Je récupéré par le plus grand des hasards les albums de Gully – en édition originale et en excellent état - dans une boîte à livres. Bonne pioche me direz-vous ! Et bien oui. Cette trouvaille, c’est un come back d’une quarantaine d’années en arrière ! Wahou cela ne me rajeuni pas !
Cette série a en effet bercé toute une génération de jeunes lecteurs. Née dans les années 1980, cette bande dessinée signée Pierre Makyo au scénario et Alain Dodier au dessin incarne à elle seule l’esprit de la BD jeunesse de l’époque : des histoires courtes, pleines de malice et de fraîcheur, où chaque album se dévorait d’une traite.
Gully, le héros, est un garçon débrouillard et facétieux dont les aventures oscillent entre farces, défis entre amis et petites énigmes du quotidien. Pierre Makyo y déploie un talent certain pour captiver les enfants avec des scénarios simples mais efficaces, où l’humour et l’action se mêlent sans jamais lasser. Les dialogues, vifs et directs, donnent un rythme entraînant à chaque épisode, tandis que les chutes de gag, souvent inattendues, provoquent immanquablement le sourire.
Le dessin d Alain Dodier, quant à lui, apporte une touche à la fois réaliste et chaleureuse à l’ensemble. Ses traits précis et ses expressions exagérées rendent les personnages attachants, tandis que les décors, bien que parfois minimalistes, suffisent à planter le décor de chaque aventure. Les planches, aérées et dynamiques, guident le regard du jeune lecteur avec fluidité, sans le perdre dans des détails superflus.
Ce qui frappe dans Gully, c’est sa capacité à rester intemporelle. Sans prétention, sans message moralisateur, la série se contentait d’offrir du divertissement pur, et c’est précisément ce qui en fait encore aujourd’hui un plaisir de lecture. Pour les enfants, c’est une excellente introduction à la BD. Pour les adultes, c’est un voyage nostalgique vers une époque où les histoires savaient se contenter d’être drôles, légères et bien racontées.
Pour les vieux comme moi, cette aparté nostalgique est délicieuse.
Un diptyque étonnant, qui mélange plusieurs genres et multiplie les références. Une sorte de survival à la Lost, avec quelque chose de « Seuls » (mais ça s’écarte de ces influences assez rapidement) et, comme aime le faire Silas, une plus ou moins grosse dose d’humour noir ou grinçant, avec quelques petits passages trashouilles.
Je ne suis a priori pas fan du dessin (avec de fortes influences manga) ou de la colorisation informatique, mais je dois reconnaitre que le rendu est très lisible et dynamique, expressif – ce qui est l’essentiel après tout.
Silas ne se contente pas d’empiler références et clins d’œil, il prend le temps d’installer un univers à la fois loufoque et angoissant, fantastique, SF et un peu absurde. Et des personnages aussi. Très bonne idée au passage dans les premières pages de chaque album de présenter – sous forme de cartes (genre cartes Pokemon) chacun des « Alevins », avec leurs qualités et leurs défauts – et leurs « chances » de s’en sortir). Et le second tome apporte une nouvelle fournée, complexifiant encore plus ce struggle for life improbable.
C’est parfois du n’importe quoi assumé – en tout cas l’intrigue est dense (avec une très forte pagination pour chaque album) – mais la lecture est plutôt sympathique.
Cette même histoire, sous le titre Terre 2, a effectivement été intégrée dans une autre compilation de JLA. Réalisée par deux Écossais, Grant Morrison et Frank Quitely qui ont collaboré sur plusieurs sagas, elle finira par conduire à des développements dans l'univers DC, comme la Crise sur les Terres Infinites. Le concept d'univers parallèles et inversés n'est pas totalement nouveau, je me souviens du Superman Bizarro, par exemple. Les dessins de Quitely sont bons et comportent certaines séquences spectaculaires, comme celles du Green Lantern ou du Flash. Cependant, il me semble qu'il abuse des images panoramiques et les expressions des personnages sont parfois très figées.
