Lorinte, guidée par son maître Sauln, apprend encore les ficelles du métier de Pourpre-Sang, des sortes de mercenaires errant à travers le monde afin de chasser les monstres mettant en danger les populations. Le travail est éreintant, la paie plus que maigre et les accidents du travail relativement fatals, alors quand une étrange noble du nom d'Adèle d'Aubépine vient leur proposer un travail d'escorte plus que louche nos deux chasseur-euse-s se retrouvent bien malgré elleux lancé-e-s dans une histoire dramatique.
La prémisse est on ne peut plus classique, cette histoire d'ordre de chasseurs de monstres errants n'est pas sans rappeler celui des sorceleurs (si ce n'est qu'ici on n'a pas l'air de se droguer ou d'enchaîner les mutations abominables), il est question de complots, d'anciennes légendes et de critique de la décadence bourgeoise, … bref, le terrain est connu.
Mais j'avoue que la lecture de ce premier tome me fut on ne peut plus agréable !
Qu'il s'agisse du joli dessin de Léo Chérel, pas nécessairement dans mes styles préférés, mais tout de même joliment maîtrisé, des couleurs chaudes qui font vivre les cases et les personnages et de ce joli travail graphique lors de la construction de cette culture aux styles gaéliques et caribéens, l'album est vivant. Il y a une vraie ambiance de récit action/aventure qui se dégage de cette histoire, empruntant aux genres des récits de piraterie, de cape et d'épée et d'heroic fantasy, alors même si la prémisse n'est pas révolutionnaire l'exécution me parait tout de même pertinente.
Je ne m'emballerai pas plus que ça car, après tout, ceci ne reste qu'un premier album et que, même s'il est bien fourni pour lancer cette aventure, rien ne dit que la suite parviendra à être aussi charmante (voire même mieux), donc je garde une note neutre pour le moment. Mais jolie surprise tout de même !
Un premier album prometteur, hâte de voir la suite.
Difficile de dire ce qui pèche mais je ne relirai pas ce diptyque. Pourtant le dessin est fin et le noir et blanc bien distribué, les corps et les visages ont le bon goût de ne pas être tous passés par le même moule. Manque d'intensité ? J'ai eu allez savoir pourquoi le sentiment d'une représentation et non d'une incarnation du drame. Parce que trop connu, parce qu'il y a des œuvres dont je me sens plus proches en noir et blanc, la dernière, ô délice ! Perramus ? C'est difficile à dire. Donc malgré l'absence d'un reproche bien précis et la réputation de l'auteur, je ne peux surcoter.
Avec une adaptation compétente du célèbre texte de H. Melville par J. Ollivier et des dessins attrayants de P. Gillon, c'est une version de Moby Dick qui se lit facilement et que j'aime avoir dans ma bibliothèque. Mais je ne la considère pas comme la meilleure. Les couleurs, bien réalisées, sont parfois trop claires et vives, nuisant au dramatisme du combat final et à la caractérisation de l'âme sombre d'Achab.
La filiation avec Calvin et Hobbes saute immédiatement aux yeux dans cette série, aussi bien dans le graphisme que dans la mise en scène, les attitudes des personnages et ces moments où une petite fille s'isole pour réfléchir au monde qui l'entoure. C'est d'ailleurs ce qui m'a donné envie de lire les deux albums parus. Adam n'a évidemment pas la même maîtrise graphique que Bill Watterson, avec des planches parfois plus raides et moins dynamiques, mais j'aime beaucoup ce style simple et expressif, donc cela ne m'a pas gêné, même si la comparaison rend forcément l'influence très visible.
En revanche, le ton de Maya est assez différent de celui de Calvin et Hobbes. Là où Watterson privilégiait l'imaginaire, l'humour et les situations décalées, Adam s'oriente davantage vers de longues discussions philosophiques, sociologiques voire politiques. Maya s'interroge sur l'environnement, la condition animale, la mort, l'existence de Dieu, la place de l'homme dans l'univers ou encore les nouvelles technologies. C'est parfois intéressant et il y a de vraies idées, mais les dialogues sont souvent très bavards et la série manque du rythme et de la spontanéité qui faisaient la force de son modèle.
