Je vais commencer par une tirade extraite de cette BD : "______________________________________". Vous l'aurez compris, cette BD est muette et cela lui confère de la personnalité.
J'ai été attiré par cette magnifique couverture et le feuilletage rapide m'a vite décidé de repartir avec cet album.
Un résumé rapide : deux huissiers (un homme et une femme) viennent d'expulser une famille, un couple âgé et leur petite-fille, de leur habitation. Nos deux huissiers partent ensuite à la recherche d'une maison pour exécuter une autre expulsion, mais rien ne va se passer comme prévu.
N'ayons pas peur des mots, nos deux huissiers sont des saloperies de la pire espèce, ils appliquent les sentences sans la moindre once d'humanité. Vous croyez au karma ? Parce qu'il va frapper, il sera généreux pour cette jeune femme mise à la rue et terriblement horrible pour notre exécrable binôme. La première va s'extirper de sa misérable condition grâce à la musique, tandis que les seconds vont connaître l'enfer. Nos deux huissiers vont se retrouver dans un lieu hors du temps, une sorte de cour de Dionysos où l'alcool coule à flot évidemment et où le sexe est religion. On pourrait croire qu'ils (les huissiers) vont passer du bon temps, que nenni ! Ils vont être torturé et subir des sévices BDSM. Un récit très violent avec une succession de scènes cruelles. Vraiment !
La narration repose entièrement sur le dessin et elle n'est pas sujet à interprétation. Tout est on ne peut plus limpide. Des destins opposés qui vont se répondre au file des pages. Il va être question de karma, on doit évidemment répondre de ses actes, de musique, de persévérance, mais aussi de pardon et de rédemption. La conclusion avec cette attraction pour l'argent fait mouche. C'est une vision sombre de notre société. Un récit manichéen, ce qui ne m'a pas empêché de prendre du plaisir.
La force de cette BD est incontestablement son graphisme. Un noir et blanc avec toutes les nuances de gris qui dégage une certaine froideur. Un trait fin et soigné qui occupe toute la surface des vignettes avec de superbes arrière-plans. Mais surtout, les postures et l'expressivité des visages permettent de ressentir les émotions de nos protagonistes.
De l'excellent travail.
Simon Bogojevic Narath est un artiste à suivre.
Pour les curieux, les vicieux ou les deux. ;-)
Note réelle : 3,5.
Un album assez étonnant. Pas tant dans le propos que dans la façon de faire passer des idées, autour de la notion de justice (avec ou sans majuscule), mais aussi des droits des femmes à exercer les métiers liés à la justice.
Car le propos est résolument moderne, s’appuie d’ailleurs sur des citations de personnages contemporains (Badinter par exemple).
Mais l’intrigue se déroule au XIXème siècle, autour d’une jeune femme indépendante, qui souhaite – contre l’avis de la société bienpensante et de son père magistrat – exercer un métier d’avocate ou de juge. Elle est obligée de fuir foyer et France et se retrouve, accompagnée d’un artiste bohème, aux États-Unis, où elle va être confrontée à une justice expéditive. Et elle va devenir « Shérif » donc.
La pensée développée – au travers du personnage de Cécile, mais aussi de ses actes, est donc moderne, quasi anachronique. Mais le propos passe bien (un petit dossier/lexique sur les principes du droit, la place des femmes dans l’institution judiciaire, complète plutôt bien l’album en conclusion).
L’autre étonnement vient de l’aspect graphique. En effet, là aussi, c’est un trait moderne, un graphisme surprenant, dynamique, avec une colorisation tranchée et souvent tapante. J’ai été surpris au départ, désarçonné par un style qui a priori n’est pas mon truc. Mais finalement ça accentue certains aspects loufoques, apporte une certaine élasticité au récit, et passe bien avec celui-ci.
Un western peut-être, mais clairement pas au sens où la plupart des lecteurs l’entendent. Le propos plus ou moins sous-jacent prédomine sur l’histoire elle-même. Mais la lecture – rapide au demeurant – est plutôt agréable.
