Les derniers avis (7659 avis)

Par Miguelof
Note: 5/5
Couverture de la série Prince Valiant
Prince Valiant

Bien qu'il se déclarait souvent insatisfait, je crois que Hal Foster a dû ressentir une certaine satisfaction personelle en réalisant Prince Valiant. Et moi, je continue à m’enthousiasmer en le lisant! Entre 1937 et 1970/71, environ 2000 pages! C'est un monument de la bande dessinée universelle, je n’ai aucun doute. Mais historique? Hal Foster, avec son génie créatif, a inventé un Moyen Âge idéalisé et fantaisiste, bien qu'il ait utilisé beaucoup de documentation et de recherches sur les armes, les châteaux, les lieux... Se déroulant supposément au Ve siècle de notre ère, entre la fin de l'Empire Romain d’Occident et le début du Moyen Âge, de nombreux doutes ou imprécisions chronologiques sont fréquents et subsistent. Références aux Vikings ou aux Musulmans, par exemple! Dans certaines batailles historiquement documentées, la bataille du mont Badon entre Bretons et Saxons Val aurait dû avoir prés de cent ans ! Foster représente des châteaux de pierre, des armures complètes en plaques, des tournois de chevalerie et une organisation féodale qui ne se consolideraient réellement que plusieurs siècles plus tard, surtout entre les XI et XV siècles. Les décors et l’architecture constituent un autre domaine où se manifestent des anachronismes. Des fortifications monumentales, des villes organisées, des cathédrales et des bâtiments d’inspiration gothique apparaissent fréquemment, bien que beaucoup de ces styles architecturaux n’existaient pas encore à l’époque où se déroule l’action. Ainsi, le Moyen Âge tel qu'il est dépeint dans la série correspond plus à l'imaginaire médiéval tardif qu'à la réalité historique de la période arthurienne. Mais ne gâchons pas notre plaisir ! Le titre de la série, « Prince Valiant au Temps du Roi Arthur » nous indique dès le départ un genre plus proche du médiéval fantastique, de la mythologie et du revivalisme celtique, sorte de revanche symbolique contre l’invasion et la domination saxonne de fait. L’élément fantastique est présent dès le début : dragons, géants, démons, sorcières et prophéties, le « jardin enchanté » de Merlin, Monsieur le Temps en personne! Camelot, les personnages du cycle arthurien sont présents dans leur intégralité, la quête du Saint Graal également. Cependant, Foster semble tenir à démystifier et à remplacer de plus en plus le fantastique par des explications vraisemblables et rationelles. Les dragons sont d'énormes crocodiles marins ou des dinosaures survivants de la préhistoire. Merlin explique à Val comment il produit ses démons. À la fin de la quête, le Graal n'a jamais existé ! Cependant, un certain merveilleux persiste : le mythique-poétique et le vrai surnaturel coexistent avec la réalité la plus empirique. Mais le christianisme est également présent, dès le début, et marque toute la série, surtout au niveau des valeurs. L'espace géographique parcouru est immense : de la côte norvégienne (Thule, le point de départ) aux îles britanniques, des îles de la Méditerranée à l'Afrique, à la Palestine ou à l'Amérique du Nord. De grands cycles épiques ont marqué la série, suivant en grande partie les mouvements guerriers et les déplacements de population à la fin de l'Empire romain, les migrations des peuples germaniques, eux-mêmes poussés par les Huns. De tout cela, Foster nous présente des scènes mémorables, des batailles contre les Saxons, la défense du mur d’Hadrien ou les combats contre les peuples des steppes. Val n'est pas un héros parfait, pourtant. Il se soûle, cède à la colère et au désir de vengeance, fait des farces, tombe parfois dans le ridicule ; bien que le côté comique soit plus souvent assumé par d'autres personnages, Gawain par exemple. En alternance avec les cycles épiques, la vie familiale et quotidienne de Val se développait, souvent avec des péripéties comiques et des affaires assez banales. Mais même là, on remarque l'engagement de Foster, son sens de l'observation et son goût pour le commentaire psychologique sur le comportement humain, du plus mesquin au plus altruiste. Il y a aussi des anachronismes culturels et sociaux. Les relations entre les personnages, le rôle des femmes (Aleta en premier ! ) et certaines valeurs morales se rapprochent parfois des idées du XX siècle. Bien que la narration conserve de nombreux éléments traditionnels de la chevalerie, plusieurs personnages féminins montrent une autonomie et une influence peu communes pour le contexte historique! Un de mes épisodes préférés, depuis toujours, est «La statuette indienne». Le contact entre différentes cultures, l’amour avec lequel Foster dessine et caractérise son propre pays, le fleuve St. Lawrence, les paysages et les coutumes des Indiens. Le rôle central d’Aleta devient de plus en plus déterminant dans le déroulement des événements et dans la résolution pacifique des conflits. Enfin, la naissance d’Arn, le premier caucasien à naître dans le Nouveau Monde ? Foster est un génie dans l'art du dessin et pas seulement dans les comics. Il mérite de faire partie de n'importe quelle histoire de l'art. La qualité de son dessin constitue une matrice, un canon pour le reste de la bande dessinée réaliste au niveau mondial jusqu'à aujourd'hui. La composition des vignettes, leurs séquences, même sans tenir compte du texte, sont exemplaires. D'ailleurs, le texte et les dessins peuvent parfois se lire indépendamment, sans tomber dans la redondance. C'est une leçon de dessin constante, des visages aux positions corporelles au repos ou en action, et l'auteur nous a souvent montré comment il faisait, à travers de petits cours pratiques. J'adore ça : un génie du dessin me montrant depuis le premier croquis jusqu'à l'œuvre finale comment il travaille ! Les éditions Zenda ont fait un travail assez raisonnable pour restituer un aspect proche de la publication originale dans les journaux américains. Les couleurs pâles n’écrasent pas le trait noir du dessin. Mais je dois avouer que je préfère d’autres éditions, en plus grand format et en noir et blanc. Foster travaillait ses planches en très grand format et donc, plus c’est grand, mieux on voit tous les détails et la beauté de son dessin. J’ai la reproduction d’une page en taille réelle, la n°220 du 27-04-41, la fin do combat avec Angor Wrack et avec le poulpe géant au fond du puits: c’est tout simplement merveilleux de voir ainsi tous les détails !

