Les derniers avis (7311 avis)

Par grogro
Note: 5/5
Couverture de la série La Terre verte
La Terre verte

De manière assez inédite, c'est la tranche de cette énÔrme BD (donc en grand partie son titre) qui a attiré mon attention. Ma main l'a agrippée pour découvrir les noms (désormais illustres) de leurs auteurs. Je n'ai même pas réfléchi, je suis reparti avec sous le bras. Et bien m'en a pris puisque ce copieux menu n'était pas qu'une promesse en l'air. Le dessin de Tanquerelle est très maitrisé, ce n'est plus tellement sujet à discussion. Ici, il est à la hauteur de cette saga nordique hallucinée. Ayant lu la version en noir et blanc (celle en couleur, d'après les photos, a l'air absolument splendide, au point que j'envisage son acquisition), j'ai eu mainte fois l'occasion de le constater. D'abord sa grande lisibilité fait que jamais on ne confond les personnages (et il y en a un bon paquet) malgré leur aspect hirsute. Leurs expressions ne prêtent jamais à confusion. Tout le lexique graphique émotionnel là encore est immédiatement appréhendé. Tanquerelle représente en outre tous les détails nécessaires, ceux qui agrémentent et offrent le petit plus afin de mettre dans l'ambiance. En outre, il sait se montrer plus stylisé dans la représentation des paysages, plus généralement des fonds de scène, ce qui ne surcharge pas les cases. Le lecteur est concentré sur ce qu'il y a à voir et n'est jamais perdu. Bon, c'est vrai que l'histoire se déroulant au Groenland, constitué exclusivement de montagnes et surtout de neige, le paysage laisse une grande place à la stylisation, mais quand même ! A côté de ça, les scènes obscures, entendez dans l'obscurité, font la part belle à l'esquisse remarquable de notre illustrateur. Tout ça est très très chouette. On sent une quantité de travail derrière tout ça que la qualité ne trahit nullement. L'autre gros morceau, c'est bien entendu le scénario. Il suffit de voir trôner le pavé dans l'étagère d'une librairie pour s'en convaincre : La Terre Verte promet d'embarquer son lecteur vers des sommets d'aventure. Pari tenu ! Le lecteur en prend une dose copieuse et termine largement rassasié. J'ai adoré cette histoire sur laquelle je ne m'attarderai pas, préférant laisser le plaisir de la découverte, mais Paul le Poulpe (qui voit effectivement l'avenir) en a très bien causé. C'est dense, crédible au point qu'on se demande tout au long de la lecture s'il s'agit d'une histoire vraie. Il y a de la politique, de l'ethno, de la socio, de la psychoschtroumpf, et bien d'aitres choses encore dedans. Nourrissant que je vous dis ! Admirable ! La Terre Verte manque de peu son coup de cœur en raison de ses dialogues parfois un peu verbeux, voire baroque. En effet, s'il sont parfaitement dans le ton de l'époque représentée, il arrive qu'ils insistent sur tel ou tel aspect d'une situation, au risque d'alourdir un peu le reste et d'encombrer la case. Oui, quelques petites lourdeurs de ce côté. Mais je pinaille. Cette BD figurera dans mon top 20 de l'année, c'est évident !

22/03/2025 (MAJ le 22/03/2025) (modifier)
Couverture de la série Ma famille imaginaire
Ma famille imaginaire

Une bd poignante, drôle, émouvante, précise, à la fois personnelle et universelle. On y parle des femmes, de la famille, d'enfance, d'amitié, de traumatisme, de violence, de se construire et de se reconstruire, et de beaucoup de choses abyssales, avec clarté. Je ne veux pas trop en dire, ni (trop) jouer le rôle absurde de critique acerbe, mais j'ai adoré cette bd. C'est précieux. Merci Édith Chambon.

