Carmilla s'inscrit dans la lignée des précédentes œuvres gothiques de Pascal Croci (Dracula, Elizabeth Bathory...), mêlant fascination morbide, beauté glaciale et sensualité mélancolique. L'auteur revisite librement la nouvelle de Sheridan Le Fanu en transposant l'histoire d'une jeune fille du XIXe siècle, Laura, qui accueille dans le château familial une cousine mystérieuse, Carmilla. Rapidement, un lien ambigu se tisse entre elles, tandis que d'étranges phénomènes annoncent la présence d'un mal surnaturel.
Graphiquement, l'album est d'une beauté indéniable. Le trait longiligne et blême de Croci, ses visages émaciés et ses atmosphères brumeuses et neigeuses composent un univers à la fois fascinant et figé, où chaque planche s'admire comme un tableau. Mais ce style si singulier, entre élégance et froideur, finit par tourner en boucle : les personnages se ressemblent trop, leurs doigts filiformes agacent, les poses langoureuses se répètent, et la narration se dilue dans une succession d'images superbes mais statiques. L'ensemble manque de souffle et de vie, comme si le dessin s'était pétrifié dans sa propre esthétique.
En outre, si les textes semblent parfois repris directement du roman, les images qui les accompagnent paraissent parfois si décorrélées qu'on a souvent l'impression de lire deux récits distincts. Il m'est même arrivé de lire tout le texte avant de revenir contempler les planches, qui deviennent alors plus des illustrations muettes que de vivantes séquences de bande dessinée.
Sur le plan narratif, le scénario reste trop éthéré. J'aimerais citer l'avis d'Agecanonix ci-dessous, car ses termes d'errances romantico-saphiques traduisent bien mon ressenti face à cette œuvre taillée pour séduire les adolescentes romantiques amatrices d'ambiances gothiques et d'absence de mâles vulgaires. Il en découle une œuvre belle mais distante, un récit poétique et vaporeux qui frôle souvent l'ennui. J'ai aimé son atmosphère et la délicatesse du ton, mais j'aurais voulu y trouver plus de chair, plus d'émotion, et moins de postures romantiques figées.
Je ne descends pas davantage ma note car j'ai apprécié l'esthétique de cet album, mais son récit se révèle convenu, poseur et légèrement soporifique.
Note : 2,5/5
En feuilletant cet album en librairie, j'ai été vraiment emballé. Quelques pages et déjà, j'entrais dans l'univers de Marko et Le Naour. A la fin de la lecture complète de ces 220 pages, mon avis s'est légèrement nuancé.
C'est une belle œuvre que nous proposent les deux auteurs ici. Ils choisissent de reprendre le Petit Lavisse, publié par Ernest Lavisse au début du XXe siècle et publié jusque dans les années 1950, et d'en proposer une lecture critique. Ce manuel a été si influent au XXe siècle qu'on comprend pourquoi les deux auteurs ont choisi ce manuel pour le relire ensemble, mais on avoue qu'en 2025, la pertinence de vouloir corriger un livre d'histoire qui a plus d'un siècle pose un peu question.
En fait, Le Naour et Marko essayent de nous proposer une histoire "neutre". J'écris le mot entre guillemets, car il en ressort bien que finalement, la neutralité n'est sans doute jamais totalement possible, et plusieurs formulations des auteurs nous permettent souvent de voir de quel côté de la barrière historiographique ils se situent. Pour autant, force est de reconnaître que l'exercice est relativement réussi. Dès que les événements racontés (par Lavisse ou par les auteurs) risquent d'être interprété d'une manière "droitarde" ou "gauchiste", Le Naour et Marko ramènent systématiquement le discours au milieu, en le contrebalançant. C'est intéressant, car on apprend parfois des choses, ou on corrige certains clichés qu'on avait gobés comme tout le monde. Mais souvent, les chapitres se révèlent frustrants, car si les auteurs n'oublient jamais d'expliquer pourquoi l'interprétation d'un événement par tel historien ou tel homme politique est biaisée voire fausse, ils oublient régulièrement de nous dire pourquoi elle l'est. Par exemple, à la fin du chapitre sur Charlemagne, il nous est (très bien) expliqué comment s'est forgé le mythe de Charlemagne, récupéré par tous les bords politiques d'une manière où d'une autre. Lavisse enthousiaste, conclut par "Quelle histoire, non ?", tandis que le personnage représentant les auteurs répond "Quelle légende, plutôt !". Pourquoi "quelle légende" ? On n'en saura rien, le récit continuant sur la division de l'empire entre les fils de Charlemagne.
Parfois, ça n'est guère gênant, mais c'est souvent frustrant.
Malgré cela, je reconnais avoir pris beaucoup de plaisir à lire cet ouvrage. Il est bien écrit, joliment dessiné, et les interactions entre les personnages sont souvent très amusantes et réussies. C'est une manière globalement très plaisante d'apprendre ou réapprendre notre histoire de France, en ayant la garantie d'en lire une qui ne sera pas trop partisane. Souvent, toutefois, il sera bon d'avoir la culture historique nécessaire à combler certains trous du récit.
