Je pense que j'ai découvert cette série trop tard pour l'apprécier totalement. J'avais lu quelques récits dans des vieux Pif Gadget que j'avais trouvé en occasion lorsque j'étais déjà un adolescent et c'est une fois adulte que j'ai enfin pu lire la série en album vu que cela a prit du temps avant que Supermatou soit publié dans ce format.
L'humour s'adresse aux enfants quoique cela peu toujours faire sourire un adulte. J'ai été éblouie par la manière dont Poirier utilisait son imagination parce que les récits vont très loin dans l'absurde et je ne savais jamais ce qui allait se produire dans les histoires. C'est dommage qu'un auteur aussi créatif soit oublié en dehors des nostalgiques de Pif. J'aime aussi son dessin qui est à la fois dynamique et personnelle. Je suis certain que si j'avais lu ça tout petit cela aurait été une de mes bandes dessinées de Pif préférés. Cela reste agréable à lire adulte, mais l'humour est parfois un peu lourd et c'est le genre de série qui devient un peu indigeste lorsqu'on lit des dizaines de récits sans faire de pause.
Spectregraph est un comics signé par le scénariste du remarqué The Nice House on the lake. Il sera ici question d'un manoir (encore), appartenant à un magnat de l'industrie. celui-ci a développé le lieu pour en faire un bâtiment d'exception, une sorte de forteresse énigmatique destinée à construire une machine un peu spéciale. A son décès les acheteurs potentiels sont pressé de visiter ce lieu atypique, et c'est justement une de ces visites qui ouvre l'intrigue.
Ce manoir est surtout le point de départ d'une histoire de fantômes, un récit fantastique qui flirte avec l'horreur, sans pour autant filer la chair de poule. Certes les spectres vont déambuler dans les couloirs et effrayer nos héroïnes, mais les séquences qui les mettent en scènes ne sont pas toujours bien claires. En partie par des découpages et des mises en pages originales, en partie parce que les scènes sont assez sombre, mais aussi et surtout parce que l'action n'est pas toujours très limpide lorsque on a des tranches de fantômes un peu partout dans les pages. On ne comprend pas toujours bien ce qui se passe.
Pour autant, l'histoire n'est pas désagréable. Elle est rythmée par des flashbacks qui amènent progressivement à comprendre ce que le créateur a réussi à faire au fil des années. Et surtout c'est avec curiosité qu'on se demande jusqu'à la fin si nos 2 héroïnes vont réussir à sortir du manoir. L'histoire se conclue en beauté par un final plutôt surprenant et totalement satisfaisant.
Le dessin est assez minimaliste (peu de décors, des personnages souvent esquissés), mais le rendu est plutôt agréable.
C’est surtout l’histoire qui m’a laissé de côté. Je n’ai jamais réellement été captivé par ce récit. La première moitié de l’album nous présente le héros, un père de famille qui a pris une année sabbatique pour « se requinquer », mais qui se sent totalement dépassé lorsqu’il doit s’occuper de ses deux gamins – ce qui entraine quelques tensions avec sa femme. Cette partie est ennuyeuse.
Peu à peu se greffe une intrigue parallèle, puisque notre père de famille enquête sur le passé de son père durant la guerre du Vietnam, persuadé que ses névroses viennent de non-dits de la part de son père. Là aussi je n’ai pas été embarqué par le récit, qui manque de coffre et d’intérêt – d’originalité aussi il faut le dire.
Une lecture décevante.
Southern trees bear a strange fruit
Blood on the leaves and blood at the root
Black bodies swinging in the southern breeze
Strange fruit hanging from the poplar trees
Strange Fruit est une chanson choc datant de 1937 et qui dénonce avec force les lynchages racistes qui avaient encore cours dans le sud des USA. Même si son interprète la plus célèbre est la chanteuse de jazz Billie Holiday, elle avait été écrite deux ans plus tôt par Abel Meeropol, auteur et parolier new yorkais d'origine juive. Ce dernier, sympathisant de la mouvance communiste et marqué par l'injustice qui subissent les peuples opprimés, l'avait écrite comme un vrai pamphlet dénonciateur et comptait bien que la célèbre chanteuse porte son message aux oreilles de tous les américains. Et s'il a fallu un certain temps avant qu'elle accepte de changer de registre pour passer des chansons d'amour à cette chanson politique, elle a finalement fait sa renommée... et en même temps attiré sur elle et sur Meeropol bien des soucis politiques et financiers.
Cet album est une double biographie, celle du parolier et celle de la chanteuse, entre 1939 et 1957. A travers eux, on découvre l'Amérique d'alors, entre Ségrégationnisme et Maccarthysme, racisme et chasse aux communistes. D'un côté, Billie Holiday subissait ce racisme malgré sa fortune, ayant notamment attiré le harcèlement de policiers qui avaient repéré en elle une consommatrice accro à la drogue qui allait peu à peu la détruire. Et d'un autre côté, Abel Meeropol devait jongler entre ses amitiés communistes, sans avoir jamais été lui-même membre du parti, et les conséquences de sa chanson qui là encore ont attiré les regards haineux vers lui et affecté sa carrière.
A. Dan met cela en image avec un style pas forcément parfait mais très classe, notamment grâce à un encrage rappelant le fusain qui se marie bien avec l'élégance des couleurs. La narration prend la forme de souvenirs racontés par les deux protagonistes lorsqu'ils se retrouvent des années plus tard. Cela donne de la vie et évite la structure ennuyeuse des récits historiques, mais les sauts chronologiques en avant et en arrière dans leurs dialogues sont parfois embrouillés et on peut s'y perdre dans ce qu'il s'est passé avant ou après d'autres passages.
Si cette BD est instructive sur une époque, sur une chanteuse célèbre et sur une chanson en particulier et le parcours de son parolier, elle dégage relativement peu d'émotions. Pourtant c'est bien au côté du parolier que l'on est le plus souvent, partageant ses doutes et les ennuis qu'il subit au cours de son parcours. Mais il reste malheureusement relativement distant du lecteur du fait de cette narration qui n'a guère d'autre choix que de sauter de dates en dates tandis que les faits sont racontés au plus proche de la vérité historique. On ressent toutefois largement l'amertume que l'on peut ressentir d'une part à voir une femme talentueuse gâcher sa vie à cause de l'alcool et de la drogue, et d'autre part à voir un artiste écrivain subir les affres d'une époque résolument réactionnaire.
