Je serais moins enthousiaste que les autres posteurs.
Cet album a des qualités. Tout d'abord la mise en scène est bien maîtrisée et il y a de belles pages et le dessin est très bon. Le scénario possède de bonnes scènes et notamment la grosse scène choc du récit. L'auteur réussit l'exploit de montrer un viol sans tomber dans le voyeurisme. Tout est parfait dans cette scène. Malheureusement, l'histoire est trop longue. Je comprends qu'on veut montrer comment cet événement a détruit la vie de l'héroïne (enfin ça et la mort de sa mère) et va la poursuivre toute sa vie.
C'est une bonne idée, sauf que je trouve qu'il y a des longs passages où il se passe rien de bien intéressant. Parfois, j'avais l'impression que l'auteur voulait absolument mettre dans son histoire autant de sujets de société que possible. C'est donc encore une fois une BD où mon intérêt variait selon les scènes. Je recommande un emprunt parce que malgré tout il y a de très bonnes scènes.
L’histoire en elle-même n’est pas forcément hyper emballante, et le dessin n’est pas exempt de menus défauts – et manque peut-être aussi de détails.
Mais malgré tout, ça reste une lecture que j’ai bien aimée.
Nous suivons un jeune homme qui – en rupture d’études, de famille et de copine – se pose beaucoup de questions et qui, après un premier essai avorté, se lance un défi, faire une bonne partie du chemin du pèlerinage de Saint-Jacques de Compostelle, du Lot à Compostelle, pour se ressourcer.
Et il se lance dans cette aventure en plein hiver, sans trop de matériel ou de réelle préparation, ce qui rend certains moments difficiles.
Il est parfois accompagné d’amis, fait de plus ou moins belles rencontres, de plus ou moins longs détours en Espagne par rapport au parcours initialement envisagé. Le récit est à hauteur d’homme, alterne moments de découragements (rares finalement) et rencontres improbables – un peu de « Nus et culottés » à certains moments, avec des personnes plus ou moins marginales. Mais ce sont ces à-côtés qui donnent de la densité et de l’intérêt au récit, tout en participant d’une certaine régénération du personnage principal/narrateur.
L’expérience n’est pas forcément totalement concluante, mais le récit est plutôt vivifiant. La « nature » bien sûr. Mais aussi la confiance accordée d’emblée aux autres, au hasard des rencontres. Ça fait aussi du bien au lecteur.
Cette série jeunesse s'adresse plutôt aux collégiens et propose une approche assez originale de l'amour adolescent en prenant comme héros non pas un tombeur ou un garçon populaire, mais un petit blond timide, rêveur et romantique dont l'obsession principale est d'arriver à avouer ses sentiments à la fille qu'il aime. Problème : il n'y arrive jamais, trop paralysé par sa timidité, tandis que toutes les filles semblent préférer le grand rebelle plus âgé de la classe. Un sujet qui parlera forcément à beaucoup de jeunes de cet âge (et à ceux qui ont gardé quelques souvenirs de cette période... oui, moi aussi).
La série fonctionne sous forme de gags en une planche, avec un dessin simple et épuré mais efficace. Les chutes ne sont pas toujours hilarantes (j'ai dû réellement rire une ou deux fois par album) et la mécanique peut devenir un peu répétitive, car après trois albums Rémi avance finalement très peu dans sa quête amoureuse. Mais les gags sont majoritairement sympathiques et surtout portés par une vraie tendresse pour ce personnage maladroit et attachant. On le suit avec plaisir et un peu d'apitoiement amusé.
C'est une BD toute simple, mais qui trouve assez justement le ton pour parler des premiers émois, des espoirs, des frustrations et des petites tragédies sentimentales de la jeune adolescence. Plus que par son humour, c'est par sa sincérité et son côté mignon que la série réussit à toucher.
Je partage tout à fait l'avis de Ro : la BD est un très bel hommage à une vraie personne, un type pas méchant, un peu étrange, qui adorait particulièrement les trolleys. En fait, la BD est une simple présentation du type de personne qu'il était, sa simplicité et ce qu'il a dégagé autour de lui. D'ailleurs c'est aussi une personne qui a fait date au niveau juridique en Suisse, pour une raison évoquée dans la BD.
En soi, à part copier l'avis de Ro, je ne saurais que dire. Comme lui, j'ai trouvé la BD mignonne, lente mais pas chiante, avec un dessin qui convient très bien et rend la douceur du ton. Il y a quelques idées sur la normalité et ce qu'on doit faire de personnes comme ce type qui n'est pas adapté à la société, tout en étant un élément intéressant du décor. Doit-on enfermer une personne comme elle, alors qu'elle ne fait rien de dommageable à personne ?
Une BD chouette, mignonne et très sympathique, agréable à lire. Une petite parenthèse de bonheur, en somme, le genre de petite douceur à glisser entre deux lectures plus ardues.
Cet album avait été un peu descendu en flèche lors de sa sortie et j'étais intrigué, même si j'ai attendu suffisamment longtemps pour oublier le cœur de ces critiques et tenter de le lire d'un œil un peu neuf.
