Les révoltés du Bounty ont donné lieu à de nombreuses adaptations cinématographiques (je retiens surtout celle où l’immense Marlon Brando incarnait Fletcher Christian !), c’est donc une histoire a priori connue, et qui m’intéressait. D’emblée la série fait pourtant l’impasse sur la montée en tension au sein de l’équipage du Bounty et sur la révolte elle-même.
La série va se focaliser sur l’après. Ce tome introductif montre donc les errances des mutins, qui cherchent un endroit où s’installer, tout en se plaçant hors d’atteinte de l’inévitable répression anglaise. Il faut alors trouver une île à l’écart des routes maritimes, inconnue. Ce sera Pitcairn donc.
Ce tome est dynamique, il joue sur les tensions entre les mutins, les incompréhensions et la violence vis-à-vis des populations rencontrées sur les îles du Pacifique visitées.
Je n’ai pas lu le roman ici adapté, mais l’histoire se laisse lire. J’ai eu du mal avec le dessin, pas forcément mon truc, mais je m’y suis fait.
Je lirai sans doute la suite.
****************************
Je viens mettre à jour mon avis, après lecture (relecture pour le premier tome) de toute la série.
Série qui se concentre sur l'après mutinerie, et finalement se transforme en une sorte de huis-clos étouffant sur l'île de Pitcairn. Île sur laquelle nos révoltés, ainsi que les femmes - et quelques hommes - polynésiennes embarquées (pas toutes volontairement) avec eux dans cette aventure du bout du monde pensaient avoir trouvé un refuge et un paradis de libertés.
Mais la suite va se révéler plus proche de l'enfer, tant les tensions ('souvent nées de la "répartition inégale" des sexes) vont s'exacerber, au point d'amener ces Robinsons à s'entretuer. D'ailleurs avec un résultat parfois étonnant, presque tristement humoristique, puisque c'est tantôt les femmes, tantôt les hommes qui sont en nombre "insuffisant" pour calmer les esprits.
Le récit est intéressant. Mais il aurait dû être resserrer d'au moins un tome, tant il y a des longueurs dans les deux tomes centraux. Cela dilue trop le rythme et fait perdre de la force à ce récit au potentiel important, mais inégalement exploité.
Cela se laisse lire mais est tellement inférieur graphiquement et scénaristiquement à Hugo Pratt ! On dirait un Reader's Digest de Corto Maltese. Quand on est a des années-lumière de Pratt, se permettre de tant mettre de gris face au noir est blanc est audacieux : pas horrible mais ne renouvelant pas non plus le style.
Bon d'accord, le portable et la citation " S'il veut te tuer, tue-le d'abord" du Talmud, ne sont pas mal, mais sinon ? Ennui poli, applaudissement de public bien élevé.
Une lecture sympathique, sans plus.
La plupart des histoires sont très – trop – courtes, pour exploiter à fond l’ambiance que Lovecraft tente de développer à chaque fois. Ambiance qui joue sur les ressors habituels de l’auteur, et que Tanabe retranscrit plutôt bien.
Les deux histoires qui m’ont le plus intéressé sont parmi les premières : « L’étrange maison haute dans la brume » avec cette improbable maison perchée au bord du vide, habitée – dans tous les sens du terme – par un type étrange aux pouvoirs fascinants, mais aussi « Le terrible vieillard », essentiellement pour la chute, que je trouve glauque et amusante (et pour le coup cette histoire ne frustre pas le lecteur par son manque de développement).
Le reste m’a moins captivé, même si ça se laisse lire.
Le dessin de Tanabe est toujours intéressant, usant très bien de toutes les nuances de gris pour accentuer les effets angoissants du texte, l’ambiance, si importante dans les récits de Lovecraft, trouve ici une bonne mise en images. J’ai eu peur au départ avec ces quelques pages d’introduction colorisées (avec un rendu que je ne trouvais pas heureux), mais non finalement, et heureusement Tanabe reste sur sa palette sombre habituelle, et c’est très bien.
