’usage d’équipes de nuit et de jour au sein de la même brigade donnant une tonalité toute singulière. Il s’agit vraiment de chroniques affreusement banales où tout peut basculer d’une minute à l’autre.

Si du point de vue de Batman, tout est vécu comme une charge héroïque avec ses bons et ses mauvais côtés, ici les inspecteurs font ce qu’ils peuvent pour résoudre des histoires sordides de kidnapping, assumer leur vie privée (l’histoire de Renée Montoya et de son homosexualité étalée au grand jour est « LE » récit le plus émouvant et réaliste qui soit lu depuis longtemps) ou vivre le deuil d’un collègue tragiquement disparu.

Batman n’est jamais présent plus d’une ou deux cases par histoire et ses exploits sont manifestement racontés en « off » lui conférant le côté mystérieux que l’on peut lui insuffler.

Vivement la suite, ce Gotham Central peut être lu également par des débutants et je ne peux que le conseiller à un public bien plus large que les comics pour la pertinence de ses propos et l’incursion de surnaturel sans jamais en abuser lors des apparitions de super criminels rendus ici à l’échelle humaine par une équipe d’auteurs fortement inspirés et à l’impact intelligement nuancé.

Terriblement humain, cette collection est indispensable tout simplement.

Après lecture du tome 2 publié chez Urban :

Je prends toujours autant de plaisir à lire ces histoires. La surprise n'est plus au rendez-vous et les bases sont bien posées mais c'est toujours agréable de retrouver certains personnages bien connus des fans de Batman et ce dernier n'est pas en reste puisqu'on y retrouve un Joker aussi machiavélique que celui porté à l'écran par Nolan dans Dark Knight.

Nom série  Idées Noires  posté le 15/12/2014 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Comment ? Je n'ai jamais parlé des "Idées Noires" de Franquin par ici ?

L'avis n'est pas pertinent, il ne va pas révolutionner tout ce qui a déjà été dit par ici mais pour des lecteurs/rices de ma génération, c’est une œuvre culte qui possède plusieurs particularités dont celle de trouver un Franquin inédit bien loin de son Gaston ou Marsupilami dans un trait noir charbonneux impeccable.

Tout n’est pas hilarant mais a le mérite d’être parfaitement original dans un contexte qui ne s’y prêtait guère à l’époque.
Déjà le choix de publier chez Fluide Glacial et non pas chez Dupuis témoigne de la volonté de l’auteur de s’affranchir de l’image proprette que l’on pouvait avoir de lui à l’époque.
Le côté impertinent mais jamais trash permet de rendre ces deux petits livres hautement recommandables et lisibles par un grand public. Les strips sont souvent courts et percutants, peuvent faire sourire ou laisser de marbre mais la beauté des dessins rend la lecture addictive.

Il n’y a rien à dire de plus. Si vous aimez Franquin, cet avis vous passera au dessus de la tête car ces livres vous les avez et les chérissez depuis longtemps. Pour les autres, il s’agira d’une curiosité sur un auteur dont on a beaucoup parlé et qui a démontré avec « Idées Noires » qu’il possédait plusieurs cordes à son arc.

Nom série  Love in Vain  posté le 15/12/2014 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 5/5 (Culte !)
De cette légende du blues Robert Johnson, je ne connaissais rien mais je suis de près l’actualité du dessinateur Mezzo pour qui j’ai une admiration sans limites.

Malgré mes réticences habituelles en termes de biopic (qu’il s’agisse de livres comme de films, les libres interprétations de personnes mortes ou vivantes ne m’ont jamais franchement attiré), j’avoue avoir acquis cet ouvrage sur le seul nom de son auteur.

Et bien m’en a pris puisqu’outre l’élégance inhabituelle de ce joli ouvrage à l’italienne que vous pouvez vous offrir pour moins de 20 euros se cache un récit si prenant qu’il est difficile de lâcher prise avant la dernière page.

Malgré une courte existence, Robert Johnson est connu et reconnu comme étant une des influences majeures des Rolling Stones ou de Led Zeppelin. La légende précise qu’en vagabondant au fil des routes du Mississippi, ce guitariste aurait croisé la route du Diable et lui aurait vendu son âme pour un talent encore aujourd’hui incontestable.

Le rock diabolique serait ainsi né.

