Mouais.
Je n’ai été que moyennement convaincu – en tout cas moyennement intéressé – par cet album.
Pourtant j’aime bien ce format à l’italienne, et Roca est un auteur dont j’ai déjà pu apprécier plusieurs œuvres.
Mais ici, j’ai trouvé que Roca n’avait pas forcément su retransmettre ce qui le touchait personnellement, dans ce récit qui s’intéresse à sa mère – et plus largement à la famille de celle-ci. En tout cas il n’est pas parvenu à dépasser ce regard filial pour faire du récit quelque chose de plus universel.
Et ce récit/enquête, qui part de quelques photographies, s’il est pourtant lisible, ne m’a clairement pas captivé.
Roca lui-même, ou d’autres auteurs espagnols (comme Jaime Martin) ont su retranscrire une époque lourde (l’Espagne franquiste) au travers d’un récit familial. Ici je reste sur ma faim.
Note réelle 2,5/5.
Voici un récit qui est léger sur la forme (« l’intrigue » n’est pas étoffée, il y a peu de texte), mais assez lourd sur le fond.
En effet, nous suivons une femme, Katerina (qui revient de Berlin où elle s’était installée quelques années auparavant pour gagner un peu d’argent pour aider sa famille) et qui revient chercher sa fille Katya dans sa région d’origine. Mais celle-ci, ce sont les environs de Grozny en Tchétchénie, au plus fort des « actions de l’armée russe.
C’est dire que les décors que nous allons traverser et observer, derrière Katerina, ne sont que des villages voire des villes en ruines, des cadavres de chars. Et la certitude que Katya a été « enlevée » par les soldats russes lorsqu’ils ont rasé et massacré son village. Mais Katerina est tenace et veut savoir ce qui lui est réellement arrivée, et où elle se trouve. Tenace jusqu’à défier des officiers russes, probablement responsables de la disparition de sa fille.
Au milieu des ruines et de l’horreur de cette Tchétchénie martyrisée, où la mort étend son règne, l’obstination de Katerina semble comme un défi fou. En tout cas elle entretient la petite flamme de la vie. D’autant plus qu’elle est aidée par un jeune homme quasi orphelin, et ces deux personnages, leur encontre en elle-même aussi d’ailleurs, sont la preuve que tout n’est pas perdu.
Un album qui ne nous montre que quelques jours de vie sur les terres de la mort, mais cette tranche de vie est pleine d’espoir – on se raccroche à peu dans ces contrées !
J’ai eu du mal au départ avec le dessin de Schiffers, mais finalement j’ai trouvé son trait un peu minimaliste et hésitant assez beau, et raccord avec l’univers décrit.
Note réelle 3,5/5.
Manara s'attaque à un classique de la littérature, et je ne sais pas trop que penser du résultat.
Déjà, soulignons que le livre de Eco est réputé lourd, dense et probablement inadaptable, même si le film de Jean-Jacques Annaud lui rend parfaitement hommage et réussit le tour de force de rendre une grande partie de sa force. Du reste, il est impossible d'adapter le labyrinthe de genre, d'idées et de motifs que Eco à tressé dans son ouvrage majeur. Si je parle du film, c'est qu'il me semble que Manara n'a pas dédaigné de le revoir avant de commencer son œuvre (ou de s'en inspirer) puisque de nombreux liens semblent se faire entre les deux. Notamment dans certains cadrages et quelques visuels que le film avait de marquant.
Maintenant, concernant la BD en elle-même, je peux comparer avec le livre ce qui n'aurait pas grand intérêt. Mais je dirais que même une personne non-connaisseuse ne peut que ressentir l'adaptation. En effet, il y a une grande quantité de textes directement repris du livre, parfois explicatifs de ce que l'on voit par ailleurs (je pense à la séquence finale avec la fille) tout comme la narration fait très littéraire et manque un peu de travail d'adaptation. C'est dommage, j'ai l'impression que Manara à bien capté des choses du livre et se veut un transcripteur à la fois fidèle (presque trop) mais aussi personnel, ajoutant sa patte et son énergie (notamment dans le dessin). Sauf que je trouve pour l'instant que ça manque de corps, ça manque de clarté.
Pour l'instant je n'aime pas plus que ça mais ça reste très lisible. Manara sait s'y faire, et je ne lui reproche rien à ce niveau ! Disons que je suis sur une réserve prudente en attendant la suite.
