J’avais découvert Matthieu Chiara avec « Dessins variés effets divers », que j’avais globalement apprécié. Je le retrouve ici sur un projet assez différent.
Le seul point commun est le dessin, assez minimaliste, avec un trait fin. Sans fioriture. Il fait presque amateur au premier regard, mais en fait non, c’est plutôt affaire de style. Disons qu’ici il accompagne très bien ce type de récit, en donnant presque au personnage principal, avec sa frêle silhouette, des airs de personnages à la Tati.
Alors que l’album que j’avais lu de Chiara était composé de strips d’humour noir, on a là quelque chose plus élaboré sur la forme et, si l’humour n’est pas absent, on est plus sur du roman graphique aigre-doux.
En cumulant les scènes – aux faux airs de strips, mais il y a une histoire qui se construit – Chiara nous fait découvrir un personnage « ordinaire », qui s’ennuie, tourne en rond (j’ai plusieurs fois pensé au chat de Bludzee), et qui, solitaire et peu sociable, peine à exprimer ses sentiments lorsqu’il tombe amoureux de sa voisine (voir ses hésitations presque ridicules lorsqu’elle l’invite chez elle pour la première fois).
La narration est presque aussi sèche que le dessin, et il y a quelques longueurs. Mais sur la durée c’est quand même un album sympathique. Chiara réussit à nous intéresser avec son personnage peu charismatique, un anti-héros névrosé (là aussi Bludzee me vient à l’esprit) confronté à l’existence et aux autres. Une comédie douce-amère plaisante.
Je suis bien embêtée par cet album.
C'est un livre de Panaccione dans sa veine mystique. Il nous parle des recoins occultés de notre inconscient qui parfois créent en nous des pathologies. On a souvent l'impression que les gens tombent malades dans un faisceau de merdiers familiaux informulés. Un cancer, un ulcère, après une dépression, etc... Beaucoup d'expressions traduisent ce cliché : un malheur n'arrive jamais seul, ou les emmerdements volent en escadrille, etc...
Ici c'est l'histoire d'un type qui se trouve atteint d'une maladie auto-immune et cherche tous les moyens d'expliquer, de comprendre ce qui lui arrive. Et en retrouvant ce que son inconscient conserve enfoui, il se guérit, en gros.
Le dessin de Panaccione est toujours aussi juste et éblouissant et transmet si bien la subtilité des sentiments à travers chaque détail des visages, il nous immerge si bien dans des décors où l'aquarelle produit des lumières évanescentes. Il n'y a rien à redire sur l'image, sur le lettrage, sur la mise en scène.
C'est sans doute l'ouvrage dont est tiré la BD (que je n'ai pas lu) qui m'agace. Par moment on se sent exclu par une discours jargonesque des différents métiers du développement personnel et du soin au sens large (loin de la médecine) médium, thérapeute, médecin psychédélique (si je vous jure !).
La science n'explique pas tout. c'est un fait. Certaines cultures vernaculaires ont utilisé des substances pour accéder à une part de notre conscience, proche des rêves. Ils ont inventés des symboles, des cosmogonies pour expliquer comment leur mode de soin fonctionnaient. Aujourd'hui nous sommes écartelés entre le vocabulaire de la science, celui des ces nouveaux thérapeutes tous aussi perchés les uns que les autres, et nous avons perdu les cosmogonies anciennes.
Cette BD est en quelque sorte le résultat de ce moment de l'histoire peu confortable. Le scénario manque un peu de subtilité et d'étaiement rationnel, même si le témoignage reste intéressant.
Le rythme soutenu des parutions du duo Toulhoat/Brugeas ne concoure pas toujours à des productions d’une grande originalité. J’avais d’ailleurs un peu décroché depuis Ira Dei, peut être lassé par un sentiment de déjà vu/lu. Dans cette nouvelle série, on quitte les ambiances médiévales pour un univers inspiré de mythologie, thème qui ne me n’a jamais vraiment passionné. Pour autant, paradoxalement, j’y suis allé et je ne le regrette pas.
Les créatures mythologiques hydres, minautores et demi-dieux évoluent dans un monde teinté de fantasy. L’aventure de Daemon, le demi-dieu et Eugenios, son poète suivant, reste très linéaire et classique mais se laisse découvrir avec plaisir. Le dessin de Toulhoat et Guillo, toujours très rythmé, propose de belles planches, particulièrement lors de scènes de combat.
