Trois aventuriers venus d'horizons très différents s'allient pour accomplir ce qui semble impossible : tuer le plus grand dragon ayant jamais existé en se faisant volontairement avaler afin de le détruire de l'intérieur.
Cette trilogie possède beaucoup de qualités qui m'ont immédiatement séduit, même si mon enthousiasme s'est progressivement étiolé au fil des tomes.
La première est graphique. Pour commencer, les couvertures en jettent et mettent particulièrement en valeur les dragons, dont les designs sont très réussis. À l'intérieur, Christophe Swal signe un dessin d'heroic fantasy classique mais solide, avec des créatures impressionnantes, des scènes d'action lisibles et souvent épiques, et très bien accompagnées par la colorisation de Simon Champelovier.
La seconde qualité est la manière dont la série revisite le mythe des dragons. On retrouve des influences variées, mêlant aussi bien les dragons classiques de l'heroic fantasy que le Fafnir de Siegfried ou encore certains dragons asiatiques. Mais surtout, Mathieu Gabella leur construit une véritable société avec une biologie et des règles qui leur sont propres. Leur regard possède d'étranges pouvoirs de mutation et de transformation, leurs écailles deviennent de l'or lors de leur mue, leur corps produit des gemmes, leur mode de reproduction est particulièrement complexe, et chacun possède une pierre draconique qui constitue à la fois son esprit et la source de ses pouvoirs, pierre dont peuvent parfois s'emparer les humains. Toutes ces idées donnent beaucoup de personnalité à cet univers et ouvrent de nombreuses possibilités.
J'ai également bien apprécié le groupe de départ formé par le descendant de Siegfried, le savant alchimiste et le pirate asiatique puis soeur. Ce petit groupe d'aventuriers réunissant des profils très différents à la façon des Sept Mercenaires fonctionne plutôt bien et donne envie de suivre leur quête.
Le premier tome est celui que j'ai préféré. Il pose efficacement cet univers, présente progressivement toutes ces idées originales et conserve un véritable souffle épique autour de cette chasse au dragon hors normes. En revanche, une fois les héros véritablement entrés dans les entrailles du gigantesque dragon, donc à partir du second tome, le récit m'a moins convaincu. Les nouvelles originalités développées à l'intérieur de la créature, les explications sur la société draconique, les nombreuses révélations et la mythologie deviennent progressivement plus complexes, parfois un peu alambiquées, et j'ai trouvé que le récit perdait une partie de son efficacité. Le troisième tome conclut correctement l'ensemble en apportant les réponses attendues sur les personnages et sur les dragons. La fin tient plutôt bien la route, mais j'étais moins emporté qu'au début de la série.
Ça reste une bonne trilogie de fantasy qui sort du lot grâce à la richesse de son univers et à sa manière très personnelle de revisiter les dragons. J'aurais simplement préféré qu'elle conserve jusqu'au bout le souffle d'aventure et la simplicité épique qui faisaient, à mes yeux, la force de son premier tome.
Une histoire qui mélange roman graphique et quelques aspects polar (c’est peut-être dans cette dernière catégorie que j’aurais placé cette série d’ailleurs), dans un village paumé de la côte canadienne, dont les habitants (on ne voit que les femmes, les hommes étant morts ou à la pêche à la morue) vivotent. Quelques naufrages (parfois « facilités ») permettent de compléter l’ordinaire, alors que des cargaisons d’alcool clandestines circulent le long des côtes. Mais la disparition de certaines d’entre-elles amène deux mafieux sur les lieux, pour « enquêter », alors qu’un mystérieux marin, rescapé d’un naufrage mais ayant perdu la mémoire, intrigue tout le monde.
C’est ce personnage qui va se trouver au cœur de l’intrigue – jusqu’au bout, avec ce clin d’œil final amusant autour de célèbres naufrages, auxquels notre héros a été ou va être mêlé…
La narration est fluide, et distille petit à petit des informations sur les personnages, leurs interactions. Tout est crédible et attachant et, sans esbroufe, l’intrigue nous mène tranquillement au bout de cette centaine de pages, sans ennui.
Le dessin n’est pas forcément très fouillé (pour les décors en particulier), mais je l’ai trouvé globalement bon et très agréable. Idem pour la colorisation, très plaisante.
