C'est la première BD des sœurs Chauvin, Hosanna au scénario et Clotilde au dessin et à la couleur. Le résultat est très bon.
Hosanna a transporté la cour de Versailles dans le royaume imaginaire de Versatile, et celui-ci porte très bien son nom. Un royaume qui a une particularité, on peut gravir les échelons sociales suivant les actions réalisées (ou non réalisées), des piastres (la monnaie royale) tombent alors automatiquement dans une bourse et on peut voir où l'on se situe grâce à une sorte de montre à gousset (voir la deuxième image de la galerie), l'aiguille pointe sur la position sociale du moment. Une aiguille qui peut tout aussi bien grimper, que descendre.
On va suivre le parcours de Célimène, elle est née chiffonnière et veut devenir reine. Pour monter les échelons, il n'y a pas 36 façons de le faire, soit on travaille dur et on est méritant, soit on écrase la concurrence et tous les coups sont permis. Célimène va choisir la deuxième option, et ce choix aurait dû me la rendre antipathique, car évidemment elle sera garce, mais elle a aussi un côté désespérée qui m'a touché. Un personnage complexe qui sera amené, le long de son ascension sociale, à côtoyer son contraire, Dorval. Un duo que tout oppose, deux visions différentes de la vie et de l'amour.
Un rythme soutenu, des personnages fouillés, l'esprit XVIIIe siècle est bien rendu et le récit tient en haleine. Mais, la morale sera-t-elle sauve ? Je vous laisse le découvrir, mais vous aurez un peu votre mot à dire.
Le dessin de Clotilde est racé, il me plaît beaucoup, je lui trouve un charme fou et une texture singulière qui dégage de l'émotion.
Les couleurs sont superbes.
J'en redemande.
Un duo d'autrices que je vais suivre.
Coup de cœur.
Cette oeuvre a grandi en moi au fil des pages à un point que je n’aurais pu imaginer!
Tout commence avec des bribes d’images qui se complètent, Otto peint Mashka au milieu de la forêt puis nous suivons Otto dans les rues allemandes de 1919 avant d’arriver dans son atelier. C’est alors que j’ai compris le concept du livre, chaque case proposée par Luz est en faite le point de vue du tableau ! Et ce concept nous fais suivre toute une fresque historique de l’Allemagne du 20eme siècle du point de vue de ce tableau.
Le concept est franchement bien amené. L’auteur en joue d’ailleurs beaucoup avec une certaine poésie et un certain mystère nait autour de ce tableau car, ce tableau que tout le monde juge et observe, cette oeuvre dans laquelle certains perdent leur regard et d’autres souhaitent la voir bruler, on ne peut l’apercevoir qu’à la fin, mis face au fait accompli de tout ce qu’elle a à donner, tout ce qu’elle représente mais aussi tout ce qu’elle a vu.
Deux filles nues est une suite de bribes de vies, du peintre au collectionneur, du confiscateur à l’archiviste. C’est aussi un cours d’histoire détourné sur l’art dégénéré qui n’aura finalement jamais cessé d’être d’actualité.
En terme de style, certains diront que le dessin est trop simple ou moche. C’est moins élaboré que Vernon Subites mais tout de même plus intelligent que Catharsis. Personnellement j’ai beaucoup aimé la manière dont Luz joue avec le cadre qui bouge, la profondeur des plans (dans certains cas, l’action est dans le second ou troisième plan tandis que le premier n’est que le décor) et la profondeur des personnages qui se penchent pour observer le tableau.
Je ne pense pas avoir compris (ou essayé de comprendre) la symbolique des insectes mais Deux filles nues donne à interpréter beaucoup plus qu’au premier abord. Dans la postface, on peut aussi réaliser un parallèle sur le hasard de l’existence au milieu de la tragédie, pour ce tableau mais pour l’auteur lui-même qui était en retard le jours des attentats.
Une chouette lecture !
Dans le prolongement – au niveau de certains thèmes, mais aussi de la qualité du travail – de leur excellent documentaire Algues vertes - L'Histoire interdite, les auteurs remettent le couvert pour décrypter le sujet a priori secondaire du remembrement.
Ils en tirent un documentaire qui présente bien les tenants et aboutissants, les méthodes – brutales et déloyales la plupart du temps – employées par les pouvoirs publics et les industriels pour « faire avancer le progrès ».
