Noah Van Sciver est un auteur de l’underground américain – genre qui m’intéresse a priori – avec lequel j’ai quelques difficultés depuis que je l’ai découvert.
Ici on est dans le récit autobiographique (comme souvent chez lui), centré sur sa jeunesse, et même sur une très courte période (quelques semaines de l’année 1992). C’est quand même assez restreint, et nécessite donc quelque chose de fort dans le récit pour le rendre captivant.
C’est un peu là que le bât blesse. Ça se laisse lire, c’est dynamique, il y a de l’autodérision, et l’auteur nous rend palpable la naissance de son attrait pour les comics (dans une version moins trash, mais aussi moins « captivante » que d’autres auteurs comme Joe Matt dans Les Kids par exemple), et ses difficultés pour s’insérer dans des relations stables avec les gamins de son quartier (dont le nom donne le titre de l’ouvrage). Mais l’ensemble est un peu trop léger, ça manque de quelque chose pour rendre plus intéressante cette plongée dans la jeunesse de l’auteur.
Le dessin est hésitant. Pas extraordinaire, mais lisible. La colorisation un peu grasse n’est pas mon truc.
Note réelle 2,5/5.
Un western tout à fait correct, mais qui manque d’un élément marquant pour vraiment sortir du lot. L’ensemble est agréable à lire et le contexte de la fin de la guerre de Sécession apporte un cadre intéressant, mais le scénario ne laisse finalement que peu de souvenirs. Quelques jours après ma lecture, il ne m’en reste surtout que quelques scènes ou anecdotes plutôt que le récit dans son ensemble.
Les personnages sont assez lisses et peinent à susciter un réel attachement. Côté dessin, le style est un peu vieillot à mon goût, même s’il remplit parfaitement son rôle et sert bien l’ambiance du western. Au final, c’est une lecture divertissante, efficace, mais qui ne révolutionne absolument rien et ne fera probablement pas partie des albums dont je me souviendrai longtemps.
Nouvelle œuvre de l'autrice de Voyage de malade, cette bande dessinée reprend ce qui faisait le charme de son précédent album : un univers animalier mignon, plein de tendresse et d'humour, destiné avant tout aux lecteurs de 6 à 10 ans. Cette fois, en revanche, l'histoire suit une trame plus classique et prévisible.
Lorsqu'un nouveau voisin s'installe dans un paisible village peuplé d'animaux anthropomorphes, sa voisine Tinegueli décide immédiatement de devenir son amie. Débordante d'énergie, d'optimisme et de bonne humeur, elle évoque parfois une Schtroumpfette incapable de perdre sa motivation, quelles que soient les circonstances. Elle encaisse sans broncher les remarques désagréables, les refus répétés et les portes qui se ferment au nez, tout en restant persuadée qu'elle finira par convaincre son voisin de participer aux fêtes et aux activités du village.
Cette obstination souriante m'a parfois semblé un peu artificielle. La voir s'acharner avec une patience infinie alors que tout l'encourage à abandonner sonne un peu faux. Mais il faut garder à l'esprit que l'on est face à une histoire destinée à de jeunes enfants, pas à un traité de psychologie. Le problème existe d'ailleurs dans l'autre sens : au début, l'acharnement du voisin grognon à être désagréable, à rejeter tout ce qui plaît aux autres et à repousser systématiquement toute marque de gentillesse paraît lui aussi un peu excessif. C'est dur de comprendre pourquoi Tinegueli tient autant à apprivoiser quelqu'un qui ne lui rend jamais la pareille.
Heureusement, les personnages évoluent progressivement. C'est même ce qui fait la réussite de l'album. Petit à petit, le grognon laisse apparaître des fissures dans sa carapace et montre davantage d'ouverture envers les autres. Dans le même temps, Tinegueli s'épuise à force de donner sans recevoir et finit par craquer. Ces évolutions les rendent soudain beaucoup plus humains, plus crédibles et surtout plus attachants. À partir de là, la mayonnaise prend et l'on se surprend à s'investir émotionnellement dans leur relation.
