Nick, un jeune illustrateur new-yorkais, passe son temps à analyser ses propres pensées et ses relations aux autres, cherchant comment réussir à communiquer vraiment avec autrui.
Malgré ce choix bizarre de donner à presque tous les personnages ces grands yeux perpétuellement héberlués et assez rebutants au départ, le graphisme m'a beaucoup plu. La majorité des pages est en noir et blanc avec un trait souple, clair, agréable et une mise en scène d'une grande fluidité. Ce récit là se voit entrecoupé ici et là de quelques séquences absolument magnifiques qui apparaissent à chaque fois que le héros (puis un autre personnage) parvient enfin à établir une connexion authentique avec quelqu'un. Le noir et blanc laisse alors place à des planches en couleurs d'une beauté saisissante. Ces parenthèses oniriques traduisent visuellement l'état intérieur du personnage avec énormément de sensibilité et constituent, pour moi, les plus grands moments visuels de l'album.
L'intrigue, elle, m'a davantage laissé à distance. Toute la première partie est très introspective, centrée sur ce héros urbain qui dissèque en permanence ses pensées, ses émotions et son incapacité supposée à ressentir les choses comme les autres. Le propos est intéressant et souvent juste sur la difficulté des relations humaines et la superficialité de nombreux échanges, mais il reste aussi très psychologique et contemplatif. J'ai parfois eu le sentiment que Nick tournait un peu en rond dans ses réflexions, au point que le récit peine à réellement me captiver.
En revanche, le dernier tiers apporte une dimension plus touchante. Lorsque cette quête intérieure se confronte à la maladie puis au deuil, les questionnements prennent enfin une véritable épaisseur émotionnelle. Sans devenir bouleversant à mes yeux, l'album trouve alors un équilibre plus convaincant entre réflexion et émotion.
Je retiens un beau roman graphique, sublimé par un usage remarquable de la couleur, au service d'un récit intelligent mais un peu trop introspectif pour véritablement m'emporter. C'est une belle lecture, davantage marquante par sa forme que par son histoire.
UltraMega – Tomes 1 & 2
Tome 1 : 4/5 | Tome 2 : 2,5/5
Je me suis lancé dans UltraMega avec beaucoup d'enthousiasme, et le premier tome m'a véritablement convaincu. James Harren propose une relecture du genre kaiju qui ne cherche pas à copier les classiques japonais, mais à les réinventer avec une identité graphique et narrative très forte.
Pour le tome 1, le récit est brutal, nerveux et spectaculaire. Les combats sont gigantesques, sanglants et d'une incroyable lisibilité. Chaque affrontement dégage une puissance rare, portée par un dessin exceptionnel. James Harren livre ici des planches qui sont, à elles seules, une excellente raison de découvrir cette série. La mise en scène est dynamique, les monstres sont tous plus impressionnants les uns que les autres et la colorisation de Dave Stewart sublime l'ensemble.
Mais UltraMega ne se résume pas à une succession de combats. Derrière l'action se cache un univers riche, mystérieux et suffisamment intrigant pour donner envie d'en découvrir davantage. Le scénario prend le temps d'installer ses personnages et ses enjeux, tout en laissant planer de nombreuses interrogations.
J'ai particulièrement apprécié le chapitrage qui change complètement d'ambiance. Alors que l'on s'attend à une montée en puissance permanente, certain passage adopte parfois humoristique voir burlesque avec donc un ton différent et développe davantage l'univers ainsi que certains personnages. Ce contraste fonctionne très bien et donne de la profondeur au récit sans casser sa cohérence. Au contraire, il enrichit l'ensemble et montre que la série a d'autres ambitions que le simple spectacle.
En revanche, le deuxième tome m'a beaucoup moins convaincu. L'univers s'étend brutalement, de nombreux concepts sont introduits sans être réellement expliqués, les changements de temporalité et de personnages peuvent désorienter, et le récit donne parfois l'impression de privilégier l'ambition et le spectaculaire au détriment de la clarté. Si l'objectif est sans doute de construire une mythologie complexe, j'ai eu le sentiment que l'histoire partait dans tous les sens et perdait le fil conducteur qui faisait la force du premier tome. J'ai souvent eu l'impression que certains concepts arrivaient sans avoir été préparés, ce qui m'a empêché de pleinement m'investir dans le récit.