Outre la légende, les auteurs dressent un portrait passionnant de l’Amérique des années 1930 proche de l’univers de John Steinbeck que j’affectionne également. En effet l’existence romancée ou pas du jeune Robert est plutôt riche en évènements heureux ou malheureux, d’une enfance ballotée d’un foyer vers un autre à des rencontres artistiques faites des petits hasards de la vie, Robert Johnson se promène tel un poète entre apprentissage et désillusions d’une ville à une autre non sans noyer sa mélancolie dans l’alcool et les couches de femmes mariées et fortunées loin d’être indifférentes au charme de ce séducteur invétéré.

Mezzo est un choix de tout premier ordre pour illustrer par des vignettes de toute beauté cette vie de bohème. On peut s’arrêter devant chaque vignette plusieurs minutes et la détailler (j’aime particulièrement celle où l’artiste gamin joue contre un mur sur une guitare de fortune). Le noir et blanc met particulièrement en valeur le trait charbonneux si caractéristique de l’auteur.

Pour la narration, cela se passe exclusivement en voix off par des vignettes reprenant un peu la trame narrative du « Roi des Mouches », le narrateur ne sera d’ailleurs connu qu’à la toute dernière vignette réservant ou pas une dernière surprise.

Comme déjà indiqué plus haut, il est particulièrement difficile de refermer le livre sans le lire d’une traite. Même si on se doute de l’issue (Robert Johnson meurt dans des conditions mystérieuses assez jeune et après avoir enregistré quelques chansons dont son mythique « Love in Vain » qui donne le titre à cette œuvre), cette vie de bohème est surtout un bel exemple pour représenter la dure vie d’une Amérique du XXème siècle déjà en proie à la crise, au racisme et à une certaine ode à la liberté identitaire.

A noter que le livre dispose de quelques bonus intéressants comme les paroles de quelques-unes de ses chansons (et leur traduction), que la qualité du papier fait honneur aux dessins qui y sont couchés et que cela m’a permis de connaitre une figure emblématique des chansons que j’écoute aujourd’hui et dont on peut percevoir la beauté en les écoutant sur le net ou ailleurs.

Une belle œuvre singulière et probablement une des plus belles découvertes de cette année 2014. Les festivaliers d’Angoulême ne s’y sont pas trompés en sélectionnant cet album pour 2015 et il serait fort injuste que Love in Vain en ressorte sans une ou plusieurs récompenses rendant justice au fantastique travail de Mezzo et Jean-Michel Dupont. En tous cas, primé ou pas ne passez pas à côté de ce petit bijou.

Nom série  Le Grand Pouvoir du Chninkel  posté le 26/11/2014 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 5/5 (Culte !)
Petit flashback pratiquement 20 ans en arrière….

Le service militaire m’a au moins permis de faire la connaissance de mon frère de sang, Youcef, avec lequel entre autres nous gardons de chouettes moments de solidarité de notre impôt national en Allemagne.
Après avoir repris douloureusement nos études l’un comme l’autre, notre amitié s’est poursuivi bien au-delà des treillis et je me souviens encore comme si c’était hier dans sa chambre d’étudiant quelques bds qui trainaient et que je ne connaissais pas. L’une était Sambre dont il n’existait que 3 volumes dans une édition aujourd’hui disparue et la seconde était cet étrange gros bouquin souple au nom imprononçable : le Grand Pouvoir du Chninkel dont la couverture avec ce petit être boudeur et ce gros monolithe tout droit sorti de 2001, l’odyssée de l’espace ne m’inspiraient guère.

Mal m’en a pris, Youcef m’a prêté ses deux séries, une n’est plus qu’un vague souvenir sur une jolie brune aux yeux rouges dont j’ai arrêté de lire les péripéties après le 4ième tome, l’autre est une claque absolue dont je me plais à relire encore et souvent les tribulations en noir et blanc comme en couleurs.

Il faut dire que le noir et blanc charbonneux mais précis de Rosinski m’a séduit immédiatement avec cette introduction d’une bataille rangée avec trois armées complètement différentes. Le découpage est tel qu’il ne peut laisser indifférent un amateur d’Héroic Fantasy.

