Southern trees bear a strange fruit
Blood on the leaves and blood at the root
Black bodies swinging in the southern breeze
Strange fruit hanging from the poplar trees
Strange Fruit est une chanson choc datant de 1937 et qui dénonce avec force les lynchages racistes qui avaient encore cours dans le sud des USA. Même si son interprète la plus célèbre est la chanteuse de jazz Billie Holiday, elle avait été écrite deux ans plus tôt par Abel Meeropol, auteur et parolier new yorkais d'origine juive. Ce dernier, sympathisant de la mouvance communiste et marqué par l'injustice qui subissent les peuples opprimés, l'avait écrite comme un vrai pamphlet dénonciateur et comptait bien que la célèbre chanteuse porte son message aux oreilles de tous les américains. Et s'il a fallu un certain temps avant qu'elle accepte de changer de registre pour passer des chansons d'amour à cette chanson politique, elle a finalement fait sa renommée... et en même temps attiré sur elle et sur Meeropol bien des soucis politiques et financiers.
Cet album est une double biographie, celle du parolier et celle de la chanteuse, entre 1939 et 1957. A travers eux, on découvre l'Amérique d'alors, entre Ségrégationnisme et Maccarthysme, racisme et chasse aux communistes. D'un côté, Billie Holiday subissait ce racisme malgré sa fortune, ayant notamment attiré le harcèlement de policiers qui avaient repéré en elle une consommatrice accro à la drogue qui allait peu à peu la détruire. Et d'un autre côté, Abel Meeropol devait jongler entre ses amitiés communistes, sans avoir jamais été lui-même membre du parti, et les conséquences de sa chanson qui là encore ont attiré les regards haineux vers lui et affecté sa carrière.
A. Dan met cela en image avec un style pas forcément parfait mais très classe, notamment grâce à un encrage rappelant le fusain qui se marie bien avec l'élégance des couleurs. La narration prend la forme de souvenirs racontés par les deux protagonistes lorsqu'ils se retrouvent des années plus tard. Cela donne de la vie et évite la structure ennuyeuse des récits historiques, mais les sauts chronologiques en avant et en arrière dans leurs dialogues sont parfois embrouillés et on peut s'y perdre dans ce qu'il s'est passé avant ou après d'autres passages.
Si cette BD est instructive sur une époque, sur une chanteuse célèbre et sur une chanson en particulier et le parcours de son parolier, elle dégage relativement peu d'émotions. Pourtant c'est bien au côté du parolier que l'on est le plus souvent, partageant ses doutes et les ennuis qu'il subit au cours de son parcours. Mais il reste malheureusement relativement distant du lecteur du fait de cette narration qui n'a guère d'autre choix que de sauter de dates en dates tandis que les faits sont racontés au plus proche de la vérité historique. On ressent toutefois largement l'amertume que l'on peut ressentir d'une part à voir une femme talentueuse gâcher sa vie à cause de l'alcool et de la drogue, et d'autre part à voir un artiste écrivain subir les affres d'une époque résolument réactionnaire.
J'ai appris des choses sur ces personnes, cette chanson et cette époque, et j'ai eu droit pour cela à un beau dessin et un bel album, c'est déjà bien.
Les Humanoïdes Associés publient en même temps deux BD muettes qui, très différentes l’une de l’autre, se révèlent toutes deux intrigantes et originales. Même si j’ai clairement été davantage touché par Cometa, j’ai quand même plutôt apprécié cet album.
J’ai toutefois été dérouté par la construction des planches, qui m’a parfois un peu gêné, ne sachant pas toujours comment lire ces multiples petites cases. Mais globalement ça passe, et je dirais même que ça donne un certain charme à l’ensemble.