Mais la nouveauté ici réside, je crois, dans la remise en question par Morrison du schéma habituel des histoires de super-héros. Lex Luthor comme le seul véritable héros face au Syndicat du Crime d'Amérique ? Dans quel univers sommes-nous ? Au-delà du bien et du mal ? Cette histoire est trop courte pour répondre à toutes ces questions et est en fin de compte un peu simpliste, elle nécessiterait plus de développements.
L’album est une libre adaptation d’un livre de Guillaume Triton (qi participe à l’adaptation) intitulé « La guerre des métaux rares », titre plus évocateur du cœur du sujet. Ne connaissant pas le livre d’origine (paru chez l’éditeur engagé et intéressant Les Liens qui Libèrent), je ne sais pas quelles sont les « libertés » prises ici.
Le récit se déroule dans un futur proche (2043), à un moment où la « transition énergétique » chère aux communicants a eu lieu. Plus de pétrole ou de charbon, mais des technologies « vertes » qui semblent rendre l’avenir radieux.
Sous couvert d’un récit d'aventure vaguement futuriste, avec des accents de thriller, les auteurs interrogent – en la mettant en cause – cette « transition énergétique », qui n’est en fait qu’une délocalisation des pollutions énormes et de leurs conséquences – quasi invisibles pour les habitants des régions plus riches – ainsi qu’une surexploitation de nouvelles ressources, dans une fuite en avant mortifère.
Un dossier final rappelle les enjeux.
Le sujet est intéressant, comme la lecture de l’album d’ailleurs. Mais si le dessin est lisible, il est avare de détails et de décors, et loin d’être exempt de défauts (déplacement des personnages par exemple).
Quant au récit lui-même, il se laisse lire. Mais je pense que sur ce type de sujet, la lecture du bouquin d’origine est sans doute plus intéressante, la narration ne m’a pas emballé plus que ça.
Déçu de ne pas avoir été emporté par ce roman graphique.
Ce road movie social dénonçant à juste titre l'extrême droite, avait de sérieux arguments pour me plaire, malheureusement il ne m'est apparu que sympathique. La faute à des illustrations stylisées non-pleinement-convaincantes, à un humour plutôt décevant, pas assez déjanté ou dénonciateur. Reste le charme humaniste du duo, l'originalité de traitement du racisme ordinaire, le tendre portrait de jeunes de milieu populaire.
C'est dynamique, assez agréable à lire, pertinent socialement, mais l'intrigue n'est pas aussi fluide qu'espéré, l'humour et les illustrations seulement partiellement convaincants.
Dernièrement je m'étais décidée à redonner une chance à l'univers Freaks' Squeele, univers volontairement barré assuré par le dessin travaillé de Florent Maudoux qui normalement aurait dû résonner avec moi mais qui pourtant ne m'avait pas laissé de bons souvenirs lors de mon essai de lecture à l'adolescence. C'est après avoir lu le très bon Masiko se déroulant dans le même univers que je me suis dite qu'après tout il y avait peut-être quelque chose de très bon dans cet univers à côté duquel je serais passée.
C'est par le hasard du sort que je n'ai pas recommencé par la série mère (que j'aviserai d'ici peu) mais bien par cette petite série spin-off.
Elle se déroule après ladite série mère et se centre sur l'équipe médicale du FEAH, un trio aux méthodes les plus étranges constitué de jumeaux siamois jouant les bons et mauvais psys à la manière de "good cops, bad cops", d'une infirmière magical girl très intense et d'une toubib principale spécialisée dans les tatouages thérapeutiques.