Le chapitre final conclut assez bien l'ensemble, en nous expliquant les différents courants historiographiques, leurs points communs et leurs points de dissensions. Pour conclure, évidemment, que l'histoire du temps court ne s'oppose pas au temps long, qu'une histoire des dates et des événements n'est pas incompatible avec une histoire des structures, etc. Un point de vue mesuré et en soi plutôt juste, mais je trouve que ce chapitre sur les différents courants historiographiques aurait gagné à être mieux dilué dans l'ensemble des chapitres. Le Naour et Marko le font régulièrement, mais il faut tout de même attendre la fin de l'ouvrage pour comprendre un peu mieux leur projet (finalement assez consensuel).
Dans l'ensemble, Historix est donc une bande dessinée sérieuse, au projet intéressant, et à la lecture agréable. Je pense toutefois qu'à force de vouloir prendre aucun parti et de marcher à ce point sur des œufs, elle finit par ne plus dire assez. C'est donc une lecture que j'ai tout de même tendance à recommander, tout en ayant conscience qu'elle ne fera sûrement pas date.
Une série coréenne sur deux enfants qui essaient de survivre dans un monde post-apocalypse où il est rendu difficile de faire confiance à un adulte.
La série se lit rapidement malgré le nombre de pages vu que les cases sont grandes et que souvent il y a peu de textes, surtout dans le premier tome. L'auteur fait surtout la part belle au dessin et l'atmosphère douce-amère qui se dégage des moments de silences. Le résultat n’est pas trop mal, mais les différentes histoires sont quand même un peu trop légères pour être vraiment mémorables. Il y a aussi le fait qu'on a souvent droit aux clichés habituels de ce genre de récit avec tout le monde qui est devenu un ennemi pour tout le monde. Le meilleur récit est celui avec l'homme qui recueil les jeunes dans le deuxième tome.
Une série divertissante, mais c'est tout. Le point fort est le dessin que j'aime bien.
Joli BD avec une surprenante idée, mais jouant habilement du fantastique dans une petite ville anglaise où tout peut sembler bien plus louche que ce que c'est réellement ...
La BD a un graphisme très particulier avec lequel j'ai du m'habituer de prime abord. Il est très bien retransmis, son étrangeté participant au ton du récit. La raideur des personnages joue aussi sur le cadre de la BD, avec une attitude guindée qui va bien aux personnages, alors que se dévoile progressivement le fantastique derrière l'image de la petite bourgade tranquille. La colorisation ajoute aussi pas mal, donnant vraiment quelque chose d'unique. Rien que ce graphisme vaut le coup de lecture !
Pour l'histoire par contre, je dois avouer que j'étais moins enthousiaste au sortir de la BD que mes camarades. Le scénario est bon, mais j'avoue que je l'ai trouvé un peu trop linéaire et dévoilant trop de choses à mon gout. J'aime beaucoup lorsque le fantastique arrive à garder une part de mystère qui fait la force des interrogations. Ici, une grande partie de ce qui est exposé sera expliqué d'une façon ou d'une autre, je trouve dommage de ne pas avoir laissé une petite place au lecteur pour imaginer ce qu'il est advenu des personnages mystérieusement disparu. D'ailleurs c'est certes logique dans la narration mais j'avoue que certains détails m'ont interrogé une fois la BD finie, notamment dans la façon dont tout cela se passe dans l'autre monde.
Mais globalement, l'histoire est un bon récit autour du deuil et du fantastique, dans lequel il s'invite pour parler de la mort mais aussi des mystères qui existèrent. On lie l'intime aux récits du passés qui continuent de hanter les lieux, et c'est bien mené. Là encore je dois avouer que j'aurais aimé que certaines choses puissent s'expliquer sans le fantastique, semant encore plus le doute dans l'esprit du lecteur. Ici, chaque présentation de phénomène étrange aura un payement plus tard. Ca enlève une petite part de la saveur de ces mystères qui aurait fait une super ouverture sur tout ce qu'il reste à découvrir.
Bref, c'est une bonne BD mais je dois avouer que je ne suis pas particulièrement enthousiaste. C'est bon, très bon même, mais j'y vois des défauts mineurs qui m'empêchent de l'apprécier pleinement. Donc à lire, pour se faire un avis. Bien d'autres ont su l'apprécier plus que moi.
Voila un bien étrange western. Mais je dois bien dire que je suis assez proche de l'avis de bamiléké, même, si je vais être un peu plus indulgent dans ma notation.
Comme beaucoup, je soulignerais le trait qui va a merveille au récit ! C'est une très belle composition en noir et blanc, avec un trait charbonneux qui permet immédiatement de se plonger dans le récit sans pour autant négliger les paysages qui sont magnifiques. C'est l'Amérique profonde, les forêts et les montagnes, sublimés par le dessin qui vraiment laisse une grande place à la contemplation. Le récit plutôt lent et pas très bavard s'harmonise avec ce trait et je trouve que ça rend vraiment bien. De même, l'expressivité des personnages passe presque essentiellement par le trait et je suis vraiment comblé par celui-ci.