Malgré cette déception scénaristique, une chose ne change pas : la partie graphique reste absolument exceptionnelle. James Harren continue de livrer des planches d'une énergie folle, avec des créatures impressionnantes, des combats dantesques et une mise en scène toujours aussi percutante. Dave Stewart accompagne parfaitement ce travail avec une colorisation qui magnifie chaque page.
Au final, UltraMega est une série qui impressionne avant tout par son identité visuelle et son ambition. Le premier tome est une excellente découverte, originale et maîtrisée, tandis que le second, malgré des qualités graphiques intactes, m'a laissé perplexe par une narration devenue trop confuse.
La série est terminée.
«Si quelqu'un consacre sa vie à l'humanité, il finira par se considérer comme le plus humain de tous».
Les dessins de Jim Lee sont excellents, autant dans les scènes d'action que dans les visages des personnages. Mais j'ai déjà lu des intrigues plus inspirées de la part d'Azzarello. L'avis de Ro le résume bien et je suis globalement d'accord avec lui.
Cependant, certaines questions, peut-être métaphysiques, éthiques ou même théologiques, se posent ici : jusqu'où la présence de Superman parmi les humains, son intervention dans le passé, a-t-elle été responsable de la catastrophe sans précédent qui constitue le point de départ du récit, la mystérieuse disparition d'un million de personnes, dont Lois Lane ? Comment gérer le fait de sa propre existence et le sens de sa mission ? Le ton taciturne de l'Homme d'Acier, ses incertitudes et son travail d'introspection ne sont pas habituels pour le personnage. Ils révèlent un côté plus vulnérable et humain de cet extraterrestre.
Pourtant, le ton trop pompeux et grandiloquent finit par gâcher beaucoup. Il me vient à l'esprit de demander, à la manière d'un philosophe, ou de M. A. Mathieu: « jusqu'à quel point le sens du questionnement est-il (ou n'est-il pas) le questionnement du sens ? »
Ensuite, beaucoup se gâche aussi dans les combats, nombreux et parfois sans intérêt, malgré l'apparition de nouveaux monstres et de figures familières comme le général Zod. Batman, Wonder Woman et toute la Ligue font aussi partie du programme. À la fin et malgré tout, j'ai aimé certaines scènes belles et romantiques, qui sont à nouveau très bien déssinées par J. Lee.
Avant les éditions iLatina, c'est l'éditeur Warum qui, en 2019, a réussi un premier coup de maître en obtenant les droits de publication française d'une œuvre du binôme Mazzitelli/Alcatena.
Leur choix s'était alors porté sur Barlovento, qui croise l'odyssée d'Ulysse avec le monde de la piraterie.
Il convient d'avertir le lecteur : Barlovento n'est pas une bande dessinée de pirates traditionnelle. Il s'agit d'un roman graphique ancré dans le fantastique métaphysique argentin, qui s'inscrit dans la droite lignée des labyrinthes mentaux de Jorge Luis Borges.
Le voyage est intérieur avant tout. Le navire tourne en rond sur un océan métaphysique qui sert de miroir aux obsessions humaines.
Les tempêtes, les îles fantômes et les monstres qui jalonnent le périple du héros Ulysse, ne sont pas de simples péripéties, mais les manifestations physiques des regrets, de la folie et de la condition mortelle des personnages.
On est donc sur une oeuvre "existentielle", nourrie par un noir et blanc onirique dans la pure tradition de l'école argentine, et une écriture très poétique.
Le bestiaire marin est remarquable, il emprunte autant à la mythologie grecque qu'à Lovecraft. On a même droit à une référence au Moby Dick de Melville.
Le roman graphique n'est franchement pas ma tasse de thé, mais je suis content d'avoir dans ma collection cette oeuvre, qui représente bien le talent d'Alcatena pour dessiner des mondes imaginaires.
Mouais. Ça se laisse lire, pas de problème. Mais je serai clairement moins enthousiaste que mon prédécesseur.
Le principal atout, c’est le rythme. On ne s’ennuie pas. Et les amateurs de polars classiques y trouveront peut-être leur compte. Il y a un peu des films « Ocean » ou de tous les films qui jouent sur la constitution d’une fine équipe pour réaliser le casse du siècle, le braquage de rêve.
