Un auteur qui est visiblement pote de Dave Cooper ne peut a priori que m’intéresser. C’est donc avec curiosité et de belles attentes que j’ai acheté (il y a longtemps maintenant) et lu cet album.
Alors déjà rien à voir avec le style (graphique et narratif) de Cooper. On serait ici plus proche de Joe Matt (en moins trash et introspectif quand même), ou à Charles Burns parfois (le dessin en moins).
En tout cas voilà une histoire qui se laisse lire agréablement. J’ai pourtant eu du mal à entrer dedans, et certains passages m’ont un temps interloqué. Mais finalement ça s’avère plaisant à lire.
L’intrigue est resserrée sur quelques rares personnages, et sur une durée assez courte. Mais des flash-backs densifient l’histoire, et livre par bribes le passé et les causes de certaines névroses ou incompréhensions entre personnages, qui finissent par se mettre à nu (et tout nu aussi d’ailleurs), individuellement, mais aussi au niveau de leurs relations (voir celles entre John et Naomi, assez torturées, cette dernière n’hésitant pas à pousser le malaise assez loin, en impliquant une de ses copines « aux gros seins »).
Le dessin, très moderne, dynamique, virant au fantastique dans certaines cases, se révèle lui aussi agréable.
Une lecture sympathique en tout cas.
La finale du championnat du monde d'échecs de 1978 aux Philippines sert de toile de fond à un récit qui mêle affrontement politique bien réel entre Anatoli Karpov et Viktor Kortchnoï, et enquête fictive autour d'un vieil homme cherchant à comprendre le drame qui a bouleversé sa vie trente ans plus tôt.
J'ai beaucoup apprécié le cadre géographique et historique, aussi original qu'intéressant. En pleine guerre froide, sous la chaleur moite des Philippines de Ferdinand Marcos, une simple partie d'échecs devient un affrontement idéologique entre les deux blocs. En parallèle, les auteurs construisent une seconde confrontation, plus intime, entre un ancien prisonnier, soutenu par un mercenaire-détective aux motivations volontairement opaques, et le mystère de son passé qu'il tente de percer. Ces deux récits, reliés par le thème des échecs et par un personnage jouant sur plusieurs tableaux, entretiennent efficacement le suspense.
Graphiquement, j'aime beaucoup cette ligne claire à l'encrage épais. Les personnages sont parfois un peu inexpressifs, mais cela participe au charme de l'ensemble. Les couleurs délavées et tout en retenue renforcent cette esthétique légèrement rétro, parfaitement en accord avec l'époque.
Le récit se lit avec plaisir et intrigue constamment, tant par sa dimension historique que par son enquête fictive.
En revanche, j'ai trouvé que le dernier chapitre manquait de finesse. Les personnages se mettent soudain à expliquer en détail leurs plans, comme s'ils s'adressaient directement à des lecteurs invisibles. Les ficelles du scénario deviennent alors très apparentes, tandis que les motivations de certains protagonistes, en particulier celles du mercenaire-détective, restent paradoxalement assez floues. Je n'ai pas vraiment compris pourquoi il avait agi de cette manière, ni ce que tout ce mystère apportait réellement à l'histoire.
Une conclusion un peu bancale qui atténue légèrement l'excellente impression laissée par tout ce qui précède.
Paru seulement en 2023, ce témoignage a pris du temps à accoucher car il porte sur les attaques terroristes de novembre 2015 à Paris.
Kek et son amie se trouvaient tout proches, ont entendu les mitraillettes, et cela s'est joué à peu de choses qu'ils ne soient pas descendus manger au Petit Cambodge ce soir-là. S'en suit la découverte du massacre, l'impuissance face à la situation, même les pompiers rapidement arrivés étaient livides. Dans les jours qui suivent tout rappelle cet événement et la moindre joie ou rire chez les autres devient insupportable pour Kek. C'est clairement un stress post traumatique car ils ont vu la mort de près, et ils apprennent aussi que 2 amies ont été tuées, leurs photos sont au milieu de ce livre.
Album de petit format type manga dans la collection Shampoing, le dessin noir et blanc est correct, il fait dans le simple et efficace. C'est un bon récit sensible et qui rappelle qu'il y a les morts mais aussi tout l'impact que cela produit sur les vivants qui restent hantés par ce souvenir, à vie vraisemblablement.
Un titre bien nul pour une nouvelle collection d'histoires courtes dessinées par Puech.
C'est l'album le plus abouti du lot graphiquement, le problème étant toujours des dialogues trop familiers et des scénarios trop légers pour être mémorables.