L’histoire est à la fois simple et déroutante. J’ai en particulier bien aimé la fin, qui donne à l’intrigue un air de cycle qui recommence, mais aussi une sorte de parenthèse enchantée, dans un univers finalement post-apocalypse. La rencontre de cette astronaute envoyée en dernier recours – suite à un tirage au sort – vers l’espace lointain, pour trouver une hypothétique solution aux malheurs de la Terre, et d'un étrange Robot géant, reste énigmatique (avec sur la fin une explosion de fleurs – aux allures de boulons – inexpliquée), cela peut être un rêve ou la réalité, peu importe : seul importe le voyage, la rencontre.
Une histoire que les lecteurs peuvent interpréter diversement je pense, mais dont la lecture est plutôt agréable.
Bon, à première vue je ne serais jamais allée vers cette série, les couvertures me faisaient penser à une sorte d'ecchi visant clairement un public masculin (notamment à cause de la couverture du tome 4), mais à la vue du nom de l'autrice, Kuzushiro, qui a également écrit The Moon on a Rainy Night (que je me souviens avoir apprécié il y a plusieurs années), j'ai décidé de donner sa chance à cette histoire.
Bonne pioche ? Mauvaise pioche ? Hmm, mitigée mais malheureusement je pense dire que cela a été une mauvaise pioche pour moi.
L'histoire est prometteuse : on suit une mangaka durant sa vie de tous les jours, et plus précisément sa vie professionnelle (les délais à respecter, les cahiers des charges à suivre, les rencontre avec tous les représentant-e-s de la chaîne de production, l'entente avec ses assistantes, tout y passe). Le petit twist ? Notre mangaka a l'esprit mal placée et interprète presque toutes ses interactions professionnelles sous l'angle de la relation amoureuse (voire sexuelle), en particulier dans sa relation avec son éditrice. Le twist (bis) ? L'éditrice en question visualise également leur relation professionnelle comme étant intime et romantique (il semble même rapidement sous entendu qu'elle éprouve de réels sentiments amoureux).
Un mélange entre un documentaire sur le quotidien d'un-e mangaka et une histoire romantique dans un cadre de travail c'est prometteur. Le hic, c'est que j'ai malheureusement trouvé que le résultat n'était pas à la hauteur du potentiel.
Premier défaut, sans doute personnel : j'ai trouvé que la volonté de retranscrire de manière très précise et documentée le travail d'un-e mangaka professionel-le et l'histoire d'amour délirante se mélangent en réalité assez mal. Cela se joue sans doute à peu de choses, mais ici j'ai vraiment trouvé que les deux directions se nuisaient mutuellement : certains passages m'ont fait dire que le tout aurait mérité d'être plus sérieux, alors que d'autres m'ont fait dire qu'au contraire il aurait fallu pousser le délire plus loin. Après, avoir le cul entre deux chaises (pour citer ma mamie), ce n'est pas une faute impardonnable, c'est juste dommage.
Sur la romance, justement, je tenais à dire que je l'ai trouvé... décevante. Quasi-absente serait sans doute le mot qui conviendrait le mieux. C'est un yuri, donc même si l'album viserait un public masculin je m'attend tout de même à un traitement minimum des sentiments amoureux, mais ici le tout fait très... timide. En fait les allusions romantiques (et sexuelles...) répétées de la mangaka sont constamment traitées comme des blagues et mis à part les trop rares passages où l'on montre son éditrice éprouver un attachement pour elle nous ne voyons pas vraiment de sentiments forts entre elles deux (si ce n'est leur sincère attachement en tant que collègues qui se respectent). Un peu dommage quand je m'étais lancé dans cette série spécifiquement pour trouver une romance (j'ai pourtant souvenir que The Moon on a Rainy Night parlait clairement de romance...). Bon, la présentation détaillée de la chaîne de production d'un manga au Japon reste intéressant.