Le nom de Solomon Kane résonnait clairement en moi, sans vraiment savoir qui était ce personnage. Ce n'est d'ailleurs qu'en terminant cette BD que j'ai découvert qu'il s'agissait d'une création de Robert E. Howard, et qu'il avait largement inspiré certains des inquisiteurs de l'univers de Warhammer que je connais bien mieux. Cette découverte a d'ailleurs donné un éclairage intéressant à ma lecture tant les ressemblances sautent aux yeux.
L'album nous plonge dans une sombre fantasy teintée d'horreur, dans le contexte du Nouveau Monde puritain et de la chasse aux sorcières. Mais ici, contrairement aux procès absurdes de l'Histoire, il existe bel et bien un mal surnaturel à l'œuvre. Une jeune fille est manipulée par une entité démoniaque qui cherche à attirer Solomon Kane dans un piège et à le confronter autant aux forces infernales qu'au jugement des hommes.
J'ai apprécié cette opposition entre Kane et le juge-inquisiteur qui le poursuit. Le personnage, visiblement inspiré physiquement de Peter Cushing (l'acteur du Grand Moff Tarkin de Star Wars), possède immédiatement une présence et un charisme qui conviennent parfaitement à ce rôle de fanatique religieux persuadé d'incarner la justice divine. Le récit joue d'ailleurs intelligemment sur la différence entre la foi tourmentée de Kane et le fanatisme aveugle de ceux qui prétendent parler au nom de Dieu.
L'univers mélange également plusieurs influences mythologiques notamment avec la présence de N'Longa, le frère de sang africain de Kane, qui communique avec lui à travers différents êtres qu'il possède à distance. Sa représentation m'a toutefois davantage évoqué un vieil Aborigène australien qu'un sorcier africain, mais cela contribue aussi à son étrangeté. Cette dimension chamanique apporte une touche originale qui enrichit l'ensemble.
Visuellement, l'album possède une ambiance réussie. L'ensemble dégage une noirceur élégante qui m'a souvent rappelé l'esprit des œuvres de Mike Mignola (Hellboy). Toute la partie démoniaque est particulièrement convaincante, notamment dans son dernier acte où la représentation du démon est excellente et devient franchement marquante lorsqu'il revient sous sa forme finale, une créature multiple et cauchemardesque qui constitue sans doute le point fort graphique de l'album.
J'ai toutefois davantage de réserves sur le dessin lui-même. L'atmosphère fonctionne bien, les ombres, les couleurs et certaines visions sont réussies, mais le trait est trop hésitant. En particulier, les visages sont flous et changent d'une case à l'autre, ce qui nuit un peu à l'immersion.
Concernant le scénario, j'ai passé un bon moment mais je reste un peu sur ma faim. Le récit est sombre, efficace et possède une vraie classe dans son traitement, mais il est trop linéaire. Une fois les éléments principaux posés, on comprend assez vite où l'histoire se dirige et sa conclusion ne surprend pas. J'aurais aimé davantage de développement de l'intrigue, de nuances ou de détours narratifs pour enrichir l'ensemble.
C'est une bonne découverte qui m'a permis de mieux comprendre l'importance de Solomon Kane dans l'imaginaire de la fantasy moderne. L'ambiance, le contexte historique, les éléments démoniaques et certaines images fortes m'ont convaincu. Je regrette simplement un dessin trop irrégulier et un récit qui se résume trop vite, là où le personnage et son univers auraient mérité davantage d'ampleur.
L'album est intéressant sur le principe (faire découvrir des luttes pour défendre l'intérêt général, contre la pollution et/ou la destruction de paysages ou d'écosystème, mais aussi certaines personnes qui ont animé ces luttes), et je ne peux que souscrire aux actions ici présentées, et à la nécessité de les faire connaître au plus grand nombre, tant notre époque semble être révisionniste, et tant l'urgence d'infléchir la dérive environnementale et climatique est devenu de plus en plus forte.
Mais c'est pourtant une lecture qui m'a un peu laissé sur ma faim. Car chaque exemple est traité trop rapidement, on n'a pas forcément le temps de connaître en profondeur le sujet ou les personnes qui nous sont présentées et qui ont - avec d'autres - incarné ces luttes.
Chaque court chapitre évoque donc une lutte collective, au travers d'un témoin ayant participé à ces luttes (je ne connaissais que José Bové), des citations d'archives de l'INA: il faut dire que l'album s'inspire du film reportage/documentaire "Irréductibles" d'Olivier Dubuquoy). On n'a finalement ici qu'un résumé, un "digest" de ce film je pense, et ça se sent.
