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Par Présence
Note: 5/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Le Crétin qui a gagné la guerre froide
Le Crétin qui a gagné la guerre froide

Ma stratégie ? Elle tient en quatre mots : On gagne, ils perdent. - Ce tome contient une histoire complète et indépendante de toute autre, de nature historique. Son édition originale date de 2025. Il a été réalisé par Jean-Yves le Naour pour le scénario, et par Cédrick le Bihan pour les dessins et les couleurs. Il comprend cinquante-huit pages de bande dessinée. Convention républicaine à Detroit, le dix-sept juillet 1980 : la foule scande le nom de Reagan qui apparaît sur le podium. Dans le public, un politique rejoint Gerald Ford et ils médisent sur le dos du candidat. Barry Goldwater monte à la tribune avec ses deux cannes anglaises. Il dresse un panégyrique du candidat : si les États-Unis avaient eu un vrai leader comme Reagan, la guerre du Vietnam n'aurait pas duré plus de quelques jours, si le gouvernement américain avait des tripes l'Iran n'oserait pas prendre des Américains en otage. S'ils avaient un vrai président, l'URSS n'avancerait pas ses pions en Afghanistan ou au Nicaragua car elle aurait peur de la réaction des États-Unis. C'est au tour de Ronald Reagan lui-même de monter à la tribune et de prendre la parole : il fait une blague sur la présence des caméras de télévision, puis il évoque les États-Unis comme terre et refuge de la liberté, et il termine par un instant de prière. Plus tard, il regarde le film Law and order, avec son épouse Nancy à ses côtés. Un conseiller vient le chercher pour réviser les sujets qui seront abordés lors du débat télévisé du soir même avec le président Jimmy Carter. Ce dernier termine sa réponse sur la lutte contre la dépression économique, Reagan répond avec un bon mot : Récession, dépression… Puisque Jimmy Carter veut jouer sur les mots, il va lui donner des définitions. Une récession, c'est quand son voisin perd son boulot. Une dépression, c'est quand on perd le sien… Et la reprise, c'est quand Jimmy Carter perd le sien. Il termine en invitant à voter pour lui pour rendre sa grandeur à l'Amérique. Les élections se tiennent et les Républicains l'emportent largement dans quarante-quatre états. Le vingt janvier 1981, le président Carter cherche à joindre le président à venir, en vain, ce dernier dort et il ne veut pas être dérangé. Vient enfin la cérémonie d'investiture, mais Reagan ne souhaite toujours pas parler des otages en Iran avec Carter. Il prête serment, et dans son discours il pointe du doigt le fait que le pays souffre d'un trop gros fardeau fiscal, que les Américains ne peuvent pas vivre au-dessus de leurs moyens en empruntant toujours plus. Ils doivent agir aujourd'hui pour préserver demain. Il conclut dans un premier temps par : Dans la crise actuelle, le gouvernement n'est pas la solution, le gouvernement est le problème. Dans un second temps, il assène qu'ils peuvent accomplir de grandes choses, il suffit d'y croire, ils sont américains ! Les journalistes expliquent que le président Reagan a très nettement insisté sur la baisse des impôts et sur la nécessité d'une politique beaucoup moins interventionniste sur le plan économique, accompagnée d'une saine gestion des ressources de l'état fédéral. Au moins les auteurs annoncent clairement leur positionnement dès la couverture, que ce soit le titre qui qualifie le président quarantième président des États-Unis ou par l'image qui l'affuble d'une moustache de forme caractéristique, par l'espace laissé blanc. Ainsi bien conscient du parti pris affiché des auteurs, le lecteur sait qu'il va découvrir un récit à charge contre Ronald Reagan (1911-2004), pointant du doigt ses capacités intellectuelles limitées et une façon dictatoriale d'agir, ou plutôt démagogique. Ils établissent un portrait peu flatteur : une forme de narcissisme s'exprimant par un amour et une nostalgie pour les films dans lesquels il a tourné dans sa jeunesse, ainsi que des jugements de valeur peu