J’avais été extrêmement emballé par le concept que Benoît Vieillard m’avait présenté lors de cette soirée mémorable organisée par Zoo le Mag à Saint-Malo l'année dernière. L’idée était audacieuse, presque révolutionnaire : des doubles pages à parcourir dans tous les sens, un immeuble où les habitants montent, descendent, se croisent, comme une métaphore visuelle du chaos urbain et des destins entrelacés. Sur le papier, c’était brillant, et j’avais hâte de plonger dans cette expérience narrative unique.
Pourtant, à la lecture, je reste un peu sur ma faim. Difficile de mettre le doigt sur ce qui cloche, car ce n’est clairement pas le dessin : le trait de Benoît est précis, expressif, et la mise en page, aussi ambitieuse soit-elle, est maîtrisée. Alors quoi ?
Peut-être est-ce les histoires elles-mêmes qui, en se confondant, s’entremêlant, finissent par semer le trouble plutôt que l’émerveillement. On se perd dans les parcours, comme si l’accumulation de destins et de perspectives, au lieu d’enrichir le récit, le diluait. L’originalité du support demande peut-être un fil conducteur plus marqué. Malgré la complexité, il est important à mon sens de garder une cohérence émotionnelle et narrative.
Ne vous y trompez pas, 13 Devil Street reste une œuvre fascinante par son approche, mais qui, pour moi, peine à tenir toutes ses promesses. Une déception relative, donc, car l’ambition est là – et c’est déjà beaucoup.
Comme toute les mini séries de Duchâteau (Peggy Press, Serge Morand... Chancellor démarre bien mais finit par se prendre les pieds dans le tapis.
Le premier album est soigné. Il nous livre les bases d'un univers SF intéressant mais le second ressemble plus à une enquête de Ric Hochet.
Le dessin est quand même très sympa, Sanahujas fait preuve d'un bel imaginaire. Les couvertures ont un charme rétro inégalable. Duchateau a toujours su s'entourer de dessinateurs de talent.
Par contre il n'a jamais su donner de l'ampleur à ses récits. Et c'est bien dommage de maîtriser aussi bien les codes narratifs, sans cette étincelle artistique, ce souffle nécessaire à la création d'une grande œuvre.
Même si j'ai lu plusieurs romans d'Anne Rice, je n'ai jamais lu Entretien avec un vampire, simplement parce que je connaissais déjà très bien son histoire grâce au film, puis plus récemment à son excellente adaptation en série TV. En découvrant cet album, j'ai d'abord cru qu'il s'agissait d'une histoire inédite consacrée à Claudia. En réalité, c'est surtout un changement de point de vue : on revit l'histoire d'Entretien avec un vampire à travers son regard, en se limitant à la période comprise entre sa Naissance et sa disparition, ce qui représente malgré tout la plus grande partie du récit original.
J'ai tout de même eu le plaisir d'y découvrir un épisode absent du film, lorsque Louis et Claudia croisent en Europe centrale une étrange créature qui vient enrichir le mythe vampirique imaginé par Anne Rice. Le reste demeure très fidèle au roman, avec un éclairage un peu plus intime sur les sentiments et les motivations de Claudia, ce qui permet de mieux comprendre sa frustration grandissante d'être condamnée à rester éternellement enfermée dans un corps d'enfant.
Le dessin d'Ashley Marie Witter est très marqué par une influence asiatique, avec des personnages aux traits fins, juvéniles et souvent androgynes. C'est un style maîtrisé et assez séduisant pour représenter les protagonistes, renforcé par une belle palette de tons sépia où seuls le sang et quelques détails ressortent en rouge. En revanche, cette approche me rappelle parfois certains manga shojo : les personnages occupent presque tout l'espace, tandis que les décors restent souvent réduits au minimum. J'aurais apprécié une mise en scène un peu plus ample et plus immersive.