Graphiquement, le trait souple et expressif de Josephine Mark donne une jolie personnalité à ses animaux anthropomorphes. Les couleurs chaleureuses, les nombreux gags visuels et les expressions des personnages rendent la lecture vivante. L'ensemble dégage une douceur communicative qui séduira facilement le jeune public.
Sans retrouver l'originalité ni certains thèmes plus audacieux de Voyage de malade, cette nouvelle bande dessinée demeure une lecture jeunesse agréable, tendre et pleine de bons sentiments, qui parvient finalement à toucher grâce à l'évolution de ses deux personnages principaux.
Un 2.5 arrondi au supérieur, puisque ma note prend en compte que pour une BD humoristique j'ai tout de même ri sur quelques gags et parfois pouffé aussi.
La BD est assez difficile à juger de ma part, vu que je suis bien loin de ces sociétés en open space, de ces considérations patronales de grandes entreprises et des DRH, chefs de projets et autres joyeuses étiquettes de notre société. Difficile donc de m'y retrouver dans cette représentation mais elle a réussi parfois à me faire rire face à l'absurde avidité du système ou la résignation passive de l'employé subalterne.
La BD explore aussi le confinement et le télétravail avec toutes les difficultés qui s'y rattachaient, encore une référence que je ne connaissais pas spécialement. Mais la lecture se fait, c'est juste que pas mal de références sont assez peu compréhensible lorsqu'on est pas dans le contexte économique décrit dans la BD. De même, si l'on sent parfois une critique de l'état de fait, la BD n'est pas subversive pour un sou. Un petit regret de ma part, j'aurais beaucoup aimé voir l'opposition entre syndicaliste, altermondialiste ou adepte de la décroissance et la direction.
En l'état ce n'est pas une mauvaise BD, personnellement je n'y suis pas du tout sensible et d'autres pourraient y trouver plus d'intérêt mais je ne la pense pas comme qui intéressera tout le monde.
Une série étonnante, qui m’a surpris – plutôt agréablement.
Surprise tout d’abord de retrouver Monde dans un registre différent de ce que je connaissais de lui.
Surprise ensuite avec cette histoire qui peu à peu installe ces deux mondes parallèles, et ces êtres étranges, les « Cyclopes », qui jouent le rôle de menace de plus en plus présente – dans les deux mondes – tout en n’ayant pas de personnalité réelle : une sorte d’outil, d’arme par destination que Monde ne cherche pas à détailler, expliquer.
Une fois l’univers installé, et alors que le lecteur s’est familiarisé avec la particularité d’Alta et divers personnages, le récit bascule peu à peu vers quelque chose de plus conventionnel, que ce soit sur Terre ou sur Alta (coup d’État, rôle des militaires, etc.).
Il y a quelques longueurs, dans les deux derniers tomes essentiellement, mais globalement ça se laisse lire, l’intrigue est intéressante et bien menée. La conclusion est ouverte, comme si Monde n’avait pas voulu choisir, mais après tout pourquoi pas ?
Je ne suis a priori pas fan du style graphique, mais je m’y suis fait, et je lui reconnais des qualités. Il participe aussi de cette étrangeté dont j’ai parlé plus haut (avec ces bouts de cyclopes ou de personnages qui semblent s’évaporer parfois).
Une série qui sort de l’ordinaire, et qui mérite qu’on y jette un coup d’œil.
Le début est particulièrement marquant et installe une atmosphère rude qui laisse présager un récit d’une grande intensité. Malheureusement, le soufflé retombe progressivement. L’impression est celle d’une bande dessinée construite autour d’un fait historique aussi fascinant qu’anecdotique, sans disposer de suffisamment de matière pour maintenir son élan jusqu’au bout. Pour ceux qui connaissent déjà l’épisode de l’épidémie de danse de Strasbourg, l’absence d’effet de surprise renforce encore cette sensation, et le récit finit par tourner un peu en rond......