Une bonne pioche de cette collection Signé.
Note réelle 3,5/5.
Une des toutes premières publications d'Enki Bilal en album et le premier volet de la trilogie appelée "légendes d'aujourd'hui" en binôme avec Pierre Christin.
Le scénario : l'idée de de départ est puissante et très originale mais passé l'effet de surprise, l'intrigue peine à avancer et la conclusion est assez molle.
L'humour a pris un coup de vieux.
Le dessin : c'est moche mais ça permet de mesurer les progrès réalisés par Bilal pour arriver en très peu de temps - cinq ans plus tard - à des oeuvres superbes comme le premier album de La Trilogie Nikopol et Les Phalanges de l'ordre noir.
Le trait a cependant déjà en son sein toutes les singularités et l'expressivité qu'on lui connaît encore aujourd'hui.
Comme l’auteur le précise dans l’entretien qui complète l’album, il n’a pas cherché à développer une histoire d’horreur (même si nombre de scènes s’en rapprochent) à la Junji Ito, mais c’est davantage – voire essentiellement – vers un humour noir poussé qu’il a souhaité orienter son intrigue. Ce qui n’est pas pour me déplaire !
Mais c’est un peu là que le bât blesse. J’ai trouvé que l’auteur (que je découvre ici) n’est pas allé aussi loin que ne l’espérais. Il y avait pourtant matière à faire quelque chose d’assez délirant. En allant vers du plus trash et/ou vers quelque chose de plus absurde et déjanté.
L’intrigue est un quasi huis-clos, se déroulant chez le personnage principal qui, accidentellement, a provoqué la mort de son meilleur ami. Ne sachant que faire, il cherche à se débarrasser du cadavre, cherchant sur le net des « méthodes » fiables. Celle qu’il choisit est surprenante ! En tout cas il va entrer en contact avec une jeune femme – qui va se révéler très différente de ce qu’il attendait (même si finalement il ne découvrira jamais la supercherie visiblement).
L’intrigue est resserrée au niveau des lieux (l’appartement du héros pour 80% des scènes), des personnages (2 principaux et trois secondaires), mais aussi du scénario lui-même. Mais l’auteur rallonge un peu la sauce avec une bonne idée, les deux premiers chapitres montrent les mêmes choses, mais vues des deux principaux personnages (notre héros tueur malgré lui, et un tueur en série psychopathe), et ça fonctionne plutôt bien.
Mais globalement, c’est un peu court, pas assez déjanté à mon goût. Et des scènes inutiles (tout ce qui tourne autour du serial killer et sa « conseillère » par exemple).
Le dessin est lisible, mais pas vraiment mon truc. En plus je ne trouve pas génial ces corps un peu trop allongés, avec parfois des proportions franchement bizarres (une tête trop petite par rapport au reste du corps).
Bref, une curiosité, un récit original, mais qui n’exploite pas suffisamment le matériau de départ.
Note réelle 2,5/5.
Je dois avouer que j'avais quelques appréhensions à propos de cette série. Après tout, il s'agit d'un crossover entre mes deux héros préférés de jeunesse.
La lecture des commentaires sur le site et le nom d'Igor Kordey, que je connaissais déjà pour Nous, les morts, m'ont fait dépasser mes hésitations.
L'histoire de Ron Marz se lit bien et comporte quelques éléments originaux, notamment une Cat-Woman africaine. Malgré le ton sombre donné au dessin des personnages et des décors, ce Batman et ce Tarzan ne déforment pas mes souvenirs et s'intègrent bien sur mes étagères de comics.
Nous sommes en 1979, sur les côtes bretonnes. Une bande de braqueurs anarchistes qui font un peu penser à la bande à Bonnot ont attaqué une banque, il y a eu deux morts, les braqueurs sont en cavale. L’un d’eux trouve refuge dans une maison à l’écart, ou réside temporairement une jeune femme, censée y travailler ses examens, pour devenir magistrate.
Au départ prise en otage par le braqueur en cavale, des liens se tissent entre eux. Plus qu’un syndrome de Stockholm, c’est surtout de vieux souvenirs qui ressurgissent : gamins ils ont eu maille à partir, et la jeune femme s’est montrée lâche et odieuse envers le jeune homme que le braqueur était alors. Peut-être est-il temps de solder les comptes ?