flatteurs sur un acteur comme Rock Hudson. Il fait preuve de différentes formes d'irresponsabilité comme le fait de faire passer son sommeil (par exemple sa sieste) avant les affaires d'état, ou partir de manière impromptue dans sa résidence de vacances en laissant tous les dossiers en plan. Ils le dépeignent comme incapable d'assimiler les informations relatives à des dossiers complexes, de retenir le nom de ses interlocuteurs (par exemple d'autre chefs d'état), de s'arcbouter sur certaines décisions contre l'avis de ses conseillers et des experts (la guerre des étoiles en armant des satellites), sans oublier ses blagues pas toujours drôles, dont celles anti-communistes primaires racontées à Mikhaïl Gorbatchev (1931-2022). Évidemment, le lecteur sourit en voyant cet individu président de la première puissance mondiale, dépeint comme un crétin, un patriote aveugle content de lui-même, un homme politique qui y va au flanc, un bluffeur doué et chanceux, un homme persuadé de son propre bon sens, une incarnation sur pattes de l'effet Dunning-Kruger. Quel que soit ses convictions politiques, il est possible d'y voir une confirmation du peu d'estime que l'on peut entretenir vis-à-vis des hommes politiques, ou une caricature tellement forcée qu'elle est sans rapport avec la réalité, et qu'on ne saurait s'en trouver vraiment offensé. Les relations entre les deux blocs Est-Ouest deviennent une comédie virant à la farce, l'amitié naissante entre Reagan et Gorbatchev devient irrésistible entre le roublard médiatique et le bosseur responsable. De temps en temps, une affaire ressort, tellement grosse qu'elle aussi participe à cette ambiance humoristique. Donc, parce que quand même, l'affaire Iran-Contra (Contragate), c'est du lourd, que le lecteur la découvre dans la très courte présentation qui en est faite dans cette bande dessinée, ou qu'il en ait suivi les développements au fil des années, du scandale aux annulations de peine, immunités et pardons présidentiels. L'artiste réalise des dessins dans un registre réaliste et descriptif. Il sait très bien restituer l'apparence de Ronald Reagan, de Mikhail Gorbatchev, et des autres hommes politiques connus. Sa narration visuelle constitue une reconstitution historique solide et documentée, que ce soient les véhicules d'époque, ou les tenues. Il met en œuvre l'équivalent d'une discrète trame mécanographiée de couleur, évoquant à la fois une technique d'impression obsolète, et une sorte de voile qui ternit les souvenirs datant d'une autre époque. le lecteur apprécie l'évocation visuelle du passé très détaillée. Les différents lieux : les rues de Manhattan, la maison blanche, un porte-avion, Berlin et Checkpoint Charlie, la porte de Brandebourg, le ranch Reagan de Santa Barbara, l'ambassade de la Fédération de Russie, la statue de la Liberté, la grande salle de conférence de l'Organisation des Nations Unies, le Kremlin, la villa Fleur-d'Eau à Versoix dans le canton de Genève pour le sommet de 1985, Reykjavik pour le sommet suivant, la place rouge, etc. Au gré de la politique extérieure du président des États-Unis, le lecteur peut se retrouver au Nicaragua, ou en Iran, le temps d'une case. L'artiste impressionne par la consistance de ses pages et des cases, entre huit et dix par page. Il amalgame harmonieusement les visuels connus car diffusés par les médias, et les scènes de réunions officielles, de réunions de travail, de moments plus personnels de la vie de Reagan, souvent accompagné de son épouse Nancy Reagan (1921-2016). Le lecteur savoure les plans de prise de vue et la direction d'acteurs. L'artiste sait restituer la dimension humaine de chaque séquence, souvent grâce au comportement de Reagan lui-même, et aux réactions de son entourage, mises en scène également à charge la plupart du temps, en cohérence avec le scénario. Il représente le président avec les rides qui attestent de son âge, et la retenue qui sied à une telle fonction, tout en faisant ressortir une touche cowboy de temps à autre, avec une chemise ou un ceinturon. Sans verser