Reste que ces luttes méritent d'être (re)découvertes, car toujours d'actualité pour des cas similaires. Elles montrent que l'action collective, de gens "ordinaires", peut faire évoluer les choses, même à l'heure où le pouvoir utilise la violence (répression disproportionnée, décrédibilisation des luttes dans les médias - voir le terme d'écoterroriste !) pour museler ceux qui veulent freiner les ravages liés à l'exploitation à outrance des ressources et aux divers dénis de démocratie réelle (voir les poubelles nucléaires par exemple).
Un album qui aurait mérité d'être plus épais, avec des témoins et des situations davantage mis en perspective, développés, car c'est un peu frustrant à ce niveau.
Note réelle 2,5/5.
J’ai lu les trois albums sans réellement m’ennuyer, mais je n’y ai pas non plus trop trouvé mon compte.
Dessin (un peu manga « old school » je trouve pour les visages) et colorisation (informatique visiblement) ne sont pas vraiment mon truc. Mais c’est affaire de goûts, car c’est quand même très lisible, et assez dynamique.
L’histoire se laisse lire. Dans un monde futuriste (à Paris tout d’abord, puis vers l’Espagne à partir du deuxième tome), Humains et Robots sont en conflit/concurrence. Conflit attisé par les intérêts politiques d’un humain (méchant franchement caricatural), et par une passionaria bot, qui cherche à les soulever pour les faire sortir de l’exploitation qu’ils subissent.
Au cœur de l’intrigue, une histoire d’amour entre une jeune femme, Elle, et un robot, Karel. Leur idylle ne plait pas à tous, et surtout l’obsolescence de Karel les jettent tous les deux dans l’aventure, pour lutter contre cette mort quasi programmée de Karel – et sauvegarder leur amour.
Bon, c’est assez rythmé, on ne s’ennuie pas vraiment. Mais cette histoire d’amour est quand même un peu trop sirupeuse à mon goût. Et le happy end et la dernière page sont trop marqués par cet aspect pour moi.
PS : j’ai trouvé les titres des albums obscures et un peu nazes…
Note réelle 2,5/5.
Un Japon contemporain où le folklore japonais vient s'inviter avec les yokais, vous savez ces monstres bizarres, et plus particulièrement les kappas, sortes de tortues semi humaines. Un récit qui va nous faire découvrir cette culture animiste à travers les différentes tribus qui vivent dans le marais. Mais l'avidité humaine mettra en péril ce microcosme. En effet, après le décès d'un kappa une sphère apparaît, elle renferme les souvenirs du défunt et ces souvenirs peuvent être absorbés par celui qui ingurgite cette sphère.
Un récit en lien avec la nature et la famille (et ses secrets). Le rythme est soutenu, mais rien de bien surprenant malgré la diversité des kappas (nombreux clans) et la présence d'une sorcière, ça reste trop convenu. Un récit qui conviendra plutôt à des adolescents ou à de jeunes adultes.
Un dessin un typé manga avec beaucoup de charme. Ramiro Borrallo s'inspire des Tortues Ninja pour créer les kappas, sans pour autant les plagier. Il crée un univers riche et varié. Un trait souple, parfois maladroit, qui rend bien l'atmosphère inquiétante du marais. Une colorisation réussie.
Du bon boulot.
Une lecture sympathique, mais je n'y reviendrai pas.
Tiens, encore une BD-documentaire qui porte sur les philosophes quoiqu'ici on se focalise sur une période précise de l'histoire, on va pas de la Grèce antique à nos jours avec un survol des mêmes philosophes qu'on voit tout le temps.
Alors certes, ici on retrouve des visages connus comme Descartes, mais on développe aussi des figures que je connais moins comme Leibniz. J'ai bien aimé aussi que les auteurs montrent les différents combats idéologiques entre les philosophes, cela permet de bien cerner leurs idéologies et leurs arguments. On a aussi une bonne vue d'ensemble des différents bouleversements de cette époque, marquée par les guerres de religions entre catholiques et protestants. Vraiment, c'est une bonne synthèse pour un lecteur qui ne connait pas trop cette période historique. Il y a du texte, mais à aucun moment cela parait trop verbeux.