Les vierges de Thessalie est donc plutôt une bonne surprise. Ce premier tome laisse imaginer un grand potentiel pour cet univers. Je serai du prochain tome.
Lu dans la version noir et blanc
Note: 3,5
Tome 2
Je viens de lire le deuxième tome, et mon enthousiasme grandit. La situation de la Turquie reste le cadre crucial de l'action, mais la période se rapproche de nous (2007-2017). Cet épisode raconte à la fois
- la difficulté de créer une entreprise collaborative (je me sens concerné sur ce chapitre !) ici un magazine de bande dessinée, à tendance politique dans un dictature.
- la défense efficace des arbres de Gezi face aux bulldozers d'Erdogan, qui démontre que face à un tyran, on a plus de chance de gagner en défendant des arbres que des gens . Mais l'arbre est ici comme la Pomponnette de "la femme du boulanger", il représente la démocratie, comme la petite chatte prend la figure de la femme qui a découché et revint au milieu de la nuit...
- la peur et le courage dans un régime arbitraire, les putschs avortés, et les attentats de Charlie-Hebdo à Paris qui ont plus de retentissement dans les autres pays que je n'aurais pu le croire.
Tome 1
Les débuts d'un jeune auteur de BD en Turquie. Un dessin et un regard agréable, sur un sujet nouveau pour moi, mais qui rappelle le Persepolis de Marjane Satrapi en Iran, ou L'Arabe du futur de Riad Satouf dans les périodes syriennes, c'est-à-dire le regard d'un enfant sur une dictature en formation. Des points communs donc entre ces trois récits : la distorsion entre le regard d'un enfant qui fait part de ses observations judicieuses sur un environnement que les adultes ne peuvent percevoir de la même façon, grippés qu'ils sont par la peur, l'inquiétude, la résignation ou l'indignation.
Une part d'humour donc provoqué par ce décalage enfants/adultes et observation factuelles/motivations politiques. Les trois livres ne vont pas cependant aussi loin que le Guide Sublime de Fabrice Erre qui s'affranchit complètement de la réalité pour mettre son dictateur imaginaire aux prises avec le ridicule de ses décisions, un ridicule qui arrive presque à désarçonner ses bras droits.
Ici nous sommes les deux pieds dans la réalité historique Turque, plus récente toutefois que celle retranscrite en Iran par Marjane Satrapi qui remonte au shah et même rêve à la naissance de la Perse. L'environnement social d'Ersin Karabulut (quel nom dépaysant) est constitué de personnes éduquées et plutôt modérées, mais pas très riches et qui ne souhaitent pas faire de vague. Ici peu de référence à une famille élargie comme dans les deux autres albums, c'est le milieu des revues de BD qui l'intéresse, et la montée des barbus qui est le principal ressort dramatique, c'est peut-être pour ça que je suis moins emballée. On sait peu de chose de l'histoire de sa famille, que fait sa sœur, etc... et finalement, cela manque d'épaisseur psychologique
Le coup de cœur porte surtout sur le dessin : un caractère des visages qui me rappelle un peu Derf Backderf (Mon ami Dahmer) , du comics underground, mais adouci par la colorisation aquarellée. A mesure que l'enfant grandit, sa vision du monde semble devenir plus proche de la réalité et le dessin devient, lui aussi, plus réaliste. Des photos en fin d'album permettent d'en juger. Ce passage de la caricature comique vers le dessin sensible et précis laisse imaginer un avenir différent pour cet auteur.
En tout cas retenez ce nom : Ersin Karabulut, prononcez-le à haute voix, pour le plaisir : je pense qu'on entendra parler de lui...
Perce-Neige est un manga percutant qui aborde le harcèlement scolaire avec une grande violence psychologique. La souffrance de la protagoniste est intense et les scènes de violence sont frappantes, bien que certaines situations semblent exagérées.
Le dessin est simple, mais les visages des personnages sont assez laids parfois, ce qui peut déranger certains lecteurs. Malgré cela, l’histoire reste émotive et aborde un sujet important avec force.
En résumé, Perce-Neige est un manga marquant, mais avec un style graphique qui ne conviendra pas à tout le monde.
Ma Famille Imaginaire a la particularité de pouvoir rentrer doublement dans le thème Secrets de Famille. En effet, c'est en découvrant de manière assez originale un premier secret que l'héroïne va s'en voir révéler un second tout aussi touchant.