Je connaissais les grandes lignes, et j’avais d’ailleurs pu mesurer le désastre lorsque j’étais revenu dans les années 1990 dans la campagne normande que j’avais connue de la fin des années 1960 aux années 1970, chemins et haies disparues, pommiers arrachés, vastes étendues sans âmes et sans oiseaux. Une fois m’avait suffi, je n’avais plus jamais voulu y revenir, préférant garder d’autres souvenirs.
Mais cet album présente de façon très pédagogique les divers mécanismes qui se sont succédés et amplifiés (intéressant de voir que la FNSEA prend ici le relais d’un syndicat créé sous Vichy pour obtenir l’obéissance des paysans aux injonctions du « pouvoir »). Paysages massacrés, vies bousillées, villages divisés, écosystèmes anéantis, avec leur lot de conséquences (inondations, érosion des sols, mort de la vie villageoise, etc.).
Il est aussi intéressant de voir certains promoteurs de ce remembrement regretter leur extrémisme, leur aveuglement, comme Pisani, ou René Dumont – qui basculera ensuite vers l’écologie politique.
Et bien sûr, derrière tout ça, la recherche du productivisme, du profit. Les industriels (ceux qui vendent du matériel agricole – américain au départ, pour utiliser les fonds du plan Marshall – mais aussi tous ceux qui ont besoin de dépeupler les campagnes pour trouver une main d’œuvre dans leurs usines en ville !), les banquiers, etc. Et les vendeurs de « produits phytosanitaires », rendus nécessaires par la stérilité grandissante de ces champs désormais plus protégés par des haies, plus secs, etc.
Derrière la « marche du progrès », il y a aussi toutes ces luttes passées sous silence, cette répression et cette propagande qui écrase toute opposition.
Comme d’habitude avec ces auteurs, tout est étayés par de nombreuses citations, une foule de documents (certains placés en annexe), une imposante recherche, qui se sent. Du travail solide, qui mérite, comme leur précédent opus, une plus grande lisibilité, à l’heure où les conséquences (environnementales – mais pas que) de ce remembrement se font durement sentir.
A lire évidemment !
La longue description des méthodes d’abattage de porcs au début nous plonge dans une histoire qui très longtemps va se maintenir dans une certaine noirceur – voire une noirceur certaine.
Le récit mêle – plutôt bien – plusieurs thématiques. Des questionnements existentiels, la crise de la quarantaine, la maltraitance animale, etc. Autour d’un homme qui, sans perspective après des études artistiques, travaille dans un abattoir.
Des finances à peine à l’équilibre, un couple en difficulté (en tout cas leurs horaires de travail rendent incompatibles une vraie vie commune), et leur fille, pleine de vie, avec laquelle il partage des histoires, qu’ils construisent à deux, et dans lesquelles il finit par trouver une clef de lecture de son existence, pour la changer.
S’ensuit un long bouleversement de sa vie, présenté de façon crédible, par petites touches. Le scénario est bien fichu. Un rythme lent, mais jamais ennuyeux.
La noirceur dont j’ai parlé n’étouffe pas le récit. Car celui-ci ménage quelques respirations. Les échanges entre le héros et sa fille, mais aussi la parenthèse enchantée et improbable avec les fermiers et leur fille autiste. Et aussi la galeriste et l’artiste qui interviennent dans le dernier tiers de l’album, incarnant la fatuité, l’énorme prétention ridicule de bobos à claquer. Un humour grotesque qui fait aussi changer de perspective : les femmes obèses grimées en cochons subissent autant la violence humaine que les cochons des abattoirs.
La fin enchaîne sur ce grotesque, en glissant une sorte d’happy-end qui fait retomber quelque peu la tension.
Un dernier mot sur le dessin et les choix de colorisation : tout est vraiment bon, beau, et parfaitement raccord avec le récit : les changements de colorisation illustrent les questionnements du héros.
Une lecture que j’ai vraiment beaucoup appréciée.
Un polar humoristique.
Romain Dutreix se met en scène dans cette BD, il en sera le personnage central avec sa grand-mère. Je n'oublie pas le congélateur.
