J'avais beaucoup entendu parler de cette bande dessinée, mais sans savoir pourquoi, j'ai longtemps traîné avant de finalement m'y atteler... Grand bien m'en a pris, car je crois qu'on touche du doigt un chef-d'œuvre !
C'est évidemment un coup de cœur graphique. Le dessin de Luigi Critone est d'une justesse impressionnante, ni trop réaliste, ni trop vague. Il nous offre une réinterprétation du réel qui nous fait voir un monde connu comme si c'était la première fois qu'on le contemplait. On est vraiment face à un maître du genre. Il convient toutefois de rendre hommage également à Francesco Daniele et Claudia Palescandolo, car leur somptueuse mise en couleur met parfaitement en valeur le dessin de Critone qui n'aurait peut-être pas paru aussi vivant sans cela.
Mais Aldobrando ne serait que peu de choses s'il se résumait à ses exceptionnelles qualités graphiques. Ce qui rend ce récit aussi puissant, ce n'est pas seulement son identité visuelle, aussi forte soit-elle. C'est aussi le talent impressionnant de scénariste de Gipi. Non seulement le scénario est parfaitement écrit, mais surtout, il s'appuie sur des dialogues d'une subtilité prodigieuse et d'une infinie poésie. Chaque échange entre deux personnages est une petite perle de sagesse, qui touche d'autant plus notre cœur et notre âme, qu'elle s'insère merveilleusement dans le récit et que, jamais elle ne prend la forme d'une quelconque propagande moralisatrice.
Alors oui, bien sûr, il y a des méchants, dans Aldobrando, et des vrais. Et pourtant, même ces méchants ont une âme. Le roi est la traditionnelle figure d'un dirigeant déconnecté du peuple sur lequel il exerce un pouvoir abusif. Mais au détour de quelques phrases bien pesées, Gipi nous donne à voir l'être humain qui se cache derrière ces bourrelets adipeux. Cela ne fait pas de lui un "gentil" déguisé, mais permet d'humaniser un homme mauvais, dont on peine à savoir s'il est vraiment mauvais par conviction ou si son mépris est le fruit de la souffrance.
Il en est de même pour un Inquisiteur qui semble bien retors, dans son ambigu double-jeu. Mais lui aussi accomplira des actions dont on ne sait si elles reflètent une noblesse d'âme ou simplement l'accomplissement de complots trop bien ficelés.
De l'autre côté, chez les "gentils", tout n'est pas blanc non plus. Gipi nous donne à contempler un bon nombre de parcours magnifiques, notamment autour de ce couple de légende composé d'une ancienne esclave royale et d'un berger devenu un effrayant assassin aux yeux de tous. Ils s'aiment, mais leur amour va-t-il les pousser à ignorer la souffrance des autres ? Question à l'origine d'un des plus beaux dialogues de cette bande dessinée qui n'en manque pas.
Car en effet, on n'a pas parlé d'Aldobrando lui-même, qui donne son nom au récit. Son duo forcé avec le falot Gennaro est une merveilleuse idée scénaristique, qui permet de mieux mettre en exergue l'innocence de l'un et la bassesse de l'autre. Là encore, Gipi donne à ses personnages une trajectoire incroyable, qui touche au plus profond de l'âme. Il parvient à nous faire voir le monde entier à travers les yeux d'Aldobrando, capable de constater par lui-même la corruption de la société, et d'y chercher des solutions.
C'est ce qu'il y a de plus beau, dans cette bande dessinée, dans ce cadeau signé Gipi. L'idée même qui sous-tend les grandes mythologies, les grandes tragédies, les grands récits. Car comme chez Homère, Racine ou Tolkien, ce sont les créatures les plus petites et les plus faibles, qui font avancer le monde vers la lumière. Loin du regard méprisant des puissants, loin des humeurs changeantes d'une foule volage, loin des critères de beauté et d'acceptation qui structurent la société dans laquelle on vit, ce sont les humbles qui transmettent le Beau et le Vrai.
Et la preuve que Gipi et Critone ont atteint leur but, c'est que quand on referme à regret cette histoire incroyable, on se rend compte qu'Aldobrando nous a changé, nous aussi. Parce que déjà, au fond de nous, on sent poindre cette envie d'être un peu moins mauvais que d'habitude, et d'essayer de répandre autour de nous cette petite idée si simple à accomplir, et pourtant si compliquée à atteindre, ce petit quelque chose qui est gratuit et qui rapporte beaucoup : faire le Bien.
Une œuvre d'art, tout simplement. Le dessin est sublime, les personnages sont sublime, Supergirl est sublime. Certaines planches sont magnifiques, comme si des gouttes de peinture avaient été projetées harmonieusement. Bravo à Bilquis Evely. J'avais déjà remarqué son style très poétique dans quelques images de Sandman - The Dreaming. J'adore.
Le découpage des cases et la mise en page sont encore une fois très réussi. J'ai été agréablement surpris par cette lecture de comics de super-héros, moi qui crains souvent une mise en page et des combats trop chaotiques...
Les personnages, même les méchants, ont tous un petit charme et une douceur dans le visage. Le récit raconté par la jeune fille m'a complètement envoûté, elle m'a fait sourire à plusieurs reprises avec son langage très soutenu.
Après avoir adoré Strange adventures de Tom King, je n'ai pas attendu longtemps pour enchaîner sur un autre de ses succès actuels. Deux fois 5 étoiles, je ne peux tout simplement pas mettre moins comparé à mes autres notes de 4 étoiles. Peut-être aurais-je mis 4,5, mais je ne peux que trancher à 5 pour bien marquer la différence de qualité. Autant sur l'originalité de l'histoire, la narration, que le style du dessin et de la colorisation, tout est parfait à mon sens.
Petit à petit, je sors de ma zone de confort en ne lisant plus uniquement des comics de super-héros sombres ou déjantés, et je suis agréablement surpris par d'autres héros plus ordinaires. À suivre, mais en tout cas, cela m'a donné envie de lire d'autres histoires sur Supergirl.
Ce manga est une masterclass à lire et relire.
Au fil du temps, notre compréhension de la politique et des technologies permettent de mieux appréhender l'univers d'Appleseed.
J'ai lu ce manga en 1995 et j'ai été impressionné par les détails, les mechas et les combats (pour l'époque).
Aujourd'hui, on voit des technologies qui pourraient être tirées de l'œuvre, de l'intrigue politique, du saccage environnementale plausible et du terrorisme mêlant complot et vengeance typique de nos civilisations.
Au premier abord ce manga paraît complexe à aborder et parfois on se detache des personnages. Cependant, une romance inutile et longue nous est épargnée afin de faire place à la compétence SWAT de Dunan et de l'apport soutien sans faille de Briareos.
Deux protagonistes qui cherchent la paix à travers Olympus, une ville qui semble l'apporter. Avant de s'apercevoir que sous ce ciel bleu, leur ancienne condition était parfois plus simple et plus claire.
Connaître, c'est excuser. Et si excuser n'est pas absoudre, c'est déjà résoudre.
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Ce tome contient une histoire complète indépendante de toute autre, dont la première édition date de 2022. Aurélien Ducoudray en a écrit le scénario, Nicolas Dumontheuil a réalisé les dessins et les couleurs. L'ouvrage comporte soixante-dix-huit pages de bande dessinée.
Pendant la Renaissance, le Marquis se rend chez son ami le comte François de Dardille, en carrosse. Prologue : un moine sur son âne arrive en ville. Il passe devant les femmes au lavoir, en train de s'affairer sur la lessive de leur linge. Il descend de son âne, et soulève sa bure pour constater que son kiki est au repos. Il sonne à une porte et attend qu'on lui réponde, alors que la maîtresse de céans est occupée avec un gentilhomme le sabre au clair, et qu'un ménestrel chante au Clair de la Lune, en faisant ressortir le double sens des paroles. Finalement, la femme finit par ouvrir la porte et le moine peut donner libre cours à sa libido. le carrosse du Marquis passe devant une église, et son passager demande au cocher comment ce dernier a trouvé le comte. Il répond qu'il ne saurait dire, car la continuité de compagnie ne favorise pas le discernement des différences. Tout ce qu'il sait, c'est qu'un courrier reçu semaine passée a fait appeler le Marquis semaine séante. le passager arrête là la conversation et reprend sa place sur la banquette à l'intérieur de l'habitacle. Il se demande depuis quand les cochers parlent comme Molière. Va-t-il manier alexandrin en étrillant son bourrin ? Décidément ce siècle des Lumières les dispense vraiment sans discernement. À quoi bon donner talent à fonction qui n'en a pas usage ? Bientôt ils arrivent à destination et le Marquis descend du carrosse, puis monte les marches jusqu'au perron. Il est fort surpris que les deux laquais présents n'annoncent pas au propriétaire que son visiteur attendu est arrivé.
Le Marquis rentre dans la grande demeure et il va trouver par lui-même le comte François de Dardille dans son bureau. Son ami le remercie d'être venu et lui tend un acte notarié copieux, en lui indiquant quel paragraphe lire à quelle page. le marquis se rend donc page huit, paragraphe quatre et lit : susnommé et en présence convenue sous l'égide du juge de Dieu monseigneur Soutiran convoque son mari François de Dardille à l'épreuve du Congrès. Tout en lisant, il a suivi le comte qui est entré dans son atelier. Il se met à couler un soldat de plomb tout indiquant au Marquis de poursuivre sa lecture avec le paragraphe six de la page treize. le Marquis s'exécute : En cas d'insuccès, la comtesse votre épouse sera gratifiée de la moitié des terres, propriétés ainsi qu'une rente donnée à vie. Il s'interrompt saisissant bien la portée de ce qu'il vient de lire et indiquant à haute voix la nature de l'épreuve : le congrès, c'est bien cette épreuve sous l’œil de Dieu où l'on doit prouver son adresse à contenter bibliquement sa bien-aimée ? le comte répond qu'il n'est point d'adresse à s'ériger, il n'est que volonté, or lui n'en a plus. Il reste mou.
Si un doute plane dans son esprit, le lecteur peut consulter une encyclopédie et avoir la confirmation que la pratique du congrès a bel et bien existé pendant une centaine d'années, que le Parlement de Paris l'a supprimée le 18 février 1677. le scénariste s'amuse donc à raconter comment un ami s'ingénie à revigorer l'ardeur d'un comte qui doit prouver sa virilité en public avec sa charmante épouse, au risque d'être dépossédé de la moitié de sa fortune en cas d'échec, en faveur de son épouse qui acquerrait ainsi un divorce. Dès la première page, le lecteur constate que les dessins présentent une forte personnalité. En effet l'artiste a décidé de proscrire sciemment la ligne droite, même pour les constructions humaines. Ainsi, les ailes du moulin à vent apparaissent de guingois, les essieux du carrosse sont fléchis, les pics de la fourche sont incurvés, les bâtiments de la ville en arrière-plan présentent également des contours légèrement courbés. Cela apporte un petit air de croquis réalisé à main levée, sans avoir bénéficié d'un encrage bien régulier pour une apparence finie et soignée. Cette page d'ouverture comporte également trois médaillons, chacun avec le visage d'un des principaux protagonistes, le comte, le Marquis, la comtesse. La caricature est de mise pour leur apporter un petit air comique, avec un nez trop long, ou une perruque improbable, ou encore des yeux trop grands. le lettrage lui-même présente des irrégularités. L'ensemble semble comme animé d'un petit air dansant qui ne fait pas très sérieux. Pourtant cette page comporte de nombreux détails, à l'opposé d'une illustration exécutée à la va-vite.
Viennent ensuite les deux pages consacrées aux frasques du moine, dessinées dans le même registre avec des caractéristiques exagérées pour un effet comique. Pour autant le niveau de détails reste très élevé. En fonction de son envie, le lecteur peut passer rapidement sur chaque case, si l'histoire l'intéresse plus que son aspect visuel. Ou il peut prend son temps de déguster la saveur de la tonalité de la narration. Il commence par remarquer que l'arrière-plan est représenté dans chaque case, et pas juste par deux ou trois traits. le dessinateur a investi le temps nécessaire pour délimiter chaque pavé de la voie empruntée par l'âne et son cavalier, chaque pale de la roue du moulin à aube, chaque tuile du toit protégeant le lavoir, chaque lame du plancher de la chambre où le moine donne libre cours à sa libido, chaque torsade des montants du lit à baldaquin. Ce parti pris de la narration visuelle se retrouve à chaque, à chaque case. Nicolas Dumontheuil en donne pour son argent au lecteur et même plus. Page 7, le carrosse pénètre dans le parc du château du comte François de Dardille et le lecteur peut admirer la façade du château, sa dépendance, la grille de la propriété en fer forgé, le mur d'enceinte en pierre, le jardin à la française avec les arbustes soigneusement taillés. Tout du long de l'album, il laisse son regard se promener pour profiter des différents environnements en extérieur ou en intérieur, du bureau du comte à une maison close haut de gamme, des rues de Paris à une escapade nocturne dans les bois. La richesse de la narration visuelle peut surprendre du fait des traits un peu lâches qui laissaient supposer une volonté de laisser l'entrain l'emporter sur la rigueur. En fait l'artiste sait marier ces deux caractéristiques sans en sacrifier aucune des deux, sans qu'elles ne s'annulent ou ne se contrecarrent.
Cette capacité peu commune de réussir des dessins alliant haut niveau de détails descriptifs et exagération amusante se retrouve avec la même élégance dans la représentation des personnages. L'artiste allonge un peu les nez et les rend plus pointus, les mentons souvent en galoche, exagère la finesse des chevilles et des mollets, agrandit les yeux écarquillés, de temps à autre accentue les expressions de visage. Dans le même temps, il prend grand soin de représenter les tenues vestimentaires en cohérence avec l'époque, en les variant en fonction du statut social du personnage. Il réalise des postures parlantes, sans que les mouvements soient grotesques. le lecteur éprouve tout de suite de la sympathie pour François de Dardille, sa petite taille, son air gentil et un peu peiné par la situation dans laquelle il se retrouve, pour le Marquis avec son assurance et sa réelle sympathie et sa sollicitude pour son ami, les bonnes manières de de la comtesse Amélie de Figule. Il apprécie que la narration visuelle ne se pare pas d'hypocrisie, que la nudité soit représentée de manière franche, que ce soit celle des hommes ou des femmes, même un sexe masculin en érection. Pour autant le lecteur ne doit pas s'attendre à un ouvrage érotique ou pornographique. La question des capacités sexuelles du comte est au cœur de l'intrigue, et son ami fait tout pour l'aider à retrouver le désir et sa fonction érectile, sans que les images ne versent dans la prouesse pornographique.
Le lecteur ressent vite les effets de cette narration visuelle enlevée et qui ne se prend pas au sérieux, lui amenant un sourire sur les lèvres tout du long du récit, en même temps qu'un réel contentement du fait de la consistance détaillée de chaque élément représenté. le fil directeur de l'histoire s'avère simple : le Marquis aide son ami par tous les moyens à retrouver sa dureté, tout en l'accompagnant lors des préparations, telle que l'examen de ses appareils génitaux par un médecin et un chirurgien et en lui montrant que son épouse la comtesse est examinée elle aussi. Tout cela culmine lors du congrès proprement dit, dans des conditions très publiques, avec un déroulement baignant dans la bonne humeur présente depuis le début, avec un rebondissement pour le moins cavalier. Arrivé au dénouement, le lecteur se rend compte que le scénariste lui a mis la solution sous le nez à plusieurs reprises de manière évidente et apparente. Au fil des séquences, il lui aura montré un individu noble très attachant, l'inventivité de mise dans une maison close pour varier les plaisirs des clients, une courte séquence avec des perversions fort surprenantes (comme l'agalmatophilie, ou la narratophilie), et donc les préparatifs de la cérémonie du Congrès. À l'évidence, l'union du comte François de Dardille et la comtesse Amélie de Figule ne relève pas du mariage d'amour, mais pour autant ce dernier n'est pas forcément impossible. L'acte charnel est montré comme existant tout autant à cette période qu'à l'époque contemporaine, même si les conditions sociales lui font prendre des circonstances différentes. Éprouvant une grande sympathie pour les personnages et amusé par la narration, le lecteur ne boude pas son plaisir. Avec un peu de recul, il se dit que l'évocation du Congrès rappelle de façon fort primesautière que les relations sexuelles, sous forme de tensions ou consommées, jouent un rôle central dans les relations entre hommes et femmes, et dans le fonctionnement de la société. le Marquis évoque à deux reprises les nouveautés apportées par les progrès philosophique, littéraire et culturel du siècle des Lumières, ce qui contraste avec le caractère pérenne de l'acte sexuel, à la fois basique, et à la fois complexe au point que le comte n'en soit plus capable.