Toutefois, elle m’a laissé une impression partagée.
J’ai apprécié l'originalité du concept de l'autrice, qui présente son autobiographie comme une forme de psychanalyse, racontant à la fois les faits de ce qu'il lui est arrivé tout en y mêlant récit de ses rêves, mise en scène de ses doutes, réflexion sur la famille et les relations humaines. Malgré ses angoisses et son train de vie d'urbaine célibataire façon artiste New Yorkaise qui n'arrive pas à se poser et envisage de suivre une thérapie, elle se révèle plutôt attachante et avec un univers intérieur touchant.
Le style graphique est coloré et attirant, mais il a cet aspect un peu amateur, tant dans le trait volontairement simple que dans la colorisation au feutre, qui me rebute un peu. Sans parler de la représentation visuelle de la mère de l'autrice qui m'horripile.
Cependant, j’ai trouvé que la narration manquait de rythme. Certains passages m’ont semblé un peu lourds, voire répétitifs, ce qui a ralenti ma lecture. L’intrigue, bien que porteuse d'au moins deux sujets forts et intéressants, m’a semblé se perdre dans ses propres détours, et le message n'apparait pas aussi clair que souhaité. De plus, l’humour, qui fonctionne par moments, peut parfois être un peu forcé, ce qui en diminue l'impact.
En résumé, bien que l’univers de Ma Famille Imaginaire soit intéressant et qu'elle offre une réflexion assez profonde, je n’ai pas totalement adhéré à l’ensemble du fait de son graphisme trop lâché, de son ton entre deux chaises et de sa structure narrative décousue.
Et si nous repartions d'une page blanche ?
C'est le nom d'Emma Rios qui a attiré mon attention, j'avais adoré son dessin sur Pretty Deadly. Cette BD lui aura demandée 3 ans de travail.
404 éditions nous gratifie encore d'un superbe album au grand format.
Il va mettre difficile de vous parler de ce comics pour une simple et bonne raison : je n'ai pas tout compris.
Une immense vague va submerger notre monde et tout anéantir, trois survivants à ce cataclysme, des gamins. Ils se trouvent sur une plage et vont devoir survivre (Jusqu'ici ça va).
J'ai eu du mal à entrer dans ce conte fantastique où des monstres (les chagrines) sortent de la mer pour nourrir nos trois adolescents, ils seront d'ailleurs rejoins par d'autres jeunes gens assez rapidement. Un rapport avec mère nature et le vivant est évident, nos protagonistes vont muter (apparition de branchies, transformation en cormoran...), mais la narration qui passe d'un personnage à l'autre - et pas toujours identifiables au premier coup d'œil - est difficile à suivre, leurs questions existentielles m'ont moyennement intéressé. De nombreuses planches sans texte, elles m'ont le plus souvent laissé sur le carreau. Bref, un récit qui ne m'a pas hameçonné.
Par contre, Emma Rios a réalisé un travail titanesque graphiquement. Des aquarelles magnifiques où la palette de couleurs est hynotisante. Des peintures qui donnent une atmosphère onirique et poétique. Des planches à couper le souffle. Un petit bémol pour les personnages, j'ai parfois eu du mal à les reconnaître.
Une BD déroutante par son scénario, mais cela reste avant tout une BD contemplative
Christian De Metter ne se lasse pas d'adapter des romans de Pierre Lemaitre. Avec ce grand monde, il nous emmène de Beyrouth à Paris, en passant par Saigon . Le récit se situe juste après la seconde guerre mondiale, dans un monde fortement marqué par le conflit et ses conséquences. On suit les 4 enfants de la famille Pelletier qui quittent la maison familiale pour des destinées différentes.
Le début est rapidement prenant : tout commence par l'arrestation de 3 des enfants. On ne sait pas de quoi ils sont accusés, mais le récit démarre tambour battant. La suite est développée sous forme de flashbacks, alternant la vie de l'un ou l'autre. Et le moins que l'on puisse dire c'est que c'est mouvementé pour chacun d'un. Entre une enquête sur du trafic de monnaie d'un coté, des soupçons de meurtre de l'autre, ou encore des braquages de pharmacie, il se passe beaucoup de choses autour de cette famille.
C'est rythmé et efficace. Le tout est en plus ancré dans un contexte historique fort, bien présent et utilisé à bon escient. Cela contribue à donner de l'intérêt à notre histoire. Les personnages sont eux bien développés, toutes leurs histoires respectives sont interessantes et contiennent leur lot de mystères.