Il faut dire aussi que l'accent est clairement mis sur le romantisme gothique et les longues réflexions métaphysiques autour de l'immortalité, de la solitude, du désir d'aimer et d'être aimé, ou encore de la quête d'une identité impossible. C'est évidemment le cœur même de l'œuvre d'Anne Rice, et l'adaptation lui reste très fidèle. Malgré tout, j'avoue que ces dialogues très lyriques et ces longs monologues ont fini par me lasser par moments, même si l'histoire conserve toute sa force tragique et le pouvoir de fascination qui fait le charme des Chroniques des Vampires.
Fidèle à sa couverture, cette BD se présente modestement comme une pantalonnade divertissante autour d'une invraisemblable escroquerie.
Par son titre et ses illustrations excessivement caricaturales, cette BD impose son horizon d'attente et sa grille de lecture autour de la notion de divertissement.
Si les illustrations peuvent légèrement déplaire dans certains de leurs excès (la bouche de l'acolyte plus large que celle d'un métro), leur imitation trop révérencieuse de Blain, les couleurs sembler bien ternes pour le genre, l'on se réjouit du rythme enlevé déployé, sans lequel l'exubérance aurait perdu bien de son charme. Ainsi, la dramaturgie intègre habilement cette nécessité rythmique via le personnage de l'inspecteur et toutes les péripéties en découlant. Par ailleurs, le cinéphile que je suis goûte grandement l'inattendu hommage au chef-d’œuvre de Lubitsch "Trouble in paradise / Haute pègre" distillé par le beau personnage de Miss Tam-Tam, meneuse de revue à la cleptomanie des plus charmantes.
Léger, assez amusant et parfaitement divertissant, ni plus ni moins.
Comme beaucoup d’autres avant lui ces derniers temps, Rudy Spiessert nous propose ici un condensé d’humour con et surtout absurde. Je ne sais pas si cela vient du fait que je lise beaucoup d’albums de ce type, et que du coup je suis blasé, mais je suis sorti un chouia déçu de cette lecture.
Spiessert va souvent jusqu’au bout d’idées totalement farfelues, loufoques. Il dépasse la simple parodie décalée d’un super-héros débile, pour empiler dialogues et situations absurdes. On atteint même parfois quelque chose de poétique, presque surréaliste, un univers dans lequel humains et objets du quotidien et personnages plus ou moins hybrides (voire parties du corps humain) ont le même statut.
L’humour en lui-même ne fonctionne pas forcément – en tout cas je n’ai pas vraiment ri. J’ai par contre souri à plusieurs reprises, et j’ai jusqu’au bout été curieux de voir jusqu’où Spiessert aller pouvoir pousser le curseur.
Au final, même si je m’attendais à trouver cet album plus drôle, je reconnais son originalité – qui ne plaira sans doute pas à tous les lecteurs habituels de Fluide.
Note réelle 2,5/5.
J'aime bien l'idée que l'Europe finisse par avoir ses superhéros, ce qui en plus avec le lâchage américain de l'Europe aujourd'hui, tombe bien... Une Défense... et des héros a soi ne sont pas de trop. Et donc cette bd et d'autres du même genre sont, en somme, une mise à niveau bien nécessaire. De plus le dessin est bien, on ne dira pas génial. Il y a l'idée de base aussi : les superhéros seraient générés par les villes, quand on en a d'assez grosses, ils adviennent. La puissance est une question d'échelle, ce qui est largement le cas, dans la vie.
Cependant, crouler sous le nombre de prestigieux invité dans cette histoire ne garantit pas qu'elle soit passionnante. Assez intéressante, c'est tout… Tandis que dans Fables ( je suis au quatrième tome ) je suis avec entrain voire passion les aventures de nos fables, parole de commun !
Un documentaire sur les anxieux et cela tombe bien je suis souvent anxieux moi-même !
J'ai appris des trucs dans ce one-shot qui est dans la moyenne des documentaires en BD. Ceux qui sont habitués à ce type de BD ne vont pas être dépaysagé. Le dessin est simple et parfois même un peu trop, ça manque un peu de décors par moment c'est un peu vide. On explique les choses de manières simples et efficaces et on ajoute un peu d'humour pour détendre l'atmosphère. Comme c'est trop souvent le cas, le dossier en fin d'album est plus intéressant que la BD elle-même.