21/03/2025 (modifier)
Couverture de la série Dans un rayon de soleil
Dans un rayon de soleil

J'avais beaucoup aimé Sur la route de West de la même autrice et j'ai donc décidé de m'essayer à ses autres créations, en commençant par cet album. Bon, je vais rentrer dans le vif du sujet : j'ai adoré ! Tellement de choses à dire, si peu de mots pour les décrire. Je rejoins ce que dit Gruizzli : comment bien résumer cette histoire sans perdre les personnes ne connaissant pas ou n'ayant jamais lu de récit de ce genre ? Bon, on va essayer quand-même ! C'est un space opera, mêlant ici science fiction et fantaisie. C'est de la science fiction délirante : on joue à des sports qui nous paraissent étranges, la population humanoïde semble être peuplée uniquement par des personnes AFAB, les recoins de l'univers ont des noms cocasses, les vaisseaux ont des formes de cétacés, les planètes sont étranges et magnifiques, ... L'histoire est une quête personnelle, la quête presque insensée d'une personne entrainant et déclenchant une remise en question et une évolution dans la vie de tous-tes les autres membres de son équipage. L'histoire parle de sentiments, d'amour, de regrets, de conséquences, d'aller de l'avant. Toute cette esthétique spatiale est parfaite pour appuyer le sentiment de perdition des personnages. Iels sont perdu-e-s, errent, fuient en avant, mais se cherchent aussi et cherchent à changer leur vie, à être heureux-ses. L'histoire est sincèrement touchante. Le récit est construit sur plusieurs temporalités, on revient souvent sur des évènements passés dans des sortes de flashbacks afin de mieux comprendre comment tel-le ou tel-le personne est arrivé-e là où iel est. La mise en scène joue habilement avec ces moments, ne nous révélant bien évidemment certaines informations passées qu'au moment le plus efficace, le plus marquant, et jouant même à quelques petits moments sur des superpositions temporelles. C'est prenant, rythmé et fluide de bout en bout. Je ne peux que vous conseiller la lecture (ne vous laissez pas décourager par la taille de l'album). Personnellement, j'ai eu un énorme coup de cœur, et je m'en veux sincèrement de ne pas oser vous en raconter davantage, mais je pense que l'album gagne à être découvert à l'aveugle. Une histoire touchante, un dessin et un jeu des couleurs magnifiques, quelques larmes versées, la recette pour un bon coup de cœur. Seul bémol à mes yeux : l'œuvre contient un personnage non-binaire (personnage très sympathique d'ailleurs), mais la traduction française n'arrête pas d'employer le pronom "iel" entre guillemets. Alors, quand il s'agit d'appuyer ou de citer ce mot je peux comprendre, mais à chaque utilisation j'ai vraiment trouvé ça bizarre. En fait, pour une (excellente) scène où un personnage tient un très beau discours sur le respect d'autrui et la nécessité de respecter ce qui est important à autrui et non pas qu'à nous-même, c'est quand-même con que le personnage emploi plusieurs fois le mot "iel" entre guillemets, ostracisant par là-même Ellie qu'elle essayait pourtant de défendre. Un pronom c'est juste fait pour remplacer un nom, donc là ça reviendrait à ne prononcer le nom que d'une seule personne entre guillemets, ce qui à l'oral se traduirait par un insistance sur ledit nom. Avouez que ça donnerait l'impression d'ostraciser voire de ridiculiser le nom de la personne, non ? Bon, c'est toujours mieux que les nombreuses VF sur lesquelles je suis tombée et où les pronoms neutres et les personnages non-binaires étaient tout bonnement effacés du scénario. On progresse petit à petit, je suppose... L'album m'a tellement touché que je passe outre le défaut de la VF pour ma note. Cinq étoiles, je n'ai pas honte de les lui donner, il les vaut.

18/03/2025 (modifier)
Par Titanick
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Hérétiques ! - Les merveilleux (et périlleux) débuts de la philosophie moderne
Hérétiques ! - Les merveilleux (et périlleux) débuts de la philosophie moderne

