Les derniers avis (7655 avis)

Par Dumont
Note: 5/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Philémon
Philémon

On dira que je ne suis pas objectif, car fan absolu des albums de "Philémon", que j'ai adorés pendant ma jeunesse et que j'ai achetés en bloc il y a quelques années. Chaque fois que je les relis, le même charme opère. Quand je vois certaines critiques, je suis peiné. Bien sûr, chacun a le droit aujourd'hui d'exprimer son opinion. Mais une somme d'opinions peu éclairées ne fait pas une conclusion à laquelle on doit se fier. Le dessin de Fred serait trop peu ceci ou trop cela, trop bâclé, peu lisible pour la jeunesse actuelle, les scénarii trop brouillons, trop chaotiques, etc. Les "Philémon" seraient la création d'un artiste paresseux... Que tout cela est médiocre! Que tout cela est à côté de la plaque! Que tout cela méconnaît les processus de création! Il faut avoir une âme d'adulte-enfant pour se laisser emporter par la magie des dessins de Fred et par son imagination débordante. Rien n'est paresseux chez Fred. Rien n'est facile, sauf en apparence. L'allure nonchalante des dessins et de la conduite des histoires est intentionnelle, elle participe du personnage et de l'ambiance. Ceux qui n'apprécient pas les "Philémon" me font penser au père de ce dernier: le papa de Philémon n'y croit pas; il n'y croit jamais, même quand il est lui-même plongé dans l'univers parallèle des lettres de l'Océan Atlantique même quand l'évidence devrait lui sauter aux yeux. Il a des œillères qui l'empêchent de voir et de croire ce qu'il voit. Eux, les bougons, n'y croient pas non plus, ne ressentent rien... Tant pis pour eux! Moi, je suis ébloui, et je passe des moments merveilleux à lire et à relire tous les albums, dans l'ordre qui convient: O C E A N A T L A N T I Q U E !

02/08/2026 (modifier)
Par Présence
Note: 5/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Crazyman
Crazyman