Cette fois ci, le fantastique vient colorer ces histoires de voyous désœuvrés, ça change un peu.
J'ai passé un bon moment mais on peut aussi vivre sans.
Même si je continue à penser que le premier cycle de L'Autre Monde se suffisait largement à lui-même, j'ai trouvé ce quatrième cycle plus convaincant que les deuxième et troisième. J'y ai retrouvé une bonne partie de ce qui faisait le charme des débuts : cette ambiance si particulière, le plaisir de parcourir de nouveaux territoires et de retrouver des références au premier cycle, avec l'impression que l'univers s'élargit enfin de manière cohérente.
Cette fois, le merveilleux cède toutefois une partie de sa place à un récit davantage tourné vers l'action et l'aventure. L'intrigue est plus dense, plus rythmée, avec un peu de suspense, des révélations sur le passé de Jan et un conflit qui donne davantage d'ampleur au récit. Cette orientation fonctionne plutôt bien.
L'autre surprise vient de l'introduction d'un univers de science-fiction rétro. Les robots, les machines et cette guerre planétaire évoquent une SF très classique, presque à la Metropolis. Florence Magnin adopte d'ailleurs une esthétique rétro pour représenter ces éléments mécaniques, créant un contraste visuel intéressant avec le merveilleux du Pays Roux et les paysages féériques de l'Autre Monde. Ce mélange fonctionne finalement mieux que je ne l'aurais imaginé.
Ah, et aussi, elle a très heureusement abandonné l'affreux lettrage informatique du troisième cycle pour revenir à un lettrage plus manuscrit et bien plus joli.
En revanche, la conclusion pousse encore davantage cet aspect science-fiction, au point de faire passer au second plan l'atmosphère merveilleuse qui faisait toute l'identité de la série. C'est un choix qui m'a moins séduit, car j'ai toujours préféré L'Autre Monde lorsqu'il cultivait son univers de conte étrange plutôt que lorsqu'il basculait vers la SF.
Cela reste malgré tout un cycle plutôt réussi, plus ambitieux et plus prenant que les deux précédents, qui apporte une conclusion globalement satisfaisante aux différents arcs de la série. Je continue néanmoins de penser que le premier cycle conservait une magie et une force évocatrice que les suivants n'ont jamais totalement retrouvées.
Une BD onirique intéressante, mais qui a un léger défaut, celui d'être trop confus au final.
La Bd est une histoire en deux parties, l'une dans une sorte de Séoul contemporain, en tout cas une grande ville coréenne, l'autre dans une maison de campagne perdue dans les bois. On suit un enfant entouré de choses fantastiques, tandis que dans la réalité un adulte se remémore son enfance et comprend la métaphore derrière le fantastique. C'est pas mal mené et j'ai regretté que la fin ne soit pas plus clair sur les métaphores, qui semblent assez flou et laissent une grande part de fantastique ou de non expliqué. Plusieurs choses sont sans explications (je ne dirais pas lesquelles pour ne pas spoiler), et le protagoniste est dans une situation finale confuse qui me fait me demander ce qu'il en était sur toute l'histoire au final : quelle part est réelle quelle part est dans sa tête ?
Le tout est servi par un joli dessin au couleurs pastels qui font ressortir une ambiance onirique, coupée du monde, le tout dans un cadre coréen pas spécialement magnifiée mais qui se pose en décor. Le tout est plaisant à parcourir et je regrette avoir trop d'incompréhension en refermant l'album, car il aurait pu être beaucoup plus intéressant en offrant plus de clés de compréhension. Mais ce n'est pas une lecture que je déconseille, loin de là.
Je ne connais aucune des personnes évoquées ou témoignant dans cet album (toutes Finlandaises), mais hélas la triste réalité qu’il présente tend à devenir « universelle ». Il s’agit de la haine qui se déverse sur internet, les réseaux sociaux. Anonymement, mais pas seulement. Qui use de violences verbales en débordant de racisme, de sexisme (et de connerie bien sûr).
Car les victimes qui témoignent ici (et qui représentent de toute façon la très grande majorité des victimes de ce type de harcèlement) sont toutes des femmes (et leurs agresseurs quasiment tous des hommes...). Rapidement, des arguments masculinistes, genrés et misogynes, s’ajoutent au racisme ordinaire. L’extrême droite et ses relais médiatiques semblent – comme hélas dans d’autres pays européens/mondiaux (et chez nous aussi) – être totalement décomplexés. Et la relative passivité de la police ou de la justice face à de véritable appels au viol ou au meurtre fait froid dans le dos.