J'ai appris des choses sur ces personnes, cette chanson et cette époque, et j'ai eu droit pour cela à un beau dessin et un bel album, c'est déjà bien.
Ma stratégie ? Elle tient en quatre mots : On gagne, ils perdent.
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Ce tome contient une histoire complète et indépendante de toute autre, de nature historique. Son édition originale date de 2025. Il a été réalisé par Jean-Yves le Naour pour le scénario, et par Cédrick le Bihan pour les dessins et les couleurs. Il comprend cinquante-huit pages de bande dessinée.
Convention républicaine à Detroit, le dix-sept juillet 1980 : la foule scande le nom de Reagan qui apparaît sur le podium. Dans le public, un politique rejoint Gerald Ford et ils médisent sur le dos du candidat. Barry Goldwater monte à la tribune avec ses deux cannes anglaises. Il dresse un panégyrique du candidat : si les États-Unis avaient eu un vrai leader comme Reagan, la guerre du Vietnam n'aurait pas duré plus de quelques jours, si le gouvernement américain avait des tripes l'Iran n'oserait pas prendre des Américains en otage. S'ils avaient un vrai président, l'URSS n'avancerait pas ses pions en Afghanistan ou au Nicaragua car elle aurait peur de la réaction des États-Unis. C'est au tour de Ronald Reagan lui-même de monter à la tribune et de prendre la parole : il fait une blague sur la présence des caméras de télévision, puis il évoque les États-Unis comme terre et refuge de la liberté, et il termine par un instant de prière. Plus tard, il regarde le film Law and order, avec son épouse Nancy à ses côtés. Un conseiller vient le chercher pour réviser les sujets qui seront abordés lors du débat télévisé du soir même avec le président Jimmy Carter. Ce dernier termine sa réponse sur la lutte contre la dépression économique, Reagan répond avec un bon mot : Récession, dépression… Puisque Jimmy Carter veut jouer sur les mots, il va lui donner des définitions. Une récession, c'est quand son voisin perd son boulot. Une dépression, c'est quand on perd le sien… Et la reprise, c'est quand Jimmy Carter perd le sien. Il termine en invitant à voter pour lui pour rendre sa grandeur à l'Amérique.
Les élections se tiennent et les Républicains l'emportent largement dans quarante-quatre états. Le vingt janvier 1981, le président Carter cherche à joindre le président à venir, en vain, ce dernier dort et il ne veut pas être dérangé. Vient enfin la cérémonie d'investiture, mais Reagan ne souhaite toujours pas parler des otages en Iran avec Carter. Il prête serment, et dans son discours il pointe du doigt le fait que le pays souffre d'un trop gros fardeau fiscal, que les Américains ne peuvent pas vivre au-dessus de leurs moyens en empruntant toujours plus. Ils doivent agir aujourd'hui pour préserver demain. Il conclut dans un premier temps par : Dans la crise actuelle, le gouvernement n'est pas la solution, le gouvernement est le problème. Dans un second temps, il assène qu'ils peuvent accomplir de grandes choses, il suffit d'y croire, ils sont américains ! Les journalistes expliquent que le président Reagan a très nettement insisté sur la baisse des impôts et sur la nécessité d'une politique beaucoup moins interventionniste sur le plan économique, accompagnée d'une saine gestion des ressources de l'état fédéral.
Au moins les auteurs annoncent clairement leur positionnement dès la couverture, que ce soit le titre qui qualifie le président quarantième président des États-Unis ou par l'image qui l'affuble d'une moustache de forme caractéristique, par l'espace laissé blanc. Ainsi bien conscient du parti pris affiché des auteurs, le lecteur sait qu'il va découvrir un récit à charge contre Ronald Reagan (1911-2004), pointant du doigt ses capacités intellectuelles limitées et une façon dictatoriale d'agir, ou plutôt démagogique. Ils établissent un portrait peu flatteur : une forme de narcissisme s'exprimant par un amour et une nostalgie pour les films dans lesquels il a tourné dans sa jeunesse, ainsi que des jugements de valeur peu flatteurs sur un acteur comme Rock Hudson. Il fait preuve de différentes formes d'irresponsabilité comme le fait de faire passer son sommeil (par exemple sa sieste) avant les affaires d'état, ou partir de manière impromptue dans sa résidence de vacances en laissant tous les dossiers en plan. Ils le dépeignent comme incapable d'assimiler les informations relatives à des dossiers complexes, de retenir le nom de ses interlocuteurs (par exemple d'autre chefs d'état), de s'arcbouter sur certaines décisions contre l'avis de ses conseillers et des experts (la guerre des étoiles en armant des satellites), sans oublier ses blagues pas toujours drôles, dont celles anti-communistes primaires racontées à Mikhaïl Gorbatchev (1931-2022).
Évidemment, le lecteur sourit en voyant cet individu président de la première puissance mondiale, dépeint comme un crétin, un patriote aveugle content de lui-même, un homme politique qui y va au flanc, un bluffeur doué et chanceux, un homme persuadé de son propre bon sens, une incarnation sur pattes de l'effet Dunning-Kruger. Quel que soit ses convictions politiques, il est possible d'y voir une confirmation du peu d'estime que l'on peut entretenir vis-à-vis des hommes politiques, ou une caricature tellement forcée qu'elle est sans rapport avec la réalité, et qu'on ne saurait s'en trouver vraiment offensé. Les relations entre les deux blocs Est-Ouest deviennent une comédie virant à la farce, l'amitié naissante entre Reagan et Gorbatchev devient irrésistible entre le roublard médiatique et le bosseur responsable. De temps en temps, une affaire ressort, tellement grosse qu'elle aussi participe à cette ambiance humoristique. Donc, parce que quand même, l'affaire Iran-Contra (Contragate), c'est du lourd, que le lecteur la découvre dans la très courte présentation qui en est faite dans cette bande dessinée, ou qu'il en ait suivi les développements au fil des années, du scandale aux annulations de peine, immunités et pardons présidentiels.