Une mémé qui perd la boule et qui dialogue avec son défunt mari. Elle se croit au temps de l'occupation, elle voit des nazis partout qu'elle n'a de cesse d'éliminer sur les conseils du papi fantôme. Romain sera le pompier de service et fera disparaître toutes les traces des méfaits de sa grand-mère.
J'ai aimé ma lecture, son humour, ses seconds rôles truculents (en particulier cet inspecteur au faux air de Robert Mitchum) et son intrigue loufoque aux nombreux rebondissements. Ce premier tome pourrait se lire comme un one shot s'il n'y avait cette dernière planche, elle promet de passer un cap dans le nombre de cadavres. Serial killer en vue.
Un dessin efficace et expressif qui tire sur la caricature. Il est en harmonie avec l'ambiance du récit.
Curieux de découvrir la suite.
Le titre est vraiment bien trouvé.
Nouvel album avec un concept déjà utilisé, ce "Fantasy" (dommage que le titre soit aussi banal) nous propose cependant quelque chose d'assez ambitieux.
Nous avons donc deux trames qui se déroulent non pas en parallèle (la perception du temps étant très différenciée entre les deux versants), mais avec une fin commune, lorsque la quête des deux héroïnes prend fin. Pour ma part j'ai commencé par l'histoire mettant en scène Yourcenar, la géante qui sacrifie son amour de jeunesse pour une prophétie très particulière. Cette histoire n'est pas exempte de surprises, y compris la toute dernière, lorsque Your atteint son objectif. J'ai bien été pris par celle-ci, même si la lecture a été un peu hachée.
J'ai ensuite lu l'histoire d'Alma, qui se déroule dans une dimension temporelle différente, et qui donne très vite un indice sur le dénouement du récit. Cependant là encore je ne savais pas trop à quoi m'attendre et me suis laissé porter par l'histoire, une aventure peut-être plus classique que pour Yourcenar. de plus, du fait de cette distorsion temporelle, cette deuxième partie a été plus linéaire que la première, ce qui n'a m'a cependant pas transporté autant que la première. Il semblerait que Yoann Kavege soit plus doué pour des dialogues élégiaques que pour des considérations simplement "guerrières". Je fais à dessein des raccourcis.
Mais l'ensemble est servie par un dessin très beau, qui manque peut-être encore de maturité, mais on sent que c'est là l'œuvre que l'auteur a porté en lui et mis sur le papier durant un processus qui a dû s'étirer sur plusieurs années. Il y a du talent dans ces cadrages, dans ces couleurs, dans ces designs de costumes diversifiés. Un peu moins dans les créatures, mais comme elle n'apparaissent qu'assez peu, cela n'a pas d'importance.
Je recommande vivement, ne serait-ce que pour le concept.
Eric Corbeyran et Aurélien Morinière nous proposent avec cet album une "suite" à L'Homme Bouc qu'ils nous avaient proposée il y a 5 ans. Si je mets des guillemets à "suite", c'est qu'il peut très bien se lire indépendamment de L'Homme Bouc ; ce fut le cas pour moi. (Précision : si L'Homme Bouc était en noir et blanc, ce nouvel opus est colorisé.)
Le récit commence par l'étrange découverte d'un campement abandonné en pleine forêt par un jeune couple. Tout laisse à pensé qu'il était occupé très récemment, jusqu'au téléphone mobile qu'ils retrouvent près d'un feu de camp. Leur découverte tourne au cauchemar, quand, sur le retour, ils se font attaquer par une meute de bêtes sauvages. La jeune femme est quasi dévorée devant le yeux de son compagnon qui parviendra miraculeusement à s'enfuir... Gaëlle Démeter est chargée de l'enquête et va s'adjoindre les services d'une ancienne compagne, Blanche, qui est shamane.
L'ésotérisme pointe alors subrepticement son nez, pour s'imposer tambours battants au fil des chapitres.
Les amateurs du genre ne pourront bouder leur plaisir, c'est bien construit et raconté, servi par un dessin d'Aurélien Morinière qui jongle parfaitement entre réalisme et fantastique, lui laissant le loisir de nous en mettre plein la vue avec de magnifiques pleines pages et double page. Si c'est dans sa représentation de la nature qu'il excelle, décors et personnages ne sont pas en reste et nous donnent à lire un album très réussi.
Classique mais bien revisité, ce thriller fantastique fait plus que le job !
