2.5
Un autre changement d'éditeur pour Lapinot qui revient chez Dargaud.
Trondheim commence cette nouvelle série de Lapinot (en faite, plus une continuité de ce qu'il a fait depuis la reprise de la série chez L'Association) avec un album correct sans plus. Ce n'est pas le pire album de Lapinot, en tout cas je le trouve plus lisible que l'album hommage-parodie à Astérix que j'ai trouvé absolument pas drôle, mais ce n'est pas parmi les meilleurs non plus.
Le scénario a de bons éléments, il y a des gags qui fonctionne et Trondheim est toujours bon avec les dialogues, mais le récit est trop léger pour tenir 44 pages. On finit par tourner en rond après un certain moment. Le fait de tout faire passer l'action pendant la même nuit n'était peut-être pas une bonne idée. J'espère que Trondheim va développer certains éléments restés en suspend à la fin de l'album dans les tomes suivants. J'ai un peu eu l'impression que l'album se terminait au milieu de l'histoire.
J'ai pris ce livre d'occasion pour son autrice qui a co-inventé le test Bechdel-Wallace qui repère dans un film ( un roman, une piece de theatre, une BD, un jeu vidéo...) le nombre de femmes qui apparaissent ainsi que l'importance des rôles qui leur sont assignés par le scénario. Cette idée de test simple pour mettre en évidence la domination du masculin dans notre société me paraît salutaire et je me suis dit : quelqu'un qui a mis au point et fait connaître ce système éclairant ne peut qu'être digne d'intérêt.
Par ailleurs je viens de perdre ma grand-mère maternelle et donc, je me suis dit que j'y trouverais peut-être de quoi reconnaître des situations mère-fille bien observées.
Objectif à moitié atteint parce que le milieu culturel est vraiment très éloigné de nous.
C'est une sorte d'autofiction d'une femme lesbienne qui raconte l'histoire de se rapports avec sa mère, ses amours, et ses psy. Tout en lisant de grands psychanalystes et Virginia Wolf.
Eh bien...Force est de constater, une fois de plus, que la psychanalyse ne me semble pas le moyen le plus épanouissant ni le plus efficace pour trouver un sens à sa vie... Il y a un coté Woody Alen : je m'empètre dans mes névroses. Même si ce n'est pas dans une famille juive.
C'est très bavard, long et ennuyeux, avec des extraits de textes intercalés, et souvent deux pensées parallèles qui se croisent entre l'action et la voix off. Donc c'est plein de recherches, tant bédéistiques que psychanalytiques, il manque le côté politique: c'est tourné vers le nombril. Mais ... j'ai lu jusqu'au bout...
Et ça m'a fait repenser à tous les écrits féministes qui ont tous cet aspect poussif, redondant, vaguement dépressif parce qu'elles cherchent en elles, dans la société comment s'adapter ou contourner ou changer ce monde masculin qui les oppressent sans y parvenir tout-à-fait ( Doris Lessing, Virginia Wolf, Simone de Beauvoir...) Donc c'est chiant, mais c'est nécessaire : ce sont des pierres , grosses et malcommodes mais qui peuvent rester en fondation d'une société différente.
Le dessin est très fin et touchant : elle se représente avec beaucoup de précision et d'expression dans un lavis bicolore ( gris et lie de vin) : c'est très maîtrisé de ce côté-là.
Donc je ne peux pas descendre en dessous de 3 étoiles finalement. 2eme femme à avoir avisé cet album si je ne me trompe : si je compare cette BD à un film récent de Woody Allen, je préfère largement la BD... Même si les défauts repèrés par mes collègues existent.
Un brillant généticien africain revient dans son pays ravagé par la famine avec la conviction d'avoir trouvé une solution révolutionnaire, au risque de déclencher une crise mondiale.
Cet album se distingue des autres récits de Liu Cixin que j'ai lus car, pour une fois, il n'y a aucun personnage chinois, et pas même la Chine elle-même, si ce n'est au détour de quelques images sans véritable lien avec l'intrigue. On est ici face à un récit presque hollywoodien opposant un scientifique africain de génie, déterminé à sauver son pays et à combattre la faim dans le monde, à la puissance de l'ONU, mais en réalité surtout des lobbys économiques et de l'armée américaine derrière elle.
J'ai trouvé les trois premiers quarts de l'album réussis. Le sujet est bon et soulève de vraies questions sur les limites éthiques de la biogénétique. Peut-on modifier l'être humain pour améliorer son existence ? Peut-on accepter des expérimentations sur des cobayes humains lorsqu'elles visent à sauver des millions de vies, voire ces cobayes eux-mêmes ? Et comment l'humanité réagirait-elle face à une annonce aussi révolutionnaire ? Toutes ces interrogations sont intelligemment mises en scène dans une intrigue crédible, bien rythmée et suffisamment mystérieuse pour donner envie d'en découvrir progressivement les véritables enjeux.
Le dessin de Ma Yi m'a demandé un petit temps d'adaptation. Son encrage évoque un peu les peintures à l'encre chinoises, tandis que sa palette de couleurs m'a paru manquer de finesse, un peu tape-à-l'œil. C'est sans doute une simple affaire de goûts ou de références culturelles, car l'ensemble reste techniquement solide et accompagne efficacement le récit.