L'ensemble reste néanmoins attachant grâce à la relation entre Maya et son oncle, qui constitue le cœur émotionnel de la série. Certaines séquences retrouvent aussi une dimension plus poétique, avec cette capacité à s'émerveiller devant l'immensité du monde et les grandes questions de l'existence.
J'ai passé un assez bon moment avec ces deux albums, notamment parce que j'apprécie beaucoup leur graphisme et cette ambiance particulière. Mais la comparaison permanente avec Calvin et Hobbes est forcément inévitable, et Maya n'en possède ni l'humour, ni la liberté, ni la puissance narrative. C'est une série intéressante et sincère, mais qui reste forcément dans l'ombre de son illustre modèle.
Je n'ai lu que l'album paru chez Dupuis car je ne sais pas où trouver le second qui est à tirage trop confidentiel.
Je me souvenais avoir déjà croisé le personnage de l'Elan dans les marges de Spirou lors de mes lectures de jeunesse. À l'époque, je le trouvais sympathique mais assez anecdotique, sans avoir fait le rapprochement avec Frank Pé ni réalisé à quel point son dessin était déjà remarquable.
Car c'est probablement ce que j'ai le plus remarqué à la relecture de cet album : en quelques traits d'une souplesse et d'une aisance impressionnantes pour un jeune auteur comme lui à l'époque, Frank Pé parvient à rendre ses personnages extraordinairement expressifs. Les simples mimiques de l'Élan suffisent à créer l'humour ou à susciter immédiatement la sympathie.
Je ne sais pas comment c'était perçu à l'époque mais c'est d'ailleurs assez surprenant de découvrir un personnage aussi ouvertement dépressif dans les pages de Spirou. L'Élan passe son temps à se lamenter, à se dévaloriser et à regretter son manque de reconnaissance. Le principe est un peu répétitif au départ, puisque la plupart des gags tournent autour de cette même obsession, mais le personnage reste attachant et son autodérision finit souvent par arracher un sourire. Puis, au fil des pages, les situations se diversifient : Spirou n'est plus toujours son unique interlocuteur et différents animaux toujours très bien dessinés viennent parfois partager l'affiche, ce qui renouvelle agréablement les interactions. Les strips sont très courts, entre deux et six cases, mais Frank Pé parvient généralement à faire passer l'essentiel en quelques regards ou quelques répliques bien senties.
Ce n'est pas une lecture hilarante ni une composante majeure du journal de Spirou, mais c'est un petit ovni sympathique, amusant et attachant, qui se lit avec plaisir. Et surtout, c'est une excellente occasion d'admirer le talent graphique déjà évident de Frank Pé, dont le dessin constitue à mes yeux le principal intérêt de l'ensemble.
Un one-shot qui commence bien et qui finit par s'essouffler en cours de route.
Il y en a un paquet d'œuvres de fictions sur la seconde guerre mondiale et c'est étonnant qu'on soit encore capable de trouver un angle inédit. Je n'avais jamais entendu parler de ces photographes de la propagande nazis qui avaient secrètement une troisième caméra et prenaient des photos compromettante. Le début est pas mal avec une bonne illustration du chaos qui régnait à Berlin à la fin de la guerre, le personnage du photographe est ambigu et on présente un méchant un peu charismatique. Tout ça dessiné par un Rodier en pleine forme.
Et puis au fil des pages les auteurs ajoutent trop de personnages et de sous-intrigues. Il se passe tellement de choses qu'au final rien n'est vraiment développer et le personnage du photographe et sa caméra devient des éléments secondaires alors que c'est censé être le centre du récit. La fin est vraiment moyenne.
Ça se laisse lire, mais cela reste une déception parce que ça aurait pu être tellement mieux !
Un récit de science-fiction original qui mêle post-apocalyptique et contact avec une civilisation extraterrestre radicalement différente de l'humanité.