Le meilleur cours de philo que j’aie jamais eu ! Une histoire de la philosophie occidentale « moderne » qui s’est développée aux XVII et XVIIIe siècle en Europe. (le scénariste est un historien spécialiste de Spinoza) De qui parlons-nous ? De Galilée à Voltaire, en passant par Descartes, Newton, Spinoza, Leibniz et quelques autres. Ils (et elles) expérimentent, s’appuient sur leurs découvertes et celles de leurs prédécesseurs, dialoguent, discutent, confrontent leur vision du monde, progressent, s’affranchissent des représentations antiques... Et évidemment, remettent en cause les dogmes, ce qui aura le don d’irriter le clergé. C’est qu’ils sont contrariants ces scientifiques qui empêchent l’église de dogmatiser tranquille et de bien tenir les ouailles dans l’ignorance et la crédulité si commodes pour elle et pour les puissants. Cette rétrospective de leurs avancées scientifiques et métaphysiques est vraiment bien présentée. Les enjeux sont posés et les « disputes » permettent d’exposer les théories et les arguments. Franchement, même si je connaissais la plupart (quelques théories et théorèmes hérités de ma scolarité, et que j’ai quand même lu quelques unes des oeuvres évoquées), l’ouvrage est plus qu’utile pour avoir une vision d’ensemble de l’époque. Sujet passionnant. Traité de façon simple, didactique, carrément amusante même, un tour de force. Et servi par un dessin simple, voire naïf, avec de drôles de nez, mais agréable et qui permet de bien saisir qui est qui. Ceux qui en douteraient (suivez mon regard !) feraient bien de se souvenir que la recherche scientifique et l’esprit critique doivent être cultivés. Hérétique ? Un compliment. Et un coup de coeur pour l'ouvrage, bien entendu.

16/03/2025 (modifier)
Couverture de la série Coeur de pierre
Coeur de pierre

Alors ça, c'est beau. Tout le long de l'album, j'ai eu un retour en enfance, je me suis revue à cette époque où je dévorais des courts métrages fantastiques aux dessins parfois assez similaires à ceux-ci sur les chaînes câblées. Ce texte bien trouvé, ce dessin qu'on croirait fait sur papier noir faisant ressortir les couleurs vives par contraste, ces personnages allégoriques qui parlent et qui touchent à tout âge, ... Je n'arrive pas à mettre le doigt sur un terme pour désigner ce genre de récit depuis toutes ces années, mais c'est à ça qu'il me font penser : des courts métrages alliant habillement une douce noirceur et une beauté presque onirique. L'histoire, ici, est celle d'un garçon né avec un cœur de pierre, incapable d'aimer, d'une fille née avec un cœur d'artichaut, aimant vite et intensément, et d'un autre garçon quant-à-lui né avec un cœur en or. C'est une histoire sur les émotions, les sentiments, l'amour (romantique comme propre), sur la complexité et la grande variété des attachements humains. L'histoire est tout public, touchant à tout âge par l'universalité de son propos, mais brillant davantage chez les cœurs enfantins. Le texte est marquant lui aussi, tout en alexandrins et en rimes. Les mots et les images qu'ils évoquent sont beaux, c'est un texte très satisfaisant à lire, surtout à voix haute je trouve. Du bon, du très bon. Honnêtement, j'irais même jusqu'à dire que l'album frôle le cinq étoiles (je ne déplore qu'un ou deux mots qui auraient pu être mieux choisis). Rooh, vous savez quoi, il le mérite quand-même ! Un coup de cœur, évidemment.

15/03/2025 (modifier)
Par C.GUEGAN
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série La Bibliothèque des Vampires
La Bibliothèque des Vampires

Je trouve ce livre très captivant et vraiment marrant car les deux filles sont meilleures amies depuis la première minute qu’ elles passent dans cette école de magie. La BD est 100% originale (de mon point de vue), c'est un livre parfait pour les 10/13 ans et je le recommande fortement(car j’ai 12 ans et c'est ma bande dessinée préférée). Bonne lecture !!! ?