En revanche, le dernier quart de l'album m'a beaucoup moins convaincu. Lorsque le véritable plan du docteur Ita est enfin dévoilé, j'ai eu du mal à ne pas trouver la situation franchement risible. Les invraisemblances physiques sont trop grandes pour mon esprit scientifique, les facilités scénaristiques deviennent trop nombreuses et la crédibilité patiemment construite jusque-là s'effondre au profit d'un message moral un peu trop appuyé. C'est d'autant plus frustrant que le reste du récit s'efforçait justement de rester relativement crédible malgré son postulat de science-fiction.
J'en ressors avec un avis très partagé. J'ai trouvé la majeure partie de l'album bien menée, intelligente et riche en réflexions, mais son dénouement m'a laissé une impression de gâchis. C'est dommage, car sans cette dernière partie, il aurait sans doute figuré parmi mes adaptations préférées de Liu Cixin.
Note : 2.5/5
Un scientifique chinois, marqué par la mort de ses parents provoquée par une mystérieuse boule de foudre, consacre sa vie à percer les secrets de ce phénomène aux enjeux scientifiques et militaires.
Je n'avais pas conscience que les albums de la collection Les Futurs de Liu Cixin pouvaient avoir des formats aussi différents. Celui-ci est nettement plus épais que les autres, avec plus de 250 pages, ce qui en fait une lecture bien plus conséquente.
J'ai été content d'y retrouver Thierry Robin au dessin, car j'apprécie beaucoup son style. Il est ici moins séduisant que dans Rouge de Chine ou Pierre rouge plume noire, mais il est à mes yeux largement supérieur aux dessins chinois que j'ai pu voir dans d'autres albums de la collection, et également meilleur que celui de Pellé sur son adaptation. L'ensemble dégage toutefois une certaine froideur et une austérité des décors et des personnages qui ne correspondent pas totalement à mes goûts. Cela reste néanmoins un graphisme de très bon niveau.
L'histoire est intrigante et plutôt bien menée. Je me suis longtemps demandé où le scénario voulait aller avec cette fascination pour l'étude scientifique de la foudre. Lorsque le héros dévoile son interprétation de ce que sont les globes de foudre, j'ai trouvé l'idée originale... mais aussi assez bancale sur le plan scientifique. Pour le peu que j'ai lu de lui, Liu Cixin revient régulièrement dans ses oeuvres sur les différences d'échelle entre le monde microscopique et le monde macroscopique, et je ne suis toujours pas convaincu par la façon dont il exploite ce concept.
Cela ne m'a toutefois pas empêché de suivre avec intérêt un récit qui se distingue des autres adaptations de la collection par son aspect davantage géopolitique. Le conflit entre la Chine et l'Occident est bien rendu, mais aussi assez glaçant. Le discours patriotique omniprésent, la vision d'une Chine unie face à un monde hostile et les références à une possible guerre totale donnent une image inquiétante de la manière dont un tel affrontement pourrait advenir. J'espère évidemment qu'il s'agit davantage d'une projection de science-fiction que d'une vision réaliste de l'avenir.
Le problème est que la BD aborde beaucoup de thèmes sans jamais vraiment choisir sa direction : la quête scientifique de Chen, son traumatisme familial, l'obsession militaire de Lin Yun, le conflit entre recherche fondamentale et applications guerrières, les enjeux géopolitiques, les mystérieuses théories autour des mondes microscopiques et quantiques... Beaucoup d'idées intéressantes se croisent, mais l'ensemble manque parfois de cohérence, et la conclusion, très ouverte, m'a semblé floue et trop fantaisiste.
Il y a donc de bons éléments dans cet album : un graphisme de qualité, de belles idées de science-fiction, une réalisation solide et quelques développements intéressants. Mais le scénario, et surtout son dénouement, ont eu du mal à me convaincre totalement.
2.5
La biographie d'une sculptrice que je ne connaissais pas, ne m'intéressant pas du tout à cet art et dont je ne connais que deux-trois noms connus.
On est dans de la biographie en BD typique. On montre les moments forts de la vie d'une personne qui a marqué l'histoire, il y a souvent des grosses éclipses entre les scènes et plusieurs éléments du scénario sont rapidement passé. Par exemple, on nous dit que Richier a fait des trucs pour que la vie en pension s'améliore pour elle et les autres étudiantes, mais ne demandais pas comment elle a fait !
Ça se laisse lire, mais sans plus. Cela n'aide pas que cela parle d'un art dont j'en ai rien à foutre, mais je trouve le dessin et la narration manquent un peu de vie. Il y a peu d'émotions qui se dégage de l'album, tout est austère. À emprunter si on veut voit la vie d'une femme qui a révolutionné l'art de la sculpture.
C’est mon intérêt pour l’Antiquité qui m’a porté vers cette BD, bien plus que son dessin que je ne trouvais pas très folichon, intérêt qui a été moyennement satisfait puisqu’en fait de récit historique, il s’agit plutôt d’un conte et non des moindres puisqu’il propose une lecture du mythe du Déluge.
Néanmoins, La statue de Gilgamesh possède des qualités indéniables et recèle des petites surprises.
Mais commençons par le dessin. Je le disais : ce n’est pas le gros kif. Les visages sont trop anguleux, si bien que deux ou trois fois, on n’est plus tout à fait certain de suivre le personnage de la scène précédente, ou celui que l’on avait quitté quelques pages auparavant. Mais surtout, il manque cruellement de détails. Les fonds sont trop souvent (pour ne pas dire systématiquement) réduits à des aplats de couleurs conférant à cette histoire l’aspect d’une pièce de théâtre moderne jouée sur une scène nue. C’est dommage, mais ça ne gâte cependant pas la narration, par ailleurs très fluide.