Comme je l'ai écrit, on est dans un niveau correcte, mais la narration manque de dynamisme et c'est pas très palpitant à lire.
Une BD qui revisite le conte « la belle au bois dormant ».
Un récit dont la narratrice n'est autre que Briar, une princesse plongée dans un sommeil léthargique. Elle n'attend qu'un baiser de son prince charmant pour se réveiller. Son prince viendra, mais pas fou le gars, point de baiser, juste un mariage pour s'octroyer quelques pouvoirs et ainsi guerroyer au nom du roi. Vous l'aurez compris notre jeune princesse va finir par se réveiller après un siècle de sommeil, mais son monde aura changé.
Un conte qui commence avec ces quelques mots « J'ai le regret de vous informer que le narrateur de mon conte de fées est mort ». Des fées seront présentes et évidemment, dans le lot, il y aura la méchante de service. Une histoire qui va s'éloigner du conte originel au fur et à mesure que l'intrigue avance. La belle va devenir rebelle. Une réécriture qui nous feras découvrir une princesse ambiguë, des compagnons de route originaux et la violence omniprésente dans les différents royaumes. Une intrigue au rythme soutenu qui m'a accroché malgré le fait qu'elle fasse un peu du surplace (ça tourne en rond par moment). Je suis contrarié pour le côté enfantin qui sévit par moment (et donc des dialogues qui vont avec). Le résultat, c'est une histoire de vengeance qui ne sait pas si elle doit viser un jeune public ou un autre plus mâture.
La partie graphique a du charme, elle apporte sa pierre à cet univers médiéval et fantastique.
J'ai une préférence pour le tome 1 et le dessin de German Garcia qui sous une apparence "bâclée" est efficace, expressif et tout en finesse. La colorisation nuancée de Matheus Lopes est réussie.
Pour le second opus, c'est Alex Lins qui est au crayon. Son dessin est plus classique dans un style dynamique et démonstratif. De même pour les couleurs plus tape à l'œil.
Sympathique, sans plus.
Cette intégrale des Lettres de mon moulin a été pour moi une triple découverte. D'abord celle du contenu de ces trois fameux "Meilleurs récits du journal Spirou" dont j'avais tant vu les couvertures dans ma jeunesse sans jamais pouvoir les lire. Ensuite celle des très célèbres Lettres de mon moulin d'Alphonse Daudet, dont j'ai énormément entendu parler sans les avoir jamais lues, au point de ne même pas savoir que La Chèvre de Monsieur Seguin, que je récitais pourtant presque par cœur étant plus jeune, en était issue. Enfin, celle d'une facette de Mitteï que j'ignorais complètement. Je ne le connaissais que comme scénariste et je ne m'attendais pas à découvrir un dessinateur aussi proche de l'École de Marcinelle que j'affectionne tant.
Les premières pages m'ont même fait croire un instant que je lisais du Walthéry, avec quelques accents de Gos et de Will. Son trait est rond, chaleureux, expressif, baigné de ces couleurs lumineuses qui évoquent immédiatement le Spirou de cette époque. C'est un vrai plaisir à parcourir et cela convient parfaitement aux contes provençaux de Daudet. À partir du deuxième tome, en revanche, le dessin évolue vers un style un peu plus réaliste lorsque Mitteï met davantage en scène Daudet lui-même et ses voyages. Personnellement, j'ai trouvé cette évolution moins séduisante et je préfère largement son approche plus franco-belge à gros nez de ces récits de contes.
J'ai ressenti la même chose concernant le contenu. Les adaptations des légendes provençales sont celles qui m'ont le plus plu. Malgré une ambiance souvent très catholique, elles dégagent ce parfum de merveilleux, de traditions populaires et parfois même de conte de Noël qui faisait tout le charme du Spirou d'autrefois. Les récits plus directement consacrés à Daudet, à ses rencontres ou à ses souvenirs de Provence (et un peu de Corse dans le troisième tome) ont un intérêt historique indéniable et permettent de découvrir la vie locale au XIXe siècle, mais ils m'ont moins captivé. J'y ai trouvé un peu trop de conversations, d'anecdotes ou de chroniques locales qui, sans être déplaisantes, peinent davantage à m'embarquer.