11/03/2025 (modifier)
Couverture de la série The Kong Crew
The Kong Crew

J'ai toujours beaucoup apprécié le travail d'Éric Herenguel. Sa dernière création ne déroge pas à la règle. Et c'est tant mieux. Avec son imagination fertile et débridée, l'auteur comme à son habitude se fait d'abord plaisir en racontant une histoire plaisante, enlevée, et totalement invraisemblable. Plaisir de création complètement partagé pour le lecteur avec des planches à l'encrage magnifique et de haute volée. Les différentes vues de Manhattan, la faune diverse et variée, les scènes d'action, d'aviation et de cadrage sont parfaitement maitrisées dans des décors qui ne cèdent en rien à la facilité. Un vrai régal ! On en redemande... Tout le plaisir également de retrouver un artiste qui mélange avec un très grand savoir faire des univers totalement opposés et joue à fond la carte de tout ce que peuvent permettre les codes de la BD. Ici on retrouve tous les ingrédients qui font la réussite de cette série. Au sortir de la seconde Guerre Mondiale, on y croise dans l'ordre ou dans le désordre et de façon improbable, des dinosaures avec des avions militaires dans un New York revisité style jungle urbanisée, un King Kong, un teckel trop choupi, de belles et dangereuses Amazones, un bel héros aviateur de l'US Air Force, des militaires pas toujours futés, des jolies filles style Pin-up et leur faire valoir, un journaliste, un scientifique allumé, des bolides de toutes sortes... Dans cet univers invraisemblable où la survie semble être la règle, on retrouve des personnages livrés à eux-même ou l'ambition, la jalousie, le brutal et parfois la naïveté se côtoient parfaitement et rendent à ce milieu un côté humain et attachant. Bref ! Un beau et savant mélange de création "no limit " totalement assumé comme on aimerait en lire plus souvent. Pour achever de satisfaire les plus exigeants les Éditions Ankama pour les versions dos toilés et les Éditions Caurette pour la version Intégral noir & blanc ont fait du super boulot. Si comme moi, vous aimez la création délirante, les teckels et l'univers débridé que propose cet auteur, n'hésitez pas à vous plonger dans l'aventure The Kong Crew. Vous passerez un agréable moment.

09/03/2025 (modifier)
Couverture de la série Idéal
Idéal

Idéal est une bande dessinée profonde et complexe qui explore les thèmes de l’amour, de l’identité, du temps et de l’IA. L’histoire suit Hélène, une pianiste dont la vie change radicalement après un accident qui l’empêche de jouer correctement du piano. Dans un effort désespéré de raviver son couple, Hélène introduit clandestinement une androïde à son image plus jeune, ce qui bouleverse la dynamique de sa relation avec son mari Edo. Le récit est loin d’être simple, il soulève des questions profondes sur l’illusion du passé, la quête de l’idéal et la manière dont nous nous accrochons à nos souvenirs. Le dessin, inspiré des estampes japonaises, accentue l’ambiance mélancolique et poétique de l’histoire. Chaque page est un vrai plaisir visuel, avec une atmosphère qui complète parfaitement le ton introspectif du scénario. Idéal est une œuvre complexe et subtile, qui mérite une lecture attentive et qui pousse à la réflexion sur la nature de l’amour et du changement. Un coup de cœur, à mon sens, méritant un 5/5.

09/03/2025 (modifier)
Par Présence
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Cache-cache bâton
Cache-cache bâton