Maintenant, là où le bat blesse, c'est que l'histoire c'est pas la même qualité. En fait, je me demande encore de quoi la BD parle exactement. Nous avons une jeune veuve qui fuit deux hommes en se cachant dans la nature. Et progressivement, le récit voit arriver divers personnages qui se greffent autour de ce récit. Sauf que j'ai du mal à comprendre ce qui est central dans ce récit : sa fuite, sa reconstruction, ses questionnements ? Je ne sais pas trop et le récit semble toujours osciller entre plusieurs types de récits : course-poursuite, survie, questionnement sur l'humanité, considérations sociales ... Peut-être que tout est limpide pour d'autres lecteurs mais personnellement en sortant du récit je ne saurais dire ce qui se dégage de manière claire du récit. Trop de sujets traités, sans doute, tout en ayant une BD qui est plus contemplative que descriptive. Au final, ça part un peu trop en tout sens et le final est certes joli dans son ouverture, mais semble indiquer que le sujet central est la relation et la reconstruction de cette veuve par ses sentiments. Mais alors pourquoi autant développer le reste ?
C'est une BD étrangement bancal dans son traitement, faisant un peu trop de choses et parfois trop facile dans son traitement. C'est dommage, j'aurais voulu beaucoup plus aimer notamment pour son trait que j'ai adoré.
Pour répondre aux questions existentielles de son jeune fils, Fred Bernard choisit de raconter toute sa vie dans un album de plus de 200 pages, conçu comme une suite d’étapes menant à la personne qu’il est aujourd’hui. Tout commence en 1969 à Savigny-lès-Beaune, au cœur des vignes et de la nature, puis vient l’école, le collège éloigné dans la ville voisine, le lycée où il rêve d’être vétérinaire mais suit les cours du soir des Beaux-Arts, avant les études artistiques, la vie de jeune adulte et tout ça jusqu’à 2024, voire 2025. Au fil des pages, on le voit grandir, s’affirmer, changer, et l’on découvre une existence foisonnante, riche en rencontres et en voyages.
Il livre ici un véritable récit au long cours. Son dessin léger et coloré pourrait faire croire à une lecture rapide, mais il n’en est rien : il m’a fallu plus de quatre heures pour en venir à bout. Et malgré la densité du propos, il reste des zones d’ombre (il évoque très peu ses amours, par exemple, et passe sous silence tout ce qui relève de ses premiers émois). Il se livre pourtant beaucoup, et son parcours apparaît à la fois attachant et rempli de péripéties d’un quotidien finalement peu ordinaire.
Chaque chapitre s’ouvre sur une époque de l’histoire de France, que l’auteur associe à une période de sa propre vie : la Préhistoire pour la petite enfance, l’Antiquité pour la maternelle, le Moyen Âge pour le primaire, etc. Son avatar adopte alors les traits d’un personnage de l’époque correspondante. Il insère aussi à chaque fois quelques pages de contexte historique, souvent centrées sur la liberté, l’égalité ou l’écologie. Ces passages, bien qu’instructifs, paraissent parfois verbeux et détachés du récit principal. Ce n’est qu’à la fin qu’on comprend leur rôle : souligner les valeurs auxquelles Fred Bernard reste fidèle aujourd’hui.
J'ai été intéressé par cette lecture car elle m’a permis de découvrir la vie d’un homme très différent de moi, aussi différent qu’un artiste extraverti peut l’être d’un cartésien introverti. On s’attache vite à son parcours et à la manière vivante dont il déroule le fil de ses souvenirs avec une quantité de détails indiquant un bel effort de mémoire. Sa personnalité se dessine clairement à travers les âges, et l’on voit son évolution sans qu’il ait besoin de la souligner.
Sur la forme, le dessin est agréable et fluide, mais certaines planches manquent de clarté : il m’est arrivé plusieurs fois d’hésiter sur l’ordre de lecture des images et des textes, tant les lignes se chevauchent. Cela donne un aspect un peu brouillon, certes dynamique, mais parfois confus. En outre, à mesure que le récit avance, de nouveaux personnages apparaissent sans véritable introduction, ce qui complique la lecture. Dans les dernières pages, j’étais parfois perdu quant à l’identité de certains d’entre eux. Enfin, il élude souvent la question de ses relations amoureuses : on comprend qu’il est en couple, mais sans jamais savoir comment ces histoires ont commencé ni ce qu’elles ont représenté pour lui.
À l’inverse, plusieurs passages se révèlent d’une intensité émotionnelle remarquable. Son récit d’accident et de convalescence, quand il n’était pas encore sûr de ne pas finir paralysé à vie, est particulièrement touchant. Tout comme celui de la mort de son petit frère, qu’il fait revivre deux fois : d’abord au moment où il apprend la nouvelle, alors qu’il dessinait un chapitre précédent de cet album, puis plus tard, quand le fil chronologique de son histoire l’amène à affronter pleinement ce souvenir et à le faire ressentir au lecteur.