Ce qui est censé donner une touche d’originalité, c’est qu’il s’agit de braquer le coffre du Diable, où il enferme les âmes des damnés. Car les héros ont fait un pacte faustien, et veulent « revenir à la vie » sans tenir leurs engagements envers le chef des enfers.
Mais, une fois passé cette touche d’originalité, il faut à la fois accepter pas mal de facilités scénaristiques, mais aussi accepter une intrigue qui reste très basique.
Quant au dessin, s’il est très lisible, je le trouve très moyen (et ne suis pas fan de la colorisation, informatique semble-t-il).
Note réelle 2,5/5.
Je ne suis pas forcément fan de l’apport massif du fantastique dans le western. Ça m’a rarement satisfait. Ici, je dois dire que ça passe, ça ne tombe pas dans le n’importe quoi, la surenchère masquant un manque d’idées scénaristiques. C’est un booster comme un autre pour dynamiser une intrigue pas trop prise de tête, mais que j’ai trouvé efficace.
Le casting est un peu étonnant – dans sa constitution et dans son utilisation. En effet, une cantatrice en disgrâce héritant d’un manoir paumé dans un trou du Far West s’adjoint un duo improbable pour l’escorter (une jeune femme rêvant d’être un pistolero et son vieux « coach ») se retrouve mêlée à une attaque de « skinwalker » (humains se transformant en êtres animaliers sanguinaires, liés à des légendes indiennes).
Ma principale surprise vient du relatif sous-emploi de la bande d’outlaws, que je pensais être les méchants, et qui ne forment finalement – à l’exception de l’un d’entre eux (par ailleurs plus « gentil » que prévu !) – qu’un stock de victimes vite épuisé.
Sans être inoubliable, c’est une lecture dynamique et globalement plaisante. Je ne regrette pas mon emprunt.
Je ne connais ni l’auteur ni le roman d’origine. Disons qu’au vu de cette adaptation – qui se laisse lire facilement pourtant – je ne pense pas que ce soit ma came.
En effet, l’intrigue est très légère – trop à mon goût. Et le rythme est aussi très lent. L’histoire est construite comme une tragédie antique.
Il y a en effet quelque chose de théâtral dans la façon de traiter ce récit. Une quasi unité de lieu : tout tourne autour des habitants d’un immeuble – on s’éloigne jusqu’à sa cour, mais pas beaucoup plus loin.
Les personnages, peu expressifs, sont aussi un peu comme des acteurs portant un masque (d’ailleurs une veuve ne montre jamais son visage derrière son voile) et surtout la quasi-totalité du récit amène au tragique final, avec cet amour impossible, alors qu’on a pu un court instant penser que le jeune héros aller pouvoir l’assouvir avec la jeune femme qu’il avait connue adolescent.
Pas inintéressant, mais pas emballant plus que ça non plus. Et je n’ai pas trop reconnu la patte de Tronchet ici, il a sans doute dû s’effacer derrière le récit d’origine.
Note réelle 2,5/5.
Sadako est une jeune sorcière (jeune d'à peine un siècle, entendons-nous) qui a vécu toute sa vie recluse et se sent désespérément seule. Un jour, par miracle, elle tombe sur un téléphone et une connexion internet et découvre en un milliard d'images toutes les évolutions humaines passées, les nouvelles modes, les paysages variés, … bref, après un simple voyage à travers les réseaux sociaux, notre sorcière décide d'enfin sortir de sa montagne et de vivre son rêve : enfin se montrer parmi les autres et, si possible, être admirée. Usant de magie et de son joli minois, Sadako se lance en tant qu'influenceuse en ligne, accumulant rapidement une multitude de followers, parmi lesquels Hanako, une jeune femme aux manières et à l'allure un peu bourrines souffrant elle aussi de l'isolement et de la solitude. Hanako admire Sadako, rêverait même de lui ressembler mais, patatra, un beau jour Sadako révèle en live qu'elle est une sorcière et le monde de Hanako s'effondre. Elle qui a été ostracisée par les autres toute sa vie, elle ne supporte pas de voir quelqu'un revendiquer la moindre bizarrerie, surtout si c'est en plus pour se faire passer pour une sorcière. Se lance alors une vague de messages haineux envers Sadako sur tous ses réseaux sociaux, et la belle sorcière va donc essayer de rencontrer cette personne étrangement obnubilée par elle.