L'artiste réalise des dessins dans un registre réaliste et descriptif. Il sait très bien restituer l'apparence de Ronald Reagan, de Mikhail Gorbatchev, et des autres hommes politiques connus. Sa narration visuelle constitue une reconstitution historique solide et documentée, que ce soient les véhicules d'époque, ou les tenues. Il met en œuvre l'équivalent d'une discrète trame mécanographiée de couleur, évoquant à la fois une technique d'impression obsolète, et une sorte de voile qui ternit les souvenirs datant d'une autre époque. le lecteur apprécie l'évocation visuelle du passé très détaillée. Les différents lieux : les rues de Manhattan, la maison blanche, un porte-avion, Berlin et Checkpoint Charlie, la porte de Brandebourg, le ranch Reagan de Santa Barbara, l'ambassade de la Fédération de Russie, la statue de la Liberté, la grande salle de conférence de l'Organisation des Nations Unies, le Kremlin, la villa Fleur-d'Eau à Versoix dans le canton de Genève pour le sommet de 1985, Reykjavik pour le sommet suivant, la place rouge, etc. Au gré de la politique extérieure du président des États-Unis, le lecteur peut se retrouver au Nicaragua, ou en Iran, le temps d'une case.
L'artiste impressionne par la consistance de ses pages et des cases, entre huit et dix par page. Il amalgame harmonieusement les visuels connus car diffusés par les médias, et les scènes de réunions officielles, de réunions de travail, de moments plus personnels de la vie de Reagan, souvent accompagné de son épouse Nancy Reagan (1921-2016). Le lecteur savoure les plans de prise de vue et la direction d'acteurs. L'artiste sait restituer la dimension humaine de chaque séquence, souvent grâce au comportement de Reagan lui-même, et aux réactions de son entourage, mises en scène également à charge la plupart du temps, en cohérence avec le scénario. Il représente le président avec les rides qui attestent de son âge, et la retenue qui sied à une telle fonction, tout en faisant ressortir une touche cowboy de temps à autre, avec une chemise ou un ceinturon. Sans verser dans la caricature ou l'exagération, il fait apparaître des expressions de visage révélatrices, soit de la rouerie de Reagan, soit de l'exaspération plus ou moins prononcée de ses interlocuteurs. Le lecteur découvre régulièrement une scène saisissante au détour d'une case, telle cette rencontre de Reagan avec ses généreux donateurs pour sa campagne de réélection, parmi lesquels il reconnaît du premier coup d’œil, un certain Donald J. Trump.
De temps à autre, un comportement de Reagan ou une de ses décisions provoquent une prise de recul chez le lecteur. Pour commencer, il exerce l'autorité présidentielle, et il sait prendre quelques décisions. Ensuite, il réalise certains de ses discours lui-même, avec une sensibilité populiste qui leur confère une portée et une efficacité redoutable. Par ailleurs, le lecteur garde à l'esprit que personne ne pouvait être dans la tête du président quand il prenait une décision, et que ces scènes correspondent au mieux à des propos rapportés par des tiers, des témoins de premier rang, ou pour certaines à des articles de journaux. Ensuite, même sans connaître dans le détail les réalisations de l'administration de ces deux mandants, il se doute que d'autres choses ont été accomplies, par exemple l'amnistie de trois millions d'immigrés clandestins et la prise en charge d'urgence de tous les patients par les hôpitaux, percevant des aides au titre de Medicare. Et de nombreux faits sont omis, à commencer par la tentative d'assassinat du trente mars 1981 à l'encontre de Reagan qui fut touché d'une balle à la poitrine. Enfin, la gouvernance d'un pays, et a fortiori des États-Unis, relève d'une mécanique beaucoup plus complexe que les seuls choix de son président. Tout ceci renvoie le lecteur au parti prix explicite des auteurs et à la narration orientée qui en découle : partiale, certainement révélatrice d'un pan de la personnalité de Reagan, forcément incomplète, mettant en lumière qu'il ne s'agit que d'un homme avec ses imperfections, et la nécessité d'un contre-pouvoir. Mais quand même… Lorsque Trump déclare à son voisin que : Il ne faut pas se fier aux politiques, on n'est jamais aussi bien servi que par soi-même, tant que les affairistes n'auront pas un des leurs installés à la Maison Blanche, ils seront exposés aux dangers de la démocratie, le lecteur sent un mélange d'indignation et de fatalité s'abattre sur lui.
Un titre indiquant explicitement le parti pris des auteurs, et l'approche insolente de l'ouvrage. Ce choix induit également une forme de narration amusée très agréable à la lecture. Les auteurs font œuvre d'une solide reconstitution historique bien documentée, de cette période riche en événements. Ils ont choisi leur axe : le rôle de Ronald Reagan dans la fin de la guerre froide. En fonction de ses convictions, le lecteur se positionne par rapport à ce point de vue, la bande dessinée générant en lui une prise de recul l'incitant à réfléchir sur les différentes facettes de cette réalité complexe. Une œuvre salutaire de réflexion.
Nouvel album avec un concept déjà utilisé, ce "Fantasy" (dommage que le titre soit aussi banal) nous propose cependant quelque chose d'assez ambitieux.
Nous avons donc deux trames qui se déroulent non pas en parallèle (la perception du temps étant très différenciée entre les deux versants), mais avec une fin commune, lorsque la quête des deux héroïnes prend fin. Pour ma part j'ai commencé par l'histoire mettant en scène Yourcenar, la géante qui sacrifie son amour de jeunesse pour une prophétie très particulière. Cette histoire n'est pas exempte de surprises, y compris la toute dernière, lorsque Your atteint son objectif. J'ai bien été pris par celle-ci, même si la lecture a été un peu hachée.
J'ai ensuite lu l'histoire d'Alma, qui se déroule dans une dimension temporelle différente, et qui donne très vite un indice sur le dénouement du récit. Cependant là encore je ne savais pas trop à quoi m'attendre et me suis laissé porter par l'histoire, une aventure peut-être plus classique que pour Yourcenar. de plus, du fait de cette distorsion temporelle, cette deuxième partie a été plus linéaire que la première, ce qui n'a m'a cependant pas transporté autant que la première. Il semblerait que Yoann Kavege soit plus doué pour des dialogues élégiaques que pour des considérations simplement "guerrières". Je fais à dessein des raccourcis.