C’est un album dense et foisonnant, parfois un peu long ou inégal, avec une mise en page qui peut manquer de clarté. Mais au-delà de ces défauts mineurs, il s’agit d’un témoignage de vie fascinant, celui d’un artiste que je ne connaissais pas et dont la personnalité m’a surpris autant qu’elle m’a touché. Très différent de la personne que je suis, Fred Bernard parvient pourtant à créer un lien sincère avec son lecteur, grâce à une honnêteté et une humanité rares dans l’autobiographie dessinée.
L'excellent Dialogues, puis le franchement bon Salade César (dans lequel il entamait sa collaboration avec Duparcmeur) m'avaient fait découvrir un auteur talentueux, dans un registre que j'apprécie beaucoup, à savoir l'humour absurde et/ou con. Mais, depuis, je trouve qu'il peine à retrouver sur tout un album la percussion du gag omniprésente dans les deux séries citées plus haut.
Cet album confirme cette frustration, même si, honnêtement, il se révèle plaisant à lire, et si certains dialogues sont amusants. C'est surtout le personnage de Dieu, dépassé par ce que font certaines de ses créatures - Jeanne d'Arc en tête - qui est drôle, en vieux bonhomme que personne ne voit ou ne considère comme il le souhaiterait.
Mais c'est inégal, et parfois un peu poussif.
Il faut dire que ce type d'humour absurde est de plus en plus utilisé (Fabcaro entre autre l'a placé très haut), que Dieu ou Jeanne d'Arc ont déjà été de nombreuses fois caricaturés, parodiés, et que Karibou lui-même multiplie les albums de ce genre. La surprise, essentielle pour renforcer la force de ce type de gags, est donc de plus en plus difficile à provoquer.
Mais bon, ça reste quand même suffisamment amusant pour que je n'insiste pas plus sur ce qui a pu me laisser sur ma faim.
Quand au dessin de Duparcmeur, c'est son habituel style réaliste et figé, usant souvent d'une certaine itération iconique - elle aussi de plus en plus à la mode - qui est adapté à ce type d'humour.
Je ne connais pas l'œuvre originale, mais je retrouve bien dans cette histoire les idées de Victor Hugo : la dénonciation de la misère et des injustices qu'elle entraîne, mais aussi celle de la peine de mort.
Je ne sais pas si le texte d'Hugo était long, mais ici tout est traité de façon simple et assez lapidaire. Cela renforce la violence subie par Gueux (voir les premières scènes où il est contraint de voler pour sauver de la faim et du froid sa famille), mais cela empêche de nuancer certains passages, un peu manichéens concernant le directeur de prison froidement antipathique qui pousse Gueux à bout.
L'album est vite lu, et vaut avant tout pour les messages véhiculés.
Note réelle 3,5/5.
Un album intéressant, mais peut-être pas autant que je ne l'escomptais en l'entamant.
Le gros de l'histoire se déroule dans les premiers temps de la guerre civile syrienne (l'héroïne espère même dans un dialogue qu'elle ne durera plus que quelques semaines !). On est dans une petite ville provinciale éloignée de Damas.
Tout tourne autour d'une jeune infirmière faisant fonctionner un hôpital clandestin pour soigner les victimes de la violente répression du régime Assad. Nous suivons aussi une dizaine de personnages d'horizons variés, plus ou moins impliqués dans les luttes et plus ou moins radicaux (l'un d'entre eux finit même leader local du califat de Daech en formation dans le chaos syrien).
Il y a aussi une journaliste franco-syrienne, amie de l'héroïne, venue faire un reportage clandestin de terrain.
Pendant longtemps j'ai cru lire un reportage, jusqu'à ce qu'on apprenne que, si l'auteur s'est inspiré d'évènements réels, c'est en fait un roman graphique. Bizarre.
Le décompte lancinant des morts, entre chaque "moment " dramatise le récit, qui s'étire parfois trop, et on voit bien que la brutalité de la répression fait basculer certains vers des solutions extrêmes.
Mais cette évolution est traitée un peu trop rapidement sur la fin. Et en plus l'album se termine un peu "gentiment ", alors même que la guerre n'en est qu'à ses débuts, rien n'est conclu, loin de là hélas.
Le dessin est inégal, pas toujours facile à déchiffrer, même si le choix d'un Noir et Blanc tranché est judicieux pour ce type de récit.
2.5
Une lecture légère comme c'est le cas des autres collections d'albums qui se lisent en 2 minutes.
Pour rendre une histoire courte mémorable, il faut une idée forte et j'ai l'impression que les auteurs réussis à moitié. En effet, j'aime bien l'idée de départ, mais la fin m'a un peu déçu. C'est pas mauvais, mais un peu banal comme fin je trouve. J'ai plus apprécié les discussions entre les membres de la famille pour savoir quoi faire de la bouteille. J'ai retrouvé les dialogues savoureux que j'aime tant chez Trondheim. Le dessin est sympa.
À lire si on est un fan de Trondheim et qu'on veut tout lire de lui.