Dans le dernier tiers, le rythme retombe un peu, il y a moins de surprises et quelques longueurs, du coté de Saigon notamment. On attend toujours avec impatience le dénouement. Celui-ci est assez malin car le motif de l'arrestation initiale prend complètement le lecteur à contre pied. Mais en contre partie, on a une fin un peu trop ouverte qui ne conclut pas vraiment toutes les sous intrigues du récit.
De Metter fait une nouvelle fois du bon et beau travail.
Près de 300 pages qui n'ont pas été totalement une partie de plaisir il faut bien l'avouer. Lire du Brecht Evens demande une certaine exigence. Déjà sur le plan graphique c'est beau, un travail incroyable même, mais il faut parfois décrypter les enchevêtrements de couleurs de certaines planches.
L'histoire est centrée sur un père et son fils, et en quelque sorte eux contre le reste du monde. Un certain relent de complotisme se fait sentir. J'ai pensé en effet au film Captain Fantastic avec Viggo Mortensen. Ça manque parfois de rythme, on ne sait pas trop où l'auteur veut en venir.
Pour autant je pense que je me laisserai tenter un jour par le tome 2.
Voici un recueil de plusieurs histoires courtes de Sébastien Lumineau aussi connu en tant qu'Imius, signature qu'on voit sur certaines planches. C'est une époque fanzinat de la fin des années 1990 dont je ne suis pas spécialiste. Pour ma part je n'avais jamais entendu parler du Journal de Judith et Marinette, qui semble orienté au jeune public vu la tonalité de certaines histoires.
Par exemple on a des histoires sur une fratrie de jeunes et pauvres bûcherons dans la montagne qui n'obéissent pas à leurs parents, puis les frères se liguent contre l'un d'eux, le chouchou des parents. On a aussi des pages plus courtes et muettes façon strips avec un chien qui se prend des lampadaires, prémices de Fido face à son destin. Je ne suis pas forcément fan de ce chien mais sur l'ensemble et avec un graphisme noir et blanc pouvant varier de style et faisant montre d'une belle maitrise, cela se laisse lire.
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L'Homme gêné
J’avais découvert Matthieu Chiara avec « Dessins variés effets divers », que j’avais globalement apprécié. Je le retrouve ici sur un projet assez différent. Le seul point commun est le dessin, assez minimaliste, avec un trait fin. Sans fioriture. Il fait presque amateur au premier regard, mais en fait non, c’est plutôt affaire de style. Disons qu’ici il accompagne très bien ce type de récit, en donnant presque au personnage principal, avec sa frêle silhouette, des airs de personnages à la Tati. Alors que l’album que j’avais lu de Chiara était composé de strips d’humour noir, on a là quelque chose plus élaboré sur la forme et, si l’humour n’est pas absent, on est plus sur du roman graphique aigre-doux. En cumulant les scènes – aux faux airs de strips, mais il y a une histoire qui se construit – Chiara nous fait découvrir un personnage « ordinaire », qui s’ennuie, tourne en rond (j’ai plusieurs fois pensé au chat de Bludzee), et qui, solitaire et peu sociable, peine à exprimer ses sentiments lorsqu’il tombe amoureux de sa voisine (voir ses hésitations presque ridicules lorsqu’elle l’invite chez elle pour la première fois). La narration est presque aussi sèche que le dessin, et il y a quelques longueurs. Mais sur la durée c’est quand même un album sympathique. Chiara réussit à nous intéresser avec son personnage peu charismatique, un anti-héros névrosé (là aussi Bludzee me vient à l’esprit) confronté à l’existence et aux autres. Une comédie douce-amère plaisante.