Cela reste malgré tout une adaptation de qualité. La reconstitution de l’époque est convaincante, les questionnements religieux et sociaux sont bien retranscrits, et le regard porté sur les petites gens apporte une vraie humanité au récit. Le dessin est également solide : son style un peu rétro n’est pas forcément à mon goût, mais il sert bien l’ambiance et demeure cohérent avec le sujet. Une bonne lecture, sans être aussi marquante que son point de départ pouvait le laisser espérer.
Une lecture agréable, mais qui s’adresse clairement davantage à un public adolescent qu’à ceux qui recherchent une BD plus ambitieuse. L’intrigue fonctionne bien, le rythme est soutenu et l’enquête se suit avec plaisir, même si l’ensemble reste assez convenu et s’appuie parfois sur des ressorts un peu clichés.
Le dessin est efficace et lisible, mais son style très proche du roman graphique jeunesse ne m’a pas totalement convaincu. Il accompagne bien le récit sans vraiment lui apporter de personnalité. Une série sympathique qui se lit facilement, mais qui manque à mes yeux d’originalité, aussi bien dans son scénario que dans sa proposition graphique.
Fabcaro – avec lequel l’auteure a déjà collaboré – affirme plusieurs fois dans sa préface que cet album est drôle. Venant d’un tel « prescripteur », je ne pouvais que m’y intéresser. Et, au final, ça se laisse lire, mais ça n’est pas si « drôle » que ça. En tout cas ça ne joue pas du tout sur le registre absurde cher à Fabcaro.
Ici, l’auteure nous dépeint sa jeunesse, son adolescence, au travers du prisme de l’école. Ou plutôt des collèges/lycées, privés/publics (l’établissement privé catholique dans lequel elle a été scolarisé se révélant proche de ce que certains scandales à répétition nous donnent à voir : la charité chrétienne s’effaçant derrière la violence (physique, un chouia sexuelle), pour une pédagogie qui laisse franchement à désirer.
Finalement, après moult « échecs » et atermoiements, la jeune femme va trouver sa voie et l’école qu’il lui fallait – en l’occurrence l’Institut Saint-Luc par lequel sont passés pas mal d’auteurs de BD.
Si ça n’est pas spécialement « drôle », la narration est quand même très dynamique, parfois amusante, jouant sur l’autodérision pour rendre cette lecture agréable
L’intrigue est assez simple, et les deux albums se lisent relativement rapidement (la pagination est importante, mais il n’y a pas beaucoup de texte – pas mal de cases muettes même – et l’histoire n’est pas très dense).
Nous sommes dans un univers indéfini, vaguement post-apocalypse. Un univers entièrement urbain, bétonné, dans lequel apparaissent régulièrement des bêtes géantes (des animaux tout ce qui de plus classiques, mais à la taille disproportionnée, et à l’agressivité dangereuse). Face à cette menace, la caste des Traçaires tente d’éliminer ces bestias.
L’héroïne, Jacquie, est l’une des Traçaires. On ne peut pas dire qu’elle soit attachante. Presque mutique, froide, peu expressive. On s’intéresse quand même à elle, car certains détails révélés dans le second album la relient aux bestias. Et aussi parce qu’elle est rapidement accompagnée (contre son gré une grande partie du récit) par un jeune homme bien plus expressif et expansif, Kevyn. C’est lui qui donne vit et dynamisme à la narration, même si les personnages – à commencer par Jacquie et Kevyn – sont quand même très caricaturaux.
Le dessin est globalement lisible, dynamique et pas désagréable. J’ai juste quelques petites choses qi m’ont chiffonné – mais c’est affaire de goûts. Ce sont certains visages, en particulier lorsqu’il s’agit d’exprimer des émotions fortes, ou de crier, qui s’inspirent de l’esthétique manga (je n’aime pas ces travers) en surjouant tout, les gueules grandes ouvertes. Idem pour toutes les bastons (et donc davantage dans le second tome, qui en est rempli), ça n’est vraiment pas mon truc.
D’autres choses font penser aux mangas : certains bestias ressemblent à certains animaux de la mythologie japonaise, et on a parfois l’impression en regardant la lutte de Jacquie et Kevyn contre ces bestias gigantesques d’observer un ersatz de Godzilla ravageant les villes japonaises.