Mais l'ensemble est servie par un dessin très beau, qui manque peut-être encore de maturité, mais on sent que c'est là l'œuvre que l'auteur a porté en lui et mis sur le papier durant un processus qui a dû s'étirer sur plusieurs années. Il y a du talent dans ces cadrages, dans ces couleurs, dans ces designs de costumes diversifiés. Un peu moins dans les créatures, mais comme elle n'apparaissent qu'assez peu, cela n'a pas d'importance.
Je recommande vivement, ne serait-ce que pour le concept.
Eric Corbeyran et Aurélien Morinière nous proposent avec cet album une "suite" à L'Homme Bouc qu'ils nous avaient proposée il y a 5 ans. Si je mets des guillemets à "suite", c'est qu'il peut très bien se lire indépendamment de L'Homme Bouc ; ce fut le cas pour moi. (Précision : si L'Homme Bouc était en noir et blanc, ce nouvel opus est colorisé.)
Le récit commence par l'étrange découverte d'un campement abandonné en pleine forêt par un jeune couple. Tout laisse à pensé qu'il était occupé très récemment, jusqu'au téléphone mobile qu'ils retrouvent près d'un feu de camp. Leur découverte tourne au cauchemar, quand, sur le retour, ils se font attaquer par une meute de bêtes sauvages. La jeune femme est quasi dévorée devant le yeux de son compagnon qui parviendra miraculeusement à s'enfuir... Gaëlle Démeter est chargée de l'enquête et va s'adjoindre les services d'une ancienne compagne, Blanche, qui est shamane.
L'ésotérisme pointe alors subrepticement son nez, pour s'imposer tambours battants au fil des chapitres.
Les amateurs du genre ne pourront bouder leur plaisir, c'est bien construit et raconté, servi par un dessin d'Aurélien Morinière qui jongle parfaitement entre réalisme et fantastique, lui laissant le loisir de nous en mettre plein la vue avec de magnifiques pleines pages et double page. Si c'est dans sa représentation de la nature qu'il excelle, décors et personnages ne sont pas en reste et nous donnent à lire un album très réussi.
Classique mais bien revisité, ce thriller fantastique fait plus que le job !
Avec cette BD, Nury et Brüno s'essaieraient presque à faire du Burns, ce qui n'est pas pour me déplaire. Mais ce ne sont que des promesses pour l'instant et il faudra attendre la suite pour véritablement juger de l'ensemble.
En tout cas, les bases sont là, le livre est très prenant, les dessins de Brüno sont toujours aussi superbes et le scénario, très solide, est ultra intriguant, à tiroirs et propose donc différentes grilles de lecture.
Malgré son imposante pagination, le livre se révèle assez frustrant car se résume à une profonde mise en place de l'intrigue, une mise en bouche donc qui attise notre appétit!
Le parallèle avec la vie et l'oeuvre de L. Ron Hubbard est évident.
Ou cela va-t-il emmener nos deux auteurs?
Je brule d'impatience!
Vite la suite!!!
L’Italie est décidément encore loin d’avoir livré tous ses secrets en matière de 9e Art. Chaque année apporte son lot de talent. Cette année, c’est donc au tour de Michele Peroncini de signer là, en même temps que sa toute première BD, un coup de maître. Ou peu s’en faut…
Le scénario est tranquille. Il s’étire, prend le temps du soleil d’Italie. Tout au long de ma lecture, on relève un parallèle flagrant avec le cinéma. On songe indistinctement à Visconti ou Antonioni pour l’aspect parfois très onirique où les scènes de rêves se mêlent étroitement à la réalité. L’ambiance générale rappelle celle des films de Risi, populaire. On songe aussi à Benigni ou Moretti pour l’humour et les dialogues aux petits oignons frais. Les mouvements célestes est baigné dans la comédie italienne des sixties. Peroncini en outre, nous offre des personnages truculents à travers ce trio déjanté. Mais tous les personnages sont bons. Ajoutons que l’humour est bien présent (d’où la comédie italienne).
Et puis, n’est-ce pas l’auteur lui-même qui se représente sous les traits de Gian ?...
Mais c’est surtout le dessin qui m’a renversé. C’est un régal du début à la fin. Le trait est à la fois délié et très précis. Le travail sur la couleur se distingue de manière notable pour sa très grande qualité. Chaque page ou presque apporte sa petite surprise : effet de couleur, jeu de lumière…
J’ai lu cette BD d’une traite, et seules les vingt dernières pages m’ont un peu laissé perplexe, au moment où le récit part dans le fantastique hallucinatoire pour ne plus revenir. Quant à la toute fin, j’avoue ne pas avoir tout compris. Mais qu’importe ! Cette lecture a été un tel plaisir que je ne peux que mettre un coup de cœur. J’ai éprouvé la même voracité que lors de ma découverte de Pierre-Oliver Gomont, à qui au passage Peroncini peut être comparé en ce qui concerne le dynamisme du récit. Une très bonne surprise !
Décidément, le dessin de Singelin a bien évolué depuis que je l’avais découvert sur King David. J’avais déjà remarqué ce nouveau style sur P.T.S.D.. Et, avec ce « Frontier », je me fais les mêmes remarques. A savoir que certains aspects de ce dessin ne sont pas mon truc, qu’a priori je n’en suis pas fan. Mais que rapidement je l’apprécie et le trouve globalement très agréable et fluide. C’est aussi que j’aime vraiment beaucoup la colorisation.
L’album est épais, et prend le temps de développer l’intrigue – même si finalement elle n’est pas si étoffée que ça – et surtout les personnages et tout ce qui peut les lier.
D’ailleurs, même si on est dans de la SF pure, que l’intrigue se déroule dans l’espace, sur des stations spatiales ou sur certaines planètes, tout est centré sur les personnages, tout le reste ne constituant que des décors autour de leurs relations, du cheminement de leurs personnalités.
La narration est fluide, et l’histoire plutôt agréable à suivre. Même si une nouvelle fois Singelin nous amène à un happy-end rassérénant, il prend le temps d’amener ça en douceur, sans que ce soit trop artificiel. On peut quand même trouver que l’évolution des personnages manque de soubresauts, que tout est peut-être un chouia trop « évident ». Mais les personnages sont attachants, et l’histoire plaisante. La lecture l’est tout autant.