Au milieu un petit Chninkel, J’on, va rapidement et malgré lui, devenir l’enjeu d’une quête qui le dépasse. Que va-t-il faire de son « pouvoir » divin, lui qui n’aspire qu’à une vie tranquille et à une paix royale…

Dans un humour des plus salvateurs, Van Hamme va mettre en place une histoire assez noire (Dark Fantasy dites-vous ?) avec une ironie assez mordante et des situations plutôt inattendues.

Le dépaysement est total, la fameuse fin m’a laissé sur le carreau pour de bon et j’avoue sans sourciller n’avoir rien lu de tel depuis et encore à ce jour dans un style équivalent.

Je profite de l’occasion d’une nouvelle édition « anniversaire » pour aviser cette série vraiment spéciale pour moi et dont je possède à ce jour 4 éditions différentes. Souvent copiée, pas mal raillée également pour son coté mystique mais grandement reconnue et appréciée, les deux auteurs ne retrouveront plus cette liberté de ton étonnamment novatrice et toujours d’actualité.

Aujourd’hui Youcef et moi avons bien vieilli, habitons à plus de 1000 km l’un de l’autre et tout le monde ici s’en fout. Et pourtant malgré cela, l’amitié existe toujours ainsi que notre intérêt pour les bières, les contes celtiques, les Pogues et le Chninkel.

Un des rares récits que j’ai aimé lire, prends plaisir à lire encore et prendrai plaisir à relire dans 20 ans.

« Un Chninkel pour les amener tous et dans les ténèbres les lier » (pardon Spooky)

Nom série  David Boring  posté le 23/11/2014 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Comme tant d'autres bouquins, cela faisait longtemps qu'un exemplaire de David Boring trônait dans ma collection avec cette même volonté pour ma part de le l'engloutir très rapidement et de le repousser en même temps par peur d'en être déçu ou exclu.

Il faut dire qu'avec un titre pareil évoquant à la fois le leader des Naive New Beaters, celui de David Bowie (dont les consonances orales résonnent comme un miroir) ou tout simplement de l'ennui dont Boring est l'exacte traduction et une couverture peu engageante, je me doutais d'une certaine prise de risques.

Daniel Clowes est un de ces auteurs discrets et ô combien talentueux sachant utiliser l'ordinaire de toute situation pour en faire ressortir quelques souvenirs enfouis en chacun de nous. Reste à percevoir quelle sensibilité remonte le plus à la surface après analyse et ce n'est pas forcément ce qui nous honore le plus.

David Boring c'est exactement cela, une couverture donc représentant le visage du "héros", à la coiffure classique impeccable, moue triste, deux visages de femmes contrariées, deux flingues pointant vers le lecteur et une ombre ou un fantôme nous représentant une inconnue de dos.

Tout est un peu résumé dans cette couverture. Il n'est peut être pas dès lors indispensable d'aller plus loin si elle nous place dans une situation anxiogène car ce sera le cas le long des 3 actes suivants.

Et pourtant j'ai trouvé plutôt plaisant le premier acte nous narrant les déboires amoureux d'un jeune homme maigrelet, pas totalement attirant ni sur de lui et partageant ses expériences sexuelles avec sa colocataire lesbienne Dot, la seule personne qui lui sera fidèle d'un bout à l'autre du récit.

Sa quête de la femme ultime, David Boring, puisque c'est bien de lui dont on suit les traces, va la trouver dans les premières pages de ce premier acte en la présence de Wanda, une jeune fille à la coiffure d'un autre temps et au postérieur jugé trop imposant selon ses dires.

Son départ précipité et sans explications sera donc le point de départ d'une recherche de David Boring, perdu entre une mère trop possessive qu'il fuit et le souvenir d'un père, auteur de sombres comics sans succès, qu'il n'aura pas connu.

Cette recherche d'identité sexuelle et de valeurs familiales trouvera une pause vers le refuge d'une petite île vers le second acte où les protagonistes vont se déchirer tel un récit d'Agatha Christie avant de revenir vers le troisième et dernier acte où nombre de questions trouveront leur réponse, pas nécessairement celles que le lecteur attend mais celles que l'on peut trouver soi même dans notre propre vécu avec une part de réflexion ou d'introspection.