Oui, cette histoire (ou ces histoires) a peut-être plus de sens pour les Portugais et surtout pour les Lisboètes. Le texte est basé sur Oliveira Marques, l'un des plus grands historiens du pays, spécialiste du Moyen Âge. Les dessins de Filipe Abranches sont créatifs et chaque époque (du Ier siècle à 1580) possède ses détails et ses couleurs. J'aime particulièrement les tons sépia et pastel. Pour ceux qui vivent à Lisbonne ou s'y promènent, il y a des lieux et des événements facilement reconnaissables. Il n'est pas nécessaire de consulter des cartes ou des vieux grimoires!
La série fait immanquablement penser à celles de Bravo "Le journal d'un ingénu" puis "L'espoir malgré tout". On y retrouve en effet nos héros Spirou et Fantasio dans le même contexte de l’occupation nazie. Et, comme pour Bravo, Yann et Schwartz ont d’abord réalisé un one-shot pour ensuite développer l’ensemble sur plusieurs autres tomes (ici deux).
« Le groom vert-de-gris » est plutôt intéressant, et se place d’emblée dans le haut du panier des « aventure de Spirou et Fantasio par… ». C’est en tout cas le tome que j’ai préféré de cette « série ».
Le dessin est vraiment sympathique, donne une version esthétique des personnages proche des premiers auteurs ayant travaillé sur cette série au long cours. Et j’aime bien le dessin de Schwartz qui dans ce style évoqué plus haut parvient à bien retranscrire l’ambiance et les décors d’époque.
Au niveau du dessin d’ailleurs, le lecteur est rapidement captivé par la multitude de clins d’œil effectués à des personnages de la BD classique tendance old school (Hergé en tête), ou à des copains comme Léturgie, mais aussi à des auteurs comme Boris Vian. J’ai été étonné par la tournure donnée au personnage de Violette Morris (si elle a bien collaboré et est bien morte en 1944, c’est en France et non à Bruxelles…). Mais bon, licence créatrice dira-t-on…
Le récit mêle habilement grande et petite histoire, c’est assez rythmé, et les quiproquos entre nos deux héros maintiennent en haleine le lecteur (qui ne les a sans doute jamais vu autant dragués par la gent féminine !).
Le diptyque suivant, s’il se laisse lire sans problème, m’a un peu moins convaincu.
Il y a encore quelques clins d’œil (Spiegelman ; Hergé – la femme léopard déjà…, pseudo argot à Léopoldville autour des mots « Tintin » et « Milou » ; Vian encore, etc.), quelques jeux de mots amusants. Mais tout ça est moins présent, il y a là moins d’à-côtés stimulants pour la lecture (à part les apparitions de Sartre et de Beauvoir).
Par contre j’ai bien aimé tous les détails distillés dans le dernier album autour de la colonisation belge du Congo (journal et cinéma pour « évolués », mépris pour les aspirations indépendantistes – et pour les colonisés/Noirs en général : voir la pub Cadum « rendant la peau plus blanche », caricature de Mobutu avant son accession au pouvoir, etc.).
Ça reste globalement de l’aventure « old school like », pas désagréable, mais moins captivante que le premier tome je trouve.
Note réelle 3,5/5.
Je serais moins enthousiaste que les autres posteurs.
Cet album a des qualités. Tout d'abord la mise en scène est bien maîtrisée et il y a de belles pages et le dessin est très bon. Le scénario possède de bonnes scènes et notamment la grosse scène choc du récit. L'auteur réussit l'exploit de montrer un viol sans tomber dans le voyeurisme. Tout est parfait dans cette scène. Malheureusement, l'histoire est trop longue. Je comprends qu'on veut montrer comment cet événement a détruit la vie de l'héroïne (enfin ça et la mort de sa mère) et va la poursuivre toute sa vie.
C'est une bonne idée, sauf que je trouve qu'il y a des longs passages où il se passe rien de bien intéressant. Parfois, j'avais l'impression que l'auteur voulait absolument mettre dans son histoire autant de sujets de société que possible. C'est donc encore une fois une BD où mon intérêt variait selon les scènes. Je recommande un emprunt parce que malgré tout il y a de très bonnes scènes.
L’histoire en elle-même n’est pas forcément hyper emballante, et le dessin n’est pas exempt de menus défauts – et manque peut-être aussi de détails.
Mais malgré tout, ça reste une lecture que j’ai bien aimée.
