Heureusement que j'avais entre les mains la série au complet parce que si je n'avais lu que le premier tome, j'aurais surement abandonné et mis 2 étoiles.
Le premier tome est effectivement une longue introduction d'un scénario qui n'est pas des plus originaux à commencer par le duo d'héroïne: une est une rebelle qui connait la vérité sur les malveillances des puissants alors que l'autre est naïve et croit ce que le pouvoir religieux corrompus lui a dit. Ajoutons qu'en plus je ne suis pas trop fan de ce style de dessin fait à l'informatique que je trouve un peu moche et pas très lisible sur certaines cases. Puis j'ai quand même décidé de lire la suite et là j'ai mieux accroché. Il y a des éléments un peu plus intéressant comme l'arrivée d'un personnage dont on ne sait pas trop dans quel camp il est ce qui apporte du suspense au récit qui m'a semblé cousue de fil blanc durant tout le long du premier tome. Le troisième tome continue sur la lancé du second tome et ce tome est aussi globalement bon malgré un dénouement un peu trop vite rapide à mon gout.
Au fil, c'est pas trop mal même si je n'ai pas réussi à aimer le dessin. Une série à emprunter à la bibliothèque.
Avec cet épais album, Shigeru Mizuki relate un des multiples épisodes meurtriers de la seconde guerre mondiale dans le Pacifique, conflit auquel il a participé.
Malgré la pagination importante, l’album se lit relativement rapidement. Une lecture pas désagréable, mais dont je suis sorti avec un ressenti mitigé.
En effet, Mizuki mélange pas mal les genres, dans un récit dont j’imaginais qu’il n’allait être que guerrier et réaliste, accumulation de faits d’arme et d’horreurs, comme dans Peleliu - Guernica of Paradise.
En fait ça n’est pas exactement le traitement choisi par Mizuki. D’abord parce qu’il n’hésite pas à placer pas mal de scènes un peu grotesques et un peu humoristiques (les nombreuses baffes distribuées par des officiers à leurs soldats par exemple, la routine ridicule des débuts, etc).
Ensuite et surtout parce que Mizuki, en donnant à ses personnages des têtes ovoïdes peu réalistes, au milieu de décors naturels, d’armes, d’avions qui sont, eux, très réalistes, atténue fortement par ce contraste la violence et le réalisme général de la guerre. Si ça passe lorsqu’il développe des histoires autour de Yokaï et autres personnages du folklore japonais dans d’autres séries, je ne suis pas sûr qu’ici l’effet soit toujours heureux.
De plus, on se débarrasse rapidement de plein de personnages/soldats sans que l’auteur nous ait permis de nous attacher à eux.
Autant les dernières réalisations de Matt Kindt m'avaient plu, autant là je ressors déçu de ce one-shot.
Amateur de SF, le pitch de cet album avait tout pour me plaire : Robin, jeune grand reporter s'embarque avec une mission militaire pour Terminus, une station isolée dans une autre dimension. La mission vire au fiasco, voire au cauchemar et Robin doit passer en mode survie sur ce monde hostile.
Sauf que tout cela manque cruellement de crédibilité sur pas mal de points, même pour de la SF. Que ce soit la facilité qu'elle a à apprendre et parler le langage local, à échapper à ses poursuivants, ou encore à s’accoutumer à la nourriture extra-dimensionnelle, ça fait beaucoup.
Ajoutez à cela cette inspiration lovecraftienne pour la grandiloquence et l'indicible, mais sans le talent du maître du genre, ça commence à faire pas mal de remarques qui plombent l'appréciation.
Dommage, car le petit côté vintage du dessin et de la colorisation sont fort appréciables ; certaines planches sont même des plus réussies. Mais le graphisme ne fait pas tout, une bonne histoire ça aide...
(2.5/5)
J'ai plutôt bien aimé ce conte très noir.