Au final, un récit qui se laisse lire, mais qui n’est pas forcément ma came. Je pense que le récit aurait pu être raccourci. C’est en tout cas un récit détonne un peu dans le catalogue des Humanos…
Note réelle 2,5/5.
Je retrouve ici des auteurs (et éditeurs) que j’ai davantage l’habitude de croiser chez Fblbl, souvent sur des projets originaux et intéressants.
C’est aussi le cas ici, chez un autre – et plus gros – éditeur…
L’intrigue plonge dans une SF apocalyptique, alterne entre présent et futur éloigné (environ 500 ans), et entre Terre et Lune.
La narration est aérée, ça se laisse lire agréablement, et relativement rapidement (j’ai lu les deux tomes parus pour l’instant). Surtout – mais ça ne m’étonne pas connaissant les auteurs – des questionnements très actuels viennent se greffer au récit.
En effet, la Terre est sur le point d’avoir épuisé ses ressources, et un projet est lancé pour aller sur la Lune, d’une part pour sauver une partie des Terriens, mais aussi pour y produire plantes et énergie qui pourraient sauver la vie sur Terre (mais cela prend du temps…). Plusieurs questions éthiques apparaissent : les chercheurs ont-ils en tête de sauver l’humanité ou de se sauver eux-mêmes ? Et surtout, l’énorme quantité de matières et d’énergie nécessaires à la mise en œuvre du projet lunaire (reliée avec la Terre par une sorte d’ascenseur) ne va-t-il pas surconsommer le peu de ressources disponibles, accélérant par-là la catastrophe dont on voudrait se prémunir ? Réflexions intéressantes (et d’actualité, il n’y a qu’à voir certaines élucubrations récentes – d’Elon Musk par exemple…).
Un récit qui se lit plaisamment, et qui est accompagné d’un dessin et d’une colorisation eux-aussi agréables.
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Maple Terrace - New Jersey, 1992
Noah Van Sciver est un auteur de l’underground américain – genre qui m’intéresse a priori – avec lequel j’ai quelques difficultés depuis que je l’ai découvert. Ici on est dans le récit autobiographique (comme souvent chez lui), centré sur sa jeunesse, et même sur une très courte période (quelques semaines de l’année 1992). C’est quand même assez restreint, et nécessite donc quelque chose de fort dans le récit pour le rendre captivant. C’est un peu là que le bât blesse. Ça se laisse lire, c’est dynamique, il y a de l’autodérision, et l’auteur nous rend palpable la naissance de son attrait pour les comics (dans une version moins trash, mais aussi moins « captivante » que d’autres auteurs comme Joe Matt dans Les Kids par exemple), et ses difficultés pour s’insérer dans des relations stables avec les gamins de son quartier (dont le nom donne le titre de l’ouvrage). Mais l’ensemble est un peu trop léger, ça manque de quelque chose pour rendre plus intéressante cette plongée dans la jeunesse de l’auteur. Le dessin est hésitant. Pas extraordinaire, mais lisible. La colorisation un peu grasse n’est pas mon truc. Note réelle 2,5/5.
Gibier de potence
Un western tout à fait correct, mais qui manque d’un élément marquant pour vraiment sortir du lot. L’ensemble est agréable à lire et le contexte de la fin de la guerre de Sécession apporte un cadre intéressant, mais le scénario ne laisse finalement que peu de souvenirs. Quelques jours après ma lecture, il ne m’en reste surtout que quelques scènes ou anecdotes plutôt que le récit dans son ensemble. Les personnages sont assez lisses et peinent à susciter un réel attachement. Côté dessin, le style est un peu vieillot à mon goût, même s’il remplit parfaitement son rôle et sert bien l’ambiance du western. Au final, c’est une lecture divertissante, efficace, mais qui ne révolutionne absolument rien et ne fera probablement pas partie des albums dont je me souviendrai longtemps.