Défaut spécifique à la version française enfin : l'une des assistantes de la mangaka la vouvoie. Bon, jusque là rien de grave, mais la mangaka, elle, la tutoie. Cela ne semble rien, je sais que cela existe des gens qui ne se parlent pas sur un même registre, mais vu comme elles travaillent avec complicité et qu'on montre dès le début qu'elles se connaissent bien, cela m'a semblé bizarre dès le premier chapitre. Alors, quand on nous révèle plus tard que l'assistante est en fait la petite sœur d'une des amies de lycée de la mangaka (amie qu'elle tutoie et qui la tutoie, d'ailleurs), cela semble encore plus bizarre. Je ne sais pas, cela m'a semblé être un choix de traduction hasardeux, cela créé une distance entre deux personnages que la mise en scène montre clairement très complices.
Bon, malgré tous les reproches que j'ai à donner à cette série, je ne la rejette pas complètement non plus. Certes la romance mise en arrière plan m'a déçue, certes le design moe des personnages ne m'a absolument pas parlé, certes je ne me suis pas vraiment attachée aux personnages, ... Oui, bon, je lui reproche quand-même beaucoup de choses, mais je reconnais ne pas avoir été son public cible (en tout cas je n'ai pas été touchée par ce que voulait écrire Kuzushiro). Encore une fois, la présentation du quotidien d'un-e mangaka est intéressant à lire et il y a même quelques scènes qui arrivent à montrer un bon potentiel comique (je pense notamment aux répliques souvent absurdement sérieuses et emphatiques de la collègue/rivale/squatteuse alcoolique de notre mangaka principale). C'est juste dommage que ce potentiel comique ne parvienne pas à pleinement faire ses preuves et parasite quelques fois malgré lui les moments un peu plus sérieux.
L'autrice s'est très probablement inspirée d'anecdotes de sa vie pour écrire cette série, ce qui rend d'ailleurs certaines répliques amusantes comme celle où la mangaka réfléchi à un projet de nouvelle série et pense à un projet sur la langue des signes qui lui aurait été inspiré par un membre de sa famille atteint de surdité (comme dans The Moon on a Rainy Night).
Bref, une série pas inintéressante à proprement parler mais qui n'a pas réussie à m'atteindre.
(Note réelle 2,5)
Étrange album que celui-ci !
Visuellement d’abord, il impose des choix graphiques et une mise en page plutôt originaux. C’est très déstructuré – et, il faut le dire, parfois un peu difficile à suivre. C’est par contre très aéré (à plusieurs reprises d’importantes plages/marges laissées en blanc autour de quelques petites cases se baladant sur des pages au format assez grand).
Je ne suis pas forcément fan du dessin, mais il est lisible, et globalement le travail graphique est à saluer.
L’intrigue est, elle aussi, parfois difficile à appréhender. Oscillant entre le récit historique (on est à l’apogée de l’Italie fasciste, essentiellement entre 1933 et 1936) et un peu de fantastique SF, le récit m’a moyennement accroché. Je n’ai pas réussi à m’attacher aux personnages et à l’histoire elle-même.
Reste une œuvre originale, une nouvelle fois bien « habillée » par l’éditeur Sarbacane. Je conçois que d’autres peuvent y trouver davantage leur compte.
Une lecture très, très rapide, elle m'a globalement déçu.
De la dark fantasy avec un relent de mythologie grecque puisqu'il va être question des enfers et du fleuve Styx.
Un récit qui a du mal à décoller, on en apprend pas beaucoup plus que le résumé ci-dessus. Héloïse et Hector, les seuls personnages (peu attachants au demeurant), se trouvent dans l'outremonde, un endroit sombre et lugubre où le danger peut surgir à chaque instant. Et il surgira. On va suivre leur errance jusqu'au fleuve Styx. Un récit qui manque de maîtrise, on ne sait pas grand chose sur les tenants et les aboutissants. Il y a peu de texte et celui-ci n'est pas des plus emballant.
Je reste sur ma faim, j'espère que le second acte sera plus éclairant et intéressant.
Par contre, le dessin de Snö fait le job. Il rend réaliste ce monde inquiétant où règne la désolation. J'ai apprécié la touche numérique, elle permet d'appréhender l'immensité des lieux et de jouer sur les perspectives. Le choix limité des couleurs accentue le climat oppressant des lieux.