Le seul vrai défaut de cet ouvrage en ce qui me concerne est le dessin que je n'ai pas trop aimé, surtout la manière dont sont dessinés les visages des personnages.
J'ai acheté cet album dans une librairie spécialisée en thèmes religieux au début des années 90, non sans avoir d'abord jeté un coup d'œil aux dessins. Mais j'ai eu honte au moment de payer à la caisse, je l'avoue. La dame m'a regardé d'un air sévère et réprobateur.
C'est une combinaison riche d'information scientifique, historique et humoristique aussi. Les dessins sont un peu irréguliers, mais aussi efficaces quand c'est justifié. Il ne traite pas seulement de la mécanique du sexe, mais aussi de l'art de la séduction. Aujourd'hui, beaucoup sera dépassé, mais même si nous pensons tout savoir sur le sujet, il y a toujours quelques astuces à apprendre ou à se rappeler.
La jeune fille renfrognée et le chien qui ne l'est pas moins mais plus agressif se complètent. Bien sûr, c'est attendu mais pas impossible, et il n'y a pas que ça par exemple: faut-il ou pas rendre trop heureux les chiens fantômes ? Il y a du pour et du contre, pour ceux qui n'ont pas lu le manga. La grand-mère et l'apprenti boulanger ne sont pas mal, il n'y a pas de mal à lire un manga voire une série qu'on oubliera sans doute vite mais qui du moins aura fait passer un bon moment.
Je ne pense pas que ce soit aussi mauvais que cela. J'ai seulement lu le premier tome dans l'édition originale des Humanoides, avec la colorisation assez vive, et j'aime beaucoup les dessins de Bilal. L'influence de Moebius est assez évidente.
Le scénario de Dionnet est quelque peu simpliste et paresseux : une variation SF de la révolte de Spartacus, combinée avec des conquêtes impérialistes et le désir d'immortalité. Rien de très complexe.
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Karma (Bogojevic Narath)
Je vais commencer par une tirade extraite de cette BD : "______________________________________". Vous l'aurez compris, cette BD est muette et cela lui confère de la personnalité. J'ai été attiré par cette magnifique couverture et le feuilletage rapide m'a vite décidé de repartir avec cet album. Un résumé rapide : deux huissiers (un homme et une femme) viennent d'expulser une famille, un couple âgé et leur petite-fille, de leur habitation. Nos deux huissiers partent ensuite à la recherche d'une maison pour exécuter une autre expulsion, mais rien ne va se passer comme prévu. N'ayons pas peur des mots, nos deux huissiers sont des saloperies de la pire espèce, ils appliquent les sentences sans la moindre once d'humanité. Vous croyez au karma ? Parce qu'il va frapper, il sera généreux pour cette jeune femme mise à la rue et terriblement horrible pour notre exécrable binôme. La première va s'extirper de sa misérable condition grâce à la musique, tandis que les seconds vont connaître l'enfer. Nos deux huissiers vont se retrouver dans un lieu hors du temps, une sorte de cour de Dionysos où l'alcool coule à flot évidemment et où le sexe est religion. On pourrait croire qu'ils (les huissiers) vont passer du bon temps, que nenni ! Ils vont être torturé et subir des sévices BDSM. Un récit très violent avec une succession de scènes cruelles. Vraiment ! La narration repose entièrement sur le dessin et elle n'est pas sujet à interprétation. Tout est on ne peut plus limpide. Des destins opposés qui vont se répondre au file des pages. Il va être question de karma, on doit évidemment répondre de ses actes, de musique, de persévérance, mais aussi de pardon et de rédemption. La conclusion avec cette attraction pour l'argent fait mouche. C'est une vision sombre de notre société. Un récit manichéen, ce qui ne m'a pas empêché de prendre du plaisir. La force de cette BD est incontestablement son graphisme. Un noir et blanc avec toutes les nuances de gris qui dégage une certaine froideur. Un trait fin et soigné qui occupe toute la surface des vignettes avec de superbes arrière-plans. Mais surtout, les postures et l'expressivité des visages permettent de ressentir les émotions de nos protagonistes. De l'excellent travail. Simon Bogojevic Narath est un artiste à suivre. Pour les curieux, les vicieux ou les deux. ;-) Note réelle : 3,5.