06/08/2026 (modifier)
Par Miguelof
Note: 5/5
Couverture de la série 1984 (Coste)
1984 (Coste)

«Qui contrôle le passé contrôle l’avenir : qui contrôle le présent contrôle le passé». J’ai lu le roman d’Orwell en 1980, en même temps que j’ai lu Le Meilleur des mondes d’Aldous Huxley. Distopies alternatives : la terreur ou l’aliénation. Je pense qu’aujourd’hui nous vivons un peu des deux, mais je ne vais pas écrire maintenant un essai de philosophie politique. L’adaptation de Coste est excellente. Assez fidèle au texte original, elle aborde tous ses points forts. Mais c’est surtout visuellement que j’admire cette version ! C’est une œuvre d’art, comme le dit Blue boy. Les dessins, style croquis mais avec de grandes taches de couleur, jaune, rouge, bleu violet, de plus en plus gris et noir vers la fin, renforcent la sensation de répression et d’oppression. Les dessins d’architecture monumentale contribuent aussi à la caractérisation du poids totalitaire du régime. Je remarque une certaine influence de l'expressionnisme allemand des années 30, tant au cinéma que dans la peinture. Le film de M. Radford, avec John Hurt et Richard Burton, des acteurs que j'adore, n'a pas été très réussi comme adaptation. Je préfère Xavier Coste ! J’ai conseillé la lecture à plusieurs amis et collègues. Je leur ai dit : «Si tu veux une image du futur, imagine une botte écrasant un visage humain pour toujours».

05/08/2026 (modifier)
Par Présence
Note: 5/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Le Pépère
Le Pépère