Nous suivons un jeune homme qui – en rupture d’études, de famille et de copine – se pose beaucoup de questions et qui, après un premier essai avorté, se lance un défi, faire une bonne partie du chemin du pèlerinage de Saint-Jacques de Compostelle, du Lot à Compostelle, pour se ressourcer.
Et il se lance dans cette aventure en plein hiver, sans trop de matériel ou de réelle préparation, ce qui rend certains moments difficiles.
Il est parfois accompagné d’amis, fait de plus ou moins belles rencontres, de plus ou moins longs détours en Espagne par rapport au parcours initialement envisagé. Le récit est à hauteur d’homme, alterne moments de découragements (rares finalement) et rencontres improbables – un peu de « Nus et culottés » à certains moments, avec des personnes plus ou moins marginales. Mais ce sont ces à-côtés qui donnent de la densité et de l’intérêt au récit, tout en participant d’une certaine régénération du personnage principal/narrateur.
L’expérience n’est pas forcément totalement concluante, mais le récit est plutôt vivifiant. La « nature » bien sûr. Mais aussi la confiance accordée d’emblée aux autres, au hasard des rencontres. Ça fait aussi du bien au lecteur.
Cette série jeunesse s'adresse plutôt aux collégiens et propose une approche assez originale de l'amour adolescent en prenant comme héros non pas un tombeur ou un garçon populaire, mais un petit blond timide, rêveur et romantique dont l'obsession principale est d'arriver à avouer ses sentiments à la fille qu'il aime. Problème : il n'y arrive jamais, trop paralysé par sa timidité, tandis que toutes les filles semblent préférer le grand rebelle plus âgé de la classe. Un sujet qui parlera forcément à beaucoup de jeunes de cet âge (et à ceux qui ont gardé quelques souvenirs de cette période... oui, moi aussi).
La série fonctionne sous forme de gags en une planche, avec un dessin simple et épuré mais efficace. Les chutes ne sont pas toujours hilarantes (j'ai dû réellement rire une ou deux fois par album) et la mécanique peut devenir un peu répétitive, car après trois albums Rémi avance finalement très peu dans sa quête amoureuse. Mais les gags sont majoritairement sympathiques et surtout portés par une vraie tendresse pour ce personnage maladroit et attachant. On le suit avec plaisir et un peu d'apitoiement amusé.
C'est une BD toute simple, mais qui trouve assez justement le ton pour parler des premiers émois, des espoirs, des frustrations et des petites tragédies sentimentales de la jeune adolescence. Plus que par son humour, c'est par sa sincérité et son côté mignon que la série réussit à toucher.
Je partage tout à fait l'avis de Ro : la BD est un très bel hommage à une vraie personne, un type pas méchant, un peu étrange, qui adorait particulièrement les trolleys. En fait, la BD est une simple présentation du type de personne qu'il était, sa simplicité et ce qu'il a dégagé autour de lui. D'ailleurs c'est aussi une personne qui a fait date au niveau juridique en Suisse, pour une raison évoquée dans la BD.
En soi, à part copier l'avis de Ro, je ne saurais que dire. Comme lui, j'ai trouvé la BD mignonne, lente mais pas chiante, avec un dessin qui convient très bien et rend la douceur du ton. Il y a quelques idées sur la normalité et ce qu'on doit faire de personnes comme ce type qui n'est pas adapté à la société, tout en étant un élément intéressant du décor. Doit-on enfermer une personne comme elle, alors qu'elle ne fait rien de dommageable à personne ?
Une BD chouette, mignonne et très sympathique, agréable à lire. Une petite parenthèse de bonheur, en somme, le genre de petite douceur à glisser entre deux lectures plus ardues.
Cet album avait été un peu descendu en flèche lors de sa sortie et j'étais intrigué, même si j'ai attendu suffisamment longtemps pour oublier le cœur de ces critiques et tenter de le lire d'un œil un peu neuf.
Et au final, ça se laisse lire. J'ai fini l'album sans grande passion, peu intéressé par la suite mais je la lirais si je tombe dessus. Si je dois faire un avis sans tenir compte d'autres critiques, je dirais que le dessin est très joli, même si parfois il fait un peu trop dans l'effet de style, notamment au niveau des visages qui ont trop d'expressivité dans certains contextes (comme les accès de rage de Ivan alors qu'il est en public et devrait plus se contenir, je pense). Mais c'est bien mis en couleur, l'ambiance scandinave/russe est agréable.
