Encelade est l'adaptation en BD du premier roman de Romain Benassaya, Arca , à ne pas confondre avec la BD Arca du même scénariste, qui se déroule pourtant dans le même univers sans lien direct entre les deux histoires, si ce n’est une discrète mention de la disparition des Arca I et III par le commandement de l’Arca XVII.
C'est de la SF ambitieuse, très proche dans son point de départ de ce que peut proposer la série The Expanse. On retrouve en effet une humanité au bord d’un basculement, la découverte d’un cristal aux propriétés quasi surnaturelles permettant les voyages interstellaires, des tensions politiques entre la Terre et Mars, et une atmosphère de thriller spatial avec détectives et enjeux militaires. Mais passé ces quelques ressemblances, l’histoire se recentre assez vite sur le vaisseau Arca XVII, son fonctionnement interne et surtout le mystère du cristal, autour duquel se développe une secte clandestine qui va provoquer une insurrection à bord avec l’aide de créatures insectoïdes, avant que le récit ne parte encore plus loin vers des enjeux de voyage dans l’espace et le temps.
Le graphisme de Joan Urgell m’a surpris. J’ai eu le sentiment de ne pas retrouver la finesse de trait dont il faisait preuve dans Arca. Je lui reprochais alors la rigidité et la manque d'expressivité de ses visages. On dirait qu'il a essayé de compenser cela en donnant des bouches plus vivantes à ses personnages, mais ça leur donne un aspect simiesque assez ridicule, mais aussi quelques sourires ou expressions plus outrées horriblement ratés, limite effrayants. Qui plus est, leurs traits sont assez changeants et pour peu que leurs coiffures se ressemblent, comme celles des deux héroïnes, on en vient beaucoup trop souvent à les confondre et ne même pas être sûr de qui on voit dans certaines scènes. Par contre, les scènes spatiales, le vaisseau et autres décors sont réussis, de même que les couleurs.
J’ai trouvé l'histoire assez prenante dans son entame, avec une mise en place crédible et un vrai sentiment de mystère autour de ce cristal et des tensions naissantes. En revanche, dès que les événements s’emballent, j’ai eu une impression de confusion assez nette, avec des réactions de personnages pas toujours très lisibles et une narration qui s'embrouille. Cela s’accentue encore lorsque le récit bascule vers des dimensions plus complexes. Jusqu’à une résolution finale qui m’a paru presque trop simple au regard de la menace globale mise en place. Le fait que tout se débloque finalement par une action très ponctuelle de l’héroïne affectant une unique personne m’a laissé une impression de déséquilibre entre l’ampleur des enjeux et la facilité apparente de leur résolution, même si les auteurs laissent toujours planer un peu la menace sur la toute dernière case.
C'est un récit de SF plein d'ambition mais parfois trop dense ou confus dans son exécution narrative qui manque de fluidité. Le dessin, inégal en particulier concernant les visages, contribue aussi à cette impression de flottement, même s’il conserve une vraie force dans les environnements et la dimension spatiale. Bref, une impression mi-figue mi-raisin même si je n'ai pas passé un mauvais moment.
Cette bande qui réunit le duo Abuli/Bernet a bénéficié d'une attention particulière concernant la qualité d'édition : grand format, papier épais.
C'est un bel écrin pour contenir le superbe noir et blanc de Bernet.
On aurait aimer retrouver ce soin dans la narration, qui est une satire des codes du western spaghetti.
Ce n'est pas ce qu'Abuli a produit de pire mais c'est un cran en dessous de Torpedo.
Une lecture divertissante mais qui s'oublie très vite.
Une petite fable contemporaine mettant en scène un vieil homme acariâtre et misanthrope, une petite héroïne pleine d’énergie et de candeur, et un antagoniste riche et franchement malveillant dans un récit de rédemption et de bons sentiments.
J'ai trouvé cette lecture globalement sympathique, portée par une dynamique de conte de Noël autour de la transformation des personnages et de la confrontation entre solitude, innocence et méchanceté assumée, avec une trajectoire assez classique mais efficace.
Le héros rappelle évidemment le personnage de Scrooge. En face, la petite héroïne est très mignonne, extrêmement énergique, un peu trop parfaite pour être totalement crédible. L’antagoniste suit un peu la même logique, avec une méchanceté très directe, presque caricaturale, qui simplifie fortement les enjeux.