Parmi les petites surprises que l’on peut trouver dans cet album, les dialogues figurent en bonne place. Ils sont bien vus et ne manquent pas d’humour. Le ton est un peu décalé, reprenant parfois des expressions modernes (on pense aux Olives noires) ou faisant explicitement référence à notre présent. Le procédé apporte ici un brin de fraicheur, sans compter qu’il est bien dosé.
Le scénario est assez cool. On ne s’ennuie pas. De plus, il y a là encore une volonté évidente de l’ancrer dans le présent. En effet, sont évoqués notamment les problèmes environnementaux ; par exemple le fait que les racines des arbres que l’on arrache afin d’ériger une statue géante à la gloire du roi Gilgamesh ne parviennent plus à retenir les terrains et les eaux, provoquant inondations en cascade, dans tous les sens du terme. Par le biais d’un groupe d’activistes politique, ça parle aussi de politique, donc, d’inégalités sociales, de consommation, de salariat…
En vrac, quelques chouettes trucs : j’ai beaucoup aimé la manière dont les auteurs empoignent l’histoire des tablettes d’argiles, et comment ils imaginent que cette technique utilisée au départ pour la comptabilité, a pu devenir un véritable support de mémoire (et par conséquent comment elle a pu fixer cette histoire de Déluge). Ce ne sont bien entendu que des élucubrations, mais c’est très « fun », bien intégré à l’histoire, tout en apportant un surcroit de sens. Aussi, j’ai aimé cette vision d’un Déluge lié à des causes environnementales. Si je ne la partage pas (j’ai de tout autres croyances à ce sujet), elle fait résonner le présent. Enfin, les personnages sont plutôt fouillés, et l’on s’attache à eux.
On regrettera en revanche une fin plutôt brutale. Un bon 3,5 en ce qui me concerne.
J'ai commencé par plutôt bien apprécier le premier tome. Il s'agit clairement d'un manga destiné aux jeunes filles d'une dizaine d'années qui commencent à découvrir les changements de la puberté. L'ensemble est assez enfantin (ou plutôt pré-adolescent), avec tous les codes du shôjo de cet âge : une narration parfois un peu confuse, des personnages aux visages qui se ressemblent beaucoup et quelques stéréotypes du genre. Malgré cela, l'histoire fonctionne bien. Les explications sur les premiers changements du corps sont intégrées avec assez de naturel dans une intrigue touchante, agrémentée d'une petite romance toute innocente. J'ai aussi apprécié la fin, centrée sur la petite sœur de l'héroïne, qui apporte une autre forme d'émotion et conclut ce premier volume de manière réussie.
En ouvrant le deuxième tome, je pensais naturellement retrouver ces personnages... avant de découvrir que chaque volume raconte en réalité une histoire totalement indépendante. Chaque héroïne s'appelle Léa, a plus ou moins le même physique, est entourée de personnages qui se ressemblent également mais n'ont ni les mêmes noms ni les mêmes rôles. Chaque récit introduit un élément fantastique ou de science-fiction (fantôme, extraterrestre, robot, échange de corps, objet magique...) servant surtout de prétexte pour reparler des mêmes étapes de la puberté.
C'est là que la série m'a progressivement perdu. D'abord parce que j'étais frustré de ne jamais retrouver les personnages auxquels je m'étais attaché dans le premier tome. Ensuite parce que les intrigues sont d'un intérêt très variable. Certaines sont bonnes, d'autres beaucoup moins, mais surtout elles réintègrent systématiquement les mêmes thèmes : les premières règles, les premiers poils, le premier soutien-gorge, les différences entre filles et garçons... À partir du troisième ou quatrième tome où on voit le même sujet réabordé comme si c'était la première fois, la sensation de répétition devient franchement pesante. Même constat avec les nombreuses scènes où un adulte mal intentionné tente d'attirer une petite fille pour rappeler qu'il ne faut jamais suivre un inconnu : le message est évidemment utile pour le jeune public, mais il est répété lourdement d'un album à l'autre.
C'est dommage, car la série possède de vraies qualités. Les dialogues sonnent juste, les personnages sont souvent attachants et les relations entre eux sont crédibles. J'ai notamment apprécié que les garçons du même âge soient le plus souvent présentés comme bienveillants, protecteurs ou simplement maladroits dans leurs premiers émois amoureux, loin des clichés du petit macho. En parallèle, les éléments fantastiques renouvellent régulièrement les situations et permettent d'aborder certains sujets sous un angle original.
Je pense que Les Secrets de Léa n'est pas une série à lire dans son intégralité. Chaque tome étant indépendant, il est sans doute préférable de n'en lire qu'un ou deux. Pris isolément, plusieurs volumes remplissent leur rôle de manga pédagogique, tendre et accessible, alors qu'en les enchaînant, les répétitions deviennent pénibles. Si je devais en conseiller un, je garderais juste le premier tome, que j'ai trouvé le plus touchant et le plus équilibré.
Note : 2.5/5
Jacinto fuit un danger inconnu et trouve refuge dans un étrange village perché au sommet d'une montagne, constitué d'une unique enfilade de maisons qu'il devra traverser une à une, en passant une journée chez chacun de leurs habitants.