Tout y est glauque mais avec une certaine élégance. Contexte de guerre de tranchées où il ne reste presque plus de survivants dans un décor ravagé, huis clos d'enfants désespérés qui ramènent des soldats blessés dans leur orphelinat pour les tuer et les manger, yeux arrachés par le chef des gamins, un psychopathe complet et mégalo, et enfin une grosse part de magie avec les âmes des orphelins morts qui se réincarnent dans des poupées animées une fois leurs yeux remis en place... sans parler d'un gros nounours surgi de l'enfer, qu'on croirait inspiré des créatures de Five nights at Freddy's. C'est sinistre et cela emprunte grandement au genre de l'horreur mais en même temps il y a une certaine beauté qui émane en particulier du graphisme, et aussi presque une petite touche sarcastique notamment dans la manière dont l'antagoniste principal est aussi affreux que ridicule, ou dans la mort des soldats victimes des enfants.
L'histoire est relativement simple si on cherche à la résumer mais le dessin et la mise en scène la mettent en valeur et réussissent à créer une très bonne ambiance, aussi glaçante que captivante. Je regrette juste quelques aspects un peu attendus de ce type de récit, un léger manque d'originalité sur le fond, mais sinon je trouve que c'est une bonne BD.
Il y a quelques années, j’avais déjà pu goûter à l’association Marvel + Zombies. Une série qui se prenait rapidement les pieds dans le tapis.
Ce recueil en est le prolongement mais sans chronologie particulière ni événements à connaître absolument. Il compile juste de courts récits (plutôt très anecdotiques) dans cet univers. Chaque histoire mettra en avant un héros face à ce phénomène.
J’ai lu l’album il y a quelques jours et j’ai déjà bien du mal à me rappeler de la plupart des récits. Il n’y a que ceux avec les FF, Blade, celui au Japon et 2, 3 autres qui ont un petit intérêt, les autres sont assez sommaires dans leur développement.
Néanmoins ma lecture n’a pas été si désagréable. Dans la plupart des cas, on reste bien emporté par la partie graphique, le parti pris de ce N&B mâtiné de rouge se révèle esthétique et cohérent avec le thème.
Une œuvre limitée mais qui se lit sans difficulté.
Estelle Dumas s’est fortement inspirée de son expérience pour bâtir ce récit (Isabelle est son alter ego, et elle explique en fin d’album les faits et personnages ayant servi de modèle).
Cette expérience a aussi donné lieu à un film documentaire – que je n’ai pas vu.
Les guerres consécutives à l’éclatement de la Yougoslavie dans les années 1990, et en particulier le siège de Sarajevo et des zones bosniaques par les Serbes ont donné lieu à de nombreux albums, plus ou moins développés et intéressant (Gorazde, Fax de Sarajevo ou Sarajevo-Tango, pour rester sur des albums que j’ai déjà lus). Je dirais que cet album se situe dans une moyenne un chouia décevante.
En fait, certains partis pris scénaristiques et graphiques m’ont un peu gêné. D’abord c’est beaucoup trop centré sur le personnage d’Estelle/Isabelle. Elle accapare trop l’attention, au détriment d’une explication plus poussée de la situation (tout n’est pas clair et expliqué pour qui ne connaitrait pas la situation locale de l’époque !). Et Isabelle est parfois horripilante.
Ensuite le dessin – pas désagréable au demeurant, n’est pas toujours très clair, en particulier pour les personnages, avec pas mal de visages se ressemblant. En particulier ceux d’Isabelle et de Tara : la première fois que l’on est passé de l’une à l’autre je n’ai rien compris, jusqu’à ce que je me rende compte de ma méprise au bout de quelques pages.
Bon, ces remarques mises à part, c’est quand même une illustration – même si elle est imparfaite et partielle – d’une dure réalité, en particulier vue du côté des humanitaires, qui devaient user du système D pour faire parvenir aux Bosniaques sous le feu serbe nourriture et soutien moral.