C'est une histoire simple sur la solitude, l'ostracisation des individus jugés trop différents, sur la réappropriation des individualités aussi, le tout porté par une histoire farfelue de société secrète cherchant à cacher la sorcellerie aux humains et saupoudré d'un propos sur les réseaux sociaux et leur capacité à ouvrir au monde tout en ne le présentant que sous une manière photogénique.
Les personnages sont bien dessinés, très expressifs, nos deux protagonistes sont très rapidement attachantes, Sadako est toute choupie (quand elle décide de ne pas sortir les crocs), … Bref, l'histoire vient tout juste de commencer, s'annonce simple et pourtant convainc déjà.
Eeeeeet, pourtant, nous nous retrouvons face à un problème, car je vous le dit, la série n'ira pas très loin. Comment le sais-je ? Parce que l'autrice s'est vue annulée sa série qui n'ira, au final, pas plus loin que le tome 2. Je ne sais pas encore si elle essaiera quand-même d'apporter une conclusion, aussi expédiée soit-elle, car après tout il est fort probable que ses éditeur-ice-s se contentent de couper le courant. Dommage, l'histoire, sans être parfaite, s'annonçait prometteuse. Les yuris fantastiques, avec des personnages hauts en couleurs et un duo principal continuellement mi-en-conflit mi-alliées-de-fortune, bah normalement ça devrait me plaire, ça devrait même plaire à beaucoup d'amateur-ice-s de romances déjantées. Mais voilà, pas beaucoup de succès au Japon et la série n'aura pas plus de chance que ça.
Devriez-vous acheter cette série morte-née ? Eh bien tout dépendra de vous, car j'avoue que j'ai tout de même bien envie de soutenir l'autrice et que je ne serais pas contre voir ses prochaines créations (j'avais en tout cas personnellement bien aimé ses précédentes). Raison pour laquelle je n'ai justement pas hésité une seule seconde à acheter cet album en tombant dessus lors d'une convention.
Quatrième et dernière série d'Éric Puech publiée chez Comics USA, avec un diptyque cette fois-ci.
Le premier album propose quatre histoires courtes s'ouvrant sur des époques et des univers variés (heroic fantasy, science-fiction, années 80), souvent rythmées par des rebondissements méta.
Le dernier récit vient lier - laborieusement - les intrigues entre elles. L'ensemble déborde de références pop culturelles des années 80, de Star Wars à Superman en passant par les jeux vidéo.
On retrouve le héros, Wolfram, dans un second tome au format assez inhabituel pour Puech, puisqu'il s'agit d'un récit complet et unique. Si l'intrigue se révèle très caricaturale — voire un brin paresseuse —, le plaisir de lecture reste intact. On savoure Wolfram avec le même plaisir coupable que devant une vieille série B.
Seuls bémols : une couverture au rendu un peu cheap et une palette de couleurs malheureusement trop limitée dans ce second opus.
Cette chronique est l'occasion de remettre en perspective mon appréciation des œuvres de Puech — fervent défenseur du courant pulp — publiées chez le même éditeur.
Mon classement final, par ordre de préférence :
1. Wolfram ***
2. La Ballade de Johnny ***
3. Traces de pneus ***
4. Joe Breakdown ***
Cinq histoires courtes scenarisées par Abuli, le fameux scénariste de Torpedo et dessinées par Eric Puech, un dessinateur français qui a beaucoup été publié dans la collection Spécial USA.
Pour apprécier cette bande, il faut aimer le genre pulp : on est sur des récits très rétro assez kitsch, qui font l'éloge de la culture américaine des années 80.
Le personnage récurrent de Johnny sert de fil d'Ariane entre la plupart des histoires.
Le dessin de Puech fait très deuxième division mais il possède un certain charme. Par contre la mise en scène est moins aboutie si on compare avec les autres oeuvres de l'auteur.
Une bd assez représentative de la ligne éditoriale de Comics USA à l'époque.
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Au-Dedans.