L’espérance est un risque à courir. – Bernanos - Ce tome contient une histoire, de nature biographique, complète et indépendante de toute autre. Son édition originale date de 2022. Il a été réalisé par Emmanuel Lepage pour le scénario, les dessins et les couleurs. Il comprend trois cents pages de bande dessinée. Il y a des dizaines d’années de cela, un groupe d’une demi-douzaine d’enfants joue à cache-cache bâton à la nuit tombée. Quatre d’entre eux sont assis et ils regardent intensément, les deux autres étant tout aussi intensément impliqués dans le jeu. En parallèle, Jean-Paul Lepage échange avec son fils, en lui indiquant que ce projet de bande dessinée lui donne des sueurs froides, que raconter c’est figer. Emmanuel lui répond que cet homme qu’il va raconter, ce n’est plus son père, et puis ce sera l’interprétation de l’artiste. Il continue : on change, Jean-Paul n’est plus l’homme qu’il était il y a cinquante ans. On se défait de ses vies, comme des mues. Comme ceux qui ont partagé l’aventure d’alors. On a le droit de s’accorder de nouvelles chances. C’est une histoire ancienne, et lui Emmanuel a besoin de comprendre. Juin 2015, Emmanuel arrive au lieu-dit Gille Pesset. Il entend la voix de son père en son for intérieur : c’est Jean qui avait planté ces bouts de poutre dans le sol, moins pour signifier la limite de propriété que pour inciter les voitures à ralentir. Mais pour Jean-Paul, c’est comme franchir la porte du Paradis. Quarante-cinq ans après, évidemment, tout est devenu plus petit. Emmanuel pousse la porte de la maison commune, et il entre et salue les personnes présentes : Marie-France, Yves, et les autres. La discussion porte sur les habitats partagés : réduire son train de vie, faire des choses avec d’autres, avoir des projets collectifs, ne pas vieillir bêtement dans son coin, etc. Emmanuel est toujours troublé par les gens qui imaginent de vivre autrement, les gens qui inventent d’autres façons d’être ensemble. Et il voudrait comprendre aussi pourquoi ça le touche autant. Place de la République, avril 2016, nuit debout. Emmanuel aime les gens qui tentent, quitte parfois à trébucher. Il aime les gens qui rêvent de tout remettre à plat. Ceux qui se disent : Et si… Notre-Dame-des-Landes. Chaque fois, de Nuit debout à Notre-Dame-des-Landes, dans le chaos des idées qui fusent, dans les mots qui se cherchent, dans l’émotion à fleur de peau, dans l’espoir ou les déceptions… Un frisson monte en lui, comme une nostalgie… Lepage père reprend la parole : Six familles ont imaginé ce lieu, Gille Pesset. Il ne reste aujourd’hui plus que trois des fondateurs. Sa famille était l’une d’elle. Rennes, janvier 2019, le père et le fils marchent ensemble dans la rue, Jean-Paul Lepage évoque son enfance : C’est ici qu’il a vécu, boulevard de la Liberté. Son père était vaguemestre. Il distribuait le courrier d’une caserne à l’autre. Rennes était alors une grosse ville de garnison. Sa mère faisait office de concierge et de femme de chambre. Pour sa peine, ils étaient logés dans un deux pièces, une de chaque côté d’un couloir. Le texte de la quatrième de couverture synthétise bien la démarche de l’auteur : De cinq à neuf ans j’ai grandi dans une communauté en Bretagne, j’ai toujours su que j’en ferai un livre. Le lecteur s’attend plus ou moins à un récit chronologique de cette période la vie d’Emmanuel Lepage, entrecoupé de digressions pour expliquer tel ou tel aspect de cette forme d’habitat partagé. La bande dessinée s’ouvre avec une partie de cache-cache bâton dépourvue de toute explications quant aux règles du jeu, avec l’explicitation de la motivation de l’auteur, c’est-à-dire sa fascination pour les individus qui souhaitent changer l’ordre établi. Le lecteur découvre les règles dudit jeu en page 163 : Emmanuel Lepage les énonce, avec une mise en situation. Il indique également qu’un de ses amis lui a fait observer que choisir le nom de ce jeu spécifique à leur petit groupe d’enfants se heurterait à l’incompréhension des lecteurs. Le lecteur apprécie cette première séquence, racontée avec des images de type réaliste et descriptif, quelques contours encrés, des larges portions rendues en couleur direct, un degré de simplification imputable pour partie à la nuit tombante. Dans la séquence suivante, il constate que le bédéiste continue de jouer sur le degré de précision de dessins, que les traits de contour peuvent devenir prépondérants, que les personnages parlent beaucoup tout en continuant à vaquer à leur occupations banales et ordinaires. Enfin, le récit suit une construction découlant des souvenirs des uns et des autres, au fur et à mesure que l’auteur les interroge et recueille leur témoignage. Il s’agit indubitablement d’un récit de nature autobiographique, et aussi biographique touchant à la vie de différentes personnes, à commencer par celle des parents d’Emmanuel, pour dessiner les chemins de vie ayant amené une douzaine de personnes à créer une communauté, celle de Gille Pesset. Le lecteur se laisse donc porter par la narration de l’auteur, lui accordant sa confiance pour savoir où il va, pour que chaque nouvelle partie s’intègre avec les précédentes pour former un tout cohérent. Lepage lui-même indique en cours de route que certains faits se sont peut-être déroulés dans un ordre différent, que la mémoire peut être trompeuse. Il montre que le ressenti des uns peut être différent de celui des autres pour un même événement, en l’occurrence lorsque cette communauté indique à l’un des couples qu’elle ne souhaite pas l’accompagner dans l’adoption d’une fratrie de quatre enfants vietnamiens. La raison de cette forme kaléidoscopique apparaît progressivement, sa justification se trouvant dans l’effet qu’elle produit lorsque la communauté se constitue, que les uns et les autres interagissent. Un groupe de personnes est constitué de plusieurs individualités, chacune avec leur parcours de vie préalable, chacune avec leurs aspirations et leurs attentes. Le lecteur peut à certains moments se demander si c’est bien la peine de raconter telle ou telle chose : par exemple de passer autant de temps sur la jeunesse de de