Vers Coumacoville. La ville où habitaient ses parents adoptifs. - Ce tome contient une histoire complète, une succession d’aventures d’un personnage récurrent avec une progression dramatique, pour un récit indépendant de tout autre. Son édition originale date de 2005. Il a été réalisé par Edmond Baudoin pour le scénario et les dessins. Il comprend quatre-vingts planches de bande dessinée. Lesdites aventures sont au nombre de cinq, précédées par un prologue intitulé Rencontre avec le rêveur, avec un épilogue en clôture. Elles portent comme titre : Virginité, Initiation, Crazyman découvre les mangas, Trahison, Crazyman chez les Indiens. Aux États-Unis dans le nord du Michigan, en bordure du lac supérieur, un homme à la forte carrure marche au bord de l’eau. Il en croise un autre qu’il dépasse d’une tête, et il lui adresse un bonjour. L’autre répond, se laisse dépasser, et se retourne sur la silhouette qui s’éloigne, songeur. Puis il repère un énorme tronc d’arbre échoué, il s’assoit sur un autre débris et il se met à dessiner le grand tronc. Au bout d’un moment il relève la tête, et il découvre que le grand costaud est en train de l’observer immobile. Ce dernier lui demande s’il dessine. Le rêveur répond que oui : il y a sur cette plage des milliers d’épaves de grands arbres échoués. Il en dessine un par jour, pour une future exposition. En retour, il lui demande s’il est en vacances. Paul Gravel répond que non, il est plutôt comme ces épaves sur la plage. Il se confie : il était un superhéros, Crazyman, c’était lui. Il continue : sur la brèche vingt-quatre heures sur vingt-quatre pour la protection de celles et ceux qui lui semblaient être les victimes du mal. Et dont certaines se sont avérées être plus noires que les méchants des griffes desquelles il les avait sorties. Il se souvient de cet enfant adorable et blond qu’il a sauvé in extremis avant le passage d’un train. Deux ans plus tard, cet enfant, adorable et blond, a tué sa sœur, sa mère, son père, son petit frère. Il y eut aussi cet agent de police qu’il a libéré alors qu’il était sur le point d’être exécuté. Un an plus tard il apprenait que ce policier se livrait à des pratiques contre nature régulièrement sur ses quatre enfants, et les trois de sa maîtresse. Mais le pire était à venir. Le 11 septembre 2001. Son intuition d’un danger l’a dirigé vers un petit chat coincé en haut d’un arbre du Bronx. Le 11 septembre 2001 il a sauvé un petit chat. La discussion entre les deux hommes continue, tout en marchant sur la plage. Paul explique que Louise n’est plus sa chérie, qu’à ses yeux il était un abruti. Il a été deux fois fidèle à cet amour platonique, et il est toujours puceau. En plus il est timide. Le rêveur rentre chez lui et retrouve sa compagne Julie. Il lui raconte son étrange rencontre, puis ils font l’amour à sa demande à elle. Le lendemain elle décide de marcher sur la plage pour voir si elle rencontre cet étrange individu. Elle repère ce qui lui semble un oiseau dans le ciel, et quelques instants après, Crazyman l’a prise dans ses bras et l’emmène sur une île. Elle lui trouve l’air contrarié et lui propose de parler tranquillement, de s’assoir avant car il l’intimide un peu. Elle pose sa tête contre son torse car elle veut éviter d’avoir du sable dans les cheveux. Edmond Baudoin qui se lance dans le superhéros américain ? N’importe quoi !!! Certes, à la réflexion il a bien collaboré avec l’éditeur Kodansha pour réaliser des mangas, adaptés en français dans Le Voyage (Baudoin) (1996), Salade niçoise (2002), en adoptant les codes narratifs propres au marché japonais de la bande dessinée. Bon, là, ça n’a pas une tête de comics, les chapitres étant de longueur inégale, sans respecter le format de vingt ou vingt-deux pages. En revanche, l’auteur semble être plus que familier de la mythologie du superhéros dont il s’inspire. Crazyman a comme identité civil Paul Gravet qui exerce le métier de journaliste comme Clark Kent. Il entretient une relation doublement platonique avec sa collègue Louise, en tant que collègue et en tant que superhéros. Son amie d’enfance, Laurie a également un prénom qui commence par la lettre L (comme Lois au Daily Planet, et Lana Lang à Smallville, ou encore Lori Lemaris). Ses parents habitent une petite ville à la campagne et sont fermiers comme Martha & Jonathan Kent. En outre, le connaisseur sourit quand Julie pense qu’elle a repéré un oiseau dans le ciel, comme dans la célèbre expression : C’est un oiseau… C’est un avion… C’est Superman ! Enfin les responsables éditoriaux du journal pour lequel travaillent Paul et Louise font observer que quand Paul enquête, Crazyman n’est jamais loin. Le lecteur observe que l’auteur a choisi d’écrire des histoires après que Paul ait abandonné son costume de superhéros, et que son nom sous-entend qu’il est le jouet d’une forme de folie. Pour autant, ces histoires se situent à des années-lumière de celles de Superman, créé en 1938 par Joe Shuster (1914-1992) & Jerry Siegel (1914-1996). Certes le personnage principal vole dans chaque histoire, il lit un comics de ses aventures à un jeune enfant, et il passe même la majeure partie du troisième épisode en question en costume des superhéros. Il est également question de son identité secrète, et de son goût pour l’altruisme. Il se retrouve enlevé par un groupe de rebelles armés, et il enquête sur la disparition de personnes à la rue dans une grande métropole. Toutefois les supercriminels sont absents et mis à part dans un