Le postulat de la série est excellent, profitant de la base prometteuse de l'univers centré sur une explosion de références super-héroïques et magiques et exagérant la moindre situation banale au point d'en faire une aventure absurde et explosive. Ici, il y aura donc plusieurs petites histoires, chacune se focalisant sur un dossier, un-e patient-e bien précis-e, avec ses problèmes et, surtout, le travail psychologique qu'iel devra accomplir pour enfin aller de l'avant. Le sujet des troubles et des peurs de la jeunesse, qu'il s'agisse de tout ce qui est lié aux incertitudes du passage à l'âge adulte ou bien de la question des traumas, m'intéresse au plus haut point et ici le sujet est plutôt bien traité.
Tout est explosif dans la forme, l'exorcisation des douleurs intimes prend parfois ici véritablement la forme d'exorcisme ou de combats mystiques. Cet enrobage absurdo-fantastique me parait bien trouvé pour aborder ces questions auprès du jeune public concerné tout en restant sincèrement entrainant.
Le caractère de "suite indépendante" de la série marche plutôt bien, tout me semble compréhensible pour des néophytes de l'univers - en tout cas je n'ai pas été perdue avec mes quelques souvenirs des quatre premiers albums de Freaks' Squeele. J'avoue quand-même que certains personnages comme le trio principal de la série mère et une intrigue autour de "Monsieur Wong" m'ont parus un peu arriver comme un cheveux dans la soupe ici - que je les resitue par rapport à la série mère ou pas.
Bref, cet album m'a bien plu et m'a convaincue de pleinement redonner sa chance à cet univers.
Je regrette néanmoins que cette série se soit pour le moment arrêtée à un simple album, la forme épisodique me parait excellente pour continuer encore longtemps mais c'est sans doute cette absence d'intrigue filée et d'importance pour le lore de cet univers qui fait que cette série est pour l'instant mise de côté. J'espère quand-même voir une suite un de ces jours.
Dans une petite ville américaine des années 1950, l'arrivée d'un journaliste venu couvrir un mystérieux concours agricole va faire remonter à la surface les secrets, les désirs et les blessures d'une galerie de personnages liés par un étrange arbre aux propriétés surnaturelles.
S'il fallait comparer ce diptyque à la majorité des BD érotiques ou pornographiques, je dirais sans hésiter qu'il fait partie du haut du panier. Il propose un véritable scénario, des personnages qui existent autrement que par les scènes de sexe, un peu d'humour et une intrigue qui donne envie de tourner les pages. En revanche, si je le compare aux autres BD que je considère comme franchement excellentes, je trouve qu'il lui manque encore quelque chose pour atteindre ce niveau.
Le décor et le dessin sont sans doute ce qui m'a le plus séduit. J'aime beaucoup le style élégant et le soin apporté à la reconstitution de l'Amérique rurale des années 50. Le cadre est réussi, les femmes sont belles, avec des silhouettes généreuses qui s'intègrent parfaitement à cette esthétique rétro, et les personnages masculins, plus caricaturaux, restent sympathiques. En revanche, j'ai été un peu déçu par la représentation des attributs intimes, aussi bien masculins que féminins, que je trouve assez maladroite et trop uniforme. C'est surprenant de la part d'un auteur habitué à la BD pour adultes, et ce choix graphique a plutôt eu tendance à casser l'effet érotique. Heureusement, le reste des corps est très bien dessiné.
Le scénario demande un petit temps d'adaptation. Le début est assez fouillis, avec de nombreux protagonistes et plusieurs intrigues qui s'entrecroisent, au point que j'avais parfois l'impression de passer du coq à l'âne. Les choses deviennent plus claires par la suite et dans le second tome, même si cette construction m'a parfois laissé un peu en retrait. En contrepartie, cette galerie de personnages offre une belle variété de tempéraments et de fantasmes. La jeune serveuse nymphomane est un peu caricaturale, mais j'ai davantage apprécié la bourgeoise coincée qui découvre progressivement son corps et ses envies, ainsi que la romance entre le peintre et la chanteuse, plus touchante et tout aussi émoustillante au final.