Jean-Paul Lepage, d’évoquer longuement l’état de l’Église à cette époque ainsi que Vatican II, de s’attarder sur la présence d’un chien amené par un couple, ou les problèmes de vue d’Emmanuel. Il accepte bien volontiers que l’auteur raconte son histoire à sa manière, il se rend compte les différentes pièces s’assemblent parfaitement, s’enrichissent de l’interaction avec les autres, se répondent entre elles, apportent un éclairage particulier, des saveurs qui se complètent. Plus que les pièces d’un miroir brisé (tels les fragments de la vérité détenu par chaque personne), c’est le constat et l’affirmation que chacun a vécu une expérience qui est propre au sein de la communauté, s’y est enrichi personnellement de manière différente aux autres, en résonnance avec son passé, son milieu socioprofessionnel, ses origines. En fonction de sa propre vie, de son âge, de ses centres d’intérêt, l’expérience du lecteur s’avère également fort différente. Il peut avoir déjà entendu parler de ces expériences de création d’une communauté, ou il peut avoir vécu au moment de Vatican II en ayant été croyant, ou au contraire être ignorant de la Foi catholique, ou encore très sceptique d’une tentative de créer une société alternative en marge de la société. Et forcément très curieux de la forme qu’elle peut prendre, de la façon dont elle peut fonctionner. Dans tous les cas, il est sensible à la bienveillance et à la curiosité de l’auteur vis-à-vis de ses parents, de l’honnêteté intellectuelle avec laquelle les propos sont rapportés, avec lesquelles les amis s’expriment. La narration repose essentiellement sur les souvenirs des personnes interrogées, ainsi que sur les questions que se pose l’auteur. Tout du long, l’artiste fait œuvre de reconstitution historique, que ce soit pour la vie à Gille Pesset ou pour les grands événements de l’époque ayant un impact sur les familles. Le lecteur peut reconnaître aussi bien un modèle de tracteur que le maréchal Philippe Pétain (1856-1951), Paul VI (1897-1978), Monseigneur Lefèbvre (1905-1991) ou Georges Brassens (1921-1981). Il accompagne Emmanuel dans sa vie de tous les jours, dans le quotidien de cette vie en communauté, avec les autres enfants, les jeux, l’accueil des autres parents, la vie au grand air, etc. La narration visuelle se composent de cases rectangulaires avec bordure, sagement alignées en bande. La taille et le nombre de cases s’adaptent à la séquence, en fonction qu’elle présente de grands espaces, ou qu’elle soit de nature plus intimiste. Le lecteur prend progressivement conscience de l’approche protéiforme de la narration : il s’agit d’une histoire collective, les différents points de vue rendent compte des différentes expériences. La présentation de l’histoire personnelle de Jean-Paul et de Marie-Thérèse, les parents, raconte comment ils en viennent à souhaiter vivre d’une manière différente, sur la base de quelles convictions. Au fil des semaines et des mois, le lecteur peut faire l’expérience d’une enfance dans un tel cadre de vie, atypique, ce que cela induit sur la méthode d’éducation. Dans le même temps, il (re)découvre l’importance de Vatican II, que ce soit par les signes extérieurs (le prêtre qui face au fidèle, et plus à Dieu), par ses enjeux fondamentaux (intégrer les laïcs dans la vie de l’institution), par ses frustrations (une réforme laissée en plan au décès du pape Jean XXIII, 1881-1963). Il mesure l’importance et l’impact de la communauté de Boquen, et des actions de Bernard Besret (Emmanuel relatant son entretien avec lui), dans la continuité historique (par exemple en évoquant les différents mouvements des jeunesses catholiques (JOC pour Jeunesse Ouvrière Catholique, JAC pour Agricole, JEC pour Étudiante, JIC pour Indépendante). Le lecteur constate que le contexte social de l’époque s’avère indispensable pour comprendre les motivations du groupe de personnes fondant Gille Pesset : l’importance de l’Église, la Vie Nouvelle (une association d’éducation populaire agréée par l’État), le personnalisme (courant d'idées spiritualiste qui met l'accent sur l'importance des personnes humaines, par opposition à l’individualisme et au totalitarisme) et le courant personnaliste fondé par Emmanuel Mounier (1905-1950, philosophe catholique français), etc. En toile de fond, se dessine l’utopie d’inventer une forme de société en accord avec des principes humanistes, à la fois dans ce qu’elle a d’exaltant, de frustrant au quotidien (la nécessité d’expliciter ce que cela signifie pour chaque personne de la communauté), et de démesuré (prendre en compte toutes les dimensions d’une société, des tâches de construction et d’entretien, à l’éducation, à l’épineuse question du partage des richesses, aussi bien en termes de revenus que de compétences). Le lecteur comprend petit à petit l’image récurrente des arbres, de magnifiques illustrations en pleine page, à la fois comme une enfance passée dans des espaces naturels, à la fois comme un être vivant avec des racines profondément enfouies et un développement vers le haut, comme l’existence de cette communauté. Un titre peu explicite évoquant un jeu d’enfance, une couverture qui n’en dit pas beaucoup plus. Une narration visuelle personnelle à la fois très classique dans sa forme de cases rectangulaires alignées en bande, à la fois très libre dans sa gestion du niveau de détail, de l’approche réaliste ou plus évocatrice, de l’usage discret d’une métaphore visuelle. Un récit qui semble partir de loin, avec l’enfance des parents de l’auteur, de plusieurs endroits à la fois avec les souvenirs des différents membres de la communauté, de s’appesantir sur des éléments historiques très particulier (en l’occurrence le deuxième concile œcuménique du Vatican, 1962-1965). Au fil de l’eau, le lecteur voit comment chaque partie contribue à présenter l’expérience de vie en communauté dans sa globalité, une approche autant holistique, que personnelle, de la part d’un être humain revenant sur ses souvenirs d’enfance, voulant découvrir comment ses parents ont été les acteurs d’une démarche aussi singulière. Un partage généreux, chaleureux, formidable.