Cécile la shérif
Un album assez étonnant. Pas tant dans le propos que dans la façon de faire passer des idées, autour de la notion de justice (avec ou sans majuscule), mais aussi des droits des femmes à exercer les métiers liés à la justice. Car le propos est résolument moderne, s’appuie d’ailleurs sur des citations de personnages contemporains (Badinter par exemple). Mais l’intrigue se déroule au XIXème siècle, autour d’une jeune femme indépendante, qui souhaite – contre l’avis de la société bienpensante et de son père magistrat – exercer un métier d’avocate ou de juge. Elle est obligée de fuir foyer et France et se retrouve, accompagnée d’un artiste bohème, aux États-Unis, où elle va être confrontée à une justice expéditive. Et elle va devenir « Shérif » donc. La pensée développée – au travers du personnage de Cécile, mais aussi de ses actes, est donc moderne, quasi anachronique. Mais le propos passe bien (un petit dossier/lexique sur les principes du droit, la place des femmes dans l’institution judiciaire, complète plutôt bien l’album en conclusion). L’autre étonnement vient de l’aspect graphique. En effet, là aussi, c’est un trait moderne, un graphisme surprenant, dynamique, avec une colorisation tranchée et souvent tapante. J’ai été surpris au départ, désarçonné par un style qui a priori n’est pas mon truc. Mais finalement ça accentue certains aspects loufoques, apporte une certaine élasticité au récit, et passe bien avec celui-ci. Un western peut-être, mais clairement pas au sens où la plupart des lecteurs l’entendent. Le propos plus ou moins sous-jacent prédomine sur l’histoire elle-même. Mais la lecture – rapide au demeurant – est plutôt agréable.
Le Puritain
Le nom de Solomon Kane résonnait clairement en moi, sans vraiment savoir qui était ce personnage. Ce n'est d'ailleurs qu'en terminant cette BD que j'ai découvert qu'il s'agissait d'une création de Robert E. Howard, et qu'il avait largement inspiré certains des inquisiteurs de l'univers de Warhammer que je connais bien mieux. Cette découverte a d'ailleurs donné un éclairage intéressant à ma lecture tant les ressemblances sautent aux yeux. L'album nous plonge dans une sombre fantasy teintée d'horreur, dans le contexte du Nouveau Monde puritain et de la chasse aux sorcières. Mais ici, contrairement aux procès absurdes de l'Histoire, il existe bel et bien un mal surnaturel à l'œuvre. Une jeune fille est manipulée par une entité démoniaque qui cherche à attirer Solomon Kane dans un piège et à le confronter autant aux forces infernales qu'au jugement des hommes. J'ai apprécié cette opposition entre Kane et le juge-inquisiteur qui le poursuit. Le personnage, visiblement inspiré physiquement de Peter Cushing (l'acteur du Grand Moff Tarkin de Star Wars), possède immédiatement une présence et un charisme qui conviennent parfaitement à ce rôle de fanatique religieux persuadé d'incarner la justice divine. Le récit joue d'ailleurs intelligemment sur la différence entre la foi tourmentée de Kane et le fanatisme aveugle de ceux qui prétendent parler au nom de Dieu. L'univers mélange également plusieurs influences mythologiques notamment avec la présence de N'Longa, le frère de sang africain de Kane, qui communique avec lui à travers différents êtres qu'il possède à distance. Sa représentation m'a toutefois davantage évoqué un vieil Aborigène australien qu'un sorcier africain, mais cela contribue aussi à son étrangeté. Cette dimension chamanique apporte une touche originale qui enrichit l'ensemble. Visuellement, l'album possède une ambiance réussie. L'ensemble dégage une noirceur élégante qui m'a souvent rappelé l'esprit des œuvres de Mike Mignola (Hellboy). Toute la partie démoniaque est particulièrement convaincante, notamment dans son dernier acte où la représentation du démon est excellente et devient franchement marquante lorsqu'il revient sous sa forme finale, une créature multiple et cauchemardesque qui constitue sans doute le point fort graphique de l'album. J'ai toutefois davantage de réserves sur le dessin lui-même. L'atmosphère fonctionne bien, les ombres, les couleurs et certaines visions sont réussies, mais le trait est trop hésitant. En particulier, les visages sont flous et changent d'une case à l'autre, ce qui nuit un peu à l'immersion. Concernant le scénario, j'ai passé un bon moment mais je reste un peu sur ma faim. Le récit est sombre, efficace et possède une vraie classe dans son traitement, mais il est trop linéaire. Une fois les éléments principaux posés, on comprend assez vite où l'histoire se dirige et sa conclusion ne surprend pas. J'aurais aimé davantage de développement de l'intrigue, de nuances ou de détours narratifs pour enrichir l'ensemble. C'est une bonne découverte qui m'a permis de mieux comprendre l'importance de Solomon Kane dans l'imaginaire de la fantasy moderne. L'ambiance, le contexte historique, les éléments démoniaques et certaines images fortes m'ont convaincu. Je regrette simplement un dessin trop irrégulier et un récit qui se résume trop vite, là où le personnage et son univers auraient mérité davantage d'ampleur.