Avec cette BD, Nury et Brüno s'essaieraient presque à faire du Burns, ce qui n'est pas pour me déplaire. Mais ce ne sont que des promesses pour l'instant et il faudra attendre la suite pour véritablement juger de l'ensemble.
En tout cas, les bases sont là, le livre est très prenant, les dessins de Brüno sont toujours aussi superbes et le scénario, très solide, est ultra intriguant, à tiroirs et propose donc différentes grilles de lecture.
Malgré son imposante pagination, le livre se révèle assez frustrant car se résume à une profonde mise en place de l'intrigue, une mise en bouche donc qui attise notre appétit!
Le parallèle avec la vie et l'oeuvre de L. Ron Hubbard est évident.
Ou cela va-t-il emmener nos deux auteurs?
Je brule d'impatience!
Vite la suite!!!
L’Italie est décidément encore loin d’avoir livré tous ses secrets en matière de 9e Art. Chaque année apporte son lot de talent. Cette année, c’est donc au tour de Michele Peroncini de signer là, en même temps que sa toute première BD, un coup de maître. Ou peu s’en faut…
Le scénario est tranquille. Il s’étire, prend le temps du soleil d’Italie. Tout au long de ma lecture, on relève un parallèle flagrant avec le cinéma. On songe indistinctement à Visconti ou Antonioni pour l’aspect parfois très onirique où les scènes de rêves se mêlent étroitement à la réalité. L’ambiance générale rappelle celle des films de Risi, populaire. On songe aussi à Benigni ou Moretti pour l’humour et les dialogues aux petits oignons frais. Les mouvements célestes est baigné dans la comédie italienne des sixties. Peroncini en outre, nous offre des personnages truculents à travers ce trio déjanté. Mais tous les personnages sont bons. Ajoutons que l’humour est bien présent (d’où la comédie italienne).
Et puis, n’est-ce pas l’auteur lui-même qui se représente sous les traits de Gian ?...
Mais c’est surtout le dessin qui m’a renversé. C’est un régal du début à la fin. Le trait est à la fois délié et très précis. Le travail sur la couleur se distingue de manière notable pour sa très grande qualité. Chaque page ou presque apporte sa petite surprise : effet de couleur, jeu de lumière…
J’ai lu cette BD d’une traite, et seules les vingt dernières pages m’ont laissé un peu perplexe, au moment où le récit part dans le fantastique hallucinatoire pour ne plus revenir. Quant à la toute fin, j’avoue ne pas avoir tout compris. Mais qu’importe ! Cette lecture a été un tel plaisir que je ne peux que mettre un coup de cœur. J’ai éprouvé la même voracité que lors de ma découverte de Pierre-Oliver Gomont, à qui au passage Peroncini peut être comparé en ce qui concerne le dynamisme du récit. Une très bonne surprise !
Décidément, le dessin de Singelin a bien évolué depuis que je l’avais découvert sur King David. J’avais déjà remarqué ce nouveau style sur P.T.S.D.. Et, avec ce « Frontier », je me fais les mêmes remarques. A savoir que certains aspects de ce dessin ne sont pas mon truc, qu’a priori je n’en suis pas fan. Mais que rapidement je l’apprécie et le trouve globalement très agréable et fluide. C’est aussi que j’aime vraiment beaucoup la colorisation.
L’album est épais, et prend le temps de développer l’intrigue – même si finalement elle n’est pas si étoffée que ça – et surtout les personnages et tout ce qui peut les lier.
D’ailleurs, même si on est dans de la SF pure, que l’intrigue se déroule dans l’espace, sur des stations spatiales ou sur certaines planètes, tout est centré sur les personnages, tout le reste ne constituant que des décors autour de leurs relations, du cheminement de leurs personnalités.
La narration est fluide, et l’histoire plutôt agréable à suivre. Même si une nouvelle fois Singelin nous amène à un happy-end rassérénant, il prend le temps d’amener ça en douceur, sans que ce soit trop artificiel. On peut quand même trouver que l’évolution des personnages manque de soubresauts, que tout est peut-être un chouia trop « évident ». Mais les personnages sont attachants, et l’histoire plaisante. La lecture l’est tout autant.