Constant le connaît. Il le connaît depuis longtemps. C’est un démon. - Ce tome contient une histoire complète, indépendante de toute autre. Son édition originale date de 2026. Il a été réalisé par Emmanuel Moynot pour le scénario, les dessins et les couleurs. Il s’ouvre avec une préface de Pascal Rabaté, évoquant l’art de l’auteur. Il écrit ainsi que : Noir c’est noir, il n’y a plus d’espoir. Moynot creuse dans l’esprit humain pour traquer la noirceur : la drôle, la tragique, la pathétique. Bordeaux, place Saint-Michel, dimanche matin. Constant veille. Constant est un tenant de l’ordre. Ce clochard déambule, il regarde les gens attablés à une terrasse. Ce couple vêtu de rouge… Le cendrier sur leur table est bleu, alors que celui sur la table d’à côté est rouge. Pas admissible, il faut y remédier. D’autorité, l’homme procède à une substitution. Il continue à déambuler, et il passe devant l’étal d’un disquaire avec ses produits dans des bacs à l’extérieur. Cet homme, là-bas, qui fouille dans les cartons de disques… Constant le connaît. Il le connaît depuis longtemps. C’est un démon. Constant passe derrière le Pépère et le pousse dans le dos, le faisant tomber à terre. Puis il fait une croix avec ses deux index pour conjurer le sort contre ce démon. Une femme de haute taille intervient, saisissant le clochard par le bras pour le faire déguerpir. Constant s’en va après avoir fait un second signe de croix avec les deux index, en traitant Vanessa de succube et de sorcière. Pépère se relève et il récupère le disque qu’il a lâché, que lui tend un autre passant. Il est déçu ; il y a un éclat sur le vinyle et la pochette est pliée en plus. La femme rétorque que ce n’est qu’une galette toute moisie à deux balles, il y en a trois mille autres sur la place. Il la reprend : c’est le numéro sept des Variétés par la fanfare de l’armée de l’air ! Ça fait des années qu’il le cherche, il a tous les autres. Il s’en va un peu attristé, le disque sous le bras, sous le regard amusé de Vanessa. Le pépère rentre chez lui, et range ses courses dans les placards de la cuisine. Dans le même temps, il repense à sa première fois : ce n’était pas vraiment sa faute. Enfin, ce n’était pas intentionnel… Il ne l’avait pas prévu, quoi… Son père a vécu toute sa vie ici, comme son grand-père avant lui. Maintenant, c’est chez lui. On pourrait dire que c’est ça qui a tout déclenché, si on veut trouver des raisons. Le destin a frappé à sa porte, ce jour-là, en 75-76… quand il dit frappé, c’est façon de parler. Il a une sonnette, quand même. On est en ville, ici. La femme qui a sonné se présente : madame Patoulet, de l’agence régionale pour la valorisation immobilière concertée. Elle lui demande s’il est le propriétaire. Il reprend par l’affirmative. Elle reprend : ils contactent les propriétaires du quartier parce que l’agence qu’elle représente a de grands projets d’aménagement et de revalorisation pour le secteur. Elle a déjà parlé avec certains de ses voisins et elle aimerait en discuter avec lui, s’il a quelques minutes. Il bafouille deux mots. Elle continue à dérouler son boniment : Ah, c’est très gentil… C’est assez vieillot, chez lui. De la part d’un jeune homme dynamique, elle s’attendait à autre chose ! Hé bin, une couverture qui ne paye pas de mine, avec ce vieil homme empâté, un cabas défraîchi à la main, les lunettes sur le bout du nez, des grosses godasses informes, et un air éteint, avec un motif de carrelage d’un autre âge, et un motif de papier peint passé de mode depuis plusieurs décennies. Il ne fait aucun doute qu’il s’agit d’une tâche de sang qui macule le mur, apportant une touche sinistre et morbide. Un feuilletage rapide montre des couleurs ternes et cafardeuses que le soleil ne perce jamais. De temps à autre, une couleur prend un ton un peu plus vif, en particulier l’eau du bocal des poissons, ou les flammes d’un incendie, les hauts de Vanessa, une carte bleue, ou encore les bégonias du petit jardin de la maisonnette de ville du Pépère. Une petite vie étriquée, avec les soirées devant la télé et le chat sur les genoux (enfin pendant quelques années, parce que cette bestiole finit par être trop exigeante). Au fur et à mesure le personnage principal évoque des phases de sa vie, effectuant le constat d’une limitation ou d’un arrêt dans sa vie sociale. Le décès de sa mère est évoqué alors qu’il range ses courses. La mort de son père, alors qu’il se rend au travail au bureau de poste, sa fiancée Nicole Baroux alors qu’il rentre chez lui et se prépare un thé. À chaque fois, le souvenir est raconté sans image de retour dans le passé, déjà totalement effacé de sa mémoire. Puis le lecteur fait connaissance avec Vanessa, l’autre personnage principal du récit. Une femme plus jeune que le pépère, peut-être la trentaine ou le début de la quarantaine. Une femme au visage un peu dur, à la silhouette longiligne et ferme. Dans un premier temps, le lecteur hésite un peu sur sa beauté : des tatouages relativement discrets, des cheveux avec un peu de piquant, des tenues aguicheuses teintées d’un peu de vulgarité. Au fil des chapitres la mettant en scène, sa personnalité se dessine progressivement : une forme de séduction animale avec une vitalité animale… et une vraie vulgarité qui se marie bien avec d’autres traits de sa personnalité comme la cupidité, la vénalité, la violence, le manque d’empathie, et un rapport à la sexualité très primaire. Elle passe de relations toxiques avec Hassan, à une relation profitable avec Sacha qui a du poil aux fesses, tout aussi intéressée, une belle association de sociopathes. Côté Pépère, il y a la gentille Rosa Sanchez, agréable de sa personne, et décrite par Pépère : une fille de Républicains espagnols, beaucoup de caractère mais pas beaucoup de plomb dans la tête. Ensuite la galerie d’affreux s’étoffe : la voisine agressive avec son chat à pedigree, son collègue de bureau libidineux et frustré. Finalement c’est l’indéchiffrable clochard Constant qui semble encore le plus normal. Bon, c’est vrai que cette réalité n’est pas très engageante, avec ces environnements vaguement cafardeux, plutôt ternes et gris, blafards, éteints et indistincts. Toutefois, ces sensations sont surtout imputables à la colorisation faite sciemment. S’il y prête attention, le lecteur peur reconnaître plusieurs éléments typiquement bordelais à commencer par la place Saint-Michel et son clocher-tour. De séquence en séquence, le lecteur peut sentir son regard s’attarder sur un vieux poste TSF ou la pochette d’un album de Paul McCartney, la fente d’une boîte aux lettres dans une porte d’entrée, l’apparition de maître Capello (Jacques Capelovici, 1922-2011) à la télévision, le pavage d’une rue, un pont ferroviaire à structure métallique, un modèle de bouilloire antédiluvien (ou peu s’en faut), le motif léopard rose du top de Vanessa, les packs de bière dans les rayonnages d’une supérette, les magnifiques nageoires d’un Combattant, les petits cœurs colorés venant égayer le revêtement gris d’une voie semi-piétonne, les bandes colorées des épaisses semelles de tongs, etc. De nombreux menus détails, bien présents dans les dessins apportant une consistance peu commune à chaque endroit, à des objets banals du quotidien. Chaque bande se lit avec aisance et naturel, donnant l’impression d’une plausibilité parfaite, d’une évidence irréfutable, de la normalité du quotidien. Alors que s’il s’arrête pour y penser ne serait-ce qu’un instant, le lecteur se rend compte qu’il passe d’un moment clé comme la démarcheuse immobilière foulant distraitement du pied les bégonias du Pépère, à des garnements se rinçant l’œil en regardant des ébats dans une camionnette, en passant par le pépère en train de creuser une tombe de fortune dans sa cave. Tout à fait normal tout ça… Une banalité sans éclat et morne, dépourvue de tout attrait et de tout plaisir… sauf pour quelques taches de couleur : les yeux verts du chat, les nageoires du Combattant. Finalement la vie animale semble plus vraie que celle des humains. Pourtant, s’ils incarnent une métaphore, son sens n’apparaît pas avec évidence. Le lecteur découvre progressivement qu’il plonge dans un polar ou un thriller, accompagnant un tueur en série… au rythme pépère… et une femme de mauvaise vie, et pas seulement pour sa liberté sexuelle parfois tarifée. Un polar ? Il n’y a pas d’enquête à proprement parler, même si l’on découvre un coupable caché en fin d’histoire. Les crimes ne servent pas de commentaire ou de révélateur d’une condition sociale. Une comédie dramatique ? Oui, il y a un peu de cela, servie bien noire, et en même temps il est possible de tout prendre au premier degré, et de se trouver dégouté par ces affreux, sales et méchants. Du cynisme ? Pas vraiment non plus, plutôt du pragmatisme, des individus faisant avec ce que la vie leur a servi à la naissance, sans se soucier de son prochain, car la société le leur rend bien. Une étude mœurs ? Déjà plus : des individus solidement campés, avec une touche d’exagération, un soupçon de caricature… Le dosage est parfait : le lecteur peut tout à fait croire que ces individus existent en l’état, qu’il n’y a pas d’exagération, juste un regard honnête avec du recul. Oui, il est possible de vivre sans se préoccuper de son prochain, dans un quotidien vécu machinalement, sans réelle implication émotionnelle, un jour après l’autre. Une fois de temps en temps, on s’offre un petit extra, zigouiller une personne comme ça pour se passer les nerfs, sans rien y mettre de vraiment personnel, et sans que cela n’émeuve personne, ne suscite de réaction, la police étant totalement absente de ces pages. En contrepoint, il est également possible de vivre au jour le jour sans emploi, de petites magouilles et menus larcins, en s’envoyant en l’air de temps en temps avec ou sans psychotrope (avec de préférence) sans conséquence ou répercussion non plus. Cette farce macabre devient alors une étude de mœurs, un révélateur de la condition humaine, de la banalité de la monstruosité. Un petit polar pour passer le temps ? Une petite bouffée de banalité terne pour mieux apprécier le relief de sa propre vie ? Après tout pourquoi pas, ça ne se refuse pas, si ça peut faire passer le temps. Ainsi mis en confiance, le lecteur entame cette histoire en sécurité, un simple divertissement sans danger. Ouais, ben, c’est quand même bien fait, avec ces environnements très consistants, à la banalité palpable, à l’ordinaire totalement convainquant, ces personnages communs qui rappellent que tout individu est normal jusqu’à ce qu’on apprenne à le connaître, ce quotidien répétitif qui recèle des moments totalement inconcevables et pourtant totalement logiques. Mince, dans quoi on a mis les pieds ? Il n’y en a pas un pour racheter l’autre, et le jeu de massacre feutré prend des proportions irrésistibles. Des individus pleinement conscients du mal qui habite chacun de nous, l’ayant accepté, vivant très bien avec et le laissant s’exprimer de temps à autre. Une horreur totale, assez normale somme toute.