La couverture promet un conte coquin, avec un titre un peu sibyllin. le plaisir de lecture est immédiat avec des dessins qui semblent ne pas se prendre au sérieux, pleins d'entrain, et très solides et généreux dans les détails. De la même manière, l'histoire se déroule de manière linéaire, placé sous le signe de la bonne humeur, sans pour autant tomber dans la farce, pour un divertissement fort bien écrit, tout en rimes. En même temps, la page d'ouverture annonce une tragédie comédie en quatre actes et elle ne ment pas. Le titre est développé dans une réplique : Et réfléchissez bien, car si l'on tolère l'impudence des chiens, on est moins clément avec celle des humains. Le comte a une conscience aigüe de la réalité de son métier précédent : un soldat ne sert qu'à tuer. Et le congrès se déroule en public car La foule est le baromètre de la loi ; Une sentence comme un acquittement se gagne souvent à force d'applaudissements.
Évoluer ou périr
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Ce tome contient une histoire touffue, à la fois redémarrage, prologue et saison complète. Il comprend deux miniséries complètes House of X et Power of X, chacune de 6 épisodes, initialement parus en 2019, tous les numéros étant écrits par Jonathan Hickman. La minisérie House of X a été dessinée et encrée par Pepe Larraz, et mise en couleurs par Marte Gracia (avec l'aide de David Curiel pour l'épisode 6). La minisérie Power of X a été dessinée et encrée par R.B. Silva, avec l'aide de Larraz pour les dessins de l'épisode 6 et d'Adriano di Benedetto pour l'encrage des épisodes 1 & 2. Sa mise en couleurs a également été réalisée par Marte Gracia avec l'aide de David Curiel pour l'épisode 6. Ce tome contient les couvertures originales, ainsi que 88 couvertures variantes, à raison de 4 par pages.
Dans une grotte végétale, un individu en combinaison noire moulante avec un casque intégral marqué d'un grand X regarde des individus sortir de cocons végétaux. Il y a 5 mois, Colossus cueille des fleurs sur Krakoa. Il y a 4 mois Storm quitte l'école de Westchester. Il y a 3 mois Nightcrawler plante une fleur dans la zone bleue de la Lune. Il y a 2 mois, Armor se recueille sur Mars devant un parterre de fleurs. Il y a un mois Beast observe un arbre en Terre Sauvage. Au temps présent, à Jérusalem, la façade d'un immeuble est recouverte de plantes. Six ambassadeurs d'autant de pays différents y entrent et sont accueillis dans l'Habitat, une extension de Krakoa, aménagée par les Stepford Cucckoos. Ils sont accueillis par Esme et Sophie, ainsi que par Magneto qui indique qu'il représente Charles Xavier, indisponible pour le moment, en tant qu'ambassadeur. La double page suivante présente les médicaments issus des fleurs de Krakoa par le biais de brefs paragraphes : 3 pour les humains (les médicaments L, I et M) et trois pour les mutants. Dans l'habitat Greymalkin à Westchester dans l'état de New York, Marvel Girl fait faire le tour du propriétaire à de jeunes mutants. Quelque part à Krakoa, Douglas Ramsey effectue des réglages dans la salle de contrôle, avec Sage. À la suite de leur visite, les enfants et les adolescents arrivent dans une clairière où se trouvent Wolverine et Charles Xavier.
Un petit vaisseau spatial s'arrime à une station en orbite autour du soleil. La docteure Gregor pénètre dans la station, accompagnée de deux autres personnes. Elle prend la décision d'ouvrir son casque : l'atmosphère est tout à fait respirable, juste un peu fraîche. Elle décide de poursuivre son exploration avec Karima. En continuant leur tour de la base, elles évoquent le temps pour que la Forge soit opérationnelle, ainsi que les protocoles Orchis. Ces derniers ont été mis en œuvre quand les modèles de projection de développement de population ont abouti à une prévision stable des objectifs de Charles Xavier. Vue de l'extérieur, la Forge a la forme d'un anneau, avec en son centre une tête robotique géante. Les deux pages suivantes explicitent la nature des protocoles Orchis, ainsi que la composition de cette organisation, constituée à 31? personnel de l'AIM, 24% du SHIELD, 16? STRIKE, 8? SWORD, 7% d'Alpha Flight, 5? HAMMER, 5% d'ARMOR, et 4% d'Hydra. Pendant ce temps-là, Mystique, Sabretooth et Toad effectuent un casse dans un entrepôt de stockage de Damage Control pour récupérer quelque chose. Ils sont interceptés à la sortie par les Fantastic Four.
Lorsqu'il commence cette histoire, le lecteur sait qu'il s'agit d'une forme de redémarrage pour les X-Men, un projet éditorial d'envergure. S'il ne connaît pas les X-Men, il est vite largué par le nombre de personnages (plusieurs dizaines), et par les références non explicites à des événements passés. Sinon, il se lance dans une aventure dont il n'a pas idée de l'ampleur. Jonathan Hickman a pensé ses deux miniséries comme formant un tout : l'histoire a été publiée sous la forme de deux miniséries pour répartir la tâche de dessiner entre deux artistes afin d'assurer un rythme de parution régulier et soutenu. Dans le cadre de ce recueil, la distinction entre House of X et Power of X n'est pas marquée, les couvertures se trouvant reléguées à la fin. Il s'agit donc d'un récit qui se lit d'un seul tenant. le lecteur observe que le scénariste a choisi d'utiliser des paragraphes de texte sur des pages sans dessin pour pouvoir intégrer toutes les notions et tous les concepts qu'il met en œuvre. Ainsi le lecteur découvre comment les fleurs de Krakoa sont utilisées pour fabriquer des médicaments, comment une organisation composite a vu le jour pour gérer l'augmentation inéluctable de la population de mutants, ce qu'est un mutant de niveau Oméga et qui ils sont, le déroulement du programme génétique de Mister Sinister sur plusieurs générations, le déroulement de 10 vies en parallèle d'une mutante, les différents types de sociétés composées d'intelligence artificielle, les différentes générations de Sentinelles, etc. Très vite, le récit dépasse la simple histoire de quelques mutants emblématiques pour devenir l'histoire d'un peuple, mais aussi un croisement de lignes temporelles, et un récit de science-fiction manipulant des concepts bien construits trouvant leurs racines dans la riche histoire des mutants Marvel.
Jonathan Hickman emmène son lecteur dans une intrigue dense, regorgeant de personnages emblématiques des séries X-Men et de mythologie interne, pour un récit de science-fiction foisonnant, entremêlant différents fils narratifs et différentes lignes temporelles parallèles. Il le fait avec un art consommé du suspense, de la recomposition chronologique, sans jamais perdre son lecteur, avec des enjeux se découvrant progressivement, des stratégies à long terme, et même à très long terme pour certaines, et des modifications majeures pour les mutants, à commencer par la création d'une nation avec un territoire bien à elle, un langage basé sur un autre alphabet, une politique extérieure ferme sans être agressive, et des lois intérieures en cours d'élaboration. Il ne sacrifie en rien les conventions des récits de superhéros : le lecteur a le droit à des utilisations spectaculaires de superpouvoirs pyrotechniques, à des combats dantesques exprimant des conflits idéologiques ou moraux.
Le lecteur prend très vite conscience que Jonathan Hickman mène la barque et que la mission dévolue aux deux artistes est de donner à voir ce qu'il a imaginé, plus que de participer à l'élaboration de l'intrigue. D'un côté, il est possible de les voir comme de simples exécutants ; de l'autre côté leur tâche est imposante. Au départ, le lecteur observe que les traits de contour de Pepe Larraz sont plus méticuleux que ceux de R.B. Silva, et que le premier représente plus de choses dans ses cases que le second. Mais bien vite, il oublie cette distinction qui s'amenuise un peu au fur et à mesure que la pression des délais augmente, mais encore plus parce qu'il n'y a aucune solution de continuité entre les deux dessinateurs : la coordination visuelle est impeccable. En outre, Marte Gracia renforce l'unité visuelle entre les deux artistes, en réalisant l'intégralité de la mise en couleurs, avec une palette riche, utilisant les capacités de l'infographie pour rehausser les reliefs, intégrer des effets spéciaux, réaliser des camaïeux sophistiqués, amplifier la pyrotechnie. de temps à autre, le lecteur perçoit que l'un ou l'autre des artistes se retrouvent avec une page de dialogue et qu'il fait un effort plus ou moins conséquent pour concevoir une prise de vue montrant l'environnement, les postures, ou qu'il opte pour une approche plus simple avec des têtes en train de parler avec des angles de vue plus ou moins variés.
Dès les deux pages de la mystérieuse séquence introduction, le lecteur découvre une façon de dessiner consensuelle pour les comics de superhéros : un bon niveau de détails, des dessins réalistes, une manière de simplifier les éléments sans les affadir, des plans poitrine ou plus rapprochés encore lors des dialogues. Il retrouve également la capacité impressionnante des artistes de comics à rendre les images spectaculaires et il est servi tout au long de ces 12 épisodes. À l'évidence, Jonathan Hickman téléguide la mise en page, que ce soit le découpage par pages ou parfois la forme des cases dans une planche. Il garde toujours à l'esprit que la bande dessinée est un média visuel et sait composer des images mémorables et des séquences choc. le lecteur a les yeux écarquillés pour ne rien perdre de la découverte de l'habitat à Jérusalem, tout aussi curieux que les ambassadeurs. Par la suite, il se repaît du spectacle visuel : l'apparition hiératique de Magneto, l'aspect paradisiaque du milieu naturel de Krakoa, la révélation de la forme de la station Orchis avec le soleil en arrière-plan, l'assurance retrouvée de Cyclops, le charme inquiétant de Moira, la froideur indéchiffrable de Nimrod, l'interrogatoire menée par Destiny (Irene Adler) tranquillement assise sur une chaise au milieu des flammes, etc. Il ne s'agit pas tant de surprises visuelles ébouriffantes, que de la capacité de R.B. Silva et Pepe Larraz de parvenir à tenir le rythme des concepts, des personnages, des environnements qui déboulent sans temps mort dans le scénario.
Au cœur du récit se trouve le concept de mutant, la modification qui apporte le renouveau. Un personnage résume la situation par Évoluer ou périr. Bien sûr, il s'agit du thème présent dès le premier épisode paru en 1963, avec en trame de fond le thème de la différence et de l'intégration. Jonathan Hickman n'hésite pas à faire un clin d'oeil à la notion de communauté différente en mal de nation en plaçant un habitat à Jérusalem, un personnage faisant explicitement référence au symbole que cela constitue. Cette mise en parallèle ne va pas plus loin. D'un autre côté, le scénariste reprend de nombreux éléments précédemment créés et développés dans la série, à commencer par les principaux mutants, et par Krakoa. Il pioche aussi bien dans les apports de Chris Claremont, que dans ceux de Scott Lobdell et Fabian Nicieza, et même quelques-uns dans ceux de Brian Michael Bendis (le retour très inattendu de Fabio Medina, appelé Goldballs). Conformément aux exigences éditoriales, le scénariste met à profit la continuité du titre. le lecteur a également conscience que son histoire doit servir de base aux développements de plusieurs années à venir, doit redéfinir le statu quo des mutants pour devenir le terreau de nouvelles histoires. Il est forcément inquiet de savoir si le récit tiendra la route pour lui-même, et non pas comme un prologue artificiel, uniquement satisfaisant en tant que point de départ, ou en tant qu'outil prétexte pour les séries mensuelles à venir.
Lassé de la régurgitation des sempiternels même intrigues, le lecteur attend du changement et de la nouveauté. Il ne s'attend pas forcément à l'utilisation d'autant d'éléments du passé, ni à une telle profusion d'idées, et il est possible qu'il soit rebuté par le nouveau statu quo. Force lui est de reconnaître que Jonathan Hickman ne fait pas les choses à moitié et qu'il est vraiment investi dans son récit, bien au-delà d'un simple travail de commande, ou d'un simple effet choc pour donner l'impression de secouer le cocotier. le scénariste développe le thème de l'évolution et des mutations, en partant de la mutation d'une société de chasseurs & cueilleurs à une société agraire, en passant par l'invention d'un alphabet de toute pièce, pour aller jusqu'au questionnement de la nature de l'évolution quand une espèce n'est plus liée à un environnement spécifique. Même s'il est toujours possible de regretter que Hickman préfère un récit reposant sur l'intrigue plutôt que sur les personnages, il n'empêche que cette intrigue entremêle de nombreux fils narratifs qui mènent jusqu'à leur terme logique des notions plus ou moins bien gérées par le passé. Il suffit de considérer comment il repositionne Nimrod comme sentinelle ultime, ou comment il rétablit une distinction claire entre les objectifs d'Apcalypse et ceux de Mister Sinister, et il réinsuffle un sens aux agissements de ce dernier. Au final, ce récit constitue une saison d'une richesse étourdissante, suffisante pour elle-même, avec une évolution (une mutation ?) du positionnement des mutants, vers quelque chose de différent, rarement vu à cette échelle, et plus plausible dans les années 2020, 60 ans après le début de la série.
Sans aucun doute, ce récit s'avère une réussite, à la fois en termes d'intrigue, de cohérence visuelle, et d'ambition éditoriale. Ce ne sont plus les X-Men des décennies passés, ils vont de l'avant, dans une histoire riche et intéressante, avec une narration au rythme maîtrisé. Jonathan Hickman met à profit des décennies de mythologie, dans un tout d'une rare cohérence, sans ressasser ce qui a déjà été fait, en allant plus loin. Il reste à savoir si ce projet se développera dans des séries mensuelles aussi cohérentes (au moins celle des X-Men écrite par Hickman), ou si la machine va s'emballer hors de contrôle, l'éditeur ne pouvant résister à la tentation de produire tant et plus de séries du moment que ça se vend. En tout état de cause ce récit se suffit à lui-même, constituant une saison extraordinaire, d'autant plus savoureuse que le lecteur est familier des grandes heures de la série.
La fin ne justifie pas les moyens.
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Ce tome contient une histoire complète qui peut se lire avec une connaissance superficielle de Silver Surfer. Il comprend les 5 épisodes de la minisérie, initialement parus en 2019, écrits par Donny Cates, dessinés et encrés par Tradd Moore, et mis en couleurs par Dave Stewart. Il comprend les couvertures originales de Moore, ainsi que de nombreuses couvertures variantes réalisées par Mike Zeck, Nick Bradshaw, Gerald Parel, Mike Deodato, Marcos Martin, Giuseppe Camuncoli, Bengal, Alex Garner, Peach Momoko, David Nakayama, Cian Tormey (*2), Ron Lim (*5).
Silver Surfer est en train de voguer dans l'espace sur sa planche, la silhouette de Galactus derrière lui, et il se présente : Norrin Radd dernier survivant de Zenn-La, une noble lumière dans des ténèbres sans fin, le défenseur des faibles, un ami, un allié, un amoureux, un sauveur, mais aussi le héraut de Galactus, la mort, le témoin de la mort des peuples de planètes entières (Masikron, Elynore-143; Draven-Barr), et tant d'autres. Au temps présent, Silver Surfer se bat aux côtés d'une vingtaine de superhéros à la recherche du corps de Thanos, tombés dans un piège tendu par le Black Order, la garde rapprochée de Thanos. Il parvient à les sauver à créer un phénomène cosmique qui leur permet de regagner l'espace normal, mais lui reste prisonnier de l'anomalie créée par le Black Order. Il se retrouve aspiré dans les ténèbres avec la sensation de tomber sans s'arrêter, pendant des années. Lentement son corps guérit. Au loin, il aperçoit des étoiles : il les voit naître, briller, se déchaîner, et finalement s'éteindre morte. À un moment, il aperçoit la source, quelque chose qui tue dans les ténèbres. Il ne peut pas le permettre. Il fait apparaître sa planche et entame le trajet vers cette abomination.
Silver Surfer finit par chuter vers le sol de cette planète. Il se retrouve devant un immense portail, devant lequel se tiennent 3 gardes de très haute taille, l'un armé d'une lance, l'autre d'une épée et le troisième de deux marteaux. Ils refusent de lui laisser l'accès à la pièce qu'ils gardent. le combat s'engage. Silver Surfer se rend vite compte que ces guerriers ne se battent pas qu'avec leurs armes, mais que la planète elle-même devient une arme pour eux. Ils parviennent à sectionner sa planche en deux. À son tour, il se sert de sa planche comme d'une arme pour sectionner, pour frapper, réussissant à placer le chevalier à l'épée entre les deux marteaux de l'autre chevalier. Mais le chevalier à l'épée repart de plus belle et frappe Silver Surfer en plein ventre, le clouant au sol de la planète qui commence à l'avaler, à l'entraîner dans les ténèbres.