La mise en page est dynamique.
Du très bon boulot.
Un petit 3 étoiles en attendant la suite.
2.5
Un peu déçu par ce documentaire parce que le sujet est passionnant.
On suit le photographe et journaliste Ali Arkady qui s'en va en Irak voir comment l'armée irakienne combats Daech et évidemment il y a des dérapages devant des militaires. Je pense que c'est ce qui a de plus triste ici. Je n'ai pas été surpris parce qu'on montrait. Les guerres se suivent et se ressemblent et les crimes de guerres sont toujours les mêmes, une banalité qu'il semble impossible d'arrêter.
Malheureusement, tout est gâché par un dessin qui ne donne pas du tout envie de lire l'album et que je trouve même moche. Je sais que les critères de ce qu'est un beau dessin est subjectif et change d'un lecteur à autre, mais mine de rien cela fait quand même pas mal de documentaire où j'ai l'impression que la qualité du dessin est le cadet des soucis des auteurs et ce qui est le plus important est le propos du documentaire. Tant qu'à faire, autant faire directement un livre et pas une BD si le dessin n'est pas important.
Une farce sympathique sur la nudité dans l'art même si cela m'a pris du temps pour totalement rentrer dans le récit.
En effet, je trouve que tout va un peu trop lentement pour qu'on arrive à la situation qu'on voit au début du récit à savoir que les hommes majeurs doivent se mettre à poil pour visiter le Louvre. Je n'ai trouvé le récit passionnant que lorsqu'on fait un discours sur la différence entre la nudité féminine et la nudité masculine dans l'histoire de l'art. C'est vraiment intéressant et j'aime aussi le texte à la fin qui explique la représentation en art du récit biblique Suzanne et les Vieillards et comment elle a évolué au fil des siècles.
J'avoue tout de même que j'ai eu de la difficulté à trouver la situation crédible, sans doute parce que je suis trop rationnel et peut-être à cause de différences culturelles. Genre, il n'y a personne qui va prendre en compte qu'il y a des pervers qui vont profiter de la situation pour s'exhiber et agir comme des porcs ? Bon je sais qu'on est dans un musée avec des gardes et pas dans une ruelle sombre, mais vu qu'apparemment on peut tripoter une statue en toute impunité, je ferais pas confiance à leurs compétences.
Et puis aussi il y a juste des hommes bien sûr machos qui manifestent contre le nouveau règlement. Il n'y a aucune femme que ça semble déranger. Au début du récit, on voit des enfants parmi les visiteurs. Ça dérange personne de les voir entourés d'hommes nus ? Et surtout pour les petites filles ? Franchement je m'adresse aux parents du site : vous auriez envie d'emmener vos filles dans un endroit rempli d'hommes nus ?
Bref, le propos de l'album est bon, mais je ne suis pas totalement convaincu par la manière dont il est représenté.
Comme les autres posteurs ci-dessous, c'est un album collectif sans cohérence et sans ambition. OK les auteurs n'ont qu'une page mais ça suffit largement pour Frnaquin, De Groot, Roba etc. En plus, l'univers est riche et connu de tous, pas besoin de préambules.
Bref, je suis frustré comme la plupart.
Mais j'ai quand même pris du plaisir à la lire avec mon garçon car chaque dessinateur croque le personnage différemment, parfois de manière stylisée ou de manière sophistiquée. Et il y a une belle brochette d'artistes qui savent manier leurs outils compilés ici. Et j'ai été surpris de voir les différentes facettes de Mickey, l'aventureuse évidemment mais aussi la fleur bleue pique-niquant avec Minnie (on s'attend à une chute second degré mais non, bel hommage.)
En résumé, pas à acheter mais à lire pour voir une palette de styles et découvrir quelques auteurs qu'on ne connaissais pas forcéement.