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Supermatou
Je pense que j'ai découvert cette série trop tard pour l'apprécier totalement. J'avais lu quelques récits dans des vieux Pif Gadget que j'avais trouvé en occasion lorsque j'étais déjà un adolescent et c'est une fois adulte que j'ai enfin pu lire la série en album vu que cela a prit du temps avant que Supermatou soit publié dans ce format. L'humour s'adresse aux enfants quoique cela peu toujours faire sourire un adulte. J'ai été éblouie par la manière dont Poirier utilisait son imagination parce que les récits vont très loin dans l'absurde et je ne savais jamais ce qui allait se produire dans les histoires. C'est dommage qu'un auteur aussi créatif soit oublié en dehors des nostalgiques de Pif. J'aime aussi son dessin qui est à la fois dynamique et personnelle. Je suis certain que si j'avais lu ça tout petit cela aurait été une de mes bandes dessinées de Pif préférés. Cela reste agréable à lire adulte, mais l'humour est parfois un peu lourd et c'est le genre de série qui devient un peu indigeste lorsqu'on lit des dizaines de récits sans faire de pause.
Spectregraph
Spectregraph est un comics signé par le scénariste du remarqué The Nice House on the lake. Il sera ici question d'un manoir (encore), appartenant à un magnat de l'industrie. celui-ci a développé le lieu pour en faire un bâtiment d'exception, une sorte de forteresse énigmatique destinée à construire une machine un peu spéciale. A son décès les acheteurs potentiels sont pressé de visiter ce lieu atypique, et c'est justement une de ces visites qui ouvre l'intrigue. Ce manoir est surtout le point de départ d'une histoire de fantômes, un récit fantastique qui flirte avec l'horreur, sans pour autant filer la chair de poule. Certes les spectres vont déambuler dans les couloirs et effrayer nos héroïnes, mais les séquences qui les mettent en scènes ne sont pas toujours bien claires. En partie par des découpages et des mises en pages originales, en partie parce que les scènes sont assez sombre, mais aussi et surtout parce que l'action n'est pas toujours très limpide lorsque on a des tranches de fantômes un peu partout dans les pages. On ne comprend pas toujours bien ce qui se passe. Pour autant, l'histoire n'est pas désagréable. Elle est rythmée par des flashbacks qui amènent progressivement à comprendre ce que le créateur a réussi à faire au fil des années. Et surtout c'est avec curiosité qu'on se demande jusqu'à la fin si nos 2 héroïnes vont réussir à sortir du manoir. L'histoire se conclue en beauté par un final plutôt surprenant et totalement satisfaisant.
Géants aux pieds d'argile
Le dessin est assez minimaliste (peu de décors, des personnages souvent esquissés), mais le rendu est plutôt agréable. C’est surtout l’histoire qui m’a laissé de côté. Je n’ai jamais réellement été captivé par ce récit. La première moitié de l’album nous présente le héros, un père de famille qui a pris une année sabbatique pour « se requinquer », mais qui se sent totalement dépassé lorsqu’il doit s’occuper de ses deux gamins – ce qui entraine quelques tensions avec sa femme. Cette partie est ennuyeuse. Peu à peu se greffe une intrigue parallèle, puisque notre père de famille enquête sur le passé de son père durant la guerre du Vietnam, persuadé que ses névroses viennent de non-dits de la part de son père. Là aussi je n’ai pas été embarqué par le récit, qui manque de coffre et d’intérêt – d’originalité aussi il faut le dire. Une lecture décevante.
Strange Fruit - La Chanson d'Abel
Southern trees bear a strange fruit Blood on the leaves and blood at the root Black bodies swinging in the southern breeze Strange fruit hanging from the poplar trees Strange Fruit est une chanson choc datant de 1937 et qui dénonce avec force les lynchages racistes qui avaient encore cours dans le sud des USA. Même si son interprète la plus célèbre est la chanteuse de jazz Billie Holiday, elle avait été écrite deux ans plus tôt par Abel Meeropol, auteur et parolier new yorkais d'origine juive. Ce dernier, sympathisant de la mouvance communiste et marqué par l'injustice qui subissent les peuples opprimés, l'avait écrite comme un vrai pamphlet dénonciateur et comptait bien que la célèbre chanteuse porte son message aux oreilles de tous les américains. Et s'il a fallu un certain temps avant qu'elle accepte de changer de registre pour passer des chansons d'amour à cette chanson politique, elle a finalement fait sa renommée... et en même temps attiré sur elle et sur Meeropol bien des soucis politiques et financiers. Cet album est une double biographie, celle du parolier et celle de la chanteuse, entre 1939 et 1957. A travers eux, on découvre l'Amérique d'alors, entre Ségrégationnisme et Maccarthysme, racisme et chasse aux communistes. D'un côté, Billie Holiday subissait ce racisme malgré sa fortune, ayant notamment attiré le harcèlement de policiers qui avaient repéré en elle une consommatrice accro à la drogue qui allait peu à peu la détruire. Et d'un autre côté, Abel Meeropol devait jongler entre ses amitiés communistes, sans avoir jamais été lui-même membre du parti, et les conséquences de sa chanson qui là encore ont attiré les regards haineux vers lui et affecté sa carrière. A. Dan met cela en image avec un style pas forcément parfait mais très classe, notamment grâce à un encrage rappelant le fusain qui se marie bien avec l'élégance des couleurs. La narration prend la forme de souvenirs racontés par les deux protagonistes lorsqu'ils se retrouvent des années plus tard. Cela donne de la vie et évite la structure ennuyeuse des récits historiques, mais les sauts chronologiques en avant et en arrière dans leurs dialogues sont parfois embrouillés et on peut s'y perdre dans ce qu'il s'est passé avant ou après d'autres passages. Si cette BD est instructive sur une époque, sur une chanteuse célèbre et sur une chanson en particulier et le parcours de son parolier, elle dégage relativement peu d'émotions. Pourtant c'est bien au côté du parolier que l'on est le plus souvent, partageant ses doutes et les ennuis qu'il subit au cours de son parcours. Mais il reste malheureusement relativement distant du lecteur du fait de cette narration qui n'a guère d'autre choix que de sauter de dates en dates tandis que les faits sont racontés au plus proche de la vérité historique. On ressent toutefois largement l'amertume que l'on peut ressentir d'une part à voir une femme talentueuse gâcher sa vie à cause de l'alcool et de la drogue, et d'autre part à voir un artiste écrivain subir les affres d'une époque résolument réactionnaire. J'ai appris des choses sur ces personnes, cette chanson et cette époque, et j'ai eu droit pour cela à un beau dessin et un bel album, c'est déjà bien.