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Carmilla (Croci)
Carmilla s'inscrit dans la lignée des précédentes œuvres gothiques de Pascal Croci (Dracula, Elizabeth Bathory...), mêlant fascination morbide, beauté glaciale et sensualité mélancolique. L'auteur revisite librement la nouvelle de Sheridan Le Fanu en transposant l'histoire d'une jeune fille du XIXe siècle, Laura, qui accueille dans le château familial une cousine mystérieuse, Carmilla. Rapidement, un lien ambigu se tisse entre elles, tandis que d'étranges phénomènes annoncent la présence d'un mal surnaturel. Graphiquement, l'album est d'une beauté indéniable. Le trait longiligne et blême de Croci, ses visages émaciés et ses atmosphères brumeuses et neigeuses composent un univers à la fois fascinant et figé, où chaque planche s'admire comme un tableau. Mais ce style si singulier, entre élégance et froideur, finit par tourner en boucle : les personnages se ressemblent trop, leurs doigts filiformes agacent, les poses langoureuses se répètent, et la narration se dilue dans une succession d'images superbes mais statiques. L'ensemble manque de souffle et de vie, comme si le dessin s'était pétrifié dans sa propre esthétique. En outre, si les textes semblent parfois repris directement du roman, les images qui les accompagnent paraissent parfois si décorrélées qu'on a souvent l'impression de lire deux récits distincts. Il m'est même arrivé de lire tout le texte avant de revenir contempler les planches, qui deviennent alors plus des illustrations muettes que de vivantes séquences de bande dessinée. Sur le plan narratif, le scénario reste trop éthéré. J'aimerais citer l'avis d'Agecanonix ci-dessous, car ses termes d'errances romantico-saphiques traduisent bien mon ressenti face à cette œuvre taillée pour séduire les adolescentes romantiques amatrices d'ambiances gothiques et d'absence de mâles vulgaires. Il en découle une œuvre belle mais distante, un récit poétique et vaporeux qui frôle souvent l'ennui. J'ai aimé son atmosphère et la délicatesse du ton, mais j'aurais voulu y trouver plus de chair, plus d'émotion, et moins de postures romantiques figées. Je ne descends pas davantage ma note car j'ai apprécié l'esthétique de cet album, mais son récit se révèle convenu, poseur et légèrement soporifique. Note : 2,5/5
Historix - Les Coulisses de l'Histoire de France
En feuilletant cet album en librairie, j'ai été vraiment emballé. Quelques pages et déjà, j'entrais dans l'univers de Marko et Le Naour. A la fin de la lecture complète de ces 220 pages, mon avis s'est légèrement nuancé. C'est une belle œuvre que nous proposent les deux auteurs ici. Ils choisissent de reprendre le Petit Lavisse, publié par Ernest Lavisse au début du XXe siècle et publié jusque dans les années 1950, et d'en proposer une lecture critique. Ce manuel a été si influent au XXe siècle qu'on comprend pourquoi les deux auteurs ont choisi ce manuel pour le relire ensemble, mais on avoue qu'en 2025, la pertinence de vouloir corriger un livre d'histoire qui a plus d'un siècle pose un peu question. En fait, Le Naour et Marko essayent de nous proposer une histoire "neutre". J'écris le mot entre guillemets, car il en ressort bien que finalement, la neutralité n'est sans doute jamais totalement possible, et plusieurs formulations des auteurs nous permettent souvent de voir de quel côté de la barrière historiographique ils se situent. Pour autant, force est de reconnaître que l'exercice est relativement réussi. Dès que les événements racontés (par Lavisse ou par les auteurs) risquent d'être interprété d'une manière "droitarde" ou "gauchiste", Le Naour et Marko ramènent systématiquement le discours au milieu, en le contrebalançant. C'est intéressant, car on apprend parfois des choses, ou on corrige certains clichés qu'on avait gobés comme tout le monde. Mais souvent, les chapitres se révèlent frustrants, car si les auteurs n'oublient jamais d'expliquer pourquoi l'interprétation d'un événement par tel historien ou tel homme politique est biaisée voire fausse, ils oublient régulièrement de nous dire pourquoi elle l'est. Par exemple, à la fin du chapitre sur Charlemagne, il nous est (très bien) expliqué comment s'est forgé le mythe de Charlemagne, récupéré par tous les bords politiques d'une manière où d'une autre. Lavisse enthousiaste, conclut par "Quelle histoire, non ?", tandis que le personnage représentant les auteurs répond "Quelle légende, plutôt !". Pourquoi "quelle légende" ? On n'en saura rien, le récit continuant sur la division de l'empire entre les fils de Charlemagne. Parfois, ça n'est guère gênant, mais c'est souvent frustrant. Malgré cela, je reconnais avoir pris beaucoup de plaisir à lire cet ouvrage. Il est bien écrit, joliment dessiné, et les interactions entre les personnages sont souvent très amusantes et réussies. C'est une manière globalement très plaisante d'apprendre ou réapprendre notre histoire de France, en ayant la garantie d'en lire une qui ne sera pas trop partisane. Souvent, toutefois, il sera bon d'avoir la culture historique nécessaire à combler certains trous du récit. Le chapitre final conclut assez bien l'ensemble, en nous expliquant les différents courants historiographiques, leurs points communs et leurs points de dissensions. Pour conclure, évidemment, que l'histoire du temps court ne s'oppose pas au temps long, qu'une histoire des dates et des événements n'est pas incompatible avec une histoire des structures, etc. Un point de vue mesuré et en soi plutôt juste, mais je trouve que ce chapitre sur les différents courants historiographiques aurait gagné à être mieux dilué dans l'ensemble des chapitres. Le Naour et Marko le font régulièrement, mais il faut tout de même attendre la fin de l'ouvrage pour comprendre un peu mieux leur projet (finalement assez consensuel). Dans l'ensemble, Historix est donc une bande dessinée sérieuse, au projet intéressant, et à la lecture agréable. Je pense toutefois qu'à force de vouloir prendre aucun parti et de marcher à ce point sur des œufs, elle finit par ne plus dire assez. C'est donc une lecture que j'ai tout de même tendance à recommander, tout en ayant conscience qu'elle ne fera sûrement pas date.