Cette histoire constitue un projet qui sort de l'ordinaire de la production Marvel à bien des égards. Pour commencer, ce recueil est publié dans un format un peu plus grand que celui d'une bande dessinée franco-belge, et donc beaucoup plus grand que le format comics. Ensuite, il met en scène Silver Surfer avec un flux de pensée intérieur, évoquant rapidement l'approche de Stan Lee & John Buscema dans la série de 1968 : un individu en proie à des questionnements philosophiques, confronté à des manifestations du mal, de la violence, de la souffrance, de la cruauté. C'est une approche du personnage et de la narration assez difficile à rendre viable dans un comics de superhéros basé sur les affrontements physiques, un médium limité dans sa capacité à approfondir des sujets philosophiques, sans provoquer un rejet progressif du lecteur du fait d'une narration trop ouvertement égocentrée. Or le ressenti est très différent. Donny Cates commence par un rappel de la nature du personnage, pas tant de ses origines (la scène d'arrivée de Galactus sur Zenn-La n'est pas reprise, ni celle de la transformation de Norrin Radd en Silver Surfer), mais bien de sa fonction en tant qu'héraut : trouver des planètes pour servir de nourriture à Galactus, et être le témoin passif de l'annihilation de leurs populations si elles sont habitées. Ensuite il connecte cette histoire avec la continuité du moment de l'univers partagé Marvel, en particulier avec les événements de la série Gardiens de la Galaxie qu'il écrit dont il est également le scénariste. Cates entame son récit avec une démarche à l'opposé de celle d'un auteur qui ferait une histoire complète indépendante de la continuité pour attester qu'elle s'élève au-dessus de la production industrielle.
Par contre, dès la première page, le lecteur se rend compte que cette histoire sort du lot du point de vue graphique. Il reconnait peut-être le nom de Dave Stewart : un coloriste ayant fait progresser les standards du métier tout au long des années 2000, et capable d'adapter son approche chromatique à l'artiste qui a réalisé les dessins. C'est également le cas pour ce projet. Sur les pages 2 & 3, le lecteur est comme hypnotisé par e travail sur les nuances de rouge orangé évoquant les destructions et les morts causées par Galactus dans le passé, avec un discret reflet orangé sur la tête de Silver Surfer, sa peau ayant un fort pouvoir réfléchissant. En découvrant les dessins fluides et denses des pages 4 & 5, le lecteur mesure l'apport de Dave Stewart pour améliorer la lisibilité, en faisant ressortir chaque élément, ainsi que son utilisation maîtrisée de la myriade d'effets spéciaux rendus possibles par l'infographie, en particulier sur les maillons des chaînes incandescentes du Rider. du grand art. La couverture montre que Tradd Moore aime bien les traits encrés à l'intérieur du pourtour des surfaces pour donner une sensation de texture, mais aussi de mouvement mis en évidence par la lumière. Cela se trouve confirmé dès la première page (un dessin en pleine page de Silver Surfer avec le buste de Galactus en arrière-plan), puis à chaque page suivante.
Tradd Moore dessine en représentant de manière concrète les personnages et les environnements de chaque planète, mais également en mettant en avant le mouvement, les jeux de lumières et en incorporant des éléments expressionnistes pour transcrire des sensations allant de l'état d'esprit d'un personnage à l'effet psychédélique d'une situation, de phénomènes spatiaux. Dès les pages 2 & 3, il joue avec l'anatomie de Silver Surfer, la déformant un peu ne respectant pas exactement les proportions pour mieux rendre compte de la vitesse, de son aérodynamisme, de la façon dont il fait corps avec sa planche, et des déformations occasionnées par les anomalies de l'espace, par les ténèbres maléfiques qui le rongent, par la rage qui l'anime par moment. Il ne s'agit pas simplement d'un truc visuel répété de séquence en séquence : Tradd Moore conçoit chaque déformation en fonction de la séquence en fonction des forces qui agissent sur le corps de Norrin Radd. le lecteur peut trouver que l'artiste va trop loin quand Silver Surfer se transforme en dauphin de l'espace ou en loup, mais en fait les dessins sont passés dans le domaine de l'allégorie, montrant la manière dont Radd se figure que ses intentions et son état d'esprit sont perçus par son opposant. Cela donne lieu à des planches de toute beauté, où les bordures de cases peuvent disparaître, les formes s'interpénétrer, les couleurs devenir de plus en plus psychédéliques, les dessins glisser vers le surréalisme et l'art abstrait.
Le lecteur se retrouve vite emporté par les émotions générées par la narration visuelle inventive, fluide, entremêlant description et ressenti avec une rare intelligence, et une réelle conviction. S'il feuillette rapidement la bande dessinée, il peut avoir l'impression que l'artiste se fait plaisir pour en mettre plein la vue, mais à la lecture il apparaît que chaque flamboiement pictural est au service de la narration, est conçu en fonction de l'intrigue, du moment. du coup, le lecteur peut très bien ne plus prêter aucune attention à l'histoire et se laisser porter par les effets kinesthésiques des pages, par les innombrables surprises visuelles : une surface de planète évoquant un tapis d'anémones de mer, des cases dont les formes deviennent abstraites s'il les déconnecte de celles qui précèdent et qui suivent, des formes géométriques (des trapèzes volants), des flux de matière en fusion, des yeux comme des soleils, un cerf aux bois démesurés… C'est sans fin.
Donny Cates aurait donc très bien pu se contenter de concevoir des scènes spectaculaires qu'il aurait alignées sur une trame simpliste. En fait son ambition s'avère plus élevée. Dans sa postface, il explique qu'il a souhaité s'inscrire dans la lignée de ce que Stan Lee avait fait sur la série, d'évoquer des convictions philosophiques et morales. Sans grande surprise, il fait de Silver Surfer, un être de lumière qui lutte contre les ténèbres. Il connecte entièrement la présente histoire à Knull la divinité des symbiotes qu'il a introduit dans le premier tome de sa série Venom. Au départ, le lecteur estime qu'il s'embarque dans un récit de superhéros traditionnel, bénéficiant d'une narration visuelle extraordinaire. Rapidement, le scénariste insiste à plusieurs reprises sur le fait que son héros se bat contre les ténèbres, représente le bien contre le mal, une sorte de supériorité morale qui s'oppose à une force corruptrice. À ce moment du récit, le lecteur a peut-être déjà oublié que Cates a commencé par rappeler Norrin Radd a été le témoin passif de massacres à l'échelle planétaire, ce qui diminue d'autant sa supériorité morale, voire la neutralise. Ce lourd passif revient à plusieurs reprises, et la question morale en devient plus nuancée. le thème de fond n'est pas la rédemption même si cette notion est présente. Il réside plutôt dans les actions à mettre en œuvre pour lutter contre les ténèbres. Peut-être que le lecteur tiquera à la mise en scène de la question du sacrifice personnel, la flamboyance des dessins de Tradd Moore montrant la question sous un jour trop manichéen. Cela n'empêche pas Donny Cates de mener son questionnement à son terme, sur la responsabilité individuelle des moyens employés qui ne peuvent pas toujours être justifiés par la fin.
Dès la couverture et les dimensions de cette bande dessinée, le lecteur sait qu'il s'apprête à s'immerger dans un récit qui sort des productions industrielles basiques des comics. Il est tout de suite impressionné par le bouillonnement de la narration visuelle, très riche, et très maîtrisé. Il sait qu'il va se montrer moins exigeant sur l'histoire au vu du voyage visuel. Il a la bonne surprise de découvrir un scénariste qui ne prend pas les comics de superhéros de haut : au contraire il fait plusieurs références à la continuité de l'univers partagé Marvel, et à l'historique du personnage, sans que cela n'en devienne incompréhensible, ou le seul intérêt du récit. Il fait honneur aux récits de Stan Lee pour la série de 1968 avec John Buscema, tout en menant le questionnement moral à sa façon.
Ce gestionnaire approximatif a imposé la communication de marque comme un vecteur de croissance.
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Cet ouvrage paru en 2015 apparaît classé dans les bandes dessinées : en fait il s'agit de textes, chacun consacrés à un capitaliste différent, accompagnés d'un ou deux gags en bande dessinée, avec une répartition d'environ 80% texte, 20?. Il a été réalisé par Benoist Simmat, journaliste économique et essayiste, et par Vincent Caut bédéiste. Ils passent en revue trente-neuf capitalistes remarquables, répartis en trois grands chapitres : la première révolution industrielle (XIXe siècle avec onze capitalistes), la deuxième (XXe siècle, avec quatorze capitalistes), la troisième (XXIe siècle, avec quatorze capitalistes). Chaque chapitre s'ouvre avec une introduction : le temps des pépères fondateurs pour le XIXe siècle, les contremaîtres du monde pour le XXe, les winners de l'e-économie pour le XXIe. L'ouvrage débute avec une introduction de quatre pages : les grands capitalistes naquirent ici… Il se termine avec une conclusion de deux pages, un glossaire de six pages, un index de deux pages, et une page de remerciements.
Les grands capitalistes naquirent ici… dans les années 1770, il existait à Birmingham, grande cité fourmillante du centre du Royaume Uni de Grande Bretagne, un club de gentlemen pour le moins extraordinaires. Cette organisation réunissait parmi les plus brillants intellectuels de l'époque et se faisait appeler Lunar Society, le club de la Lune. Une dénomination choisie par ses membres parce qu'ils avaient l'habitude de se rencontrer les nuits de pleine lune afin de retrouver plus facilement leur chemin de retour dans l'obscurité. Parmi eux : James Watt, Erasmus Darwin, Adam Smith, Benjamin Franklin, Joseph Black, John Wilkinson, John Roebuck, etc. Et d'autres : les pionniers du capitalisme moderne.
Richard Arkwright (1732-1792) – Cet artisan touche-à-tout a imposé au forceps la première usine automatisée au monde. 100% bio : barbier de profession, on ne saura jamais si Arkwright inventa réellement l'usine, ou s'il déroba le concept à un concurrent. Mais il organisa une première production de masse basée sur la division du travail, chère au philosophe Adam Smith. Obsédé par l'expansion de son invention, il couvrit l'Angleterre et jusqu'à l'Écosse de ses satanés manufactures automatiques où 30.000 employés trimaient pour la gloire du roi. Un lettré voyageur trouva que sir Richard Arkwright, fait chevalier par Buckingham, avait quelque peu gâché le paysage de l'Angleterre. Et sa propre santé, indubitablement : comme le raconta l'un de ses amis d'enfance ecclésiastique, Arkwright devint une caricature de patron surmené obsédé par la cadence de ses affaires et de ses comptes. le diable d'homme avait aussi inventé le dirigeant surbooké ! Cet industriel anglais est considéré comme le père de l'usine moderne. Il est resté dans les livres d'histoire (essentiellement anglo-saxons) pour avoir été le premier à organiser en un lieu donné la supériorité de la machine sur l'artisan.
Il s'agit du deuxième ouvrage de ces deux auteurs, après La ligue des économistes extraordinaires. Smith, Marx, Keynes et tous les autres en BD (2014). le titre évoque la Ligue des Gentlemen Extraordinaires, d'Alan Moore & Kevin O'Neill, juste pour l'allure, et pour ce club de la Lune. Chaque entrée est structurée de la même manière : le nom du capitaliste extraordinaire avec ses dates de naissance et de mort, un court sous-titre pour le qualifier (Par exemple : le patron de mystificateurs pour PT Barnum), deux lignes pour mettre en exergue son innovation (par exemple pour Mark Zuckerberg : Son internationale des brèves de comptoir digitales a étonnamment créé un nouveau secteur d'activité), un article en trois parties (100% bio, L'empire du pire, Son héritage narcissique, merci !). S'y trouvent également une date clé en fin d'article (par exemple pour Rupert Murdoch : 2007, rachète pour 5 milliards de dollars le Wall Street Journal), éventuellement un encadré en grisé sur une anecdote révélatrice ou surprenante, et en fonction des capitalistes, une ou plusieurs bandes dessinées, d'une page, une partie de page, ou juste un strip. Comme les exemples ci-dessus l'indiquent, la tonalité de la rédaction comporte une fibre moqueuse ou insolente. Les bandes dessinées s'inscrivent également dans un registre comique, faisant la part belle à la dérision, à partir d'une anecdote ou d'un trait de caractère réel ou supposé, ces capitalistes pouvant se montrer mesquins, capricieux, infantiles, colériques, ou bien sûr mégalomanes. Ces gags font office de respiration illustrée plaisante, sans avoir la prétention d'être révélatrices ou pénétrantes.
La première partie expose la genèse et la nature de la première révolution industrielle avec la première usine à grande échelle, le déploiement de la machine à vapeur dans différents secteurs de production, la fabrication à grande échelle de la poudre à canon, la création de la première banque d'affaires, l'essor des chemins de fer, la création des voyages organisés, la naissance de l'industrie de l'armement, les premiers grands magasins avec des prix fixes et non plus à la tête des clients, l'utilisation de l'acier et l'apparition du métier d'affairiste à une ampleur jusqu'alors inconnue. le lecteur relève une entrée qui sort de l'ordinaire, celle consacrée à Phineas Taylor Barnum (1810-1895) : ce forain surdoué fit de son nom la première marque de l'entertainment américain. Au cours de cette première partie, au travers de sa sélection, l'ouvrage fait apparaître les grandes inventions qui ont modelé l'évolution de l'organisation professionnelle, ainsi que les méthodes utilisées. Fatalement, le lecteur finit par se demander pourquoi eux. Il commence par se dire que pour tous les capitalistes que les auteurs lui présentent et qui ont réussi, il y a dû y en avoir dix fois plus qui ont échoué, voire, cent ou mille fois plus. Puis il remarque que certains étaient issus de familles aisés, et qu'ils ont su faire fructifier la fortune héritée, ce qui n'est déjà pas donné à tout le monde. Mais il reste un point commun à tous : à l'ère de l'industrialisation et du commerce généralisé, les riches s'enrichissent par le travail de la main d’œuvre abondante, rémunérée au plus bas, et sans couverture sociale, sans oublier le travail des enfants.
Le lecteur passe alors à la deuxième révolution industrielle avec les aciéries, la fabrication d'automobiles, les puits de pétrole, l'électrification, la métallurgie, les chaînes d'assemblage, l'aviation… et d'autres secteurs d'activité émergents comme les produits de beauté, la mode, les meubles à monter, le luxe et le divertissement. À nouveau, ces capitalistes ne décrochent pas de prix de morale ou de reconnaissance pour leurs employés. Un petit exemple très élégant : Gabrielle Chanel surnommée Coco. Elle tente de se réapproprier la marque de parfum N° 5, en profitant de l'exil contraint de ses anciens associés juifs, les Wertheimer, à l'aube de la seconde guerre mondiale. Arguant leur fuite aux États-Unis, elle réclame aux autorités allemandes la propriété du précieux label. Très chic ! Elle ignore que la famille Wertheimer avait anticipé les lois d'aryanisation et transmis ses parts majoritaires à un homme de paille, qui leur restituera à la propriété de l'entreprise à la Libération. Mais, bon, les affaires sont les affaires : les Wertheimer réembauchent Coco dans les années 1950 pour raviver la marque, en dictant leurs conditions quand même. Les autres chapitres valent également tous la lecture, d'Henry Ford et ses chaînes de montage à Bernard Arnault et la rentabilité insolente du luxe, en passant par le marchand de rêves Walt Disney.
L'ouvrage passe au XXIe siècle avec l'avènement de l'informatique et des produits haute technologie (IBM, Sony, Samsung), la création des jeux informatiques, la course au système d'exploitation entre Apple et Microsoft, et la toile mondiale avec Google, Facebook, Paypal, Alibaba, sans oublier la téléphonie mobile. D'anciens empires réussissent leur reconversion : d'autres semblent surgir de nulle part. des fortunes personnelles de plusieurs dizaines de milliards de dollars se bâtissent en vingt, quinze voire dix ans. Les personnalités de ces capitalistes conservent tout leur potentiel polémique. Les employés sont incités à baisser les yeux en présence du grand patron Lee Kun-hee, responsable du conglomérat géant Samsung. L'entreprise Apple parvient à faire revenir Steve Jobs après l'avoir éjecté, en achetant quatre cents millions de dollars la société NeXT et son logiciel développé par Jobs, logiciel qui ne sera jamais utilisé. le lecteur sourit devant la tournure des présentations saupoudrées de dérision et de moqueries envers ces capitalistes, mais sans jamais diminuer leur réussite, en mettant en lumière leurs innovations et en quoi le capitalisme a évolué avec leur façon de faire.