Je ne regrette absolument pas cette découverte, ne serait-ce que pour son dessin et pour le plaisir de parcourir enfin une oeuvre aussi emblématique du patrimoine franco-belge que de la littérature française. J'espérais toutefois être un peu plus emporté par les récits eux-mêmes, dont seuls les contes les plus poétiques m'ont réellement marqué.
Comme si souvent avec les albums collectifs, le résultat est assez hétéroclite. Les quarante auteurs réunis ici mettent leur talent au service d'une belle cause (la lutte contre le cancer des enfants), mais chacun le fait à sa manière. Certains racontent des histoires mettant en scène de véritables enfants atteints de la maladie, d'autres évoquent plus largement des enfants malades ou fragilisés, tandis que quelques-uns s'éloignent complètement du sujet pour livrer un récit qui cherche simplement à réchauffer le cœur ou à transmettre un message positif. Certains ressortent des personnages déjà bien connus de leur univers, d'autres créent des histoires inédites spécialement pour l'occasion.
Cette diversité fait à la fois la richesse et la limite de l'album. Les styles graphiques changent à chaque histoire, les sensibilités aussi. Certaines planches sont excellentes, aussi bien sur le fond que sur la forme, d'autres sont plus anecdotiques, parfois un peu convenues ou moins inspirées, même si elles sont toujours portées par de bonnes intentions. Chacun y trouvera sans doute ses préférées en fonction de ses goûts.
Au bout du compte, c'est un recueil inégal, comme le sont souvent les ouvrages de ce genre, mais dont la sincérité et la générosité ne font jamais de doute. L'ensemble se lit agréablement, permet de découvrir ou de retrouver de nombreux auteurs, et surtout de soutenir une initiative qui mérite largement d'être encouragée.
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13 Devil Street
J’avais été extrêmement emballé par le concept que Benoît Vieillard m’avait présenté lors de cette soirée mémorable organisée par Zoo le Mag à Saint-Malo l'année dernière. L’idée était audacieuse, presque révolutionnaire : des doubles pages à parcourir dans tous les sens, un immeuble où les habitants montent, descendent, se croisent, comme une métaphore visuelle du chaos urbain et des destins entrelacés. Sur le papier, c’était brillant, et j’avais hâte de plonger dans cette expérience narrative unique. Pourtant, à la lecture, je reste un peu sur ma faim. Difficile de mettre le doigt sur ce qui cloche, car ce n’est clairement pas le dessin : le trait de Benoît est précis, expressif, et la mise en page, aussi ambitieuse soit-elle, est maîtrisée. Alors quoi ? Peut-être est-ce les histoires elles-mêmes qui, en se confondant, s’entremêlant, finissent par semer le trouble plutôt que l’émerveillement. On se perd dans les parcours, comme si l’accumulation de destins et de perspectives, au lieu d’enrichir le récit, le diluait. L’originalité du support demande peut-être un fil conducteur plus marqué. Malgré la complexité, il est important à mon sens de garder une cohérence émotionnelle et narrative. Ne vous y trompez pas, 13 Devil Street reste une œuvre fascinante par son approche, mais qui, pour moi, peine à tenir toutes ses promesses. Une déception relative, donc, car l’ambition est là – et c’est déjà beaucoup.
Chancellor - Enquêteur du futur
Comme toute les mini séries de Duchâteau (Peggy Press, Serge Morand... Chancellor démarre bien mais finit par se prendre les pieds dans le tapis. Le premier album est soigné. Il nous livre les bases d'un univers SF intéressant mais le second ressemble plus à une enquête de Ric Hochet. Le dessin est quand même très sympa, Sanahujas fait preuve d'un bel imaginaire. Les couvertures ont un charme rétro inégalable. Duchateau a toujours su s'entourer de dessinateurs de talent. Par contre il n'a jamais su donner de l'ampleur à ses récits. Et c'est bien dommage de maîtriser aussi bien les codes narratifs, sans cette étincelle artistique, ce souffle nécessaire à la création d'une grande œuvre.