Nick, un jeune illustrateur new-yorkais, passe son temps à analyser ses propres pensées et ses relations aux autres, cherchant comment réussir à communiquer vraiment avec autrui. Malgré ce choix bizarre de donner à presque tous les personnages ces grands yeux perpétuellement héberlués et assez rebutants au départ, le graphisme m'a beaucoup plu. La majorité des pages est en noir et blanc avec un trait souple, clair, agréable et une mise en scène d'une grande fluidité. Ce récit là se voit entrecoupé ici et là de quelques séquences absolument magnifiques qui apparaissent à chaque fois que le héros (puis un autre personnage) parvient enfin à établir une connexion authentique avec quelqu'un. Le noir et blanc laisse alors place à des planches en couleurs d'une beauté saisissante. Ces parenthèses oniriques traduisent visuellement l'état intérieur du personnage avec énormément de sensibilité et constituent, pour moi, les plus grands moments visuels de l'album. L'intrigue, elle, m'a davantage laissé à distance. Toute la première partie est très introspective, centrée sur ce héros urbain qui dissèque en permanence ses pensées, ses émotions et son incapacité supposée à ressentir les choses comme les autres. Le propos est intéressant et souvent juste sur la difficulté des relations humaines et la superficialité de nombreux échanges, mais il reste aussi très psychologique et contemplatif. J'ai parfois eu le sentiment que Nick tournait un peu en rond dans ses réflexions, au point que le récit peine à réellement me captiver. En revanche, le dernier tiers apporte une dimension plus touchante. Lorsque cette quête intérieure se confronte à la maladie puis au deuil, les questionnements prennent enfin une véritable épaisseur émotionnelle. Sans devenir bouleversant à mes yeux, l'album trouve alors un équilibre plus convaincant entre réflexion et émotion. Je retiens un beau roman graphique, sublimé par un usage remarquable de la couleur, au service d'un récit intelligent mais un peu trop introspectif pour véritablement m'emporter. C'est une belle lecture, davantage marquante par sa forme que par son histoire.
Ultramega
UltraMega – Tomes 1 & 2 Tome 1 : 4/5 | Tome 2 : 2,5/5 Je me suis lancé dans UltraMega avec beaucoup d'enthousiasme, et le premier tome m'a véritablement convaincu. James Harren propose une relecture du genre kaiju qui ne cherche pas à copier les classiques japonais, mais à les réinventer avec une identité graphique et narrative très forte. Pour le tome 1, le récit est brutal, nerveux et spectaculaire. Les combats sont gigantesques, sanglants et d'une incroyable lisibilité. Chaque affrontement dégage une puissance rare, portée par un dessin exceptionnel. James Harren livre ici des planches qui sont, à elles seules, une excellente raison de découvrir cette série. La mise en scène est dynamique, les monstres sont tous plus impressionnants les uns que les autres et la colorisation de Dave Stewart sublime l'ensemble. Mais UltraMega ne se résume pas à une succession de combats. Derrière l'action se cache un univers riche, mystérieux et suffisamment intrigant pour donner envie d'en découvrir davantage. Le scénario prend le temps d'installer ses personnages et ses enjeux, tout en laissant planer de nombreuses interrogations. J'ai particulièrement apprécié le chapitrage qui change complètement d'ambiance. Alors que l'on s'attend à une montée en puissance permanente, certain passage adopte parfois humoristique voir burlesque avec donc un ton différent et développe davantage l'univers ainsi que certains personnages. Ce contraste fonctionne très bien et donne de la profondeur au récit sans casser sa cohérence. Au contraire, il enrichit l'ensemble et montre que la série a d'autres ambitions que le simple spectacle. En revanche, le deuxième tome m'a beaucoup moins convaincu. L'univers s'étend brutalement, de nombreux concepts sont introduits sans être réellement expliqués, les changements de temporalité et de personnages peuvent désorienter, et le récit donne parfois l'impression de privilégier l'ambition et le spectaculaire au détriment de la clarté. Si l'objectif est sans doute de construire une mythologie complexe, j'ai eu le sentiment que l'histoire partait dans tous les sens et perdait le fil conducteur qui faisait la force du premier tome. J'ai souvent eu l'impression que certains concepts arrivaient sans avoir été préparés, ce qui m'a empêché de pleinement m'investir dans le récit. Malgré cette déception scénaristique, une chose ne change pas : la partie graphique reste absolument exceptionnelle. James Harren continue de livrer des planches d'une énergie folle, avec des créatures impressionnantes, des combats dantesques et une mise en scène toujours aussi percutante. Dave Stewart accompagne parfaitement ce travail avec une colorisation qui magnifie chaque page. Au final, UltraMega est une série qui impressionne avant tout par son identité visuelle et son ambition. Le premier tome est une excellente découverte, originale et maîtrisée, tandis que le second, malgré des qualités graphiques intactes, m'a laissé perplexe par une narration devenue trop confuse. La série est terminée.