Le Voisin grognon
Nouvelle œuvre de l'autrice de Voyage de malade, cette bande dessinée reprend ce qui faisait le charme de son précédent album : un univers animalier mignon, plein de tendresse et d'humour, destiné avant tout aux lecteurs de 6 à 10 ans. Cette fois, en revanche, l'histoire suit une trame plus classique et prévisible. Lorsqu'un nouveau voisin s'installe dans un paisible village peuplé d'animaux anthropomorphes, sa voisine Tinegueli décide immédiatement de devenir son amie. Débordante d'énergie, d'optimisme et de bonne humeur, elle évoque parfois une Schtroumpfette incapable de perdre sa motivation, quelles que soient les circonstances. Elle encaisse sans broncher les remarques désagréables, les refus répétés et les portes qui se ferment au nez, tout en restant persuadée qu'elle finira par convaincre son voisin de participer aux fêtes et aux activités du village. Cette obstination souriante m'a parfois semblé un peu artificielle. La voir s'acharner avec une patience infinie alors que tout l'encourage à abandonner sonne un peu faux. Mais il faut garder à l'esprit que l'on est face à une histoire destinée à de jeunes enfants, pas à un traité de psychologie. Le problème existe d'ailleurs dans l'autre sens : au début, l'acharnement du voisin grognon à être désagréable, à rejeter tout ce qui plaît aux autres et à repousser systématiquement toute marque de gentillesse paraît lui aussi un peu excessif. C'est dur de comprendre pourquoi Tinegueli tient autant à apprivoiser quelqu'un qui ne lui rend jamais la pareille. Heureusement, les personnages évoluent progressivement. C'est même ce qui fait la réussite de l'album. Petit à petit, le grognon laisse apparaître des fissures dans sa carapace et montre davantage d'ouverture envers les autres. Dans le même temps, Tinegueli s'épuise à force de donner sans recevoir et finit par craquer. Ces évolutions les rendent soudain beaucoup plus humains, plus crédibles et surtout plus attachants. À partir de là, la mayonnaise prend et l'on se surprend à s'investir émotionnellement dans leur relation. Graphiquement, le trait souple et expressif de Josephine Mark donne une jolie personnalité à ses animaux anthropomorphes. Les couleurs chaleureuses, les nombreux gags visuels et les expressions des personnages rendent la lecture vivante. L'ensemble dégage une douceur communicative qui séduira facilement le jeune public. Sans retrouver l'originalité ni certains thèmes plus audacieux de Voyage de malade, cette nouvelle bande dessinée demeure une lecture jeunesse agréable, tendre et pleine de bons sentiments, qui parvient finalement à toucher grâce à l'évolution de ses deux personnages principaux.
Open space, pandémie, télétravail et autres contrariétés
Un 2.5 arrondi au supérieur, puisque ma note prend en compte que pour une BD humoristique j'ai tout de même ri sur quelques gags et parfois pouffé aussi. La BD est assez difficile à juger de ma part, vu que je suis bien loin de ces sociétés en open space, de ces considérations patronales de grandes entreprises et des DRH, chefs de projets et autres joyeuses étiquettes de notre société. Difficile donc de m'y retrouver dans cette représentation mais elle a réussi parfois à me faire rire face à l'absurde avidité du système ou la résignation passive de l'employé subalterne. La BD explore aussi le confinement et le télétravail avec toutes les difficultés qui s'y rattachaient, encore une référence que je ne connaissais pas spécialement. Mais la lecture se fait, c'est juste que pas mal de références sont assez peu compréhensible lorsqu'on est pas dans le contexte économique décrit dans la BD. De même, si l'on sent parfois une critique de l'état de fait, la BD n'est pas subversive pour un sou. Un petit regret de ma part, j'aurais beaucoup aimé voir l'opposition entre syndicaliste, altermondialiste ou adepte de la décroissance et la direction. En l'état ce n'est pas une mauvaise BD, personnellement je n'y suis pas du tout sensible et d'autres pourraient y trouver plus d'intérêt mais je ne la pense pas comme qui intéressera tout le monde.