Entretien avec un vampire - L'Histoire de Claudia
Même si j'ai lu plusieurs romans d'Anne Rice, je n'ai jamais lu Entretien avec un vampire, simplement parce que je connaissais déjà très bien son histoire grâce au film, puis plus récemment à son excellente adaptation en série TV. En découvrant cet album, j'ai d'abord cru qu'il s'agissait d'une histoire inédite consacrée à Claudia. En réalité, c'est surtout un changement de point de vue : on revit l'histoire d'Entretien avec un vampire à travers son regard, en se limitant à la période comprise entre sa Naissance et sa disparition, ce qui représente malgré tout la plus grande partie du récit original. J'ai tout de même eu le plaisir d'y découvrir un épisode absent du film, lorsque Louis et Claudia croisent en Europe centrale une étrange créature qui vient enrichir le mythe vampirique imaginé par Anne Rice. Le reste demeure très fidèle au roman, avec un éclairage un peu plus intime sur les sentiments et les motivations de Claudia, ce qui permet de mieux comprendre sa frustration grandissante d'être condamnée à rester éternellement enfermée dans un corps d'enfant. Le dessin d'Ashley Marie Witter est très marqué par une influence asiatique, avec des personnages aux traits fins, juvéniles et souvent androgynes. C'est un style maîtrisé et assez séduisant pour représenter les protagonistes, renforcé par une belle palette de tons sépia où seuls le sang et quelques détails ressortent en rouge. En revanche, cette approche me rappelle parfois certains manga shojo : les personnages occupent presque tout l'espace, tandis que les décors restent souvent réduits au minimum. J'aurais apprécié une mise en scène un peu plus ample et plus immersive. Il faut dire aussi que l'accent est clairement mis sur le romantisme gothique et les longues réflexions métaphysiques autour de l'immortalité, de la solitude, du désir d'aimer et d'être aimé, ou encore de la quête d'une identité impossible. C'est évidemment le cœur même de l'œuvre d'Anne Rice, et l'adaptation lui reste très fidèle. Malgré tout, j'avoue que ces dialogues très lyriques et ces longs monologues ont fini par me lasser par moments, même si l'histoire conserve toute sa force tragique et le pouvoir de fascination qui fait le charme des Chroniques des Vampires.
L'Homme qui vendit la Tour Eiffel
Fidèle à sa couverture, cette BD se présente modestement comme une pantalonnade divertissante autour d'une invraisemblable escroquerie. Par son titre et ses illustrations excessivement caricaturales, cette BD impose son horizon d'attente et sa grille de lecture autour de la notion de divertissement. Si les illustrations peuvent légèrement déplaire dans certains de leurs excès (la bouche de l'acolyte plus large que celle d'un métro), leur imitation trop révérencieuse de Blain, les couleurs sembler bien ternes pour le genre, l'on se réjouit du rythme enlevé déployé, sans lequel l'exubérance aurait perdu bien de son charme. Ainsi, la dramaturgie intègre habilement cette nécessité rythmique via le personnage de l'inspecteur et toutes les péripéties en découlant. Par ailleurs, le cinéphile que je suis goûte grandement l'inattendu hommage au chef-d’œuvre de Lubitsch "Trouble in paradise / Haute pègre" distillé par le beau personnage de Miss Tam-Tam, meneuse de revue à la cleptomanie des plus charmantes. Léger, assez amusant et parfaitement divertissant, ni plus ni moins.
Bruno le barbare
Comme beaucoup d’autres avant lui ces derniers temps, Rudy Spiessert nous propose ici un condensé d’humour con et surtout absurde. Je ne sais pas si cela vient du fait que je lise beaucoup d’albums de ce type, et que du coup je suis blasé, mais je suis sorti un chouia déçu de cette lecture. Spiessert va souvent jusqu’au bout d’idées totalement farfelues, loufoques. Il dépasse la simple parodie décalée d’un super-héros débile, pour empiler dialogues et situations absurdes. On atteint même parfois quelque chose de poétique, presque surréaliste, un univers dans lequel humains et objets du quotidien et personnages plus ou moins hybrides (voire parties du corps humain) ont le même statut. L’humour en lui-même ne fonctionne pas forcément – en tout cas je n’ai pas vraiment ri. J’ai par contre souri à plusieurs reprises, et j’ai jusqu’au bout été curieux de voir jusqu’où Spiessert aller pouvoir pousser le curseur. Au final, même si je m’attendais à trouver cet album plus drôle, je reconnais son originalité – qui ne plaira sans doute pas à tous les lecteurs habituels de Fluide. Note réelle 2,5/5.