Nos âmes oubliées
Je suis bien embêtée par cet album. C'est un livre de Panaccione dans sa veine mystique. Il nous parle des recoins occultés de notre inconscient qui parfois créent en nous des pathologies. On a souvent l'impression que les gens tombent malades dans un faisceau de merdiers familiaux informulés. Un cancer, un ulcère, après une dépression, etc... Beaucoup d'expressions traduisent ce cliché : un malheur n'arrive jamais seul, ou les emmerdements volent en escadrille, etc... Ici c'est l'histoire d'un type qui se trouve atteint d'une maladie auto-immune et cherche tous les moyens d'expliquer, de comprendre ce qui lui arrive. Et en retrouvant ce que son inconscient conserve enfoui, il se guérit, en gros. Le dessin de Panaccione est toujours aussi juste et éblouissant et transmet si bien la subtilité des sentiments à travers chaque détail des visages, il nous immerge si bien dans des décors où l'aquarelle produit des lumières évanescentes. Il n'y a rien à redire sur l'image, sur le lettrage, sur la mise en scène. C'est sans doute l'ouvrage dont est tiré la BD (que je n'ai pas lu) qui m'agace. Par moment on se sent exclu par une discours jargonesque des différents métiers du développement personnel et du soin au sens large (loin de la médecine) médium, thérapeute, médecin psychédélique (si je vous jure !). La science n'explique pas tout. c'est un fait. Certaines cultures vernaculaires ont utilisé des substances pour accéder à une part de notre conscience, proche des rêves. Ils ont inventés des symboles, des cosmogonies pour expliquer comment leur mode de soin fonctionnaient. Aujourd'hui nous sommes écartelés entre le vocabulaire de la science, celui des ces nouveaux thérapeutes tous aussi perchés les uns que les autres, et nous avons perdu les cosmogonies anciennes. Cette BD est en quelque sorte le résultat de ce moment de l'histoire peu confortable. Le scénario manque un peu de subtilité et d'étaiement rationnel, même si le témoignage reste intéressant.
Daemon
Le rythme soutenu des parutions du duo Toulhoat/Brugeas ne concoure pas toujours à des productions d’une grande originalité. J’avais d’ailleurs un peu décroché depuis Ira Dei, peut être lassé par un sentiment de déjà vu/lu. Dans cette nouvelle série, on quitte les ambiances médiévales pour un univers inspiré de mythologie, thème qui ne me n’a jamais vraiment passionné. Pour autant, paradoxalement, j’y suis allé et je ne le regrette pas. Les créatures mythologiques hydres, minautores et demi-dieux évoluent dans un monde teinté de fantasy. L’aventure de Daemon, le demi-dieu et Eugenios, son poète suivant, reste très linéaire et classique mais se laisse découvrir avec plaisir. Le dessin de Toulhoat et Guillo, toujours très rythmé, propose de belles planches, particulièrement lors de scènes de combat. Les vierges de Thessalie est donc plutôt une bonne surprise. Ce premier tome laisse imaginer un grand potentiel pour cet univers. Je serai du prochain tome. Lu dans la version noir et blanc Note: 3,5
Journal inquiet d'Istanbul
Tome 2 Je viens de lire le deuxième tome, et mon enthousiasme grandit. La situation de la Turquie reste le cadre crucial de l'action, mais la période se rapproche de nous (2007-2017). Cet épisode raconte à la fois - la difficulté de créer une entreprise collaborative (je me sens concerné sur ce chapitre !) ici un magazine de bande dessinée, à tendance politique dans un dictature. - la défense efficace des arbres de Gezi face aux bulldozers d'Erdogan, qui démontre que face à un tyran, on a plus de chance de gagner en défendant des arbres que des gens . Mais l'arbre est ici comme la Pomponnette de "la femme du boulanger", il représente la démocratie, comme la petite chatte prend la figure de la femme qui a découché et revint au milieu de la nuit... - la peur et le courage dans un régime arbitraire, les putschs avortés, et les attentats de Charlie-Hebdo à Paris qui ont plus de retentissement dans les autres pays que je n'aurais pu le croire. Tome 1 Les débuts d'un jeune auteur de BD en Turquie. Un dessin et un regard agréable, sur un sujet nouveau pour moi, mais qui rappelle le Persepolis de Marjane Satrapi en Iran, ou L'Arabe du futur de Riad Satouf dans les périodes syriennes, c'est-à-dire le regard d'un enfant sur une dictature en formation. Des points communs donc entre ces trois récits : la distorsion entre le regard