Cambrioleurs de père en fils... et en fille. Cassiopée est une jeune collégienne qui a été éduquée toute sa vie à être une cambrioleuse hors-pair, aussi douée pour la voltige et l'escalade que pour le piratage informatique. Vivant seule avec son grand frère depuis la mort de leur père, ils vont de pays en pays en fonction de leurs contrats et viennent de revenir à Paris, ville de naissance de Cassiopée. Tandis qu'elle s'intègre dans son nouveau collège, devant faire face à une bande de harceleurs, elle est aussi confrontée à une machination mettant en danger sa famille dans le cadre de leur dernier contrat en date.
Cassiopée est une série jeunesse destinées au pré-ados du collège. C'est une série d'action à mi-chemin entre des histoires sérieuses dans un décor réaliste avec de vrais dangers, et un sens plus léger de jeune héroïne surdouée qui vit de vraies aventures en secret. Il faut en effet accepter le concept d'une fille aussi jeune et aussi talentueuse, capable de tout faire comme une super cambrioleuse, entre Catwoman, Cat's Eyes et... Fantomette pour les plus anciens.
Le dessin de Luisa Russo est d'influence manga. Cela a ses avantages - un style dynamique qui parle bien aux jeunes lecteurs et des visages réussis et expressifs - et ses défauts - des décors raides laissant un sentiment de vide et des perspectives parfois très ratées comme dans la scène finale du pemier tome.
L'intrigue elle-même parait très jeune, avec un nombre de clichés au goût d'immaturité. L'histoire de harcèlement a collège est caricaturale et bourrée de facilités, de réactions peu crédibles des personnages et de raccourcis. Les intrigues de cambriolage, elles, ont davantage le bénéfice de leur côté aventureux et d'un concept de départ qui laisse plus de liberté et moins d'obligation de crédibilité. Le rythme narratif est bon et on se laisse plutôt prendre au jeu si l'on passe outre les facilités parfois irritantes. J'apprécie notamment la personnalité de l'héroïne, avec des valeurs et une bonne manière de les appréhender.
Ça peut être le début d'une sympathique série jeunesse mais elle va devoir approfondir un peu son scénario et éviter les clichés pour convaincre davantage.
Un polar sans fioriture, plutôt sec et violent. Il ne faut pas s’attendre à une intrigue très étoffer, ni à des rebondissements toutes les deux pages. Ça n’est pas un thriller.
Mais sur un laps de temps très ramassé (quelques heures pour l’essentiel de l’intrigue) et autour de quelques personnages, Ethan Hawk propose un récit haletant, brut de décoffrage. Très noir aussi.
Mais ça n’est pas que l’histoire linéaire d’une évasion de prison qui tourne mal, se glisse dans le scénario quelque chose qui lui donne une certaine profondeur : les relations taiseuses, presque ébauchées trop tard entre un homme et son fils, Cooper. Il y a juste un petit détail qui m’a chiffonné. Dans l’histoire Cooper doit à un moment conduire la bagnole que son père – grièvement blessé ne peut plus conduire : il le fait au départ de façon maladroite, en disant ne pas savoir conduire du tout. Jusqu’ici tout va bien. Mais dans l’épilogue censé se dérouler deux semaines plus tard, le beau-père de Cooper lui propose de conduire sa bagnole « pour inaugurer ton permis ». Et d’ailleurs Cooper quitte le domicile familial au volant d’une bagnole. Voilà quelqu’un qui a passé son permis en accéléré !!!
Mais bon, à part ce détail, l’histoire se laisse lire facilement, et agréablement.
C’est aussi dû au dessin de Greg Ruth, un style réaliste au trait fin et agréable, lui aussi sans fioriture, mais très plaisant.
C’est clairement un album à réserver à un jeune public (j’aurais volontiers classé l’album en jeunesse) ! Adolescent à la rigueur, mais l’adulte que je suis n’est pas vraiment le cœur de cible.