La grande force de cet album est incontestablement son dessin. Francesc Grimalt possède un style magnifique, proche de l'illustration tout en restant parfaitement lisible en bande dessinée. Chaque planche est un plaisir pour les yeux, avec un remarquable travail sur les couleurs, la lumière et les architectures. Le village de Misères, immense couloir de maisons construit sur la crête d'une montagne, est une idée narrative et visuelle superbe qui donne immédiatement envie de découvrir ce qui se cache derrière chaque porte.
L'histoire, elle, relève davantage du conte que du récit classique. Elle suit sa propre logique, légèrement absurde et légèrement poétique, en prenant soin de ne pas tout expliquer. Beaucoup de questions resteront volontairement sans réponse : qui poursuit réellement Jacinto ? Pourquoi ce village existe-t-il ? D'où viennent ses habitants ? Le récit n'offre ni véritable commencement ni véritable conclusion, préférant enchaîner les rencontres insolites, parfois drôles, parfois touchantes, comme autant de petites fables.
L'ensemble est agréable à lire, plutôt bien raconté et porté par quelques jolies idées, aussi bien dans son univers que dans certains personnages. En revanche, mon côté assez matérialiste est resté un peu sur sa faim. J'aime comprendre les règles d'un monde et sentir que les événements ont une raison d'être. Ici, tout repose sur l'étrangeté et la poésie, avec un fin tout en symbolisme ouvert à interprétation, au risque de donner parfois une impression de gratuité.
Cela ne m'a pas empêché d'apprécier la lecture. Misères est un album original, beau et délicat, qui séduira sans doute davantage les amateurs de contes symboliques et de récits oniriques que les lecteurs en quête d'une intrigue solidement construite et pleinement expliquée.
Sympathique tranche de vie scénarisée par la romancière Lola Lafon (« Chavirer », « La Petite communiste qui ne souriait jamais », etc.) et illustrée par Pénélope Bagieu. L'histoire d'une femme de 50 ans, divorcée et mère de trois enfants, confiant à sa fille une de ses rares audaces survenue 20 ans auparavant.
« La Nuit retrouvée » se singularise dans sa manière de conduire son intrigue. Certains reprocheront sans doute à celle-ci d'avancer lentement ou de ne ménager aucune surprise. Ce serait oublier l'ambition davantage sociologique du récit. Il ne s'agit nullement de préparer un cliffhanger avec une révélation finale bouleversante, les autrices elles-mêmes s'échinent à préparer leurs lecteurs afin que le secret soit bien vite éventé. L'idée n'était donc pas de construire une dramaturgie survoltée ni même surprenante, plutôt de crédibiliser une confidence, en façonnant progressivement une relation mère-fille, en la contextualisant minutieusement afin de désinvisibiliser le quotidien des femmes « d'un certain âge », de raconter sous une forme épurée, la beauté d'un élan simple et pourtant réfréné, de permettre aux lecteurs d'appréhender les carcans sociétaux enfermant les femmes, de comprendre le refoulement d'un élan amoureux, de saisir la logique du secret et la beauté d'une révélation à demi-mot.
Je regrette simplement l'usage de stéréotypes pour définir tant les enfants que la surfeuse, néanmoins légitimés par le souci premier de fluidifier la narration.
Les illustrations de Bagieu épousent le souhait d'arrondir la dramaturgie via d'amples cases vivement colorées et une accentuation de l'expressivité des regards, bouches et gestes. Le soin apporté aux détails parachève cette intention de crédibiliser la tranche de vie.
Voilà donc une BD d'une merveilleuse simplicité, très agréable à lire et assumant l'évidence de son sujet, banalement naturel mais pourtant si souvent ostracisé : la femme de cinquante ans. Il n'est jamais trop tard pour rêver.
1935, la petite ville de New Hope dans l'Oklahoma se vide de ses habitants, le Dust Bowl a transformé les terres agricoles en désert. Le shérif de ce bled paumé va devoir faire face à une série de meurtres, un shérif vétéran de la grande guerre avec un penchant pour le whisky.
Un récit qui repose principalement sur les personnages. Le récit prend le temps de développer leur personnalité. Un shérif qui veut arrêter coûte que coûte ce tueur en série, une photographe qui s'obstine pour réaliser son reportage sur la misère qui frappe ce coin perdu et un maire qui veut protéger sa ville, enfin surtout ses investissements. Des intérêts divergents.
Et ces intérêts divergents pimentent cette histoire, elle m'a accroché dès le départ, les scènes d'assassinats passent d'ailleurs au second plan et elles ne sont que suggérées. La tension monte crescendo jusqu'au final qui ressemble à un soufflé au fromage qui serait sorti du four trop tôt. Je suis sûrement sévère, mais la conclusion ne me convainc pas, je la trouve vite expédiée et manquant de crédibilité.
Le dessin de J.G. Jones est immersif, dans un style réaliste à la colorisation sobre et poussiéreuse. L'expressivité des personnages est à souligner, ainsi que le soin apporté aux décors. Mais ce choix du « ultra réaliste » dessert parfois la narration visuelle, de nombreuses vignettes font « taches » dans les postures des personnages en les rendant raides comme des piquets.
La mise en page cinématographique permet d'apprécier les mornes paysages.
Une lecture toutefois recommandable pour les amateurs du genre.