04/08/2026 (modifier)
Couverture de la série Petit pays
Petit pays

J'ai découvert Gaël Faye à travers son album musical "Rythmes et botanique". Séduit par ses talents d'écriture, je me suis ensuite intéressé à son parcours. Ma fille ayant également étudié son roman "Petit pays" au collège – le livre dont cette bande dessinée est tirée –, j'avais également visionné l'adaptation cinématographique. J'avais trouvé cette dernière nettement plus édulcorée que le roman et moins poétique, un écueil que cette version en BD évite avec brio. Comme le soulignent de nombreux avis, ce roman graphique aborde sans filtre la guerre civile au Rwanda, le Burundi, et le génocide des Tutsis à travers le regard d'enfant de Gaël Faye (devenu Gabriel dans l'œuvre). Malgré la dureté des thèmes, l'auteur parvient à capturer la beauté du Burundi et la douceur de certains moments d'enfance. Rien n'est passé sous silence, de la relation complexe de ses parents (un père expatrié originaire du Jura), en passant par les dynamiques sociales entre les occidentaux (sur fond de colonialisme) et les autochtones ou encore le regard porté par les africains sur les métisses (qui ne sont pas considérés comme de vrais "noirs"). Tout est raconté avec une sensibilité et une subtilité très fidèles au roman original. L'anéantissement de sa mère, frappée par le massacre de sa famille au Rwanda, donne lieu à des passages particulièrement poignants, où la complexité de sa souffrance sonne vraiment très juste. Côté dessin, si le style reste classique, le graphisme s'avère très agréable à l'œil, parfaitement soutenu par une belle mise en couleur. J'ai particulièrement apprécié la couverture, qui illustre avec talent le saut dans l'inconnu et la perte d'innocence vécus par l'enfant qu'était Gaël Faye à cette époque tragique. Une œuvre poignante que je ne peux que qualifier de "culte" et qui devrait être lue dans tous les collèges de France. Scénario (Histoire, personnages, originalité) : 9,5/10 | Graphisme (Dessin, colorisation) : 8,5/10 | Note globale : 18/20