Le récit est un quasi huis-clos, dans la baraque isolée, avec deux personnages. Ça n’est pas inintéressant, mais le rythme est lent, il y a beaucoup de silences (et très peu de texte, ça se lit très vite malgré l’importante pagination). Il manque quelque chose pour densifier cette intrigue, pour la rendre plus captivante. J’ai presque eu l’impression que l’ambiance passait avant l’histoire elle-même. En particulier l’auteure insiste pour mettre en avant le coin, la Bretagne, mais aussi et surtout l’époque : omniprésence des succès musicaux de l’époque, nombreuses évocations des débats de l’époque – 1979 donc – autour de la peine de mort. J’aurais bien aimé que ce dernier point soit davantage utilisé pour dynamiser l’intrigue.
Le dessin n’est a priori pas mon truc. Mais il passe finalement. Il y a là aussi un travail sur l’ambiance, avec un rendu presque stylisé, peu de couleurs, mais des contrastes tranchés.
Un récit qui se laisse lire, mais qui m’a laissé un goût de « trop peu ».
Note réelle 2,5/5.
Je dois dire que j'ai été un peu déçu par cet album. Pourtant, j'y suis allé les yeux fermés, mon amour pour Lucky Luke étant au moins aussi fort que celui que j'ai pour Brüno.
C'est d'ailleurs, comme tomdelapampa, ce qui me fait mettre 3/5. J'adore ce style, je le trouve hyper maîtrisé depuis quelques albums déjà, et je ne m'en lasse absolument pas. Je me répète inlassablement, mais les dessinateurs qui ont leur patte graphique a eux, reconnaissable entre mille, c'est la crème. Et quand ça donne en plus un rendu propre et une impression de grande maîtrise, c'est la crème de la crème. Brüno est pour moi l'un de ceux, voire celui qui coche le mieux ces deux cases.
Et heureusement qu'il est la parce que sinon, quel ennui.. Indépendamment, les historiettes ne sont pas si inintéressantes que ça. Il y a comme dans la série originale des incursions de personnages reels, et un peu plus de mélancolie et de réalisme, ce qui n'est pas pour me déplaire. Mais il n'y a pas d'histoire. Pas de liens entre les scénettes. Pas de morale. Pas de suite notamment à la toute première qui m'avait bien plu. On ne sait pas où les auteurs veulent en venir et où ils veulent nous emmener. Personnellement nulle part, j'ai été perdu au milieu du bouquin.
Mais comme je l'ai dit, les histoires en elles mêmes ne sont pas non plus horribles (surtout la première et celle de Annie Oakley), et, surtout, de voir un de mes dessinateurs préférés (le?) reprendre une de mes séries préférées (la?), bon ben je ne peux pas mettre en dessous de la moyenne. Mais quel rendez vous manqué quand même..
Mazel et Vicq ont créé au Journal Tintin, à partir de 1966, une série d'aventures humoristiques, certaines plus courtes, d'autres plus longues, se déroulant à l'époque des mousquetaires. En plus de Fleurdelys, je trouve surtout amusants Patacrac et sa «belle, exquise» et intempestive Artémise, qui lui volent souvent la vedette.
C’est une série qui m'a marqué par son dessin élégant et son sens de l'aventure. Mazel et Vicq ont créé des personnages attachants et expressifs, tout en offrant une mise en scène dynamique. Beaux combats entre épéistes, cavalcades et explosions, mais c’est l'équilibre entre action et humour qui constitue une des principales qualités de la série, je crois. Les décors sont soignés et le souci du détail la distingue aussi.
La publication de ces histoires en album est entièrement méritée.
Si son œuvre est inégale, je m’intéresse beaucoup à ce que publie Karibou, car je suis un gros amateur d’humour, et en particulier d’humour absurde, genre dans lequel cet auteur se spécialise.
Et j’ai trouvé cet album sympathique. Pas forcément hilarant, mais suffisamment amusant pour sourire à de nombreuses reprises.
Les situations ou dialogues sont souvent décalées, absurdes donc, avec des personnages assez cons (que ce soit les braqueurs ou les flics), il y a quelques sorties savoureuses.