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Versatile
C'est la première BD des sœurs Chauvin, Hosanna au scénario et Clotilde au dessin et à la couleur. Le résultat est très bon. Hosanna a transporté la cour de Versailles dans le royaume imaginaire de Versatile, et celui-ci porte très bien son nom. Un royaume qui a une particularité, on peut gravir les échelons sociales suivant les actions réalisées (ou non réalisées), des piastres (la monnaie royale) tombent alors automatiquement dans une bourse et on peut voir où l'on se situe grâce à une sorte de montre à gousset (voir la deuxième image de la galerie), l'aiguille pointe sur la position sociale du moment. Une aiguille qui peut tout aussi bien grimper, que descendre. On va suivre le parcours de Célimène, elle est née chiffonnière et veut devenir reine. Pour monter les échelons, il n'y a pas 36 façons de le faire, soit on travaille dur et on est méritant, soit on écrase la concurrence et tous les coups sont permis. Célimène va choisir la deuxième option, et ce choix aurait dû me la rendre antipathique, car évidemment elle sera garce, mais elle a aussi un côté désespérée qui m'a touché. Un personnage complexe qui sera amené, le long de son ascension sociale, à côtoyer son contraire, Dorval. Un duo que tout oppose, deux visions différentes de la vie et de l'amour. Un rythme soutenu, des personnages fouillés, l'esprit XVIIIe siècle est bien rendu et le récit tient en haleine. Mais, la morale sera-t-elle sauve ? Je vous laisse le découvrir, mais vous aurez un peu votre mot à dire. Le dessin de Clotilde est racé, il me plaît beaucoup, je lui trouve un charme fou et une texture singulière qui dégage de l'émotion. Les couleurs sont superbes. J'en redemande. Un duo d'autrices que je vais suivre. Coup de cœur.
Deux Filles nues
Cette oeuvre a grandi en moi au fil des pages à un point que je n’aurais pu imaginer! Tout commence avec des bribes d’images qui se complètent, Otto peint Mashka au milieu de la forêt puis nous suivons Otto dans les rues allemandes de 1919 avant d’arriver dans son atelier. C’est alors que j’ai compris le concept du livre, chaque case proposée par Luz est en faite le point de vue du tableau ! Et ce concept nous fais suivre toute une fresque historique de l’Allemagne du 20eme siècle du point de vue de ce tableau. Le concept est franchement bien amené. L’auteur en joue d’ailleurs beaucoup avec une certaine poésie et un certain mystère nait autour de ce tableau car, ce tableau que tout le monde juge et observe, cette oeuvre dans laquelle certains perdent leur regard et d’autres souhaitent la voir bruler, on ne peut l’apercevoir qu’à la fin, mis face au fait accompli de tout ce qu’elle a à donner, tout ce qu’elle représente mais aussi tout ce qu’elle a vu. Deux filles nues est une suite de bribes de vies, du peintre au collectionneur, du confiscateur à l’archiviste. C’est aussi un cours d’histoire détourné sur l’art dégénéré qui n’aura finalement jamais cessé d’être d’actualité. En terme de style, certains diront que le dessin est trop simple ou moche. C’est moins élaboré que Vernon Subites mais tout de même plus intelligent que Catharsis. Personnellement j’ai beaucoup aimé la manière dont Luz joue avec le cadre qui bouge, la profondeur des plans (dans certains cas, l’action est dans le second ou troisième plan tandis que le premier n’est que le décor) et la profondeur des personnages qui se penchent pour observer le tableau. Je ne pense pas avoir compris (ou essayé de comprendre) la symbolique des insectes mais Deux filles nues donne à interpréter beaucoup plus qu’au premier abord. Dans la postface, on peut aussi réaliser un parallèle sur le hasard de l’existence au milieu de la tragédie, pour ce tableau mais pour l’auteur lui-même qui était en retard le jours des attentats. Une chouette lecture !