J'ai immédiatement accroché au dessin de Ben Stenbeck, que j'ai trouvé excellent. Les décors, les couleurs, les ambiances et surtout le design des extraterrestres sont remarquables. J'ai particulièrement aimé l'alien que l'on suit, curieux, bienveillant et sincèrement intéressé par les humains qu'il observe. On est à mille lieues des envahisseurs hostiles ou des civilisations incompréhensibles habituelles, tout en conservant quelque chose de profondément étrange dans sa biologie, sa technologie et ses capacités.
En parallèle, l'humanité a sombré dans une barbarie post-apocalyptique faite de violence, d'esclavage et de cannibalisme. Le récit suit un jeune orphelin ayant survécu seul dans cet environnement sauvage, presque comme un animal, mais doté d'une réelle intelligence qui attire l'attention de l'extraterrestre. À cela s'ajoute une menace particulièrement réussie : un robot survivant d'une ancienne multinationale, devenu une sorte d'horreur mécanique qui interprète ses directives résiduelles comme un ordre d'exterminer et dépecer tous les humains présents sur son territoire.
L'ensemble est prenant, bien rythmé et rempli de bonnes idées. J'ai beaucoup aimé la rencontre entre ces deux mondes et les questions qu'elle soulève. C'est d'ailleurs ce qui rend la fin si frustrante. Le récit s'interrompt presque au moment où il commence à explorer les conséquences de cette rencontre. J'aurais adoré en apprendre davantage sur la civilisation extraterrestre, sur ses motivations et sur ce que la relation entre les deux héros pouvait apporter à une Terre en ruines.
J'en ressors donc avec une impression positive mais aussi un sentiment de frustration. Poussière d'os possède un énorme potentiel, quelques réminiscences de Niourk dans son dernier mouvement, et un univers fascinant que j'aurais aimé voir développé bien davantage.
Un album qui mélange le fantastique et l'humour. L'autrice a une très bonne idée de départ: les vampires ont besoin du sang des humains pour survivre. Mais qu'est-ce qui arrive s'il y a une épidémie de zombie et que les humains deviennent une denrée rare ?
L'autrice utilise bien son idée et la relation entre le vampire et son groupe d'humains va changer au fil des pages lorsque les humains se rendent compte que le vampire est dépendant d'eux et vont en profiter pour changer la hiérarchie de pouvoir. Au travers ce récit, on peut voir une critique de la société actuelle avec le vampire comme l'ultra-riche qui a besoin des pauvres et les pauvres qui se rendent compte qu'ils ont du pouvoir. Il y a des rebondissements tout le long de l'album et l'humour fonctionne bien. Je trouve toutefois que la souffle retombe dans le dernier tiers lorsqu'un autre vampire débarque. J'ai l'impression qu'on finit un moment par tourner un peu en ronds. Heureusement, la fin est pas mal.
En gros, un album sympa à lire, mais dont je conseil surtout un emprunt parce que c'est pas assez mémorable pour que j'ai envie de relire l'album un jour.
La première chose que l’on observe, c’est que la qualité éditoriale est au rendez-vous. L’ouvrage, petit pavé de près de 300 pages, est présenté dans une édition soignée, avec une très belle couverture. Mais surtout, ce qui laisse admiratif, c’est la beauté du dessin de Jade Khoo. Du haut de ses 28 ans, la jeune Française, dont c’est la deuxième publication après « Zoc » (Dargaud), fait preuve d’un talent indéniable, et son approche graphique est très innovante. Son trait délicat, un rien enfantin en ce qui concerne les personnages, est parsemé d’effets 3D très réussis sans être ostentatoires, ce qui est peu surprenant quand on apprend que la jeune femme a travaillé dans l’animation. Les tonalités sont très variées et démontrent une utilisation judicieuse de la couleur selon les ambiances, chatoyantes pour les scènes diurnes, plus nuancées et parfois en dégradé pastel pour le reste. Ses personnages au look androgyne suggèrent une influence de la BD asiatique, avec un univers évoquant immédiatement Hayao Miyazaki. Il paraît dès lors évident que son enfance fut bercée par les dessins animés du maître japonais.