Les exemples cités ici sont édifiants. Mais les femmes qui s’expriment, si elles souffrent, sont aussi fortes, et ne s’en laissent pas compter. Des méthodes « d’autodéfense » sont aussi proposées en fin d’album.
Une lecture intéressante, sur un sujet hélas de plus en plus d’actualité.
Note réelle 3,5/5.
Le cadre est original (les grandes étendues froides de l’Est de la Russie). Ensuite, peu de personnages, et une intrigue assez resserrée. Il faut aussi accepter quelques menues facilités, autour de ce tigre tueur, qui traque tous les protagonistes et entretient une tension permanente.
Disons-le tout de suite, c’est une lecture pop-corn, qui ne prend pas la tête, et ne développe ni psychologie ni intrigue au-delà du strict nécessaire pour construire une histoire intéressant un minimum les lecteurs.
Mais je dois dire que fans le genre, c’est rudement efficace. En effet, après une courte mise en place, des protagonistes, mais aussi des potentiels sources de tensions (trafiquants russes et chinois sans scrupules voulant éliminer les enquêteurs écolos ; tigres dangereux, etc.), tout est ensuite misé sur le rythme et les rebondissements.
A partir du dernier tiers du premier album, ça va crescendo, et c’est très sanglant ! Ça tourne presque à l’exercice de style, et Muro Harriet se fait plaisir, en se débarrassant de quasiment tous les acteurs, dans un scénario et une mise en scène très cinématographique (très Spielberg des « Jurassic » je trouve au niveau de la mise en place, du rythme et des rebondissements).
Ce qui accentue aussi le côté cinématographique (mais aussi le plaisir de lecture), c’est aussi le travail de Macho au dessin et d’Aguirre à la colorisation. Car le rendu est très plaisant. Dynamique, avec une mise en pages bien fichue pour ne pas ralentir le rythme de l’action et celui de lecture.
Rien d’extraordinaire dans ce diptyque, mais c’est du travail bien fait et une lecture dynamique et plaisante.
Note réelle 3,5/5.
J'ai bien aimé ma lecture, mais j'ai été frustré que la BD n'aille pas au bout du concept. C'est vraiment dommage, j'aimais beaucoup l'ambiance du début, avec un type largué et perdu qui commence à confondre la réalité et ses rêves.
La BD manie plutôt bien l'idée de perte de repères, notamment en embrouillant le lecteur jusqu'au stade où l'on parvient à comprendre ce qu'il en est réellement. S'il y a des détails qui me font tiquer, comme l'impression que les femmes servent de supports émotionnels aux hommes, j'ai plutôt apprécié l'idée de devoir aider un ami qui vrille un peu, tout comme j'ai bien apprécié ce que ça dit sur l'aide aux personnes dépressives. Bref, c'est une proposition qui aurait pu me séduire, mais malheureusement la BD s'emballe assez vite et se résout sans grand éclat d'une façon que j'ai trouvé trop facile. C'est dommage, j'aurais aimé que la BD pousse le concept, interroge qu'elle a mis en place et la question de vivre réellement dans un rêve. En l'état, j'ai été intéressé mais pas satisfait, et je trouve ça regrettable.
Je connais surtout le Bilal des grandes œuvres de SF, parfois fascinantes mais aussi un peu austères ce qui peut bloquer certains lecteurs. Avec Mémoires d'outre-espace, on découvre un auteur beaucoup plus joueur. Ces 8 histoires courtes à la sauce Métal Hurlant misent avant tout sur l'humour noir, l'absurde et la satire, avec des chutes souvent bien trouvées. Tout n'est pas mémorable, forcément, mais l'ensemble est remarquablement homogène. Derrière les extraterrestres, les robots et les explorations spatiales, le côté espiègle d'Enki s'amuse déjà à égratigner le militarisme, le colonialisme et quelques travers bien humains.
J'ai apprécié la simplicité de la proposition: on retrouve les prémices de son univers graphique, mais dans un format léger et très accessible. C'est une de ses facettes que l'on croise moins souvent et qui peut convertir de futurs fans de Bilal.
Ce n'est probablement pas un album indispensable dans sa bibliographie, mais c'est très agréable à lire, pleine d'idées et d'un humour qui a plutôt bien résisté au temps.