A côté de ça, tout en gardant l’absurde comme boussole, Karibou développe un autre pan, avec une critique frontale des télés d’info en continue – CNews en tête, avec comme tête de gondole ici un Pascal Praud aussi sûr de lui, réac, hypocrite et con que l’original. Là aussi, certains dialogues sont réjouissants (on se demande même parfois s’ils sont si exagérés ou décalés par rapport à ce qui se dit sur ce genre de plateau).
Quelques bémols toutefois. D’abord tout ne fait pas mouche ou rire, bien sûr. Il y a même des dialogues ratés. Il y a surtout pas mal de redites, lourdeurs (pas forcément volontaire pour accentuer l’humour), qui amènent des longueurs, ce qui est dommage dans ce type d’humour qui ne supporte pas le sur-place.
Mais bon, globalement, c’est une très honnête moyenne, un album rigolo et décalé, pour amateurs d’humour con et absurde (avec un dessin figé et peu développé – comme souvent dans ce type d’entreprise, même s’il n’y a pas d’itération iconique comme beaucoup d’albums du même genre récemment).
Après Les Lettres de mon Moulin, c'est la deuxième série de Mittéï que j'avais envie de découvrir depuis des années, parce que j'en voyais les couvertures parmi les publications de la collection Les Meilleurs Récits du Journal de Spirou. Et c'est une nouvelle redécouverte de cet auteur dont j'ignorais il y a encore un mois à peine à quel point son dessin s'inscrivait dans la plus pure tradition de l'École de Marcinelle. Certaines planches évoquent tour à tour Walthéry, Gos, voire Séron lorsqu'il s'inspire lui-même de Franquin. C'est un style qui parle directement à la nostalgie de mes lectures de jeunesse et qui suscite spontanément mon affection lorsqu'il est réalisé avec autant de sincérité et de soin du détail. Bien sûr, tout n'est pas irréprochable : l'encrage se montre parfois un peu brouillon et les ombrages un peu trop appuyés, mais l'ensemble possède un charme évident.
Les histoires respirent elles aussi le Spirou des années 1970. Impossible de ne pas penser à Benoit Brisefer avec ce jeune garçon en apparence tout à fait ordinaire qui cache un pouvoir extraordinaire sous un aspect banal. Ici, Bonaventure déclenche involontairement des phénomènes complètement improbables dès qu'il retire ses lunettes... sans jamais s'en rendre compte puisqu'il ne voit rien sans elles. L'idée est amusante et offre un bon potentiel, à mi-chemin entre l'humour et l'aventure, mais elle montre assez vite ses limites. À force de voir des catastrophes invraisemblables se produire autour de lui sans qu'il ne comprenne jamais rien, le procédé devient répétitif et finit par paraître assez artificiel. De la même façon, comme Mittéï a régulièrement besoin que son héros enlève ses lunettes, il en fait un vrai pleurnichard, que ce soit d'émotion ou de rire, ce qui donne une impression un peu forcée.
On alterne entre histoires courtes et récits un peu plus développés, même si celui occupant tout le second tome m'a semblé assez étiré en longueur. Le ton reste résolument léger, les méchants étant davantage tournés en ridicule qu'inquiétants, et les pouvoirs involontaires de Bonaventure servant avant tout à provoquer des situations cocasses. L'humour ne fait pas toujours mouche et il tourne trop souvent autour d'à quel point les gens croient être fous en voyant ce que Bonaventure cause. Le rythme est assez mollasson et les dialogues souvent bavards, mais il faut aussi remettre l'œuvre dans son contexte : c'est une série jeunesse typique de son époque, conçue avant tout pour divertir.
Je ne l'ai pas connue enfant, je n'ai donc pas la nostalgie spécifique envers elle. Mais je pense que si je l'avais découverte dans ma jeunesse, je l'aurais probablement assez appréciée, sans pour autant en faire une de mes séries favorites. Aujourd'hui, j'y vois surtout une petite curiosité attachante, sans grande ambition, qui vaut autant pour le plaisir de retrouver le dessin de Mittéï que pour son témoignage d'une certaine manière de faire de la BD franco-belge humoristique.