Et au final, ça se laisse lire. J'ai fini l'album sans grande passion, peu intéressé par la suite mais je la lirais si je tombe dessus. Si je dois faire un avis sans tenir compte d'autres critiques, je dirais que le dessin est très joli, même si parfois il fait un peu trop dans l'effet de style, notamment au niveau des visages qui ont trop d'expressivité dans certains contextes (comme les accès de rage de Ivan alors qu'il est en public et devrait plus se contenir, je pense). Mais c'est bien mis en couleur, l'ambiance scandinave/russe est agréable.
Ce qui coince plus, c'est le scénario. Non pas qu'il soit mauvais, on a une exposition d'un monde fort sympathique et intriguant, ainsi que des personnages fouillés qui se dévoilent doucement, mais l'ensemble est très verbeux et un peu long. Pour un tome introductif, je pense qu'il aurait fallu accélérer l'histoire sur plusieurs points. De nombreuses pages avec énormément de textes ralentissent le rythme, tout en distillant beaucoup d'informations pas toujours pertinentes, surtout à ce stade du récit. De même, certains passages importants (comme l'expédition menée pour retrouver certaines personnes) passent trop vite pour l'importance de ce qu'ils racontent dans le récit. En fait, le tome aurait gagné à être plus court et concis, précis sur les points importants et n'étirant pas certaines intrigues au-delà de la nécessité. Le couple d'Ivan revient trop souvent, pour expliquer des choses qu'on avait très vite compris, de même que l'histoire amène un twist à ce propos sur la fin de l'album, twist qui était clairement visible au premier tiers du récit.
Cela dit, je semble très critique, mais au global c'est lisible. Un peu longuet, mais avec une exposition de plusieurs pistes d'histoires qui semblent converger lentement vers quelque chose. J'ai peur que la fin ne me satisfasse pas complètement, mais pour l'instant je trouve l'ensemble bien construit. L'auteur a une base solide pour parler de plusieurs choses importantes et je pense que la série a de quoi se bonifier.
Un dernier point concernant les critiques que j'ai lue sur ce site, souvent négative. Beaucoup parlent du langage et notamment de la façon dont s'expriment les personnes, très contemporaine et parfois grossière. Personnellement je ne l'avais pas remarqué lors de ma lecture, et en y repensant ensuite je vois ce qu'ils exprimaient. Mais voila, ça ne m'a pas du tout marqué et je pense que d'autres lecteurs pourraient aussi largement passer outre.
Voila une BD carrément réussie sur laquelle je suis tombé parfaitement par hasard, dans les bacs de la bibliothèque. Et franchement, je ne regrette pas un seul instant ma lecture que j'ai essayé de faire durer pour ne pas tout avaler en un coup !
C'est une histoire d'amour (on ne se refait pas :D) mais je ne peux même pas dire que c'est une histoire de polyamour ou une représentation de ce que vivent les gens en couple polyamoureux (et l'autrice s'en défend dans la note de fin !). L'histoire est celle de deux personnes se rencontrant, attirées l'une par l'autre et qui commencent une relation. Le reste ... est à lire, tout simplement. Je dirais juste que la BD contient en essence beaucoup de choses intéressantes par petites touches. Tout tourne autour de l'histoire principale mais il y a beaucoup de détails intéressants (et importants) sur l'appartenance ethnique, sur la question du racisme, la sexualité bien sur, le couple et le bonheur. Plein de petits détails qui ne sont jamais vraiment développés mais qui sont des morceaux intéressants de vie, des petites touches qui apportent beaucoup aux personnages et immergent dans le récit.
Parce qu'il faut dire que c'est pas gagné d'avance pour faire un récit qui convienne à tous ! On parle de jeunes parisiens dans la vingtaine, plutôt bien intégré dans leur vie professionnelle, qui vivent en couple polyamoureux. C'est pas commun et beaucoup pourraient se retrouver vite distanciée de leur vie. Mais les autrices ont construit le récit de façon à les rendre attachants et touchants, à travers leurs discussions et leurs vies, leurs doutes, leurs envies. C'est bien mené jusqu'au bout et j'ai accroché jusqu'à la dernière page, pleine de silences mais très belle.
Le récit est aussi menée d'une main de maitre par la dessinatrice, que je découvre totalement, et qui apporte une vraie lumière à ce propos. Les personnages, les ambiances, les silences, tout est fait pour mettre en avant les relations humaines et je trouve que les planches silencieuses sont tout aussi intéressantes que celles dialoguées.
Une BD qui invite à penser nos modes de vies sur le couple et l'amour, mais invite aussi largement à plus de diversité dans nos vies, et pas que sexuelles. Le genre de BD sur laquelle je suis ravi de tomber !
Mise à jour : un deuxième tome est paru cette année, sans que ce ne soit nécessaire à l'histoire de début. Et personnellement j'ai été beaucoup moins enthousiaste. Déjà le dessin, franchement moins réussi que dans le premier tome. J'ai beaucoup plus tiqué que lors de ma lecture du premier tome, et je me demandais si ça n'était pas dû à un manque de temps pour peaufiner le travail. De fait, j'ai souvent trouvé des visages durs, pas très bien représentés et notamment lorsqu'on a des gros plans dessus.