Champs de Bataille - L'histoire enfouie du remembrement
Dans le prolongement – au niveau de certains thèmes, mais aussi de la qualité du travail – de leur excellent documentaire Algues vertes - L'Histoire interdite, les auteurs remettent le couvert pour décrypter le sujet a priori secondaire du remembrement. Ils en tirent un documentaire qui présente bien les tenants et aboutissants, les méthodes – brutales et déloyales la plupart du temps – employées par les pouvoirs publics et les industriels pour « faire avancer le progrès ». Je connaissais les grandes lignes, et j’avais d’ailleurs pu mesurer le désastre lorsque j’étais revenu dans les années 1990 dans la campagne normande que j’avais connue de la fin des années 1960 aux années 1970, chemins et haies disparues, pommiers arrachés, vastes étendues sans âmes et sans oiseaux. Une fois m’avait suffi, je n’avais plus jamais voulu y revenir, préférant garder d’autres souvenirs. Mais cet album présente de façon très pédagogique les divers mécanismes qui se sont succédés et amplifiés (intéressant de voir que la FNSEA prend ici le relais d’un syndicat créé sous Vichy pour obtenir l’obéissance des paysans aux injonctions du « pouvoir »). Paysages massacrés, vies bousillées, villages divisés, écosystèmes anéantis, avec leur lot de conséquences (inondations, érosion des sols, mort de la vie villageoise, etc.). Il est aussi intéressant de voir certains promoteurs de ce remembrement regretter leur extrémisme, leur aveuglement, comme Pisani, ou René Dumont – qui basculera ensuite vers l’écologie politique. Et bien sûr, derrière tout ça, la recherche du productivisme, du profit. Les industriels (ceux qui vendent du matériel agricole – américain au départ, pour utiliser les fonds du plan Marshall – mais aussi tous ceux qui ont besoin de dépeupler les campagnes pour trouver une main d’œuvre dans leurs usines en ville !), les banquiers, etc. Et les vendeurs de « produits phytosanitaires », rendus nécessaires par la stérilité grandissante de ces champs désormais plus protégés par des haies, plus secs, etc. Derrière la « marche du progrès », il y a aussi toutes ces luttes passées sous silence, cette répression et cette propagande qui écrase toute opposition. Comme d’habitude avec ces auteurs, tout est étayés par de nombreuses citations, une foule de documents (certains placés en annexe), une imposante recherche, qui se sent. Du travail solide, qui mérite, comme leur précédent opus, une plus grande lisibilité, à l’heure où les conséquences (environnementales – mais pas que) de ce remembrement se font durement sentir. A lire évidemment !
Ceux qui me touchent
La longue description des méthodes d’abattage de porcs au début nous plonge dans une histoire qui très longtemps va se maintenir dans une certaine noirceur – voire une noirceur certaine. Le récit mêle – plutôt bien – plusieurs thématiques. Des questionnements existentiels, la crise de la quarantaine, la maltraitance animale, etc. Autour d’un homme qui, sans perspective après des études artistiques, travaille dans un abattoir. Des finances à peine à l’équilibre, un couple en difficulté (en tout cas leurs horaires de travail rendent incompatibles une vraie vie commune), et leur fille, pleine de vie, avec laquelle il partage des histoires, qu’ils construisent à deux, et dans lesquelles il finit par trouver une clef de lecture de son existence, pour la changer. S’ensuit un long bouleversement de sa vie, présenté de façon crédible, par petites touches. Le scénario est bien fichu. Un rythme lent, mais jamais ennuyeux. La noirceur dont j’ai parlé n’étouffe pas le récit. Car celui-ci ménage quelques respirations. Les échanges entre le héros et sa fille, mais aussi la parenthèse enchantée et improbable avec les fermiers et leur fille autiste. Et aussi la galeriste et l’artiste qui interviennent dans le dernier tiers de l’album, incarnant la fatuité, l’énorme prétention ridicule de bobos à claquer. Un humour grotesque qui fait aussi changer de perspective : les femmes obèses grimées en cochons subissent autant la violence humaine que les cochons des abattoirs. La fin enchaîne sur ce grotesque, en glissant une sorte d’happy-end qui fait retomber quelque peu la tension. Un dernier mot sur le dessin et les choix de colorisation : tout est vraiment bon, beau, et parfaitement raccord avec le récit : les changements de colorisation illustrent les questionnements du héros. Une lecture que j’ai vraiment beaucoup appréciée.