Note : 2,5/5
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Dans le ventre du dragon
Trois aventuriers venus d'horizons très différents s'allient pour accomplir ce qui semble impossible : tuer le plus grand dragon ayant jamais existé en se faisant volontairement avaler afin de le détruire de l'intérieur. Cette trilogie possède beaucoup de qualités qui m'ont immédiatement séduit, même si mon enthousiasme s'est progressivement étiolé au fil des tomes. La première est graphique. Pour commencer, les couvertures en jettent et mettent particulièrement en valeur les dragons, dont les designs sont très réussis. À l'intérieur, Christophe Swal signe un dessin d'heroic fantasy classique mais solide, avec des créatures impressionnantes, des scènes d'action lisibles et souvent épiques, et très bien accompagnées par la colorisation de Simon Champelovier. La seconde qualité est la manière dont la série revisite le mythe des dragons. On retrouve des influences variées, mêlant aussi bien les dragons classiques de l'heroic fantasy que le Fafnir de Siegfried ou encore certains dragons asiatiques. Mais surtout, Mathieu Gabella leur construit une véritable société avec une biologie et des règles qui leur sont propres. Leur regard possède d'étranges pouvoirs de mutation et de transformation, leurs écailles deviennent de l'or lors de leur mue, leur corps produit des gemmes, leur mode de reproduction est particulièrement complexe, et chacun possède une pierre draconique qui constitue à la fois son esprit et la source de ses pouvoirs, pierre dont peuvent parfois s'emparer les humains. Toutes ces idées donnent beaucoup de personnalité à cet univers et ouvrent de nombreuses possibilités. J'ai également bien apprécié le groupe de départ formé par le descendant de Siegfried, le savant alchimiste et le pirate asiatique puis soeur. Ce petit groupe d'aventuriers réunissant des profils très différents à la façon des Sept Mercenaires fonctionne plutôt bien et donne envie de suivre leur quête. Le premier tome est celui que j'ai préféré. Il pose efficacement cet univers, présente progressivement toutes ces idées originales et conserve un véritable souffle épique autour de cette chasse au dragon hors normes. En revanche, une fois les héros véritablement entrés dans les entrailles du gigantesque dragon, donc à partir du second tome, le récit m'a moins convaincu. Les nouvelles originalités développées à l'intérieur de la créature, les explications sur la société draconique, les nombreuses révélations et la mythologie deviennent progressivement plus complexes, parfois un peu alambiquées, et j'ai trouvé que le récit perdait une partie de son efficacité. Le troisième tome conclut correctement l'ensemble en apportant les réponses attendues sur les personnages et sur les dragons. La fin tient plutôt bien la route, mais j'étais moins emporté qu'au début de la série. Ça reste une bonne trilogie de fantasy qui sort du lot grâce à la richesse de son univers et à sa manière très personnelle de revisiter les dragons. J'aurais simplement préféré qu'elle conserve jusqu'au bout le souffle d'aventure et la simplicité épique qui faisaient, à mes yeux, la force de son premier tome.
Sœurs des vagues
Une histoire qui mélange roman graphique et quelques aspects polar (c’est peut-être dans cette dernière catégorie que j’aurais placé cette série d’ailleurs), dans un village paumé de la côte canadienne, dont les habitants (on ne voit que les femmes, les hommes étant morts ou à la pêche à la morue) vivotent. Quelques naufrages (parfois « facilités ») permettent de compléter l’ordinaire, alors que des cargaisons d’alcool clandestines circulent le long des côtes. Mais la disparition de certaines d’entre-elles amène deux mafieux sur les lieux, pour « enquêter », alors qu’un mystérieux marin, rescapé d’un naufrage mais ayant perdu la mémoire, intrigue tout le monde. C’est ce personnage qui va se trouver au cœur de l’intrigue – jusqu’au bout, avec ce clin d’œil final amusant autour de célèbres naufrages, auxquels notre héros a été ou va être mêlé… La narration est fluide, et distille petit à petit des informations sur les personnages, leurs interactions. Tout est crédible et attachant et, sans esbroufe, l’intrigue nous mène tranquillement au bout de cette centaine de pages, sans ennui. Le dessin n’est pas forcément très fouillé (pour les décors en particulier), mais je l’ai trouvé globalement bon et très agréable. Idem pour la colorisation, très plaisante. Une bonne pioche de cette collection Signé. Note réelle 3,5/5.