Par contre l'histoire est étrange. Le récit est articulé autour du confinement, qui arrive progressivement et s'installe dans la deuxième partie du récit. Et le ton est assez proche du premier volume, avec les interrogations de jeunes personnes trentenaires, racisées, qui se posent des questions sur leurs vies, leurs sexualité, leurs amours et aussi leurs amitiés. Mais c'est un peu redondant et je dois avouer que certaines histoires semblent un peu étranges. Il y a plusieurs histoires de vies se résolvant par une histoire d'amour et je trouve le message étrange : ce n'est pas avec un conjoint, un amant ou autre que tu arrives à mieux gérer le reste de ta vie, c'est même parfois un frein au reste. La BD n'arrête pas un message dessus, mais c'est dommage de toujours montrer les relations amoureuses comme nécessaires à un équilibre dans sa vie, notamment mentale. Je ne nie pas un vrai intérêt pour booster le moral, mais j'aurais beaucoup de contre-exemple.
Bref, ce deuxième tome est une suite qui fait un peu trop. Les questions autour du racisme ou des volontés de la jeunesse dans un monde contrarié (mais qui reste urbain et parisien, précisons-le) mais avec un intérêt moindre que la première histoire racontée. La première rencontre, plutôt que la suite d'une histoire. Je ne conseillerais pas ce deuxième tome, qui fait malheureusement baisser ma note globale.
Un Dufaux première période, ça m'intrigue toujours. J'ai eu l'opportunité d'acquérir les deux premiers tomes.
Cette fois-ci l'auteur se lance dans le genre de l'épouvante.
C'est tout public, donc si vous avez survécu aux histoires fantastiques dessinées dans une bande comme Le Prince de la Nuit, ça devrait aller.
Le caveau Hardwood : 2/5
Une mise en scène qui se révèle trop plate pour conserver notre attention.
Ça manque d'exubérance, de folie, tout est trop convenu.
Le dessin proposé par Paape et Sohier rappelle énormément celui de Swolfs.
Il est donc de bonne facture mais peine à convaincre sur les scènes d'érotisme que Dufaux met en place.
Le retour de lady Mongo : 3/5
Changement de décor, l'exotisme de l'intrigue offre un second souffle à la serie. Ça m'a fait penser au cycle Africa de Djinn parfois.
On retrouve le fantastique typique de Dufaux là où dans le premier tome, l'ambiance se rapprochait plus des films de la Hammer des années 60.
On note une réelle amélioration au niveau du dessin, sur les visages notamment.
Une curiosité à découvrir.
Entre son graphisme et son ambiance, Minuit passé avait tout pour me séduire. J'ai immédiatement été happé par ce manoir isolé aux allures de maison hantée, avec ses couloirs silencieux, ses portraits inquiétants, ses corneilles omniprésentes et ses phénomènes étranges qui m'ont évoqué le film Les Autres. À plusieurs reprises, avant que la mystérieuse présence de Minuit ne se révèle vraiment, je me suis même dit que certaines scènes auraient probablement été assez angoissantes si je les avais découvertes au cinéma, avec le rythme et la musique qui conviennent, tant elles sont bien mises en scène.
Gaëlle Geniller livre là un très joli album. Son dessin est superbe, porté par une colorisation lumineuse et une esthétique mêlant style Young Adult, Art nouveau, influences gothiques et décors victoriens. Chaque pièce du manoir semble avoir une âme propre et les nombreuses scènes contemplatives participent au charme de l'ensemble. J'ai également beaucoup apprécié la relation saine entre le père et son fils, dont les échanges respirent la tendresse et la bienveillance sans jamais tomber dans la niaiserie ou le conflit artificiel.
Malheureusement, à mesure que le récit avance, l'atmosphère de mystère et d'épouvante s'efface progressivement au profit d'une introspection familiale et mémorielle qui m'a moins intéressé. Le fantastique devient davantage symbolique qu'inquiétant, et j'ai peu à peu décroché de ce qui faisait pour moi la force du début.
Surtout, j'ai été déçu par le dénouement. Alors que je pensais encore avoir de nombreuses pages d'histoire devant moi, le récit s'interrompt assez brutalement pour laisser place à un cahier graphique puis à un très court épilogue. Cette conclusion m'a semblé à la fois abrupte et trop ouverte à l'interprétation. Je ne suis pas certain d'avoir compris ce que l'autrice voulait exprimer ni le sens exact de certains éléments du récit. J'en ressors donc avec un sentiment de frustration et de "tout ça pour ça". C'est dommage, car c'est une bande dessinée que j'ai trouvée très belle, souvent très bien racontée, et dont l'ambiance m'avait réellement embarqué dans sa première moitié.
Vulgarisation de la vulgarisation, mais sans vulgarité. J'ai lu l'œuvre originale de Yuval N. Harari il y a quelques années. Ensuite, on m'a offert le premier tome en BD, j'ai acheté le deuxième et j'en attends encore deux que j'ai commandés.