Horizon (Jung)
Une série coréenne sur deux enfants qui essaient de survivre dans un monde post-apocalypse où il est rendu difficile de faire confiance à un adulte. La série se lit rapidement malgré le nombre de pages vu que les cases sont grandes et que souvent il y a peu de textes, surtout dans le premier tome. L'auteur fait surtout la part belle au dessin et l'atmosphère douce-amère qui se dégage des moments de silences. Le résultat n’est pas trop mal, mais les différentes histoires sont quand même un peu trop légères pour être vraiment mémorables. Il y a aussi le fait qu'on a souvent droit aux clichés habituels de ce genre de récit avec tout le monde qui est devenu un ennemi pour tout le monde. Le meilleur récit est celui avec l'homme qui recueil les jeunes dans le deuxième tome. Une série divertissante, mais c'est tout. Le point fort est le dessin que j'aime bien.
Downlands
Joli BD avec une surprenante idée, mais jouant habilement du fantastique dans une petite ville anglaise où tout peut sembler bien plus louche que ce que c'est réellement ... La BD a un graphisme très particulier avec lequel j'ai du m'habituer de prime abord. Il est très bien retransmis, son étrangeté participant au ton du récit. La raideur des personnages joue aussi sur le cadre de la BD, avec une attitude guindée qui va bien aux personnages, alors que se dévoile progressivement le fantastique derrière l'image de la petite bourgade tranquille. La colorisation ajoute aussi pas mal, donnant vraiment quelque chose d'unique. Rien que ce graphisme vaut le coup de lecture ! Pour l'histoire par contre, je dois avouer que j'étais moins enthousiaste au sortir de la BD que mes camarades. Le scénario est bon, mais j'avoue que je l'ai trouvé un peu trop linéaire et dévoilant trop de choses à mon gout. J'aime beaucoup lorsque le fantastique arrive à garder une part de mystère qui fait la force des interrogations. Ici, une grande partie de ce qui est exposé sera expliqué d'une façon ou d'une autre, je trouve dommage de ne pas avoir laissé une petite place au lecteur pour imaginer ce qu'il est advenu des personnages mystérieusement disparu. D'ailleurs c'est certes logique dans la narration mais j'avoue que certains détails m'ont interrogé une fois la BD finie, notamment dans la façon dont tout cela se passe dans l'autre monde. Mais globalement, l'histoire est un bon récit autour du deuil et du fantastique, dans lequel il s'invite pour parler de la mort mais aussi des mystères qui existèrent. On lie l'intime aux récits du passés qui continuent de hanter les lieux, et c'est bien mené. Là encore je dois avouer que j'aurais aimé que certaines choses puissent s'expliquer sans le fantastique, semant encore plus le doute dans l'esprit du lecteur. Ici, chaque présentation de phénomène étrange aura un payement plus tard. Ca enlève une petite part de la saveur de ces mystères qui aurait fait une super ouverture sur tout ce qu'il reste à découvrir. Bref, c'est une bonne BD mais je dois avouer que je ne suis pas particulièrement enthousiaste. C'est bon, très bon même, mais j'y vois des défauts mineurs qui m'empêchent de l'apprécier pleinement. Donc à lire, pour se faire un avis. Bien d'autres ont su l'apprécier plus que moi.