Quant à l’aspect narratif, je serai malheureusement moins enthousiaste. Sous des apparences de BD jeunesse, le scénario est assez complexe, pour ne pas dire compliqué. C’est sans doute le point faible de cet album qui part dans tous les sens, et fait que l’on s’y perd un peu. Jade Khoo a peut-être commis l'erreur d'y mettre trop de choses, trop de détails, rendant le propos un brin alambiqué. On hésiterait presque à parler de science fiction et d’ailleurs cela ne saute pas aux yeux dans les premières pages (l’histoire se déroule sur une Lune terraformée s’accompagnant d’un « clonage » des sites terrestres, l’objectif de départ étant qu’elle serve de garde-manger à une Terre surpeuplée). Le jeune héros de l’histoire, Othello, est confronté à une situation familiale tumultueuse. Indirectement responsable de la mort de son paternel, il coupera les ponts avec la mère manipulatrice. Parallèlement, il est passionné d’ornithologie (tout comme l’autrice) et envisage d’en faire son métier, un rêve brisé par son séjour en orphelinat.
Et puis il y a cette histoire d’amitié avec Ange, qu’il revoit, presque comme si de rien n’était, après de longues années d’absence inexplicables... Par l’entremise de ce dernier, il rejoindra un groupe d’ornithologues doté de fonds substantiels dont il sera amené à questionner l’origine un peu douteuse… Tout un contexte avec en toile de fond politico-économique et écologique les relations tendues entre la Terre surpeuplée (qu’on ne verra que très brièvement) et son satellite paradisiaque qui cherche à couper le cordon avec la planète matricielle.
Si d’un point de vue graphique, je reste tout à fait séduit par la beauté et la poésie visuelles, je suis moins convaincu par la narration « multidirectionnelle » qui handicape la fluidité de la lecture. On dénombre par ailleurs quelques anachronismes et incohérences, et pour tout dire, le manque de consistance scientifique fait qu’on ne rentre jamais vraiment dedans. La multiplication des personnages, aux expressions un peu lisses, ne contribue pas à faire mentir cette impression, tandis que les digressions intimistes peinent à faire jaillir l’émotion. Cela se veut profond, mais au final, cela reste un peu superficiel.
C’est dommage, mais si cette critique peut paraître sévère en ce qui concerne le récit, elle ne se veut que constructive, car l’album révèle une autrice originale que l’on est disposé à suivre avec intérêt. Un tome 2 est prévu, et pour convaincre totalement, Jade Khoo devra à l’évidence mettre l’accent sur la narration, encore un peu verte à ce stade si je puis dire.
Je ne sais pas trop où va nous mener l’intrigue, ni comment l'auteur va conclure cette histoire (j’ai lu les deux tomes parus pour le moment). Mais l’intrigue, si elle se laisse lire et si elle n’est pas dénuée d’intérêt n’est en fait pas essentielle (quoi que).
Car LePixx mise surtout sur le rythme l’action. C’est survitaminé, une sorte de « SF Spaghetti » où le peu de personnages qui nous sont proposés finissent rapidement le crâne défoncé par quelques pruneaux lâchés à bout portant, les tueurs étant tués par des tueurs, eux-mêmes éliminés par des nettoyeurs.
On est clairement dans de la SF popcorn qui ne se prend pas la tête, un petit défouloir qui lorgne vers des série B américaines. Une intrigue pas fouillée donc, mais la narration est quand même fluide, accrocheuse.
Dessin et colorisation (cette dernière changeant de préposé entre les deux tomes parus) accompagnent plutôt bien le récit. Certaines étendues désertiques, avec quelques gros grains pour rendre les décors moins lisses font penser à quelques planches de Moebius (sans jamais atteindre son épure et son style poétique).
Clairement pas inoubliable, mais une lecture détente bien calibrée pour reposer ses neurones.