Sauf rarissime exception, même lorsque David Snug me propose quelque chose de très moyen, je suis toujours indulgent avec lui, tant j’apprécie la fraicheur de ses albums, très loin du main stream (dans le fond et dans la forme des propos).
Si, comme à son habitude, on a droit ici à quelque chose d’autobiographique, avec pas mal de critiques sur les études sans « débouché » et le refus du salariat, cet album est centré sur la musique. Plutôt les musiques, auxquelles s’est frotté notre auteur anar/grunge/punk, jusqu’à trouver « sa voie » et former son groupe (très loin des sentiers battus forcément).
Au milieu des coups de gueules et du franc parler habituels, Snug n’oublie pas là encore de glisser de l’humour, de l’auto-dérision, qui rendent vivantes ses saillies.
Un album sympathique, qui plaira aux amateurs de l’auteur.
Je retrouve Alicia Jaraba après son excellent Celle qui parle. Et cet album m'a moins convaicu.
Une BD qui nous plonge à la croisé des chemins d'un jeune couple. En effet, Aimée et Ulysse sont ensembles depuis des années, ces vacances en van aménagé semblent être la dernière chance pour recoller les morceaux. Un fossé s'est creusé, invisible, l'usure du temps, une communication difficile, les premiers doutes sur leurs attentes respectives sont des sujets qu'il va falloir aborder.
Une introspection (très bien l'analogie avec la plongée sous-marine) sous forme de road movie, où nos jeunes gens feront la rencontre d'un drôle de gugus qui aura un regard extérieur sur leur relation. Le récit reflète bien ce qui peut se passer dans une relation amoureuse en perte de vitesse, avec toujours cette envie de ne pas faire mal à l'autre. Mais doit-on sacrifier ses rêves pour l'être aimé ?
Une histoire dont on devine la fin inéluctable.
Je suis une fois de plus sous le charme du dessin d'Alicia Jaraba, son trait fluide et précis retranscrit les émotions.
Les couleurs sont lumineuses.
Du très bon boulot.
Une lecture où la tendresse transpire sur chaque planche, mais il m'a manqué une dose d'originalité.
J'ai démarré la lecture un peu septique. Et puis il faut bien avouer que ça fonctionne.
Le côté décalé mais normal des choses rend l'ensemble très cool. En particulier grâce à Fabienne, la grenouille et femme de notre héros, qui donne une saveur particulière à ce cocktail décalé, patiné de dessin pour enfant faussement naïf.
Sans ce côté créatif et légèrement loufoque, sur le fond rien de transcendant sur le scénario en lui même, parfois un peu top léger même si c'est fluide et plaisant à lire. D’où une note de 3/5.
Un album à lire pour son esthétique et l'intelligence du propos.
Dytar mêle avec brio les deux cultures avec de superbes trouvailles graphiques. Ça vaut sans souci la lecture, il m'a cependant manqué un peu d'émotion pour être transporté complètement par le récit. La fiction cède le pas au documentaire. Ça devient une caractéristique de Dytar, pas étonnant qu'il ait intitulé une de ses premières œuvres Le Sourire des Marionnettes : il y a un petit côté pantin qui s'agite (parfois en vain) dans ses personnages que l'auteur, en artisan doué, anime sous nos yeux, qui sursaute une dernière fois avant son " nomiquizpan ".
Avec Dytar, la vie ressemble souvent à un théâtre d'ombres, un brin désincarné, très cérébral, mais toujours intéressant et graphiquement épatant. Je n'ai pas vibré pour cet album, mais c'est un des livres de l'année malgré tout.
Si vous aimez les œuvres sur l'histoire des Mexicas, le roman" Azteca " de Jennings est à lire.
Note réelle : 3,5.
4/5 pour la réalisation, un bon 3/5 pour le plaisir éprouvé lors de la lecture.
On reste dans le même gros délire que pour Valhalla Hotel, avec des personnages bien allumés, une intrigue improbable, des gros flingues et des grosses caisses. Le second degré est de mise et l’humour lourdingue omniprésent.