À première impression, j'ai trouvé l'œuvre pas très originale en termes d'idées. La thèse de la coopération comme avantage adaptatif des sapiens, la croyance et la création de réalités imaginaires (religion, politique) comme facteur d'agrégation, ne sont pas absolument nouvelles. Plusieurs philosophes, historiens, sociologues et surtout, plus récemment, des scientifiques cognitifs ont avancé des idées similaires. À ce niveau, la valeur de Harari réside, je crois, dans le fait d'avoir offert une synthèse attrayante pour un public plus large.
En ce qui concerne la version BD, je considère que l’exposition sous forme de dialogue a été un choix heureux. Les dessins de Casanave sont simples et plaisants et les personnages sympathiques, à commencer par Yuval lui-même. Les digressions humoristiques aident également à alléger l’ensemble. Mais je pense qu’à certains moments, un peu plus de détails et de réalisme serait souhaitable. Cependant, nous ne sommes pas ici face à un travail académique...
J’ai toutefois quelques réticences concernant le contenu. J’aurais aimé plus de discussions au niveau de la paléoanthropologie. Chaque année, de nouvelles découvertes et études complexifient notre arbre, ou plutôt buisson, évolutif. Les relations entre sapiens et néandertaliens, ainsi qu’avec d’autres Homo archaïques, les Denisoviens par exemple, ne sont pas suffisamment développées ici. Il y a aussi des généralisations et des simplifications excessives : notre parenté avec les chimpanzés...
Dans le deuxième tome, concernant le Néolithique et ses implications négatives, la thèse n’est pas non plus nouvelle. Moi-même je suis partisan d’un catastrophisme éclairé et je vois cela comme un avertissement certain. Étant nous l’animal le plus destructeur jamais existé, face aux menaces, aux changements climatiques et au fait que nous sommes aujourd’hui la principale cause d’une nouvelle extinction massive, nous devons penser le pire comme inévitable... peut-être seulement ainsi pourrions-nous agir pour l’éviter.
Il me reste l'impression d'un certain excès de politiquement correct de la part de l'auteur et la question : jusqu'à quel point un historien doit-il faire des extrapolations pour l'avenir, avec des implications directes ou indirectement politiques. Je me réserve la possibilité de garder ou de changer ma note après la lecture des prochains tomes.
Dans le Londres victorien, deux sorciers immortels, à la fois alliés de circonstance et rivaux de longue date, se retrouvent confrontés à une créature démoniaque capable de posséder les humains et de les massacrer afin d'ouvrir un passage permettant à d'autres entités de son espèce d'envahir notre monde.
C'est typiquement le genre de récit qui a tout pour me plaire. J'ai beaucoup apprécié son ambiance de fantastique victorien mêlant enquêtes occultes, médiums, sorcellerie et menaces surnaturelles. Le cadre anglais apporte une élégance naturelle à l'ensemble, avec ce parfum de Sherlock Holmes, de romans gothiques et de films de la Hammer qui imprègne tout le récit. Le professeur Hawke, qui évoque fortement l'acteur Peter Cushing, participe beaucoup à ce charme.
J'ai également aimé la relation entre Hawke et Edwin Drodd. Leur rivalité millénaire, faite de méfiance, de respect et d'opposition philosophique, apporte une vraie richesse au récit. J'ai apprécié que les auteurs évitent tout manichéisme simpliste entre eux malgré leurs méthodes radicalement différentes. Les personnages secondaires qui gravitent autour d'eux sont eux aussi plutôt réussis et contribuent à donner de l'épaisseur à l'univers.
Le dessin en noir et blanc renforce cette impression de classe et d'atmosphère. Les jeux d'ombres fonctionnent bien et participent au caractère inquiétant du récit. Je suis en revanche un peu plus réservé sur les encrages que j'ai trouvés parfois légèrement hésitants et les ombrages trop charbonneux, même si l'ensemble reste agréable à regarder.
L'histoire elle-même est solide et bien construite. Le suspense fonctionne, l'aventure reste sérieuse sans sombrer dans l'obscurité ou la surenchère horrifique, et j'ai suivi avec plaisir cette lutte contre une menace surnaturelle grandissante. En revanche, le récit demeure assez linéaire et ne réserve finalement que peu de surprises.
C'est peut-être ce qui m'a empêché d'être totalement emporté. J'aurais aimé que le passé du professeur Hawke, censé avoir traversé plus de trois millénaires d'histoire, soit davantage développé. Le récit insiste sur le fait que l'âge commence à peser sur lui et qu'il est dépassé par les événements, mais au vu de certaines situations dans lesquelles il se retrouve ici, on peut se demander comment il a réussi à survivre aussi longtemps. D'autant que son rival immortel ne semble pas souffrir des mêmes limitations.
J'ai passé un bon moment de lecture grâce à son ambiance, ses personnages et son élégance visuelle, mais il m'a manqué un petit supplément d'âme ou de surprise pour que cette aventure me marque davantage. C'est un bon récit fantastique, efficace et plaisant, sans être tout à fait à la hauteur de son potentiel.