La Veuve
Voila un bien étrange western. Mais je dois bien dire que je suis assez proche de l'avis de bamiléké, même, si je vais être un peu plus indulgent dans ma notation. Comme beaucoup, je soulignerais le trait qui va a merveille au récit ! C'est une très belle composition en noir et blanc, avec un trait charbonneux qui permet immédiatement de se plonger dans le récit sans pour autant négliger les paysages qui sont magnifiques. C'est l'Amérique profonde, les forêts et les montagnes, sublimés par le dessin qui vraiment laisse une grande place à la contemplation. Le récit plutôt lent et pas très bavard s'harmonise avec ce trait et je trouve que ça rend vraiment bien. De même, l'expressivité des personnages passe presque essentiellement par le trait et je suis vraiment comblé par celui-ci. Maintenant, là où le bat blesse, c'est que l'histoire c'est pas la même qualité. En fait, je me demande encore de quoi la BD parle exactement. Nous avons une jeune veuve qui fuit deux hommes en se cachant dans la nature. Et progressivement, le récit voit arriver divers personnages qui se greffent autour de ce récit. Sauf que j'ai du mal à comprendre ce qui est central dans ce récit : sa fuite, sa reconstruction, ses questionnements ? Je ne sais pas trop et le récit semble toujours osciller entre plusieurs types de récits : course-poursuite, survie, questionnement sur l'humanité, considérations sociales ... Peut-être que tout est limpide pour d'autres lecteurs mais personnellement en sortant du récit je ne saurais dire ce qui se dégage de manière claire du récit. Trop de sujets traités, sans doute, tout en ayant une BD qui est plus contemplative que descriptive. Au final, ça part un peu trop en tout sens et le final est certes joli dans son ouverture, mais semble indiquer que le sujet central est la relation et la reconstruction de cette veuve par ses sentiments. Mais alors pourquoi autant développer le reste ? C'est une BD étrangement bancal dans son traitement, faisant un peu trop de choses et parfois trop facile dans son traitement. C'est dommage, j'aurais voulu beaucoup plus aimer notamment pour son trait que j'ai adoré.
Nos héritages - Une histoire de nos évolutions racontée à mon fils
Pour répondre aux questions existentielles de son jeune fils, Fred Bernard choisit de raconter toute sa vie dans un album de plus de 200 pages, conçu comme une suite d’étapes menant à la personne qu’il est aujourd’hui. Tout commence en 1969 à Savigny-lès-Beaune, au cœur des vignes et de la nature, puis vient l’école, le collège éloigné dans la ville voisine, le lycée où il rêve d’être vétérinaire mais suit les cours du soir des Beaux-Arts, avant les études artistiques, la vie de jeune adulte et tout ça jusqu’à 2024, voire 2025. Au fil des pages, on le voit grandir, s’affirmer, changer, et l’on découvre une existence foisonnante, riche en rencontres et en voyages. Il livre ici un véritable récit au long cours. Son dessin léger et coloré pourrait faire croire à une lecture rapide, mais il n’en est rien : il m’a fallu plus de quatre heures pour en venir à bout. Et malgré la densité du propos, il reste des zones d’ombre (il évoque très peu ses amours, par exemple, et passe sous silence tout ce qui relève de ses premiers émois). Il se livre pourtant beaucoup, et son parcours apparaît à la fois attachant et rempli de péripéties d’un quotidien finalement peu ordinaire. Chaque chapitre s’ouvre sur une époque de l’histoire de France, que l’auteur associe à une période de sa propre vie : la Préhistoire pour la petite enfance, l’Antiquité pour la maternelle, le Moyen Âge pour le primaire, etc. Son avatar adopte alors les traits d’un personnage de l’époque correspondante. Il insère aussi à chaque fois quelques pages de contexte historique, souvent centrées sur la liberté, l’égalité ou l’écologie. Ces passages, bien qu’instructifs, paraissent parfois verbeux et détachés du récit principal. Ce n’est qu’à la fin qu’on comprend leur rôle : souligner les valeurs auxquelles Fred Bernard reste fidèle aujourd’hui. J'ai été intéressé par cette lecture car elle m’a permis de découvrir la vie d’un homme très différent de moi, aussi différent qu’un artiste extraverti peut l’être d’un cartésien introverti. On s’attache vite à son parcours et à la manière vivante dont il déroule le fil de ses souvenirs avec une quantité de détails indiquant un bel effort de mémoire. Sa personnalité se dessine clairement à travers les âges, et l’on voit son évolution sans qu’il ait besoin de la souligner. Sur la forme, le dessin est agréable et fluide, mais certaines planches manquent de clarté : il m’est arrivé plusieurs fois d’hésiter sur l’ordre de lecture des images et des textes, tant les lignes se chevauchent. Cela donne un aspect un peu brouillon, certes dynamique, mais parfois confus. En outre, à mesure que le récit avance, de nouveaux personnages apparaissent sans véritable introduction, ce qui complique la lecture. Dans les dernières pages, j’étais parfois perdu quant à l’identité de certains d’entre eux. Enfin, il élude souvent la question de ses relations amoureuses : on comprend qu’il est en couple, mais sans jamais savoir comment ces histoires ont commencé ni ce qu’elles ont représenté pour lui. À l’inverse, plusieurs passages se révèlent d’une intensité émotionnelle remarquable. Son récit d’accident et de convalescence, quand il n’était pas encore sûr de ne pas finir paralysé à vie, est particulièrement touchant. Tout comme celui de la mort de son petit frère, qu’il fait revivre deux fois : d’abord au moment où il apprend la nouvelle, alors qu’il dessinait un chapitre précédent de cet album, puis plus tard, quand le fil chronologique de son histoire l’amène à affronter pleinement ce souvenir et à le faire ressentir au lecteur. C’est un album dense et foisonnant, parfois un peu long ou inégal, avec une mise en page qui peut manquer de clarté. Mais au-delà de ces défauts mineurs, il s’agit d’un témoignage de vie fascinant, celui d’un artiste que je ne connaissais pas et dont la personnalité m’a surpris autant qu’elle m’a touché. Très différent de la personne que je suis, Fred Bernard parvient pourtant à créer un lien sincère avec son lecteur, grâce à une honnêteté et une humanité rares dans l’autobiographie dessinée.