monde virtuel il ne triomphe pas à coup de grands uppercuts. D’ailleurs la narration visuelle de l’artiste reste dans son registre habituel, sans mettre en valeur des musculatures gonflées aux stéroïdes ou à la créatine, ou des femmes dans des tenues très révélatrices mettant en valeur des poitrines hypertrophiées (à une exception près pour Tamiko). Le lecteur retrouve donc le trait caractéristique de ce dessinateur : des dessins majoritairement au pinceau, avec des contours irréguliers plein d’expressivité, du noir souvent charbonneux, parfois un peu baveux, et quelques parties à l’encre. C’est du pur Baudoin, avec parfois cette incongruité d’une armoire à glace en train de voler dans le ciel, de manière autonome. Tout comme pour son passage chez un éditeur de manga japonais, ce créateur conserve toute sa personnalité propre, ses idiosyncrasies graphiques, sans adapter celles de comics. Pour autant, le lecteur familier de son œuvre sent bien qu’il a réalisé des adaptations à son sujet, à sa démarche créatrice. Outre cette liberté de voler dans le ciel, il constate une importance plus grande donnée aux cités, aux mégapoles, ce personnage essentiel des comics de superhéros, que ce soit New York ou Tokyo. Il relève même un hommage direct au Tarzan de Burne Hogarth (1911-1996) le temps d’une case. Le fait de lire une fiction, avec de l’action, change aussi la sensation à la vue des planches, en particulier cette posture très assurée de Paul, grand et fort, se tenant bien droit. Ces chapitres comprennent également des moments d’interactions personnelles, certaines intimes. Lors de ces passages, le lecteur retrouve Baudoin tel qu’en lui-même : une approche expressionniste permettant de se faire une idée de l’état d’esprit du personnage, donnant à voir une ou plusieurs facettes de leur personnalité, par leur posture, leur expression, les éléments visuels mis en avant qui vont au-delà d’une description factuelle et propre sur elle. Les dessins expriment beaucoup plus que ce qu’ils décrivent : la profonde détresse émotionnelle de Paul, le caractère enjoué et joueur de Julie et la manière dont elle s’amuse de la gêne qu’elle provoque en Paul, l’incroyable agressivité comportementale de la première ville étrangère où s’arrête Paul, la détermination quasi fanatique qui anime la rebelle Isabella, la suffisance méprisante de Louise, la joie simple du garçon à qui Paul lit comics, etc. Le lecteur comprend rapidement ce qui a pu séduire un créateur comme Baudoin dans cette entreprise : prendre un personnage de superhéros innocent et pur, altruiste et courageux, et le faire passer délicatement à l’âge adulte. C’est ainsi que Paul se trouve fort dépourvu alors qu’il a renoncé à sauver la veuve et l’orphelin et toute sorte de victimes, en découvrant qu’être victime n’est pas synonyme d’être quelqu’un de bien. La découverte que l’Afrique est bien différente des récits d’explorateurs colonialistes des siècles précédents. La réalité des actions militaires à l’étranger (la guerre tue), ou encore la prédation sur les plus faibles comme les personnes à la rue. Paul perd ainsi son innocence et passe à l’âge adulte, processus inéluctable pour tout à chacun. Sans oublier cette étape essentielle et libératrice (pour lui) qu’est la perte de sa virginité. Et puis il y a le troisième épisode intitulé : Crazyman découvre les mangas. Dans un premier temps, le lecteur se trouve décontenancé par l’intrigue : combattre quatre personnages de nature très différente, qui pourraient être issus de différents types de manga. D’un autre côté, cela fait sens : raconter une histoire de superhéros constitue un questionnement culturel pour l’auteur, au travers du genre dominant en bande dessinée aux États-Unis, questionnement qu’il avait également effectué en réalisant des bandes dessinées pour le marché japonais. Dans chaque histoire, le lecteur ressent que l’auteur éprouve une sorte de tendresse pour son personnage : il ne raille pas son innocence, même s’il la pointe gentiment du doigt. Il ne se moque pas du concept de superpouvoir, même si son incongruité ressort avec évidence. Le lecteur voit bien que les préoccupations de Paul / ex Crazyman sont très similaires à celles de l’auteur lui-même. Il retrouve la fascination pour la femme et le plaisir à l’acte sexuel, une empathie et une sollicitude pour son prochain, une curiosité pour les différences culturelles, etc. D’ailleurs ce rêveur rencontré sur la plage, qui dessine des arbres, pourrait bien se prénommer Edmond. Et Crazyman pourrait bien être l’alter ego de ce dessinateur, une façon pour lui de se représenter son âme, d’incarner ses aspirations modèles, d’être l’allégorie d’une pureté idéale. Edmond Baudoin qui réalise un comics de superhéros ? N’importe quoi ! Ben non, pas tant que ça. Déjà parce que ledit superhéros, Crazyman, vient de mettre fin à sa carrière. Ensuite parce qu’il fait preuve des mêmes centres d’intérêt que l’auteur, et des mêmes grandes espérances. Ensuite parce la narration visuelle reste du pur Baudoin : des cases réalisées au pinceau, des traits de contour irréguliers irradiant une expressivité peu commune, une vitalité de chaque contour. Et puis ce personnage à l’âme enfantine qui se retrouve obligé de grandir devient l’allégorie des aspirations de son créateur, ainsi qu’une recherche de ce qu’expriment les comics de superhéros, tout comme il s’était lancé dans l’aventure de découvrir ce qu’il est possible d’exprimer dans les mangas. Formidable.