Mais pour le public cible, l’histoire peut captiver. Pas exempt d’une certaine naïveté, celle-ci bascule assez rapidement vers quelque chose de fantastique et poétique, dès lors que les deux gamins se sont séparés de leurs copains, et qu’ils ont rencontré l’ours. S’ensuit un voyage où animaux et humains conversent, où la nature omniprésente se révèle plus riche qu’on ne le pensait.
Le dessin est simple, mais efficace, et aussi agréable. Et il ne pâtit pas trop du petit format. Les différentes colorisation – tendant vers la bichromie – sont plaisantes.
Moheeb est un jeune réfugié afghan en attente de décision sur sa demande d'asile en Belgique. Sans domicile, il passe la quasi totalité de son temps sur le petit parking d'une bourgade proche de Bruxelles où il occupe son temps en jouant au foot seul ou avec quelques amis. Outre la petite association qui le soutient dans ses démarches et deux autres adolescents réfugiés comme lui, il y a aussi la copine de l'un des deux ainsi qu'un jeune belge avec qui il s'est plus ou moins lié d'amitié. A part taper la balle et avoir quelques rares conversations, Moheeb semble ne rien faire de ses journées et ruminer en silence des soucis dont il ne veut pas parler.
Moheeb sur le parking est un roman graphique tout en atmosphère. Il présente le quotidien des mineurs demandeurs d'asile en Belgique comme probablement dans d'autres pays d'Europe, un quotidien fait d'incertitude et d'attente, de souvenirs de ce qu'on a laissé au pays et de maigres espoirs de ce qu'on peut obtenir ici. Ce qui ajoute encore plus de complexité dans l'esprit déjà suffisamment tourmenté d'un adolescent, en particulier celui de Moheeb qui, outre des soucis de santé cache aussi des remords ou un passé qui lui ronge l'esprit.
Comme dans Merel, Clara Lodewick prend le temps de poser l'ambiance de ce petit coin de Belgique qu'elle nous présente. S'attardant sur une foule de détails anecdotiques, de sons, d'images, elle crée son décor et sa petite galerie de personnages. C'est comme un voyage sensitif, on s'y croirait. Très réaliste, au point de mettre en scène l'ennui même de cette situation qui s'éternise. Le lecteur n'a que les dialogues de ce quotidien peu avenant pour comprendre les non-dits qui se cachent derrière, et pour essayer de comprendre ce qu'il y a dans l'esprit de cet ado taiseux.
Si la curiosité et l'atmosphère si réaliste, presque voyeuse, poussent le lecteur jusqu'au bout de l'album, il faut admettre qu'il demeure partiellement hermétique, donnant l'impression d'avoir été témoin d'une tranche de vie comme d'un strip tease où rien ne progresse vraiment. Il pointe le doigt sur la précarité de la vie des demandeurs d'asile, surtout des mineurs, et montre comment il s'intègre à un quotidien de Belgique rurale un peu médiocre. Mais il est difficile de s'y attacher tant les non-dits sont nombreux et tant les réactions des uns et des autres ne se laissent pas deviner. Cela donne l'impression qu'il y a de nombreux mystères en attente de résolution sans que rien ne vienne finalement éclairer cela d'autre chose que d'une morosité globale. Il manque une véritable intrigue qui viendrait récompenser cette longue attente, cette foule de détails si banals et pourtant si nombreux dans la narration choisie par l'autrice. On a certes l'impression d'avoir été transportés auprès d'un jeune homme en situation difficile et d'avoir été à ses côtés le temps d'une longue lecture pour tenter de mieux les comprendre, lui et le contexte qui l'entourent, mais on en ressort sans que rien n'ait été résolu si ce n'est une légère bouffée d'espoir purement psychologique en toute fin d'album.
Je reste légèrement perplexe de ce voyage immobile qui m'a été offert. Peut-être certaines choses et discrètes révélations m'ont-elles échappé...
