Déçu de ne pas avoir été emporté par ce roman graphique.
Ce road movie social dénonçant à juste titre l'extrême droite, avait de sérieux arguments pour me plaire, malheureusement il ne m'est apparu que sympathique. La faute à des illustrations stylisées non-pleinement-convaincantes, à un humour plutôt décevant, pas assez déjanté ou dénonciateur. Reste le charme humaniste du duo, l'originalité de traitement du racisme ordinaire, le tendre portrait de jeunes de milieu populaire.
C'est dynamique, assez agréable à lire, pertinent socialement, mais l'intrigue n'est pas aussi fluide qu'espéré, l'humour et les illustrations seulement partiellement convaincants.
Dernièrement je m'étais décidée à redonner une chance à l'univers Freaks' Squeele, univers volontairement barré assuré par le dessin travaillé de Florent Maudoux qui normalement aurait dû résonner avec moi mais qui pourtant ne m'avait pas laissé de bons souvenirs lors de mon essai de lecture à l'adolescence. C'est après avoir lu le très bon Masiko se déroulant dans le même univers que je me suis dite qu'après tout il y avait peut-être quelque chose de très bon dans cet univers à côté duquel je serais passée.
C'est par le hasard du sort que je n'ai pas recommencé par la série mère (que j'aviserai d'ici peu) mais bien par cette petite série spin-off.
Elle se déroule après ladite série mère et se centre sur l'équipe médicale du FEAH, un trio aux méthodes les plus étranges constitué de jumeaux siamois jouant les bons et mauvais psys à la manière de "good cops, bad cops", d'une infirmière magical girl très intense et d'une toubib principale spécialisée dans les tatouages thérapeutiques.
Le postulat de la série est excellent, profitant de la base prometteuse de l'univers centré sur une explosion de références super-héroïques et magiques et exagérant la moindre situation banale au point d'en faire une aventure absurde et explosive. Ici, il y aura donc plusieurs petites histoires, chacune se focalisant sur un dossier, un-e patient-e bien précis-e, avec ses problèmes et, surtout, le travail psychologique qu'iel devra accomplir pour enfin aller de l'avant. Le sujet des troubles et des peurs de la jeunesse, qu'il s'agisse de tout ce qui est lié aux incertitudes du passage à l'âge adulte ou bien de la question des traumas, m'intéresse au plus haut point et ici le sujet est plutôt bien traité.
Tout est explosif dans la forme, l'exorcisation des douleurs intimes prend parfois ici véritablement la forme d'exorcisme ou de combats mystiques. Cet enrobage absurdo-fantastique me parait bien trouvé pour aborder ces questions auprès du jeune public concerné tout en restant sincèrement entrainant.
Le caractère de "suite indépendante" de la série marche plutôt bien, tout me semble compréhensible pour des néophytes de l'univers - en tout cas je n'ai pas été perdue avec mes quelques souvenirs des quatre premiers albums de Freaks' Squeele. J'avoue quand-même que certains personnages comme le trio principal de la série mère et une intrigue autour de "Monsieur Wong" m'ont parus un peu arriver comme un cheveux dans la soupe ici - que je les resitue par rapport à la série mère ou pas.
Bref, cet album m'a bien plu et m'a convaincue de pleinement redonner sa chance à cet univers.
Je regrette néanmoins que cette série se soit pour le moment arrêtée à un simple album, la forme épisodique me parait excellente pour continuer encore longtemps mais c'est sans doute cette absence d'intrigue filée et d'importance pour le lore de cet univers qui fait que cette série est pour l'instant mise de côté. J'espère quand-même voir une suite un de ces jours.
Dans une petite ville américaine des années 1950, l'arrivée d'un journaliste venu couvrir un mystérieux concours agricole va faire remonter à la surface les secrets, les désirs et les blessures d'une galerie de personnages liés par un étrange arbre aux propriétés surnaturelles.