Jeanne et Cierges
L'excellent Dialogues, puis le franchement bon Salade César (dans lequel il entamait sa collaboration avec Duparcmeur) m'avaient fait découvrir un auteur talentueux, dans un registre que j'apprécie beaucoup, à savoir l'humour absurde et/ou con. Mais, depuis, je trouve qu'il peine à retrouver sur tout un album la percussion du gag omniprésente dans les deux séries citées plus haut. Cet album confirme cette frustration, même si, honnêtement, il se révèle plaisant à lire, et si certains dialogues sont amusants. C'est surtout le personnage de Dieu, dépassé par ce que font certaines de ses créatures - Jeanne d'Arc en tête - qui est drôle, en vieux bonhomme que personne ne voit ou ne considère comme il le souhaiterait. Mais c'est inégal, et parfois un peu poussif. Il faut dire que ce type d'humour absurde est de plus en plus utilisé (Fabcaro entre autre l'a placé très haut), que Dieu ou Jeanne d'Arc ont déjà été de nombreuses fois caricaturés, parodiés, et que Karibou lui-même multiplie les albums de ce genre. La surprise, essentielle pour renforcer la force de ce type de gags, est donc de plus en plus difficile à provoquer. Mais bon, ça reste quand même suffisamment amusant pour que je n'insiste pas plus sur ce qui a pu me laisser sur ma faim. Quand au dessin de Duparcmeur, c'est son habituel style réaliste et figé, usant souvent d'une certaine itération iconique - elle aussi de plus en plus à la mode - qui est adapté à ce type d'humour.
Claude Gueux
Je ne connais pas l'œuvre originale, mais je retrouve bien dans cette histoire les idées de Victor Hugo : la dénonciation de la misère et des injustices qu'elle entraîne, mais aussi celle de la peine de mort. Je ne sais pas si le texte d'Hugo était long, mais ici tout est traité de façon simple et assez lapidaire. Cela renforce la violence subie par Gueux (voir les premières scènes où il est contraint de voler pour sauver de la faim et du froid sa famille), mais cela empêche de nuancer certains passages, un peu manichéens concernant le directeur de prison froidement antipathique qui pousse Gueux à bout. L'album est vite lu, et vaut avant tout pour les messages véhiculés. Note réelle 3,5/5.
Freedom Hospital
Un album intéressant, mais peut-être pas autant que je ne l'escomptais en l'entamant. Le gros de l'histoire se déroule dans les premiers temps de la guerre civile syrienne (l'héroïne espère même dans un dialogue qu'elle ne durera plus que quelques semaines !). On est dans une petite ville provinciale éloignée de Damas. Tout tourne autour d'une jeune infirmière faisant fonctionner un hôpital clandestin pour soigner les victimes de la violente répression du régime Assad. Nous suivons aussi une dizaine de personnages d'horizons variés, plus ou moins impliqués dans les luttes et plus ou moins radicaux (l'un d'entre eux finit même leader local du califat de Daech en formation dans le chaos syrien). Il y a aussi une journaliste franco-syrienne, amie de l'héroïne, venue faire un reportage clandestin de terrain. Pendant longtemps j'ai cru lire un reportage, jusqu'à ce qu'on apprenne que, si l'auteur s'est inspiré d'évènements réels, c'est en fait un roman graphique. Bizarre. Le décompte lancinant des morts, entre chaque "moment " dramatise le récit, qui s'étire parfois trop, et on voit bien que la brutalité de la répression fait basculer certains vers des solutions extrêmes. Mais cette évolution est traitée un peu trop rapidement sur la fin. Et en plus l'album se termine un peu "gentiment ", alors même que la guerre n'en est qu'à ses débuts, rien n'est conclu, loin de là hélas. Le dessin est inégal, pas toujours facile à déchiffrer, même si le choix d'un Noir et Blanc tranché est judicieux pour ce type de récit.
La Bouteille
2.5 Une lecture légère comme c'est le cas des autres collections d'albums qui se lisent en 2 minutes. Pour rendre une histoire courte mémorable, il faut une idée forte et j'ai l'impression que les auteurs réussis à moitié. En effet, j'aime bien l'idée de départ, mais la fin m'a un peu déçu. C'est pas mauvais, mais un peu banal comme fin je trouve. J'ai plus apprécié les discussions entre les membres de la famille pour savoir quoi faire de la bouteille. J'ai retrouvé les dialogues savoureux que j'aime tant chez Trondheim. Le dessin est sympa. À lire si on est un fan de Trondheim et qu'on veut tout lire de lui.