La Brigade Chimérique
J'aime bien l'idée que l'Europe finisse par avoir ses superhéros, ce qui en plus avec le lâchage américain de l'Europe aujourd'hui, tombe bien... Une Défense... et des héros a soi ne sont pas de trop. Et donc cette bd et d'autres du même genre sont, en somme, une mise à niveau bien nécessaire. De plus le dessin est bien, on ne dira pas génial. Il y a l'idée de base aussi : les superhéros seraient générés par les villes, quand on en a d'assez grosses, ils adviennent. La puissance est une question d'échelle, ce qui est largement le cas, dans la vie. Cependant, crouler sous le nombre de prestigieux invité dans cette histoire ne garantit pas qu'elle soit passionnante. Assez intéressante, c'est tout… Tandis que dans Fables ( je suis au quatrième tome ) je suis avec entrain voire passion les aventures de nos fables, parole de commun !
Le Club des anxieux qui se soignent - Comment combattre l'anxiété
Un documentaire sur les anxieux et cela tombe bien je suis souvent anxieux moi-même ! J'ai appris des trucs dans ce one-shot qui est dans la moyenne des documentaires en BD. Ceux qui sont habitués à ce type de BD ne vont pas être dépaysagé. Le dessin est simple et parfois même un peu trop, ça manque un peu de décors par moment c'est un peu vide. On explique les choses de manières simples et efficaces et on ajoute un peu d'humour pour détendre l'atmosphère. Comme c'est trop souvent le cas, le dossier en fin d'album est plus intéressant que la BD elle-même. Comme je l'ai écrit, on est dans un niveau correcte, mais la narration manque de dynamisme et c'est pas très palpitant à lire.
Briar - La Rebelle au bois dormant
Une BD qui revisite le conte « la belle au bois dormant ». Un récit dont la narratrice n'est autre que Briar, une princesse plongée dans un sommeil léthargique. Elle n'attend qu'un baiser de son prince charmant pour se réveiller. Son prince viendra, mais pas fou le gars, point de baiser, juste un mariage pour s'octroyer quelques pouvoirs et ainsi guerroyer au nom du roi. Vous l'aurez compris notre jeune princesse va finir par se réveiller après un siècle de sommeil, mais son monde aura changé. Un conte qui commence avec ces quelques mots « J'ai le regret de vous informer que le narrateur de mon conte de fées est mort ». Des fées seront présentes et évidemment, dans le lot, il y aura la méchante de service. Une histoire qui va s'éloigner du conte originel au fur et à mesure que l'intrigue avance. La belle va devenir rebelle. Une réécriture qui nous feras découvrir une princesse ambiguë, des compagnons de route originaux et la violence omniprésente dans les différents royaumes. Une intrigue au rythme soutenu qui m'a accroché malgré le fait qu'elle fasse un peu du surplace (ça tourne en rond par moment). Je suis contrarié pour le côté enfantin qui sévit par moment (et donc des dialogues qui vont avec). Le résultat, c'est une histoire de vengeance qui ne sait pas si elle doit viser un jeune public ou un autre plus mâture. La partie graphique a du charme, elle apporte sa pierre à cet univers médiéval et fantastique. J'ai une préférence pour le tome 1 et le dessin de German Garcia qui sous une apparence "bâclée" est efficace, expressif et tout en finesse. La colorisation nuancée de Matheus Lopes est réussie. Pour le second opus, c'est Alex Lins qui est au crayon. Son dessin est plus classique dans un style dynamique et démonstratif. De même pour les couleurs plus tape à l'œil. Sympathique, sans plus.