S'il fallait comparer ce diptyque à la majorité des BD érotiques ou pornographiques, je dirais sans hésiter qu'il fait partie du haut du panier. Il propose un véritable scénario, des personnages qui existent autrement que par les scènes de sexe, un peu d'humour et une intrigue qui donne envie de tourner les pages. En revanche, si je le compare aux autres BD que je considère comme franchement excellentes, je trouve qu'il lui manque encore quelque chose pour atteindre ce niveau.
Le décor et le dessin sont sans doute ce qui m'a le plus séduit. J'aime beaucoup le style élégant et le soin apporté à la reconstitution de l'Amérique rurale des années 50. Le cadre est réussi, les femmes sont belles, avec des silhouettes généreuses qui s'intègrent parfaitement à cette esthétique rétro, et les personnages masculins, plus caricaturaux, restent sympathiques. En revanche, j'ai été un peu déçu par la représentation des attributs intimes, aussi bien masculins que féminins, que je trouve assez maladroite et trop uniforme. C'est surprenant de la part d'un auteur habitué à la BD pour adultes, et ce choix graphique a plutôt eu tendance à casser l'effet érotique. Heureusement, le reste des corps est très bien dessiné.
Le scénario demande un petit temps d'adaptation. Le début est assez fouillis, avec de nombreux protagonistes et plusieurs intrigues qui s'entrecroisent, au point que j'avais parfois l'impression de passer du coq à l'âne. Les choses deviennent plus claires par la suite et dans le second tome, même si cette construction m'a parfois laissé un peu en retrait. En contrepartie, cette galerie de personnages offre une belle variété de tempéraments et de fantasmes. La jeune serveuse nymphomane est un peu caricaturale, mais j'ai davantage apprécié la bourgeoise coincée qui découvre progressivement son corps et ses envies, ainsi que la romance entre le peintre et la chanteuse, plus touchante et tout aussi émoustillante au final.
L'intrigue fantastique autour de l'arbre magique m'a laissé plus réservé. Je ne voyais pas toujours où le récit voulait en venir, et les interventions des mystérieux fruits m'ont semblé tantôt moralistes, tantôt assez vaines. Ce fil conducteur ne m'a donc jamais totalement convaincu, même s'il apporte une originalité bienvenue à l'ensemble.
Enfin, lorsque la vérité concernant le vieux grincheux de la ville est dévoilée, le récit bascule vers quelque chose de beaucoup plus dramatique, voire policier. C'est intéressant sur le plan narratif, mais cela casse aussi l'ambiance légère et sensuelle qui s'était installée jusque-là.
Malgré ces réserves, j'ai apprécié cette lecture, qui se place davantage dans un érotisme assumé que dans un registre véritablement pornographique, et qui se distingue nettement de la production pour adultes habituelle grâce à son ambition scénaristique, son cadre original et à la qualité de son dessin.
Les gags ne sont jamais hilarants, mais Nena parvient quand même – alors que par définition le parti pris narratif est restreint et très répétitif – à se renouveler suffisamment pour que la lecture soit agréable.
Comme le titre l’indique, l’album est uniquement constitué d’illustrations de « premiers rendez-vous », toujours sur le même modèle : une page, divisée en six cases, dans lesquelles les deux personnages échangent premiers regards et surtout les premiers mots.
Le dessin d’Aris (simple et agréable, ressemblant un peu à celui du Fabcaro tendance récits autobiographiques avant sa veine purement absurde) est agréable. Mais il est statique, use d’une certaine itération iconique. Tout repose donc sur les dialogues.
Contrairement à ce que je pensais de prime abord, ça ne joue pas uniquement sur l’absurde complet et décalé, comme c’est souvent le cas (même si certaines réparties sont absurdes). Nena joue sur les moments de désarroi consécutifs à certains malentendus, aux attentes mal comprises, aux maladresses, à tout ce que l’on découvre chez l’autre et que le profil présenté sur les sites de rencontre n’avait pas précisé – ou alors cela avait été mal perçu.
L’ensemble est inégal, mais assez frais. Ça fait sourire, et la lecture est globalement plaisante, même si j’espérais quelques pointes un peu plus punchy parfois.