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Les Aventures de Lapinot
2.5 Un autre changement d'éditeur pour Lapinot qui revient chez Dargaud. Trondheim commence cette nouvelle série de Lapinot (en faite, plus une continuité de ce qu'il a fait depuis la reprise de la série chez L'Association) avec un album correct sans plus. Ce n'est pas le pire album de Lapinot, en tout cas je le trouve plus lisible que l'album hommage-parodie à Astérix que j'ai trouvé absolument pas drôle, mais ce n'est pas parmi les meilleurs non plus. Le scénario a de bons éléments, il y a des gags qui fonctionne et Trondheim est toujours bon avec les dialogues, mais le récit est trop léger pour tenir 44 pages. On finit par tourner en rond après un certain moment. Le fait de tout faire passer l'action pendant la même nuit n'était peut-être pas une bonne idée. J'espère que Trondheim va développer certains éléments restés en suspend à la fin de l'album dans les tomes suivants. J'ai un peu eu l'impression que l'album se terminait au milieu de l'histoire.
C'est toi ma maman ?
J'ai pris ce livre d'occasion pour son autrice qui a co-inventé le test Bechdel-Wallace qui repère dans un film ( un roman, une piece de theatre, une BD, un jeu vidéo...) le nombre de femmes qui apparaissent ainsi que l'importance des rôles qui leur sont assignés par le scénario. Cette idée de test simple pour mettre en évidence la domination du masculin dans notre société me paraît salutaire et je me suis dit : quelqu'un qui a mis au point et fait connaître ce système éclairant ne peut qu'être digne d'intérêt. Par ailleurs je viens de perdre ma grand-mère maternelle et donc, je me suis dit que j'y trouverais peut-être de quoi reconnaître des situations mère-fille bien observées. Objectif à moitié atteint parce que le milieu culturel est vraiment très éloigné de nous. C'est une sorte d'autofiction d'une femme lesbienne qui raconte l'histoire de se rapports avec sa mère, ses amours, et ses psy. Tout en lisant de grands psychanalystes et Virginia Wolf. Eh bien...Force est de constater, une fois de plus, que la psychanalyse ne me semble pas le moyen le plus épanouissant ni le plus efficace pour trouver un sens à sa vie... Il y a un coté Woody Alen : je m'empètre dans mes névroses. Même si ce n'est pas dans une famille juive. C'est très bavard, long et ennuyeux, avec des extraits de textes intercalés, et souvent deux pensées parallèles qui se croisent entre l'action et la voix off. Donc c'est plein de recherches, tant bédéistiques que psychanalytiques, il manque le côté politique: c'est tourné vers le nombril. Mais ... j'ai lu jusqu'au bout... Et ça m'a fait repenser à tous les écrits féministes qui ont tous cet aspect poussif, redondant, vaguement dépressif parce qu'elles cherchent en elles, dans la société comment s'adapter ou contourner ou changer ce monde masculin qui les oppressent sans y parvenir tout-à-fait ( Doris Lessing, Virginia Wolf, Simone de Beauvoir...) Donc c'est chiant, mais c'est nécessaire : ce sont des pierres , grosses et malcommodes mais qui peuvent rester en fondation d'une société différente. Le dessin est très fin et touchant : elle se représente avec beaucoup de précision et d'expression dans un lavis bicolore ( gris et lie de vin) : c'est très maîtrisé de ce côté-là. Donc je ne peux pas descendre en dessous de 3 étoiles finalement. 2eme femme à avoir avisé cet album si je ne me trompe : si je compare cette BD à un film récent de Woody Allen, je préfère largement la BD... Même si les défauts repèrés par mes collègues existent.
L'Ere Des Anges
Un brillant généticien africain revient dans son pays ravagé par la famine avec la conviction d'avoir trouvé une solution révolutionnaire, au risque de déclencher une crise mondiale. Cet album se distingue des autres récits de Liu Cixin que j'ai lus car, pour une fois, il n'y a aucun personnage chinois, et pas même la Chine elle-même, si ce n'est au détour de quelques images sans véritable lien avec l'intrigue. On est ici face à un récit presque hollywoodien opposant un scientifique africain de génie, déterminé à sauver son pays et à combattre la faim dans le monde, à la puissance de l'ONU, mais en réalité surtout des lobbys économiques et de l'armée américaine derrière elle. J'ai trouvé les trois premiers quarts de l'album réussis. Le sujet est bon et soulève de vraies questions sur les limites éthiques de la biogénétique. Peut-on modifier l'être humain pour améliorer son existence ? Peut-on accepter des expérimentations sur des cobayes humains lorsqu'elles visent à sauver des millions de vies, voire ces cobayes eux-mêmes ? Et comment l'humanité réagirait-elle face à une annonce aussi révolutionnaire ? Toutes ces interrogations sont intelligemment mises en scène dans une intrigue crédible, bien rythmée et suffisamment mystérieuse pour donner envie d'en découvrir progressivement les véritables enjeux. Le dessin de Ma Yi m'a demandé un petit temps d'adaptation. Son encrage évoque un peu les peintures à l'encre chinoises, tandis