01/08/2026 (modifier)
Par Vaudou
Note: 5/5
Couverture de la série Vic & Blood
Vic & Blood

Vic and Blood est l'adaptation d'une nouvelle écrite par Harlan Ellison, A boy and his dog. L'avantage d'avoir ce matériau littéraire comme base de travail permet d'offrir, en révélant le moins possible, une histoire poignante et d'une grande richesse. Ce n'est pas l'album le plus marquant de Corben visuellement. Pour illustrer ce récit post-apo, le dessinateur choisit un ton sobre, débarrassé des exubérances habituelles. Le dessin reste tout de suite reconnaissable. C'est un des meilleurs Corben à lire, ne vous laissez pas avoir par la couverture banale choisie à l'époque par Comics USA.

25/07/2026 (modifier)
Par jp2008
Note: 5/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série La Petite Lumière
La Petite Lumière

Voici un livre qu'on ne peut s'empêcher de finir dès lors qu'on a ouvert la première page. On est captivé par l'histoire: mais que va-t-il arriver à ce vieil homme qui fait la connaissance d'un petit bonhomme étrange? Ce gamin n'est d'ailleurs pas sans rappeler les mômes de Gimenez dans Paracuellos . Le dessin surprend au départ puis, au fil des pages on finit par l'adorer. Même si quelques anecdotes restent en suspens: le chien aux pattes cassées, les cavalières qui passent devant chez lui un soir de pluie, les OVNI... le réalisme est souvent saisissant: les rituels de la vie quotidienne, le mégot au coin des lèvres, la Fiat Panda...Ce livre nous procure un rare moment de plaisir.

24/07/2026 (modifier)
Par grogro
Note: 5/5
Couverture de la série Les Inaptes
Les Inaptes

Je n'osais même pas espérer une suite à la fabuleuse saga Les Indociles qui m'avait tant happé. C'est pourtant chose faite avec ce premier tome d'une série qui devrait en contenir trois en tout. Son titre même me parle tout à fait et tout grand tant je considère l'inaptitude à ce monde comme une condition de survie impérieuse. Aujourd'hui, être inapte, c'est préserver sa santé mentale. Quant à se faire traiter d'inapte, la chose doit être prise selon moi comme un compliment. Pour mémoire, on avait laissé nos chers indociles enlisés dans leurs désillusions au tournant du 21e siècle. Ce premier tome ravive la flamme en mettant en scène la nouvelle génération, les enfants de Lulu, de Chiara, de Joe... Qui à leur tour doivent faire face à ce monde brutal dont la puissance frappe s'est considérablement accrue. La donne a effectivement changé, et l'on mesurera le décalage à l'aune de cette réplique acerbe de l'une des inaptes (c'est à dire la jeune génération) à l'encontre des indociles (la vieille génération) : "C'est vraiment une génération inutile". Si l'on retrouve le charme des dessins, le ton se fait plus grave, et les couleurs, du coup, plus ternes (mais néanmoins très réussies). L'humour y est quasiment absent, à moins qu'il ne se soit fait plus cynique. Clairement, on a changé de monde pour basculer dans celui que nous connaissons aujourd'hui. Or, nous savons qu'il n'est guère réjouissant. A l'aube de ce troisième millénaire, le capitalisme est devenu extrêmement agressif, à l'image des vautours prêts à fondre sur l'entreprise horlogère de Joe pour se projeter sur le marché américain. Tout un symbole ! Conséquence logique, les situations sont aussi plus tragiques d'emblée (les indociles apportait aussi son lot de tragédies, mais celles-ci étaient plus étalées dans le temps). Je pense notamment au personnage de Mickaël, le fils de Joe, dont l'avenir s'annonce vraiment très incertain à la fin de ce premier tome. Même l'horripilant Alexandre Placy-Von Rothenburg, jeune cadre dynamique et parvenu, fraichement diplômé, est tout à fait susceptible de tourner comme le personnage de Nelson Hidalgo dans la série Treme. J'ai aimé cette tension palpable, cette incertitude incroyable qui plane sur ce volume. De manière générale, on ne sait pas comment les inaptes vont aborder les choses. S'ils ont hérité de la fibre rebelle de leurs ainés, ils paraissent tout aussi démunis, et leurs moyens tout aussi dérisoires, à l'image de l'âne Ueli Maurer, ainsi baptisé en référence à l'ancien président de l'UDC. Et puis on retrouve avec nostalgie les anciens ; Lulu Chèvre, plus largué et barbu que jamais, que certains nouveaux perçoivent désormais comme "un vieux con", même si Bianca pressent "qu'on pourra compter sur lui en temps voulu" ; Joseph Robert-Charrue (le fameux Joe), qui semble prêt a écrire une nouvelle page de sa vie alors qu'il vient de se délester de l'héritage familial pesant que représentait son entreprise ; Siddhartha, le fils de Lulu, devenu à son tour papa, lucide et par conséquent peut-être un peu amer et fataliste... Et puis on découvre aussi les petits-enfants, ceux qui composent la génération numérique, les fameux digital natives, bercés par la technologie d'où viendra peut-être la révolte (ou pas)... Que leur arrivera-t-il ? A quelle sauce seront-ils mangés ? Seront-ils en capacité de surmonter les affres du monde moderne ou se heurteront-ils eux-aussi au mur de leurs propres désillusions ? Affaire à suivre... Les dialogues conservent leur force, et les situations demeurent admirablement mises en scène. On pourra regretter le fait que certains protagonistes soient esquissés un peu rapidement à mon goût, ou bien que certains enchainements manquent d'un poil de fluidité, mais globalement, cette suite tient très largement le cap et apporte ce que l'on était en droit d'attendre. Pitch Comment et Camille Rebetez n'ont pas oublié de glisser dans ces pages ce supplément d'âme qui gonflait les Indociles d'humanité. J'ai lu que Camille avait déclaré que l'idée était "d'inscrire un exotisme jurassien dans une universalité". C'est exactement ça. Le pari est largement tenu. Et pour ce qui est de l'attente, elle sera quant à elle fébrile. TRES fébrile. Le tome deux est d'ores est déjà prévu pour le premier semestre 2027. Ca urge !!!!