Aucun des personnages n'est réellement attachant ou fascinant. David Boring subit plus qu'il ne contrôle sa propre existence, portant un regard triste et passif sur son vécu. La voix off qu'il anime lui même permet d'introduire une bonne dose d'humour noir et quelques renvois sur des pages précédentes, des personnages apparaissant ici ou là comme des fantômes pour ne revenir que bien des pages plus tardivement comme les hasards de notre propre existence.

La menace d'une invasion terroriste renvoie curieusement à un souffle d'apocalypse. Écrit à la fin des années 1990 et curieusement en avance sur les tristes événements du 11 septembre 2001, Daniel Clowes a simplement posé sur papier les préoccupations toujours légitimes d'ailleurs d'une époque pas si lointaine et d'ailleurs le passage à l'an 2000 se passe bien dans les dernières pages de son David Boring presque comme par défaut sans aucun autre bouleversement.

Daniel Clowes, l'air de rien, maitrise toutes les situations de son récit. Son dessin en noir et blanc, juste magnifique, est une succession de regards fuyants comme sa couverture l'évoquait déjà.
Ses personnages semblent raides et dénués de vie mais ce n'est pas la faute à son coup de crayon. Sa ligne claire est aussi puissante que celle d'un Burns dont il partage également l'hommage au maitre Hergé (l'arrivée sur l'ile est un clin d’œil à la couverture de l'ile mystérieuse sans aucun doute).

On ressort de ce David Boring complètement abasourdi, pas le cœur léger tellement certaines situations renvoient au vécu d'un chacun je suppose. La construction en trois actes complètement différents perturbe un récit se faisant l'hommage de l'ennui, sentiment que je n'ai jamais retrouvé à la lecture tant je m'y suis finalement appliqué à le lire en une seule traite avec plaisir et effectivement il s'agit typiquement d'une lecture pouvant diviser comme rassembler.

Assurément David Boring est une grande œuvre de notre époque malheureusement par ailleurs car ses réponses sont ailleurs.

A ne pas louper pour le meilleur comme pour le pire.

Nom série  Big Man  posté le 22/11/2014 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 3/5 (Pas mal)
A la lecture des précédents avis, je ne peux que me rejoindre complètement sur ce qui a déjà été dit.
Mazzuchelli met en place une fable proche de l'univers de Steinbeck pour son classique Des souris et des hommes dans une campagne américaine sans repère géographique ou chronologique avec l'arrivée d'un géant enchainé sur un radeau et qu'un brave fermier va recueillir dans sa grange.

L'inconnu ne partage ni l'écriture des hommes qui l'entourent et encore moins leur langage mais sa force surhumaine et sa gentillesse vont lui attirer l'amour d'une petite fille attardée ainsi que la sympathie de la bourgade...

Mais lorsque survient quelques hommes de loi, "Big Man" sera considéré comme une menace...

Pétri de bons sentiments et d'une morale appréciable mais téléphonée, le récit de Mazzuchelli se lit d'un bout à l'autre assez rapidement et il n'y aura guère que le grand format adopté par Cornélius pour mettre en évidence ces superbes planches bichromiques avec des effets d'encrage assez réussis.

Par contre peu de surprises, on devine l'issue plus ou moins tragique dès le départ, à aucun moment l'auteur ne mettra le lecteur ainsi que ses personnages dans une situation d'inédit ou de risques ce qui rend la lecture agréable et rapide mais trop classique à mon grand regret.

Reste un joli bouquin qui ne révolutionnera aucun code mais qui garde le mérite de montrer toute l'étendue du talent de Mazzuchelli dans ses premières œuvres.

Voici donc une belle leçon de vie, un bien joli bouquin mais que j'aurais vu davantage compilé avec d'autres récits courts. Par chance ou par dépit pour certains, le "mystère" ne sera jamais complètement dévoilé ce qui laisse un soupçon d'imagination à ceux qui comme moi adorent les fins ouvertes.

Pas indispensable mais pas déplaisant.

Nom série  Barthélémy, l'enfant sans âge  posté le 21/11/2014 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Ce qui rend à mes yeux si élégant l'éditeur Cornélius, c'est cette diversité de récits surprenants, pas forcément tous réussis mais éclectiques et souvent originaux.

Le choix éditorial de Cornélius survole un large panel d'histoires savoureuses, des petites perles qui ne méritent que d'être découvertes et appréciées.

Aujourd'hui c'est Barthélémy qui a les honneurs de cette petite maison d'édition que j'affectionne.