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Strange Fruit - La Chanson d'Abel
Southern trees bear a strange fruit Blood on the leaves and blood at the root Black bodies swinging in the southern breeze Strange fruit hanging from the poplar trees Strange Fruit est une chanson choc datant de 1937 et qui dénonce avec force les lynchages racistes qui avaient encore cours dans le sud des USA. Même si son interprète la plus célèbre est la chanteuse de jazz Billie Holiday, elle avait été écrite deux ans plus tôt par Abel Meeropol, auteur et parolier new yorkais d'origine juive. Ce dernier, sympathisant de la mouvance communiste et marqué par l'injustice qui subissent les peuples opprimés, l'avait écrite comme un vrai pamphlet dénonciateur et comptait bien que la célèbre chanteuse porte son message aux oreilles de tous les américains. Et s'il a fallu un certain temps avant qu'elle accepte de changer de registre pour passer des chansons d'amour à cette chanson politique, elle a finalement fait sa renommée... et en même temps attiré sur elle et sur Meeropol bien des soucis politiques et financiers. Cet album est une double biographie, celle du parolier et celle de la chanteuse, entre 1939 et 1957. A travers eux, on découvre l'Amérique d'alors, entre Ségrégationnisme et Maccarthysme, racisme et chasse aux communistes. D'un côté, Billie Holiday subissait ce racisme malgré sa fortune, ayant notamment attiré le harcèlement de policiers qui avaient repéré en elle une consommatrice accro à la drogue qui allait peu à peu la détruire. Et d'un autre côté, Abel Meeropol devait jongler entre ses amitiés communistes, sans avoir jamais été lui-même membre du parti, et les conséquences de sa chanson qui là encore ont attiré les regards haineux vers lui et affecté sa carrière. A. Dan met cela en image avec un style pas forcément parfait mais très classe, notamment grâce à un encrage rappelant le fusain qui se marie bien avec l'élégance des couleurs. La narration prend la forme de souvenirs racontés par les deux protagonistes lorsqu'ils se retrouvent des années plus tard. Cela donne de la vie et évite la structure ennuyeuse des récits historiques, mais les sauts chronologiques en avant et en arrière dans leurs dialogues sont parfois embrouillés et on peut s'y perdre dans ce qu'il s'est passé avant ou après d'autres passages. Si cette BD est instructive sur une époque, sur une chanteuse célèbre et sur une chanson en particulier et le parcours de son parolier, elle dégage relativement peu d'émotions. Pourtant c'est bien au côté du parolier que l'on est le plus souvent, partageant ses doutes et les ennuis qu'il subit au cours de son parcours. Mais il reste malheureusement relativement distant du lecteur du fait de cette narration qui n'a guère d'autre choix que de sauter de dates en dates tandis que les faits sont racontés au plus proche de la vérité historique. On ressent toutefois largement l'amertume que l'on peut ressentir d'une part à voir une femme talentueuse gâcher sa vie à cause de l'alcool et de la drogue, et d'autre part à voir un artiste écrivain subir les affres d'une époque résolument réactionnaire. J'ai appris des choses sur ces personnes, cette chanson et cette époque, et j'ai eu droit pour cela à un beau dessin et un bel album, c'est déjà bien.
Hedra
Les Humanoïdes Associés publient en même temps deux BD muettes qui, très différentes l’une de l’autre, se révèlent toutes deux intrigantes et originales. Même si j’ai clairement été davantage touché par Cometa, j’ai quand même plutôt apprécié cet album. J’ai toutefois été dérouté par la construction des planches, qui m’a parfois un peu gêné, ne sachant pas toujours comment lire ces multiples petites cases. Mais globalement ça passe, et je dirais même que ça donne un certain charme à l’ensemble. L’histoire est à la fois simple et déroutante. J’ai en particulier bien aimé la fin, qui donne à l’intrigue un air de cycle qui recommence, mais aussi une sorte de parenthèse enchantée, dans un univers finalement post-apocalypse. La rencontre de cette astronaute envoyée en dernier recours – suite à un tirage au sort – vers l’espace lointain, pour trouver une hypothétique solution aux malheurs de la Terre, et d'un étrange Robot géant, reste énigmatique (avec sur la fin une explosion de fleurs – aux allures de boulons – inexpliquée), cela peut être un rêve ou la réalité, peu importe : seul importe le voyage, la rencontre. Une histoire que les lecteurs peuvent interpréter diversement je pense, mais dont la lecture est plutôt agréable.