Pour ceux qui n’auraient pas lu Valhalla Hotel, il vaut vraiment mieux commencer par là car ce second cycle est construit sur les bases du premier, et si les personnages ont évolué (10 ans se sont écoulé entre Valhalla Hotel et Valhalla Bunker) savoir d’où ils viennent et ce qui leur est arrivé précédemment est presqu’indispensable pour comprendre cette nouvelle intrigue.
Au niveau du dessin, Fabien Bedouel nous offre un travail conforme à nos espérances. C’est caricatural, expressif, coloré, explosif, dynamique, joyeux.
Pas de mauvaise surprise pour ce premier tome mais rien d’exceptionnel non plus. On est en pays de connaissance. Ceux qui ont kiffé Valhalla Hotel devraient apprécier ce nouvel opus. Les autres resteront à quai.
Pour ma part, j’aime bien… même si parfois c’est quand même bien lourdingue.
Petite mise à jour après lecture du tome 2 pour dire qu'il n'y avait pas besoin d'en faire une : c'est toujours aussi con lourdingue dynamique et jouissif. Pas de mauvaise surprise.
Delcourt continue sa collection d'albums à couverture rouge de biographies des dirigeants modernes controversés. Ici, il s'agit du dictateur chinois Xi Jinping.
Je connais un peu l'histoire moderne de la Chine, mais pas celle de son actuel président. Disons que j'ai beaucoup appris sur la vie de Xi, mais que son parcours ne m'a pas surpris : sa famille tombe en disgrâce sous Mao, les choses vont mieux s'arranger lorsque Deng Xiaoping prend le pouvoir et libéralise tout. Comme tout bon fils de révolutionnaire, Xi va profiter du népotisme et gravir les échelons un par un jusqu'à devenir le numéro un du parti communiste chinois. On voit aussi les problèmes de la Chine (corruptions généralisées, luttes de pouvoirs, pollutions) ainsi que les accomplissements de Xi depuis qu'il est au pouvoir. Ce qui frappe le plus est que la Chine semble revenir au temps de Mao avec Xi qui réussit à annuler plusieurs mesures de Deng, notamment le fait qu'on ne pouvait pas faire plus que deux membres de suites comme président de la Chine. Il faut dire aussi qu'il glorifie Mao et comme chef autoritaire qui se respecte il aime bien se tourner vers des figures du passé pour en faire des figures de propagande. On voit aussi que ces dernières années, la Chine n’est plus aussi invincible qu’elle veut paraitre avec les problèmes intérieurs qui s’acculent, mais le scénariste ne fait pas de pronostic pour le futur car cela peut se terminer autant en faveur qu’en défaveur pour Xi.
C'est bien résumé et clair la plupart du temps (l'organisation du pouvoir chinois est parfois un peu dur à comprendre vu qu'on ne suit que Xi, il y a donc des gens puissants qui semblent parfois sortir de nulle part), mais le tout manque quand même de dynamisme. Il faut dire que je ne suis pas un grand fan du dessin, mais au moins c'est lisible. Le sujet est passionnant, mais l'album en lui-même ne l'est pas trop. Un documentaire dont je recommande l'emprunt à la bibliothèque pour les fans de géopolitique.
L’histoire concoctée par Pelaez se laisse lire agréablement, même si elle n’est pas toujours facile à « cerner ». En effet, elle mélange et alterne différents « genres », commençant sur du roman graphique, avec cette petite fille qui, ayant perdu sa mère, se réfugie dans ses rêves, et commence à parler avec un épouvantail. Puis, peu à peu, le fantastique s’invite, en même temps que le polar, tout tournant autour de cet épouvantail.
C’est un peu déroutant, mais on s’y fait quand même au bout d’un moment, même si l’aspect polar semble un peu se greffer artificiellement (ça n’est pas la partie qui m’a le plus plu). C’est que la narration est assez fluide et plaisante, plutôt avare de mots, assez légère – dans tous les sens du terme.
Mais j’ai surtout aimé le dessin de Sénégas, lui aussi très léger. Parfois minimaliste, parfois fourmillant de détails (même si les décors sont souvent escamotés), avec un rendu proche de la gravure parfois. Un Noir et Blanc usant de hachures plus ou moins rageuses, j’ai bien apprécié ce travail, qui accompagne bien les êtres écorchés, les situations ambiguës, l’ambivalence de certains personnages.
Note réelle 3,5/5.