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Le Dernier été de mon innocence
Je serais moins enthousiaste que les autres posteurs. Cet album a des qualités. Tout d'abord la mise en scène est bien maîtrisée et il y a de belles pages et le dessin est très bon. Le scénario possède de bonnes scènes et notamment la grosse scène choc du récit. L'auteur réussit l'exploit de montrer un viol sans tomber dans le voyeurisme. Tout est parfait dans cette scène. Malheureusement, l'histoire est trop longue. Je comprends qu'on veut montrer comment cet événement a détruit la vie de l'héroïne (enfin ça et la mort de sa mère) et va la poursuivre toute sa vie. C'est une bonne idée, sauf que je trouve qu'il y a des longs passages où il se passe rien de bien intéressant. Parfois, j'avais l'impression que l'auteur voulait absolument mettre dans son histoire autant de sujets de société que possible. C'est donc encore une fois une BD où mon intérêt variait selon les scènes. Je recommande un emprunt parce que malgré tout il y a de très bonnes scènes.
Six mois et un autre
L’histoire en elle-même n’est pas forcément hyper emballante, et le dessin n’est pas exempt de menus défauts – et manque peut-être aussi de détails. Mais malgré tout, ça reste une lecture que j’ai bien aimée. Nous suivons un jeune homme qui – en rupture d’études, de famille et de copine – se pose beaucoup de questions et qui, après un premier essai avorté, se lance un défi, faire une bonne partie du chemin du pèlerinage de Saint-Jacques de Compostelle, du Lot à Compostelle, pour se ressourcer. Et il se lance dans cette aventure en plein hiver, sans trop de matériel ou de réelle préparation, ce qui rend certains moments difficiles. Il est parfois accompagné d’amis, fait de plus ou moins belles rencontres, de plus ou moins longs détours en Espagne par rapport au parcours initialement envisagé. Le récit est à hauteur d’homme, alterne moments de découragements (rares finalement) et rencontres improbables – un peu de « Nus et culottés » à certains moments, avec des personnes plus ou moins marginales. Mais ce sont ces à-côtés qui donnent de la densité et de l’intérêt au récit, tout en participant d’une certaine régénération du personnage principal/narrateur. L’expérience n’est pas forcément totalement concluante, mais le récit est plutôt vivifiant. La « nature » bien sûr. Mais aussi la confiance accordée d’emblée aux autres, au hasard des rencontres. Ça fait aussi du bien au lecteur.
Rémi
Cette série jeunesse s'adresse plutôt aux collégiens et propose une approche assez originale de l'amour adolescent en prenant comme héros non pas un tombeur ou un garçon populaire, mais un petit blond timide, rêveur et romantique dont l'obsession principale est d'arriver à avouer ses sentiments à la fille qu'il aime. Problème : il n'y arrive jamais, trop paralysé par sa timidité, tandis que toutes les filles semblent préférer le grand rebelle plus âgé de la classe. Un sujet qui parlera forcément à beaucoup de jeunes de cet âge (et à ceux qui ont gardé quelques souvenirs de cette période... oui, moi aussi). La série fonctionne sous forme de gags en une planche, avec un dessin simple et épuré mais efficace. Les chutes ne sont pas toujours hilarantes (j'ai dû réellement rire une ou deux fois par album) et la mécanique peut devenir un peu répétitive, car après trois albums Rémi avance finalement très peu dans sa quête amoureuse. Mais les gags sont majoritairement sympathiques et surtout portés par une vraie tendresse pour ce personnage maladroit et attachant. On le suit avec plaisir et un peu d'apitoiement amusé. C'est une BD toute simple, mais qui trouve assez justement le ton pour parler des premiers émois, des espoirs, des frustrations et des petites tragédies sentimentales de la jeune adolescence. Plus que par son humour, c'est par sa sincérité et son côté mignon que la série réussit à toucher.
Voie de garage
Je partage tout à fait l'avis de Ro : la BD est un très bel hommage à une vraie personne, un type pas méchant, un peu étrange, qui adorait particulièrement les trolleys. En fait, la BD est une simple présentation du type de personne qu'il était, sa simplicité et ce qu'il a dégagé autour de lui. D'ailleurs c'est aussi une personne qui a fait date au niveau juridique en Suisse, pour une raison évoquée dans la BD. En soi, à part copier l'avis de Ro, je ne saurais que dire. Comme lui, j'ai trouvé la BD mignonne, lente mais pas chiante, avec un dessin qui convient très bien et rend la douceur du ton. Il y a quelques idées sur la normalité et ce qu'on doit faire de personnes comme ce type qui n'est pas adapté à la société, tout en étant un élément intéressant du décor. Doit-on enfermer une personne comme elle, alors qu'elle ne fait rien de dommageable à personne ? Une BD chouette, mignonne et très sympathique, agréable à lire. Une petite parenthèse de bonheur, en somme, le genre de petite douceur à glisser entre deux lectures plus ardues.