Nul.le n'est à l'abri d'une victoire
L'album est intéressant sur le principe (faire découvrir des luttes pour défendre l'intérêt général, contre la pollution et/ou la destruction de paysages ou d'écosystème, mais aussi certaines personnes qui ont animé ces luttes), et je ne peux que souscrire aux actions ici présentées, et à la nécessité de les faire connaître au plus grand nombre, tant notre époque semble être révisionniste, et tant l'urgence d'infléchir la dérive environnementale et climatique est devenu de plus en plus forte. Mais c'est pourtant une lecture qui m'a un peu laissé sur ma faim. Car chaque exemple est traité trop rapidement, on n'a pas forcément le temps de connaître en profondeur le sujet ou les personnes qui nous sont présentées et qui ont - avec d'autres - incarné ces luttes. Chaque court chapitre évoque donc une lutte collective, au travers d'un témoin ayant participé à ces luttes (je ne connaissais que José Bové), des citations d'archives de l'INA: il faut dire que l'album s'inspire du film reportage/documentaire "Irréductibles" d'Olivier Dubuquoy). On n'a finalement ici qu'un résumé, un "digest" de ce film je pense, et ça se sent. Reste que ces luttes méritent d'être (re)découvertes, car toujours d'actualité pour des cas similaires. Elles montrent que l'action collective, de gens "ordinaires", peut faire évoluer les choses, même à l'heure où le pouvoir utilise la violence (répression disproportionnée, décrédibilisation des luttes dans les médias - voir le terme d'écoterroriste !) pour museler ceux qui veulent freiner les ravages liés à l'exploitation à outrance des ressources et aux divers dénis de démocratie réelle (voir les poubelles nucléaires par exemple). Un album qui aurait mérité d'être plus épais, avec des témoins et des situations davantage mis en perspective, développés, car c'est un peu frustrant à ce niveau. Note réelle 2,5/5.
Love love love
J’ai lu les trois albums sans réellement m’ennuyer, mais je n’y ai pas non plus trop trouvé mon compte. Dessin (un peu manga « old school » je trouve pour les visages) et colorisation (informatique visiblement) ne sont pas vraiment mon truc. Mais c’est affaire de goûts, car c’est quand même très lisible, et assez dynamique. L’histoire se laisse lire. Dans un monde futuriste (à Paris tout d’abord, puis vers l’Espagne à partir du deuxième tome), Humains et Robots sont en conflit/concurrence. Conflit attisé par les intérêts politiques d’un humain (méchant franchement caricatural), et par une passionaria bot, qui cherche à les soulever pour les faire sortir de l’exploitation qu’ils subissent. Au cœur de l’intrigue, une histoire d’amour entre une jeune femme, Elle, et un robot, Karel. Leur idylle ne plait pas à tous, et surtout l’obsolescence de Karel les jettent tous les deux dans l’aventure, pour lutter contre cette mort quasi programmée de Karel – et sauvegarder leur amour. Bon, c’est assez rythmé, on ne s’ennuie pas vraiment. Mais cette histoire d’amour est quand même un peu trop sirupeuse à mon goût. Et le happy end et la dernière page sont trop marqués par cet aspect pour moi. PS : j’ai trouvé les titres des albums obscures et un peu nazes… Note réelle 2,5/5.