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Retour à l'Eden
Mouais. Je n’ai été que moyennement convaincu – en tout cas moyennement intéressé – par cet album. Pourtant j’aime bien ce format à l’italienne, et Roca est un auteur dont j’ai déjà pu apprécier plusieurs œuvres. Mais ici, j’ai trouvé que Roca n’avait pas forcément su retransmettre ce qui le touchait personnellement, dans ce récit qui s’intéresse à sa mère – et plus largement à la famille de celle-ci. En tout cas il n’est pas parvenu à dépasser ce regard filial pour faire du récit quelque chose de plus universel. Et ce récit/enquête, qui part de quelques photographies, s’il est pourtant lisible, ne m’a clairement pas captivé. Roca lui-même, ou d’autres auteurs espagnols (comme Jaime Martin) ont su retranscrire une époque lourde (l’Espagne franquiste) au travers d’un récit familial. Ici je reste sur ma faim. Note réelle 2,5/5.
Katya
Voici un récit qui est léger sur la forme (« l’intrigue » n’est pas étoffée, il y a peu de texte), mais assez lourd sur le fond. En effet, nous suivons une femme, Katerina (qui revient de Berlin où elle s’était installée quelques années auparavant pour gagner un peu d’argent pour aider sa famille) et qui revient chercher sa fille Katya dans sa région d’origine. Mais celle-ci, ce sont les environs de Grozny en Tchétchénie, au plus fort des « actions de l’armée russe. C’est dire que les décors que nous allons traverser et observer, derrière Katerina, ne sont que des villages voire des villes en ruines, des cadavres de chars. Et la certitude que Katya a été « enlevée » par les soldats russes lorsqu’ils ont rasé et massacré son village. Mais Katerina est tenace et veut savoir ce qui lui est réellement arrivée, et où elle se trouve. Tenace jusqu’à défier des officiers russes, probablement responsables de la disparition de sa fille. Au milieu des ruines et de l’horreur de cette Tchétchénie martyrisée, où la mort étend son règne, l’obstination de Katerina semble comme un défi fou. En tout cas elle entretient la petite flamme de la vie. D’autant plus qu’elle est aidée par un jeune homme quasi orphelin, et ces deux personnages, leur encontre en elle-même aussi d’ailleurs, sont la preuve que tout n’est pas perdu. Un album qui ne nous montre que quelques jours de vie sur les terres de la mort, mais cette tranche de vie est pleine d’espoir – on se raccroche à peu dans ces contrées ! J’ai eu du mal au départ avec le dessin de Schiffers, mais finalement j’ai trouvé son trait un peu minimaliste et hésitant assez beau, et raccord avec l’univers décrit. Note réelle 3,5/5.
Le Nom de la Rose
Manara s'attaque à un classique de la littérature, et je ne sais pas trop que penser du résultat. Déjà, soulignons que le livre de Eco est réputé lourd, dense et probablement inadaptable, même si le film de Jean-Jacques Annaud lui rend parfaitement hommage et réussit le tour de force de rendre une grande partie de sa force. Du reste, il est impossible d'adapter le labyrinthe de genre, d'idées et de motifs que Eco à tressé dans son ouvrage majeur. Si je parle du film, c'est qu'il me semble que Manara n'a pas dédaigné de le revoir avant de commencer son œuvre (ou de s'en inspirer) puisque de nombreux liens semblent se faire entre les deux. Notamment dans certains cadrages et quelques visuels que le film avait de marquant. Maintenant, concernant la BD en elle-même, je peux comparer avec le livre ce qui n'aurait pas grand intérêt. Mais je dirais que même une personne non-connaisseuse ne peut que ressentir l'adaptation. En effet, il y a une grande quantité de textes directement repris du livre, parfois explicatifs de ce que l'on voit par ailleurs (je pense à la séquence finale avec la fille) tout comme la narration fait très littéraire et manque un peu de travail d'adaptation. C'est dommage, j'ai l'impression que Manara à bien capté des choses du livre et se veut un transcripteur à la fois fidèle (presque trop) mais aussi personnel, ajoutant sa patte et son énergie (notamment dans le dessin). Sauf que je trouve pour l'instant que ça manque de corps, ça manque de clarté. Pour l'instant je n'aime pas plus que ça mais ça reste très lisible. Manara sait s'y faire, et je ne lui reproche rien à ce niveau ! Disons que je suis sur une réserve prudente en attendant la suite.