L'intrigue fantastique autour de l'arbre magique m'a laissé plus réservé. Je ne voyais pas toujours où le récit voulait en venir, et les interventions des mystérieux fruits m'ont semblé tantôt moralistes, tantôt assez vaines. Ce fil conducteur ne m'a donc jamais totalement convaincu, même s'il apporte une originalité bienvenue à l'ensemble.
Enfin, lorsque la vérité concernant le vieux grincheux de la ville est dévoilée, le récit bascule vers quelque chose de beaucoup plus dramatique, voire policier. C'est intéressant sur le plan narratif, mais cela casse aussi l'ambiance légère et sensuelle qui s'était installée jusque-là.
Malgré ces réserves, j'ai apprécié cette lecture, qui se place davantage dans un érotisme assumé que dans un registre véritablement pornographique, et qui se distingue nettement de la production pour adultes habituelle grâce à son ambition scénaristique, son cadre original et à la qualité de son dessin.
Les gags ne sont jamais hilarants, mais Nena parvient quand même – alors que par définition le parti pris narratif est restreint et très répétitif – à se renouveler suffisamment pour que la lecture soit agréable.
Comme le titre l’indique, l’album est uniquement constitué d’illustrations de « premiers rendez-vous », toujours sur le même modèle : une page, divisée en six cases, dans lesquelles les deux personnages échangent premiers regards et surtout les premiers mots.
Le dessin d’Aris (simple et agréable, ressemblant un peu à celui du Fabcaro tendance récits autobiographiques avant sa veine purement absurde) est agréable. Mais il est statique, use d’une certaine itération iconique. Tout repose donc sur les dialogues.
Contrairement à ce que je pensais de prime abord, ça ne joue pas uniquement sur l’absurde complet et décalé, comme c’est souvent le cas (même si certaines réparties sont absurdes). Nena joue sur les moments de désarroi consécutifs à certains malentendus, aux attentes mal comprises, aux maladresses, à tout ce que l’on découvre chez l’autre et que le profil présenté sur les sites de rencontre n’avait pas précisé – ou alors cela avait été mal perçu.
L’ensemble est inégal, mais assez frais. Ça fait sourire, et la lecture est globalement plaisante, même si j’espérais quelques pointes un peu plus punchy parfois.
Note réelle 2,5/5.
Pas grand-chose à dire sur cet album. Il se laisse lire – rapidement – et procure une lecture pas du tout prise de tête. Une petite série B rythmée, lecture popcorn d’emprunt.
On est plongé dans l’Amérique du début des années 1960, l’euphorie des années Kennedy, mais aussi certains travers : le racisme, les extra-terrestres, les théories du complot (liée aux communistes, aux martiens ou autres absurdités).
Récit de genre, on ne s’embarrasse pas de rendre tout crédible, cet album tourne – gentiment – en ridicule certains travers de la société américaine de l’époque (mais les choses n’ont pas foncièrement changé sur bien des points hélas).
Je me reconnais dans l'avis de Josq.
Cet album est globalement une bonne BD avec des personnages attachants, un bon mélange de genre et une intrigue pas mal même si finalement c'est très classique. Le dessin est vraiment très bon et rappelle les films d'animations du type Disney. Malheureusement, c'est aussi une lecture longue. Je n'ai rien contre les histoires denses lorsqu'elles en valent la peine, mais j'ai encore une fois eu l'impression de lire une BD qui s'étirait inutilement en longueur. Il y a des passages qu’on aurait pu couper ou raccourcir sans problèmes. C'est parfois trop verbeux pour rien et ça casse le rythme.
Cela reste tout de même un album dont je conseille l'emprunt si vous avez plusieurs heures de libres pour la lecture. C'est clairement pas un album qu'on peut lire en une heure et je parle en tant que lecteur qui est capable de lire vite !