La Croisière des Oubliés
Une des toutes premières publications d'Enki Bilal en album et le premier volet de la trilogie appelée "légendes d'aujourd'hui" en binôme avec Pierre Christin. Le scénario : l'idée de de départ est puissante et très originale mais passé l'effet de surprise, l'intrigue peine à avancer et la conclusion est assez molle. L'humour a pris un coup de vieux. Le dessin : c'est moche mais ça permet de mesurer les progrès réalisés par Bilal pour arriver en très peu de temps - cinq ans plus tard - à des oeuvres superbes comme le premier album de La Trilogie Nikopol et Les Phalanges de l'ordre noir. Le trait a cependant déjà en son sein toutes les singularités et l'expressivité qu'on lui connaît encore aujourd'hui.
Le Geek, sa Blonde et l'Assassin
Comme l’auteur le précise dans l’entretien qui complète l’album, il n’a pas cherché à développer une histoire d’horreur (même si nombre de scènes s’en rapprochent) à la Junji Ito, mais c’est davantage – voire essentiellement – vers un humour noir poussé qu’il a souhaité orienter son intrigue. Ce qui n’est pas pour me déplaire ! Mais c’est un peu là que le bât blesse. J’ai trouvé que l’auteur (que je découvre ici) n’est pas allé aussi loin que ne l’espérais. Il y avait pourtant matière à faire quelque chose d’assez délirant. En allant vers du plus trash et/ou vers quelque chose de plus absurde et déjanté. L’intrigue est un quasi huis-clos, se déroulant chez le personnage principal qui, accidentellement, a provoqué la mort de son meilleur ami. Ne sachant que faire, il cherche à se débarrasser du cadavre, cherchant sur le net des « méthodes » fiables. Celle qu’il choisit est surprenante ! En tout cas il va entrer en contact avec une jeune femme – qui va se révéler très différente de ce qu’il attendait (même si finalement il ne découvrira jamais la supercherie visiblement). L’intrigue est resserrée au niveau des lieux (l’appartement du héros pour 80% des scènes), des personnages (2 principaux et trois secondaires), mais aussi du scénario lui-même. Mais l’auteur rallonge un peu la sauce avec une bonne idée, les deux premiers chapitres montrent les mêmes choses, mais vues des deux principaux personnages (notre héros tueur malgré lui, et un tueur en série psychopathe), et ça fonctionne plutôt bien. Mais globalement, c’est un peu court, pas assez déjanté à mon goût. Et des scènes inutiles (tout ce qui tourne autour du serial killer et sa « conseillère » par exemple). Le dessin est lisible, mais pas vraiment mon truc. En plus je ne trouve pas génial ces corps un peu trop allongés, avec parfois des proportions franchement bizarres (une tête trop petite par rapport au reste du corps). Bref, une curiosité, un récit original, mais qui n’exploite pas suffisamment le matériau de départ. Note réelle 2,5/5.
Batman / Tarzan - Les griffes de Cat-Woman
Je dois avouer que j'avais quelques appréhensions à propos de cette série. Après tout, il s'agit d'un crossover entre mes deux héros préférés de jeunesse. La lecture des commentaires sur le site et le nom d'Igor Kordey, que je connaissais déjà pour Nous, les morts, m'ont fait dépasser mes hésitations. L'histoire de Ron Marz se lit bien et comporte quelques éléments originaux, notamment une Cat-Woman africaine. Malgré le ton sombre donné au dessin des personnages et des décors, ce Batman et ce Tarzan ne déforment pas mes souvenirs et s'intègrent bien sur mes étagères de comics.