Je n'ai pas de projet professionnel
Sauf rarissime exception, même lorsque David Snug me propose quelque chose de très moyen, je suis toujours indulgent avec lui, tant j’apprécie la fraicheur de ses albums, très loin du main stream (dans le fond et dans la forme des propos). Si, comme à son habitude, on a droit ici à quelque chose d’autobiographique, avec pas mal de critiques sur les études sans « débouché » et le refus du salariat, cet album est centré sur la musique. Plutôt les musiques, auxquelles s’est frotté notre auteur anar/grunge/punk, jusqu’à trouver « sa voie » et former son groupe (très loin des sentiers battus forcément). Au milieu des coups de gueules et du franc parler habituels, Snug n’oublie pas là encore de glisser de l’humour, de l’auto-dérision, qui rendent vivantes ses saillies. Un album sympathique, qui plaira aux amateurs de l’auteur.
Loin
Je retrouve Alicia Jaraba après son excellent Celle qui parle. Et cet album m'a moins convaicu. Une BD qui nous plonge à la croisé des chemins d'un jeune couple. En effet, Aimée et Ulysse sont ensembles depuis des années, ces vacances en van aménagé semblent être la dernière chance pour recoller les morceaux. Un fossé s'est creusé, invisible, l'usure du temps, une communication difficile, les premiers doutes sur leurs attentes respectives sont des sujets qu'il va falloir aborder. Une introspection (très bien l'analogie avec la plongée sous-marine) sous forme de road movie, où nos jeunes gens feront la rencontre d'un drôle de gugus qui aura un regard extérieur sur leur relation. Le récit reflète bien ce qui peut se passer dans une relation amoureuse en perte de vitesse, avec toujours cette envie de ne pas faire mal à l'autre. Mais doit-on sacrifier ses rêves pour l'être aimé ? Une histoire dont on devine la fin inéluctable. Je suis une fois de plus sous le charme du dessin d'Alicia Jaraba, son trait fluide et précis retranscrit les émotions. Les couleurs sont lumineuses. Du très bon boulot. Une lecture où la tendresse transpire sur chaque planche, mais il m'a manqué une dose d'originalité.
Animan
J'ai démarré la lecture un peu septique. Et puis il faut bien avouer que ça fonctionne. Le côté décalé mais normal des choses rend l'ensemble très cool. En particulier grâce à Fabienne, la grenouille et femme de notre héros, qui donne une saveur particulière à ce cocktail décalé, patiné de dessin pour enfant faussement naïf. Sans ce côté créatif et légèrement loufoque, sur le fond rien de transcendant sur le scénario en lui même, parfois un peu top léger même si c'est fluide et plaisant à lire. D’où une note de 3/5.
Les Sentiers d'Anahuac
Un album à lire pour son esthétique et l'intelligence du propos. Dytar mêle avec brio les deux cultures avec de superbes trouvailles graphiques. Ça vaut sans souci la lecture, il m'a cependant manqué un peu d'émotion pour être transporté complètement par le récit. La fiction cède le pas au documentaire. Ça devient une caractéristique de Dytar, pas étonnant qu'il ait intitulé une de ses premières œuvres Le Sourire des Marionnettes : il y a un petit côté pantin qui s'agite (parfois en vain) dans ses personnages que l'auteur, en artisan doué, anime sous nos yeux, qui sursaute une dernière fois avant son " nomiquizpan ". Avec Dytar, la vie ressemble souvent à un théâtre d'ombres, un brin désincarné, très cérébral, mais toujours intéressant et graphiquement épatant. Je n'ai pas vibré pour cet album, mais c'est un des livres de l'année malgré tout. Si vous aimez les œuvres sur l'histoire des Mexicas, le roman" Azteca " de Jennings est à lire. Note réelle : 3,5. 4/5 pour la réalisation, un bon 3/5 pour le plaisir éprouvé lors de la lecture.