Les Lettres de mon Moulin
Cette intégrale des Lettres de mon moulin a été pour moi une triple découverte. D'abord celle du contenu de ces trois fameux "Meilleurs récits du journal Spirou" dont j'avais tant vu les couvertures dans ma jeunesse sans jamais pouvoir les lire. Ensuite celle des très célèbres Lettres de mon moulin d'Alphonse Daudet, dont j'ai énormément entendu parler sans les avoir jamais lues, au point de ne même pas savoir que La Chèvre de Monsieur Seguin, que je récitais pourtant presque par cœur étant plus jeune, en était issue. Enfin, celle d'une facette de Mitteï que j'ignorais complètement. Je ne le connaissais que comme scénariste et je ne m'attendais pas à découvrir un dessinateur aussi proche de l'École de Marcinelle que j'affectionne tant. Les premières pages m'ont même fait croire un instant que je lisais du Walthéry, avec quelques accents de Gos et de Will. Son trait est rond, chaleureux, expressif, baigné de ces couleurs lumineuses qui évoquent immédiatement le Spirou de cette époque. C'est un vrai plaisir à parcourir et cela convient parfaitement aux contes provençaux de Daudet. À partir du deuxième tome, en revanche, le dessin évolue vers un style un peu plus réaliste lorsque Mitteï met davantage en scène Daudet lui-même et ses voyages. Personnellement, j'ai trouvé cette évolution moins séduisante et je préfère largement son approche plus franco-belge à gros nez de ces récits de contes. J'ai ressenti la même chose concernant le contenu. Les adaptations des légendes provençales sont celles qui m'ont le plus plu. Malgré une ambiance souvent très catholique, elles dégagent ce parfum de merveilleux, de traditions populaires et parfois même de conte de Noël qui faisait tout le charme du Spirou d'autrefois. Les récits plus directement consacrés à Daudet, à ses rencontres ou à ses souvenirs de Provence (et un peu de Corse dans le troisième tome) ont un intérêt historique indéniable et permettent de découvrir la vie locale au XIXe siècle, mais ils m'ont moins captivé. J'y ai trouvé un peu trop de conversations, d'anecdotes ou de chroniques locales qui, sans être déplaisantes, peinent davantage à m'embarquer. Je ne regrette absolument pas cette découverte, ne serait-ce que pour son dessin et pour le plaisir de parcourir enfin une oeuvre aussi emblématique du patrimoine franco-belge que de la littérature française. J'espérais toutefois être un peu plus emporté par les récits eux-mêmes, dont seuls les contes les plus poétiques m'ont réellement marqué.
La BD qui fait du bien
Comme si souvent avec les albums collectifs, le résultat est assez hétéroclite. Les quarante auteurs réunis ici mettent leur talent au service d'une belle cause (la lutte contre le cancer des enfants), mais chacun le fait à sa manière. Certains racontent des histoires mettant en scène de véritables enfants atteints de la maladie, d'autres évoquent plus largement des enfants malades ou fragilisés, tandis que quelques-uns s'éloignent complètement du sujet pour livrer un récit qui cherche simplement à réchauffer le cœur ou à transmettre un message positif. Certains ressortent des personnages déjà bien connus de leur univers, d'autres créent des histoires inédites spécialement pour l'occasion. Cette diversité fait à la fois la richesse et la limite de l'album. Les styles graphiques changent à chaque histoire, les sensibilités aussi. Certaines planches sont excellentes, aussi bien sur le fond que sur la forme, d'autres sont plus anecdotiques, parfois un peu convenues ou moins inspirées, même si elles sont toujours portées par de bonnes intentions. Chacun y trouvera sans doute ses préférées en fonction de ses goûts. Au bout du compte, c'est un recueil inégal, comme le sont souvent les ouvrages de ce genre, mais dont la sincérité et la générosité ne font jamais de doute. L'ensemble se lit agréablement, permet de découvrir ou de retrouver de nombreux auteurs, et surtout de soutenir une initiative qui mérite largement d'être encouragée.