Ce n'est donc pas une bande dessinée, mais le portrait amusé de trente-neuf entrepreneurs hors du commun, en provenance des trois derniers siècles. Ces individus ont exploré de nouveaux territoires industriels et bâtit des empires financiers. Quelles que soient les convictions politiques du lecteur, les réalisations de ces capitalistes extraordinaires forcent son admiration. Les petites piques en coin bien dosées évitent le systématisme, et s'avèrent d'autant plus efficaces pour que le lecteur garde à l'esprit qu'il s'agissait d'êtres humains imparfaits, et que la réussite capitaliste ne peut prendre une dimension gigantesque que par le travail de milliers d'employés anonymes dont la rémunération n'est jamais à la hauteur des bénéfices de leur employeur. Les gags sont en phase avec ce ton dédramatisé, mais pas aveugle aux réalités économiques.
Mettre en œuvre des réformes
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Ce tome contient une histoire complète qui ne nécessite pas de connaissance préalable de Batman. Il comprend les 8 épisodes de la minisérie, initialement parus en 2018, écrits, dessinés et encrés par Sean Murphy, avec une mise en couleurs réalisée par Matt Hollingsworth. Murphy a réalisé une deuxième saison Batman: Curse of the White Knight.
La Batmobile arrive devant la grille de l'asile d'Arkham et va se garer devant la porte d'entrée. Jack Napier en sort et se rend à la cellule de Batman, accompagné par les gardes. Napier indique à Batman enchaîné, qu'il a besoin de son aide. Il y a un an, Joker est en train de fuir comme un malade, sur un hoverboard, en pleine voie, talonné par Batman dans sa Batmobile, avec Batgirl (Barbara Gordon) sur le siège passager. Joker se joue des obstacles alors que Batman donne l'impression de foncer dans le tas : sur le toit d'un immeuble, au milieu d'un chantier sans faire attention aux ouvriers. La course-poursuite se termine dans un entrepôt où Joker se retrouve acculé par Batman, essayant de se défendre avec une hache. Batman commence à frapper Joker pour le maîtriser, pendant que Joker développe un argumentaire dans lequel il prouve que les méthodes de Batman n'ont jamais rien résolu, qu'elles ne servent qu'à assouvir son besoin de contrôler les choses, et que lui, Joker, comprend mieux Gotham que lui. Excédé, Batman finit par faire avaler à Joker les comprimés contenus dans le flacon qu'il lui agite sous le nez, sous les yeux de James Gordon, Renee Montoya, Harvey Bullock, Batgirl, Nightwing et plusieurs autres témoins dont un filme la scène avec son téléphone.
Les informations à la télé sont partagées sur la séquence, entre la preuve d'un individu en maltraitant un autre sous le regard de la police qui regarde sans rien faire, et ce que l'on sait des exactions de Joker (mais qui n'a jamais été prouvé). Gordon, Montoya et Bullock regardent Joker allongé dans son lit dans l'unité de soins intensifs. Bullock est satisfait qu'enfin le public se rende compte que Batman est un vigilant qui abuse de la violence, et qui s'il avait été un policier aurait été renvoyé depuis longtemps pour faute grave. Barbara Gordon et Dick Grayson vont rendre visite à Bruce Wayne qui accepte de leur confier ce qui le mine : Alfred Pennyworth se meurt et est dans le coma. Jack Napier confie à son psychothérapeute ce qui le mine : sa fascination pour Batman qui confine à une forme d'adoration, Gordon se trouve dans le bureau du maire Hamilton Hill quand la docteure Leslie Thompson lui apporte le rapport sur Jack Napier : il est guéri et sain d'esprit et il a décidé de porter plainte contre la police de Gotham (GCPD, Gotham City Police Department), contre Batman et contre la ville de Gotham.
En 2019, l'éditeur DC Comics met officiellement un terme à sa branche Vertigo destinée à des récits pour des adultes, et se réorganise un peu avant en 3 branches de publication dont le Label Noir (Black Label) pour accueillir des récits plus sombres, adultes. C'est dans cette branche qu'est publié le présent récit. Sean Murphy a déjà réalisé plusieurs bandes dessinées avant celle-ci : entre autres Joe L aventure intérieure (2010/2011, avec Grant Morrison), Punk Rock Jesus (2012), The Wake (2013/2014, avec Scott Snyder), Tokyo Ghost (2015/2016, avec Rick Remender). En entamant le récit, le lecteur se demande comment il se situe par rapport à la continuité. Il comprend vite qu'il s'agit d'un récit hors continuité : le coma d'Alfred, la rémission de Joker, le sort de Jason Todd. L'auteur a donc les coudées franches pour raconter une histoire de Batman comme il l'entend, en réinterprétant les personnages récurrents comme il le souhaite. du coup, le lecteur se retrouve régulièrement en train de se demander si Sean Murphy s'écarte volontairement du statu quo pour mieux y revenir, ou s'il s'agit d'une prise de liberté durable, rendant ainsi le scénario beaucoup moins prévisible.
Il est possible aussi que le lecteur soit avant tout venu pour les dessins de Sean Murphy. Il retrouve ces éléments détourés avec des traits fins, voire très fins, et secs, parfois rectilignes y compris pour des contours anatomiques, et des aplats de noir copieux aux formes irrégulières mangeant de nombreuses cases. Il retrouve également l'influence des mangas, en particulier dans les traits de puissance ou de vitesse servant également à intensifier les perspectives, et dans les visages plus jeunes (en particulier celui de Barbara) avec des expressions traduisant une émotion non filtrée, souvent un enthousiasme communicatif. Par contre, l'artiste a mis la pédale douce sur les nez pointus : ces appendices ont retrouvé une forme plus conventionnelle. Dès la première page, le lecteur plonge avec délice dans une atmosphère gothique et noire : l'asile d'Arkham dans le noir de la nuit, avec sa grille en fer forgé, et ses chauves-souris. Par la suite, Sean Murphy excelle à capturer et à faire ressentir la noirceur de Gotham et de certains personnages : Batman comme une bête en cage dans sa cellule, la collection obsessionnelle de produits dérivés de Batman dans la chambre de Joker, la pose romantique de Victor Fries devant sa femme Nora cryogénisée, l'effondrement d'un pont de Gotham, l'immense canon rétro-futuriste dont va se servir Neo Joker.
Très vite, le lecteur se retrouve plongé dans Gotham à côté des protagonistes, éprouvant la sensation que son état d'esprit est influencé par les grands bâtiments effilés, par les longues perspectives, par les quartiers plus resserrés, par le riche mobilier du manoir des Wayne, par la décoration insensée de l'appartement de la première Harley Quinn, par la pénombre de la Batcave, par l'espace ouvert sur la place où Jack Napier fait un discours, par l'aménagement purement fonctionnel des bureaux de la police et du parking au sous-sol. Il côtoie, plutôt qu'il n'observe, des individus à la forte personnalité graphique : le maintien droit et strict de Jack Napier et son sourire, le maintien droit et rigide de Batman attestant de sa psychorigidité, les postures plus souples de Batgirl, le comportement très formel de James Gordon pétri de la responsabilité de sa fonction. Sans ostentation, Sean Murphy se montre un chef décorateur de talent, un costumier attentif aux détails, et un directeur d'acteurs avec une vraie vision, dramatisant un petit peu leur jeu pour rendre compte de l'ampleur des enjeux, du degré d'implication des différentes personnes. le lecteur reste également bouche bée devant de nombreuses séquences échevelées : l'improbable course-poursuite entre la Batmobile et Joker en hoverboard, la violence du combat à main nue entre Batman et Joker, les clins d'œil à Batman Mad Love de Paul Dini & Bruce Timm et à Batman the animated series, l'apparition horrifique de Clayface (Matthew Hagen) chez Mad Hatter (Jervis Tetch), la soirée en amoureux entre Jack Napier et Harley Quinzel, une autre course-poursuite cette fois-ci entre 2 modèles différents de Batmobile, etc.
Déstabilisé par la possibilité pour le scénariste de modifier les éléments canoniques comme bon lui semble, le lecteur se montre plus attentif à l'intrigue pour ne pas laisser échapper un détail, ou pour ne pas se tromper sur le sens d'une scène qu'il peut avoir l'impression d'avoir déjà vue. Sean Murphy développe la relation entre Batman et Joker, essentiellement du point de vue de Joker, sur une dynamique d'amour & haine. Suite au traitement administré de force par Batman, Joker voit sa personnalité revenir à son état antérieur, quand il était un individu très ordinaire appelé Jack Napier. Or ce dernier a conservé toute l'expérience qu'il a acquise en tant que Joker, en particulier sa familiarité avec Batman. Il décide à la fois de se réformer, et de prouver que les méthodes de Batman sont plus néfastes à Gotham que bénéfiques. Ce n'est pas la première fois qu'un auteur développe ce thème, mais là Sean Murphy le prouve par l'exemple : Jack Napier se lance en campagne, tout en initiant des actions pour résoudre les problèmes de fond de la ville, plutôt que de s'en tenir à faire disparaître temporairement les symptômes que sont les supercriminels. La longueur du récit et son déroulement en dehors de la continuité font que Sean Murphy se montre assez convaincant pour que le lecteur y croit. Il montre d'un côté Batman qui ne fait confiance à personne, ce qui sous-entend un ego surdimensionné, un individu persuadé d'avoir raison mieux que tout le monde. de l'autre côté, Jack Napier n'agit pas par altruisme ou par bonté de cœur : il a quelque chose à prouver, une forme de vengeance contre Batman en montrant que d'autres méthodes peuvent réussir durablement, et ainsi gagner sa rédemption.
Emporté par la narration visuelle, le lecteur se laisse progressivement convaincre de la nocivité de Batman pour l'organisme qu'est la ville de Gotham, et par le bienfondé des méthodes démocratiques de Jack Napier. La narration de Sean Murphy n'a pas la force de conviction de celle de Frank Miller pour Dark Knight Returns : c'est la somme de réflexions diverses qui finissent par saper les a priori du lecteur et par retourner ses convictions. C'est une façon de procéder parfois un peu fragile quand un argument reste superficiel, presque spécieux, et ne vaut que parce qu'il s'intègre bien dans la tapisserie dessinée par les autres. Cette sensation de fragilité est renforcée par les éléments incidents de l'intrigue : la maladie d'Alfred et sa lettre, la scène d'explication à la fin sur le rôle d'un des personnages, comme si l'auteur avait estimé qu'il fallait consolider l'intrigue principale avec des éléments périphériques.
Avec cette histoire, Sean Murphy réussit le pari de réaliser une histoire personnelle et originale de Batman, ce qui est déjà une grande réussite en soi. Il met en œuvre une narration visuelle acérée et consistante : Gotham s'incarne avec une personnalité inquiétante, les personnages existent et il y a de nombreuses scènes visuellement mémorables. L'auteur parvient à écrire un récit qui utilise les conventions du genre superhéros (costumes et masques, superpouvoirs des ennemis de Batman, confrontations physiques, et une touche de technologie d'anticipation pour les Batmobiles), tout en racontant une histoire adulte, où un individu met Batman à mal en utilisant les outils de la démocratie.
Incroyable, une histoire palpitante avec une mise en page parfaitement maîtrisée. Je l'ai lue il y a deux ans et j'avais trouvé ça très très bon. Pour être au plus juste dans ma note, j'ai décidé de le relire et j'en ressors tout autant fasciné.
Le contraste de dessin entre la vie réelle et les événements passés (qui viennent essentiellement du livre d'Adam si j'ai bien compris) est très bien pensé. J'ai adoré le style dans les deux cas : détaillé dans un style proche d'une photographie réelle et une ambiance particulière pour l'un, et propre, haut en couleur pour l'autre. Le découpage des cases que j'ai particulièrement apprécié. Ça change des comics que j'ai lus jusqu'ici. Rien de chaotique, chaque planche est une véritable oeuvre de mise en page. Ce découpage horizontal en 3 parties j'en suis fan, parfois en 9 cases homogènes, parfois en 1:3.... bref, chaque mise en page est superbement réalisée.
L'intrigue m'a tenu en haleine tout du long. On y suit les aventures d'Adam Strange, qui ont fait de lui ce héros des deux mondes . Avec une enquête en premier plan menée par un personnage emblématique comme Batman (pour ne pas trop en dévoiler). Il y a tout ce qu'il faut pour ne pas s'ennuyer. La force du récit réside dans l'originalité de la présentation des événements et dans sa mise en page, qui, à mon sens, joue un rôle crucial dans l'appréciation de cette lecture.
Je trouve en générale les histoires classiques de super-héros redondantes, c'est pourquoi je ne lis que celles mettant en scène des personnages déjantés ou bien sombres. Heureusement, ici, on échappe au scénar classique de super-héros pour savourer une intrigue vraiment originale.
Tous les personnages, qu'ils soient secondaires ou même tertiaires, ont un charme indéniable, que ce soit par le style visuel ou par leur caractère, impossible de rester indifférent. Franchement, je ne trouve aucun point négatif à ce comics.
Si je devais vraiment chercher un bémol, ce serait l'explication finale, qui aurait pu en dire un peu plus sur un événement majeur passé. À part ça, rien à redire. C'est un petit pavé de comics que j'ai dévoré en une soirée (lors de mes 2 lectures) et que je recommande vivement à l'achat et à la lecture !
Honnêtement, c'est sans doute le meilleur Western que j'ai jamais lu. Et Neyef a sans doute fait une oeuvre qui mérite autant lecture, relecture que contemplation.
Je ne connaissais de l'auteur que Mutafukaz - Puta Madre que j'ai beaucoup apprécié, et malgré un coup de crayon qui reste assez spécifique mais aisément reconnaissable (nez petit et pointu, décors chargés) je trouve qu'il a fait un travail colossale ici. C'est beau, dans les décors et les environnements, c'est riche, immersif ! On se croirait traverser soi-même les vallées américaines, les grandes plaines et les collines. Je ne pensais pas que ce serait aussi immersif, mais qu'est-ce que j'étais dedans ! A entendre les cris d'oiseaux et à sentir l'odeur des bois qu'on traverse.
Mais ce dessin que je loue n'est pas le seul atout, et l'histoire convient tout à fait. Déjà parce que l'auteur a décidé, pour une œuvre aussi longue, de ne pas innover : le canevas est tout ce qu'il y a de plus classique, mais efficace. On est sur du déjà vu dans les grandes lignes, mais c'est typiquement la BD qui nous rappelle que ce n'est pas la nouveauté qui importe, puisque toutes les histoires existent déjà. C'est la façon de la raconter et ce que l'histoire nous dit réellement qui compte. Ici une question d'héritage, de vengeance, de violence aveugle, dans une ambiance de fin des temps pour l'amérindien. Une vraie histoire sordide, dont les ressorts scénaristiques m'ont parfois surpris et qui se finit sur une grande tristesse, du genre qu'on ne peut consoler juste en pleurant. La fin donne des airs de tragédie et j'accepte volontiers le coup du hasard qui fait recroiser les personnages. Nous sommes dans les rouages d'une tragédie antique, où le hasard n'est que la forme prise par la fatalité pour jouer le dernier tour de la pièce. Fortune, nous sommes tous des jouets entre tes mains !
Une telle BD, c'est presque un petit miracle. Une histoire simple pour traiter de divers sujets tous aussi pertinents les uns que les autres, un dessin qui sublime la nature et les paysages pour nous entrainer dans cette longue balade vengeresse, une tragédie que n'aurais pas renié les grecs pour motif final et l'ensemble dans un ouvrage où l'édition a choisi la qualité. Sans rire, je crois bien qu'on est sur un sans-faute ou presque !
Pour ma part, je suis sous le charme comme je l'ai peu été pour des westerns. C'est l'un des genres que je lis le moins en BD, mais quelle découverte ! Incontournable des sorties 2022, à mon sens. Pour dire à quel point cette BD m'a parlé, j'ai depuis très longtemps l'idée de faire un jour une traversée des États-Unis à cheval pour profiter au mieux, pleinement, de ces grands paysages qui me font de l’œil. Cette BD m'a donnée l'impression de pouvoir vivre un peu ce rêve, mais surtout me l'a remis en mémoire alors que je n'y ai plus pensé depuis des années.
Je ne peux que vous conseiller de la lire !