Ce qui coince plus, c'est le scénario. Non pas qu'il soit mauvais, on a une exposition d'un monde fort sympathique et intriguant, ainsi que des personnages fouillés qui se dévoilent doucement, mais l'ensemble est très verbeux et un peu long. Pour un tome introductif, je pense qu'il aurait fallu accélérer l'histoire sur plusieurs points. De nombreuses pages avec énormément de textes ralentissent le rythme, tout en distillant beaucoup d'informations pas toujours pertinentes, surtout à ce stade du récit. De même, certains passages importants (comme l'expédition menée pour retrouver certaines personnes) passent trop vite pour l'importance de ce qu'ils racontent dans le récit. En fait, le tome aurait gagné à être plus court et concis, précis sur les points importants et n'étirant pas certaines intrigues au-delà de la nécessité. Le couple d'Ivan revient trop souvent, pour expliquer des choses qu'on avait très vite compris, de même que l'histoire amène un twist à ce propos sur la fin de l'album, twist qui était clairement visible au premier tiers du récit.
Cela dit, je semble très critique, mais au global c'est lisible. Un peu longuet, mais avec une exposition de plusieurs pistes d'histoires qui semblent converger lentement vers quelque chose. J'ai peur que la fin ne me satisfasse pas complètement, mais pour l'instant je trouve l'ensemble bien construit. L'auteur a une base solide pour parler de plusieurs choses importantes et je pense que la série a de quoi se bonifier.
Un dernier point concernant les critiques que j'ai lue sur ce site, souvent négative. Beaucoup parlent du langage et notamment de la façon dont s'expriment les personnes, très contemporaine et parfois grossière. Personnellement je ne l'avais pas remarqué lors de ma lecture, et en y repensant ensuite je vois ce qu'ils exprimaient. Mais voila, ça ne m'a pas du tout marqué et je pense que d'autres lecteurs pourraient aussi largement passer outre.
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Pitcairn - L'île des Révoltés du Bounty
Les révoltés du Bounty ont donné lieu à de nombreuses adaptations cinématographiques (je retiens surtout celle où l’immense Marlon Brando incarnait Fletcher Christian !), c’est donc une histoire a priori connue, et qui m’intéressait. D’emblée la série fait pourtant l’impasse sur la montée en tension au sein de l’équipage du Bounty et sur la révolte elle-même. La série va se focaliser sur l’après. Ce tome introductif montre donc les errances des mutins, qui cherchent un endroit où s’installer, tout en se plaçant hors d’atteinte de l’inévitable répression anglaise. Il faut alors trouver une île à l’écart des routes maritimes, inconnue. Ce sera Pitcairn donc. Ce tome est dynamique, il joue sur les tensions entre les mutins, les incompréhensions et la violence vis-à-vis des populations rencontrées sur les îles du Pacifique visitées. Je n’ai pas lu le roman ici adapté, mais l’histoire se laisse lire. J’ai eu du mal avec le dessin, pas forcément mon truc, mais je m’y suis fait. Je lirai sans doute la suite. **************************** Je viens mettre à jour mon avis, après lecture (relecture pour le premier tome) de toute la série. Série qui se concentre sur l'après mutinerie, et finalement se transforme en une sorte de huis-clos étouffant sur l'île de Pitcairn. Île sur laquelle nos révoltés, ainsi que les femmes - et quelques hommes - polynésiennes embarquées (pas toutes volontairement) avec eux dans cette aventure du bout du monde pensaient avoir trouvé un refuge et un paradis de libertés. Mais la suite va se révéler plus proche de l'enfer, tant les tensions ('souvent nées de la "répartition inégale" des sexes) vont s'exacerber, au point d'amener ces Robinsons à s'entretuer. D'ailleurs avec un résultat parfois étonnant, presque tristement humoristique, puisque c'est tantôt les femmes, tantôt les hommes qui sont en nombre "insuffisant" pour calmer les esprits. Le récit est intéressant. Mais il aurait dû être resserrer d'au moins un tome, tant il y a des longueurs dans les deux tomes centraux. Cela dilue trop le rythme et fait perdre de la force à ce récit au potentiel important, mais inégalement exploité.