Malgré cela, l’histoire tient relativement bien la route. Le récit est simple mais cohérent, avec quelques touches d'humour, et j'ai apprécié qu’il avance sans réelle rupture de ton ni incohérence majeure. On est dans quelque chose de très balisé, mais qui reste lisible et suffisamment fluide pour fonctionner jusqu’au bout. L’ensemble sent parfois un peu trop la guimauve, avec une progression émotionnelle assez prévisible, mais qui garde malgré tout une certaine efficacité dans son exécution.
Quant au dessin, il m'a beaucoup plu. J’y ai trouvé une vraie qualité d’ambiance et de mise en scène, avec une douceur visuelle qui m’a parfois fait penser à Michel Plessix, notamment dans la manière de traiter les personnages et les atmosphères. C’est clairement un des points forts de l’album, avec un style agréable et expressif qui accompagne bien le ton du récit.
J’en ressors avec une impression globalement positive, une lecture agréable et bien réalisée, mais un peu trop sucrée et appuyée pour vraiment me convaincre pleinement sur la durée.
Les éditions 2024 (désormais 2042 !) ont publié cet album en partenariat avec les éditions de la BNF. Et le moins que l’on puisse dire c’est que ce travail éditorial est de toute beauté (comme à chaque fois pour cette grande petite maison d’édition strasbourgeoise serais-je tenté d’écrire).
Un très très grand format. Je ne sais pas si c’est pour garder le format de la parution initiale en revue – voir la fiche pour les références, mais en tout cas ça facilite la lecture, car sinon les cases auraient sans doute été un chouia trop petites.
La publication initiale des trois histoires regroupées ici date du début du XXème siècle. On y retrouve donc des caractéristiques de cette époque « préhistorique » de la BD, à savoir de multiples petites cases, avec un texte en dessous de chaque case.
En fin d’album, un très beau dossier d’une douzaine de pages, qui replace bien l’album dans son contexte, et donne au lecteur de nombreuses pistes pour approfondir sa lecture, et sur la « postérité » de ces histoires et de ce type de SF fantaisiste en général.
Le texte est abondant, parfois indigeste, très « explicatif », prenant le temps de raconter une histoire dense, il faut s’y faire.
C’est de la SF d’avant la SF de papa. Une SF qui ne s’embarrasse pas de crédibilité scientifique, ce qui lui donne une patine intéressante aujourd’hui, renforçant les aspects poétiques et décalés. On est entre Méliès et certains albums de Vuillier (pour reprendre un auteur publié par ces mêmes éditions 2024 : voir Le Voyage Céleste Extatique).
Des savants, des découvertes, des situations, des animaux, personnages tous aux confins du monde connu (Lune, Mars) et de l’imagination de l’auteur (dont je n’avais jamais entendu parler). On ne cherche pas encore à ancrer les intrigues dans le sérieux. Place à l’aventure fantaisiste, à la science des rêveurs : les professeurs Theodolitus, Diplodocus et Polycarpe (qui apportent chacun une fausse caution scientifique dans chacune des histoires successivement reprises ici) ont le sérieux de Tournesol sans en avoir la loufoquerie. On cherche vraiment à nous faire croire à ce sérieux (seuls quelques jeux de mots sur certains noms de personnages, comme l’ingénieur Troisix par exemple) nous font un peu dévier de cette idée. Mais leur sérieux fait l’impasse sur la réalité, pour s’épanouir dans les possibles imaginaires.
J’ai lu cet imposant album par petites touches, et j’admets avoir zappé quelques textes parfois, car c’est quand même très chargé. Pour un lecteur contemporain, mais il ne faut pas oublier que c’était publié en revue à raison de deux pages par numéros…
Et cette SF fantaisiste devait quand même faire du bien aux lecteurs qui l’ont découverte durant la boucherie de la Première guerre mondiale.
Une curiosité, qui a forcément énormément vieilli, mais qui conserve quand même suffisamment de fraicheur pour intéresser les lecteurs curieux de découvrir une des œuvres pionnières de la BD francophone. Et c’est un très bel objet !
Ce petit album sans mots est charmant. Nous assistons à la marche d'une jeune femme à travers les rues de Paris, les espaces publics, les stations, depuis un kiosque à fleurs jusqu'à sa rue (?). Nous sommes en 1934. Au passage, il y a des manifestants et des gendarmes, des voitures et des objets urbains détruits.