24/07/2026 (modifier)
Par Simili
Note: 5/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Quai d'Orsay
Quai d'Orsay

Au printemps 2003, le monde diplomatique est en ébullition. Les Etats Unis de Georges W Bush veulent attaquer l'Irak et s'oppose à la volonté du conseil de sécurité de l'ONU de trouver une solution diplomatique plutôt que militaire. La France, par l'intermédiaire de son ministre Dominique de Villepin, tient bon et en ressort grandie en obtenant une visite d'expert indépendant afin de déterminer la présence ou non d'arme de destruction massive. Quelque temps plus tard les Etats Unis envahiront l'Irak, mais qu'importe Dominique de Villepin reste dans les mémoires pour avoir été celui qui a menacé les "maîtres du monde". Quai d'Orsay nous offre une immersion dans le ministère des affaires étrangères de l'époque. Et cette plongée est tout simplement brillante, prenante, haletante et … poilante Le dessin de Christophe Blain est hyper énergique, il est aussi speed que son ministre et tout va à 2000 à l'heure. Il soutient parfaitement le rythme de l'intrigue et on a peu de mal à imaginer les nuits blanches qui ont dû animer le Quai d'Orsay de l'époque. Et pour ne rien gâcher elle manie un humour par moment désopilant. J'ai ainsi eu la banane tout au long de ma lecture et j'ai été pris de 2 fous rires exceptionnels. La première fois lors de l'échange entre Monsieur le Ministre et sa secrétaire au sujet de Stabilo qui ne marchent pas. La deuxième lors de la préparation et le voyage en Falcon pour rejoindre la Russie. J'ai du arrêter ma lecture pour laisser passer ces fous rire. Et pour la peine j'étais très loin d'imaginer me retrouver dans cette situation lorsque j'ai attaqué ma lecture. Ces 2 moments de pur bonheur ne peuvent que m'inciter à décerner un coup de cœur à ce diptyque. J'espère qu'il provoquera la même réaction chez de nombreux lecteurs

24/07/2026 (modifier)
Par Vaudou
Note: 5/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Alvar Mayor
Alvar Mayor

Surement la plus grande bd argentine que j'ai pu lire. Si le ton de départ et la structure sont profondément picaresques, on bascule ensuite progressivement vers le réalisme magique typiquement sud-américain. Les aventures débouchent souvent sur des songes, des paraboles métaphysiques et des cités chimériques. Tous ces colons à la recherche de trésors imaginaires rappellent la quête du fameux Aguirre. Alvar Mayor est un héros très attachant. Le noir et blanc de Breccia est à tomber. Dire qu'il a fallu attendre 2020 pour avoir une publication à la hauteur. Combien de trésors de la bd argentine sont encore enfouis profondément dans les jungles de l'édition ?