3.5
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Hair Shirt
Un auteur qui est visiblement pote de Dave Cooper ne peut a priori que m’intéresser. C’est donc avec curiosité et de belles attentes que j’ai acheté (il y a longtemps maintenant) et lu cet album. Alors déjà rien à voir avec le style (graphique et narratif) de Cooper. On serait ici plus proche de Joe Matt (en moins trash et introspectif quand même), ou à Charles Burns parfois (le dessin en moins). En tout cas voilà une histoire qui se laisse lire agréablement. J’ai pourtant eu du mal à entrer dedans, et certains passages m’ont un temps interloqué. Mais finalement ça s’avère plaisant à lire. L’intrigue est resserrée sur quelques rares personnages, et sur une durée assez courte. Mais des flash-backs densifient l’histoire, et livre par bribes le passé et les causes de certaines névroses ou incompréhensions entre personnages, qui finissent par se mettre à nu (et tout nu aussi d’ailleurs), individuellement, mais aussi au niveau de leurs relations (voir celles entre John et Naomi, assez torturées, cette dernière n’hésitant pas à pousser le malaise assez loin, en impliquant une de ses copines « aux gros seins »). Le dessin, très moderne, dynamique, virant au fantastique dans certaines cases, se révèle lui aussi agréable. Une lecture sympathique en tout cas.
Le Roi sans couronne
La finale du championnat du monde d'échecs de 1978 aux Philippines sert de toile de fond à un récit qui mêle affrontement politique bien réel entre Anatoli Karpov et Viktor Kortchnoï, et enquête fictive autour d'un vieil homme cherchant à comprendre le drame qui a bouleversé sa vie trente ans plus tôt. J'ai beaucoup apprécié le cadre géographique et historique, aussi original qu'intéressant. En pleine guerre froide, sous la chaleur moite des Philippines de Ferdinand Marcos, une simple partie d'échecs devient un affrontement idéologique entre les deux blocs. En parallèle, les auteurs construisent une seconde confrontation, plus intime, entre un ancien prisonnier, soutenu par un mercenaire-détective aux motivations volontairement opaques, et le mystère de son passé qu'il tente de percer. Ces deux récits, reliés par le thème des échecs et par un personnage jouant sur plusieurs tableaux, entretiennent efficacement le suspense. Graphiquement, j'aime beaucoup cette ligne claire à l'encrage épais. Les personnages sont parfois un peu inexpressifs, mais cela participe au charme de l'ensemble. Les couleurs délavées et tout en retenue renforcent cette esthétique légèrement rétro, parfaitement en accord avec l'époque. Le récit se lit avec plaisir et intrigue constamment, tant par sa dimension historique que par son enquête fictive. En revanche, j'ai trouvé que le dernier chapitre manquait de finesse. Les personnages se mettent soudain à expliquer en détail leurs plans, comme s'ils s'adressaient directement à des lecteurs invisibles. Les ficelles du scénario deviennent alors très apparentes, tandis que les motivations de certains protagonistes, en particulier celles du mercenaire-détective, restent paradoxalement assez floues. Je n'ai pas vraiment compris pourquoi il avait agi de cette manière, ni ce que tout ce mystère apportait réellement à l'histoire. Une conclusion un peu bancale qui atténue légèrement l'excellente impression laissée par tout ce qui précède.
Du beau avec du moche
Paru seulement en 2023, ce témoignage a pris du temps à accoucher car il porte sur les attaques terroristes de novembre 2015 à Paris. Kek et son amie se trouvaient tout proches, ont entendu les mitraillettes, et cela s'est joué à peu de choses qu'ils ne soient pas descendus manger au Petit Cambodge ce soir-là. S'en suit la découverte du massacre, l'impuissance face à la situation, même les pompiers rapidement arrivés étaient livides. Dans les jours qui suivent tout rappelle cet événement et la moindre joie ou rire chez les autres devient insupportable pour Kek. C'est clairement un stress post traumatique car ils ont vu la mort de près, et ils apprennent aussi que 2 amies ont été tuées, leurs photos sont au milieu de ce livre. Album de petit format type manga dans la collection Shampoing, le dessin noir et blanc est correct, il fait dans le simple et efficace. C'est un bon récit sensible et qui rappelle qu'il y a les morts mais aussi tout l'impact que cela produit sur les vivants qui restent hantés par ce souvenir, à vie vraisemblablement.
Traces de pneus
Un titre bien nul pour une nouvelle collection d'histoires courtes dessinées par Puech. C'est l'album le plus abouti du lot graphiquement, le problème étant toujours des dialogues trop familiers et des scénarios trop légers pour être mémorables. Cette fois ci, le fantastique vient colorer ces histoires de voyous désœuvrés, ça change un peu. J'ai passé un bon moment mais on peut aussi vivre sans.