Corto Maltese (Quenehen et Vives)
Cela se laisse lire mais est tellement inférieur graphiquement et scénaristiquement à Hugo Pratt ! On dirait un Reader's Digest de Corto Maltese. Quand on est a des années-lumière de Pratt, se permettre de tant mettre de gris face au noir est blanc est audacieux : pas horrible mais ne renouvelant pas non plus le style. Bon d'accord, le portable et la citation " S'il veut te tuer, tue-le d'abord" du Talmud, ne sont pas mal, mais sinon ? Ennui poli, applaudissement de public bien élevé.
L'Indicible
Une lecture sympathique, sans plus. La plupart des histoires sont très – trop – courtes, pour exploiter à fond l’ambiance que Lovecraft tente de développer à chaque fois. Ambiance qui joue sur les ressors habituels de l’auteur, et que Tanabe retranscrit plutôt bien. Les deux histoires qui m’ont le plus intéressé sont parmi les premières : « L’étrange maison haute dans la brume » avec cette improbable maison perchée au bord du vide, habitée – dans tous les sens du terme – par un type étrange aux pouvoirs fascinants, mais aussi « Le terrible vieillard », essentiellement pour la chute, que je trouve glauque et amusante (et pour le coup cette histoire ne frustre pas le lecteur par son manque de développement). Le reste m’a moins captivé, même si ça se laisse lire. Le dessin de Tanabe est toujours intéressant, usant très bien de toutes les nuances de gris pour accentuer les effets angoissants du texte, l’ambiance, si importante dans les récits de Lovecraft, trouve ici une bonne mise en images. J’ai eu peur au départ avec ces quelques pages d’introduction colorisées (avec un rendu que je ne trouvais pas heureux), mais non finalement, et heureusement Tanabe reste sur sa palette sombre habituelle, et c’est très bien.
Histoire de Lisbonne
Oui, cette histoire (ou ces histoires) a peut-être plus de sens pour les Portugais et surtout pour les Lisboètes. Le texte est basé sur Oliveira Marques, l'un des plus grands historiens du pays, spécialiste du Moyen Âge. Les dessins de Filipe Abranches sont créatifs et chaque époque (du Ier siècle à 1580) possède ses détails et ses couleurs. J'aime particulièrement les tons sépia et pastel. Pour ceux qui vivent à Lisbonne ou s'y promènent, il y a des lieux et des événements facilement reconnaissables. Il n'est pas nécessaire de consulter des cartes ou des vieux grimoires!
Le Spirou de Schwartz et Yann
La série fait immanquablement penser à celles de Bravo "Le journal d'un ingénu" puis "L'espoir malgré tout". On y retrouve en effet nos héros Spirou et Fantasio dans le même contexte de l’occupation nazie. Et, comme pour Bravo, Yann et Schwartz ont d’abord réalisé un one-shot pour ensuite développer l’ensemble sur plusieurs autres tomes (ici deux). « Le groom vert-de-gris » est plutôt intéressant, et se place d’emblée dans le haut du panier des « aventure de Spirou et Fantasio par… ». C’est en tout cas le tome que j’ai préféré de cette « série ». Le dessin est vraiment sympathique, donne une version esthétique des personnages proche des premiers auteurs ayant travaillé sur cette série au long cours. Et j’aime bien le dessin de Schwartz qui dans ce style évoqué plus haut parvient à bien retranscrire l’ambiance et les décors d’époque. Au niveau du dessin d’ailleurs, le lecteur est rapidement captivé par la multitude de clins d’œil effectués à des personnages de la BD classique tendance old school (Hergé en tête), ou à des copains comme Léturgie, mais aussi à des auteurs comme Boris Vian. J’ai été étonné par la tournure donnée au personnage de Violette Morris (si elle a bien collaboré et est bien morte en 1944, c’est en France et non à Bruxelles…). Mais bon, licence créatrice dira-t-on… Le récit mêle habilement grande et petite histoire, c’est assez rythmé, et les quiproquos entre nos deux héros maintiennent en haleine le lecteur (qui ne les a sans doute jamais vu autant dragués par la gent féminine !). Le diptyque suivant, s’il se laisse lire sans problème, m’a un peu moins convaincu. Il y a encore quelques clins d’œil (Spiegelman ; Hergé – la femme léopard déjà…, pseudo argot à Léopoldville autour des mots « Tintin » et « Milou » ; Vian encore, etc.), quelques jeux de mots amusants. Mais tout ça est moins présent, il y a là moins d’à-côtés stimulants pour la lecture (à part les apparitions de Sartre et de Beauvoir). Par contre j’ai bien aimé tous les détails distillés dans le dernier album autour de la colonisation belge du Congo (journal et cinéma pour « évolués », mépris pour les aspirations indépendantistes – et pour les colonisés/Noirs en général : voir la pub Cadum « rendant la peau plus blanche », caricature de Mobutu avant son accession au pouvoir, etc.). Ça reste globalement de l’aventure « old school like », pas désagréable, mais moins captivante que le premier tome je trouve. Note réelle 3,5/5.