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Gully
Je récupéré par le plus grand des hasards les albums de Gully – en édition originale et en excellent état - dans une boîte à livres. Bonne pioche me direz-vous ! Et bien oui. Cette trouvaille, c’est un come back d’une quarantaine d’années en arrière ! Wahou cela ne me rajeuni pas ! Cette série a en effet bercé toute une génération de jeunes lecteurs. Née dans les années 1980, cette bande dessinée signée Pierre Makyo au scénario et Alain Dodier au dessin incarne à elle seule l’esprit de la BD jeunesse de l’époque : des histoires courtes, pleines de malice et de fraîcheur, où chaque album se dévorait d’une traite. Gully, le héros, est un garçon débrouillard et facétieux dont les aventures oscillent entre farces, défis entre amis et petites énigmes du quotidien. Pierre Makyo y déploie un talent certain pour captiver les enfants avec des scénarios simples mais efficaces, où l’humour et l’action se mêlent sans jamais lasser. Les dialogues, vifs et directs, donnent un rythme entraînant à chaque épisode, tandis que les chutes de gag, souvent inattendues, provoquent immanquablement le sourire. Le dessin d Alain Dodier, quant à lui, apporte une touche à la fois réaliste et chaleureuse à l’ensemble. Ses traits précis et ses expressions exagérées rendent les personnages attachants, tandis que les décors, bien que parfois minimalistes, suffisent à planter le décor de chaque aventure. Les planches, aérées et dynamiques, guident le regard du jeune lecteur avec fluidité, sans le perdre dans des détails superflus. Ce qui frappe dans Gully, c’est sa capacité à rester intemporelle. Sans prétention, sans message moralisateur, la série se contentait d’offrir du divertissement pur, et c’est précisément ce qui en fait encore aujourd’hui un plaisir de lecture. Pour les enfants, c’est une excellente introduction à la BD. Pour les adultes, c’est un voyage nostalgique vers une époque où les histoires savaient se contenter d’être drôles, légères et bien racontées. Pour les vieux comme moi, cette aparté nostalgique est délicieuse.
Lozère apocalypse
Un diptyque étonnant, qui mélange plusieurs genres et multiplie les références. Une sorte de survival à la Lost, avec quelque chose de « Seuls » (mais ça s’écarte de ces influences assez rapidement) et, comme aime le faire Silas, une plus ou moins grosse dose d’humour noir ou grinçant, avec quelques petits passages trashouilles. Je ne suis a priori pas fan du dessin (avec de fortes influences manga) ou de la colorisation informatique, mais je dois reconnaitre que le rendu est très lisible et dynamique, expressif – ce qui est l’essentiel après tout. Silas ne se contente pas d’empiler références et clins d’œil, il prend le temps d’installer un univers à la fois loufoque et angoissant, fantastique, SF et un peu absurde. Et des personnages aussi. Très bonne idée au passage dans les premières pages de chaque album de présenter – sous forme de cartes (genre cartes Pokemon) chacun des « Alevins », avec leurs qualités et leurs défauts – et leurs « chances » de s’en sortir). Et le second tome apporte une nouvelle fournée, complexifiant encore plus ce struggle for life improbable. C’est parfois du n’importe quoi assumé – en tout cas l’intrigue est dense (avec une très forte pagination pour chaque album) – mais la lecture est plutôt sympathique.
Justice League - L'Autre Terre
Cette même histoire, sous le titre Terre 2, a effectivement été intégrée dans une autre compilation de JLA. Réalisée par deux Écossais, Grant Morrison et Frank Quitely qui ont collaboré sur plusieurs sagas, elle finira par conduire à des développements dans l'univers DC, comme la Crise sur les Terres Infinites. Le concept d'univers parallèles et inversés n'est pas totalement nouveau, je me souviens du Superman Bizarro, par exemple. Les dessins de Quitely sont bons et comportent certaines séquences spectaculaires, comme celles du Green Lantern ou du Flash. Cependant, il me semble qu'il abuse des images panoramiques et les expressions des personnages sont parfois très figées. Mais la nouveauté ici réside, je crois, dans la remise en question par Morrison du schéma habituel des histoires de super-héros. Lex Luthor comme le seul véritable héros face au Syndicat du Crime d'Amérique ? Dans quel univers sommes-nous ? Au-delà du bien et du mal ? Cette histoire est trop courte pour répondre à toutes ces questions et est en fin de compte un peu simpliste, elle nécessiterait plus de développements.