Les Chants du Chaos
Cet album avait été un peu descendu en flèche lors de sa sortie et j'étais intrigué, même si j'ai attendu suffisamment longtemps pour oublier le cœur de ces critiques et tenter de le lire d'un œil un peu neuf. Et au final, ça se laisse lire. J'ai fini l'album sans grande passion, peu intéressé par la suite mais je la lirais si je tombe dessus. Si je dois faire un avis sans tenir compte d'autres critiques, je dirais que le dessin est très joli, même si parfois il fait un peu trop dans l'effet de style, notamment au niveau des visages qui ont trop d'expressivité dans certains contextes (comme les accès de rage de Ivan alors qu'il est en public et devrait plus se contenir, je pense). Mais c'est bien mis en couleur, l'ambiance scandinave/russe est agréable. Ce qui coince plus, c'est le scénario. Non pas qu'il soit mauvais, on a une exposition d'un monde fort sympathique et intriguant, ainsi que des personnages fouillés qui se dévoilent doucement, mais l'ensemble est très verbeux et un peu long. Pour un tome introductif, je pense qu'il aurait fallu accélérer l'histoire sur plusieurs points. De nombreuses pages avec énormément de textes ralentissent le rythme, tout en distillant beaucoup d'informations pas toujours pertinentes, surtout à ce stade du récit. De même, certains passages importants (comme l'expédition menée pour retrouver certaines personnes) passent trop vite pour l'importance de ce qu'ils racontent dans le récit. En fait, le tome aurait gagné à être plus court et concis, précis sur les points importants et n'étirant pas certaines intrigues au-delà de la nécessité. Le couple d'Ivan revient trop souvent, pour expliquer des choses qu'on avait très vite compris, de même que l'histoire amène un twist à ce propos sur la fin de l'album, twist qui était clairement visible au premier tiers du récit. Cela dit, je semble très critique, mais au global c'est lisible. Un peu longuet, mais avec une exposition de plusieurs pistes d'histoires qui semblent converger lentement vers quelque chose. J'ai peur que la fin ne me satisfasse pas complètement, mais pour l'instant je trouve l'ensemble bien construit. L'auteur a une base solide pour parler de plusieurs choses importantes et je pense que la série a de quoi se bonifier. Un dernier point concernant les critiques que j'ai lue sur ce site, souvent négative. Beaucoup parlent du langage et notamment de la façon dont s'expriment les personnes, très contemporaine et parfois grossière. Personnellement je ne l'avais pas remarqué lors de ma lecture, et en y repensant ensuite je vois ce qu'ils exprimaient. Mais voila, ça ne m'a pas du tout marqué et je pense que d'autres lecteurs pourraient aussi largement passer outre.
Amours croisées
Voila une BD carrément réussie sur laquelle je suis tombé parfaitement par hasard, dans les bacs de la bibliothèque. Et franchement, je ne regrette pas un seul instant ma lecture que j'ai essayé de faire durer pour ne pas tout avaler en un coup ! C'est une histoire d'amour (on ne se refait pas :D) mais je ne peux même pas dire que c'est une histoire de polyamour ou une représentation de ce que vivent les gens en couple polyamoureux (et l'autrice s'en défend dans la note de fin !). L'histoire est celle de deux personnes se rencontrant, attirées l'une par l'autre et qui commencent une relation. Le reste ... est à lire, tout simplement. Je dirais juste que la BD contient en essence beaucoup de choses intéressantes par petites touches. Tout tourne autour de l'histoire principale mais il y a beaucoup de détails intéressants (et importants) sur l'appartenance ethnique, sur la question du racisme, la sexualité bien sur, le couple et le bonheur. Plein de petits détails qui ne sont jamais vraiment développés mais qui sont des morceaux intéressants de vie, des petites touches qui apportent beaucoup aux personnages et immergent dans le récit. Parce qu'il faut dire que c'est pas gagné d'avance pour faire un récit qui convienne à tous ! On parle de jeunes parisiens dans la vingtaine, plutôt bien intégré dans leur vie professionnelle, qui vivent en couple polyamoureux. C'est pas commun et beaucoup pourraient se retrouver vite distanciée de leur vie. Mais les autrices ont construit le récit de façon à les rendre attachants et touchants, à travers leurs discussions et leurs vies, leurs doutes, leurs envies. C'est bien mené jusqu'au bout et j'ai accroché jusqu'à la dernière page, pleine de silences mais très belle. Le récit est aussi menée d'une main de maitre par la dessinatrice, que je découvre totalement, et qui apporte une vraie lumière à ce propos. Les personnages, les ambiances, les silences, tout est fait pour mettre en avant les relations humaines et je trouve que les planches silencieuses sont tout aussi intéressantes que celles dialoguées. Une BD qui invite à penser nos modes de vies sur le couple et l'amour, mais invite aussi largement à plus de diversité dans nos vies, et pas que sexuelles. Le genre de BD sur laquelle je suis ravi de tomber ! Mise à jour : un deuxième tome est paru cette année, sans que ce ne soit nécessaire à l'histoire de début. Et personnellement j'ai été beaucoup moins enthousiaste. Déjà le dessin, franchement moins réussi que dans le premier tome. J'ai beaucoup plus tiqué que lors de ma lecture du premier tome, et je me demandais si ça n'était pas dû à un manque de temps pour peaufiner le travail. De fait, j'ai souvent trouvé des visages durs, pas très bien représentés et notamment lorsqu'on a des gros plans dessus. Par contre l'histoire est étrange. Le récit est articulé autour du confinement, qui arrive progressivement et s'installe dans la deuxième partie du récit. Et le ton est assez proche du premier volume, avec les interrogations de jeunes personnes trentenaires, racisées, qui se posent des questions sur leurs vies, leurs sexualité, leurs amours et aussi leurs amitiés. Mais c'est un peu redondant et je dois avouer que certaines histoires semblent un peu étranges. Il y a plusieurs histoires de vies se résolvant par une histoire d'amour et je trouve le message étrange : ce n'est pas avec un conjoint, un amant ou autre que tu arrives à mieux gérer le reste de ta vie, c'est même parfois un frein au reste. La BD n'arrête pas un message dessus, mais c'est dommage de toujours montrer les relations amoureuses comme nécessaires à un équilibre dans sa vie, notamment mentale. Je ne nie pas un vrai intérêt pour booster le moral, mais j'aurais beaucoup de contre-exemple. Bref, ce deuxième tome est une suite qui fait un peu trop. Les questions autour du racisme ou des volontés de la jeunesse dans un monde contrarié (mais qui reste urbain et parisien, précisons-le) mais avec un intérêt moindre que la première histoire racontée. La première rencontre, plutôt que la suite d'une histoire. Je ne conseillerais pas ce deuxième tome, qui fait malheureusement baisser ma note globale.