Le Dernier été de mon innocence
Je serais moins enthousiaste que les autres posteurs. Cet album a des qualités. Tout d'abord la mise en scène est bien maîtrisée et il y a de belles pages et le dessin est très bon. Le scénario possède de bonnes scènes et notamment la grosse scène choc du récit. L'auteur réussit l'exploit de montrer un viol sans tomber dans le voyeurisme. Tout est parfait dans cette scène. Malheureusement, l'histoire est trop longue. Je comprends qu'on veut montrer comment cet événement a détruit la vie de l'héroïne (enfin ça et la mort de sa mère) et va la poursuivre toute sa vie. C'est une bonne idée, sauf que je trouve qu'il y a des longs passages où il se passe rien de bien intéressant. Parfois, j'avais l'impression que l'auteur voulait absolument mettre dans son histoire autant de sujets de société que possible. C'est donc encore une fois une BD où mon intérêt variait selon les scènes. Je recommande un emprunt parce que malgré tout il y a de très bonnes scènes.
Six mois et un autre
L’histoire en elle-même n’est pas forcément hyper emballante, et le dessin n’est pas exempt de menus défauts – et manque peut-être aussi de détails. Mais malgré tout, ça reste une lecture que j’ai bien aimée. Nous suivons un jeune homme qui – en rupture d’études, de famille et de copine – se pose beaucoup de questions et qui, après un premier essai avorté, se lance un défi, faire une bonne partie du chemin du pèlerinage de Saint-Jacques de Compostelle, du Lot à Compostelle, pour se ressourcer. Et il se lance dans cette aventure en plein hiver, sans trop de matériel ou de réelle préparation, ce qui rend certains moments difficiles. Il est parfois accompagné d’amis, fait de plus ou moins belles rencontres, de plus ou moins longs détours en Espagne par rapport au parcours initialement envisagé. Le récit est à hauteur d’homme, alterne moments de découragements (rares finalement) et rencontres improbables – un peu de « Nus et culottés » à certains moments, avec des personnes plus ou moins marginales. Mais ce sont ces à-côtés qui donnent de la densité et de l’intérêt au récit, tout en participant d’une certaine régénération du personnage principal/narrateur. L’expérience n’est pas forcément totalement concluante, mais le récit est plutôt vivifiant. La « nature » bien sûr. Mais aussi la confiance accordée d’emblée aux autres, au hasard des rencontres. Ça fait aussi du bien au lecteur.
Rémi
Cette série jeunesse s'adresse plutôt aux collégiens et propose une approche assez originale de l'amour adolescent en prenant comme héros non pas un tombeur ou un garçon populaire, mais un petit blond timide, rêveur et romantique dont l'obsession principale est d'arriver à avouer ses sentiments à la fille qu'il aime. Problème : il n'y arrive jamais, trop paralysé par sa timidité, tandis que toutes les filles semblent préférer le grand rebelle plus âgé de la classe. Un sujet qui parlera forcément à beaucoup de jeunes de cet âge (et à ceux qui ont gardé quelques souvenirs de cette période... oui, moi aussi). La série fonctionne sous forme de gags en une planche, avec un dessin simple et épuré mais efficace. Les chutes ne sont pas toujours hilarantes (j'ai dû réellement rire une ou deux fois par album) et la mécanique peut devenir un peu répétitive, car après trois albums Rémi avance finalement très peu dans sa quête amoureuse. Mais les gags sont majoritairement sympathiques et surtout portés par une vraie tendresse pour ce personnage maladroit et attachant. On le suit avec plaisir et un peu d'apitoiement amusé. C'est une BD toute simple, mais qui trouve assez justement le ton pour parler des premiers émois, des espoirs, des frustrations et des petites tragédies sentimentales de la jeune adolescence. Plus que par son humour, c'est par sa sincérité et son côté mignon que la série réussit à toucher.