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Aldobrando
J'avais beaucoup entendu parler de cette bande dessinée, mais sans savoir pourquoi, j'ai longtemps traîné avant de finalement m'y atteler... Grand bien m'en a pris, car je crois qu'on touche du doigt un chef-d'œuvre ! C'est évidemment un coup de cœur graphique. Le dessin de Luigi Critone est d'une justesse impressionnante, ni trop réaliste, ni trop vague. Il nous offre une réinterprétation du réel qui nous fait voir un monde connu comme si c'était la première fois qu'on le contemplait. On est vraiment face à un maître du genre. Il convient toutefois de rendre hommage également à Francesco Daniele et Claudia Palescandolo, car leur somptueuse mise en couleur met parfaitement en valeur le dessin de Critone qui n'aurait peut-être pas paru aussi vivant sans cela. Mais Aldobrando ne serait que peu de choses s'il se résumait à ses exceptionnelles qualités graphiques. Ce qui rend ce récit aussi puissant, ce n'est pas seulement son identité visuelle, aussi forte soit-elle. C'est aussi le talent impressionnant de scénariste de Gipi. Non seulement le scénario est parfaitement écrit, mais surtout, il s'appuie sur des dialogues d'une subtilité prodigieuse et d'une infinie poésie. Chaque échange entre deux personnages est une petite perle de sagesse, qui touche d'autant plus notre cœur et notre âme, qu'elle s'insère merveilleusement dans le récit et que, jamais elle ne prend la forme d'une quelconque propagande moralisatrice. Alors oui, bien sûr, il y a des méchants, dans Aldobrando, et des vrais. Et pourtant, même ces méchants ont une âme. Le roi est la traditionnelle figure d'un dirigeant déconnecté du peuple sur lequel il exerce un pouvoir abusif. Mais au détour de quelques phrases bien pesées, Gipi nous donne à voir l'être humain qui se cache derrière ces bourrelets adipeux. Cela ne fait pas de lui un "gentil" déguisé, mais permet d'humaniser un homme mauvais, dont on peine à savoir s'il est vraiment mauvais par conviction ou si son mépris est le fruit de la souffrance. Il en est de même pour un Inquisiteur qui semble bien retors, dans son ambigu double-jeu. Mais lui aussi accomplira des actions dont on ne sait si elles reflètent une noblesse d'âme ou simplement l'accomplissement de complots trop bien ficelés. De l'autre côté, chez les "gentils", tout n'est pas blanc non plus. Gipi nous donne à contempler un bon nombre de parcours magnifiques, notamment autour de ce couple de légende composé d'une ancienne esclave royale et d'un berger devenu un effrayant assassin aux yeux de tous. Ils s'aiment, mais leur amour va-t-il les pousser à ignorer la souffrance des autres ? Question à l'origine d'un des plus beaux dialogues de cette bande dessinée qui n'en manque pas. Car en effet, on n'a pas parlé d'Aldobrando lui-même, qui donne son nom au récit. Son duo forcé avec le falot Gennaro est une merveilleuse idée scénaristique, qui permet de mieux mettre en exergue l'innocence de l'un et la bassesse de l'autre. Là encore, Gipi donne à ses personnages une trajectoire incroyable, qui touche au plus profond de l'âme. Il parvient à nous faire voir le monde entier à travers les yeux d'Aldobrando, capable de constater par lui-même la corruption de la société, et d'y chercher des solutions. C'est ce qu'il y a de plus beau, dans cette bande dessinée, dans ce cadeau signé Gipi. L'idée même qui sous-tend les grandes mythologies, les grandes tragédies, les grands récits. Car comme chez Homère, Racine ou Tolkien, ce sont les créatures les plus petites et les plus faibles, qui font avancer le monde vers la lumière. Loin du regard méprisant des puissants, loin des humeurs changeantes d'une foule volage, loin des critères de beauté et d'acceptation qui structurent la société dans laquelle on vit, ce sont les humbles qui transmettent le Beau et le Vrai. Et la preuve que Gipi et Critone ont atteint leur but, c'est que quand on referme à regret cette histoire incroyable, on se rend compte qu'Aldobrando nous a changé, nous aussi. Parce que déjà, au fond de nous, on sent poindre cette envie d'être un peu moins mauvais que d'habitude, et d'essayer de répandre autour de nous cette petite idée si simple à accomplir, et pourtant si compliquée à atteindre, ce petit quelque chose qui est gratuit et qui rapporte beaucoup : faire le Bien.
Supergirl - Woman of Tomorrow
Une œuvre d'art, tout simplement. Le dessin est sublime, les personnages sont sublime, Supergirl est sublime. Certaines planches sont magnifiques, comme si des gouttes de peinture avaient été projetées harmonieusement. Bravo à Bilquis Evely. J'avais déjà remarqué son style très poétique dans quelques images de Sandman - The Dreaming. J'adore. Le découpage des cases et la mise en page sont encore une fois très réussi. J'ai été agréablement surpris par cette lecture de comics de super-héros, moi qui crains souvent une mise en page et des combats trop chaotiques... Les personnages, même les méchants, ont tous un petit charme et une douceur dans le visage. Le récit raconté par la jeune fille m'a complètement envoûté, elle m'a fait sourire à plusieurs reprises avec son langage très soutenu. Après avoir adoré Strange adventures de Tom King, je n'ai pas attendu longtemps pour enchaîner sur un autre de ses succès actuels. Deux fois 5 étoiles, je ne peux tout simplement pas mettre moins comparé à mes autres notes de 4 étoiles. Peut-être aurais-je mis 4,5, mais je ne peux que trancher à 5 pour bien marquer la différence de qualité. Autant sur l'originalité de l'histoire, la narration, que le style du dessin et de la colorisation, tout est parfait à mon sens. Petit à petit, je sors de ma zone de confort en ne lisant plus uniquement des comics de super-héros sombres ou déjantés, et je suis agréablement surpris par d'autres héros plus ordinaires. À suivre, mais en tout cas, cela m'a donné envie de lire d'autres histoires sur Supergirl.
Apple Seed
Ce manga est une masterclass à lire et relire. Au fil du temps, notre compréhension de la politique et des technologies permettent de mieux appréhender l'univers d'Appleseed. J'ai lu ce manga en 1995 et j'ai été impressionné par les détails, les mechas et les combats (pour l'époque). Aujourd'hui, on voit des technologies qui pourraient être tirées de l'œuvre, de l'intrigue politique, du saccage environnementale plausible et du terrorisme mêlant complot et vengeance typique de nos civilisations. Au premier abord ce manga paraît complexe à aborder et parfois on se detache des personnages. Cependant, une romance inutile et longue nous est épargnée afin de faire place à la compétence SWAT de Dunan et de l'apport soutien sans faille de Briareos. Deux protagonistes qui cherchent la paix à travers Olympus, une ville qui semble l'apporter. Avant de s'apercevoir que sous ce ciel bleu, leur ancienne condition était parfois plus simple et plus claire.
L'Impudence des chiens
Connaître, c'est excuser. Et si excuser n'est pas absoudre, c'est déjà résoudre. - Ce tome contient une histoire complète indépendante de toute autre, dont la première édition date de 2022. Aurélien Ducoudray en a écrit le scénario, Nicolas Dumontheuil a réalisé les dessins et les couleurs. L'ouvrage comporte soixante-dix-huit pages de bande dessinée. Pendant la Renaissance, le Marquis se rend chez son ami le comte François de Dardille, en carrosse. Prologue : un moine sur son âne arrive en ville. Il passe devant les femmes au lavoir, en train de s'affairer sur la lessive de leur linge. Il descend de son âne, et soulève sa bure pour constater que son kiki est au repos. Il sonne à une porte et attend qu'on lui réponde, alors que la maîtresse de céans est occupée avec un gentilhomme le sabre au clair, et qu'un ménestrel chante au Clair de la Lune, en faisant ressortir le double sens des paroles. Finalement, la femme finit par ouvrir la porte et le moine peut donner libre cours à sa libido. le carrosse du Marquis passe devant une église, et son passager demande au cocher comment ce dernier a trouvé le comte. Il répond qu'il ne saurait dire, car la continuité de compagnie ne favorise pas le discernement des différences. Tout ce qu'il sait, c'est qu'un courrier reçu semaine passée a fait appeler le Marquis semaine séante. le passager arrête là la conversation et reprend sa place sur la banquette à l'intérieur de l'habitacle. Il se demande depuis quand les cochers parlent comme Molière. Va-t-il manier alexandrin en étrillant son bourrin ? Décidément ce siècle des Lumières les dispense vraiment sans discernement. À quoi bon donner talent à fonction qui n'en a pas usage ? Bientôt ils arrivent à destination et le Marquis descend du carrosse, puis monte les marches jusqu'au perron. Il est fort surpris que les deux laquais présents n'annoncent pas au propriétaire que son visiteur attendu est arrivé. Le Marquis rentre dans la grande demeure et il va trouver par lui-même le comte François de Dardille dans son bureau. Son ami le remercie d'être venu et lui tend un acte notarié copieux, en lui indiquant quel paragraphe lire à quelle page. le marquis se rend donc page huit, paragraphe quatre et lit : susnommé et en présence convenue sous l'égide du juge de Dieu monseigneur Soutiran convoque son mari François de Dardille à l'épreuve du Congrès. Tout en lisant, il a suivi le comte qui est entré dans son atelier. Il se met à couler un soldat de plomb tout indiquant au Marquis de poursuivre sa lecture avec le paragraphe six de la page treize. le Marquis s'exécute : En cas d'insuccès, la comtesse votre épouse sera gratifiée de la moitié des terres, propriétés ainsi qu'une rente donnée à vie. Il s'interrompt saisissant bien la portée de ce qu'il vient de lire et indiquant à haute voix la nature de l'épreuve : le congrès, c'est bien cette épreuve sous l’œil de Dieu où l'on doit prouver son adresse à contenter bibliquement sa bien-aimée ? le comte répond qu'il n'est point d'adresse à s'ériger, il n'est que volonté, or lui n'en a plus. Il reste mou. Si un doute plane dans son esprit, le lecteur peut consulter une encyclopédie et avoir la confirmation que la pratique du congrès a bel et bien existé pendant une centaine d'années, que le Parlement de Paris l'a supprimée le 18 février 1677. le scénariste s'amuse donc à raconter comment un ami s'ingénie à revigorer l'ardeur d'un comte qui doit prouver sa virilité en public avec sa charmante épouse, au risque d'être dépossédé de la moitié de sa fortune en cas d'échec, en faveur de son épouse qui acquerrait ainsi un divorce. Dès la première page, le lecteur constate que les dessins présentent une forte personnalité. En effet l'artiste a décidé de proscrire sciemment la ligne droite, même pour les constructions humaines. Ainsi, les ailes du moulin à vent apparaissent de guingois, les essieux du carrosse sont fléchis, les pics de la fourche sont incurvés, les bâtiments de la ville en arrière-plan présentent également des contours légèrement courbés. Cela apporte un petit air de croquis réalisé à main levée, sans avoir bénéficié d'un encrage bien régulier pour une apparence finie et soignée. Cette page d'ouverture comporte également trois médaillons, chacun avec le visage d'un des principaux protagonistes, le comte, le Marquis, la comtesse. La caricature est de mise pour leur apporter un petit air comique, avec un nez trop long, ou une perruque improbable, ou encore des yeux trop grands. le lettrage lui-même présente des irrégularités. L'ensemble semble comme animé d'un petit air dansant qui ne fait pas très sérieux. Pourtant cette page comporte de nombreux détails, à l'opposé d'une illustration exécutée à la va-vite. Viennent ensuite les deux pages consacrées aux frasques du moine, dessinées dans le même registre avec des caractéristiques exagérées pour un effet comique. Pour autant le niveau de détails reste très élevé. En fonction de son envie, le lecteur peut passer rapidement sur chaque case, si l'histoire l'intéresse plus que son aspect visuel. Ou il peut prend son temps de déguster la saveur de la tonalité de la narration. Il commence par remarquer que l'arrière-plan est représenté dans chaque case, et pas juste par deux ou trois traits. le dessinateur a investi le temps nécessaire pour délimiter chaque pavé de la voie empruntée par l'âne et son cavalier, chaque pale de la roue du moulin à aube, chaque tuile du toit protégeant le lavoir, chaque lame du plancher de la chambre où le moine donne libre cours à sa libido, chaque torsade des montants du lit à baldaquin. Ce parti pris de la narration visuelle se retrouve à chaque, à chaque case. Nicolas Dumontheuil en donne pour son argent au lecteur et même plus. Page 7, le carrosse pénètre dans le parc du château du comte François de Dardille et le lecteur peut admirer la façade du château, sa dépendance, la grille de la propriété en fer forgé, le mur d'enceinte en pierre, le jardin à la française avec les arbustes soigneusement taillés. Tout du long de l'album, il laisse son regard se promener pour profiter des différents environnements en extérieur ou en intérieur, du bureau du comte à une maison close haut de gamme, des rues de Paris à une escapade nocturne dans les bois. La richesse de la narration visuelle peut surprendre du fait des traits un peu lâches qui laissaient supposer une volonté de laisser l'entrain l'emporter sur la rigueur. En fait l'artiste sait marier ces deux caractéristiques sans en sacrifier aucune des deux, sans qu'elles ne s'annulent ou ne se contrecarrent. Cette capacité peu commune de réussir des dessins alliant haut niveau de détails descriptifs et exagération amusante se retrouve avec la même élégance dans la représentation des personnages. L'artiste allonge un peu les nez et les rend plus pointus, les mentons souvent en galoche, exagère la finesse des chevilles et des mollets, agrandit les yeux écarquillés, de temps à autre accentue les expressions de visage. Dans le même temps, il prend grand soin de représenter les tenues vestimentaires en cohérence avec l'époque, en les variant en fonction du statut social du personnage. Il réalise des postures parlantes, sans que les mouvements soient grotesques. le lecteur éprouve tout de suite de la sympathie pour François de Dardille, sa petite taille, son air gentil et un peu peiné par la situation dans laquelle il se retrouve, pour le Marquis avec son assurance et sa réelle sympathie et sa sollicitude pour son ami, les bonnes manières de de la comtesse Amélie de Figule. Il apprécie que la narration visuelle ne se pare pas d'hypocrisie, que la nudité soit représentée de manière franche, que ce soit celle des hommes ou des femmes, même un sexe masculin en érection. Pour autant le lecteur ne doit pas s'attendre à un ouvrage érotique ou pornographique. La question des capacités sexuelles du comte est au cœur de l'intrigue, et son ami fait tout pour l'aider à retrouver le désir et sa fonction érectile, sans que les images ne versent dans la prouesse pornographique. Le lecteur ressent vite les effets de cette narration visuelle enlevée et qui ne se prend pas au sérieux, lui amenant un sourire sur les lèvres tout du long du récit, en même temps qu'un réel contentement du fait de la consistance détaillée de chaque élément représenté. le fil directeur de l'histoire s'avère simple : le Marquis aide son ami par tous les moyens à retrouver sa dureté, tout en l'accompagnant lors des préparations, telle que l'examen de ses appareils génitaux par un médecin et un chirurgien et en lui montrant que son épouse la comtesse est examinée elle aussi. Tout cela culmine lors du congrès proprement dit, dans des conditions très publiques, avec un déroulement baignant dans la bonne humeur présente depuis le début, avec un rebondissement pour le moins cavalier. Arrivé au dénouement, le lecteur se rend compte que le scénariste lui a mis la solution sous le nez à plusieurs reprises de manière évidente et apparente. Au fil des séquences, il lui aura montré un individu noble très attachant, l'inventivité de mise dans une maison close pour varier les plaisirs des clients, une courte séquence avec des perversions fort surprenantes (comme l'agalmatophilie, ou la narratophilie), et donc les préparatifs de la cérémonie du Congrès. À l'évidence, l'union du comte François de Dardille et la comtesse Amélie de Figule ne relève pas du mariage d'amour, mais pour autant ce dernier n'est pas forcément impossible. L'acte charnel est montré comme existant tout autant à cette période qu'à l'époque contemporaine, même si les conditions sociales lui font prendre des circonstances différentes. Éprouvant une grande sympathie pour les personnages et amusé par la narration, le lecteur ne boude pas son plaisir. Avec un peu de recul, il se dit que l'évocation du Congrès rappelle de façon fort primesautière que les relations sexuelles, sous forme de tensions ou consommées, jouent un rôle central dans les relations entre hommes et femmes, et dans le fonctionnement de la société. le Marquis évoque à deux reprises les nouveautés apportées par les progrès philosophique, littéraire et culturel du siècle des Lumières, ce qui contraste avec le caractère pérenne de l'acte sexuel, à la fois basique, et à la fois complexe au point que le comte n'en soit plus capable. La couverture promet un conte coquin, avec un titre un peu sibyllin. le plaisir de lecture est immédiat avec des dessins qui semblent ne pas se prendre au sérieux, pleins d'entrain, et très solides et généreux dans les détails. De la même manière, l'histoire se déroule de manière linéaire, placé sous le signe de la bonne humeur, sans pour autant tomber dans la farce, pour un divertissement fort bien écrit, tout en rimes. En même temps, la page d'ouverture annonce une tragédie comédie en quatre actes et elle ne ment pas. Le titre est développé dans une réplique : Et réfléchissez bien, car si l'on tolère l'impudence des chiens, on est moins clément avec celle des humains. Le comte a une conscience aigüe de la réalité de son métier précédent : un soldat ne sert qu'à tuer. Et le congrès se déroule en public car La foule est le baromètre de la loi ; Une sentence comme un acquittement se gagne souvent à force d'applaudissements.