que sa palette de couleurs m'a paru manquer de finesse, un peu tape-à-l'œil. C'est sans doute une simple affaire de goûts ou de références culturelles, car l'ensemble reste techniquement solide et accompagne efficacement le récit. En revanche, le dernier quart de l'album m'a beaucoup moins convaincu. Lorsque le véritable plan du docteur Ita est enfin dévoilé, j'ai eu du mal à ne pas trouver la situation franchement risible. Les invraisemblances physiques sont trop grandes pour mon esprit scientifique, les facilités scénaristiques deviennent trop nombreuses et la crédibilité patiemment construite jusque-là s'effondre au profit d'un message moral un peu trop appuyé. C'est d'autant plus frustrant que le reste du récit s'efforçait justement de rester relativement crédible malgré son postulat de science-fiction. J'en ressors avec un avis très partagé. J'ai trouvé la majeure partie de l'album bien menée, intelligente et riche en réflexions, mais son dénouement m'a laissé une impression de gâchis. C'est dommage, car sans cette dernière partie, il aurait sans doute figuré parmi mes adaptations préférées de Liu Cixin. Note : 2.5/5
L'Attraction de la foudre
Un scientifique chinois, marqué par la mort de ses parents provoquée par une mystérieuse boule de foudre, consacre sa vie à percer les secrets de ce phénomène aux enjeux scientifiques et militaires. Je n'avais pas conscience que les albums de la collection Les Futurs de Liu Cixin pouvaient avoir des formats aussi différents. Celui-ci est nettement plus épais que les autres, avec plus de 250 pages, ce qui en fait une lecture bien plus conséquente. J'ai été content d'y retrouver Thierry Robin au dessin, car j'apprécie beaucoup son style. Il est ici moins séduisant que dans Rouge de Chine ou Pierre rouge plume noire, mais il est à mes yeux largement supérieur aux dessins chinois que j'ai pu voir dans d'autres albums de la collection, et également meilleur que celui de Pellé sur son adaptation. L'ensemble dégage toutefois une certaine froideur et une austérité des décors et des personnages qui ne correspondent pas totalement à mes goûts. Cela reste néanmoins un graphisme de très bon niveau. L'histoire est intrigante et plutôt bien menée. Je me suis longtemps demandé où le scénario voulait aller avec cette fascination pour l'étude scientifique de la foudre. Lorsque le héros dévoile son interprétation de ce que sont les globes de foudre, j'ai trouvé l'idée originale... mais aussi assez bancale sur le plan scientifique. Pour le peu que j'ai lu de lui, Liu Cixin revient régulièrement dans ses oeuvres sur les différences d'échelle entre le monde microscopique et le monde macroscopique, et je ne suis toujours pas convaincu par la façon dont il exploite ce concept. Cela ne m'a toutefois pas empêché de suivre avec intérêt un récit qui se distingue des autres adaptations de la collection par son aspect davantage géopolitique. Le conflit entre la Chine et l'Occident est bien rendu, mais aussi assez glaçant. Le discours patriotique omniprésent, la vision d'une Chine unie face à un monde hostile et les références à une possible guerre totale donnent une image inquiétante de la manière dont un tel affrontement pourrait advenir. J'espère évidemment qu'il s'agit davantage d'une projection de science-fiction que d'une vision réaliste de l'avenir. Le problème est que la BD aborde beaucoup de thèmes sans jamais vraiment choisir sa direction : la quête scientifique de Chen, son traumatisme familial, l'obsession militaire de Lin Yun, le conflit entre recherche fondamentale et applications guerrières, les enjeux géopolitiques, les mystérieuses théories autour des mondes microscopiques et quantiques... Beaucoup d'idées intéressantes se croisent, mais l'ensemble manque parfois de cohérence, et la conclusion, très ouverte, m'a semblé floue et trop fantaisiste. Il y a donc de bons éléments dans cet album : un graphisme de qualité, de belles idées de science-fiction, une réalisation solide et quelques développements intéressants. Mais le scénario, et surtout son dénouement, ont eu du mal à me convaincre totalement.
Germaine Richier - La Femme sculpture
2.5 La biographie d'une sculptrice que je ne connaissais pas, ne m'intéressant pas du tout à cet art et dont je ne connais que deux-trois noms connus. On est dans de la biographie en BD typique. On montre les moments forts de la vie d'une personne qui a marqué l'histoire, il y a souvent des grosses éclipses entre les scènes et plusieurs éléments du scénario sont rapidement passé. Par exemple, on nous dit que Richier a fait des trucs pour que la vie en pension s'améliore pour elle et les autres étudiantes, mais ne demandais pas comment elle a fait ! Ça se laisse lire, mais sans plus. Cela n'aide pas que cela parle d'un art dont j'en ai rien à foutre, mais je trouve le dessin et la narration manquent un peu de vie. Il y a peu d'émotions qui se dégage de l'album, tout est austère. À emprunter si on veut voit la vie d'une femme qui a révolutionné l'art de la sculpture.