Prométhium
L’album est une libre adaptation d’un livre de Guillaume Triton (qi participe à l’adaptation) intitulé « La guerre des métaux rares », titre plus évocateur du cœur du sujet. Ne connaissant pas le livre d’origine (paru chez l’éditeur engagé et intéressant Les Liens qui Libèrent), je ne sais pas quelles sont les « libertés » prises ici. Le récit se déroule dans un futur proche (2043), à un moment où la « transition énergétique » chère aux communicants a eu lieu. Plus de pétrole ou de charbon, mais des technologies « vertes » qui semblent rendre l’avenir radieux. Sous couvert d’un récit d'aventure vaguement futuriste, avec des accents de thriller, les auteurs interrogent – en la mettant en cause – cette « transition énergétique », qui n’est en fait qu’une délocalisation des pollutions énormes et de leurs conséquences – quasi invisibles pour les habitants des régions plus riches – ainsi qu’une surexploitation de nouvelles ressources, dans une fuite en avant mortifère. Un dossier final rappelle les enjeux. Le sujet est intéressant, comme la lecture de l’album d’ailleurs. Mais si le dessin est lisible, il est avare de détails et de décors, et loin d’être exempt de défauts (déplacement des personnages par exemple). Quant au récit lui-même, il se laisse lire. Mais je pense que sur ce type de sujet, la lecture du bouquin d’origine est sans doute plus intéressante, la narration ne m’a pas emballé plus que ça.
L'Autoroute du soleil
Déçu de ne pas avoir été emporté par ce roman graphique. Ce road movie social dénonçant à juste titre l'extrême droite, avait de sérieux arguments pour me plaire, malheureusement il ne m'est apparu que sympathique. La faute à des illustrations stylisées non-pleinement-convaincantes, à un humour plutôt décevant, pas assez déjanté ou dénonciateur. Reste le charme humaniste du duo, l'originalité de traitement du racisme ordinaire, le tendre portrait de jeunes de milieu populaire. C'est dynamique, assez agréable à lire, pertinent socialement, mais l'intrigue n'est pas aussi fluide qu'espéré, l'humour et les illustrations seulement partiellement convaincants.
Freaks' Squeele - Kim Traüma
Dernièrement je m'étais décidée à redonner une chance à l'univers Freaks' Squeele, univers volontairement barré assuré par le dessin travaillé de Florent Maudoux qui normalement aurait dû résonner avec moi mais qui pourtant ne m'avait pas laissé de bons souvenirs lors de mon essai de lecture à l'adolescence. C'est après avoir lu le très bon Masiko se déroulant dans le même univers que je me suis dite qu'après tout il y avait peut-être quelque chose de très bon dans cet univers à côté duquel je serais passée. C'est par le hasard du sort que je n'ai pas recommencé par la série mère (que j'aviserai d'ici peu) mais bien par cette petite série spin-off. Elle se déroule après ladite série mère et se centre sur l'équipe médicale du FEAH, un trio aux méthodes les plus étranges constitué de jumeaux siamois jouant les bons et mauvais psys à la manière de "good cops, bad cops", d'une infirmière magical girl très intense et d'une toubib principale spécialisée dans les tatouages thérapeutiques. Le postulat de la série est excellent, profitant de la base prometteuse de l'univers centré sur une explosion de références super-héroïques et magiques et exagérant la moindre situation banale au point d'en faire une aventure absurde et explosive. Ici, il y aura donc plusieurs petites histoires, chacune se focalisant sur un dossier, un-e patient-e bien précis-e, avec ses problèmes et, surtout, le travail psychologique qu'iel devra accomplir pour enfin aller de l'avant. Le sujet des troubles et des peurs de la jeunesse, qu'il s'agisse de tout ce qui est lié aux incertitudes du passage à l'âge adulte ou bien de la question des traumas, m'intéresse au plus haut point et ici le sujet est plutôt bien traité. Tout est explosif dans la forme, l'exorcisation des douleurs intimes prend parfois ici véritablement la forme d'exorcisme ou de combats mystiques. Cet enrobage absurdo-fantastique me parait bien trouvé pour aborder ces questions auprès du jeune public concerné tout en restant sincèrement