Le Crétin qui a gagné la guerre froide
Ma stratégie ? Elle tient en quatre mots : On gagne, ils perdent. - Ce tome contient une histoire complète et indépendante de toute autre, de nature historique. Son édition originale date de 2025. Il a été réalisé par Jean-Yves le Naour pour le scénario, et par Cédrick le Bihan pour les dessins et les couleurs. Il comprend cinquante-huit pages de bande dessinée. Convention républicaine à Detroit, le dix-sept juillet 1980 : la foule scande le nom de Reagan qui apparaît sur le podium. Dans le public, un politique rejoint Gerald Ford et ils médisent sur le dos du candidat. Barry Goldwater monte à la tribune avec ses deux cannes anglaises. Il dresse un panégyrique du candidat : si les États-Unis avaient eu un vrai leader comme Reagan, la guerre du Vietnam n'aurait pas duré plus de quelques jours, si le gouvernement américain avait des tripes l'Iran n'oserait pas prendre des Américains en otage. S'ils avaient un vrai président, l'URSS n'avancerait pas ses pions en Afghanistan ou au Nicaragua car elle aurait peur de la réaction des États-Unis. C'est au tour de Ronald Reagan lui-même de monter à la tribune et de prendre la parole : il fait une blague sur la présence des caméras de télévision, puis il évoque les États-Unis comme terre et refuge de la liberté, et il termine par un instant de prière. Plus tard, il regarde le film Law and order, avec son épouse Nancy à ses côtés. Un conseiller vient le chercher pour réviser les sujets qui seront abordés lors du débat télévisé du soir même avec le président Jimmy Carter. Ce dernier termine sa réponse sur la lutte contre la dépression économique, Reagan répond avec un bon mot : Récession, dépression… Puisque Jimmy Carter veut jouer sur les mots, il va lui donner des définitions. Une récession, c'est quand son voisin perd son boulot. Une dépression, c'est quand on perd le sien… Et la reprise, c'est quand Jimmy Carter perd le sien. Il termine en invitant à voter pour lui pour rendre sa grandeur à l'Amérique. Les élections se tiennent et les Républicains l'emportent largement dans quarante-quatre états. Le vingt janvier 1981, le président Carter cherche à joindre le président à venir, en vain, ce dernier dort et il ne veut pas être dérangé. Vient enfin la cérémonie d'investiture, mais Reagan ne souhaite toujours pas parler des otages en Iran avec Carter. Il prête serment, et dans son discours il pointe du doigt le fait que le pays souffre d'un trop gros fardeau fiscal, que les Américains ne peuvent pas vivre au-dessus de leurs moyens en empruntant toujours plus. Ils doivent agir aujourd'hui pour préserver demain. Il conclut dans un premier temps par : Dans la crise actuelle, le gouvernement n'est pas la solution, le gouvernement est le problème. Dans un second temps, il assène qu'ils peuvent accomplir de grandes choses, il suffit d'y croire, ils sont américains ! Les journalistes expliquent que le président Reagan a très nettement insisté sur la baisse des impôts et sur la nécessité d'une politique beaucoup moins interventionniste sur le plan économique, accompagnée d'une saine gestion des ressources de l'état fédéral. Au moins les auteurs annoncent clairement leur positionnement dès la couverture, que ce soit le titre qui qualifie le président quarantième président des États-Unis ou par l'image qui l'affuble d'une moustache de forme caractéristique, par l'espace laissé blanc. Ainsi bien conscient du parti pris affiché des auteurs, le lecteur sait qu'il va découvrir un récit à charge contre Ronald Reagan (1911-2004), pointant du doigt ses capacités intellectuelles limitées et une façon dictatoriale d'agir, ou plutôt démagogique. Ils établissent un portrait peu flatteur : une forme de narcissisme s'exprimant par un amour et une nostalgie pour les films dans lesquels il a tourné dans sa jeunesse, ainsi que des jugements de valeur peu flatteurs sur un acteur comme Rock Hudson. Il fait preuve de différentes formes d'irresponsabilité comme le fait de faire passer son sommeil (par exemple sa sieste) avant les affaires d'état, ou partir de manière impromptue dans sa résidence de vacances en laissant tous les dossiers en plan. Ils le dépeignent comme incapable d'assimiler les informations relatives à des dossiers complexes, de retenir le nom de ses interlocuteurs (par exemple d'autre chefs d'état), de s'arcbouter sur certaines décisions contre l'avis de ses conseillers et des experts (la guerre des étoiles en armant des satellites), sans oublier ses blagues pas toujours drôles, dont celles anti-communistes primaires racontées à Mikhaïl Gorbatchev (1931-2022). Évidemment, le lecteur sourit en voyant cet individu président de la première puissance mondiale, dépeint comme un crétin, un patriote aveugle content de lui-même, un homme politique qui y va au flanc, un bluffeur doué et chanceux, un homme persuadé de son propre bon sens, une incarnation sur pattes de l'effet Dunning-Kruger. Quel que soit ses convictions politiques, il est possible d'y voir une confirmation du peu d'estime que l'on peut entretenir vis-à-vis des hommes politiques, ou une caricature tellement forcée qu'elle est sans rapport avec la réalité, et qu'on ne saurait s'en trouver vraiment offensé. Les relations entre les deux blocs Est-Ouest deviennent une comédie virant à la farce, l'amitié naissante entre Reagan et Gorbatchev devient irrésistible entre le roublard médiatique et le bosseur responsable. De temps en temps, une affaire ressort, tellement grosse qu'elle aussi participe à cette ambiance humoristique. Donc, parce que quand même, l'affaire Iran-Contra (Contragate), c'est du lourd, que le lecteur la découvre dans la très courte présentation qui en est faite dans cette bande dessinée, ou qu'il en ait suivi les développements au fil des années, du scandale aux annulations de peine, immunités et pardons présidentiels. L'artiste réalise des dessins dans un registre réaliste et descriptif. Il sait très bien restituer l'apparence de Ronald Reagan, de Mikhail Gorbatchev, et des autres hommes politiques connus. Sa narration visuelle constitue une reconstitution historique solide et documentée, que ce soient les véhicules d'époque, ou les tenues. Il met en œuvre l'équivalent d'une discrète trame mécanographiée de couleur, évoquant à la fois une technique d'impression obsolète, et une sorte de voile qui ternit les souvenirs datant d'une autre époque. le lecteur