04/08/2026 (modifier)
Par Dumont
Note: 5/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Philémon
Philémon

On dira que je ne suis pas objectif, car fan absolu des albums de "Philémon", que j'ai adorés pendant ma jeunesse et que j'ai achetés en bloc il y a quelques années. Chaque fois que je les relis, le même charme opère. Quand je vois certaines critiques, je suis peiné. Bien sûr, chacun a le droit aujourd'hui d'exprimer son opinion. Mais une somme d'opinions peu éclairées ne fait pas une conclusion à laquelle on doit se fier. Le dessin de Fred serait trop peu ceci ou trop cela, trop bâclé, peu lisible pour la jeunesse actuelle, les scénarii trop brouillons, trop chaotiques, etc. Les "Philémon" seraient la création d'un artiste paresseux... Que tout cela est médiocre! Que tout cela est à côté de la plaque! Que tout cela méconnaît les processus de création! Il faut avoir une âme d'adulte-enfant pour se laisser emporter par la magie des dessins de Fred et par son imagination débordante. Rien n'est paresseux chez Fred. Rien n'est facile, sauf en apparence. L'allure nonchalante des dessins et de la conduite des histoires est intentionnelle, elle participe du personnage et de l'ambiance. Ceux qui n'apprécient pas les "Philémon" me font penser au père de ce dernier: le papa de Philémon n'y croit pas; il n'y croit jamais, même quand il est lui-même plongé dans l'univers parallèle des lettres de l'Océan Atlantique même quand l'évidence devrait lui sauter aux yeux. Il a des œillères qui l'empêchent de voir et de croire ce qu'il voit. Eux, les bougons, n'y croient pas non plus, ne ressentent rien... Tant pis pour eux! Moi, je suis ébloui, et je passe des moments merveilleux à lire et à relire tous les albums, dans l'ordre qui convient: O C E A N A T L A N T I Q U E !

02/08/2026 (modifier)
Par Présence
Note: 5/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Crazyman
Crazyman