Tout son parcours est suivi à quelque distance par un dessinateur/peintre... et à la fin il y a un échange heureux !
Le dessin est beau : le noir et blanc, l'enchaînement des images, par deux, tout est très réussi. Je regrette juste que ce soit si court, mais cela faisait partie des conditions initiales de la collection.
Le dessin est clair et net, on dirait un Schuiten avec moins de détails. L'ambiance est celle de l'Université de Coimbra, la plus ancienne du Portugal, et les images lui rendent justice.
La narration voyage entre le siècle des Lumières et la contemporanéité. Oui, il y a un secret à découvrir, mais j'aurais aimé que tout soit plus dense et complexe. Qu'un peu plus de mystère et différentes pistes restent ouvertes...
L'album inclut un dispositif visuel, une petite feuille miroir, qui permet de voir des images cachées dans les dessins. C'est intelligent et cela préfigure certains dispositifs que nous retrouverons chez M. A. Mathieu.
Le Dieu-Fauve est une épopée violente, vengeresse et tragique.
La BD se compose de quatre chapitres. Chaque chapitre, raconté à travers un point de vue différent, met en scène des personnages en quête de pouvoir dans un monde violent où règne la loi du plus fort.
La force du récit repose sur le Dieu-Fauve, figure centrale de l’album : un singe capturé par les humains, battu et mutilé pour devenir une bête guerrière.
L’intensité du récit monte au fil des chapitres : on assiste à la lutte de pouvoir entre les protagonistes mais également à la naissance de la légende du Dieu-Fauve et à sa quête vengeresse, se concluant magnifiquement par un épilogue qui continue à me hanter.
Je suis plus partagé sur la construction narrative de l’album, notamment dans les deux premiers chapitres. Le chapitre 1 nous montre l’origine du Dieu-Fauve, sa force repose sur l’effet de surprise qui attend le lecteur à la fin du chapitre. Cependant, je trouve que ce chapitre est assez éloigné des trois autres et a tendance à perdre le lecteur.
Le deuxième chapitre a pour fonction de poser l’univers et ses enjeux mais a pour défaut de « noyer » le lecteur sous les informations, les ellipses temporelles ne facilitant pas la tâche.
Personnellement, je pense que le récit aurait pu gagner en clarté en supprimant le chapitre 1 et en rallongeant le chapitre 2.
Le dessin est agréable à regarder mais j’ai parfois trouvé qu’il manquait de clarté dans certaines scènes. On a également tendance à confondre les personnages entre eux.
Le dessin accompagne bien l’album même s’il m’a parfois donné la sensation « d’habiller » l’histoire plutôt que de l’incarner. C’est un goût personnel mais j’aime quand le dessin se suffit à lui-même pour raconter l’histoire (par exemple, je pense que le chapitre 1 aurait été beaucoup plus marquant sans les récitatifs expliquant ce qu’il se passe).
Malgré mes réserves, Le Dieu-Fauve reste une bonne lecture, avec un récit montant en intensité dont l’épilogue me marque encore.
Un récit post-apocalypse qui ne renouvelle pas le genre. Il se laisse lire, mais il m’a laissé un peu sur ma faim. Avec une impression de « trop peu », que ce soit pour l’aspect graphique, ou pour le récit lui-même.
Le dessin est minimaliste, que ce soit pour le trait lui-même, parfois hésitant, ou pour les décors, peu développés. Mais ça reste aéré et lisible.
L’intrigue reste trop classique. Si elle se laisse lire, son manque d’originalité (un univers post-apocalypse, des errants rejoignant une cité dirigée par une femme aux méthodes dictatoriales) et son manque de profondeur (on ne sait pas grand-chose de l’univers lui-même, des raisons qui ont fait que Tom, l’héroïne a été expulsée de sa cité, ou même des personnages en général, à propos desquels on n’apprend pas grand-chose).
Le diptyque se laisse lire, assez rapidement – étant donnés le peu de texte et de profondeur de l’intrigue – mais j’attendais sans doute autre chose ou plus d’une histoire qui ne sort pas suffisamment des sentiers battus.
Note réelle 2,5/5.
2.5
Frans Masereel nous raconte sa propre version du mythe d'Icare.