apprécie l'évocation visuelle du passé très détaillée. Les différents lieux : les rues de Manhattan, la maison blanche, un porte-avion, Berlin et Checkpoint Charlie, la porte de Brandebourg, le ranch Reagan de Santa Barbara, l'ambassade de la Fédération de Russie, la statue de la Liberté, la grande salle de conférence de l'Organisation des Nations Unies, le Kremlin, la villa Fleur-d'Eau à Versoix dans le canton de Genève pour le sommet de 1985, Reykjavik pour le sommet suivant, la place rouge, etc. Au gré de la politique extérieure du président des États-Unis, le lecteur peut se retrouver au Nicaragua, ou en Iran, le temps d'une case. L'artiste impressionne par la consistance de ses pages et des cases, entre huit et dix par page. Il amalgame harmonieusement les visuels connus car diffusés par les médias, et les scènes de réunions officielles, de réunions de travail, de moments plus personnels de la vie de Reagan, souvent accompagné de son épouse Nancy Reagan (1921-2016). Le lecteur savoure les plans de prise de vue et la direction d'acteurs. L'artiste sait restituer la dimension humaine de chaque séquence, souvent grâce au comportement de Reagan lui-même, et aux réactions de son entourage, mises en scène également à charge la plupart du temps, en cohérence avec le scénario. Il représente le président avec les rides qui attestent de son âge, et la retenue qui sied à une telle fonction, tout en faisant ressortir une touche cowboy de temps à autre, avec une chemise ou un ceinturon. Sans verser dans la caricature ou l'exagération, il fait apparaître des expressions de visage révélatrices, soit de la rouerie de Reagan, soit de l'exaspération plus ou moins prononcée de ses interlocuteurs. Le lecteur découvre régulièrement une scène saisissante au détour d'une case, telle cette rencontre de Reagan avec ses généreux donateurs pour sa campagne de réélection, parmi lesquels il reconnaît du premier coup d’œil, un certain Donald J. Trump. De temps à autre, un comportement de Reagan ou une de ses décisions provoquent une prise de recul chez le lecteur. Pour commencer, il exerce l'autorité présidentielle, et il sait prendre quelques décisions. Ensuite, il réalise certains de ses discours lui-même, avec une sensibilité populiste qui leur confère une portée et une efficacité redoutable. Par ailleurs, le lecteur garde à l'esprit que personne ne pouvait être dans la tête du président quand il prenait une décision, et que ces scènes correspondent au mieux à des propos rapportés par des tiers, des témoins de premier rang, ou pour certaines à des articles de journaux. Ensuite, même sans connaître dans le détail les réalisations de l'administration de ces deux mandants, il se doute que d'autres choses ont été accomplies, par exemple l'amnistie de trois millions d'immigrés clandestins et la prise en charge d'urgence de tous les patients par les hôpitaux, percevant des aides au titre de Medicare. Et de nombreux faits sont omis, à commencer par la tentative d'assassinat du trente mars 1981 à l'encontre de Reagan qui fut touché d'une balle à la poitrine. Enfin, la gouvernance d'un pays, et a fortiori des États-Unis, relève d'une mécanique beaucoup plus complexe que les seuls choix de son président. Tout ceci renvoie le lecteur au parti prix explicite des auteurs et à la narration orientée qui en découle : partiale, certainement révélatrice d'un pan de la personnalité de Reagan, forcément incomplète, mettant en lumière qu'il ne s'agit que d'un homme avec ses imperfections, et la nécessité d'un contre-pouvoir. Mais quand même… Lorsque Trump déclare à son voisin que : Il ne faut pas se fier aux politiques, on n'est jamais aussi bien servi que par soi-même, tant que les affairistes n'auront pas un des leurs installés à la Maison Blanche, ils seront exposés aux dangers de la démocratie, le lecteur sent un mélange d'indignation et de fatalité s'abattre sur lui. Un titre indiquant explicitement le parti pris des auteurs, et l'approche insolente de l'ouvrage. Ce choix induit également une forme de narration amusée très agréable à la lecture. Les auteurs font œuvre d'une solide reconstitution historique bien documentée, de cette période riche en événements. Ils ont choisi leur axe : le rôle de Ronald Reagan dans la fin de la guerre froide. En fonction de ses convictions, le lecteur se positionne par rapport à ce point de vue, la bande dessinée générant en lui une prise de recul l'incitant à réfléchir sur les différentes facettes de cette réalité complexe. Une œuvre salutaire de réflexion.
Fantasy - Yourcenar / Alma
Nouvel album avec un concept déjà utilisé, ce "Fantasy" (dommage que le titre soit aussi banal) nous propose cependant quelque chose d'assez ambitieux. Nous avons donc deux trames qui se déroulent non pas en parallèle (la perception du temps étant très différenciée entre les deux versants), mais avec une fin commune, lorsque la quête des deux héroïnes prend fin. Pour ma part j'ai commencé par l'histoire mettant en scène Yourcenar, la géante qui sacrifie son amour de jeunesse pour une prophétie très particulière. Cette histoire n'est pas exempte de surprises, y compris la toute dernière, lorsque Your atteint son objectif. J'ai bien été pris par celle-ci, même si la lecture a été un peu hachée. J'ai ensuite lu l'histoire d'Alma, qui se déroule dans une dimension temporelle différente, et qui donne très vite un indice sur le dénouement du récit. Cependant là encore je ne savais pas trop à quoi m'attendre et me suis laissé porter par l'histoire, une aventure peut-être plus classique que pour Yourcenar. de plus, du fait de cette distorsion temporelle, cette deuxième partie a été plus linéaire que la première, ce qui n'a m'a cependant pas transporté autant que la première. Il semblerait que Yoann Kavege soit plus doué pour des dialogues élégiaques que pour des considérations simplement "guerrières". Je fais à dessein des raccourcis. Mais l'ensemble est servie par un dessin très beau, qui manque peut-être encore de maturité, mais on sent que c'est là l'œuvre que l'auteur a porté en lui et mis sur le papier durant un processus qui a dû s'étirer sur plusieurs années. Il y a du talent dans ces cadrages, dans ces couleurs, dans ces designs de costumes diversifiés. Un peu moins dans les créatures, mais comme elle n'apparaissent qu'assez peu, cela n'a pas d'importance. Je recommande vivement, ne serait-ce que pour le concept.