Le récit brasse plusieurs thèmes universels et fantastiques déjà croisés dans Highlander pour l'immortalité, l'étrange histoire de Benjamin Button pour la jeunesse éternelle et un jour sans fin pour la boucle temporelle pour mieux s'en affranchir, détenir une identité propre et mettre en relief un fort sentiment humaniste.

Monsieur Barthélémy est au crépuscule de sa vie. Mourant, il échange son dernier souffle devant son fidèle majordome Toussaint pour se réincarner immédiatement dans le corps de ses 11 ans.

Barthélémy en est dépité. Cela fait 3000 ans qu'il vit et meurt indéfiniment pour mieux renaître tout en gardant ses souvenirs... et ses remords.

Car Barthélémy en a assez de cette malédiction et aimerait pouvoir mourir une fois pour toutes et reposer en paix.

Mais avant d'y penser il doit retourner à l'école et subir l'éducation que sa jeune enveloppe charnelle impose.... encore et toujours mais l'attachement à sa camarade Constance ainsi que la rencontre avec un autre immortel, Auguste vont peut être changer la donne...

Que dire et par où commencer...
Publié dans un petit format souple à l'italienne, l'histoire commence sur les chapeaux de roues comme une comédie où l'on suit le quotidien de Barthélémy à l'école puis on glisse vers le récit d'aventures sans jamais basculer d'un thème vers l'autre.

La mélancolie se mélange à l'humour comme des couleurs dans un tableau.
Les couleurs, justement, le vert et le rouge, éternels antagonistes, se mélangent parfaitement dans une ligne claire naïve mais hautement maîtrisée rappelant souvent Hergé mais aussi l'évasion de Hugo Pratt.

Tout comme le rouge cohabite avec le vert, la mort côtoie la vie. Le message est universel et pourrait pencher vers la nostalgie mais l’œuvre de Simon Roussin est unique et s'affranchit de toute autre référence pour en devenir une à elle seule.

Tour à tour romance, farce, conte ou récit d'aventures, Daytripper a trouvé un équivalent francophone avec ce chouette bouquin, aussi joli à regarder qu'à savourer.
De Toussaint à Auguste en passant par Barthélémy et Constance, tous les personnages sont attachants.. ce qui donne à la conclusion une saveur aussi logique que de toute beauté.

J'espère retrouver cette jolie ligne claire car Simon Roussin possède un style et un talent que bien des éditeurs se mordront les doigts d'avoir laissé filer chez Cornélius.

Longue vie à Barthélémy, Simon Roussin et Cornélius !

Nom série  Mesmo Delivery  posté le 21/11/2014 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Premier défaut et ce sera le seul : ça se lit trop vite, bien trop vite.

Les qualités ? Elles sont nombreuses pour ce mélange improbable de 4ème dimension et de récit tarantinesque, deux qualités complètement requises pour intégrer le Label 619 et notamment une partie d'un Doggybags où ce court mais survitaminé récit aurait trouvé sa place.

Mais Rafael Grampá est un artiste underground qui monte et c'est une excellente surprise que de lire un de ses premiers travaux même si l'oeuvre ne risque pas de plaire à tout le monde.

L'histoire ? On s'en contrefiche ou plutôt elle tient sur du papier à cigarettes : un imitateur raté d'Elvis et un ancien boxeur au look improbable de surhomme blond californien avec casquette vissée sur la tête reconverti en chauffeur sont missionnés par la société Mesmo Delivery de livrer une marchandise dont le contenu reste mystérieux.

Arrêt pipi oblige, le duo s'arrête à une station service perdue sur une route poussiéreuse oubliée des grands axes américains.

Trois autres chauffeurs un poil imbibés narguent le grand malabar blond et c'est le début des bastons et surtout des embrouilles...

Impossible d'en dire davantage sans en dévoiler le sens et surtout le plaisir. L'auteur a juste eu envie également de se faire plaisir en multipliant les références graphiques par un découpage et des cadrages dignes des meilleures séries B et une touche rétro cartoonesque inspirée.

Il faut dire que les dessins ne sont pas en reste avec une colorisation rappelant le site célèbre que vous lisez actuellement (si si) mais également avec une touche de rouge en couleur primaire définissant l'aspect le plus punchy de ce comics : le sang et la violence.