24/07/2026 (modifier)
Par Présence
Note: 5/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série La Fragilité des hommes
La Fragilité des hommes

Ça ne va pas en fait. Se tenir à l’écart ne suffit pas. - Ce tome contient une histoire complète, indépendante de toute autre. Son édition originale date de 2026. Il a été réalisé par Vincent Zabus pour le scénario, par Nicoby (Nicolas Bidet) pour les dessins, et les couleurs ont été réalisées par Pierre Jeanneau, Laurence et Salomé Ory. Il comprend cent-seize pages de bande dessinée. Il se termine avec une postface de cinq pages, écrite par le scénariste, intitulée : La poésie sur le bitume, dans laquelle il évoque sa pratique du théâtre de rue, et comment elle a changé sa vie. Ces deux créateurs ont déjà collaboré précédemment, en particulier pour : Le Monde de Sophie (2022), Le Génie de la forêt (2024). De nuit dans les rues de la ville de Mouais. Cette histoire commence ici, chez elle. Ici où rien ne se passe. Ici où personne ne parierait que les événements à venir auront bel et bien lieu. Et pourtant… Tout ce que la ville va raconter arrivera dans ses rues, ses parcs et ses murs. À Mouais. Jamais entendu parler de la belle ville de Mouais ? Normal. Elle est une petite commune perdue dans le ventre mou de la France profonde. Seuls celles et ceux qui y vivent connaissent son nom, et n’en rigole plus. Ici, à Mouais, les jeunes sont allés travailler ailleurs et les vieux sont morts. Ceux qui restent ont simplement oublié de partir. Le seul endroit un peu vivant de ses ruelles désertées ? Le café. Là, quelques-uns de ses habitants assoient leur solitude derrière une bière. Le protagoniste de son récit ? C’est lui… François. François Sauvage. Rarement quelqu’un aura aussi mal porté son nom. Il est un homme d’âge moyen, avec une vie banale… Un de ces caractères à l‘eau tiède. La seule chose qui le singularise quelque peu, c’est sa taille. Il est grand. Mais un de ces grands qui s’en excusent. Sa spécialité ? Il n’achève jamais ses phrases. Ça promet de beaux dialogues… François Sauvage vient de faire un écart sur le trottoir au passage d’un bus, comme effrayé. Il pousse la porte du café, et il retrouve l’atmosphère familière, avec la télé qui fonctionne en continu, trois habitués dont un hébété par l’alcool, et un autre au comptoir, et Dimitri le patron qui se trompe régulièrement dans les boissons qu’il sert. François est rejoint au comptoir par son ami Michel qui sort des toilettes. La ville de Mouais reprend le fil de son commentaire : Ce soir ressemble à tous les autres soirs. Pourtant quelque chose d’inattendu, doucement, est en train d’arriver. Une de ces choses qui va bientôt emmener François dans des situations plus qu’improbables. L’amener à vivre toutes sortes d’émotions. Celles-là mêmes qu’il essaie d’ignorer depuis si longtemps. Mais pas trop vite ! Il faut reprendre les choses dans l’ordre. La ville ne voudrait pas se priver de raconter en détail tout ce qu’il s’est passé pour en arriver là. Michel entraîne son ami François dans l’arrière-salle désaffectée du bar, avec une bouteille de champagne à la main. Ils pénètrent dans une pièce abandonnée depuis belle lurette, servant de débarras, avec une scène au fond, quelques chaises empilées, une échelle pour accéder, et beaucoup de bric-à-brac. Michel lui explique que, dans le temps, on faisait du théâtre dans cette salles, des Mouaisiens jouaient et ceux qui ne jouaient pas venaient voir les autres. Devant l’apathie de son ami, il l’entraîne dehors, à l’arrêt de bus où ils ont souvent zoné pendant l’adolescence. Houlà ! Une ville qui s’appelle Mouais et dans laquelle il ne se passe rien, des habitants qui restent là parce qu’ils ont oublié de partir, une animatrice venant glaner des histoires pour monter des séquences de théâtre de rue jouées par lesdits habitants, dont tous les hommes sont des taiseux. He bin, ça promet. Sans compter que le personnage principal ne finit jamais ses phrases, comme le dit la ville elle-même : ça promet de beaux dialogues. Des dessins de nature descriptive et réaliste, avec un degré de simplification pour les êtres humains, qui montrent la banalité totale des différents environnements, entre le bar purement fonctionnel et vieillot, les rues plus souvent désertes que fréquentées, l’arrêt de bus, la station-service, l’Établissement d'Hébergement pour Personnes Âgées Dépendantes (EHPAD), le cimetière, une aire de jeux pour enfants (mais sans enfants), etc. Dans tout ça, c’est encore les toilettes de François qui présentent le plus de caractère, avec ses rayonnages de livre. Le lecteur ressent tout de suite une forme d’apathie aggravée le gagner, au risque de verser dans l’indifférence. Pas de doute : cette ville mérite bien son nom, et seule la gentillesse dont font preuve les auteurs pour leurs personnages le retient. La gentillesse dont bénéficient les personnages touche immédiatement le petit cœur du lecteur qui veut bien donner sa chance à cette ville sans réelle caractéristique, à ce grand échalas qui ne finit pas ses phrases, à ce projet peu enthousiasmant de théâtre de rue, à partir des petites histoires banales du quotidien des habitants. En fonction de ses habitudes, peut-être que le lecteur a commencé par jeter un coup d’œil à la postface dans laquelle le scénariste raconte sa propre expérience de la pratique de cet art : Pourtant, depuis vingt-cinq ans maintenant, Zabus pratique cette forme particulière de théâtre. Il a notamment travaillé ce type d’exercice appelé ici Glanage théâtral, qui consiste à recueillir la parole de non-professionnels pour en faire un spectacle. Dans cette bande dessinée, il a voulu partager cette expérience et tenter de transmettre aux lecteurs la singularité de cette expression artistique méconnue. De montrer comment elle transfigure l’espace quotidien en le mettant en valeur, comment elle bouscule des vies en les plaçant un court instant sous les projecteurs. […] Il conclut par : Le théâtre de rue porte