Note réelle 2,5/5.
Pas grand-chose à dire sur cet album. Il se laisse lire – rapidement – et procure une lecture pas du tout prise de tête. Une petite série B rythmée, lecture popcorn d’emprunt.
On est plongé dans l’Amérique du début des années 1960, l’euphorie des années Kennedy, mais aussi certains travers : le racisme, les extra-terrestres, les théories du complot (liée aux communistes, aux martiens ou autres absurdités).
Récit de genre, on ne s’embarrasse pas de rendre tout crédible, cet album tourne – gentiment – en ridicule certains travers de la société américaine de l’époque (mais les choses n’ont pas foncièrement changé sur bien des points hélas).
Je me reconnais dans l'avis de Josq.
Cet album est globalement une bonne BD avec des personnages attachants, un bon mélange de genre et une intrigue pas mal même si finalement c'est très classique. Le dessin est vraiment très bon et rappelle les films d'animations du type Disney. Malheureusement, c'est aussi une lecture longue. Je n'ai rien contre les histoires denses lorsqu'elles en valent la peine, mais j'ai encore une fois eu l'impression de lire une BD qui s'étirait inutilement en longueur. Il y a des passages qu’on aurait pu couper ou raccourcir sans problèmes. C'est parfois trop verbeux pour rien et ça casse le rythme.
Cela reste tout de même un album dont je conseille l'emprunt si vous avez plusieurs heures de libres pour la lecture. C'est clairement pas un album qu'on peut lire en une heure et je parle en tant que lecteur qui est capable de lire vite !
J’ai lu les trois premiers tomes de la série. Ils peuvent presque se lire indépendamment les uns des autres, même si c’est quand même mieux de les lire tous et dans l’ordre (évolution de la psychologie des personnages, des liens qui les unissent, mais aussi à cause du fil rouge constitué par la recherche par Bor de sa fille).
Il est possible que la série ait été prévue en trois tomes initialement (l’éditeur a d’ailleurs à la suite du troisième publié un coffret intégrale de ces trois tomes. Mais plusieurs années plus tard un quatrième tome – à la pagination plus conséquente, et que je n’ai pas lu – a été publié, relançant cette série. En tout cas ces trois premiers tomes constituent un cycle complet.
C’est de la SF assez classique, qui joue sur la défense de l’environnement et, même en les « délocalisant » sur d’autres planètes, développe des thématiques très contemporaines et très « terriennes ». Car nos héros interviennent, au nom d’un organisme international, pour sauvegarder les écosystèmes ou les populations autochtones sur les planètes lointaines (surtout lorsqu’ils sont menacés par l’action humaine).
Les voyages sont escamotés, nos héros atterrissent directement sur ces planètes et au cœur de l’action. De la même façon, les communications semblent faciles et immédiates d’un bout à l’autre de la galaxie.
Les récits se laissent lire – sans plus me concernant.
C’est parfois assez mou, convenu, trop manichéen. Et le dessin est lui aussi un peu trop lisse, figé.
La faune de chacune des planètes n’est pas assez développée à mon goût (quelques bestioles originales, à mi-chemin entre Miyazaki et Le Léo des Mondes d’Aldébaran). Les débats écologiques sont parfois artificiels aussi.
En tout cas il manque à cette série un je ne sais quoi qui m’aurait davantage emballé. Poésie, mystère, thriller ?
Et la quête de Bor à propos de sa fille ne m’a pas non plus captivé.
Note réelle 2,5/5.
L’approche est vraiment intéressante. Plutôt que de revenir sur les crimes eux-mêmes, Derf Backderf raconte la jeunesse de Jeffrey Dahmer à travers le regard d’un ancien camarade de classe. Ce point de vue extérieur apporte une vraie valeur et le travail de documentation est impressionnant. On sent qu’un énorme travail de recherche a été réalisé pour construire un récit cohérent et fidèle aux faits.