Mamie n'a plus toute sa tête
Un polar humoristique. Romain Dutreix se met en scène dans cette BD, il en sera le personnage central avec sa grand-mère. Je n'oublie pas le congélateur. Une mémé qui perd la boule et qui dialogue avec son défunt mari. Elle se croit au temps de l'occupation, elle voit des nazis partout qu'elle n'a de cesse d'éliminer sur les conseils du papi fantôme. Romain sera le pompier de service et fera disparaître toutes les traces des méfaits de sa grand-mère. J'ai aimé ma lecture, son humour, ses seconds rôles truculents (en particulier cet inspecteur au faux air de Robert Mitchum) et son intrigue loufoque aux nombreux rebondissements. Ce premier tome pourrait se lire comme un one shot s'il n'y avait cette dernière planche, elle promet de passer un cap dans le nombre de cadavres. Serial killer en vue. Un dessin efficace et expressif qui tire sur la caricature. Il est en harmonie avec l'ambiance du récit. Curieux de découvrir la suite. Le titre est vraiment bien trouvé.
Fantasy - Yourcenar / Alma
Nouvel album avec un concept déjà utilisé, ce "Fantasy" (dommage que le titre soit aussi banal) nous propose cependant quelque chose d'assez ambitieux. Nous avons donc deux trames qui se déroulent non pas en parallèle (la perception du temps étant très différenciée entre les deux versants), mais avec une fin commune, lorsque la quête des deux héroïnes prend fin. Pour ma part j'ai commencé par l'histoire mettant en scène Yourcenar, la géante qui sacrifie son amour de jeunesse pour une prophétie très particulière. Cette histoire n'est pas exempte de surprises, y compris la toute dernière, lorsque Your atteint son objectif. J'ai bien été pris par celle-ci, même si la lecture a été un peu hachée. J'ai ensuite lu l'histoire d'Alma, qui se déroule dans une dimension temporelle différente, et qui donne très vite un indice sur le dénouement du récit. Cependant là encore je ne savais pas trop à quoi m'attendre et me suis laissé porter par l'histoire, une aventure peut-être plus classique que pour Yourcenar. de plus, du fait de cette distorsion temporelle, cette deuxième partie a été plus linéaire que la première, ce qui n'a m'a cependant pas transporté autant que la première. Il semblerait que Yoann Kavege soit plus doué pour des dialogues élégiaques que pour des considérations simplement "guerrières". Je fais à dessein des raccourcis. Mais l'ensemble est servie par un dessin très beau, qui manque peut-être encore de maturité, mais on sent que c'est là l'œuvre que l'auteur a porté en lui et mis sur le papier durant un processus qui a dû s'étirer sur plusieurs années. Il y a du talent dans ces cadrages, dans ces couleurs, dans ces designs de costumes diversifiés. Un peu moins dans les créatures, mais comme elle n'apparaissent qu'assez peu, cela n'a pas d'importance. Je recommande vivement, ne serait-ce que pour le concept.
L'Enfant démon
Eric Corbeyran et Aurélien Morinière nous proposent avec cet album une "suite" à L'Homme Bouc qu'ils nous avaient proposée il y a 5 ans. Si je mets des guillemets à "suite", c'est qu'il peut très bien se lire indépendamment de L'Homme Bouc ; ce fut le cas pour moi. (Précision : si L'Homme Bouc était en noir et blanc, ce nouvel opus est colorisé.) Le récit commence par l'étrange découverte d'un campement abandonné en pleine forêt par un jeune couple. Tout laisse à pensé qu'il était occupé très récemment, jusqu'au téléphone mobile qu'ils retrouvent près d'un feu de camp. Leur découverte tourne au cauchemar, quand, sur le retour, ils se font attaquer par une meute de bêtes sauvages. La jeune femme est quasi dévorée devant le yeux de son compagnon qui parviendra miraculeusement à s'enfuir... Gaëlle Démeter est chargée de l'enquête et va s'adjoindre les services d'une ancienne compagne, Blanche, qui est shamane. L'ésotérisme pointe alors subrepticement son nez, pour s'imposer tambours battants au fil des chapitres. Les amateurs du genre ne pourront bouder leur plaisir, c'est bien construit et raconté, servi par un dessin d'Aurélien Morinière qui jongle parfaitement entre réalisme et fantastique, lui laissant le loisir de nous en mettre plein la vue avec de magnifiques pleines pages et double page. Si c'est dans sa représentation de la nature qu'il excelle, décors et personnages ne sont pas en reste et nous donnent à lire un album très réussi. Classique mais bien revisité, ce thriller fantastique fait plus que le job !