L'Autre Monde - Cycle 4
Même si je continue à penser que le premier cycle de L'Autre Monde se suffisait largement à lui-même, j'ai trouvé ce quatrième cycle plus convaincant que les deuxième et troisième. J'y ai retrouvé une bonne partie de ce qui faisait le charme des débuts : cette ambiance si particulière, le plaisir de parcourir de nouveaux territoires et de retrouver des références au premier cycle, avec l'impression que l'univers s'élargit enfin de manière cohérente. Cette fois, le merveilleux cède toutefois une partie de sa place à un récit davantage tourné vers l'action et l'aventure. L'intrigue est plus dense, plus rythmée, avec un peu de suspense, des révélations sur le passé de Jan et un conflit qui donne davantage d'ampleur au récit. Cette orientation fonctionne plutôt bien. L'autre surprise vient de l'introduction d'un univers de science-fiction rétro. Les robots, les machines et cette guerre planétaire évoquent une SF très classique, presque à la Metropolis. Florence Magnin adopte d'ailleurs une esthétique rétro pour représenter ces éléments mécaniques, créant un contraste visuel intéressant avec le merveilleux du Pays Roux et les paysages féériques de l'Autre Monde. Ce mélange fonctionne finalement mieux que je ne l'aurais imaginé. Ah, et aussi, elle a très heureusement abandonné l'affreux lettrage informatique du troisième cycle pour revenir à un lettrage plus manuscrit et bien plus joli. En revanche, la conclusion pousse encore davantage cet aspect science-fiction, au point de faire passer au second plan l'atmosphère merveilleuse qui faisait toute l'identité de la série. C'est un choix qui m'a moins séduit, car j'ai toujours préféré L'Autre Monde lorsqu'il cultivait son univers de conte étrange plutôt que lorsqu'il basculait vers la SF. Cela reste malgré tout un cycle plutôt réussi, plus ambitieux et plus prenant que les deux précédents, qui apporte une conclusion globalement satisfaisante aux différents arcs de la série. Je continue néanmoins de penser que le premier cycle conservait une magie et une force évocatrice que les suivants n'ont jamais totalement retrouvées.
Le Songe du corbeau
Une BD onirique intéressante, mais qui a un léger défaut, celui d'être trop confus au final. La Bd est une histoire en deux parties, l'une dans une sorte de Séoul contemporain, en tout cas une grande ville coréenne, l'autre dans une maison de campagne perdue dans les bois. On suit un enfant entouré de choses fantastiques, tandis que dans la réalité un adulte se remémore son enfance et comprend la métaphore derrière le fantastique. C'est pas mal mené et j'ai regretté que la fin ne soit pas plus clair sur les métaphores, qui semblent assez flou et laissent une grande part de fantastique ou de non expliqué. Plusieurs choses sont sans explications (je ne dirais pas lesquelles pour ne pas spoiler), et le protagoniste est dans une situation finale confuse qui me fait me demander ce qu'il en était sur toute l'histoire au final : quelle part est réelle quelle part est dans sa tête ? Le tout est servi par un joli dessin au couleurs pastels qui font ressortir une ambiance onirique, coupée du monde, le tout dans un cadre coréen pas spécialement magnifiée mais qui se pose en décor. Le tout est plaisant à parcourir et je regrette avoir trop d'incompréhension en refermant l'album, car il aurait pu être beaucoup plus intéressant en offrant plus de clés de compréhension. Mais ce n'est pas une lecture que je déconseille, loin de là.
L'Internet de la haine
Je ne connais aucune des personnes évoquées ou témoignant dans cet album (toutes Finlandaises), mais hélas la triste réalité qu’il présente tend à devenir « universelle ». Il s’agit de la haine qui se déverse sur internet, les réseaux sociaux. Anonymement, mais pas seulement. Qui use de violences verbales en débordant de racisme, de sexisme (et de connerie bien sûr). Car les victimes qui témoignent ici (et qui représentent de toute façon la très grande majorité des victimes de ce type de harcèlement) sont toutes des femmes (et leurs agresseurs quasiment tous des hommes...). Rapidement, des arguments masculinistes, genrés et misogynes, s’ajoutent au racisme ordinaire. L’extrême droite et ses relais médiatiques semblent – comme hélas dans d’autres pays européens/mondiaux (et chez nous aussi) – être totalement décomplexés. Et la relative passivité de la police ou de la justice face à de véritable appels au viol ou au meurtre fait froid dans le dos. Les exemples cités ici sont édifiants. Mais les femmes qui s’expriment, si elles souffrent, sont aussi fortes, et ne s’en laissent pas compter. Des méthodes « d’autodéfense » sont aussi proposées en fin d’album. Une lecture intéressante, sur un sujet hélas de plus en plus d’actualité. Note réelle 3,5/5.