En revanche, passé cet aspect documentaire, j’ai eu de la peine à y trouver un réel intérêt. Si l’on n’est pas particulièrement fasciné par les tueurs en série ou par Dahmer en particulier, le récit peine à vraiment captiver. Il remet les événements en perspective et apporte du contexte, mais sans grande révélation : on se doute que son parcours n’a pas été simple et que son entourage n’a rien vu venir. Le fait que tout soit authentique donne évidemment du poids à l’ensemble, mais cela ne suffit pas à en faire une lecture marquante à mes yeux.
Le dessin n’est pas non plus dans mes goûts. Son style très anguleux, caricatural et typiquement américain sert sans doute l’ambiance, mais je l’ai trouvé peu attrayant. Au final, je reconnais volontiers la qualité de l’ouvrage et le sérieux de sa démarche, sans pour autant avoir été réellement emporté par cette lecture.
Dans un univers de conte maritime et forestier, le Capitaine Trèfle sauve un lutin captif et l'entraîne dans une quête aux côtés de magiciens et de créatures légendaires, au cœur d'un monde menacé par la violence des hommes et des pirates.
Le dessin de René Hausman est l'une des forces de cet album. Les décors sont jolis, les ambiances aquarellées très travaillées, avec une vraie force évocatrice. En revanche, les visages m'ont parfois semblé un peu raides ou masqués, même si l'ensemble reste globalement maîtrisé visuellement.
L'univers est riche et foisonnant, peuplé de lutins, fées, pirates et créatures marines, dans une ambiance de conte maritime qui inclut beaucoup d'éléments folkloriques. Mais je suis assez partagé à ce sujet, parce que Pierre Dubois mélange des légendes et créatures folkloriques authentiques avec des entités totalement issues de son imagination. Cela brouille mon plaisir de lecture : j'aime savoir ce qui relève de la mythologie réelle et ce qui est pure invention. Ici, je ne sais pas toujours si je peux y lire une forme d'instruction sur le folklore féérique ou si je dois simplement accepter un univers entièrement fantasmé où les références authentiques ne sont que des éléments décoratifs.
J'ai également été gêné par le style narratif. Il m'évoque celui de certains contes chantés pour enfants, avec un vocabulaire volontairement alambiqué, ancien ou inventé, et des onomatopées qui donnent une impression de surcharge. Cela casse la fluidité de lecture et m'oblige à me focaliser sur le texte pour être sûr d'avoir compris ce qui est raconté, ce qui finit par m'agacer dans le déroulé de l'histoire.
Je reconnais l'originalité de l'univers et la qualité du travail graphique, mais mon ressenti reste en demi-teinte à cause du style d'écriture et de cette ambiguïté permanente entre folklore réel et invention pure, qui m'empêche de m'immerger pleinement dans le récit.
Je garde un assez bon souvenir de ma lecture des 5 tomes précédents. De mémoire, s'y développait une intrigue horrifique adolescente bien rythmée aux illustrations attrayantes.
Cet inattendu 6e tome vient compléter (ou plutôt initier) le cycle précédent. Il s'agit de nous conter l'apparition de la plaie blanche et la chute progressive de la civilisation telle que connue. Malheureusement, l'intrigue choisit d'opter pour le récit d'action pure et fort peu de chose seront explicitée, afin de privilégier le récit d'une fuite. Par ailleurs, les illustrations et couleurs de von Kummant ne sont plus d'actualité, celui-ci ayant été remplacé de manière peu heureuse par Chaiko, dont les couleurs ternes et le moindre dynamisme du trait font regretter l'initiative. Demeure une intrigue invitant la thématique du consentement (beau sujet, traité ici de manière abrupte mais originale) et celle de la relation père-fille, ici joliment archaïque.
Un 6e tome divertissant, mais oubliable, a priori unique (espérons que ne débute pas avec celui-ci un nouveau cycle), qui ne remet aucunement en question l'efficacité du cycle initialement paru. Gung Ho demeure une série horrifique ado assez recommandable.