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Pourpre Sang
Lorinte, guidée par son maître Sauln, apprend encore les ficelles du métier de Pourpre-Sang, des sortes de mercenaires errant à travers le monde afin de chasser les monstres mettant en danger les populations. Le travail est éreintant, la paie plus que maigre et les accidents du travail relativement fatals, alors quand une étrange noble du nom d'Adèle d'Aubépine vient leur proposer un travail d'escorte plus que louche nos deux chasseur-euse-s se retrouvent bien malgré elleux lancé-e-s dans une histoire dramatique. La prémisse est on ne peut plus classique, cette histoire d'ordre de chasseurs de monstres errants n'est pas sans rappeler celui des sorceleurs (si ce n'est qu'ici on n'a pas l'air de se droguer ou d'enchaîner les mutations abominables), il est question de complots, d'anciennes légendes et de critique de la décadence bourgeoise, … bref, le terrain est connu. Mais j'avoue que la lecture de ce premier tome me fut on ne peut plus agréable ! Qu'il s'agisse du joli dessin de Léo Chérel, pas nécessairement dans mes styles préférés, mais tout de même joliment maîtrisé, des couleurs chaudes qui font vivre les cases et les personnages et de ce joli travail graphique lors de la construction de cette culture aux styles gaéliques et caribéens, l'album est vivant. Il y a une vraie ambiance de récit action/aventure qui se dégage de cette histoire, empruntant aux genres des récits de piraterie, de cape et d'épée et d'heroic fantasy, alors même si la prémisse n'est pas révolutionnaire l'exécution me parait tout de même pertinente. Je ne m'emballerai pas plus que ça car, après tout, ceci ne reste qu'un premier album et que, même s'il est bien fourni pour lancer cette aventure, rien ne dit que la suite parviendra à être aussi charmante (voire même mieux), donc je garde une note neutre pour le moment. Mais jolie surprise tout de même ! Un premier album prometteur, hâte de voir la suite.
Moby Dick (Chabouté)
Difficile de dire ce qui pèche mais je ne relirai pas ce diptyque. Pourtant le dessin est fin et le noir et blanc bien distribué, les corps et les visages ont le bon goût de ne pas être tous passés par le même moule. Manque d'intensité ? J'ai eu allez savoir pourquoi le sentiment d'une représentation et non d'une incarnation du drame. Parce que trop connu, parce qu'il y a des œuvres dont je me sens plus proches en noir et blanc, la dernière, ô délice ! Perramus ? C'est difficile à dire. Donc malgré l'absence d'un reproche bien précis et la réputation de l'auteur, je ne peux surcoter.
Moby Dick (Gillon)
Avec une adaptation compétente du célèbre texte de H. Melville par J. Ollivier et des dessins attrayants de P. Gillon, c'est une version de Moby Dick qui se lit facilement et que j'aime avoir dans ma bibliothèque. Mais je ne la considère pas comme la meilleure. Les couleurs, bien réalisées, sont parfois trop claires et vives, nuisant au dramatisme du combat final et à la caractérisation de l'âme sombre d'Achab.
Maya
La filiation avec Calvin et Hobbes saute immédiatement aux yeux dans cette série, aussi bien dans le graphisme que dans la mise en scène, les attitudes des personnages et ces moments où une petite fille s'isole pour réfléchir au monde qui l'entoure. C'est d'ailleurs ce qui m'a donné envie de lire les deux albums parus. Adam n'a évidemment pas la même maîtrise graphique que Bill Watterson, avec des planches parfois plus raides et moins dynamiques, mais j'aime beaucoup ce style simple et expressif, donc cela ne m'a pas gêné, même si la comparaison rend forcément l'influence très visible. En revanche, le ton de Maya est assez différent de celui de Calvin et Hobbes. Là où Watterson privilégiait l'imaginaire, l'humour et les situations décalées, Adam s'oriente davantage vers de longues discussions philosophiques, sociologiques voire politiques. Maya s'interroge sur l'environnement, la condition animale, la mort, l'existence de Dieu, la place de l'homme dans l'univers ou encore les nouvelles technologies. C'est parfois intéressant et il y a de vraies idées, mais les dialogues sont souvent très bavards et la série manque du rythme et de la spontanéité qui faisaient la force de son modèle. L'ensemble reste néanmoins attachant grâce à la relation entre Maya et son oncle, qui constitue le cœur émotionnel de la série. Certaines séquences retrouvent aussi une dimension plus poétique, avec cette capacité à s'émerveiller devant l'immensité du monde et les grandes questions de l'existence. J'ai passé un assez bon moment avec ces deux albums, notamment parce que j'apprécie beaucoup leur graphisme et cette ambiance particulière. Mais la comparaison permanente avec Calvin et Hobbes est forcément inévitable, et Maya n'en possède ni l'humour, ni la liberté, ni la puissance narrative. C'est une série intéressante et sincère, mais qui reste forcément dans l'ombre de son illustre modèle.