Féroce (Muro Harriet)
Le cadre est original (les grandes étendues froides de l’Est de la Russie). Ensuite, peu de personnages, et une intrigue assez resserrée. Il faut aussi accepter quelques menues facilités, autour de ce tigre tueur, qui traque tous les protagonistes et entretient une tension permanente. Disons-le tout de suite, c’est une lecture pop-corn, qui ne prend pas la tête, et ne développe ni psychologie ni intrigue au-delà du strict nécessaire pour construire une histoire intéressant un minimum les lecteurs. Mais je dois dire que fans le genre, c’est rudement efficace. En effet, après une courte mise en place, des protagonistes, mais aussi des potentiels sources de tensions (trafiquants russes et chinois sans scrupules voulant éliminer les enquêteurs écolos ; tigres dangereux, etc.), tout est ensuite misé sur le rythme et les rebondissements. A partir du dernier tiers du premier album, ça va crescendo, et c’est très sanglant ! Ça tourne presque à l’exercice de style, et Muro Harriet se fait plaisir, en se débarrassant de quasiment tous les acteurs, dans un scénario et une mise en scène très cinématographique (très Spielberg des « Jurassic » je trouve au niveau de la mise en place, du rythme et des rebondissements). Ce qui accentue aussi le côté cinématographique (mais aussi le plaisir de lecture), c’est aussi le travail de Macho au dessin et d’Aguirre à la colorisation. Car le rendu est très plaisant. Dynamique, avec une mise en pages bien fichue pour ne pas ralentir le rythme de l’action et celui de lecture. Rien d’extraordinaire dans ce diptyque, mais c’est du travail bien fait et une lecture dynamique et plaisante. Note réelle 3,5/5.
Inversion (Bamboo)
J'ai bien aimé ma lecture, mais j'ai été frustré que la BD n'aille pas au bout du concept. C'est vraiment dommage, j'aimais beaucoup l'ambiance du début, avec un type largué et perdu qui commence à confondre la réalité et ses rêves. La BD manie plutôt bien l'idée de perte de repères, notamment en embrouillant le lecteur jusqu'au stade où l'on parvient à comprendre ce qu'il en est réellement. S'il y a des détails qui me font tiquer, comme l'impression que les femmes servent de supports émotionnels aux hommes, j'ai plutôt apprécié l'idée de devoir aider un ami qui vrille un peu, tout comme j'ai bien apprécié ce que ça dit sur l'aide aux personnes dépressives. Bref, c'est une proposition qui aurait pu me séduire, mais malheureusement la BD s'emballe assez vite et se résout sans grand éclat d'une façon que j'ai trouvé trop facile. C'est dommage, j'aurais aimé que la BD pousse le concept, interroge qu'elle a mis en place et la question de vivre réellement dans un rêve. En l'état, j'ai été intéressé mais pas satisfait, et je trouve ça regrettable.
Mémoires d'outre-espace
Je connais surtout le Bilal des grandes œuvres de SF, parfois fascinantes mais aussi un peu austères ce qui peut bloquer certains lecteurs. Avec Mémoires d'outre-espace, on découvre un auteur beaucoup plus joueur. Ces 8 histoires courtes à la sauce Métal Hurlant misent avant tout sur l'humour noir, l'absurde et la satire, avec des chutes souvent bien trouvées. Tout n'est pas mémorable, forcément, mais l'ensemble est remarquablement homogène. Derrière les extraterrestres, les robots et les explorations spatiales, le côté espiègle d'Enki s'amuse déjà à égratigner le militarisme, le colonialisme et quelques travers bien humains. J'ai apprécié la simplicité de la proposition: on retrouve les prémices de son univers graphique, mais dans un format léger et très accessible. C'est une de ses facettes que l'on croise moins souvent et qui peut convertir de futurs fans de Bilal. Ce n'est probablement pas un album indispensable dans sa bibliographie, mais c'est très agréable à lire, pleine d'idées et d'un humour qui a plutôt bien résisté au temps. 3.5