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L'Autoroute du soleil
Déçu de ne pas avoir été emporté par ce roman graphique. Ce road movie social dénonçant à juste titre l'extrême droite, avait de sérieux arguments pour me plaire, malheureusement il ne m'est apparu que sympathique. La faute à des illustrations stylisées non-pleinement-convaincantes, à un humour plutôt décevant, pas assez déjanté ou dénonciateur. Reste le charme humaniste du duo, l'originalité de traitement du racisme ordinaire, le tendre portrait de jeunes de milieu populaire. C'est dynamique, assez agréable à lire, pertinent socialement, mais l'intrigue n'est pas aussi fluide qu'espéré, l'humour et les illustrations seulement partiellement convaincants.
Freaks' Squeele - Kim Traüma
Dernièrement je m'étais décidée à redonner une chance à l'univers Freaks' Squeele, univers volontairement barré assuré par le dessin travaillé de Florent Maudoux qui normalement aurait dû résonner avec moi mais qui pourtant ne m'avait pas laissé de bons souvenirs lors de mon essai de lecture à l'adolescence. C'est après avoir lu le très bon Masiko se déroulant dans le même univers que je me suis dite qu'après tout il y avait peut-être quelque chose de très bon dans cet univers à côté duquel je serais passée. C'est par le hasard du sort que je n'ai pas recommencé par la série mère (que j'aviserai d'ici peu) mais bien par cette petite série spin-off. Elle se déroule après ladite série mère et se centre sur l'équipe médicale du FEAH, un trio aux méthodes les plus étranges constitué de jumeaux siamois jouant les bons et mauvais psys à la manière de "good cops, bad cops", d'une infirmière magical girl très intense et d'une toubib principale spécialisée dans les tatouages thérapeutiques. Le postulat de la série est excellent, profitant de la base prometteuse de l'univers centré sur une explosion de références super-héroïques et magiques et exagérant la moindre situation banale au point d'en faire une aventure absurde et explosive. Ici, il y aura donc plusieurs petites histoires, chacune se focalisant sur un dossier, un-e patient-e bien précis-e, avec ses problèmes et, surtout, le travail psychologique qu'iel devra accomplir pour enfin aller de l'avant. Le sujet des troubles et des peurs de la jeunesse, qu'il s'agisse de tout ce qui est lié aux incertitudes du passage à l'âge adulte ou bien de la question des traumas, m'intéresse au plus haut point et ici le sujet est plutôt bien traité. Tout est explosif dans la forme, l'exorcisation des douleurs intimes prend parfois ici véritablement la forme d'exorcisme ou de combats mystiques. Cet enrobage absurdo-fantastique me parait bien trouvé pour aborder ces questions auprès du jeune public concerné tout en restant sincèrement entrainant. Le caractère de "suite indépendante" de la série marche plutôt bien, tout me semble compréhensible pour des néophytes de l'univers - en tout cas je n'ai pas été perdue avec mes quelques souvenirs des quatre premiers albums de Freaks' Squeele. J'avoue quand-même que certains personnages comme le trio principal de la série mère et une intrigue autour de "Monsieur Wong" m'ont parus un peu arriver comme un cheveux dans la soupe ici - que je les resitue par rapport à la série mère ou pas. Bref, cet album m'a bien plu et m'a convaincue de pleinement redonner sa chance à cet univers. Je regrette néanmoins que cette série se soit pour le moment arrêtée à un simple album, la forme épisodique me parait excellente pour continuer encore longtemps mais c'est sans doute cette absence d'intrigue filée et d'importance pour le lore de cet univers qui fait que cette série est pour l'instant mise de côté. J'espère quand-même voir une suite un de ces jours.