Les Jardins de la Peur
Un Dufaux première période, ça m'intrigue toujours. J'ai eu l'opportunité d'acquérir les deux premiers tomes. Cette fois-ci l'auteur se lance dans le genre de l'épouvante. C'est tout public, donc si vous avez survécu aux histoires fantastiques dessinées dans une bande comme Le Prince de la Nuit, ça devrait aller. Le caveau Hardwood : 2/5 Une mise en scène qui se révèle trop plate pour conserver notre attention. Ça manque d'exubérance, de folie, tout est trop convenu. Le dessin proposé par Paape et Sohier rappelle énormément celui de Swolfs. Il est donc de bonne facture mais peine à convaincre sur les scènes d'érotisme que Dufaux met en place. Le retour de lady Mongo : 3/5 Changement de décor, l'exotisme de l'intrigue offre un second souffle à la serie. Ça m'a fait penser au cycle Africa de Djinn parfois. On retrouve le fantastique typique de Dufaux là où dans le premier tome, l'ambiance se rapprochait plus des films de la Hammer des années 60. On note une réelle amélioration au niveau du dessin, sur les visages notamment. Une curiosité à découvrir.
Minuit Passé
Entre son graphisme et son ambiance, Minuit passé avait tout pour me séduire. J'ai immédiatement été happé par ce manoir isolé aux allures de maison hantée, avec ses couloirs silencieux, ses portraits inquiétants, ses corneilles omniprésentes et ses phénomènes étranges qui m'ont évoqué le film Les Autres. À plusieurs reprises, avant que la mystérieuse présence de Minuit ne se révèle vraiment, je me suis même dit que certaines scènes auraient probablement été assez angoissantes si je les avais découvertes au cinéma, avec le rythme et la musique qui conviennent, tant elles sont bien mises en scène. Gaëlle Geniller livre là un très joli album. Son dessin est superbe, porté par une colorisation lumineuse et une esthétique mêlant style Young Adult, Art nouveau, influences gothiques et décors victoriens. Chaque pièce du manoir semble avoir une âme propre et les nombreuses scènes contemplatives participent au charme de l'ensemble. J'ai également beaucoup apprécié la relation saine entre le père et son fils, dont les échanges respirent la tendresse et la bienveillance sans jamais tomber dans la niaiserie ou le conflit artificiel. Malheureusement, à mesure que le récit avance, l'atmosphère de mystère et d'épouvante s'efface progressivement au profit d'une introspection familiale et mémorielle qui m'a moins intéressé. Le fantastique devient davantage symbolique qu'inquiétant, et j'ai peu à peu décroché de ce qui faisait pour moi la force du début. Surtout, j'ai été déçu par le dénouement. Alors que je pensais encore avoir de nombreuses pages d'histoire devant moi, le récit s'interrompt assez brutalement pour laisser place à un cahier graphique puis à un très court épilogue. Cette conclusion m'a semblé à la fois abrupte et trop ouverte à l'interprétation. Je ne suis pas certain d'avoir compris ce que l'autrice voulait exprimer ni le sens exact de certains éléments du récit. J'en ressors donc avec un sentiment de frustration et de "tout ça pour ça". C'est dommage, car c'est une bande dessinée que j'ai trouvée très belle, souvent très bien racontée, et dont l'ambiance m'avait réellement embarqué dans sa première moitié.