entrainant. Le caractère de "suite indépendante" de la série marche plutôt bien, tout me semble compréhensible pour des néophytes de l'univers - en tout cas je n'ai pas été perdue avec mes quelques souvenirs des quatre premiers albums de Freaks' Squeele. J'avoue quand-même que certains personnages comme le trio principal de la série mère et une intrigue autour de "Monsieur Wong" m'ont parus un peu arriver comme un cheveux dans la soupe ici - que je les resitue par rapport à la série mère ou pas. Bref, cet album m'a bien plu et m'a convaincue de pleinement redonner sa chance à cet univers. Je regrette néanmoins que cette série se soit pour le moment arrêtée à un simple album, la forme épisodique me parait excellente pour continuer encore longtemps mais c'est sans doute cette absence d'intrigue filée et d'importance pour le lore de cet univers qui fait que cette série est pour l'instant mise de côté. J'espère quand-même voir une suite un de ces jours.
Le Fruit le plus doux
Dans une petite ville américaine des années 1950, l'arrivée d'un journaliste venu couvrir un mystérieux concours agricole va faire remonter à la surface les secrets, les désirs et les blessures d'une galerie de personnages liés par un étrange arbre aux propriétés surnaturelles. S'il fallait comparer ce diptyque à la majorité des BD érotiques ou pornographiques, je dirais sans hésiter qu'il fait partie du haut du panier. Il propose un véritable scénario, des personnages qui existent autrement que par les scènes de sexe, un peu d'humour et une intrigue qui donne envie de tourner les pages. En revanche, si je le compare aux autres BD que je considère comme franchement excellentes, je trouve qu'il lui manque encore quelque chose pour atteindre ce niveau. Le décor et le dessin sont sans doute ce qui m'a le plus séduit. J'aime beaucoup le style élégant et le soin apporté à la reconstitution de l'Amérique rurale des années 50. Le cadre est réussi, les femmes sont belles, avec des silhouettes généreuses qui s'intègrent parfaitement à cette esthétique rétro, et les personnages masculins, plus caricaturaux, restent sympathiques. En revanche, j'ai été un peu déçu par la représentation des attributs intimes, aussi bien masculins que féminins, que je trouve assez maladroite et trop uniforme. C'est surprenant de la part d'un auteur habitué à la BD pour adultes, et ce choix graphique a plutôt eu tendance à casser l'effet érotique. Heureusement, le reste des corps est très bien dessiné. Le scénario demande un petit temps d'adaptation. Le début est assez fouillis, avec de nombreux protagonistes et plusieurs intrigues qui s'entrecroisent, au point que j'avais parfois l'impression de passer du coq à l'âne. Les choses deviennent plus claires par la suite et dans le second tome, même si cette construction m'a parfois laissé un peu en retrait. En contrepartie, cette galerie de personnages offre une belle variété de tempéraments et de fantasmes. La jeune serveuse nymphomane est un peu caricaturale, mais j'ai davantage apprécié la bourgeoise coincée qui découvre progressivement son corps et ses envies, ainsi que la romance entre le peintre et la chanteuse, plus touchante et tout aussi émoustillante au final. L'intrigue fantastique autour de l'arbre magique m'a laissé plus réservé. Je ne voyais pas toujours où le récit voulait en venir, et les interventions des mystérieux fruits m'ont semblé tantôt moralistes, tantôt assez vaines. Ce fil conducteur ne m'a donc jamais totalement convaincu, même s'il apporte une originalité bienvenue à l'ensemble. Enfin, lorsque la vérité concernant le vieux grincheux de la ville est dévoilée, le récit bascule vers quelque chose de beaucoup plus dramatique, voire policier. C'est intéressant sur le plan narratif, mais cela casse aussi l'ambiance légère et sensuelle qui s'était installée jusque-là. Malgré ces réserves, j'ai apprécié cette lecture, qui se place davantage dans un érotisme assumé que dans un registre véritablement pornographique, et qui se distingue nettement de la production pour adultes habituelle grâce à son ambition scénaristique, son cadre original et à la qualité de son dessin.