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Invisible Kingdom
Heureusement que j'avais entre les mains la série au complet parce que si je n'avais lu que le premier tome, j'aurais surement abandonné et mis 2 étoiles. Le premier tome est effectivement une longue introduction d'un scénario qui n'est pas des plus originaux à commencer par le duo d'héroïne: une est une rebelle qui connait la vérité sur les malveillances des puissants alors que l'autre est naïve et croit ce que le pouvoir religieux corrompus lui a dit. Ajoutons qu'en plus je ne suis pas trop fan de ce style de dessin fait à l'informatique que je trouve un peu moche et pas très lisible sur certaines cases. Puis j'ai quand même décidé de lire la suite et là j'ai mieux accroché. Il y a des éléments un peu plus intéressant comme l'arrivée d'un personnage dont on ne sait pas trop dans quel camp il est ce qui apporte du suspense au récit qui m'a semblé cousue de fil blanc durant tout le long du premier tome. Le troisième tome continue sur la lancé du second tome et ce tome est aussi globalement bon malgré un dénouement un peu trop vite rapide à mon gout. Au fil, c'est pas trop mal même si je n'ai pas réussi à aimer le dessin. Une série à emprunter à la bibliothèque.
Opération Mort
Avec cet épais album, Shigeru Mizuki relate un des multiples épisodes meurtriers de la seconde guerre mondiale dans le Pacifique, conflit auquel il a participé. Malgré la pagination importante, l’album se lit relativement rapidement. Une lecture pas désagréable, mais dont je suis sorti avec un ressenti mitigé. En effet, Mizuki mélange pas mal les genres, dans un récit dont j’imaginais qu’il n’allait être que guerrier et réaliste, accumulation de faits d’arme et d’horreurs, comme dans Peleliu - Guernica of Paradise. En fait ça n’est pas exactement le traitement choisi par Mizuki. D’abord parce qu’il n’hésite pas à placer pas mal de scènes un peu grotesques et un peu humoristiques (les nombreuses baffes distribuées par des officiers à leurs soldats par exemple, la routine ridicule des débuts, etc). Ensuite et surtout parce que Mizuki, en donnant à ses personnages des têtes ovoïdes peu réalistes, au milieu de décors naturels, d’armes, d’avions qui sont, eux, très réalistes, atténue fortement par ce contraste la violence et le réalisme général de la guerre. Si ça passe lorsqu’il développe des histoires autour de Yokaï et autres personnages du folklore japonais dans d’autres séries, je ne suis pas sûr qu’ici l’effet soit toujours heureux. De plus, on se débarrasse rapidement de plein de personnages/soldats sans que l’auteur nous ait permis de nous attacher à eux.
Si vous lisez ça, je suis déjà morte...
Autant les dernières réalisations de Matt Kindt m'avaient plu, autant là je ressors déçu de ce one-shot. Amateur de SF, le pitch de cet album avait tout pour me plaire : Robin, jeune grand reporter s'embarque avec une mission militaire pour Terminus, une station isolée dans une autre dimension. La mission vire au fiasco, voire au cauchemar et Robin doit passer en mode survie sur ce monde hostile. Sauf que tout cela manque cruellement de crédibilité sur pas mal de points, même pour de la SF. Que ce soit la facilité qu'elle a à apprendre et parler le langage local, à échapper à ses poursuivants, ou encore à s’accoutumer à la nourriture extra-dimensionnelle, ça fait beaucoup. Ajoutez à cela cette inspiration lovecraftienne pour la grandiloquence et l'indicible, mais sans le talent du maître du genre, ça commence à faire pas mal de remarques qui plombent l'appréciation. Dommage, car le petit côté vintage du dessin et de la colorisation sont fort appréciables ; certaines planches sont même des plus réussies. Mais le graphisme ne fait pas tout, une bonne histoire ça aide... (2.5/5)
Les Yeux perdus
J'ai plutôt bien aimé ce conte très noir. Tout y est glauque mais avec une certaine élégance. Contexte de guerre de tranchées où il ne reste presque plus de survivants dans un décor ravagé, huis clos d'enfants désespérés qui ramènent des soldats blessés dans leur orphelinat pour les tuer et les manger, yeux arrachés par le chef des gamins, un psychopathe complet et mégalo, et enfin une grosse part de magie avec les âmes des orphelins morts qui se réincarnent dans des poupées animées une fois leurs yeux remis en place... sans parler d'un gros nounours surgi de l'enfer, qu'on croirait inspiré des créatures de Five nights at Freddy's. C'est sinistre et cela emprunte grandement au genre de l'horreur mais en même temps il y a une certaine beauté qui émane en particulier du graphisme, et aussi presque une petite touche sarcastique notamment dans la manière dont l'antagoniste principal est aussi affreux que ridicule, ou dans la mort des soldats victimes des enfants. L'histoire est relativement simple si on cherche à la résumer mais le dessin et la mise en scène la mettent en valeur et réussissent à créer une très bonne ambiance, aussi glaçante que captivante. Je regrette juste quelques aspects un peu attendus de ce type de récit, un léger manque d'originalité sur le fond, mais sinon je trouve que c'est une bonne BD.