Vers Coumacoville. La ville où habitaient ses parents adoptifs. - Ce tome contient une histoire complète, une succession d’aventures d’un personnage récurrent avec une progression dramatique, pour un récit indépendant de tout autre. Son édition originale date de 2005. Il a été réalisé par Edmond Baudoin pour le scénario et les dessins. Il comprend quatre-vingts planches de bande dessinée. Lesdites aventures sont au nombre de cinq, précédées par un prologue intitulé Rencontre avec le rêveur, avec un épilogue en clôture. Elles portent comme titre : Virginité, Initiation, Crazyman découvre les mangas, Trahison, Crazyman chez les Indiens. Aux États-Unis dans le nord du Michigan, en bordure du lac supérieur, un homme à la forte carrure marche au bord de l’eau. Il en croise un autre qu’il dépasse d’une tête, et il lui adresse un bonjour. L’autre répond, se laisse dépasser, et se retourne sur la silhouette qui s’éloigne, songeur. Puis il repère un énorme tronc d’arbre échoué, il s’assoit sur un autre débris et il se met à dessiner le grand tronc. Au bout d’un moment il relève la tête, et il découvre que le grand costaud est en train de l’observer immobile. Ce dernier lui demande s’il dessine. Le rêveur répond que oui : il y a sur cette plage des milliers d’épaves de grands arbres échoués. Il en dessine un par jour, pour une future exposition. En retour, il lui demande s’il est en vacances. Paul Gravel répond que non, il est plutôt comme ces épaves sur la plage. Il se confie : il était un superhéros, Crazyman, c’était lui. Il continue : sur la brèche vingt-quatre heures sur vingt-quatre pour la protection de celles et ceux qui lui semblaient être les victimes du mal. Et dont certaines se sont avérées être plus noires que les méchants des griffes desquelles il les avait sorties. Il se souvient de cet enfant adorable et blond qu’il a sauvé in extremis avant le passage d’un train. Deux ans plus tard, cet enfant, adorable et blond, a tué sa sœur, sa mère, son père, son petit frère. Il y eut aussi cet agent de police qu’il a libéré alors qu’il était sur le point d’être exécuté. Un an plus tard il apprenait que ce policier se livrait à des pratiques contre nature régulièrement sur ses quatre enfants, et les trois de sa maîtresse. Mais le pire était à venir. Le 11 septembre 2001. Son intuition d’un danger l’a dirigé vers un petit chat coincé en haut d’un arbre du Bronx. Le 11 septembre 2001 il a sauvé un petit chat. La discussion entre les deux hommes continue, tout en marchant sur la plage. Paul explique que Louise n’est plus sa chérie, qu’à ses yeux il était un abruti. Il a été deux fois fidèle à cet amour platonique, et il est toujours puceau. En plus il est timide. Le rêveur rentre chez lui et retrouve sa compagne Julie. Il lui raconte son étrange rencontre, puis ils font l’amour à sa demande à elle. Le lendemain elle décide de marcher sur la plage pour voir si elle rencontre cet étrange individu. Elle repère ce qui lui semble un oiseau dans le ciel, et quelques instants après, Crazyman l’a prise dans ses bras et l’emmène sur une île. Elle lui trouve l’air contrarié et lui propose de parler tranquillement, de s’assoir avant car il l’intimide un peu. Elle pose sa tête contre son torse car elle veut éviter d’avoir du sable dans les cheveux. Edmond Baudoin qui se lance dans le superhéros américain ? N’importe quoi !!! Certes, à la réflexion il a bien collaboré avec l’éditeur Kodansha pour réaliser des mangas, adaptés en français dans Le Voyage (Baudoin) (1996), Salade niçoise (2002), en adoptant les codes narratifs propres au marché japonais de la bande dessinée. Bon, là, ça n’a pas une tête de comics, les chapitres étant de longueur inégale, sans respecter le format de vingt ou vingt-deux pages. En revanche, l’auteur semble être plus que familier de la mythologie du superhéros dont il s’inspire. Crazyman a comme identité civil Paul Gravet qui exerce le métier de journaliste comme Clark Kent. Il entretient une relation doublement platonique avec sa collègue Louise, en tant que collègue et en tant que superhéros. Son amie d’enfance, Laurie a également un prénom qui commence par la lettre L (comme Lois au Daily Planet, et Lana Lang à Smallville, ou encore Lori Lemaris). Ses parents habitent une petite ville à la campagne et sont fermiers comme Martha & Jonathan Kent. En outre, le connaisseur sourit quand Julie pense qu’elle a repéré un oiseau dans le ciel, comme dans la célèbre expression : C’est un oiseau… C’est un avion… C’est Superman ! Enfin les responsables éditoriaux du journal pour lequel travaillent Paul et Louise font observer que quand Paul enquête, Crazyman n’est jamais loin. Le lecteur observe que l’auteur a choisi d’écrire des histoires après que Paul ait abandonné son costume de superhéros, et que son nom sous-entend qu’il est le jouet d’une forme de folie. Pour autant, ces histoires se situent à des années-lumière de celles de Superman, créé en 1938 par Joe Shuster (1914-1992) & Jerry Siegel (1914-1996). Certes le personnage principal vole dans chaque histoire, il lit un comics de ses aventures à un jeune enfant, et il passe même la majeure partie du troisième épisode en question en costume des superhéros. Il est également question de son identité secrète, et de son goût pour l’altruisme. Il se retrouve enlevé par un groupe de rebelles armés, et il enquête sur la disparition de personnes à la rue dans une grande métropole. Toutefois les supercriminels sont absents et mis à part dans un monde virtuel il ne triomphe pas à coup de grands uppercuts. D’ailleurs la narration visuelle de l’artiste reste dans son registre habituel, sans mettre en valeur des musculatures gonflées aux stéroïdes ou à la créatine, ou des femmes dans des tenues très révélatrices mettant en valeur des poitrines hypertrophiées (à une exception près pour Tamiko). Le lecteur retrouve donc le trait caractéristique de ce dessinateur : des dessins majoritairement au pinceau, avec des contours irréguliers plein d’expressivité, du noir souvent charbonneux, parfois un peu baveux, et quelques parties à l’encre. C’est du pur Baudoin, avec parfois cette incongruité d’une armoire à glace en train de voler dans le ciel, de manière autonome. Tout comme pour son passage chez un éditeur de manga japonais, ce créateur conserve toute sa personnalité propre, ses idiosyncrasies graphiques, sans adapter celles de comics. Pour autant, le lecteur familier de son œuvre sent bien qu’il a réalisé des adaptations à son sujet, à sa démarche créatrice. Outre cette liberté de voler dans le ciel, il constate une importance plus grande donnée aux cités, aux mégapoles, ce personnage essentiel des comics de superhéros, que ce soit New York ou Tokyo. Il relève même un hommage direct au Tarzan de Burne Hogarth (1911-1996) le temps d’une case. Le fait de lire une fiction, avec de l’action, change aussi la sensation à la vue des planches, en particulier cette posture très assurée de Paul, grand et fort, se tenant bien droit. Ces chapitres comprennent également des moments d’interactions personnelles, certaines intimes. Lors de ces passages, le lecteur retrouve Baudoin tel qu’en lui-même : une approche expressionniste permettant de se faire une idée de l’état d’esprit du personnage, donnant à voir une ou plusieurs facettes de leur personnalité, par leur posture, leur expression, les éléments visuels mis en avant qui vont au-delà d’une description factuelle et propre sur elle. Les dessins expriment beaucoup plus que ce qu’ils décrivent : la profonde détresse émotionnelle de Paul, le caractère enjoué et joueur de Julie et la manière dont elle s’amuse de la gêne qu’elle provoque en Paul, l’incroyable agressivité comportementale de la première ville étrangère où s’arrête Paul, la détermination quasi fanatique qui anime la rebelle Isabella, la suffisance méprisante de Louise, la joie simple du garçon à qui Paul lit comics, etc. Le lecteur comprend rapidement ce qui a pu séduire un créateur comme Baudoin dans cette entreprise : prendre un personnage de superhéros innocent et pur, altruiste et courageux, et le faire passer délicatement à l’âge adulte. C’est ainsi que Paul se trouve fort dépourvu alors qu’il a renoncé à sauver la veuve et l’orphelin et toute sorte de victimes, en découvrant qu’être victime n’est pas synonyme d’être quelqu’un de bien. La découverte que l’Afrique est bien différente des récits d’explorateurs colonialistes des siècles précédents. La réalité des actions militaires à l’étranger (la guerre tue), ou encore la prédation sur les plus faibles comme les personnes à la rue. Paul perd ainsi son innocence et passe à l’âge adulte, processus inéluctable pour tout à chacun. Sans oublier cette étape essentielle et libératrice (pour lui) qu’est la perte de sa virginité. Et puis il y a le troisième épisode intitulé : Crazyman découvre les mangas. Dans un premier temps, le lecteur se trouve décontenancé par l’intrigue : combattre quatre personnages de nature très différente, qui pourraient être issus de différents types de manga. D’un autre côté, cela fait sens : raconter une histoire de superhéros constitue un questionnement culturel pour l’auteur, au travers du genre dominant en bande dessinée aux États-Unis, questionnement qu’il avait également effectué en réalisant des bandes dessinées pour le marché japonais. Dans chaque histoire, le lecteur ressent que l’auteur éprouve une sorte de tendresse pour son personnage : il ne raille pas son innocence, même s’il la pointe gentiment du doigt. Il ne se moque pas du concept de superpouvoir, même si son incongruité ressort avec évidence. Le lecteur voit bien que les préoccupations de Paul / ex Crazyman sont très similaires à celles de l’auteur lui-même. Il retrouve la fascination pour la femme et le plaisir à l’acte sexuel, une empathie et une sollicitude pour son prochain, une curiosité pour les différences culturelles, etc. D’ailleurs ce rêveur rencontré sur la plage, qui dessine des arbres, pourrait bien se prénommer Edmond. Et Crazyman pourrait bien être l’alter ego de ce dessinateur, une façon pour lui de se représenter son âme, d’incarner ses aspirations modèles, d’être l’allégorie d’une pureté idéale. Edmond Baudoin qui réalise un comics de superhéros ? N’importe quoi ! Ben non, pas tant que ça. Déjà parce que ledit superhéros, Crazyman, vient de mettre fin à sa carrière. Ensuite parce qu’il fait preuve des mêmes centres d’intérêt que l’auteur, et des mêmes grandes espérances. Ensuite parce la narration visuelle reste du pur Baudoin : des cases réalisées au pinceau, des traits de contour irréguliers irradiant une expressivité peu commune, une vitalité de chaque contour. Et puis ce personnage à l’âme enfantine qui se retrouve obligé de grandir devient l’allégorie des aspirations de son créateur, ainsi qu’une recherche de ce qu’expriment les comics de superhéros, tout comme il s’était lancé dans l’aventure de découvrir ce qu’il est possible d’exprimer dans les mangas. Formidable.