Ici, on a toujours une raison de sourire
Bon, à première vue je ne serais jamais allée vers cette série, les couvertures me faisaient penser à une sorte d'ecchi visant clairement un public masculin (notamment à cause de la couverture du tome 4), mais à la vue du nom de l'autrice, Kuzushiro, qui a également écrit The Moon on a Rainy Night (que je me souviens avoir apprécié il y a plusieurs années), j'ai décidé de donner sa chance à cette histoire. Bonne pioche ? Mauvaise pioche ? Hmm, mitigée mais malheureusement je pense dire que cela a été une mauvaise pioche pour moi. L'histoire est prometteuse : on suit une mangaka durant sa vie de tous les jours, et plus précisément sa vie professionnelle (les délais à respecter, les cahiers des charges à suivre, les rencontre avec tous les représentant-e-s de la chaîne de production, l'entente avec ses assistantes, tout y passe). Le petit twist ? Notre mangaka a l'esprit mal placée et interprète presque toutes ses interactions professionnelles sous l'angle de la relation amoureuse (voire sexuelle), en particulier dans sa relation avec son éditrice. Le twist (bis) ? L'éditrice en question visualise également leur relation professionnelle comme étant intime et romantique (il semble même rapidement sous entendu qu'elle éprouve de réels sentiments amoureux). Un mélange entre un documentaire sur le quotidien d'un-e mangaka et une histoire romantique dans un cadre de travail c'est prometteur. Le hic, c'est que j'ai malheureusement trouvé que le résultat n'était pas à la hauteur du potentiel. Premier défaut, sans doute personnel : j'ai trouvé que la volonté de retranscrire de manière très précise et documentée le travail d'un-e mangaka professionel-le et l'histoire d'amour délirante se mélangent en réalité assez mal. Cela se joue sans doute à peu de choses, mais ici j'ai vraiment trouvé que les deux directions se nuisaient mutuellement : certains passages m'ont fait dire que le tout aurait mérité d'être plus sérieux, alors que d'autres m'ont fait dire qu'au contraire il aurait fallu pousser le délire plus loin. Après, avoir le cul entre deux chaises (pour citer ma mamie), ce n'est pas une faute impardonnable, c'est juste dommage. Sur la romance, justement, je tenais à dire que je l'ai trouvé... décevante. Quasi-absente serait sans doute le mot qui conviendrait le mieux. C'est un yuri, donc même si l'album viserait un public masculin je m'attend tout de même à un traitement minimum des sentiments amoureux, mais ici le tout fait très... timide. En fait les allusions romantiques (et sexuelles...) répétées de la mangaka sont constamment traitées comme des blagues et mis à part les trop rares passages où l'on montre son éditrice éprouver un attachement pour elle nous ne voyons pas vraiment de sentiments forts entre elles deux (si ce n'est leur sincère attachement en tant que collègues qui se respectent). Un peu dommage quand je m'étais lancé dans cette série spécifiquement pour trouver une romance (j'ai pourtant souvenir que The Moon on a Rainy Night parlait clairement de romance...). Bon, la présentation détaillée de la chaîne de production d'un manga au Japon reste intéressant. Défaut spécifique à la version française enfin : l'une des assistantes de la mangaka la vouvoie. Bon, jusque là rien de grave, mais la mangaka, elle, la tutoie. Cela ne semble rien, je sais que cela existe des gens qui ne se parlent pas sur un même registre, mais vu comme elles travaillent avec complicité et qu'on montre dès le début qu'elles se connaissent bien, cela m'a semblé bizarre dès le premier chapitre. Alors, quand on nous révèle plus tard que l'assistante est en fait la petite sœur d'une des amies de lycée de la mangaka (amie qu'elle tutoie et qui la tutoie, d'ailleurs), cela