La Statue de Gilgamesh
C’est mon intérêt pour l’Antiquité qui m’a porté vers cette BD, bien plus que son dessin que je ne trouvais pas très folichon, intérêt qui a été moyennement satisfait puisqu’en fait de récit historique, il s’agit plutôt d’un conte et non des moindres puisqu’il propose une lecture du mythe du Déluge. Néanmoins, La statue de Gilgamesh possède des qualités indéniables et recèle des petites surprises. Mais commençons par le dessin. Je le disais : ce n’est pas le gros kif. Les visages sont trop anguleux, si bien que deux ou trois fois, on n’est plus tout à fait certain de suivre le personnage de la scène précédente, ou celui que l’on avait quitté quelques pages auparavant. Mais surtout, il manque cruellement de détails. Les fonds sont trop souvent (pour ne pas dire systématiquement) réduits à des aplats de couleurs conférant à cette histoire l’aspect d’une pièce de théâtre moderne jouée sur une scène nue. C’est dommage, mais ça ne gâte cependant pas la narration, par ailleurs très fluide. Parmi les petites surprises que l’on peut trouver dans cet album, les dialogues figurent en bonne place. Ils sont bien vus et ne manquent pas d’humour. Le ton est un peu décalé, reprenant parfois des expressions modernes (on pense aux Olives noires) ou faisant explicitement référence à notre présent. Le procédé apporte ici un brin de fraicheur, sans compter qu’il est bien dosé. Le scénario est assez cool. On ne s’ennuie pas. De plus, il y a là encore une volonté évidente de l’ancrer dans le présent. En effet, sont évoqués notamment les problèmes environnementaux ; par exemple le fait que les racines des arbres que l’on arrache afin d’ériger une statue géante à la gloire du roi Gilgamesh ne parviennent plus à retenir les terrains et les eaux, provoquant inondations en cascade, dans tous les sens du terme. Par le biais d’un groupe d’activistes politique, ça parle aussi de politique, donc, d’inégalités sociales, de consommation, de salariat… En vrac, quelques chouettes trucs : j’ai beaucoup aimé la manière dont les auteurs empoignent l’histoire des tablettes d’argiles, et comment ils imaginent que cette technique utilisée au départ pour la comptabilité, a pu devenir un véritable support de mémoire (et par conséquent comment elle a pu fixer cette histoire de Déluge). Ce ne sont bien entendu que des élucubrations, mais c’est très « fun », bien intégré à l’histoire, tout en apportant un surcroit de sens. Aussi, j’ai aimé cette vision d’un Déluge lié à des causes environnementales. Si je ne la partage pas (j’ai de tout autres croyances à ce sujet), elle fait résonner le présent. Enfin, les personnages sont plutôt fouillés, et l’on s’attache à eux. On regrettera en revanche une fin plutôt brutale. Un bon 3,5 en ce qui me concerne.
Les Secrets de Léa
J'ai commencé par plutôt bien apprécier le premier tome. Il s'agit clairement d'un manga destiné aux jeunes filles d'une dizaine d'années qui commencent à découvrir les changements de la puberté. L'ensemble est assez enfantin (ou plutôt pré-adolescent), avec tous les codes du shôjo de cet âge : une narration parfois un peu confuse, des personnages aux visages qui se ressemblent beaucoup et quelques stéréotypes du genre. Malgré cela, l'histoire fonctionne bien. Les explications sur les premiers changements du corps sont intégrées avec assez de naturel dans une intrigue touchante, agrémentée d'une petite romance toute innocente. J'ai aussi apprécié la fin, centrée sur la petite sœur de l'héroïne, qui apporte une autre forme d'émotion et conclut ce premier volume de manière réussie. En ouvrant le deuxième tome, je pensais naturellement retrouver ces personnages... avant de découvrir que chaque volume raconte en réalité une histoire totalement indépendante. Chaque héroïne s'appelle Léa, a plus ou moins le même physique, est entourée de personnages qui se ressemblent également mais n'ont ni les mêmes noms ni les mêmes rôles. Chaque récit introduit un élément fantastique ou de science-fiction (fantôme, extraterrestre, robot, échange de corps, objet magique...) servant surtout de prétexte pour reparler des mêmes étapes de la puberté. C'est là que la série m'a progressivement perdu. D'abord parce que j'étais frustré de ne jamais retrouver les personnages auxquels je m'étais attaché dans le premier tome. Ensuite parce que les intrigues sont d'un intérêt très variable. Certaines sont bonnes, d'autres beaucoup moins, mais surtout elles réintègrent systématiquement les mêmes thèmes : les premières règles, les premiers poils, le premier soutien-gorge, les différences entre filles et garçons... À partir du troisième ou quatrième tome où on voit le même sujet réabordé comme si c'était la première fois, la sensation de répétition devient franchement pesante. Même constat avec les nombreuses scènes où un adulte mal intentionné tente d'attirer une petite fille pour rappeler qu'il ne faut jamais suivre un inconnu : le message est évidemment utile pour le jeune public, mais il est répété lourdement d'un album à l'autre. C'est dommage, car la série possède de vraies qualités. Les dialogues sonnent juste, les personnages sont souvent attachants et les relations entre eux sont crédibles. J'ai notamment apprécié que les garçons du même âge soient le plus souvent présentés comme bienveillants, protecteurs ou simplement maladroits dans leurs premiers émois amoureux, loin des clichés du petit macho. En parallèle, les éléments fantastiques renouvellent régulièrement les situations et permettent d'aborder certains sujets sous un angle original. Je pense que Les Secrets de Léa n'est pas une série à lire dans son intégralité. Chaque tome étant indépendant, il est sans doute préférable de n'en lire qu'un ou deux. Pris isolément, plusieurs volumes remplissent leur rôle de manga pédagogique, tendre et accessible, alors qu'en les enchaînant, les répétitions deviennent pénibles. Si je devais en conseiller un, je garderais juste le premier tome, que j'ai trouvé le plus touchant et le plus équilibré. Note : 2.5/5