Electric Miles
Avec cette BD, Nury et Brüno s'essaieraient presque à faire du Burns, ce qui n'est pas pour me déplaire. Mais ce ne sont que des promesses pour l'instant et il faudra attendre la suite pour véritablement juger de l'ensemble. En tout cas, les bases sont là, le livre est très prenant, les dessins de Brüno sont toujours aussi superbes et le scénario, très solide, est ultra intriguant, à tiroirs et propose donc différentes grilles de lecture. Malgré son imposante pagination, le livre se révèle assez frustrant car se résume à une profonde mise en place de l'intrigue, une mise en bouche donc qui attise notre appétit! Le parallèle avec la vie et l'oeuvre de L. Ron Hubbard est évident. Ou cela va-t-il emmener nos deux auteurs? Je brule d'impatience! Vite la suite!!!
Les Mouvements célestes
L’Italie est décidément encore loin d’avoir livré tous ses secrets en matière de 9e Art. Chaque année apporte son lot de talent. Cette année, c’est donc au tour de Michele Peroncini de signer là, en même temps que sa toute première BD, un coup de maître. Ou peu s’en faut… Le scénario est tranquille. Il s’étire, prend le temps du soleil d’Italie. Tout au long de ma lecture, on relève un parallèle flagrant avec le cinéma. On songe indistinctement à Visconti ou Antonioni pour l’aspect parfois très onirique où les scènes de rêves se mêlent étroitement à la réalité. L’ambiance générale rappelle celle des films de Risi, populaire. On songe aussi à Benigni ou Moretti pour l’humour et les dialogues aux petits oignons frais. Les mouvements célestes est baigné dans la comédie italienne des sixties. Peroncini en outre, nous offre des personnages truculents à travers ce trio déjanté. Mais tous les personnages sont bons. Ajoutons que l’humour est bien présent (d’où la comédie italienne). Et puis, n’est-ce pas l’auteur lui-même qui se représente sous les traits de Gian ?... Mais c’est surtout le dessin qui m’a renversé. C’est un régal du début à la fin. Le trait est à la fois délié et très précis. Le travail sur la couleur se distingue de manière notable pour sa très grande qualité. Chaque page ou presque apporte sa petite surprise : effet de couleur, jeu de lumière… J’ai lu cette BD d’une traite, et seules les vingt dernières pages m’ont laissé un peu perplexe, au moment où le récit part dans le fantastique hallucinatoire pour ne plus revenir. Quant à la toute fin, j’avoue ne pas avoir tout compris. Mais qu’importe ! Cette lecture a été un tel plaisir que je ne peux que mettre un coup de cœur. J’ai éprouvé la même voracité que lors de ma découverte de Pierre-Oliver Gomont, à qui au passage Peroncini peut être comparé en ce qui concerne le dynamisme du récit. Une très bonne surprise !
Frontier
Décidément, le dessin de Singelin a bien évolué depuis que je l’avais découvert sur King David. J’avais déjà remarqué ce nouveau style sur P.T.S.D.. Et, avec ce « Frontier », je me fais les mêmes remarques. A savoir que certains aspects de ce dessin ne sont pas mon truc, qu’a priori je n’en suis pas fan. Mais que rapidement je l’apprécie et le trouve globalement très agréable et fluide. C’est aussi que j’aime vraiment beaucoup la colorisation. L’album est épais, et prend le temps de développer l’intrigue – même si finalement elle n’est pas si étoffée que ça – et surtout les personnages et tout ce qui peut les lier. D’ailleurs, même si on est dans de la SF pure, que l’intrigue se déroule dans l’espace, sur des stations spatiales ou sur certaines planètes, tout est centré sur les personnages, tout le reste ne constituant que des décors autour de leurs relations, du cheminement de leurs personnalités. La narration est fluide, et l’histoire plutôt agréable à suivre. Même si une nouvelle fois Singelin nous amène à un happy-end rassérénant, il prend le temps d’amener ça en douceur, sans que ce soit trop artificiel. On peut quand même trouver que l’évolution des personnages manque de soubresauts, que tout est peut-être un chouia trop « évident ». Mais les personnages sont attachants, et l’histoire plaisante. La lecture l’est tout autant.