01/08/2026 (modifier)
Par Vaudou
Note: 5/5
Couverture de la série Vic & Blood
Vic & Blood

Vic and Blood est l'adaptation d'une nouvelle écrite par Harlan Ellison, A boy and his dog. L'avantage d'avoir ce matériau littéraire comme base de travail permet d'offrir, en révélant le moins possible, une histoire poignante et d'une grande richesse. Ce n'est pas l'album le plus marquant de Corben visuellement. Pour illustrer ce récit post-apo, le dessinateur choisit un ton sobre, débarrassé des exubérances habituelles. Le dessin reste tout de suite reconnaissable. C'est un des meilleurs Corben à lire, ne vous laissez pas avoir par la couverture banale choisie à l'époque par Comics USA.

25/07/2026 (modifier)
Par jp2008
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série La Petite Lumière
La Petite Lumière

Voici un livre qu'on ne peut s'empêcher de finir dès lors qu'on a ouvert la première page. On est captivé par l'histoire: mais que va-t-il arriver à ce vieil homme qui fait la connaissance d'un petit bonhomme étrange? Ce gamin n'est d'ailleurs pas sans rappeler les mômes de Gimenez dans Paracuellos . Le dessin surprend au départ puis, au fil des pages on finit par l'adorer. Même si quelques anecdotes restent en suspens: le chien aux pattes cassées, les cavalières qui passent devant chez lui un soir de pluie, les OVNI... le réalisme est souvent saisissant: les rituels de la vie quotidienne, le mégot au coin des lèvres, la Fiat Panda...Ce livre nous procure un rare moment de plaisir.

24/07/2026 (modifier)
Par grogro
Note: 5/5
Couverture de la série Les Inaptes
Les Inaptes