semble encore plus bizarre. Je ne sais pas, cela m'a semblé être un choix de traduction hasardeux, cela créé une distance entre deux personnages que la mise en scène montre clairement très complices. Bon, malgré tous les reproches que j'ai à donner à cette série, je ne la rejette pas complètement non plus. Certes la romance mise en arrière plan m'a déçue, certes le design moe des personnages ne m'a absolument pas parlé, certes je ne me suis pas vraiment attachée aux personnages, ... Oui, bon, je lui reproche quand-même beaucoup de choses, mais je reconnais ne pas avoir été son public cible (en tout cas je n'ai pas été touchée par ce que voulait écrire Kuzushiro). Encore une fois, la présentation du quotidien d'un-e mangaka est intéressant à lire et il y a même quelques scènes qui arrivent à montrer un bon potentiel comique (je pense notamment aux répliques souvent absurdement sérieuses et emphatiques de la collègue/rivale/squatteuse alcoolique de notre mangaka principale). C'est juste dommage que ce potentiel comique ne parvienne pas à pleinement faire ses preuves et parasite quelques fois malgré lui les moments un peu plus sérieux. L'autrice s'est très probablement inspirée d'anecdotes de sa vie pour écrire cette série, ce qui rend d'ailleurs certaines répliques amusantes comme celle où la mangaka réfléchi à un projet de nouvelle série et pense à un projet sur la langue des signes qui lui aurait été inspiré par un membre de sa famille atteint de surdité (comme dans The Moon on a Rainy Night). Bref, une série pas inintéressante à proprement parler mais qui n'a pas réussie à m'atteindre. (Note réelle 2,5)
La Forteresse volante
Étrange album que celui-ci ! Visuellement d’abord, il impose des choix graphiques et une mise en page plutôt originaux. C’est très déstructuré – et, il faut le dire, parfois un peu difficile à suivre. C’est par contre très aéré (à plusieurs reprises d’importantes plages/marges laissées en blanc autour de quelques petites cases se baladant sur des pages au format assez grand). Je ne suis pas forcément fan du dessin, mais il est lisible, et globalement le travail graphique est à saluer. L’intrigue est, elle aussi, parfois difficile à appréhender. Oscillant entre le récit historique (on est à l’apogée de l’Italie fasciste, essentiellement entre 1933 et 1936) et un peu de fantastique SF, le récit m’a moyennement accroché. Je n’ai pas réussi à m’attacher aux personnages et à l’histoire elle-même. Reste une œuvre originale, une nouvelle fois bien « habillée » par l’éditeur Sarbacane. Je conçois que d’autres peuvent y trouver davantage leur compte.
Abyss
Une lecture très, très rapide, elle m'a globalement déçu. De la dark fantasy avec un relent de mythologie grecque puisqu'il va être question des enfers et du fleuve Styx. Un récit qui a du mal à décoller, on en apprend pas beaucoup plus que le résumé ci-dessus. Héloïse et Hector, les seuls personnages (peu attachants au demeurant), se trouvent dans l'outremonde, un endroit sombre et lugubre où le danger peut surgir à chaque instant. Et il surgira. On va suivre leur errance jusqu'au fleuve Styx. Un récit qui manque de maîtrise, on ne sait pas grand chose sur les tenants et les aboutissants. Il y a peu de texte et celui-ci n'est pas des plus emballant. Je reste sur ma faim, j'espère que le second acte sera plus éclairant et intéressant. Par contre, le dessin de Snö fait le job. Il rend réaliste ce monde inquiétant où règne la désolation. J'ai apprécié la touche numérique, elle permet d'appréhender l'immensité des lieux et de jouer sur les perspectives. Le choix limité des couleurs accentue le climat oppressant des lieux. La mise en page est dynamique. Du très bon boulot. Un petit 3 étoiles en attendant la suite.