Superman - Pour demain
«Si quelqu'un consacre sa vie à l'humanité, il finira par se considérer comme le plus humain de tous». Les dessins de Jim Lee sont excellents, autant dans les scènes d'action que dans les visages des personnages. Mais j'ai déjà lu des intrigues plus inspirées de la part d'Azzarello. L'avis de Ro le résume bien et je suis globalement d'accord avec lui. Cependant, certaines questions, peut-être métaphysiques, éthiques ou même théologiques, se posent ici : jusqu'où la présence de Superman parmi les humains, son intervention dans le passé, a-t-elle été responsable de la catastrophe sans précédent qui constitue le point de départ du récit, la mystérieuse disparition d'un million de personnes, dont Lois Lane ? Comment gérer le fait de sa propre existence et le sens de sa mission ? Le ton taciturne de l'Homme d'Acier, ses incertitudes et son travail d'introspection ne sont pas habituels pour le personnage. Ils révèlent un côté plus vulnérable et humain de cet extraterrestre. Pourtant, le ton trop pompeux et grandiloquent finit par gâcher beaucoup. Il me vient à l'esprit de demander, à la manière d'un philosophe, ou de M. A. Mathieu: « jusqu'à quel point le sens du questionnement est-il (ou n'est-il pas) le questionnement du sens ? » Ensuite, beaucoup se gâche aussi dans les combats, nombreux et parfois sans intérêt, malgré l'apparition de nouveaux monstres et de figures familières comme le général Zod. Batman, Wonder Woman et toute la Ligue font aussi partie du programme. À la fin et malgré tout, j'ai aimé certaines scènes belles et romantiques, qui sont à nouveau très bien déssinées par J. Lee.
Barlovento - Face au vent
Avant les éditions iLatina, c'est l'éditeur Warum qui, en 2019, a réussi un premier coup de maître en obtenant les droits de publication française d'une œuvre du binôme Mazzitelli/Alcatena. Leur choix s'était alors porté sur Barlovento, qui croise l'odyssée d'Ulysse avec le monde de la piraterie. Il convient d'avertir le lecteur : Barlovento n'est pas une bande dessinée de pirates traditionnelle. Il s'agit d'un roman graphique ancré dans le fantastique métaphysique argentin, qui s'inscrit dans la droite lignée des labyrinthes mentaux de Jorge Luis Borges. Le voyage est intérieur avant tout. Le navire tourne en rond sur un océan métaphysique qui sert de miroir aux obsessions humaines. Les tempêtes, les îles fantômes et les monstres qui jalonnent le périple du héros Ulysse, ne sont pas de simples péripéties, mais les manifestations physiques des regrets, de la folie et de la condition mortelle des personnages. On est donc sur une oeuvre "existentielle", nourrie par un noir et blanc onirique dans la pure tradition de l'école argentine, et une écriture très poétique. Le bestiaire marin est remarquable, il emprunte autant à la mythologie grecque qu'à Lovecraft. On a même droit à une référence au Moby Dick de Melville. Le roman graphique n'est franchement pas ma tasse de thé, mais je suis content d'avoir dans ma collection cette oeuvre, qui représente bien le talent d'Alcatena pour dessiner des mondes imaginaires.