Son dessin est toujours sympathique à regarder. Quant au scénario, il est simple et tout de même un peu trop prévisible pour un lecteur moderne. Comme tout est muet et qu'il y a peu de pages, cela se lit très rapidement et ce n'est pas très mémorable. Il faut dire que si je reconnais les qualités de l'œuvre de Masereel, je ne suis pas un grand fan contrairement à d'autres posteurs sur le site. J'ai l'impression que c'est vraiment un album que pour ceux qui l'adorent. En tout cas, moi j'ai moins accroché à cet album qu'à d'autres de l'auteur, même s'il y a quelques belles planches dans le lot.
Une lecture sympathique.
La narration est fluide. Le dessin, parfois ressemblant à des esquisses améliorées, se révèle lui aussi agréable, dynamique, et j’ai aussi bien aimé la colorisation.
Par petites touches, l’auteur parvient à nous amener une ambiance, un arrière-plan assez noir (l’intrigue se déroule dans un petit bled côtier dans l’Espagne franquiste des années 1970), sans que cette noirceur prédomine. Mais on sent quand même le carcan qui pèse sur les populations, et le voile qui se lève sur le passé du personnage principal éclaire certains souvenirs douloureux, autour de la guerre civile.
Intrigue et personnages sont plaisants à suivre, et la noirceur sous-jacente évoquée plus haut laisse le plus souvent place à un récit jovial, « bon enfant », au sein duquel les dangers sont comme anesthésiés. Il faut dire qu’on est prié d’accepter quelques petites facilités : le vieux bonhomme accepté, voire chouchouté en deux temps trois mouvements par la communauté villageoise après avoir « sauvé » un cochon ; et la façon dont ce même bonhomme échappe à la mort lorsqu’il est poursuivi par la Garde Civile (en se jetant d’une falaise au volant d’une bagnole…) ; et la distribution finale du « butin », qui transforme en immense happy end où les « méchants » (type bedonnant de la Garde Civile, mégère pratiquant usure et mauvaise langue, notable franquiste) sont ridicules et mis de côté par la joie de tous les autres .
Mais ça passe quand même, et c’est un album qui mérité davantage que le relatif anonymat où il semble reclus.
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Encelade
Encelade est l'adaptation en BD du premier roman de Romain Benassaya, Arca , à ne pas confondre avec la BD Arca du même scénariste, qui se déroule pourtant dans le même univers sans lien direct entre les deux histoires, si ce n’est une discrète mention de la disparition des Arca I et III par le commandement de l’Arca XVII. C'est de la SF ambitieuse, très proche dans son point de départ de ce que peut proposer la série The Expanse. On retrouve en effet une humanité au bord d’un basculement, la découverte d’un cristal aux propriétés quasi surnaturelles permettant les voyages interstellaires, des tensions politiques entre la Terre et Mars, et une atmosphère de thriller spatial avec détectives et enjeux militaires. Mais passé ces quelques ressemblances, l’histoire se recentre assez vite sur le vaisseau Arca XVII, son fonctionnement interne et surtout le mystère du cristal, autour duquel se développe une secte clandestine qui va provoquer une insurrection à bord avec l’aide de créatures insectoïdes, avant que le récit ne parte encore plus loin vers des enjeux de voyage dans l’espace et le temps. Le graphisme de Joan Urgell m’a surpris. J’ai eu le sentiment de ne pas retrouver la finesse de trait dont il faisait preuve dans Arca. Je lui reprochais alors la rigidité et la manque d'expressivité de ses visages. On dirait qu'il a essayé de compenser cela en donnant des bouches plus vivantes à ses personnages, mais ça leur donne un aspect simiesque assez ridicule, mais aussi quelques sourires ou expressions plus outrées horriblement ratés, limite effrayants. Qui plus est, leurs traits sont assez changeants et pour peu que leurs coiffures se ressemblent, comme celles des deux héroïnes, on en vient beaucoup trop souvent à les confondre et ne même pas être sûr de qui on voit dans certaines scènes. Par contre, les scènes spatiales, le vaisseau et autres décors sont réussis, de même que les couleurs. J’ai trouvé l'histoire assez prenante dans son entame, avec une mise en place crédible et un vrai sentiment de mystère autour de ce cristal et des tensions naissantes. En revanche, dès que les événements s’emballent, j’ai eu une impression de confusion assez nette, avec des réactions de personnages pas toujours très lisibles et une narration qui s'embrouille. Cela s’accentue encore lorsque le récit bascule vers des dimensions plus complexes. Jusqu’à une résolution finale qui m’a paru presque trop simple au regard de la menace globale mise en place. Le fait que tout se débloque finalement par une action très ponctuelle de l’héroïne affectant une unique personne m’a laissé une impression de déséquilibre entre l’ampleur des enjeux et la facilité apparente de leur résolution, même si les auteurs laissent toujours planer un peu la menace sur la toute dernière case. C'est un récit de SF plein d'ambition mais parfois trop dense ou confus dans son exécution narrative qui manque de fluidité. Le dessin, inégal en particulier concernant les visages, contribue aussi à cette impression de flottement, même s’il conserve une vraie force dans les environnements et la dimension spatiale. Bref, une impression mi-figue mi-raisin même si je n'ai pas passé un mauvais moment.