L'Homme qui en a trop vu
2.5 Un peu déçu par ce documentaire parce que le sujet est passionnant. On suit le photographe et journaliste Ali Arkady qui s'en va en Irak voir comment l'armée irakienne combats Daech et évidemment il y a des dérapages devant des militaires. Je pense que c'est ce qui a de plus triste ici. Je n'ai pas été surpris parce qu'on montrait. Les guerres se suivent et se ressemblent et les crimes de guerres sont toujours les mêmes, une banalité qu'il semble impossible d'arrêter. Malheureusement, tout est gâché par un dessin qui ne donne pas du tout envie de lire l'album et que je trouve même moche. Je sais que les critères de ce qu'est un beau dessin est subjectif et change d'un lecteur à autre, mais mine de rien cela fait quand même pas mal de documentaire où j'ai l'impression que la qualité du dessin est le cadet des soucis des auteurs et ce qui est le plus important est le propos du documentaire. Tant qu'à faire, autant faire directement un livre et pas une BD si le dessin n'est pas important.
Le Grand incident
Une farce sympathique sur la nudité dans l'art même si cela m'a pris du temps pour totalement rentrer dans le récit. En effet, je trouve que tout va un peu trop lentement pour qu'on arrive à la situation qu'on voit au début du récit à savoir que les hommes majeurs doivent se mettre à poil pour visiter le Louvre. Je n'ai trouvé le récit passionnant que lorsqu'on fait un discours sur la différence entre la nudité féminine et la nudité masculine dans l'histoire de l'art. C'est vraiment intéressant et j'aime aussi le texte à la fin qui explique la représentation en art du récit biblique Suzanne et les Vieillards et comment elle a évolué au fil des siècles. J'avoue tout de même que j'ai eu de la difficulté à trouver la situation crédible, sans doute parce que je suis trop rationnel et peut-être à cause de différences culturelles. Genre, il n'y a personne qui va prendre en compte qu'il y a des pervers qui vont profiter de la situation pour s'exhiber et agir comme des porcs ? Bon je sais qu'on est dans un musée avec des gardes et pas dans une ruelle sombre, mais vu qu'apparemment on peut tripoter une statue en toute impunité, je ferais pas confiance à leurs compétences. Et puis aussi il y a juste des hommes bien sûr machos qui manifestent contre le nouveau règlement. Il n'y a aucune femme que ça semble déranger. Au début du récit, on voit des enfants parmi les visiteurs. Ça dérange personne de les voir entourés d'hommes nus ? Et surtout pour les petites filles ? Franchement je m'adresse aux parents du site : vous auriez envie d'emmener vos filles dans un endroit rempli d'hommes nus ? Bref, le propos de l'album est bon, mais je ne suis pas totalement convaincu par la manière dont il est représenté.
Mickey All Stars
Comme les autres posteurs ci-dessous, c'est un album collectif sans cohérence et sans ambition. OK les auteurs n'ont qu'une page mais ça suffit largement pour Frnaquin, De Groot, Roba etc. En plus, l'univers est riche et connu de tous, pas besoin de préambules. Bref, je suis frustré comme la plupart. Mais j'ai quand même pris du plaisir à la lire avec mon garçon car chaque dessinateur croque le personnage différemment, parfois de manière stylisée ou de manière sophistiquée. Et il y a une belle brochette d'artistes qui savent manier leurs outils compilés ici. Et j'ai été surpris de voir les différentes facettes de Mickey, l'aventureuse évidemment mais aussi la fleur bleue pique-niquant avec Minnie (on s'attend à une chute second degré mais non, bel hommage.) En résumé, pas à acheter mais à lire pour voir une palette de styles et découvrir quelques auteurs qu'on ne connaissais pas forcéement.