Marvel Zombies - Black, White & Blood
Il y a quelques années, j’avais déjà pu goûter à l’association Marvel + Zombies. Une série qui se prenait rapidement les pieds dans le tapis. Ce recueil en est le prolongement mais sans chronologie particulière ni événements à connaître absolument. Il compile juste de courts récits (plutôt très anecdotiques) dans cet univers. Chaque histoire mettra en avant un héros face à ce phénomène. J’ai lu l’album il y a quelques jours et j’ai déjà bien du mal à me rappeler de la plupart des récits. Il n’y a que ceux avec les FF, Blade, celui au Japon et 2, 3 autres qui ont un petit intérêt, les autres sont assez sommaires dans leur développement. Néanmoins ma lecture n’a pas été si désagréable. Dans la plupart des cas, on reste bien emporté par la partie graphique, le parti pris de ce N&B mâtiné de rouge se révèle esthétique et cohérent avec le thème. Une œuvre limitée mais qui se lit sans difficulté.
Des bombes et des hommes
Estelle Dumas s’est fortement inspirée de son expérience pour bâtir ce récit (Isabelle est son alter ego, et elle explique en fin d’album les faits et personnages ayant servi de modèle). Cette expérience a aussi donné lieu à un film documentaire – que je n’ai pas vu. Les guerres consécutives à l’éclatement de la Yougoslavie dans les années 1990, et en particulier le siège de Sarajevo et des zones bosniaques par les Serbes ont donné lieu à de nombreux albums, plus ou moins développés et intéressant (Gorazde, Fax de Sarajevo ou Sarajevo-Tango, pour rester sur des albums que j’ai déjà lus). Je dirais que cet album se situe dans une moyenne un chouia décevante. En fait, certains partis pris scénaristiques et graphiques m’ont un peu gêné. D’abord c’est beaucoup trop centré sur le personnage d’Estelle/Isabelle. Elle accapare trop l’attention, au détriment d’une explication plus poussée de la situation (tout n’est pas clair et expliqué pour qui ne connaitrait pas la situation locale de l’époque !). Et Isabelle est parfois horripilante. Ensuite le dessin – pas désagréable au demeurant, n’est pas toujours très clair, en particulier pour les personnages, avec pas mal de visages se ressemblant. En particulier ceux d’Isabelle et de Tara : la première fois que l’on est passé de l’une à l’autre je n’ai rien compris, jusqu’à ce que je me rende compte de ma méprise au bout de quelques pages. Bon, ces remarques mises à part, c’est quand même une illustration – même si elle est imparfaite et partielle – d’une dure réalité, en particulier vue du côté des humanitaires, qui devaient user du système D pour faire parvenir aux Bosniaques sous le feu serbe nourriture et soutien moral.