Snake
Cette bande qui réunit le duo Abuli/Bernet a bénéficié d'une attention particulière concernant la qualité d'édition : grand format, papier épais. C'est un bel écrin pour contenir le superbe noir et blanc de Bernet. On aurait aimer retrouver ce soin dans la narration, qui est une satire des codes du western spaghetti. Ce n'est pas ce qu'Abuli a produit de pire mais c'est un cran en dessous de Torpedo. Une lecture divertissante mais qui s'oublie très vite.
Un Pas vers les Etoiles
Une petite fable contemporaine mettant en scène un vieil homme acariâtre et misanthrope, une petite héroïne pleine d’énergie et de candeur, et un antagoniste riche et franchement malveillant dans un récit de rédemption et de bons sentiments. J'ai trouvé cette lecture globalement sympathique, portée par une dynamique de conte de Noël autour de la transformation des personnages et de la confrontation entre solitude, innocence et méchanceté assumée, avec une trajectoire assez classique mais efficace. Le héros rappelle évidemment le personnage de Scrooge. En face, la petite héroïne est très mignonne, extrêmement énergique, un peu trop parfaite pour être totalement crédible. L’antagoniste suit un peu la même logique, avec une méchanceté très directe, presque caricaturale, qui simplifie fortement les enjeux. Malgré cela, l’histoire tient relativement bien la route. Le récit est simple mais cohérent, avec quelques touches d'humour, et j'ai apprécié qu’il avance sans réelle rupture de ton ni incohérence majeure. On est dans quelque chose de très balisé, mais qui reste lisible et suffisamment fluide pour fonctionner jusqu’au bout. L’ensemble sent parfois un peu trop la guimauve, avec une progression émotionnelle assez prévisible, mais qui garde malgré tout une certaine efficacité dans son exécution. Quant au dessin, il m'a beaucoup plu. J’y ai trouvé une vraie qualité d’ambiance et de mise en scène, avec une douceur visuelle qui m’a parfois fait penser à Michel Plessix, notamment dans la manière de traiter les personnages et les atmosphères. C’est clairement un des points forts de l’album, avec un style agréable et expressif qui accompagne bien le ton du récit. J’en ressors avec une impression globalement positive, une lecture agréable et bien réalisée, mais un peu trop sucrée et appuyée pour vraiment me convaincre pleinement sur la durée.