House of X - Powers of X
Évoluer ou périr - Ce tome contient une histoire touffue, à la fois redémarrage, prologue et saison complète. Il comprend deux miniséries complètes House of X et Power of X, chacune de 6 épisodes, initialement parus en 2019, tous les numéros étant écrits par Jonathan Hickman. La minisérie House of X a été dessinée et encrée par Pepe Larraz, et mise en couleurs par Marte Gracia (avec l'aide de David Curiel pour l'épisode 6). La minisérie Power of X a été dessinée et encrée par R.B. Silva, avec l'aide de Larraz pour les dessins de l'épisode 6 et d'Adriano di Benedetto pour l'encrage des épisodes 1 & 2. Sa mise en couleurs a également été réalisée par Marte Gracia avec l'aide de David Curiel pour l'épisode 6. Ce tome contient les couvertures originales, ainsi que 88 couvertures variantes, à raison de 4 par pages. Dans une grotte végétale, un individu en combinaison noire moulante avec un casque intégral marqué d'un grand X regarde des individus sortir de cocons végétaux. Il y a 5 mois, Colossus cueille des fleurs sur Krakoa. Il y a 4 mois Storm quitte l'école de Westchester. Il y a 3 mois Nightcrawler plante une fleur dans la zone bleue de la Lune. Il y a 2 mois, Armor se recueille sur Mars devant un parterre de fleurs. Il y a un mois Beast observe un arbre en Terre Sauvage. Au temps présent, à Jérusalem, la façade d'un immeuble est recouverte de plantes. Six ambassadeurs d'autant de pays différents y entrent et sont accueillis dans l'Habitat, une extension de Krakoa, aménagée par les Stepford Cucckoos. Ils sont accueillis par Esme et Sophie, ainsi que par Magneto qui indique qu'il représente Charles Xavier, indisponible pour le moment, en tant qu'ambassadeur. La double page suivante présente les médicaments issus des fleurs de Krakoa par le biais de brefs paragraphes : 3 pour les humains (les médicaments L, I et M) et trois pour les mutants. Dans l'habitat Greymalkin à Westchester dans l'état de New York, Marvel Girl fait faire le tour du propriétaire à de jeunes mutants. Quelque part à Krakoa, Douglas Ramsey effectue des réglages dans la salle de contrôle, avec Sage. À la suite de leur visite, les enfants et les adolescents arrivent dans une clairière où se trouvent Wolverine et Charles Xavier. Un petit vaisseau spatial s'arrime à une station en orbite autour du soleil. La docteure Gregor pénètre dans la station, accompagnée de deux autres personnes. Elle prend la décision d'ouvrir son casque : l'atmosphère est tout à fait respirable, juste un peu fraîche. Elle décide de poursuivre son exploration avec Karima. En continuant leur tour de la base, elles évoquent le temps pour que la Forge soit opérationnelle, ainsi que les protocoles Orchis. Ces derniers ont été mis en œuvre quand les modèles de projection de développement de population ont abouti à une prévision stable des objectifs de Charles Xavier. Vue de l'extérieur, la Forge a la forme d'un anneau, avec en son centre une tête robotique géante. Les deux pages suivantes explicitent la nature des protocoles Orchis, ainsi que la composition de cette organisation, constituée à 31? personnel de l'AIM, 24% du SHIELD, 16? STRIKE, 8? SWORD, 7% d'Alpha Flight, 5? HAMMER, 5% d'ARMOR, et 4% d'Hydra. Pendant ce temps-là, Mystique, Sabretooth et Toad effectuent un casse dans un entrepôt de stockage de Damage Control pour récupérer quelque chose. Ils sont interceptés à la sortie par les Fantastic Four. Lorsqu'il commence cette histoire, le lecteur sait qu'il s'agit d'une forme de redémarrage pour les X-Men, un projet éditorial d'envergure. S'il ne connaît pas les X-Men, il est vite largué par le nombre de personnages (plusieurs dizaines), et par les références non explicites à des événements passés. Sinon, il se lance dans une aventure dont il n'a pas idée de l'ampleur. Jonathan Hickman a pensé ses deux miniséries comme formant un tout : l'histoire a été publiée sous la forme de deux miniséries pour répartir la tâche de dessiner entre deux artistes afin d'assurer un rythme de parution régulier et soutenu. Dans le cadre de ce recueil, la distinction entre House of X et Power of X n'est pas marquée, les couvertures se trouvant reléguées à la fin. Il s'agit donc d'un récit qui se lit d'un seul tenant. le lecteur observe que le scénariste a choisi d'utiliser des paragraphes de texte sur des pages sans dessin pour pouvoir intégrer toutes les notions et tous les concepts qu'il met en œuvre. Ainsi le lecteur découvre comment les fleurs de Krakoa sont utilisées pour fabriquer des médicaments, comment une organisation composite a vu le jour pour gérer l'augmentation inéluctable de la population de mutants, ce qu'est un mutant de niveau Oméga et qui ils sont, le déroulement du programme génétique de Mister Sinister sur plusieurs générations, le déroulement de 10 vies en parallèle d'une mutante, les différents types de sociétés composées d'intelligence artificielle, les différentes générations de Sentinelles, etc. Très vite, le récit dépasse la simple histoire de quelques mutants emblématiques pour devenir l'histoire d'un peuple, mais aussi un croisement de lignes temporelles, et un récit de science-fiction manipulant des concepts bien construits trouvant leurs racines dans la riche histoire des mutants Marvel. Jonathan Hickman emmène son lecteur dans une intrigue dense, regorgeant de personnages emblématiques des séries X-Men et de mythologie interne, pour un récit de science-fiction foisonnant, entremêlant différents fils narratifs et différentes lignes temporelles parallèles. Il le fait avec un art consommé du suspense, de la recomposition chronologique, sans jamais perdre son lecteur, avec des enjeux se découvrant progressivement, des stratégies à long terme, et même à très long terme pour certaines, et des modifications majeures pour les mutants, à commencer par la création d'une nation avec un territoire bien à elle, un langage basé sur un autre alphabet, une politique extérieure ferme sans être agressive, et des lois intérieures en cours d'élaboration. Il ne sacrifie en rien les conventions des récits de superhéros : le lecteur a le droit à des utilisations spectaculaires de superpouvoirs pyrotechniques, à des combats dantesques exprimant des conflits idéologiques ou moraux. Le lecteur prend très vite conscience que Jonathan Hickman mène la barque et que la mission dévolue aux deux artistes est de donner à voir ce qu'il a imaginé, plus que de participer à l'élaboration de l'intrigue. D'un côté, il est possible de les voir comme de simples exécutants ; de l'autre côté leur tâche est imposante. Au départ, le lecteur observe que les traits de contour de Pepe Larraz sont plus méticuleux que ceux de R.B. Silva, et que le premier représente plus de choses dans ses cases que le second. Mais bien vite, il oublie cette distinction qui s'amenuise un peu au fur et à mesure que la pression des délais augmente, mais encore plus parce qu'il n'y a aucune solution de continuité entre les deux dessinateurs : la coordination visuelle est impeccable. En outre, Marte Gracia renforce l'unité visuelle entre les deux artistes, en réalisant l'intégralité de la mise en couleurs, avec une palette riche, utilisant les capacités de l'infographie pour rehausser les reliefs, intégrer des effets spéciaux, réaliser des camaïeux sophistiqués, amplifier la pyrotechnie. de temps à autre, le lecteur perçoit que l'un ou l'autre des artistes se retrouvent avec une page de dialogue et qu'il fait un effort plus ou moins conséquent pour concevoir une prise de vue montrant l'environnement, les postures, ou qu'il opte pour une approche plus simple avec des têtes en train de parler avec des angles de vue plus ou moins variés. Dès les deux pages de la mystérieuse séquence introduction, le lecteur découvre une façon de dessiner consensuelle pour les comics de superhéros : un bon niveau de détails, des dessins réalistes, une manière de simplifier les éléments sans les affadir, des plans poitrine ou plus rapprochés encore lors des dialogues. Il retrouve également la capacité impressionnante des artistes de comics à rendre les images spectaculaires et il est servi tout au long de ces 12 épisodes. À l'évidence, Jonathan Hickman téléguide la mise en page, que ce soit le découpage par pages ou parfois la forme des cases dans une planche. Il garde toujours à l'esprit que la bande dessinée est un média visuel et sait composer des images mémorables et des séquences choc. le lecteur a les yeux écarquillés pour ne rien perdre de la découverte de l'habitat à Jérusalem, tout aussi curieux que les ambassadeurs. Par la suite, il se repaît du spectacle visuel : l'apparition hiératique de Magneto, l'aspect paradisiaque du milieu naturel de Krakoa, la révélation de la forme de la station Orchis avec le soleil en arrière-plan, l'assurance retrouvée de Cyclops, le charme inquiétant de Moira, la froideur indéchiffrable de Nimrod, l'interrogatoire menée par Destiny (Irene Adler) tranquillement assise sur une chaise au milieu des flammes, etc. Il ne s'agit pas tant de surprises visuelles ébouriffantes, que de la capacité de R.B. Silva et Pepe Larraz de parvenir à tenir le rythme des concepts, des personnages, des environnements qui déboulent sans temps mort dans le scénario. Au cœur du récit se trouve le concept de mutant, la modification qui apporte le renouveau. Un personnage résume la situation par Évoluer ou périr. Bien sûr, il s'agit du thème présent dès le premier épisode paru en 1963, avec en trame de fond le thème de la différence et de l'intégration. Jonathan Hickman n'hésite pas à faire un clin d'oeil à la notion de communauté différente en mal de nation en plaçant un habitat à Jérusalem, un personnage faisant explicitement référence au symbole que cela constitue. Cette mise en parallèle ne va pas plus loin. D'un autre côté, le scénariste reprend de nombreux éléments précédemment créés et développés dans la série, à commencer par les principaux mutants, et par Krakoa. Il pioche aussi bien dans les apports de Chris Claremont, que dans ceux de Scott Lobdell et Fabian Nicieza, et même quelques-uns dans ceux de Brian Michael Bendis (le retour très inattendu de Fabio Medina, appelé Goldballs). Conformément aux exigences éditoriales, le scénariste met à profit la continuité du titre. le lecteur a également conscience que son histoire doit servir de base aux développements de plusieurs années à venir, doit redéfinir le statu quo des mutants pour devenir le terreau de nouvelles histoires. Il est forcément inquiet de savoir si le récit tiendra la route pour lui-même, et non pas comme un prologue artificiel, uniquement satisfaisant en tant que point de départ, ou en tant qu'outil prétexte pour les séries mensuelles à venir. Lassé de la régurgitation des sempiternels même intrigues, le lecteur attend du changement et de la nouveauté. Il ne s'attend pas forcément à l'utilisation d'autant d'éléments du passé, ni à une telle profusion d'idées, et il est possible qu'il soit rebuté par le nouveau statu quo. Force lui est de reconnaître que Jonathan Hickman ne fait pas les choses à moitié et qu'il est vraiment investi dans son récit, bien au-delà d'un simple travail de commande, ou d'un simple effet choc pour donner l'impression de secouer le cocotier. le scénariste développe le thème de l'évolution et des mutations, en partant de la mutation d'une société de chasseurs & cueilleurs à une société agraire, en passant par l'invention d'un alphabet de toute pièce, pour aller jusqu'au questionnement de la nature de l'évolution quand une espèce n'est plus liée à un environnement spécifique. Même s'il est toujours possible de regretter que Hickman préfère un récit reposant sur l'intrigue plutôt que sur les personnages, il n'empêche que cette intrigue entremêle de nombreux fils narratifs qui mènent jusqu'à leur terme logique des notions plus ou moins bien gérées par le passé. Il suffit de considérer comment il repositionne Nimrod comme sentinelle ultime, ou comment il rétablit une distinction claire entre les objectifs d'Apcalypse et ceux de Mister Sinister, et il réinsuffle un sens aux agissements de ce dernier. Au final, ce récit constitue une saison d'une richesse étourdissante, suffisante pour elle-même, avec une évolution (une mutation ?) du positionnement des mutants, vers quelque chose de différent, rarement vu à cette échelle, et plus plausible dans les années 2020, 60 ans après le début de la série. Sans aucun doute, ce récit s'avère une réussite, à la fois en termes d'intrigue, de cohérence visuelle, et d'ambition éditoriale. Ce ne sont plus les X-Men des décennies passés, ils vont de l'avant, dans une histoire riche et intéressante, avec une narration au rythme maîtrisé. Jonathan Hickman met à profit des décennies de mythologie, dans un tout d'une rare cohérence, sans ressasser ce qui a déjà été fait, en allant plus loin. Il reste à savoir si ce projet se développera dans des séries mensuelles aussi cohérentes (au moins celle des X-Men écrite par Hickman), ou si la machine va s'emballer hors de contrôle, l'éditeur ne pouvant résister à la tentation de produire tant et plus de séries du moment que ça se vend. En tout état de cause ce récit se suffit à lui-même, constituant une saison extraordinaire, d'autant plus savoureuse que le lecteur est familier des grandes heures de la série.