Cassiopée
Cambrioleurs de père en fils... et en fille. Cassiopée est une jeune collégienne qui a été éduquée toute sa vie à être une cambrioleuse hors-pair, aussi douée pour la voltige et l'escalade que pour le piratage informatique. Vivant seule avec son grand frère depuis la mort de leur père, ils vont de pays en pays en fonction de leurs contrats et viennent de revenir à Paris, ville de naissance de Cassiopée. Tandis qu'elle s'intègre dans son nouveau collège, devant faire face à une bande de harceleurs, elle est aussi confrontée à une machination mettant en danger sa famille dans le cadre de leur dernier contrat en date. Cassiopée est une série jeunesse destinées au pré-ados du collège. C'est une série d'action à mi-chemin entre des histoires sérieuses dans un décor réaliste avec de vrais dangers, et un sens plus léger de jeune héroïne surdouée qui vit de vraies aventures en secret. Il faut en effet accepter le concept d'une fille aussi jeune et aussi talentueuse, capable de tout faire comme une super cambrioleuse, entre Catwoman, Cat's Eyes et... Fantomette pour les plus anciens. Le dessin de Luisa Russo est d'influence manga. Cela a ses avantages - un style dynamique qui parle bien aux jeunes lecteurs et des visages réussis et expressifs - et ses défauts - des décors raides laissant un sentiment de vide et des perspectives parfois très ratées comme dans la scène finale du pemier tome. L'intrigue elle-même parait très jeune, avec un nombre de clichés au goût d'immaturité. L'histoire de harcèlement a collège est caricaturale et bourrée de facilités, de réactions peu crédibles des personnages et de raccourcis. Les intrigues de cambriolage, elles, ont davantage le bénéfice de leur côté aventureux et d'un concept de départ qui laisse plus de liberté et moins d'obligation de crédibilité. Le rythme narratif est bon et on se laisse plutôt prendre au jeu si l'on passe outre les facilités parfois irritantes. J'apprécie notamment la personnalité de l'héroïne, avec des valeurs et une bonne manière de les appréhender. Ça peut être le début d'une sympathique série jeunesse mais elle va devoir approfondir un peu son scénario et éviter les clichés pour convaincre davantage.
Meadowlark - Un récit noir et initiatique
Un polar sans fioriture, plutôt sec et violent. Il ne faut pas s’attendre à une intrigue très étoffer, ni à des rebondissements toutes les deux pages. Ça n’est pas un thriller. Mais sur un laps de temps très ramassé (quelques heures pour l’essentiel de l’intrigue) et autour de quelques personnages, Ethan Hawk propose un récit haletant, brut de décoffrage. Très noir aussi. Mais ça n’est pas que l’histoire linéaire d’une évasion de prison qui tourne mal, se glisse dans le scénario quelque chose qui lui donne une certaine profondeur : les relations taiseuses, presque ébauchées trop tard entre un homme et son fils, Cooper. Il y a juste un petit détail qui m’a chiffonné. Dans l’histoire Cooper doit à un moment conduire la bagnole que son père – grièvement blessé ne peut plus conduire : il le fait au départ de façon maladroite, en disant ne pas savoir conduire du tout. Jusqu’ici tout va bien. Mais dans l’épilogue censé se dérouler deux semaines plus tard, le beau-père de Cooper lui propose de conduire sa bagnole « pour inaugurer ton permis ». Et d’ailleurs Cooper quitte le domicile familial au volant d’une bagnole. Voilà quelqu’un qui a passé son permis en accéléré !!! Mais bon, à part ce détail, l’histoire se laisse lire facilement, et agréablement. C’est aussi dû au dessin de Greg Ruth, un style réaliste au trait fin et agréable, lui aussi sans fioriture, mais très plaisant.