L'Enfant démon
Eric Corbeyran et Aurélien Morinière nous proposent avec cet album une "suite" à L'Homme Bouc qu'ils nous avaient proposée il y a 5 ans. Si je mets des guillemets à "suite", c'est qu'il peut très bien se lire indépendamment de L'Homme Bouc ; ce fut le cas pour moi. (Précision : si L'Homme Bouc était en noir et blanc, ce nouvel opus est colorisé.) Le récit commence par l'étrange découverte d'un campement abandonné en pleine forêt par un jeune couple. Tout laisse à pensé qu'il était occupé très récemment, jusqu'au téléphone mobile qu'ils retrouvent près d'un feu de camp. Leur découverte tourne au cauchemar, quand, sur le retour, ils se font attaquer par une meute de bêtes sauvages. La jeune femme est quasi dévorée devant le yeux de son compagnon qui parviendra miraculeusement à s'enfuir... Gaëlle Démeter est chargée de l'enquête et va s'adjoindre les services d'une ancienne compagne, Blanche, qui est shamane. L'ésotérisme pointe alors subrepticement son nez, pour s'imposer tambours battants au fil des chapitres. Les amateurs du genre ne pourront bouder leur plaisir, c'est bien construit et raconté, servi par un dessin d'Aurélien Morinière qui jongle parfaitement entre réalisme et fantastique, lui laissant le loisir de nous en mettre plein la vue avec de magnifiques pleines pages et double page. Si c'est dans sa représentation de la nature qu'il excelle, décors et personnages ne sont pas en reste et nous donnent à lire un album très réussi. Classique mais bien revisité, ce thriller fantastique fait plus que le job !
Electric Miles
Avec cette BD, Nury et Brüno s'essaieraient presque à faire du Burns, ce qui n'est pas pour me déplaire. Mais ce ne sont que des promesses pour l'instant et il faudra attendre la suite pour véritablement juger de l'ensemble. En tout cas, les bases sont là, le livre est très prenant, les dessins de Brüno sont toujours aussi superbes et le scénario, très solide, est ultra intriguant, à tiroirs et propose donc différentes grilles de lecture. Malgré son imposante pagination, le livre se révèle assez frustrant car se résume à une profonde mise en place de l'intrigue, une mise en bouche donc qui attise notre appétit! Le parallèle avec la vie et l'oeuvre de L. Ron Hubbard est évident. Ou cela va-t-il emmener nos deux auteurs? Je brule d'impatience! Vite la suite!!!
Les Mouvements célestes
L’Italie est décidément encore loin d’avoir livré tous ses secrets en matière de 9e Art. Chaque année apporte son lot de talent. Cette année, c’est donc au tour de Michele Peroncini de signer là, en même temps que sa toute première BD, un coup de maître. Ou peu s’en faut… Le scénario est tranquille. Il s’étire, prend le temps du soleil d’Italie. Tout au long de ma lecture, on relève un parallèle flagrant avec le cinéma. On songe indistinctement à Visconti ou Antonioni pour l’aspect parfois très onirique où les scènes de rêves se mêlent étroitement à la réalité. L’ambiance générale rappelle celle des films de Risi, populaire. On songe aussi à Benigni ou Moretti pour l’humour et les dialogues aux petits oignons frais. Les mouvements célestes est baigné dans la comédie italienne des sixties. Peroncini en outre, nous offre des personnages truculents à travers ce trio déjanté. Mais tous les personnages sont bons. Ajoutons que l’humour est bien présent (d’où la comédie italienne). Et puis, n’est-ce pas l’auteur lui-même qui se représente sous les traits de Gian ?... Mais c’est surtout le dessin qui m’a renversé. C’est un régal du début à la fin. Le trait est à la fois délié et très précis. Le travail sur la couleur se distingue de manière notable pour sa très grande qualité. Chaque page ou presque apporte sa petite surprise : effet de couleur, jeu de lumière… J’ai lu cette BD d’une traite, et seules les vingt dernières pages m’ont un peu laissé perplexe, au moment où le récit part dans le fantastique hallucinatoire pour ne plus revenir. Quant à la toute fin, j’avoue ne pas avoir tout compris. Mais qu’importe ! Cette lecture a été un tel plaisir que je ne peux que mettre un coup de cœur. J’ai éprouvé la même voracité que lors de ma découverte de Pierre-Oliver Gomont, à qui au passage Peroncini peut être comparé en ce qui concerne le dynamisme du récit. Une très bonne surprise !
Frontier
Décidément, le dessin de Singelin a bien évolué depuis que je l’avais découvert sur King David. J’avais déjà remarqué ce nouveau style sur P.T.S.D.. Et, avec ce « Frontier », je me fais les mêmes remarques. A savoir que certains aspects de ce dessin ne sont pas mon truc, qu’a priori je n’en suis pas fan. Mais que rapidement je l’apprécie et le trouve globalement très agréable et fluide. C’est aussi que j’aime vraiment beaucoup la colorisation. L’album est épais, et prend le temps de développer l’intrigue – même si finalement elle n’est pas si étoffée que ça – et surtout les personnages et tout ce qui peut les lier. D’ailleurs, même si on est dans de la SF pure, que l’intrigue se déroule dans l’espace, sur des stations spatiales ou sur certaines planètes, tout est centré sur les personnages, tout le reste ne constituant que des décors autour de leurs relations, du cheminement de leurs personnalités. La narration est fluide, et l’histoire plutôt agréable à suivre. Même si une nouvelle fois Singelin nous amène à un happy-end rassérénant, il prend le temps d’amener ça en douceur, sans que ce soit trop artificiel. On peut quand même trouver que l’évolution des personnages manque de soubresauts, que tout est peut-être un chouia trop « évident ». Mais les personnages sont attachants, et l’histoire plaisante. La lecture l’est tout autant.