Poussière
Une série étonnante, qui m’a surpris – plutôt agréablement. Surprise tout d’abord de retrouver Monde dans un registre différent de ce que je connaissais de lui. Surprise ensuite avec cette histoire qui peu à peu installe ces deux mondes parallèles, et ces êtres étranges, les « Cyclopes », qui jouent le rôle de menace de plus en plus présente – dans les deux mondes – tout en n’ayant pas de personnalité réelle : une sorte d’outil, d’arme par destination que Monde ne cherche pas à détailler, expliquer. Une fois l’univers installé, et alors que le lecteur s’est familiarisé avec la particularité d’Alta et divers personnages, le récit bascule peu à peu vers quelque chose de plus conventionnel, que ce soit sur Terre ou sur Alta (coup d’État, rôle des militaires, etc.). Il y a quelques longueurs, dans les deux derniers tomes essentiellement, mais globalement ça se laisse lire, l’intrigue est intéressante et bien menée. La conclusion est ouverte, comme si Monde n’avait pas voulu choisir, mais après tout pourquoi pas ? Je ne suis a priori pas fan du style graphique, mais je m’y suis fait, et je lui reconnais des qualités. Il participe aussi de cette étrangeté dont j’ai parlé plus haut (avec ces bouts de cyclopes ou de personnages qui semblent s’évaporer parfois). Une série qui sort de l’ordinaire, et qui mérite qu’on y jette un coup d’œil.
Entrez dans la danse
Le début est particulièrement marquant et installe une atmosphère rude qui laisse présager un récit d’une grande intensité. Malheureusement, le soufflé retombe progressivement. L’impression est celle d’une bande dessinée construite autour d’un fait historique aussi fascinant qu’anecdotique, sans disposer de suffisamment de matière pour maintenir son élan jusqu’au bout. Pour ceux qui connaissent déjà l’épisode de l’épidémie de danse de Strasbourg, l’absence d’effet de surprise renforce encore cette sensation, et le récit finit par tourner un peu en rond...... Cela reste malgré tout une adaptation de qualité. La reconstitution de l’époque est convaincante, les questionnements religieux et sociaux sont bien retranscrits, et le regard porté sur les petites gens apporte une vraie humanité au récit. Le dessin est également solide : son style un peu rétro n’est pas forcément à mon goût, mais il sert bien l’ambiance et demeure cohérent avec le sujet. Une bonne lecture, sans être aussi marquante que son point de départ pouvait le laisser espérer.
Dans les yeux de Lya
Une lecture agréable, mais qui s’adresse clairement davantage à un public adolescent qu’à ceux qui recherchent une BD plus ambitieuse. L’intrigue fonctionne bien, le rythme est soutenu et l’enquête se suit avec plaisir, même si l’ensemble reste assez convenu et s’appuie parfois sur des ressorts un peu clichés. Le dessin est efficace et lisible, mais son style très proche du roman graphique jeunesse ne m’a pas totalement convaincu. Il accompagne bien le récit sans vraiment lui apporter de personnalité. Une série sympathique qui se lit facilement, mais qui manque à mes yeux d’originalité, aussi bien dans son scénario que dans sa proposition graphique.
L'Ecole est finie !