Le Fruit le plus doux
Dans une petite ville américaine des années 1950, l'arrivée d'un journaliste venu couvrir un mystérieux concours agricole va faire remonter à la surface les secrets, les désirs et les blessures d'une galerie de personnages liés par un étrange arbre aux propriétés surnaturelles. S'il fallait comparer ce diptyque à la majorité des BD érotiques ou pornographiques, je dirais sans hésiter qu'il fait partie du haut du panier. Il propose un véritable scénario, des personnages qui existent autrement que par les scènes de sexe, un peu d'humour et une intrigue qui donne envie de tourner les pages. En revanche, si je le compare aux autres BD que je considère comme franchement excellentes, je trouve qu'il lui manque encore quelque chose pour atteindre ce niveau. Le décor et le dessin sont sans doute ce qui m'a le plus séduit. J'aime beaucoup le style élégant et le soin apporté à la reconstitution de l'Amérique rurale des années 50. Le cadre est réussi, les femmes sont belles, avec des silhouettes généreuses qui s'intègrent parfaitement à cette esthétique rétro, et les personnages masculins, plus caricaturaux, restent sympathiques. En revanche, j'ai été un peu déçu par la représentation des attributs intimes, aussi bien masculins que féminins, que je trouve assez maladroite et trop uniforme. C'est surprenant de la part d'un auteur habitué à la BD pour adultes, et ce choix graphique a plutôt eu tendance à casser l'effet érotique. Heureusement, le reste des corps est très bien dessiné. Le scénario demande un petit temps d'adaptation. Le début est assez fouillis, avec de nombreux protagonistes et plusieurs intrigues qui s'entrecroisent, au point que j'avais parfois l'impression de passer du coq à l'âne. Les choses deviennent plus claires par la suite et dans le second tome, même si cette construction m'a parfois laissé un peu en retrait. En contrepartie, cette galerie de personnages offre une belle variété de tempéraments et de fantasmes. La jeune serveuse nymphomane est un peu caricaturale, mais j'ai davantage apprécié la bourgeoise coincée qui découvre progressivement son corps et ses envies, ainsi que la romance entre le peintre et la chanteuse, plus touchante et tout aussi émoustillante au final. L'intrigue fantastique autour de l'arbre magique m'a laissé plus réservé. Je ne voyais pas toujours où le récit voulait en venir, et les interventions des mystérieux fruits m'ont semblé tantôt moralistes, tantôt assez vaines. Ce fil conducteur ne m'a donc jamais totalement convaincu, même s'il apporte une originalité bienvenue à l'ensemble. Enfin, lorsque la vérité concernant le vieux grincheux de la ville est dévoilée, le récit bascule vers quelque chose de beaucoup plus dramatique, voire policier. C'est intéressant sur le plan narratif, mais cela casse aussi l'ambiance légère et sensuelle qui s'était installée jusque-là. Malgré ces réserves, j'ai apprécié cette lecture, qui se place davantage dans un érotisme assumé que dans un registre véritablement pornographique, et qui se distingue nettement de la production pour adultes habituelle grâce à son ambition scénaristique, son cadre original et à la qualité de son dessin.
Premier rendez-vous
Les gags ne sont jamais hilarants, mais Nena parvient quand même – alors que par définition le parti pris narratif est restreint et très répétitif – à se renouveler suffisamment pour que la lecture soit agréable. Comme le titre l’indique, l’album est uniquement constitué d’illustrations de « premiers rendez-vous », toujours sur le même modèle : une page, divisée en six cases, dans lesquelles les deux personnages échangent premiers regards et surtout les premiers mots. Le dessin d’Aris (simple et agréable, ressemblant un peu à celui du Fabcaro tendance récits autobiographiques avant sa veine purement absurde) est agréable. Mais il est statique, use d’une certaine itération iconique. Tout repose donc sur les dialogues. Contrairement à ce que je pensais de prime abord, ça ne joue pas uniquement sur l’absurde complet et décalé, comme c’est souvent le cas (même si certaines réparties sont absurdes). Nena joue sur les moments de désarroi consécutifs à certains malentendus, aux attentes mal comprises, aux maladresses, à tout ce que l’on découvre chez l’autre et que le profil présenté sur les sites de rencontre n’avait pas précisé – ou alors cela avait été mal perçu. L’ensemble est inégal, mais assez frais. Ça fait sourire, et la lecture est globalement plaisante, même si j’espérais quelques pointes un peu plus punchy parfois. Note réelle 2,5/5.