Dans l'infini et autres histoires
Les éditions 2024 (désormais 2042 !) ont publié cet album en partenariat avec les éditions de la BNF. Et le moins que l’on puisse dire c’est que ce travail éditorial est de toute beauté (comme à chaque fois pour cette grande petite maison d’édition strasbourgeoise serais-je tenté d’écrire). Un très très grand format. Je ne sais pas si c’est pour garder le format de la parution initiale en revue – voir la fiche pour les références, mais en tout cas ça facilite la lecture, car sinon les cases auraient sans doute été un chouia trop petites. La publication initiale des trois histoires regroupées ici date du début du XXème siècle. On y retrouve donc des caractéristiques de cette époque « préhistorique » de la BD, à savoir de multiples petites cases, avec un texte en dessous de chaque case. En fin d’album, un très beau dossier d’une douzaine de pages, qui replace bien l’album dans son contexte, et donne au lecteur de nombreuses pistes pour approfondir sa lecture, et sur la « postérité » de ces histoires et de ce type de SF fantaisiste en général. Le texte est abondant, parfois indigeste, très « explicatif », prenant le temps de raconter une histoire dense, il faut s’y faire. C’est de la SF d’avant la SF de papa. Une SF qui ne s’embarrasse pas de crédibilité scientifique, ce qui lui donne une patine intéressante aujourd’hui, renforçant les aspects poétiques et décalés. On est entre Méliès et certains albums de Vuillier (pour reprendre un auteur publié par ces mêmes éditions 2024 : voir Le Voyage Céleste Extatique). Des savants, des découvertes, des situations, des animaux, personnages tous aux confins du monde connu (Lune, Mars) et de l’imagination de l’auteur (dont je n’avais jamais entendu parler). On ne cherche pas encore à ancrer les intrigues dans le sérieux. Place à l’aventure fantaisiste, à la science des rêveurs : les professeurs Theodolitus, Diplodocus et Polycarpe (qui apportent chacun une fausse caution scientifique dans chacune des histoires successivement reprises ici) ont le sérieux de Tournesol sans en avoir la loufoquerie. On cherche vraiment à nous faire croire à ce sérieux (seuls quelques jeux de mots sur certains noms de personnages, comme l’ingénieur Troisix par exemple) nous font un peu dévier de cette idée. Mais leur sérieux fait l’impasse sur la réalité, pour s’épanouir dans les possibles imaginaires. J’ai lu cet imposant album par petites touches, et j’admets avoir zappé quelques textes parfois, car c’est quand même très chargé. Pour un lecteur contemporain, mais il ne faut pas oublier que c’était publié en revue à raison de deux pages par numéros… Et cette SF fantaisiste devait quand même faire du bien aux lecteurs qui l’ont découverte durant la boucherie de la Première guerre mondiale. Une curiosité, qui a forcément énormément vieilli, mais qui conserve quand même suffisamment de fraicheur pour intéresser les lecteurs curieux de découvrir une des œuvres pionnières de la BD francophone. Et c’est un très bel objet !
Marguerite
Ce petit album sans mots est charmant. Nous assistons à la marche d'une jeune femme à travers les rues de Paris, les espaces publics, les stations, depuis un kiosque à fleurs jusqu'à sa rue (?). Nous sommes en 1934. Au passage, il y a des manifestants et des gendarmes, des voitures et des objets urbains détruits. Tout son parcours est suivi à quelque distance par un dessinateur/peintre... et à la fin il y a un échange heureux ! Le dessin est beau : le noir et blanc, l'enchaînement des images, par deux, tout est très réussi. Je regrette juste que ce soit si court, mais cela faisait partie des conditions initiales de la collection.
Le Secret de Coimbra
Le dessin est clair et net, on dirait un Schuiten avec moins de détails. L'ambiance est celle de l'Université de Coimbra, la plus ancienne du Portugal, et les images lui rendent justice. La narration voyage entre le siècle des Lumières et la contemporanéité. Oui, il y a un secret à découvrir, mais j'aurais aimé que tout soit plus dense et complexe. Qu'un peu plus de mystère et différentes pistes restent ouvertes... L'album inclut un dispositif visuel, une petite feuille miroir, qui permet de voir des images cachées dans les dessins. C'est intelligent et cela préfigure certains dispositifs que nous retrouverons chez M. A. Mathieu.
Le Dieu-Fauve
Le Dieu-Fauve est une épopée violente, vengeresse et tragique. La BD se compose de quatre chapitres. Chaque chapitre, raconté à travers un point de vue différent, met en scène des personnages en quête de pouvoir dans un monde violent où règne la loi du plus fort. La force du récit repose sur le Dieu-Fauve, figure centrale de l’album : un singe capturé par les humains, battu et mutilé pour devenir une bête guerrière. L’intensité du récit monte au fil des chapitres : on assiste à la lutte de pouvoir entre les protagonistes mais également à la naissance de la légende du Dieu-Fauve et à sa quête vengeresse, se concluant magnifiquement par un épilogue qui continue à me hanter. Je suis plus partagé sur la construction narrative de l’album, notamment dans les deux premiers chapitres. Le chapitre 1 nous montre l’origine du Dieu-Fauve, sa force repose sur l’effet de surprise qui attend le lecteur à la fin du chapitre. Cependant, je trouve que ce chapitre est assez éloigné des trois autres et a tendance à perdre le lecteur. Le deuxième chapitre a pour fonction de poser l’univers et ses enjeux mais a pour défaut de « noyer » le lecteur sous les informations, les ellipses temporelles ne facilitant pas la tâche. Personnellement, je pense que le récit aurait pu gagner en clarté en supprimant le chapitre 1 et en rallongeant le chapitre 2. Le dessin est agréable à regarder mais j’ai parfois trouvé qu’il manquait de clarté dans certaines scènes. On a également tendance à confondre les personnages entre eux. Le dessin accompagne bien l’album même s’il m’a parfois donné la sensation « d’habiller » l’histoire plutôt que de l’incarner. C’est un goût personnel mais j’aime quand le dessin se suffit à lui-même pour raconter l’histoire (par exemple, je pense que le chapitre 1 aurait été beaucoup plus marquant sans les récitatifs expliquant ce qu’il se passe). Malgré mes réserves, Le Dieu-Fauve reste une bonne lecture, avec un récit montant en intensité dont l’épilogue me marque encore.