The Big Burn
Mouais. Ça se laisse lire, pas de problème. Mais je serai clairement moins enthousiaste que mon prédécesseur. Le principal atout, c’est le rythme. On ne s’ennuie pas. Et les amateurs de polars classiques y trouveront peut-être leur compte. Il y a un peu des films « Ocean » ou de tous les films qui jouent sur la constitution d’une fine équipe pour réaliser le casse du siècle, le braquage de rêve. Ce qui est censé donner une touche d’originalité, c’est qu’il s’agit de braquer le coffre du Diable, où il enferme les âmes des damnés. Car les héros ont fait un pacte faustien, et veulent « revenir à la vie » sans tenir leurs engagements envers le chef des enfers. Mais, une fois passé cette touche d’originalité, il faut à la fois accepter pas mal de facilités scénaristiques, mais aussi accepter une intrigue qui reste très basique. Quant au dessin, s’il est très lisible, je le trouve très moyen (et ne suis pas fan de la colorisation, informatique semble-t-il). Note réelle 2,5/5.
Skinwalker
Je ne suis pas forcément fan de l’apport massif du fantastique dans le western. Ça m’a rarement satisfait. Ici, je dois dire que ça passe, ça ne tombe pas dans le n’importe quoi, la surenchère masquant un manque d’idées scénaristiques. C’est un booster comme un autre pour dynamiser une intrigue pas trop prise de tête, mais que j’ai trouvé efficace. Le casting est un peu étonnant – dans sa constitution et dans son utilisation. En effet, une cantatrice en disgrâce héritant d’un manoir paumé dans un trou du Far West s’adjoint un duo improbable pour l’escorter (une jeune femme rêvant d’être un pistolero et son vieux « coach ») se retrouve mêlée à une attaque de « skinwalker » (humains se transformant en êtres animaliers sanguinaires, liés à des légendes indiennes). Ma principale surprise vient du relatif sous-emploi de la bande d’outlaws, que je pensais être les méchants, et qui ne forment finalement – à l’exception de l’un d’entre eux (par ailleurs plus « gentil » que prévu !) – qu’un stock de victimes vite épuisé. Sans être inoubliable, c’est une lecture dynamique et globalement plaisante. Je ne regrette pas mon emprunt.
Le Jour d'avant le bonheur
Je ne connais ni l’auteur ni le roman d’origine. Disons qu’au vu de cette adaptation – qui se laisse lire facilement pourtant – je ne pense pas que ce soit ma came. En effet, l’intrigue est très légère – trop à mon goût. Et le rythme est aussi très lent. L’histoire est construite comme une tragédie antique. Il y a en effet quelque chose de théâtral dans la façon de traiter ce récit. Une quasi unité de lieu : tout tourne autour des habitants d’un immeuble – on s’éloigne jusqu’à sa cour, mais pas beaucoup plus loin. Les personnages, peu expressifs, sont aussi un peu comme des acteurs portant un masque (d’ailleurs une veuve ne montre jamais son visage derrière son voile) et surtout la quasi-totalité du récit amène au tragique final, avec cet amour impossible, alors qu’on a pu un court instant penser que le jeune héros aller pouvoir l’assouvir avec la jeune femme qu’il avait connue adolescent. Pas inintéressant, mais pas emballant plus que ça non plus. Et je n’ai pas trop reconnu la patte de Tronchet ici, il a sans doute dû s’effacer derrière le récit d’origine. Note réelle 2,5/5.