De bonne foi
Nous sommes en 1979, sur les côtes bretonnes. Une bande de braqueurs anarchistes qui font un peu penser à la bande à Bonnot ont attaqué une banque, il y a eu deux morts, les braqueurs sont en cavale. L’un d’eux trouve refuge dans une maison à l’écart, ou réside temporairement une jeune femme, censée y travailler ses examens, pour devenir magistrate. Au départ prise en otage par le braqueur en cavale, des liens se tissent entre eux. Plus qu’un syndrome de Stockholm, c’est surtout de vieux souvenirs qui ressurgissent : gamins ils ont eu maille à partir, et la jeune femme s’est montrée lâche et odieuse envers le jeune homme que le braqueur était alors. Peut-être est-il temps de solder les comptes ? Le récit est un quasi huis-clos, dans la baraque isolée, avec deux personnages. Ça n’est pas inintéressant, mais le rythme est lent, il y a beaucoup de silences (et très peu de texte, ça se lit très vite malgré l’importante pagination). Il manque quelque chose pour densifier cette intrigue, pour la rendre plus captivante. J’ai presque eu l’impression que l’ambiance passait avant l’histoire elle-même. En particulier l’auteure insiste pour mettre en avant le coin, la Bretagne, mais aussi et surtout l’époque : omniprésence des succès musicaux de l’époque, nombreuses évocations des débats de l’époque – 1979 donc – autour de la peine de mort. J’aurais bien aimé que ce dernier point soit davantage utilisé pour dynamiser l’intrigue. Le dessin n’est a priori pas mon truc. Mais il passe finalement. Il y a là aussi un travail sur l’ambiance, avec un rendu presque stylisé, peu de couleurs, mais des contrastes tranchés. Un récit qui se laisse lire, mais qui m’a laissé un goût de « trop peu ». Note réelle 2,5/5.
Dakota 1880
Je dois dire que j'ai été un peu déçu par cet album. Pourtant, j'y suis allé les yeux fermés, mon amour pour Lucky Luke étant au moins aussi fort que celui que j'ai pour Brüno. C'est d'ailleurs, comme tomdelapampa, ce qui me fait mettre 3/5. J'adore ce style, je le trouve hyper maîtrisé depuis quelques albums déjà, et je ne m'en lasse absolument pas. Je me répète inlassablement, mais les dessinateurs qui ont leur patte graphique a eux, reconnaissable entre mille, c'est la crème. Et quand ça donne en plus un rendu propre et une impression de grande maîtrise, c'est la crème de la crème. Brüno est pour moi l'un de ceux, voire celui qui coche le mieux ces deux cases. Et heureusement qu'il est la parce que sinon, quel ennui.. Indépendamment, les historiettes ne sont pas si inintéressantes que ça. Il y a comme dans la série originale des incursions de personnages reels, et un peu plus de mélancolie et de réalisme, ce qui n'est pas pour me déplaire. Mais il n'y a pas d'histoire. Pas de liens entre les scénettes. Pas de morale. Pas de suite notamment à la toute première qui m'avait bien plu. On ne sait pas où les auteurs veulent en venir et où ils veulent nous emmener. Personnellement nulle part, j'ai été perdu au milieu du bouquin. Mais comme je l'ai dit, les histoires en elles mêmes ne sont pas non plus horribles (surtout la première et celle de Annie Oakley), et, surtout, de voir un de mes dessinateurs préférés (le?) reprendre une de mes séries préférées (la?), bon ben je ne peux pas mettre en dessous de la moyenne. Mais quel rendez vous manqué quand même..
Fleurdelys et Patacrac
Mazel et Vicq ont créé au Journal Tintin, à partir de 1966, une série d'aventures humoristiques, certaines plus courtes, d'autres plus longues, se déroulant à l'époque des mousquetaires. En plus de Fleurdelys, je trouve surtout amusants Patacrac et sa «belle, exquise» et intempestive Artémise, qui lui volent souvent la vedette. C’est une série qui m'a marqué par son dessin élégant et son sens de l'aventure. Mazel et Vicq ont créé des personnages attachants et expressifs, tout en offrant une mise en scène dynamique. Beaux combats entre épéistes, cavalcades et explosions, mais c’est l'équilibre entre action et humour qui constitue une des principales qualités de la série, je crois. Les décors sont soignés et le souci du détail la distingue aussi. La publication de ces histoires en album est entièrement méritée.