d'un enfant qui fait part de ses observations judicieuses sur un environnement que les adultes ne peuvent percevoir de la même façon, grippés qu'ils sont par la peur, l'inquiétude, la résignation ou l'indignation. Une part d'humour donc provoqué par ce décalage enfants/adultes et observation factuelles/motivations politiques. Les trois livres ne vont pas cependant aussi loin que le Guide Sublime de Fabrice Erre qui s'affranchit complètement de la réalité pour mettre son dictateur imaginaire aux prises avec le ridicule de ses décisions, un ridicule qui arrive presque à désarçonner ses bras droits. Ici nous sommes les deux pieds dans la réalité historique Turque, plus récente toutefois que celle retranscrite en Iran par Marjane Satrapi qui remonte au shah et même rêve à la naissance de la Perse. L'environnement social d'Ersin Karabulut (quel nom dépaysant) est constitué de personnes éduquées et plutôt modérées, mais pas très riches et qui ne souhaitent pas faire de vague. Ici peu de référence à une famille élargie comme dans les deux autres albums, c'est le milieu des revues de BD qui l'intéresse, et la montée des barbus qui est le principal ressort dramatique, c'est peut-être pour ça que je suis moins emballée. On sait peu de chose de l'histoire de sa famille, que fait sa sœur, etc... et finalement, cela manque d'épaisseur psychologique Le coup de cœur porte surtout sur le dessin : un caractère des visages qui me rappelle un peu Derf Backderf (Mon ami Dahmer) , du comics underground, mais adouci par la colorisation aquarellée. A mesure que l'enfant grandit, sa vision du monde semble devenir plus proche de la réalité et le dessin devient, lui aussi, plus réaliste. Des photos en fin d'album permettent d'en juger. Ce passage de la caricature comique vers le dessin sensible et précis laisse imaginer un avenir différent pour cet auteur. En tout cas retenez ce nom : Ersin Karabulut, prononcez-le à haute voix, pour le plaisir : je pense qu'on entendra parler de lui...
Le Perce-Neige
Perce-Neige est un manga percutant qui aborde le harcèlement scolaire avec une grande violence psychologique. La souffrance de la protagoniste est intense et les scènes de violence sont frappantes, bien que certaines situations semblent exagérées. Le dessin est simple, mais les visages des personnages sont assez laids parfois, ce qui peut déranger certains lecteurs. Malgré cela, l’histoire reste émotive et aborde un sujet important avec force. En résumé, Perce-Neige est un manga marquant, mais avec un style graphique qui ne conviendra pas à tout le monde.
Ma famille imaginaire
Ma Famille Imaginaire a la particularité de pouvoir rentrer doublement dans le thème Secrets de Famille. En effet, c'est en découvrant de manière assez originale un premier secret que l'héroïne va s'en voir révéler un second tout aussi touchant. Toutefois, elle m’a laissé une impression partagée. J’ai apprécié l'originalité du concept de l'autrice, qui présente son autobiographie comme une forme de psychanalyse, racontant à la fois les faits de ce qu'il lui est arrivé tout en y mêlant récit de ses rêves, mise en scène de ses doutes, réflexion sur la famille et les relations humaines. Malgré ses angoisses et son train de vie d'urbaine célibataire façon artiste New Yorkaise qui n'arrive pas à se poser et envisage de suivre une thérapie, elle se révèle plutôt attachante et avec un univers intérieur touchant. Le style graphique est coloré et attirant, mais il a cet aspect un peu amateur, tant dans le trait volontairement simple que dans la colorisation au feutre, qui me rebute un peu. Sans parler de la représentation visuelle de la mère de l'autrice qui m'horripile. Cependant, j’ai trouvé que la narration manquait de rythme. Certains passages m’ont semblé un peu lourds, voire répétitifs, ce qui a ralenti ma lecture. L’intrigue, bien que porteuse d'au moins deux sujets forts et intéressants, m’a semblé se perdre dans ses propres détours, et le message n'apparait pas aussi clair que souhaité. De plus, l’humour, qui fonctionne par moments, peut parfois être un peu forcé, ce qui en diminue l'impact. En résumé, bien que l’univers de Ma Famille Imaginaire soit intéressant et qu'elle offre une réflexion assez profonde, je n’ai pas totalement adhéré à l’ensemble du fait de son graphisme trop lâché, de son ton entre deux chaises et de sa structure narrative décousue.