Sapiens (Albin Michel)
Vulgarisation de la vulgarisation, mais sans vulgarité. J'ai lu l'œuvre originale de Yuval N. Harari il y a quelques années. Ensuite, on m'a offert le premier tome en BD, j'ai acheté le deuxième et j'en attends encore deux que j'ai commandés. À première impression, j'ai trouvé l'œuvre pas très originale en termes d'idées. La thèse de la coopération comme avantage adaptatif des sapiens, la croyance et la création de réalités imaginaires (religion, politique) comme facteur d'agrégation, ne sont pas absolument nouvelles. Plusieurs philosophes, historiens, sociologues et surtout, plus récemment, des scientifiques cognitifs ont avancé des idées similaires. À ce niveau, la valeur de Harari réside, je crois, dans le fait d'avoir offert une synthèse attrayante pour un public plus large. En ce qui concerne la version BD, je considère que l’exposition sous forme de dialogue a été un choix heureux. Les dessins de Casanave sont simples et plaisants et les personnages sympathiques, à commencer par Yuval lui-même. Les digressions humoristiques aident également à alléger l’ensemble. Mais je pense qu’à certains moments, un peu plus de détails et de réalisme serait souhaitable. Cependant, nous ne sommes pas ici face à un travail académique... J’ai toutefois quelques réticences concernant le contenu. J’aurais aimé plus de discussions au niveau de la paléoanthropologie. Chaque année, de nouvelles découvertes et études complexifient notre arbre, ou plutôt buisson, évolutif. Les relations entre sapiens et néandertaliens, ainsi qu’avec d’autres Homo archaïques, les Denisoviens par exemple, ne sont pas suffisamment développées ici. Il y a aussi des généralisations et des simplifications excessives : notre parenté avec les chimpanzés... Dans le deuxième tome, concernant le Néolithique et ses implications négatives, la thèse n’est pas non plus nouvelle. Moi-même je suis partisan d’un catastrophisme éclairé et je vois cela comme un avertissement certain. Étant nous l’animal le plus destructeur jamais existé, face aux menaces, aux changements climatiques et au fait que nous sommes aujourd’hui la principale cause d’une nouvelle extinction massive, nous devons penser le pire comme inévitable... peut-être seulement ainsi pourrions-nous agir pour l’éviter. Il me reste l'impression d'un certain excès de politiquement correct de la part de l'auteur et la question : jusqu'à quel point un historien doit-il faire des extrapolations pour l'avenir, avec des implications directes ou indirectement politiques. Je me réserve la possibilité de garder ou de changer ma note après la lecture des prochains tomes.
Phantasmagoria
Dans le Londres victorien, deux sorciers immortels, à la fois alliés de circonstance et rivaux de longue date, se retrouvent confrontés à une créature démoniaque capable de posséder les humains et de les massacrer afin d'ouvrir un passage permettant à d'autres entités de son espèce d'envahir notre monde. C'est typiquement le genre de récit qui a tout pour me plaire. J'ai beaucoup apprécié son ambiance de fantastique victorien mêlant enquêtes occultes, médiums, sorcellerie et menaces surnaturelles. Le cadre anglais apporte une élégance naturelle à l'ensemble, avec ce parfum de Sherlock Holmes, de romans gothiques et de films de la Hammer qui imprègne tout le récit. Le professeur Hawke, qui évoque fortement l'acteur Peter Cushing, participe beaucoup à ce charme. J'ai également aimé la relation entre Hawke et Edwin Drodd. Leur rivalité millénaire, faite de méfiance, de respect et d'opposition philosophique, apporte une vraie richesse au récit. J'ai apprécié que les auteurs évitent tout manichéisme simpliste entre eux malgré leurs méthodes radicalement différentes. Les personnages secondaires qui gravitent autour d'eux sont eux aussi plutôt réussis et contribuent à donner de l'épaisseur à l'univers. Le dessin en noir et blanc renforce cette impression de classe et d'atmosphère. Les jeux d'ombres fonctionnent bien et participent au caractère inquiétant du récit. Je suis en revanche un peu plus réservé sur les encrages que j'ai trouvés parfois légèrement hésitants et les ombrages trop charbonneux, même si l'ensemble reste agréable à regarder. L'histoire elle-même est solide et bien construite. Le suspense fonctionne, l'aventure reste sérieuse sans sombrer dans l'obscurité ou la surenchère horrifique, et j'ai suivi avec plaisir cette lutte contre une menace surnaturelle grandissante. En revanche, le récit demeure assez linéaire et ne réserve finalement que peu de surprises. C'est peut-être ce qui m'a empêché d'être totalement emporté. J'aurais aimé que le passé du professeur Hawke, censé avoir traversé plus de trois millénaires d'histoire, soit davantage développé. Le récit insiste sur le fait que l'âge commence à peser sur lui et qu'il est dépassé par les événements, mais au vu de certaines situations dans lesquelles il se retrouve ici, on peut se demander comment il a réussi à survivre aussi longtemps. D'autant que son rival immortel ne semble pas souffrir des mêmes limitations. J'ai passé un bon moment de lecture grâce à son ambiance, ses personnages et son élégance visuelle, mais il m'a manqué un petit supplément d'âme ou de surprise pour que cette aventure me marque davantage. C'est un bon récit fantastique, efficace et plaisant, sans être tout à fait à la hauteur de son potentiel.