Je n'osais même pas espérer une suite à la fabuleuse saga Les Indociles qui m'avait tant happé. C'est pourtant chose faite avec ce premier tome d'une série qui devrait en contenir trois en tout. Son titre même me parle tout à fait et tout grand tant je considère l'inaptitude à ce monde comme une condition de survie impérieuse. Aujourd'hui, être inapte, c'est préserver sa santé mentale. Quant à se faire traiter d'inapte, la chose doit être prise selon moi comme un compliment. Pour mémoire, on avait laissé nos chers indociles enlisés dans leurs désillusions au tournant du 21e siècle. Ce premier tome ravive la flamme en mettant en scène la nouvelle génération, les enfants de Lulu, de Chiara, de Joe... Qui à leur tour doivent faire face à ce monde brutal dont la puissance frappe s'est considérablement accrue. La donne a effectivement changé, et l'on mesurera le décalage à l'aune de cette réplique acerbe de l'une des inaptes (c'est à dire la jeune génération) à l'encontre des indociles (la vieille génération) : "C'est vraiment une génération inutile". Si l'on retrouve le charme des dessins, le ton se fait plus grave, et les couleurs, du coup, plus ternes (mais néanmoins très réussies). L'humour y est quasiment absent, à moins qu'il ne se soit fait plus cynique. Clairement, on a changé de monde pour basculer dans celui que nous connaissons aujourd'hui. Or, nous savons qu'il n'est guère réjouissant. A l'aube de ce troisième millénaire, le capitalisme est devenu extrêmement agressif, à l'image des vautours prêts à fondre sur l'entreprise horlogère de Joe pour se projeter sur le marché américain. Tout un symbole ! Conséquence logique, les situations sont aussi plus tragiques d'emblée (les indociles apportait aussi son lot de tragédies, mais celles-ci étaient plus étalées dans le temps). Je pense notamment au personnage de Mickaël, le fils de Joe, dont l'avenir s'annonce vraiment très incertain à la fin de ce premier tome. Même l'horripilant Alexandre Placy-Von Rothenburg, jeune cadre dynamique et parvenu, fraichement diplômé, est tout à fait susceptible de tourner comme le personnage de Nelson Hidalgo dans la série Treme. J'ai aimé cette tension palpable, cette incertitude incroyable qui plane sur ce volume. De manière générale, on ne sait pas comment les inaptes vont aborder les choses. S'ils ont hérité de la fibre rebelle de leurs ainés, ils paraissent tout aussi démunis, et leurs moyens tout aussi dérisoires, à l'image de l'âne Ueli Maurer, ainsi baptisé en référence à l'ancien président de l'UDC. Et puis on retrouve avec nostalgie les anciens ; Lulu Chèvre, plus largué et barbu que jamais, que certains nouveaux perçoivent désormais comme "un vieux con", même si Bianca pressent "qu'on pourra compter sur lui en temps voulu" ; Joseph Robert-Charrue (le fameux Joe), qui semble prêt a écrire une nouvelle page de sa vie alors qu'il vient de se délester de l'héritage familial pesant que représentait son entreprise ; Siddhartha, le fils de Lulu, devenu à son tour papa, lucide et par conséquent peut-être un peu amer et fataliste... Et puis on découvre aussi les petits-enfants, ceux qui composent la génération numérique, les fameux digital natives, bercés par la technologie d'où viendra peut-être la révolte (ou pas)... Que leur arrivera-t-il ? A quelle sauce seront-ils mangés ? Seront-ils en capacité de surmonter les affres du monde moderne ou se heurteront-ils eux-aussi au mur de leurs propres désillusions ? Affaire à suivre... Les dialogues conservent leur force, et les situations demeurent admirablement mises en scène. On pourra regretter le fait que certains protagonistes soient esquissés un peu rapidement à mon goût, ou bien que certains enchainements manquent d'un poil de fluidité, mais globalement, cette suite tient très largement le cap et apporte ce que l'on était en droit d'attendre. Pitch Comment et Camille Rebetez n'ont pas oublié de glisser dans ces pages ce supplément d'âme qui gonflait les Indociles d'humanité. J'ai lu que Camille avait déclaré que l'idée était "d'inscrire un exotisme jurassien dans une universalité". C'est exactement ça. Le pari est largement tenu. Et pour ce qui est de l'attente, elle sera quant à elle fébrile. TRES fébrile. Le tome deux est d'ores est déjà prévu pour le premier semestre 2027. Ca urge !!!!

24/07/2026 (modifier)
Par Simili
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Quai d'Orsay
Quai d'Orsay

Au printemps 2003, le monde diplomatique est en ébullition. Les Etats Unis de Georges W Bush veulent attaquer l'Irak et s'oppose à la volonté du conseil de sécurité de l'ONU de trouver une solution diplomatique plutôt que militaire. La France, par l'intermédiaire de son ministre Dominique de Villepin, tient bon et en ressort grandie en obtenant une visite d'expert indépendant afin de déterminer la présence ou non d'arme de destruction massive. Quelque temps plus tard les Etats Unis envahiront l'Irak, mais qu'importe Dominique de Villepin reste dans les mémoires pour avoir été celui qui a menacé les "maîtres du monde". Quai d'Orsay nous offre une immersion dans le ministère des affaires étrangères de l'époque. Et cette plongée est tout simplement brillante, prenante, haletante et … poilante Le dessin de Christophe Blain est hyper énergique, il est aussi speed que son ministre et tout va à 2000 à l'heure. Il soutient parfaitement le rythme de l'intrigue et on a peu de mal à imaginer les nuits blanches qui ont dû animer le Quai d'Orsay de l'époque. Et pour ne rien gâcher elle manie un humour par moment désopilant. J'ai ainsi eu la banane tout au long de ma lecture et j'ai été pris de 2 fous rires exceptionnels. La première fois lors de l'échange entre Monsieur le Ministre et sa secrétaire au sujet de Stabilo qui ne marchent pas. La deuxième lors de la préparation et le voyage en Falcon pour rejoindre la Russie. J'ai du arrêter ma lecture pour laisser passer ces fous rire. Et pour la peine j'étais très loin d'imaginer me retrouver dans cette situation lorsque j'ai attaqué ma lecture. Ces 2 moments de pur bonheur ne peuvent que m'inciter à décerner un coup de cœur à ce diptyque. J'espère qu'il provoquera la même réaction chez de nombreux lecteurs

24/07/2026 (modifier)