Anzuelo
Et si nous repartions d'une page blanche ? C'est le nom d'Emma Rios qui a attiré mon attention, j'avais adoré son dessin sur Pretty Deadly. Cette BD lui aura demandée 3 ans de travail. 404 éditions nous gratifie encore d'un superbe album au grand format. Il va mettre difficile de vous parler de ce comics pour une simple et bonne raison : je n'ai pas tout compris. Une immense vague va submerger notre monde et tout anéantir, trois survivants à ce cataclysme, des gamins. Ils se trouvent sur une plage et vont devoir survivre (Jusqu'ici ça va). J'ai eu du mal à entrer dans ce conte fantastique où des monstres (les chagrines) sortent de la mer pour nourrir nos trois adolescents, ils seront d'ailleurs rejoins par d'autres jeunes gens assez rapidement. Un rapport avec mère nature et le vivant est évident, nos protagonistes vont muter (apparition de branchies, transformation en cormoran...), mais la narration qui passe d'un personnage à l'autre - et pas toujours identifiables au premier coup d'œil - est difficile à suivre, leurs questions existentielles m'ont moyennement intéressé. De nombreuses planches sans texte, elles m'ont le plus souvent laissé sur le carreau. Bref, un récit qui ne m'a pas hameçonné. Par contre, Emma Rios a réalisé un travail titanesque graphiquement. Des aquarelles magnifiques où la palette de couleurs est hynotisante. Des peintures qui donnent une atmosphère onirique et poétique. Des planches à couper le souffle. Un petit bémol pour les personnages, j'ai parfois eu du mal à les reconnaître. Une BD déroutante par son scénario, mais cela reste avant tout une BD contemplative
Le Grand Monde
Christian De Metter ne se lasse pas d'adapter des romans de Pierre Lemaitre. Avec ce grand monde, il nous emmène de Beyrouth à Paris, en passant par Saigon . Le récit se situe juste après la seconde guerre mondiale, dans un monde fortement marqué par le conflit et ses conséquences. On suit les 4 enfants de la famille Pelletier qui quittent la maison familiale pour des destinées différentes. Le début est rapidement prenant : tout commence par l'arrestation de 3 des enfants. On ne sait pas de quoi ils sont accusés, mais le récit démarre tambour battant. La suite est développée sous forme de flashbacks, alternant la vie de l'un ou l'autre. Et le moins que l'on puisse dire c'est que c'est mouvementé pour chacun d'un. Entre une enquête sur du trafic de monnaie d'un coté, des soupçons de meurtre de l'autre, ou encore des braquages de pharmacie, il se passe beaucoup de choses autour de cette famille. C'est rythmé et efficace. Le tout est en plus ancré dans un contexte historique fort, bien présent et utilisé à bon escient. Cela contribue à donner de l'intérêt à notre histoire. Les personnages sont eux bien développés, toutes leurs histoires respectives sont interessantes et contiennent leur lot de mystères. Dans le dernier tiers, le rythme retombe un peu, il y a moins de surprises et quelques longueurs, du coté de Saigon notamment. On attend toujours avec impatience le dénouement. Celui-ci est assez malin car le motif de l'arrestation initiale prend complètement le lecteur à contre pied. Mais en contre partie, on a une fin un peu trop ouverte qui ne conclut pas vraiment toutes les sous intrigues du récit. De Metter fait une nouvelle fois du bon et beau travail.
Le Roi Méduse
Près de 300 pages qui n'ont pas été totalement une partie de plaisir il faut bien l'avouer. Lire du Brecht Evens demande une certaine exigence. Déjà sur le plan graphique c'est beau, un travail incroyable même, mais il faut parfois décrypter les enchevêtrements de couleurs de certaines planches. L'histoire est centrée sur un père et son fils, et en quelque sorte eux contre le reste du monde. Un certain relent de complotisme se fait sentir. J'ai pensé en effet au film Captain Fantastic avec Viggo Mortensen. Ça manque parfois de rythme, on ne sait pas trop où l'auteur veut en venir. Pour autant je pense que je me laisserai tenter un jour par le tome 2.
Une vingtaine
Voici un recueil de plusieurs histoires courtes de Sébastien Lumineau aussi connu en tant qu'Imius, signature qu'on voit sur certaines planches. C'est une époque fanzinat de la fin des années 1990 dont je ne suis pas spécialiste. Pour ma part je n'avais jamais entendu parler du Journal de Judith et Marinette, qui semble orienté au jeune public vu la tonalité de certaines histoires. Par exemple on a des histoires sur une fratrie de jeunes et pauvres bûcherons dans la montagne qui n'obéissent pas à leurs parents, puis les frères se liguent contre l'un d'eux, le chouchou des parents. On a aussi des pages plus courtes et muettes façon strips avec un chien qui se prend des lampadaires, prémices de Fido face à son destin. Je ne suis pas forcément fan de ce chien mais sur l'ensemble et avec un graphisme noir et blanc pouvant varier de style et faisant montre d'une belle maitrise, cela se laisse lire.