Kappa (Komics Initiative)
Un Japon contemporain où le folklore japonais vient s'inviter avec les yokais, vous savez ces monstres bizarres, et plus particulièrement les kappas, sortes de tortues semi humaines. Un récit qui va nous faire découvrir cette culture animiste à travers les différentes tribus qui vivent dans le marais. Mais l'avidité humaine mettra en péril ce microcosme. En effet, après le décès d'un kappa une sphère apparaît, elle renferme les souvenirs du défunt et ces souvenirs peuvent être absorbés par celui qui ingurgite cette sphère. Un récit en lien avec la nature et la famille (et ses secrets). Le rythme est soutenu, mais rien de bien surprenant malgré la diversité des kappas (nombreux clans) et la présence d'une sorcière, ça reste trop convenu. Un récit qui conviendra plutôt à des adolescents ou à de jeunes adultes. Un dessin un typé manga avec beaucoup de charme. Ramiro Borrallo s'inspire des Tortues Ninja pour créer les kappas, sans pour autant les plagier. Il crée un univers riche et varié. Un trait souple, parfois maladroit, qui rend bien l'atmosphère inquiétante du marais. Une colorisation réussie. Du bon boulot. Une lecture sympathique, mais je n'y reviendrai pas.
Hérétiques ! - Les merveilleux (et périlleux) débuts de la philosophie moderne
Tiens, encore une BD-documentaire qui porte sur les philosophes quoiqu'ici on se focalise sur une période précise de l'histoire, on va pas de la Grèce antique à nos jours avec un survol des mêmes philosophes qu'on voit tout le temps. Alors certes, ici on retrouve des visages connus comme Descartes, mais on développe aussi des figures que je connais moins comme Leibniz. J'ai bien aimé aussi que les auteurs montrent les différents combats idéologiques entre les philosophes, cela permet de bien cerner leurs idéologies et leurs arguments. On a aussi une bonne vue d'ensemble des différents bouleversements de cette époque, marquée par les guerres de religions entre catholiques et protestants. Vraiment, c'est une bonne synthèse pour un lecteur qui ne connait pas trop cette période historique. Il y a du texte, mais à aucun moment cela parait trop verbeux. Le seul vrai défaut de cet ouvrage en ce qui me concerne est le dessin que je n'ai pas trop aimé, surtout la manière dont sont dessinés les visages des personnages.
Le Savoir-Aimer - La Sexualité en bande dessinée
J'ai acheté cet album dans une librairie spécialisée en thèmes religieux au début des années 90, non sans avoir d'abord jeté un coup d'œil aux dessins. Mais j'ai eu honte au moment de payer à la caisse, je l'avoue. La dame m'a regardé d'un air sévère et réprobateur. C'est une combinaison riche d'information scientifique, historique et humoristique aussi. Les dessins sont un peu irréguliers, mais aussi efficaces quand c'est justifié. Il ne traite pas seulement de la mécanique du sexe, mais aussi de l'art de la séduction. Aujourd'hui, beaucoup sera dépassé, mais même si nous pensons tout savoir sur le sujet, il y a toujours quelques astuces à apprendre ou à se rappeler.
Shiba Inu Rooms
La jeune fille renfrognée et le chien qui ne l'est pas moins mais plus agressif se complètent. Bien sûr, c'est attendu mais pas impossible, et il n'y a pas que ça par exemple: faut-il ou pas rendre trop heureux les chiens fantômes ? Il y a du pour et du contre, pour ceux qui n'ont pas lu le manga. La grand-mère et l'apprenti boulanger ne sont pas mal, il n'y a pas de mal à lire un manga voire une série qu'on oubliera sans doute vite mais qui du moins aura fait passer un bon moment.
Exterminateur 17
Je ne pense pas que ce soit aussi mauvais que cela. J'ai seulement lu le premier tome dans l'édition originale des Humanoides, avec la colorisation assez vive, et j'aime beaucoup les dessins de Bilal. L'influence de Moebius est assez évidente. Le scénario de Dionnet est quelque peu simpliste et paresseux : une variation SF de la révolte de Spartacus, combinée avec des conquêtes impérialistes et le désir d'immortalité. Rien de très complexe.