08/03/2025 (modifier)
Couverture de la série Calvin et Hobbes
Calvin et Hobbes

Tiens, je n'ai toujours pas avisé cette série ! Réparons cet affront ! "Calvin et Hobbes", c'est l'une de mes séries du cœur, l'une de celle que j'avais découverte étant encore enfant (bon, grande enfant pour le coup) et qui non seulement m'avaient donné une vraie claque mais avait surtout réussi à me marquer pour la vie. C'est simple, fut un temps, mon rituel quand je tombais malade était d'envoyer mon père me chercher les Calvin et Hobbes à la bibliothèque pour les relire. C'est vraiment pour moi une BD du réconfort. Pour celleux ne connaissant pas la série, il s'agit de strips humoristiques mettant en scène Calvin, enfant extrêmement turbulant ayant tendance à vivre dans son monde. Son acolyte est Hobbes, son tigre en peluche qui prend vie dès lors qu'ils sont seuls et avec qui il fait de grandes réflexions et de petites piques sur la vie. Calvin et Hobbes, c'est l'histoire du sale gamin par excellence, attachant dans son imagination enfantine et ses réflexions poussées, contrebalancé par son ami imaginaire plus terre à terre jouant plus ou moins le rôle de la "voix de la raison". Bon, voilà, le fond est profond et touchant dans son humanité, mais quid de l'humour ? Cela reste une série humoristique, après tout ! Il est drôle. Cela reste subjectif, mais pour quiconque aime l'humour de répartie, les répliques pince-sans-rire et le sarcasme, "Calvin et Hobbes" reste une référence du genre, encore parfaitement lisible et appréciable par des enfants aujourd'hui. Et toujours bon à l'âge adulte, d'ailleurs ! J'en profite pour féliciter l'intégrité artistique de Bill Watterson qui a su arrêter sa série phare quand il a senti que l'inspiration lui manquait et qui a tenu à s'assurer que la reprise mercantile de ses personnages soient plus compliquée. Cela reste suffisamment rare pour mériter un applaudissement.

06/03/2025 (modifier)