Voie de garage
Je partage tout à fait l'avis de Ro : la BD est un très bel hommage à une vraie personne, un type pas méchant, un peu étrange, qui adorait particulièrement les trolleys. En fait, la BD est une simple présentation du type de personne qu'il était, sa simplicité et ce qu'il a dégagé autour de lui. D'ailleurs c'est aussi une personne qui a fait date au niveau juridique en Suisse, pour une raison évoquée dans la BD. En soi, à part copier l'avis de Ro, je ne saurais que dire. Comme lui, j'ai trouvé la BD mignonne, lente mais pas chiante, avec un dessin qui convient très bien et rend la douceur du ton. Il y a quelques idées sur la normalité et ce qu'on doit faire de personnes comme ce type qui n'est pas adapté à la société, tout en étant un élément intéressant du décor. Doit-on enfermer une personne comme elle, alors qu'elle ne fait rien de dommageable à personne ? Une BD chouette, mignonne et très sympathique, agréable à lire. Une petite parenthèse de bonheur, en somme, le genre de petite douceur à glisser entre deux lectures plus ardues.
Les Chants du Chaos
Cet album avait été un peu descendu en flèche lors de sa sortie et j'étais intrigué, même si j'ai attendu suffisamment longtemps pour oublier le cœur de ces critiques et tenter de le lire d'un œil un peu neuf. Et au final, ça se laisse lire. J'ai fini l'album sans grande passion, peu intéressé par la suite mais je la lirais si je tombe dessus. Si je dois faire un avis sans tenir compte d'autres critiques, je dirais que le dessin est très joli, même si parfois il fait un peu trop dans l'effet de style, notamment au niveau des visages qui ont trop d'expressivité dans certains contextes (comme les accès de rage de Ivan alors qu'il est en public et devrait plus se contenir, je pense). Mais c'est bien mis en couleur, l'ambiance scandinave/russe est agréable. Ce qui coince plus, c'est le scénario. Non pas qu'il soit mauvais, on a une exposition d'un monde fort sympathique et intriguant, ainsi que des personnages fouillés qui se dévoilent doucement, mais l'ensemble est très verbeux et un peu long. Pour un tome introductif, je pense qu'il aurait fallu accélérer l'histoire sur plusieurs points. De nombreuses pages avec énormément de textes ralentissent le rythme, tout en distillant beaucoup d'informations pas toujours pertinentes, surtout à ce stade du récit. De même, certains passages importants (comme l'expédition menée pour retrouver certaines personnes) passent trop vite pour l'importance de ce qu'ils racontent dans le récit. En fait, le tome aurait gagné à être plus court et concis, précis sur les points importants et n'étirant pas certaines intrigues au-delà de la nécessité. Le couple d'Ivan revient trop souvent, pour expliquer des choses qu'on avait très vite compris, de même que l'histoire amène un twist à ce propos sur la fin de l'album, twist qui était clairement visible au premier tiers du récit. Cela dit, je semble très critique, mais au global c'est lisible. Un peu longuet, mais avec une exposition de plusieurs pistes d'histoires qui semblent converger lentement vers quelque chose. J'ai peur que la fin ne me satisfasse pas complètement, mais pour l'instant je trouve l'ensemble bien construit. L'auteur a une base solide pour parler de plusieurs choses importantes et je pense que la série a de quoi se bonifier. Un dernier point concernant les critiques que j'ai lue sur ce site, souvent négative. Beaucoup parlent du langage et notamment de la façon dont s'expriment les personnes, très contemporaine et parfois grossière. Personnellement je ne l'avais pas remarqué lors de ma lecture, et en y repensant ensuite je vois ce qu'ils exprimaient. Mais voila, ça ne m'a pas du tout marqué et je pense que d'autres lecteurs pourraient aussi largement passer outre.