Opération Moon Fire
Pas grand-chose à dire sur cet album. Il se laisse lire – rapidement – et procure une lecture pas du tout prise de tête. Une petite série B rythmée, lecture popcorn d’emprunt. On est plongé dans l’Amérique du début des années 1960, l’euphorie des années Kennedy, mais aussi certains travers : le racisme, les extra-terrestres, les théories du complot (liée aux communistes, aux martiens ou autres absurdités). Récit de genre, on ne s’embarrasse pas de rendre tout crédible, cet album tourne – gentiment – en ridicule certains travers de la société américaine de l’époque (mais les choses n’ont pas foncièrement changé sur bien des points hélas).
Le Port des Marins Perdus
Je me reconnais dans l'avis de Josq. Cet album est globalement une bonne BD avec des personnages attachants, un bon mélange de genre et une intrigue pas mal même si finalement c'est très classique. Le dessin est vraiment très bon et rappelle les films d'animations du type Disney. Malheureusement, c'est aussi une lecture longue. Je n'ai rien contre les histoires denses lorsqu'elles en valent la peine, mais j'ai encore une fois eu l'impression de lire une BD qui s'étirait inutilement en longueur. Il y a des passages qu’on aurait pu couper ou raccourcir sans problèmes. C'est parfois trop verbeux pour rien et ça casse le rythme. Cela reste tout de même un album dont je conseille l'emprunt si vous avez plusieurs heures de libres pour la lecture. C'est clairement pas un album qu'on peut lire en une heure et je parle en tant que lecteur qui est capable de lire vite !
Lynx
J’ai lu les trois premiers tomes de la série. Ils peuvent presque se lire indépendamment les uns des autres, même si c’est quand même mieux de les lire tous et dans l’ordre (évolution de la psychologie des personnages, des liens qui les unissent, mais aussi à cause du fil rouge constitué par la recherche par Bor de sa fille). Il est possible que la série ait été prévue en trois tomes initialement (l’éditeur a d’ailleurs à la suite du troisième publié un coffret intégrale de ces trois tomes. Mais plusieurs années plus tard un quatrième tome – à la pagination plus conséquente, et que je n’ai pas lu – a été publié, relançant cette série. En tout cas ces trois premiers tomes constituent un cycle complet. C’est de la SF assez classique, qui joue sur la défense de l’environnement et, même en les « délocalisant » sur d’autres planètes, développe des thématiques très contemporaines et très « terriennes ». Car nos héros interviennent, au nom d’un organisme international, pour sauvegarder les écosystèmes ou les populations autochtones sur les planètes lointaines (surtout lorsqu’ils sont menacés par l’action humaine). Les voyages sont escamotés, nos héros atterrissent directement sur ces planètes et au cœur de l’action. De la même façon, les communications semblent faciles et immédiates d’un bout à l’autre de la galaxie. Les récits se laissent lire – sans plus me concernant. C’est parfois assez mou, convenu, trop manichéen. Et le dessin est lui aussi un peu trop lisse, figé. La faune de chacune des planètes n’est pas assez développée à mon goût (quelques bestioles originales, à mi-chemin entre Miyazaki et Le Léo des Mondes d’Aldébaran). Les débats écologiques sont parfois artificiels aussi. En tout cas il manque à cette série un je ne sais quoi qui m’aurait davantage emballé. Poésie, mystère, thriller ? Et la quête de Bor à propos de sa fille ne m’a pas non plus captivé. Note réelle 2,5/5.