Mémoires de l'Elan
Je n'ai lu que l'album paru chez Dupuis car je ne sais pas où trouver le second qui est à tirage trop confidentiel. Je me souvenais avoir déjà croisé le personnage de l'Elan dans les marges de Spirou lors de mes lectures de jeunesse. À l'époque, je le trouvais sympathique mais assez anecdotique, sans avoir fait le rapprochement avec Frank Pé ni réalisé à quel point son dessin était déjà remarquable. Car c'est probablement ce que j'ai le plus remarqué à la relecture de cet album : en quelques traits d'une souplesse et d'une aisance impressionnantes pour un jeune auteur comme lui à l'époque, Frank Pé parvient à rendre ses personnages extraordinairement expressifs. Les simples mimiques de l'Élan suffisent à créer l'humour ou à susciter immédiatement la sympathie. Je ne sais pas comment c'était perçu à l'époque mais c'est d'ailleurs assez surprenant de découvrir un personnage aussi ouvertement dépressif dans les pages de Spirou. L'Élan passe son temps à se lamenter, à se dévaloriser et à regretter son manque de reconnaissance. Le principe est un peu répétitif au départ, puisque la plupart des gags tournent autour de cette même obsession, mais le personnage reste attachant et son autodérision finit souvent par arracher un sourire. Puis, au fil des pages, les situations se diversifient : Spirou n'est plus toujours son unique interlocuteur et différents animaux toujours très bien dessinés viennent parfois partager l'affiche, ce qui renouvelle agréablement les interactions. Les strips sont très courts, entre deux et six cases, mais Frank Pé parvient généralement à faire passer l'essentiel en quelques regards ou quelques répliques bien senties. Ce n'est pas une lecture hilarante ni une composante majeure du journal de Spirou, mais c'est un petit ovni sympathique, amusant et attachant, qui se lit avec plaisir. Et surtout, c'est une excellente occasion d'admirer le talent graphique déjà évident de Frank Pé, dont le dessin constitue à mes yeux le principal intérêt de l'ensemble.
La 3e Kamera
Un one-shot qui commence bien et qui finit par s'essouffler en cours de route. Il y en a un paquet d'œuvres de fictions sur la seconde guerre mondiale et c'est étonnant qu'on soit encore capable de trouver un angle inédit. Je n'avais jamais entendu parler de ces photographes de la propagande nazis qui avaient secrètement une troisième caméra et prenaient des photos compromettante. Le début est pas mal avec une bonne illustration du chaos qui régnait à Berlin à la fin de la guerre, le personnage du photographe est ambigu et on présente un méchant un peu charismatique. Tout ça dessiné par un Rodier en pleine forme. Et puis au fil des pages les auteurs ajoutent trop de personnages et de sous-intrigues. Il se passe tellement de choses qu'au final rien n'est vraiment développer et le personnage du photographe et sa caméra devient des éléments secondaires alors que c'est censé être le centre du récit. La fin est vraiment moyenne. Ça se laisse lire, mais cela reste une déception parce que ça aurait pu être tellement mieux !