notre regard sur des fleurs de pavé si familières qu’on en avait oublié la beauté. Peut-être aussi que le lecteur a apprécié Les petits métiers méconnus (2024) dans lequel le même scénariste réenchante le quotidien de manière poétique, et qu’il lui accorde une totale confiance. Très vite, il apparaît que l’apparente banalité du quotidien tranquille voire atone de Mouais n’obère en rien une narration visuelle variée. Dès la deuxième planche, le lecteur découvre un dessin en pleine page, une vue du dessus en oblique de la petite ville déjà endormie en ce tout début de soirée. L’artiste en réalise quatre autres, dont deux avec des cases en incrustations : une très belle vue du dessus sur le quai d’une gare alors que François se dirige vers Fanny, le même François assis effondré le dos contre une des portes de son pavillon, la fin d’une scène dans le cimetière communal et François avec son bonnet se montrant plein d’entrain ou au moins sûr de sa résolution. Dans cette dernière, Nicoby a représenté le personnage quatre fois dans la même image pour montrer son mouvement, une technique narrative demandant un certain doigté pour qu’elle fonctionne. S’il y est sensible, le lecteur peut ainsi relever d’autres techniques totalement fondues dans la narration jusqu’à en être invisibles : une séquence de trois pages silencieuses dehors en pleine nuit finissant sous l’abri des pompes d’une station-service, un dispositif théâtral alors que François conduit une minipelle comme s’il se trouvait sur une scène dépourvue de décor, le passage en cases panoramiques de la largeur de la page alors que les amis sont accoudés au comptoir, un fac-similé de zoom sur une photographie dont la définition se dégrade au fur et à mesure de son grossissement, le leitmotiv visuel de François s’engouffrant dans une ruelle pour s’éloigner d’un bus, et bien sûr la direction d’acteurs très différente entre celle de François et celle de Fanny par exemple, exprimant avec sensibilité leur personnalité réciproque. Le lecteur peut également percevoir une mise en abîme, elle aussi organique et transparente, de la narration brouillant la frontière entre le réel et le théâtre. La scène de la minipelle, les personnages en train de parler face au lecteur, l’inspection des costumes laissés à l’abandon dans ce qui fut une salle de représentation, etc. Le scénariste a conçu plusieurs scènes tirant partie de cette possibilité. Par exemple, François Sauvage utilise ladite minipelle dans un entrepôt pour démanteler l’usine dans laquelle il a travaillé pendant vingt ans. Le lecteur le voit ramasser et déplacer des portes, son collègue en profite pour jouer avec l’une d’elles qu’il a redressée, derrière laquelle il se met, puis qu’il ouvre : une mise en scène montrant que passer une porte est devenu vide de sens puisqu’il s’agit toujours du même espace. À quoi peut bien servir une porte qui ouvre sur le vide ? Dans un registre différent, le lecteur assiste à la répétition générale d’un groupe de six femmes toutes habillées de noir, dénonçant les viols commis par un contremaître, à la fois une séquence montrant comment se prépare une scène qui sera jouée dans la rue, à la fois une pratique totalement théâtrale de six personnes déclamant un texte dans une zone sans décor, fonctionnant à la perfection, le lecteur sentant son cœur se serrer en comprenant l’étendue des horreurs commises. Il y a aussi cette pluie d’oiseaux morts, à la fois littérale, à la fois constituant une métaphore sur la mort symbolique de la vie spirituelle des Mouaisiens. Rapidement, le lecteur se prend au jeu : il comprend qu’il se trouve investi émotionnellement dans la réussite du projet de Michel, repris par François Sauvage. Il se rend vite compte qu’il n’y aura pas d’amourette ou de romance entre lui et Fanny (même si elle le voit nu dans des circonstances saugrenues), ce n’est pas ce genre de récit. Il sourit en découvrant les premières histoires glanées dans la maison de retraite, auprès de vieilles dames dignes, tout en ayant vécu. Il sent son cœur se serrer à l’évocation de la vie en cage d’une femme au foyer. Il s’indigne et s’emporte contre ce contremaître abusant de son pouvoir pour commettre des crimes ignobles. Et le voilà totalement pris dans cette petite commune perdue dans le ventre mou de la France profonde où rien ne se passe. Ce qui se produit insensiblement l’implique émotionnellement : mener à bien un projet de nature participative, découvrir des histoires de vies entre voisins et visages familiers, éprouver un mal-être indicible à se confronter à des émotions enfouies qui reviennent à la surface. Certes, il est possible de le voir comme laisser la vie à nouveau animer ces êtres humains et un effet du théâtre ; il est également possible de le voir comme des interactions plus vraies entre des êtres humains qui se côtoient de manière fonctionnelle, familiers les uns aux autres sans jamais se connaître, sans faire l’expérience du partage d’émotions. Comme le constate François : Ça ne va pas en fait, se tenir à l’écart ne suffit pas. Le lecteur se rend compte que la ville de Mouais peut aussi s’appréhender comme étant la métaphore de la façon dont François projette son apathie sur son environnement, réagissant automatiquement à tout par un Mouais tiède lui évitant toute forme d’implication. Il faut oser : proposer au lecteur de côtoyer un individu mou et apathique dans une ville où il ne se passe rien, pour un projet à l’ambition dépourvu de tout spectaculaire. Mais bon, il est quand même sympathique, et son projet part d’une bonne intention. Puis le charme de la narration visuelle opère grâce à sa sensibilité et le savoir-faire remarquable de l’artisan qu’est le dessinateur. Finalement, les émotions des personnages refont surface, brisant l’inertie du refoulement, montrant que chaque individu possède sa propre histoire, sa propre identité, ses failles et ses traumatismes, le plaçant dans une communauté humaine prête à a bienveillance. Formidable.