Silver Surfer - Black
La fin ne justifie pas les moyens. - Ce tome contient une histoire complète qui peut se lire avec une connaissance superficielle de Silver Surfer. Il comprend les 5 épisodes de la minisérie, initialement parus en 2019, écrits par Donny Cates, dessinés et encrés par Tradd Moore, et mis en couleurs par Dave Stewart. Il comprend les couvertures originales de Moore, ainsi que de nombreuses couvertures variantes réalisées par Mike Zeck, Nick Bradshaw, Gerald Parel, Mike Deodato, Marcos Martin, Giuseppe Camuncoli, Bengal, Alex Garner, Peach Momoko, David Nakayama, Cian Tormey (*2), Ron Lim (*5). Silver Surfer est en train de voguer dans l'espace sur sa planche, la silhouette de Galactus derrière lui, et il se présente : Norrin Radd dernier survivant de Zenn-La, une noble lumière dans des ténèbres sans fin, le défenseur des faibles, un ami, un allié, un amoureux, un sauveur, mais aussi le héraut de Galactus, la mort, le témoin de la mort des peuples de planètes entières (Masikron, Elynore-143; Draven-Barr), et tant d'autres. Au temps présent, Silver Surfer se bat aux côtés d'une vingtaine de superhéros à la recherche du corps de Thanos, tombés dans un piège tendu par le Black Order, la garde rapprochée de Thanos. Il parvient à les sauver à créer un phénomène cosmique qui leur permet de regagner l'espace normal, mais lui reste prisonnier de l'anomalie créée par le Black Order. Il se retrouve aspiré dans les ténèbres avec la sensation de tomber sans s'arrêter, pendant des années. Lentement son corps guérit. Au loin, il aperçoit des étoiles : il les voit naître, briller, se déchaîner, et finalement s'éteindre morte. À un moment, il aperçoit la source, quelque chose qui tue dans les ténèbres. Il ne peut pas le permettre. Il fait apparaître sa planche et entame le trajet vers cette abomination. Silver Surfer finit par chuter vers le sol de cette planète. Il se retrouve devant un immense portail, devant lequel se tiennent 3 gardes de très haute taille, l'un armé d'une lance, l'autre d'une épée et le troisième de deux marteaux. Ils refusent de lui laisser l'accès à la pièce qu'ils gardent. le combat s'engage. Silver Surfer se rend vite compte que ces guerriers ne se battent pas qu'avec leurs armes, mais que la planète elle-même devient une arme pour eux. Ils parviennent à sectionner sa planche en deux. À son tour, il se sert de sa planche comme d'une arme pour sectionner, pour frapper, réussissant à placer le chevalier à l'épée entre les deux marteaux de l'autre chevalier. Mais le chevalier à l'épée repart de plus belle et frappe Silver Surfer en plein ventre, le clouant au sol de la planète qui commence à l'avaler, à l'entraîner dans les ténèbres. Cette histoire constitue un projet qui sort de l'ordinaire de la production Marvel à bien des égards. Pour commencer, ce recueil est publié dans un format un peu plus grand que celui d'une bande dessinée franco-belge, et donc beaucoup plus grand que le format comics. Ensuite, il met en scène Silver Surfer avec un flux de pensée intérieur, évoquant rapidement l'approche de Stan Lee & John Buscema dans la série de 1968 : un individu en proie à des questionnements philosophiques, confronté à des manifestations du mal, de la violence, de la souffrance, de la cruauté. C'est une approche du personnage et de la narration assez difficile à rendre viable dans un comics de superhéros basé sur les affrontements physiques, un médium limité dans sa capacité à approfondir des sujets philosophiques, sans provoquer un rejet progressif du lecteur du fait d'une narration trop ouvertement égocentrée. Or le ressenti est très différent. Donny Cates commence par un rappel de la nature du personnage, pas tant de ses origines (la scène d'arrivée de Galactus sur Zenn-La n'est pas reprise, ni celle de la transformation de Norrin Radd en Silver Surfer), mais bien de sa fonction en tant qu'héraut : trouver des planètes pour servir de nourriture à Galactus, et être le témoin passif de l'annihilation de leurs populations si elles sont habitées. Ensuite il connecte cette histoire avec la continuité du moment de l'univers partagé Marvel, en particulier avec les événements de la série Gardiens de la Galaxie qu'il écrit dont il est également le scénariste. Cates entame son récit avec une démarche à l'opposé de celle d'un auteur qui ferait une histoire complète indépendante de la continuité pour attester qu'elle s'élève au-dessus de la production industrielle. Par contre, dès la première page, le lecteur se rend compte que cette histoire sort du lot du point de vue graphique. Il reconnait peut-être le nom de Dave Stewart : un coloriste ayant fait progresser les standards du métier tout au long des années 2000, et capable d'adapter son approche chromatique à l'artiste qui a réalisé les dessins. C'est également le cas pour ce projet. Sur les pages 2 & 3, le lecteur est comme hypnotisé par e travail sur les nuances de rouge orangé évoquant les destructions et les morts causées par Galactus dans le passé, avec un discret reflet orangé sur la tête de Silver Surfer, sa peau ayant un fort pouvoir réfléchissant. En découvrant les dessins fluides et denses des pages 4 & 5, le lecteur mesure l'apport de Dave Stewart pour améliorer la lisibilité, en faisant ressortir chaque élément, ainsi que son utilisation maîtrisée de la myriade d'effets spéciaux rendus possibles par l'infographie, en particulier sur les maillons des chaînes incandescentes du Rider. du grand art. La couverture montre que Tradd Moore aime bien les traits encrés à l'intérieur du pourtour des surfaces pour donner une sensation de texture, mais aussi de mouvement mis en évidence par la lumière. Cela se trouve confirmé dès la première page (un dessin en pleine page de Silver Surfer avec le buste de Galactus en arrière-plan), puis à chaque page suivante. Tradd Moore dessine en représentant de manière concrète les personnages et les environnements de chaque planète, mais également en mettant en avant le mouvement, les jeux de lumières et en incorporant des éléments expressionnistes pour transcrire des sensations allant de l'état d'esprit d'un personnage à l'effet psychédélique d'une situation, de phénomènes spatiaux. Dès les pages 2 & 3, il joue avec l'anatomie de Silver Surfer, la déformant un peu ne respectant pas exactement les proportions pour mieux rendre compte de la vitesse, de son aérodynamisme, de la façon dont il fait corps avec sa planche, et des déformations occasionnées par les anomalies de l'espace, par les ténèbres maléfiques qui le rongent, par la rage qui l'anime par moment. Il ne s'agit pas simplement d'un truc visuel répété de séquence en séquence : Tradd Moore conçoit chaque déformation en fonction de la séquence en fonction des forces qui agissent sur le corps de Norrin Radd. le lecteur peut trouver que l'artiste va trop loin quand Silver Surfer se transforme en dauphin de l'espace ou en loup, mais en fait les dessins sont passés dans le domaine de l'allégorie, montrant la manière dont Radd se figure que ses intentions et son état d'esprit sont perçus par son opposant. Cela donne lieu à des planches de toute beauté, où les bordures de cases peuvent disparaître, les formes s'interpénétrer, les couleurs devenir de plus en plus psychédéliques, les dessins glisser vers le surréalisme et l'art abstrait. Le lecteur se retrouve vite emporté par les émotions générées par la narration visuelle inventive, fluide, entremêlant description et ressenti avec une rare intelligence, et une réelle conviction. S'il feuillette rapidement la bande dessinée, il peut avoir l'impression que l'artiste se fait plaisir pour en mettre plein la vue, mais à la lecture il apparaît que chaque flamboiement pictural est au service de la narration, est conçu en fonction de l'intrigue, du moment. du coup, le lecteur peut très bien ne plus prêter aucune attention à l'histoire et se laisser porter par les effets kinesthésiques des pages, par les innombrables surprises visuelles : une surface de planète évoquant un tapis d'anémones de mer, des cases dont les formes deviennent abstraites s'il les déconnecte de celles qui précèdent et qui suivent, des formes géométriques (des trapèzes volants), des flux de matière en fusion, des yeux comme des soleils, un cerf aux bois démesurés… C'est sans fin. Donny Cates aurait donc très bien pu se contenter de concevoir des scènes spectaculaires qu'il aurait alignées sur une trame simpliste. En fait son ambition s'avère plus élevée. Dans sa postface, il explique qu'il a souhaité s'inscrire dans la lignée de ce que Stan Lee avait fait sur la série, d'évoquer des convictions philosophiques et morales. Sans grande surprise, il fait de Silver Surfer, un être de lumière qui lutte contre les ténèbres. Il connecte entièrement la présente histoire à Knull la divinité des symbiotes qu'il a introduit dans le premier tome de sa série Venom. Au départ, le lecteur estime qu'il s'embarque dans un récit de superhéros traditionnel, bénéficiant d'une narration visuelle extraordinaire. Rapidement, le scénariste insiste à plusieurs reprises sur le fait que son héros se bat contre les ténèbres, représente le bien contre le mal, une sorte de supériorité morale qui s'oppose à une force corruptrice. À ce moment du récit, le lecteur a peut-être déjà oublié que Cates a commencé par rappeler Norrin Radd a été le témoin passif de massacres à l'échelle planétaire, ce qui diminue d'autant sa supériorité morale, voire la neutralise. Ce lourd passif revient à plusieurs reprises, et la question morale en devient plus nuancée. le thème de fond n'est pas la rédemption même si cette notion est présente. Il réside plutôt dans les actions à mettre en œuvre pour lutter contre les ténèbres. Peut-être que le lecteur tiquera à la mise en scène de la question du sacrifice personnel, la flamboyance des dessins de Tradd Moore montrant la question sous un jour trop manichéen. Cela n'empêche pas Donny Cates de mener son questionnement à son terme, sur la responsabilité individuelle des moyens employés qui ne peuvent pas toujours être justifiés par la fin. Dès la couverture et les dimensions de cette bande dessinée, le lecteur sait qu'il s'apprête à s'immerger dans un récit qui sort des productions industrielles basiques des comics. Il est tout de suite impressionné par le bouillonnement de la narration visuelle, très riche, et très maîtrisé. Il sait qu'il va se montrer moins exigeant sur l'histoire au vu du voyage visuel. Il a la bonne surprise de découvrir un scénariste qui ne prend pas les comics de superhéros de haut : au contraire il fait plusieurs références à la continuité de l'univers partagé Marvel, et à l'historique du personnage, sans que cela n'en devienne incompréhensible, ou le seul intérêt du récit. Il fait honneur aux récits de Stan Lee pour la série de 1968 avec John Buscema, tout en menant le questionnement moral à sa façon.
La Ligue des capitalistes extraordinaires
Ce gestionnaire approximatif a imposé la communication de marque comme un vecteur de croissance. - Cet ouvrage paru en 2015 apparaît classé dans les bandes dessinées : en fait il s'agit de textes, chacun consacrés à un capitaliste différent, accompagnés d'un ou deux gags en bande dessinée, avec une répartition d'environ 80% texte, 20?. Il a été réalisé par Benoist Simmat, journaliste économique et essayiste, et par Vincent Caut bédéiste. Ils passent en revue trente-neuf capitalistes remarquables, répartis en trois grands chapitres : la première révolution industrielle (XIXe siècle avec onze capitalistes), la deuxième (XXe siècle, avec quatorze capitalistes), la troisième (XXIe siècle, avec quatorze capitalistes). Chaque chapitre s'ouvre avec une introduction : le temps des pépères fondateurs pour le XIXe siècle, les contremaîtres du monde pour le XXe, les winners de l'e-économie pour le XXIe. L'ouvrage débute avec une introduction de quatre pages : les grands capitalistes naquirent ici… Il se termine avec une conclusion de deux pages, un glossaire de six pages, un index de deux pages, et une page de remerciements. Les grands capitalistes naquirent ici… dans les années 1770, il existait à Birmingham, grande cité fourmillante du centre du Royaume Uni de Grande Bretagne, un club de gentlemen pour le moins extraordinaires. Cette organisation réunissait parmi les plus brillants intellectuels de l'époque et se faisait appeler Lunar Society, le club de la Lune. Une dénomination choisie par ses membres parce qu'ils avaient l'habitude de se rencontrer les nuits de pleine lune afin de retrouver plus facilement leur chemin de retour dans l'obscurité. Parmi eux : James Watt, Erasmus Darwin, Adam Smith, Benjamin Franklin, Joseph Black, John Wilkinson, John Roebuck, etc. Et d'autres : les pionniers du capitalisme moderne. Richard Arkwright (1732-1792) – Cet artisan touche-à-tout a imposé au forceps la première usine automatisée au monde. 100% bio : barbier de profession, on ne saura jamais si Arkwright inventa réellement l'usine, ou s'il déroba le concept à un concurrent. Mais il organisa une première production de masse basée sur la division du travail, chère au philosophe Adam Smith. Obsédé par l'expansion de son invention, il couvrit l'Angleterre et jusqu'à l'Écosse de ses satanés manufactures automatiques où 30.000 employés trimaient pour la gloire du roi. Un lettré voyageur trouva que sir Richard Arkwright, fait chevalier par Buckingham, avait quelque peu gâché le paysage de l'Angleterre. Et sa propre santé, indubitablement : comme le raconta l'un de ses amis d'enfance ecclésiastique, Arkwright devint une caricature de patron surmené obsédé par la cadence de ses affaires et de ses comptes. le diable d'homme avait aussi inventé le dirigeant surbooké ! Cet industriel anglais est considéré comme le père de l'usine moderne. Il est resté dans les livres d'histoire (essentiellement anglo-saxons) pour avoir été le premier à organiser en un lieu donné la supériorité de la machine sur l'artisan. Il s'agit du deuxième ouvrage de ces deux auteurs, après La ligue des économistes extraordinaires. Smith, Marx, Keynes et tous les autres en BD (2014). le titre évoque la Ligue des Gentlemen Extraordinaires, d'Alan Moore & Kevin O'Neill, juste pour l'allure, et pour ce club de la Lune. Chaque entrée est structurée de la même manière : le nom du capitaliste extraordinaire avec ses dates de naissance et de mort, un court sous-titre pour le qualifier (Par exemple : le patron de mystificateurs pour PT Barnum), deux lignes pour mettre en exergue son innovation (par exemple pour Mark Zuckerberg : Son internationale des brèves de comptoir digitales a étonnamment créé un nouveau secteur d'activité), un article en trois parties (100% bio, L'empire du pire, Son héritage narcissique, merci !). S'y trouvent également une date clé en fin d'article (par exemple pour Rupert Murdoch : 2007, rachète pour 5 milliards de dollars le Wall Street Journal), éventuellement un encadré en grisé sur une anecdote révélatrice ou surprenante, et en fonction des capitalistes, une ou plusieurs bandes dessinées, d'une page, une partie de page, ou juste un strip. Comme les exemples ci-dessus l'indiquent, la tonalité de la rédaction comporte une fibre moqueuse ou insolente. Les bandes dessinées s'inscrivent également dans un registre comique, faisant la part belle à la dérision, à partir d'une anecdote ou d'un trait de caractère réel ou supposé, ces capitalistes pouvant se montrer mesquins, capricieux, infantiles, colériques, ou bien sûr mégalomanes. Ces gags font office de respiration illustrée plaisante, sans avoir la prétention d'être révélatrices ou pénétrantes. La première partie expose la genèse et la nature de la première révolution industrielle avec la première usine à grande échelle, le déploiement de la machine à vapeur dans différents secteurs de production, la fabrication à grande échelle de la poudre à canon, la création de la première banque d'affaires, l'essor des chemins de fer, la création des voyages organisés, la naissance de l'industrie de l'armement, les premiers grands magasins avec des prix fixes et non plus à la tête des clients, l'utilisation de l'acier et l'apparition du métier d'affairiste à une ampleur jusqu'alors inconnue. le lecteur relève une entrée qui sort de l'ordinaire, celle consacrée à Phineas Taylor Barnum (1810-1895) : ce forain surdoué fit de son nom la première marque de l'entertainment américain. Au cours de cette première partie, au travers de sa sélection, l'ouvrage fait apparaître les grandes inventions qui ont modelé l'évolution de l'organisation professionnelle, ainsi que les méthodes utilisées. Fatalement, le lecteur finit par se demander pourquoi eux. Il commence par se dire que pour tous les capitalistes que les auteurs lui présentent et qui ont réussi, il y a dû y en avoir dix fois plus qui ont échoué, voire, cent ou mille fois plus. Puis il remarque que certains étaient issus de familles aisés, et qu'ils ont su faire fructifier la fortune héritée, ce qui n'est déjà pas donné à tout le monde. Mais il reste un point commun à tous : à l'ère de l'industrialisation et du commerce généralisé, les riches s'enrichissent par le travail de la main d’œuvre abondante, rémunérée au plus bas, et sans couverture sociale, sans oublier le travail des enfants. Le lecteur passe alors à la deuxième révolution industrielle avec les aciéries, la fabrication d'automobiles, les puits de pétrole, l'électrification, la métallurgie, les chaînes d'assemblage, l'aviation… et d'autres secteurs d'activité émergents comme les produits de beauté, la mode, les meubles à monter, le luxe et le divertissement. À nouveau, ces capitalistes ne décrochent pas de prix de morale ou de reconnaissance pour leurs employés. Un petit exemple très élégant : Gabrielle Chanel surnommée Coco. Elle tente de se réapproprier la marque de parfum N° 5, en profitant de l'exil contraint de ses anciens associés juifs, les Wertheimer, à l'aube de la seconde guerre mondiale. Arguant leur fuite aux États-Unis, elle réclame aux autorités allemandes la propriété du précieux label. Très chic ! Elle ignore que la famille Wertheimer avait anticipé les lois d'aryanisation et transmis ses parts majoritaires à un homme de paille, qui leur restituera à la propriété de l'entreprise à la Libération. Mais, bon, les affaires sont les affaires : les Wertheimer réembauchent Coco dans les années 1950 pour raviver la marque, en dictant leurs conditions quand même. Les autres chapitres valent également tous la lecture, d'Henry Ford et ses chaînes de montage à Bernard Arnault et la rentabilité insolente du luxe, en passant par le marchand de rêves Walt Disney. L'ouvrage passe au XXIe siècle avec l'avènement de l'informatique et des produits haute technologie (IBM, Sony, Samsung), la création des jeux informatiques, la course au système d'exploitation entre Apple et Microsoft, et la toile mondiale avec Google, Facebook, Paypal, Alibaba, sans oublier la téléphonie mobile. D'anciens empires réussissent leur reconversion : d'autres semblent surgir de nulle part. des fortunes personnelles de plusieurs dizaines de milliards de dollars se bâtissent en vingt, quinze voire dix ans. Les personnalités de ces capitalistes conservent tout leur potentiel polémique. Les employés sont incités à baisser les yeux en présence du grand patron Lee Kun-hee, responsable du conglomérat géant Samsung. L'entreprise Apple parvient à faire revenir Steve Jobs après l'avoir éjecté, en achetant quatre cents millions de dollars la société NeXT et son logiciel développé par Jobs, logiciel qui ne sera jamais utilisé. le lecteur sourit devant la tournure des présentations saupoudrées de dérision et de moqueries envers ces capitalistes, mais sans jamais diminuer leur réussite, en mettant en lumière leurs innovations et en quoi le capitalisme a évolué avec leur façon de faire. Ce n'est donc pas une bande dessinée, mais le portrait amusé de trente-neuf entrepreneurs hors du commun, en provenance des trois derniers siècles. Ces individus ont exploré de nouveaux territoires industriels et bâtit des empires financiers. Quelles que soient les convictions politiques du lecteur, les réalisations de ces capitalistes extraordinaires forcent son admiration. Les petites piques en coin bien dosées évitent le systématisme, et s'avèrent d'autant plus efficaces pour que le lecteur garde à l'esprit qu'il s'agissait d'êtres humains imparfaits, et que la réussite capitaliste ne peut prendre une dimension gigantesque que par le travail de milliers d'employés anonymes dont la rémunération n'est jamais à la hauteur des bénéfices de leur employeur. Les gags sont en phase avec ce ton dédramatisé, mais pas aveugle aux réalités économiques.