Braquage et anecdotes savoureuses à raconter en soirée
Si son œuvre est inégale, je m’intéresse beaucoup à ce que publie Karibou, car je suis un gros amateur d’humour, et en particulier d’humour absurde, genre dans lequel cet auteur se spécialise. Et j’ai trouvé cet album sympathique. Pas forcément hilarant, mais suffisamment amusant pour sourire à de nombreuses reprises. Les situations ou dialogues sont souvent décalées, absurdes donc, avec des personnages assez cons (que ce soit les braqueurs ou les flics), il y a quelques sorties savoureuses. A côté de ça, tout en gardant l’absurde comme boussole, Karibou développe un autre pan, avec une critique frontale des télés d’info en continue – CNews en tête, avec comme tête de gondole ici un Pascal Praud aussi sûr de lui, réac, hypocrite et con que l’original. Là aussi, certains dialogues sont réjouissants (on se demande même parfois s’ils sont si exagérés ou décalés par rapport à ce qui se dit sur ce genre de plateau). Quelques bémols toutefois. D’abord tout ne fait pas mouche ou rire, bien sûr. Il y a même des dialogues ratés. Il y a surtout pas mal de redites, lourdeurs (pas forcément volontaire pour accentuer l’humour), qui amènent des longueurs, ce qui est dommage dans ce type d’humour qui ne supporte pas le sur-place. Mais bon, globalement, c’est une très honnête moyenne, un album rigolo et décalé, pour amateurs d’humour con et absurde (avec un dessin figé et peu développé – comme souvent dans ce type d’entreprise, même s’il n’y a pas d’itération iconique comme beaucoup d’albums du même genre récemment).
Bonaventure
Après Les Lettres de mon Moulin, c'est la deuxième série de Mittéï que j'avais envie de découvrir depuis des années, parce que j'en voyais les couvertures parmi les publications de la collection Les Meilleurs Récits du Journal de Spirou. Et c'est une nouvelle redécouverte de cet auteur dont j'ignorais il y a encore un mois à peine à quel point son dessin s'inscrivait dans la plus pure tradition de l'École de Marcinelle. Certaines planches évoquent tour à tour Walthéry, Gos, voire Séron lorsqu'il s'inspire lui-même de Franquin. C'est un style qui parle directement à la nostalgie de mes lectures de jeunesse et qui suscite spontanément mon affection lorsqu'il est réalisé avec autant de sincérité et de soin du détail. Bien sûr, tout n'est pas irréprochable : l'encrage se montre parfois un peu brouillon et les ombrages un peu trop appuyés, mais l'ensemble possède un charme évident. Les histoires respirent elles aussi le Spirou des années 1970. Impossible de ne pas penser à Benoit Brisefer avec ce jeune garçon en apparence tout à fait ordinaire qui cache un pouvoir extraordinaire sous un aspect banal. Ici, Bonaventure déclenche involontairement des phénomènes complètement improbables dès qu'il retire ses lunettes... sans jamais s'en rendre compte puisqu'il ne voit rien sans elles. L'idée est amusante et offre un bon potentiel, à mi-chemin entre l'humour et l'aventure, mais elle montre assez vite ses limites. À force de voir des catastrophes invraisemblables se produire autour de lui sans qu'il ne comprenne jamais rien, le procédé devient répétitif et finit par paraître assez artificiel. De la même façon, comme Mittéï a régulièrement besoin que son héros enlève ses lunettes, il en fait un vrai pleurnichard, que ce soit d'émotion ou de rire, ce qui donne une impression un peu forcée. On alterne entre histoires courtes et récits un peu plus développés, même si celui occupant tout le second tome m'a semblé assez étiré en longueur. Le ton reste résolument léger, les méchants étant davantage tournés en ridicule qu'inquiétants, et les pouvoirs involontaires de Bonaventure servant avant tout à provoquer des situations cocasses. L'humour ne fait pas toujours mouche et il tourne trop souvent autour d'à quel point les gens croient être fous en voyant ce que Bonaventure cause. Le rythme est assez mollasson et les dialogues souvent bavards, mais il faut aussi remettre l'œuvre dans son contexte : c'est une série jeunesse typique de son époque, conçue avant tout pour divertir. Je ne l'ai pas connue enfant, je n'ai donc pas la nostalgie spécifique envers elle. Mais je pense que si je l'avais découverte dans ma jeunesse, je l'aurais probablement assez appréciée, sans pour autant en faire une de mes séries favorites. Aujourd'hui, j'y vois surtout une petite curiosité attachante, sans grande ambition, qui vaut autant pour le plaisir de retrouver le dessin de Mittéï que pour son témoignage d'une certaine manière de faire de la BD franco-belge humoristique. Note : 2,5/5