Valhalla Bunker
On reste dans le même gros délire que pour Valhalla Hotel, avec des personnages bien allumés, une intrigue improbable, des gros flingues et des grosses caisses. Le second degré est de mise et l’humour lourdingue omniprésent. Pour ceux qui n’auraient pas lu Valhalla Hotel, il vaut vraiment mieux commencer par là car ce second cycle est construit sur les bases du premier, et si les personnages ont évolué (10 ans se sont écoulé entre Valhalla Hotel et Valhalla Bunker) savoir d’où ils viennent et ce qui leur est arrivé précédemment est presqu’indispensable pour comprendre cette nouvelle intrigue. Au niveau du dessin, Fabien Bedouel nous offre un travail conforme à nos espérances. C’est caricatural, expressif, coloré, explosif, dynamique, joyeux. Pas de mauvaise surprise pour ce premier tome mais rien d’exceptionnel non plus. On est en pays de connaissance. Ceux qui ont kiffé Valhalla Hotel devraient apprécier ce nouvel opus. Les autres resteront à quai. Pour ma part, j’aime bien… même si parfois c’est quand même bien lourdingue. Petite mise à jour après lecture du tome 2 pour dire qu'il n'y avait pas besoin d'en faire une : c'est toujours aussi con lourdingue dynamique et jouissif. Pas de mauvaise surprise.
Xi Jinping - L'Empereur du silence
Delcourt continue sa collection d'albums à couverture rouge de biographies des dirigeants modernes controversés. Ici, il s'agit du dictateur chinois Xi Jinping. Je connais un peu l'histoire moderne de la Chine, mais pas celle de son actuel président. Disons que j'ai beaucoup appris sur la vie de Xi, mais que son parcours ne m'a pas surpris : sa famille tombe en disgrâce sous Mao, les choses vont mieux s'arranger lorsque Deng Xiaoping prend le pouvoir et libéralise tout. Comme tout bon fils de révolutionnaire, Xi va profiter du népotisme et gravir les échelons un par un jusqu'à devenir le numéro un du parti communiste chinois. On voit aussi les problèmes de la Chine (corruptions généralisées, luttes de pouvoirs, pollutions) ainsi que les accomplissements de Xi depuis qu'il est au pouvoir. Ce qui frappe le plus est que la Chine semble revenir au temps de Mao avec Xi qui réussit à annuler plusieurs mesures de Deng, notamment le fait qu'on ne pouvait pas faire plus que deux membres de suites comme président de la Chine. Il faut dire aussi qu'il glorifie Mao et comme chef autoritaire qui se respecte il aime bien se tourner vers des figures du passé pour en faire des figures de propagande. On voit aussi que ces dernières années, la Chine n’est plus aussi invincible qu’elle veut paraitre avec les problèmes intérieurs qui s’acculent, mais le scénariste ne fait pas de pronostic pour le futur car cela peut se terminer autant en faveur qu’en défaveur pour Xi. C'est bien résumé et clair la plupart du temps (l'organisation du pouvoir chinois est parfois un peu dur à comprendre vu qu'on ne suit que Xi, il y a donc des gens puissants qui semblent parfois sortir de nulle part), mais le tout manque quand même de dynamisme. Il faut dire que je ne suis pas un grand fan du dessin, mais au moins c'est lisible. Le sujet est passionnant, mais l'album en lui-même ne l'est pas trop. Un documentaire dont je recommande l'emprunt à la bibliothèque pour les fans de géopolitique.
Épouvantail
L’histoire concoctée par Pelaez se laisse lire agréablement, même si elle n’est pas toujours facile à « cerner ». En effet, elle mélange et alterne différents « genres », commençant sur du roman graphique, avec cette petite fille qui, ayant perdu sa mère, se réfugie dans ses rêves, et commence à parler avec un épouvantail. Puis, peu à peu, le fantastique s’invite, en même temps que le polar, tout tournant autour de cet épouvantail. C’est un peu déroutant, mais on s’y fait quand même au bout d’un moment, même si l’aspect polar semble un peu se greffer artificiellement (ça n’est pas la partie qui m’a le plus plu). C’est que la narration est assez fluide et plaisante, plutôt avare de mots, assez légère – dans tous les sens du terme. Mais j’ai surtout aimé le dessin de Sénégas, lui aussi très léger. Parfois minimaliste, parfois fourmillant de détails (même si les décors sont souvent escamotés), avec un rendu proche de la gravure parfois. Un Noir et Blanc usant de hachures plus ou moins rageuses, j’ai bien apprécié ce travail, qui accompagne bien les êtres écorchés, les situations ambiguës, l’ambivalence de certains personnages. Note réelle 3,5/5.