Premier rendez-vous
Les gags ne sont jamais hilarants, mais Nena parvient quand même – alors que par définition le parti pris narratif est restreint et très répétitif – à se renouveler suffisamment pour que la lecture soit agréable. Comme le titre l’indique, l’album est uniquement constitué d’illustrations de « premiers rendez-vous », toujours sur le même modèle : une page, divisée en six cases, dans lesquelles les deux personnages échangent premiers regards et surtout les premiers mots. Le dessin d’Aris (simple et agréable, ressemblant un peu à celui du Fabcaro tendance récits autobiographiques avant sa veine purement absurde) est agréable. Mais il est statique, use d’une certaine itération iconique. Tout repose donc sur les dialogues. Contrairement à ce que je pensais de prime abord, ça ne joue pas uniquement sur l’absurde complet et décalé, comme c’est souvent le cas (même si certaines réparties sont absurdes). Nena joue sur les moments de désarroi consécutifs à certains malentendus, aux attentes mal comprises, aux maladresses, à tout ce que l’on découvre chez l’autre et que le profil présenté sur les sites de rencontre n’avait pas précisé – ou alors cela avait été mal perçu. L’ensemble est inégal, mais assez frais. Ça fait sourire, et la lecture est globalement plaisante, même si j’espérais quelques pointes un peu plus punchy parfois. Note réelle 2,5/5.
Opération Moon Fire
Pas grand-chose à dire sur cet album. Il se laisse lire – rapidement – et procure une lecture pas du tout prise de tête. Une petite série B rythmée, lecture popcorn d’emprunt. On est plongé dans l’Amérique du début des années 1960, l’euphorie des années Kennedy, mais aussi certains travers : le racisme, les extra-terrestres, les théories du complot (liée aux communistes, aux martiens ou autres absurdités). Récit de genre, on ne s’embarrasse pas de rendre tout crédible, cet album tourne – gentiment – en ridicule certains travers de la société américaine de l’époque (mais les choses n’ont pas foncièrement changé sur bien des points hélas).
Le Port des Marins Perdus
Je me reconnais dans l'avis de Josq. Cet album est globalement une bonne BD avec des personnages attachants, un bon mélange de genre et une intrigue pas mal même si finalement c'est très classique. Le dessin est vraiment très bon et rappelle les films d'animations du type Disney. Malheureusement, c'est aussi une lecture longue. Je n'ai rien contre les histoires denses lorsqu'elles en valent la peine, mais j'ai encore une fois eu l'impression de lire une BD qui s'étirait inutilement en longueur. Il y a des passages qu’on aurait pu couper ou raccourcir sans problèmes. C'est parfois trop verbeux pour rien et ça casse le rythme. Cela reste tout de même un album dont je conseille l'emprunt si vous avez plusieurs heures de libres pour la lecture. C'est clairement pas un album qu'on peut lire en une heure et je parle en tant que lecteur qui est capable de lire vite !