Wicked Spot
Sadako est une jeune sorcière (jeune d'à peine un siècle, entendons-nous) qui a vécu toute sa vie recluse et se sent désespérément seule. Un jour, par miracle, elle tombe sur un téléphone et une connexion internet et découvre en un milliard d'images toutes les évolutions humaines passées, les nouvelles modes, les paysages variés, … bref, après un simple voyage à travers les réseaux sociaux, notre sorcière décide d'enfin sortir de sa montagne et de vivre son rêve : enfin se montrer parmi les autres et, si possible, être admirée. Usant de magie et de son joli minois, Sadako se lance en tant qu'influenceuse en ligne, accumulant rapidement une multitude de followers, parmi lesquels Hanako, une jeune femme aux manières et à l'allure un peu bourrines souffrant elle aussi de l'isolement et de la solitude. Hanako admire Sadako, rêverait même de lui ressembler mais, patatra, un beau jour Sadako révèle en live qu'elle est une sorcière et le monde de Hanako s'effondre. Elle qui a été ostracisée par les autres toute sa vie, elle ne supporte pas de voir quelqu'un revendiquer la moindre bizarrerie, surtout si c'est en plus pour se faire passer pour une sorcière. Se lance alors une vague de messages haineux envers Sadako sur tous ses réseaux sociaux, et la belle sorcière va donc essayer de rencontrer cette personne étrangement obnubilée par elle. C'est une histoire simple sur la solitude, l'ostracisation des individus jugés trop différents, sur la réappropriation des individualités aussi, le tout porté par une histoire farfelue de société secrète cherchant à cacher la sorcellerie aux humains et saupoudré d'un propos sur les réseaux sociaux et leur capacité à ouvrir au monde tout en ne le présentant que sous une manière photogénique. Les personnages sont bien dessinés, très expressifs, nos deux protagonistes sont très rapidement attachantes, Sadako est toute choupie (quand elle décide de ne pas sortir les crocs), … Bref, l'histoire vient tout juste de commencer, s'annonce simple et pourtant convainc déjà. Eeeeeet, pourtant, nous nous retrouvons face à un problème, car je vous le dit, la série n'ira pas très loin. Comment le sais-je ? Parce que l'autrice s'est vue annulée sa série qui n'ira, au final, pas plus loin que le tome 2. Je ne sais pas encore si elle essaiera quand-même d'apporter une conclusion, aussi expédiée soit-elle, car après tout il est fort probable que ses éditeur-ice-s se contentent de couper le courant. Dommage, l'histoire, sans être parfaite, s'annonçait prometteuse. Les yuris fantastiques, avec des personnages hauts en couleurs et un duo principal continuellement mi-en-conflit mi-alliées-de-fortune, bah normalement ça devrait me plaire, ça devrait même plaire à beaucoup d'amateur-ice-s de romances déjantées. Mais voilà, pas beaucoup de succès au Japon et la série n'aura pas plus de chance que ça. Devriez-vous acheter cette série morte-née ? Eh bien tout dépendra de vous, car j'avoue que j'ai tout de même bien envie de soutenir l'autrice et que je ne serais pas contre voir ses prochaines créations (j'avais en tout cas personnellement bien aimé ses précédentes). Raison pour laquelle je n'ai justement pas hésité une seule seconde à acheter cet album en tombant dessus lors d'une convention.
Wolfram
Quatrième et dernière série d'Éric Puech publiée chez Comics USA, avec un diptyque cette fois-ci. Le premier album propose quatre histoires courtes s'ouvrant sur des époques et des univers variés (heroic fantasy, science-fiction, années 80), souvent rythmées par des rebondissements méta. Le dernier récit vient lier - laborieusement - les intrigues entre elles. L'ensemble déborde de références pop culturelles des années 80, de Star Wars à Superman en passant par les jeux vidéo. On retrouve le héros, Wolfram, dans un second tome au format assez inhabituel pour Puech, puisqu'il s'agit d'un récit complet et unique. Si l'intrigue se révèle très caricaturale — voire un brin paresseuse —, le plaisir de lecture reste intact. On savoure Wolfram avec le même plaisir coupable que devant une vieille série B. Seuls bémols : une couverture au rendu un peu cheap et une palette de couleurs malheureusement trop limitée dans ce second opus. Cette chronique est l'occasion de remettre en perspective mon appréciation des œuvres de Puech — fervent défenseur du courant pulp — publiées chez le même éditeur. Mon classement final, par ordre de préférence : 1. Wolfram *** 2. La Ballade de Johnny *** 3. Traces de pneus *** 4. Joe Breakdown ***
Joe Breakdown
Cinq histoires courtes scenarisées par Abuli, le fameux scénariste de Torpedo et dessinées par Eric Puech, un dessinateur français qui a beaucoup été publié dans la collection Spécial USA. Pour apprécier cette bande, il faut aimer le genre pulp : on est sur des récits très rétro assez kitsch, qui font l'éloge de la culture américaine des années 80. Le personnage récurrent de Johnny sert de fil d'Ariane entre la plupart des histoires. Le dessin de Puech fait très deuxième division mais il possède un certain charme. Par contre la mise en scène est moins aboutie si on compare avec les autres oeuvres de l'auteur. Une bd assez représentative de la ligne éditoriale de Comics USA à l'époque.