Fabcaro – avec lequel l’auteure a déjà collaboré – affirme plusieurs fois dans sa préface que cet album est drôle. Venant d’un tel « prescripteur », je ne pouvais que m’y intéresser. Et, au final, ça se laisse lire, mais ça n’est pas si « drôle » que ça. En tout cas ça ne joue pas du tout sur le registre absurde cher à Fabcaro. Ici, l’auteure nous dépeint sa jeunesse, son adolescence, au travers du prisme de l’école. Ou plutôt des collèges/lycées, privés/publics (l’établissement privé catholique dans lequel elle a été scolarisé se révélant proche de ce que certains scandales à répétition nous donnent à voir : la charité chrétienne s’effaçant derrière la violence (physique, un chouia sexuelle), pour une pédagogie qui laisse franchement à désirer. Finalement, après moult « échecs » et atermoiements, la jeune femme va trouver sa voie et l’école qu’il lui fallait – en l’occurrence l’Institut Saint-Luc par lequel sont passés pas mal d’auteurs de BD. Si ça n’est pas spécialement « drôle », la narration est quand même très dynamique, parfois amusante, jouant sur l’autodérision pour rendre cette lecture agréable
Bestia
L’intrigue est assez simple, et les deux albums se lisent relativement rapidement (la pagination est importante, mais il n’y a pas beaucoup de texte – pas mal de cases muettes même – et l’histoire n’est pas très dense). Nous sommes dans un univers indéfini, vaguement post-apocalypse. Un univers entièrement urbain, bétonné, dans lequel apparaissent régulièrement des bêtes géantes (des animaux tout ce qui de plus classiques, mais à la taille disproportionnée, et à l’agressivité dangereuse). Face à cette menace, la caste des Traçaires tente d’éliminer ces bestias. L’héroïne, Jacquie, est l’une des Traçaires. On ne peut pas dire qu’elle soit attachante. Presque mutique, froide, peu expressive. On s’intéresse quand même à elle, car certains détails révélés dans le second album la relient aux bestias. Et aussi parce qu’elle est rapidement accompagnée (contre son gré une grande partie du récit) par un jeune homme bien plus expressif et expansif, Kevyn. C’est lui qui donne vit et dynamisme à la narration, même si les personnages – à commencer par Jacquie et Kevyn – sont quand même très caricaturaux. Le dessin est globalement lisible, dynamique et pas désagréable. J’ai juste quelques petites choses qi m’ont chiffonné – mais c’est affaire de goûts. Ce sont certains visages, en particulier lorsqu’il s’agit d’exprimer des émotions fortes, ou de crier, qui s’inspirent de l’esthétique manga (je n’aime pas ces travers) en surjouant tout, les gueules grandes ouvertes. Idem pour toutes les bastons (et donc davantage dans le second tome, qui en est rempli), ça n’est vraiment pas mon truc. D’autres choses font penser aux mangas : certains bestias ressemblent à certains animaux de la mythologie japonaise, et on a parfois l’impression en regardant la lutte de Jacquie et Kevyn contre ces bestias gigantesques d’observer un ersatz de Godzilla ravageant les villes japonaises. Au final, un récit qui se laisse lire, mais qui n’est pas forcément ma came. Je pense que le récit aurait pu être raccourci. C’est en tout cas un récit détonne un peu dans le catalogue des Humanos… Note réelle 2,5/5.
Avaler la lune
Je retrouve ici des auteurs (et éditeurs) que j’ai davantage l’habitude de croiser chez Fblbl, souvent sur des projets originaux et intéressants. C’est aussi le cas ici, chez un autre – et plus gros – éditeur… L’intrigue plonge dans une SF apocalyptique, alterne entre présent et futur éloigné (environ 500 ans), et entre Terre et Lune. La narration est aérée, ça se laisse lire agréablement, et relativement rapidement (j’ai lu les deux tomes parus pour l’instant). Surtout – mais ça ne m’étonne pas connaissant les auteurs – des questionnements très actuels viennent se greffer au récit. En effet, la Terre est sur le point d’avoir épuisé ses ressources, et un projet est lancé pour aller sur la Lune, d’une part pour sauver une partie des Terriens, mais aussi pour y produire plantes et énergie qui pourraient sauver la vie sur Terre (mais cela prend du temps…). Plusieurs questions éthiques apparaissent : les chercheurs ont-ils en tête de sauver l’humanité ou de se sauver eux-mêmes ? Et surtout, l’énorme quantité de matières et d’énergie nécessaires à la mise en œuvre du projet lunaire (reliée avec la Terre par une sorte d’ascenseur) ne va-t-il pas surconsommer le peu de ressources disponibles, accélérant par-là la catastrophe dont on voudrait se prémunir ? Réflexions intéressantes (et d’actualité, il n’y a qu’à voir certaines élucubrations récentes – d’Elon Musk par exemple…). Un récit qui se lit plaisamment, et qui est accompagné d’un dessin et d’une colorisation eux-aussi agréables.