Poussière d'os
Un récit de science-fiction original qui mêle post-apocalyptique et contact avec une civilisation extraterrestre radicalement différente de l'humanité. J'ai immédiatement accroché au dessin de Ben Stenbeck, que j'ai trouvé excellent. Les décors, les couleurs, les ambiances et surtout le design des extraterrestres sont remarquables. J'ai particulièrement aimé l'alien que l'on suit, curieux, bienveillant et sincèrement intéressé par les humains qu'il observe. On est à mille lieues des envahisseurs hostiles ou des civilisations incompréhensibles habituelles, tout en conservant quelque chose de profondément étrange dans sa biologie, sa technologie et ses capacités. En parallèle, l'humanité a sombré dans une barbarie post-apocalyptique faite de violence, d'esclavage et de cannibalisme. Le récit suit un jeune orphelin ayant survécu seul dans cet environnement sauvage, presque comme un animal, mais doté d'une réelle intelligence qui attire l'attention de l'extraterrestre. À cela s'ajoute une menace particulièrement réussie : un robot survivant d'une ancienne multinationale, devenu une sorte d'horreur mécanique qui interprète ses directives résiduelles comme un ordre d'exterminer et dépecer tous les humains présents sur son territoire. L'ensemble est prenant, bien rythmé et rempli de bonnes idées. J'ai beaucoup aimé la rencontre entre ces deux mondes et les questions qu'elle soulève. C'est d'ailleurs ce qui rend la fin si frustrante. Le récit s'interrompt presque au moment où il commence à explorer les conséquences de cette rencontre. J'aurais adoré en apprendre davantage sur la civilisation extraterrestre, sur ses motivations et sur ce que la relation entre les deux héros pouvait apporter à une Terre en ruines. J'en ressors donc avec une impression positive mais aussi un sentiment de frustration. Poussière d'os possède un énorme potentiel, quelques réminiscences de Niourk dans son dernier mouvement, et un univers fascinant que j'aurais aimé voir développé bien davantage.
Les Moribonds
Un album qui mélange le fantastique et l'humour. L'autrice a une très bonne idée de départ: les vampires ont besoin du sang des humains pour survivre. Mais qu'est-ce qui arrive s'il y a une épidémie de zombie et que les humains deviennent une denrée rare ? L'autrice utilise bien son idée et la relation entre le vampire et son groupe d'humains va changer au fil des pages lorsque les humains se rendent compte que le vampire est dépendant d'eux et vont en profiter pour changer la hiérarchie de pouvoir. Au travers ce récit, on peut voir une critique de la société actuelle avec le vampire comme l'ultra-riche qui a besoin des pauvres et les pauvres qui se rendent compte qu'ils ont du pouvoir. Il y a des rebondissements tout le long de l'album et l'humour fonctionne bien. Je trouve toutefois que la souffle retombe dans le dernier tiers lorsqu'un autre vampire débarque. J'ai l'impression qu'on finit un moment par tourner un peu en ronds. Heureusement, la fin est pas mal. En gros, un album sympa à lire, mais dont je conseil surtout un emprunt parce que c'est pas assez mémorable pour que j'ai envie de relire l'album un jour.