Batman - White Knight
Mettre en œuvre des réformes - Ce tome contient une histoire complète qui ne nécessite pas de connaissance préalable de Batman. Il comprend les 8 épisodes de la minisérie, initialement parus en 2018, écrits, dessinés et encrés par Sean Murphy, avec une mise en couleurs réalisée par Matt Hollingsworth. Murphy a réalisé une deuxième saison Batman: Curse of the White Knight. La Batmobile arrive devant la grille de l'asile d'Arkham et va se garer devant la porte d'entrée. Jack Napier en sort et se rend à la cellule de Batman, accompagné par les gardes. Napier indique à Batman enchaîné, qu'il a besoin de son aide. Il y a un an, Joker est en train de fuir comme un malade, sur un hoverboard, en pleine voie, talonné par Batman dans sa Batmobile, avec Batgirl (Barbara Gordon) sur le siège passager. Joker se joue des obstacles alors que Batman donne l'impression de foncer dans le tas : sur le toit d'un immeuble, au milieu d'un chantier sans faire attention aux ouvriers. La course-poursuite se termine dans un entrepôt où Joker se retrouve acculé par Batman, essayant de se défendre avec une hache. Batman commence à frapper Joker pour le maîtriser, pendant que Joker développe un argumentaire dans lequel il prouve que les méthodes de Batman n'ont jamais rien résolu, qu'elles ne servent qu'à assouvir son besoin de contrôler les choses, et que lui, Joker, comprend mieux Gotham que lui. Excédé, Batman finit par faire avaler à Joker les comprimés contenus dans le flacon qu'il lui agite sous le nez, sous les yeux de James Gordon, Renee Montoya, Harvey Bullock, Batgirl, Nightwing et plusieurs autres témoins dont un filme la scène avec son téléphone. Les informations à la télé sont partagées sur la séquence, entre la preuve d'un individu en maltraitant un autre sous le regard de la police qui regarde sans rien faire, et ce que l'on sait des exactions de Joker (mais qui n'a jamais été prouvé). Gordon, Montoya et Bullock regardent Joker allongé dans son lit dans l'unité de soins intensifs. Bullock est satisfait qu'enfin le public se rende compte que Batman est un vigilant qui abuse de la violence, et qui s'il avait été un policier aurait été renvoyé depuis longtemps pour faute grave. Barbara Gordon et Dick Grayson vont rendre visite à Bruce Wayne qui accepte de leur confier ce qui le mine : Alfred Pennyworth se meurt et est dans le coma. Jack Napier confie à son psychothérapeute ce qui le mine : sa fascination pour Batman qui confine à une forme d'adoration, Gordon se trouve dans le bureau du maire Hamilton Hill quand la docteure Leslie Thompson lui apporte le rapport sur Jack Napier : il est guéri et sain d'esprit et il a décidé de porter plainte contre la police de Gotham (GCPD, Gotham City Police Department), contre Batman et contre la ville de Gotham. En 2019, l'éditeur DC Comics met officiellement un terme à sa branche Vertigo destinée à des récits pour des adultes, et se réorganise un peu avant en 3 branches de publication dont le Label Noir (Black Label) pour accueillir des récits plus sombres, adultes. C'est dans cette branche qu'est publié le présent récit. Sean Murphy a déjà réalisé plusieurs bandes dessinées avant celle-ci : entre autres Joe L aventure intérieure (2010/2011, avec Grant Morrison), Punk Rock Jesus (2012), The Wake (2013/2014, avec Scott Snyder), Tokyo Ghost (2015/2016, avec Rick Remender). En entamant le récit, le lecteur se demande comment il se situe par rapport à la continuité. Il comprend vite qu'il s'agit d'un récit hors continuité : le coma d'Alfred, la rémission de Joker, le sort de Jason Todd. L'auteur a donc les coudées franches pour raconter une histoire de Batman comme il l'entend, en réinterprétant les personnages récurrents comme il le souhaite. du coup, le lecteur se retrouve régulièrement en train de se demander si Sean Murphy s'écarte volontairement du statu quo pour mieux y revenir, ou s'il s'agit d'une prise de liberté durable, rendant ainsi le scénario beaucoup moins prévisible. Il est possible aussi que le lecteur soit avant tout venu pour les dessins de Sean Murphy. Il retrouve ces éléments détourés avec des traits fins, voire très fins, et secs, parfois rectilignes y compris pour des contours anatomiques, et des aplats de noir copieux aux formes irrégulières mangeant de nombreuses cases. Il retrouve également l'influence des mangas, en particulier dans les traits de puissance ou de vitesse servant également à intensifier les perspectives, et dans les visages plus jeunes (en particulier celui de Barbara) avec des expressions traduisant une émotion non filtrée, souvent un enthousiasme communicatif. Par contre, l'artiste a mis la pédale douce sur les nez pointus : ces appendices ont retrouvé une forme plus conventionnelle. Dès la première page, le lecteur plonge avec délice dans une atmosphère gothique et noire : l'asile d'Arkham dans le noir de la nuit, avec sa grille en fer forgé, et ses chauves-souris. Par la suite, Sean Murphy excelle à capturer et à faire ressentir la noirceur de Gotham et de certains personnages : Batman comme une bête en cage dans sa cellule, la collection obsessionnelle de produits dérivés de Batman dans la chambre de Joker, la pose romantique de Victor Fries devant sa femme Nora cryogénisée, l'effondrement d'un pont de Gotham, l'immense canon rétro-futuriste dont va se servir Neo Joker. Très vite, le lecteur se retrouve plongé dans Gotham à côté des protagonistes, éprouvant la sensation que son état d'esprit est influencé par les grands bâtiments effilés, par les longues perspectives, par les quartiers plus resserrés, par le riche mobilier du manoir des Wayne, par la décoration insensée de l'appartement de la première Harley Quinn, par la pénombre de la Batcave, par l'espace ouvert sur la place où Jack Napier fait un discours, par l'aménagement purement fonctionnel des bureaux de la police et du parking au sous-sol. Il côtoie, plutôt qu'il n'observe, des individus à la forte personnalité graphique : le maintien droit et strict de Jack Napier et son sourire, le maintien droit et rigide de Batman attestant de sa psychorigidité, les postures plus souples de Batgirl, le comportement très formel de James Gordon pétri de la responsabilité de sa fonction. Sans ostentation, Sean Murphy se montre un chef décorateur de talent, un costumier attentif aux détails, et un directeur d'acteurs avec une vraie vision, dramatisant un petit peu leur jeu pour rendre compte de l'ampleur des enjeux, du degré d'implication des différentes personnes. le lecteur reste également bouche bée devant de nombreuses séquences échevelées : l'improbable course-poursuite entre la Batmobile et Joker en hoverboard, la violence du combat à main nue entre Batman et Joker, les clins d'œil à Batman Mad Love de Paul Dini & Bruce Timm et à Batman the animated series, l'apparition horrifique de Clayface (Matthew Hagen) chez Mad Hatter (Jervis Tetch), la soirée en amoureux entre Jack Napier et Harley Quinzel, une autre course-poursuite cette fois-ci entre 2 modèles différents de Batmobile, etc. Déstabilisé par la possibilité pour le scénariste de modifier les éléments canoniques comme bon lui semble, le lecteur se montre plus attentif à l'intrigue pour ne pas laisser échapper un détail, ou pour ne pas se tromper sur le sens d'une scène qu'il peut avoir l'impression d'avoir déjà vue. Sean Murphy développe la relation entre Batman et Joker, essentiellement du point de vue de Joker, sur une dynamique d'amour & haine. Suite au traitement administré de force par Batman, Joker voit sa personnalité revenir à son état antérieur, quand il était un individu très ordinaire appelé Jack Napier. Or ce dernier a conservé toute l'expérience qu'il a acquise en tant que Joker, en particulier sa familiarité avec Batman. Il décide à la fois de se réformer, et de prouver que les méthodes de Batman sont plus néfastes à Gotham que bénéfiques. Ce n'est pas la première fois qu'un auteur développe ce thème, mais là Sean Murphy le prouve par l'exemple : Jack Napier se lance en campagne, tout en initiant des actions pour résoudre les problèmes de fond de la ville, plutôt que de s'en tenir à faire disparaître temporairement les symptômes que sont les supercriminels. La longueur du récit et son déroulement en dehors de la continuité font que Sean Murphy se montre assez convaincant pour que le lecteur y croit. Il montre d'un côté Batman qui ne fait confiance à personne, ce qui sous-entend un ego surdimensionné, un individu persuadé d'avoir raison mieux que tout le monde. de l'autre côté, Jack Napier n'agit pas par altruisme ou par bonté de cœur : il a quelque chose à prouver, une forme de vengeance contre Batman en montrant que d'autres méthodes peuvent réussir durablement, et ainsi gagner sa rédemption. Emporté par la narration visuelle, le lecteur se laisse progressivement convaincre de la nocivité de Batman pour l'organisme qu'est la ville de Gotham, et par le bienfondé des méthodes démocratiques de Jack Napier. La narration de Sean Murphy n'a pas la force de conviction de celle de Frank Miller pour Dark Knight Returns : c'est la somme de réflexions diverses qui finissent par saper les a priori du lecteur et par retourner ses convictions. C'est une façon de procéder parfois un peu fragile quand un argument reste superficiel, presque spécieux, et ne vaut que parce qu'il s'intègre bien dans la tapisserie dessinée par les autres. Cette sensation de fragilité est renforcée par les éléments incidents de l'intrigue : la maladie d'Alfred et sa lettre, la scène d'explication à la fin sur le rôle d'un des personnages, comme si l'auteur avait estimé qu'il fallait consolider l'intrigue principale avec des éléments périphériques. Avec cette histoire, Sean Murphy réussit le pari de réaliser une histoire personnelle et originale de Batman, ce qui est déjà une grande réussite en soi. Il met en œuvre une narration visuelle acérée et consistante : Gotham s'incarne avec une personnalité inquiétante, les personnages existent et il y a de nombreuses scènes visuellement mémorables. L'auteur parvient à écrire un récit qui utilise les conventions du genre superhéros (costumes et masques, superpouvoirs des ennemis de Batman, confrontations physiques, et une touche de technologie d'anticipation pour les Batmobiles), tout en racontant une histoire adulte, où un individu met Batman à mal en utilisant les outils de la démocratie.
Strange adventures
Incroyable, une histoire palpitante avec une mise en page parfaitement maîtrisée. Je l'ai lue il y a deux ans et j'avais trouvé ça très très bon. Pour être au plus juste dans ma note, j'ai décidé de le relire et j'en ressors tout autant fasciné. Le contraste de dessin entre la vie réelle et les événements passés (qui viennent essentiellement du livre d'Adam si j'ai bien compris) est très bien pensé. J'ai adoré le style dans les deux cas : détaillé dans un style proche d'une photographie réelle et une ambiance particulière pour l'un, et propre, haut en couleur pour l'autre. Le découpage des cases que j'ai particulièrement apprécié. Ça change des comics que j'ai lus jusqu'ici. Rien de chaotique, chaque planche est une véritable oeuvre de mise en page. Ce découpage horizontal en 3 parties j'en suis fan, parfois en 9 cases homogènes, parfois en 1:3.... bref, chaque mise en page est superbement réalisée. L'intrigue m'a tenu en haleine tout du long. On y suit les aventures d'Adam Strange, qui ont fait de lui ce héros des deux mondes . Avec une enquête en premier plan menée par un personnage emblématique comme Batman (pour ne pas trop en dévoiler). Il y a tout ce qu'il faut pour ne pas s'ennuyer. La force du récit réside dans l'originalité de la présentation des événements et dans sa mise en page, qui, à mon sens, joue un rôle crucial dans l'appréciation de cette lecture. Je trouve en générale les histoires classiques de super-héros redondantes, c'est pourquoi je ne lis que celles mettant en scène des personnages déjantés ou bien sombres. Heureusement, ici, on échappe au scénar classique de super-héros pour savourer une intrigue vraiment originale. Tous les personnages, qu'ils soient secondaires ou même tertiaires, ont un charme indéniable, que ce soit par le style visuel ou par leur caractère, impossible de rester indifférent. Franchement, je ne trouve aucun point négatif à ce comics. Si je devais vraiment chercher un bémol, ce serait l'explication finale, qui aurait pu en dire un peu plus sur un événement majeur passé. À part ça, rien à redire. C'est un petit pavé de comics que j'ai dévoré en une soirée (lors de mes 2 lectures) et que je recommande vivement à l'achat et à la lecture !
Hoka Hey !
Honnêtement, c'est sans doute le meilleur Western que j'ai jamais lu. Et Neyef a sans doute fait une oeuvre qui mérite autant lecture, relecture que contemplation. Je ne connaissais de l'auteur que Mutafukaz - Puta Madre que j'ai beaucoup apprécié, et malgré un coup de crayon qui reste assez spécifique mais aisément reconnaissable (nez petit et pointu, décors chargés) je trouve qu'il a fait un travail colossale ici. C'est beau, dans les décors et les environnements, c'est riche, immersif ! On se croirait traverser soi-même les vallées américaines, les grandes plaines et les collines. Je ne pensais pas que ce serait aussi immersif, mais qu'est-ce que j'étais dedans ! A entendre les cris d'oiseaux et à sentir l'odeur des bois qu'on traverse. Mais ce dessin que je loue n'est pas le seul atout, et l'histoire convient tout à fait. Déjà parce que l'auteur a décidé, pour une œuvre aussi longue, de ne pas innover : le canevas est tout ce qu'il y a de plus classique, mais efficace. On est sur du déjà vu dans les grandes lignes, mais c'est typiquement la BD qui nous rappelle que ce n'est pas la nouveauté qui importe, puisque toutes les histoires existent déjà. C'est la façon de la raconter et ce que l'histoire nous dit réellement qui compte. Ici une question d'héritage, de vengeance, de violence aveugle, dans une ambiance de fin des temps pour l'amérindien. Une vraie histoire sordide, dont les ressorts scénaristiques m'ont parfois surpris et qui se finit sur une grande tristesse, du genre qu'on ne peut consoler juste en pleurant. La fin donne des airs de tragédie et j'accepte volontiers le coup du hasard qui fait recroiser les personnages. Nous sommes dans les rouages d'une tragédie antique, où le hasard n'est que la forme prise par la fatalité pour jouer le dernier tour de la pièce. Fortune, nous sommes tous des jouets entre tes mains ! Une telle BD, c'est presque un petit miracle. Une histoire simple pour traiter de divers sujets tous aussi pertinents les uns que les autres, un dessin qui sublime la nature et les paysages pour nous entrainer dans cette longue balade vengeresse, une tragédie que n'aurais pas renié les grecs pour motif final et l'ensemble dans un ouvrage où l'édition a choisi la qualité. Sans rire, je crois bien qu'on est sur un sans-faute ou presque ! Pour ma part, je suis sous le charme comme je l'ai peu été pour des westerns. C'est l'un des genres que je lis le moins en BD, mais quelle découverte ! Incontournable des sorties 2022, à mon sens. Pour dire à quel point cette BD m'a parlé, j'ai depuis très longtemps l'idée de faire un jour une traversée des États-Unis à cheval pour profiter au mieux, pleinement, de ces grands paysages qui me font de l’œil. Cette BD m'a donnée l'impression de pouvoir vivre un peu ce rêve, mais surtout me l'a remis en mémoire alors que je n'y ai plus pensé depuis des années. Je ne peux que vous conseiller de la lire !