Mon ami Dahmer
L’approche est vraiment intéressante. Plutôt que de revenir sur les crimes eux-mêmes, Derf Backderf raconte la jeunesse de Jeffrey Dahmer à travers le regard d’un ancien camarade de classe. Ce point de vue extérieur apporte une vraie valeur et le travail de documentation est impressionnant. On sent qu’un énorme travail de recherche a été réalisé pour construire un récit cohérent et fidèle aux faits. En revanche, passé cet aspect documentaire, j’ai eu de la peine à y trouver un réel intérêt. Si l’on n’est pas particulièrement fasciné par les tueurs en série ou par Dahmer en particulier, le récit peine à vraiment captiver. Il remet les événements en perspective et apporte du contexte, mais sans grande révélation : on se doute que son parcours n’a pas été simple et que son entourage n’a rien vu venir. Le fait que tout soit authentique donne évidemment du poids à l’ensemble, mais cela ne suffit pas à en faire une lecture marquante à mes yeux. Le dessin n’est pas non plus dans mes goûts. Son style très anguleux, caricatural et typiquement américain sert sans doute l’ambiance, mais je l’ai trouvé peu attrayant. Au final, je reconnais volontiers la qualité de l’ouvrage et le sérieux de sa démarche, sans pour autant avoir été réellement emporté par cette lecture.
Capitaine Trèfle
Dans un univers de conte maritime et forestier, le Capitaine Trèfle sauve un lutin captif et l'entraîne dans une quête aux côtés de magiciens et de créatures légendaires, au cœur d'un monde menacé par la violence des hommes et des pirates. Le dessin de René Hausman est l'une des forces de cet album. Les décors sont jolis, les ambiances aquarellées très travaillées, avec une vraie force évocatrice. En revanche, les visages m'ont parfois semblé un peu raides ou masqués, même si l'ensemble reste globalement maîtrisé visuellement. L'univers est riche et foisonnant, peuplé de lutins, fées, pirates et créatures marines, dans une ambiance de conte maritime qui inclut beaucoup d'éléments folkloriques. Mais je suis assez partagé à ce sujet, parce que Pierre Dubois mélange des légendes et créatures folkloriques authentiques avec des entités totalement issues de son imagination. Cela brouille mon plaisir de lecture : j'aime savoir ce qui relève de la mythologie réelle et ce qui est pure invention. Ici, je ne sais pas toujours si je peux y lire une forme d'instruction sur le folklore féérique ou si je dois simplement accepter un univers entièrement fantasmé où les références authentiques ne sont que des éléments décoratifs. J'ai également été gêné par le style narratif. Il m'évoque celui de certains contes chantés pour enfants, avec un vocabulaire volontairement alambiqué, ancien ou inventé, et des onomatopées qui donnent une impression de surcharge. Cela casse la fluidité de lecture et m'oblige à me focaliser sur le texte pour être sûr d'avoir compris ce qui est raconté, ce qui finit par m'agacer dans le déroulé de l'histoire. Je reconnais l'originalité de l'univers et la qualité du travail graphique, mais mon ressenti reste en demi-teinte à cause du style d'écriture et de cette ambiguïté permanente entre folklore réel et invention pure, qui m'empêche de m'immerger pleinement dans le récit.
Gung Ho
Je garde un assez bon souvenir de ma lecture des 5 tomes précédents. De mémoire, s'y développait une intrigue horrifique adolescente bien rythmée aux illustrations attrayantes. Cet inattendu 6e tome vient compléter (ou plutôt initier) le cycle précédent. Il s'agit de nous conter l'apparition de la plaie blanche et la chute progressive de la civilisation telle que connue. Malheureusement, l'intrigue choisit d'opter pour le récit d'action pure et fort peu de chose seront explicitée, afin de privilégier le récit d'une fuite. Par ailleurs, les illustrations et couleurs de von Kummant ne sont plus d'actualité, celui-ci ayant été remplacé de manière peu heureuse par Chaiko, dont les couleurs ternes et le moindre dynamisme du trait font regretter l'initiative. Demeure une intrigue invitant la thématique du consentement (beau sujet, traité ici de manière abrupte mais originale) et celle de la relation père-fille, ici joliment archaïque. Un 6e tome divertissant, mais oubliable, a priori unique (espérons que ne débute pas avec celui-ci un nouveau cycle), qui ne remet aucunement en question l'efficacité du cycle initialement paru. Gung Ho demeure une série horrifique ado assez recommandable.