22/07/2026 (modifier)
Par Vaudou
Note: 5/5
Couverture de la série Chroniques Barbares
Chroniques Barbares

Chef d'oeuvre. Mitton fait certes preuve d'une grande liberté narrative devant les faits historiques mais il sait raconter une histoire. Le premier album qui illustre le sac de Rouen de 841 divisera à coup sûr. On oscille entre provocation gratuite et brutalité graphique. Mitton maintient une tension continue jusqu'à la dernière page. Un véritable tour de force au niveau du découpage. C'est une interprétation au premier degré du mot barbare. J'ai adoré la proposition et le parti pris personnellement. Le deuxième album relate le traité de Saint-Clair-sur-Epte de 911 et le tome 3 met en images l'arrivée des vikings au Groenland en 985. Le personnage de Bartholomé, hanté par la culpabilité, est bien plus intéressant qu'il n'y paraît de prime abord. Tome 1 : ***** Tome 2 et 3 : **** Une grande saga misanthrope, entre terreur et décadence de l'être humain.

18/07/2026 (modifier)
Par Miguelof
Note: 5/5
Couverture de la série Dracula (Bess)
Dracula (Bess)

C'est un album d'une beauté terrifiante, effrayante, hantée ! Je connaissais la carrière de Bess comme dessinateur dans plusieurs séries, mais je ne voyais pas cette phase arriver. J'ai lu le livre de Stoker il y a de nombreuses années, j'ai écrit un petit article à son sujet pour le journal des étudiants à l'université. J'adore le film de Coppola, que j'ai chez moi en DVD, mais je trouve que le travail de Bess dépasse tout ce que je pensais voir un jour en BD. C'est tout simplement somptueux ! Je le recommande vivement.

15/07/2026 (modifier)