Misères
Jacinto fuit un danger inconnu et trouve refuge dans un étrange village perché au sommet d'une montagne, constitué d'une unique enfilade de maisons qu'il devra traverser une à une, en passant une journée chez chacun de leurs habitants. La grande force de cet album est incontestablement son dessin. Francesc Grimalt possède un style magnifique, proche de l'illustration tout en restant parfaitement lisible en bande dessinée. Chaque planche est un plaisir pour les yeux, avec un remarquable travail sur les couleurs, la lumière et les architectures. Le village de Misères, immense couloir de maisons construit sur la crête d'une montagne, est une idée narrative et visuelle superbe qui donne immédiatement envie de découvrir ce qui se cache derrière chaque porte. L'histoire, elle, relève davantage du conte que du récit classique. Elle suit sa propre logique, légèrement absurde et légèrement poétique, en prenant soin de ne pas tout expliquer. Beaucoup de questions resteront volontairement sans réponse : qui poursuit réellement Jacinto ? Pourquoi ce village existe-t-il ? D'où viennent ses habitants ? Le récit n'offre ni véritable commencement ni véritable conclusion, préférant enchaîner les rencontres insolites, parfois drôles, parfois touchantes, comme autant de petites fables. L'ensemble est agréable à lire, plutôt bien raconté et porté par quelques jolies idées, aussi bien dans son univers que dans certains personnages. En revanche, mon côté assez matérialiste est resté un peu sur sa faim. J'aime comprendre les règles d'un monde et sentir que les événements ont une raison d'être. Ici, tout repose sur l'étrangeté et la poésie, avec un fin tout en symbolisme ouvert à interprétation, au risque de donner parfois une impression de gratuité. Cela ne m'a pas empêché d'apprécier la lecture. Misères est un album original, beau et délicat, qui séduira sans doute davantage les amateurs de contes symboliques et de récits oniriques que les lecteurs en quête d'une intrigue solidement construite et pleinement expliquée.
La Nuit retrouvée
Sympathique tranche de vie scénarisée par la romancière Lola Lafon (« Chavirer », « La Petite communiste qui ne souriait jamais », etc.) et illustrée par Pénélope Bagieu. L'histoire d'une femme de 50 ans, divorcée et mère de trois enfants, confiant à sa fille une de ses rares audaces survenue 20 ans auparavant. « La Nuit retrouvée » se singularise dans sa manière de conduire son intrigue. Certains reprocheront sans doute à celle-ci d'avancer lentement ou de ne ménager aucune surprise. Ce serait oublier l'ambition davantage sociologique du récit. Il ne s'agit nullement de préparer un cliffhanger avec une révélation finale bouleversante, les autrices elles-mêmes s'échinent à préparer leurs lecteurs afin que le secret soit bien vite éventé. L'idée n'était donc pas de construire une dramaturgie survoltée ni même surprenante, plutôt de crédibiliser une confidence, en façonnant progressivement une relation mère-fille, en la contextualisant minutieusement afin de désinvisibiliser le quotidien des femmes « d'un certain âge », de raconter sous une forme épurée, la beauté d'un élan simple et pourtant réfréné, de permettre aux lecteurs d'appréhender les carcans sociétaux enfermant les femmes, de comprendre le refoulement d'un élan amoureux, de saisir la logique du secret et la beauté d'une révélation à demi-mot. Je regrette simplement l'usage de stéréotypes pour définir tant les enfants que la surfeuse, néanmoins légitimés par le souci premier de fluidifier la narration. Les illustrations de Bagieu épousent le souhait d'arrondir la dramaturgie via d'amples cases vivement colorées et une accentuation de l'expressivité des regards, bouches et gestes. Le soin apporté aux détails parachève cette intention de crédibiliser la tranche de vie. Voilà donc une BD d'une merveilleuse simplicité, très agréable à lire et assumant l'évidence de son sujet, banalement naturel mais pourtant si souvent ostracisé : la femme de cinquante ans. Il n'est jamais trop tard pour rêver.
Dust to dust
1935, la petite ville de New Hope dans l'Oklahoma se vide de ses habitants, le Dust Bowl a transformé les terres agricoles en désert. Le shérif de ce bled paumé va devoir faire face à une série de meurtres, un shérif vétéran de la grande guerre avec un penchant pour le whisky. Un récit qui repose principalement sur les personnages. Le récit prend le temps de développer leur personnalité. Un shérif qui veut arrêter coûte que coûte ce tueur en série, une photographe qui s'obstine pour réaliser son reportage sur la misère qui frappe ce coin perdu et un maire qui veut protéger sa ville, enfin surtout ses investissements. Des intérêts divergents. Et ces intérêts divergents pimentent cette histoire, elle m'a accroché dès le départ, les scènes d'assassinats passent d'ailleurs au second plan et elles ne sont que suggérées. La tension monte crescendo jusqu'au final qui ressemble à un soufflé au fromage qui serait sorti du four trop tôt. Je suis sûrement sévère, mais la conclusion ne me convainc pas, je la trouve vite expédiée et manquant de crédibilité. Le dessin de J.G. Jones est immersif, dans un style réaliste à la colorisation sobre et poussiéreuse. L'expressivité des personnages est à souligner, ainsi que le soin apporté aux décors. Mais ce choix du « ultra réaliste » dessert parfois la narration visuelle, de nombreuses vignettes font « taches » dans les postures des personnages en les rendant raides comme des piquets. La mise en page cinématographique permet d'apprécier les mornes paysages. Une lecture toutefois recommandable pour les amateurs du genre.