Après quelques scènes d'action assez remarquables (le sens du détail est assez hallucinant), la conclusion arrive bien trop vite mais ne laissera aucun doute sur l'issue du récit.

En un seul mot, il s'agit d'un petit plaisir coupable et remarquable qui pourra en faire tiquer plus d'un mais il est à noter le petit prix de l'éditeur ainsi que la réalisation éditoriale somptueuse comme bien souvent sur le label de Run avec couverture argentée, bonus et croquis, rien ne manque.

Apogée de la violence comme perle d'humour noir (soyez attentifs au "chiffre" évoqué non loin de la conclusion et faites vos comptes ), j'avais vraiment peur d'être déçu (le coup de coeur fut impulsif avec le bouquin entre les mains) mais j'en suis sorti agréablement surpris et satisfait !

Nom série  Scène de crime  posté le 19/11/2014 Modifier cet avis Achat conseillé ? Oui
Note Note: 4/5 (Franchement bien)
Bien avant ces séries géniales que sont Criminal, Incognito ou Gotham Central, en 1999, le trio gagnant Brubaker/Phillips/Lark expérimentait le style de polar noir collant si bien à ses auteurs par cette mini série Scène de Crime qui peut faire office d'introduction à leur travail commun.

Delcourt a eu l'excellente initiative de compiler cette petite perle méconnue en un album que je ne peux que recommander à tous les amoureux de Criminal.

En effet, on retrouve tout le sel des scénarios de Brubaker dans cette histoire de détective privé à la recherche d'une femme disparue et dont le cheminement va s'avérer surprenant, glauque mais toujours palpitant.

Découpé par de petits chapitres courts et utilisant la voix off de Jack Herrigan sur la plupart des cases, cette aventure va s'avérer complexe et relancer le passé de tous les protagonistes y compris celui du héros principal.

Vivant chez son oncle, photographe de scènes de crime de renom, Jack est un jeune détective privé au passé plutôt trouble. Sa profession cherche à enterrer ses vieilles addictions alcoolique et une vie sentimentale désastreuse.
Aussi ne voit-il pas d'un très bon œil de rendre service à Raymonds, un ancien collègue de son père défunt, un flic tombé sous le courroux de la mafia mais il accepte de bonne grâce en mémoire de services rendus.

Retrouver la soeur de la maitresse de Raymonds aurait du être une partie de plaisir mais la mort rapide de cette dernière va le pousser à mettre le doigt dans un engrenage fatal et bien plus complexe que prévu.

Ce qui fait et a toujours fait la force des histoires de Brubaker tient en un seul mot : des personnages de papier extrêmement bien pensés et écrit.
Ce "Scène de crime" ne déroge pas à la règle par la construction de personnages simples mais remarquablement bien pensés et une habileté à rendre l'ordinaire relativement extraordinaire.

Le trait de Phillips et de Lark reste relativement simple mais va droit à l'essentiel. Extrêmement lisible et efficace, l'encrage et la colorisation arrivent à imprégner le décor d'une ambiance pesante et percutante.

Qu'il pleuve ou qu'il fasse nuit, le lecteur ressent les sensations comme s'il s'y trouvait. Les sensations reposent sur celles des grands films noirs et j'ai même ressenti quelques similitudes au "Chinatown" de Polanski avec un Jack Nicholson au nez cassé et une foule d’événements échappant à tout contrôle.

Mais loin d'être un plagiat, ce Scène de Crime est un tout autre hommage, exploitant comme décor les sectes, les mensonges et les secrets enfouis. L'ensemble est original, subtil et se termine par une conclusion réellement réussi levant le voile sur bien des doutes et pas uniquement sur l'intrigue principale.

L'album est complété d'un court récit dit de "Noël" avec les mêmes protagonistes assez anecdotique mais toujours agréable ce qui rend cette édition plus que complète.

Remarquable et habile, loin d'être le brouillon des autres séries de Brubaker, Scène de Crime est un polar divertissant et surprenant pas loin d'être aussi indispensable que les œuvres déjà citées.

Mieux, il ne s'agit pas d'un péché de jeunesse comme j'ai pu le lire ailleurs mais véritablement d'une perle de jeunesse autonome et qui mériterait d'être aussi reconnue que leurs autres travaux. A ne pas louper.

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