Le Serment des lampions
C’est clairement un album à réserver à un jeune public (j’aurais volontiers classé l’album en jeunesse) ! Adolescent à la rigueur, mais l’adulte que je suis n’est pas vraiment le cœur de cible. Mais pour le public cible, l’histoire peut captiver. Pas exempt d’une certaine naïveté, celle-ci bascule assez rapidement vers quelque chose de fantastique et poétique, dès lors que les deux gamins se sont séparés de leurs copains, et qu’ils ont rencontré l’ours. S’ensuit un voyage où animaux et humains conversent, où la nature omniprésente se révèle plus riche qu’on ne le pensait. Le dessin est simple, mais efficace, et aussi agréable. Et il ne pâtit pas trop du petit format. Les différentes colorisation – tendant vers la bichromie – sont plaisantes.
Moheeb sur le parking
Moheeb est un jeune réfugié afghan en attente de décision sur sa demande d'asile en Belgique. Sans domicile, il passe la quasi totalité de son temps sur le petit parking d'une bourgade proche de Bruxelles où il occupe son temps en jouant au foot seul ou avec quelques amis. Outre la petite association qui le soutient dans ses démarches et deux autres adolescents réfugiés comme lui, il y a aussi la copine de l'un des deux ainsi qu'un jeune belge avec qui il s'est plus ou moins lié d'amitié. A part taper la balle et avoir quelques rares conversations, Moheeb semble ne rien faire de ses journées et ruminer en silence des soucis dont il ne veut pas parler. Moheeb sur le parking est un roman graphique tout en atmosphère. Il présente le quotidien des mineurs demandeurs d'asile en Belgique comme probablement dans d'autres pays d'Europe, un quotidien fait d'incertitude et d'attente, de souvenirs de ce qu'on a laissé au pays et de maigres espoirs de ce qu'on peut obtenir ici. Ce qui ajoute encore plus de complexité dans l'esprit déjà suffisamment tourmenté d'un adolescent, en particulier celui de Moheeb qui, outre des soucis de santé cache aussi des remords ou un passé qui lui ronge l'esprit. Comme dans Merel, Clara Lodewick prend le temps de poser l'ambiance de ce petit coin de Belgique qu'elle nous présente. S'attardant sur une foule de détails anecdotiques, de sons, d'images, elle crée son décor et sa petite galerie de personnages. C'est comme un voyage sensitif, on s'y croirait. Très réaliste, au point de mettre en scène l'ennui même de cette situation qui s'éternise. Le lecteur n'a que les dialogues de ce quotidien peu avenant pour comprendre les non-dits qui se cachent derrière, et pour essayer de comprendre ce qu'il y a dans l'esprit de cet ado taiseux. Si la curiosité et l'atmosphère si réaliste, presque voyeuse, poussent le lecteur jusqu'au bout de l'album, il faut admettre qu'il demeure partiellement hermétique, donnant l'impression d'avoir été témoin d'une tranche de vie comme d'un strip tease où rien ne progresse vraiment. Il pointe le doigt sur la précarité de la vie des demandeurs d'asile, surtout des mineurs, et montre comment il s'intègre à un quotidien de Belgique rurale un peu médiocre. Mais il est difficile de s'y attacher tant les non-dits sont nombreux et tant les réactions des uns et des autres ne se laissent pas deviner. Cela donne l'impression qu'il y a de nombreux mystères en attente de résolution sans que rien ne vienne finalement éclairer cela d'autre chose que d'une morosité globale. Il manque une véritable intrigue qui viendrait récompenser cette longue attente, cette foule de détails si banals et pourtant si nombreux dans la narration choisie par l'autrice. On a certes l'impression d'avoir été transportés auprès d'un jeune homme en situation difficile et d'avoir été à ses côtés le temps d'une longue lecture pour tenter de mieux les comprendre, lui et le contexte qui l'entourent, mais on en ressort sans que rien n'ait été résolu si ce n'est une légère bouffée d'espoir purement psychologique en toute fin d'album. Je reste légèrement perplexe de ce voyage immobile qui m'a été offert. Peut-être certaines choses et discrètes révélations m'ont-elles échappé...