Détour par Epsilon
Un récit post-apocalypse qui ne renouvelle pas le genre. Il se laisse lire, mais il m’a laissé un peu sur ma faim. Avec une impression de « trop peu », que ce soit pour l’aspect graphique, ou pour le récit lui-même. Le dessin est minimaliste, que ce soit pour le trait lui-même, parfois hésitant, ou pour les décors, peu développés. Mais ça reste aéré et lisible. L’intrigue reste trop classique. Si elle se laisse lire, son manque d’originalité (un univers post-apocalypse, des errants rejoignant une cité dirigée par une femme aux méthodes dictatoriales) et son manque de profondeur (on ne sait pas grand-chose de l’univers lui-même, des raisons qui ont fait que Tom, l’héroïne a été expulsée de sa cité, ou même des personnages en général, à propos desquels on n’apprend pas grand-chose). Le diptyque se laisse lire, assez rapidement – étant donnés le peu de texte et de profondeur de l’intrigue – mais j’attendais sans doute autre chose ou plus d’une histoire qui ne sort pas suffisamment des sentiers battus. Note réelle 2,5/5.
Le Soleil
2.5 Frans Masereel nous raconte sa propre version du mythe d'Icare. Son dessin est toujours sympathique à regarder. Quant au scénario, il est simple et tout de même un peu trop prévisible pour un lecteur moderne. Comme tout est muet et qu'il y a peu de pages, cela se lit très rapidement et ce n'est pas très mémorable. Il faut dire que si je reconnais les qualités de l'œuvre de Masereel, je ne suis pas un grand fan contrairement à d'autres posteurs sur le site. J'ai l'impression que c'est vraiment un album que pour ceux qui l'adorent. En tout cas, moi j'ai moins accroché à cet album qu'à d'autres de l'auteur, même s'il y a quelques belles planches dans le lot.
L'Echo des jours brisés
Une lecture sympathique. La narration est fluide. Le dessin, parfois ressemblant à des esquisses améliorées, se révèle lui aussi agréable, dynamique, et j’ai aussi bien aimé la colorisation. Par petites touches, l’auteur parvient à nous amener une ambiance, un arrière-plan assez noir (l’intrigue se déroule dans un petit bled côtier dans l’Espagne franquiste des années 1970), sans que cette noirceur prédomine. Mais on sent quand même le carcan qui pèse sur les populations, et le voile qui se lève sur le passé du personnage principal éclaire certains souvenirs douloureux, autour de la guerre civile. Intrigue et personnages sont plaisants à suivre, et la noirceur sous-jacente évoquée plus haut laisse le plus souvent place à un récit jovial, « bon enfant », au sein duquel les dangers sont comme anesthésiés. Il faut dire qu’on est prié d’accepter quelques petites facilités : le vieux bonhomme accepté, voire chouchouté en deux temps trois mouvements par la communauté villageoise après avoir « sauvé » un cochon ; et la façon dont ce même bonhomme échappe à la mort lorsqu’il est poursuivi par la Garde Civile (en se jetant d’une falaise au volant d’une bagnole…) ; et la distribution finale du « butin », qui transforme en immense happy end où les « méchants » (type bedonnant de la Garde Civile, mégère pratiquant usure et mauvaise langue, notable franquiste) sont ridicules et mis de côté par la joie de tous les autres . Mais ça passe quand même, et c’est un album qui mérité davantage que le relatif anonymat où il semble reclus.