Terre ou Lune
La première chose que l’on observe, c’est que la qualité éditoriale est au rendez-vous. L’ouvrage, petit pavé de près de 300 pages, est présenté dans une édition soignée, avec une très belle couverture. Mais surtout, ce qui laisse admiratif, c’est la beauté du dessin de Jade Khoo. Du haut de ses 28 ans, la jeune Française, dont c’est la deuxième publication après « Zoc » (Dargaud), fait preuve d’un talent indéniable, et son approche graphique est très innovante. Son trait délicat, un rien enfantin en ce qui concerne les personnages, est parsemé d’effets 3D très réussis sans être ostentatoires, ce qui est peu surprenant quand on apprend que la jeune femme a travaillé dans l’animation. Les tonalités sont très variées et démontrent une utilisation judicieuse de la couleur selon les ambiances, chatoyantes pour les scènes diurnes, plus nuancées et parfois en dégradé pastel pour le reste. Ses personnages au look androgyne suggèrent une influence de la BD asiatique, avec un univers évoquant immédiatement Hayao Miyazaki. Il paraît dès lors évident que son enfance fut bercée par les dessins animés du maître japonais. Quant à l’aspect narratif, je serai malheureusement moins enthousiaste. Sous des apparences de BD jeunesse, le scénario est assez complexe, pour ne pas dire compliqué. C’est sans doute le point faible de cet album qui part dans tous les sens, et fait que l’on s’y perd un peu. Jade Khoo a peut-être commis l'erreur d'y mettre trop de choses, trop de détails, rendant le propos un brin alambiqué. On hésiterait presque à parler de science fiction et d’ailleurs cela ne saute pas aux yeux dans les premières pages (l’histoire se déroule sur une Lune terraformée s’accompagnant d’un « clonage » des sites terrestres, l’objectif de départ étant qu’elle serve de garde-manger à une Terre surpeuplée). Le jeune héros de l’histoire, Othello, est confronté à une situation familiale tumultueuse. Indirectement responsable de la mort de son paternel, il coupera les ponts avec la mère manipulatrice. Parallèlement, il est passionné d’ornithologie (tout comme l’autrice) et envisage d’en faire son métier, un rêve brisé par son séjour en orphelinat. Et puis il y a cette histoire d’amitié avec Ange, qu’il revoit, presque comme si de rien n’était, après de longues années d’absence inexplicables... Par l’entremise de ce dernier, il rejoindra un groupe d’ornithologues doté de fonds substantiels dont il sera amené à questionner l’origine un peu douteuse… Tout un contexte avec en toile de fond politico-économique et écologique les relations tendues entre la Terre surpeuplée (qu’on ne verra que très brièvement) et son satellite paradisiaque qui cherche à couper le cordon avec la planète matricielle. Si d’un point de vue graphique, je reste tout à fait séduit par la beauté et la poésie visuelles, je suis moins convaincu par la narration « multidirectionnelle » qui handicape la fluidité de la lecture. On dénombre par ailleurs quelques anachronismes et incohérences, et pour tout dire, le manque de consistance scientifique fait qu’on ne rentre jamais vraiment dedans. La multiplication des personnages, aux expressions un peu lisses, ne contribue pas à faire mentir cette impression, tandis que les digressions intimistes peinent à faire jaillir l’émotion. Cela se veut profond, mais au final, cela reste un peu superficiel. C’est dommage, mais si cette critique peut paraître sévère en ce qui concerne le récit, elle ne se veut que constructive, car l’album révèle une autrice originale que l’on est disposé à suivre avec intérêt. Un tome 2 est prévu, et pour convaincre totalement, Jade Khoo devra à l’évidence mettre l’accent sur la narration, encore un peu verte à ce stade si je puis dire.
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Je ne sais pas trop où va nous mener l’intrigue, ni comment l'auteur va conclure cette histoire (j’ai lu les deux tomes parus pour le moment). Mais l’intrigue, si elle se laisse lire et si elle n’est pas dénuée d’intérêt n’est en fait pas essentielle (quoi que). Car LePixx mise surtout sur le rythme l’action. C’est survitaminé, une sorte de « SF Spaghetti » où le peu de personnages qui nous sont proposés finissent rapidement le crâne défoncé par quelques pruneaux lâchés à bout portant, les tueurs étant tués par des tueurs, eux-mêmes éliminés par des nettoyeurs. On est clairement dans de la SF popcorn qui ne se prend pas la tête, un petit défouloir qui lorgne vers des série B américaines. Une intrigue pas fouillée donc, mais la narration est quand même fluide, accrocheuse. Dessin et colorisation (cette dernière changeant de préposé entre les deux tomes parus) accompagnent plutôt bien le récit. Certaines étendues désertiques, avec quelques gros grains pour rendre les décors moins lisses font penser à quelques planches de Moebius (sans jamais atteindre son épure et son style poétique). Clairement pas inoubliable, mais une lecture détente bien calibrée pour reposer ses neurones.