dans la caricature ou l'exagération, il fait apparaître des expressions de visage révélatrices, soit de la rouerie de Reagan, soit de l'exaspération plus ou moins prononcée de ses interlocuteurs. Le lecteur découvre régulièrement une scène saisissante au détour d'une case, telle cette rencontre de Reagan avec ses généreux donateurs pour sa campagne de réélection, parmi lesquels il reconnaît du premier coup d’œil, un certain Donald J. Trump. De temps à autre, un comportement de Reagan ou une de ses décisions provoquent une prise de recul chez le lecteur. Pour commencer, il exerce l'autorité présidentielle, et il sait prendre quelques décisions. Ensuite, il réalise certains de ses discours lui-même, avec une sensibilité populiste qui leur confère une portée et une efficacité redoutable. Par ailleurs, le lecteur garde à l'esprit que personne ne pouvait être dans la tête du président quand il prenait une décision, et que ces scènes correspondent au mieux à des propos rapportés par des tiers, des témoins de premier rang, ou pour certaines à des articles de journaux. Ensuite, même sans connaître dans le détail les réalisations de l'administration de ces deux mandants, il se doute que d'autres choses ont été accomplies, par exemple l'amnistie de trois millions d'immigrés clandestins et la prise en charge d'urgence de tous les patients par les hôpitaux, percevant des aides au titre de Medicare. Et de nombreux faits sont omis, à commencer par la tentative d'assassinat du trente mars 1981 à l'encontre de Reagan qui fut touché d'une balle à la poitrine. Enfin, la gouvernance d'un pays, et a fortiori des États-Unis, relève d'une mécanique beaucoup plus complexe que les seuls choix de son président. Tout ceci renvoie le lecteur au parti prix explicite des auteurs et à la narration orientée qui en découle : partiale, certainement révélatrice d'un pan de la personnalité de Reagan, forcément incomplète, mettant en lumière qu'il ne s'agit que d'un homme avec ses imperfections, et la nécessité d'un contre-pouvoir. Mais quand même… Lorsque Trump déclare à son voisin que : Il ne faut pas se fier aux politiques, on n'est jamais aussi bien servi que par soi-même, tant que les affairistes n'auront pas un des leurs installés à la Maison Blanche, ils seront exposés aux dangers de la démocratie, le lecteur sent un mélange d'indignation et de fatalité s'abattre sur lui. Un titre indiquant explicitement le parti pris des auteurs, et l'approche insolente de l'ouvrage. Ce choix induit également une forme de narration amusée très agréable à la lecture. Les auteurs font œuvre d'une solide reconstitution historique bien documentée, de cette période riche en événements. Ils ont choisi leur axe : le rôle de Ronald Reagan dans la fin de la guerre froide. En fonction de ses convictions, le lecteur se positionne par rapport à ce point de vue, la bande dessinée générant en lui une prise de recul l'incitant à réfléchir sur les différentes facettes de cette réalité complexe. Une œuvre salutaire de réflexion.

02/04/2025 (modifier)
Par grogro
Note: 4/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Les Mouvements célestes
Les Mouvements célestes

L’Italie est décidément encore loin d’avoir livré tous ses secrets en matière de 9e Art. Chaque année apporte son lot de talent. Cette année, c’est donc au tour de Michele Peroncini de signer là, en même temps que sa toute première BD, un coup de maître. Ou peu s’en faut… Le scénario est tranquille. Il s’étire, prend le temps du soleil d’Italie. Tout au long de ma lecture, on relève un parallèle flagrant avec le cinéma. On songe indistinctement à Visconti ou Antonioni pour l’aspect parfois très onirique où les scènes de rêves se mêlent étroitement à la réalité. L’ambiance générale rappelle celle des films de Risi, populaire. On songe aussi à Benigni ou Moretti pour l’humour et les dialogues aux petits oignons frais. Les mouvements célestes est baigné dans la comédie italienne des sixties. Peroncini en outre, nous offre des personnages truculents à travers ce trio déjanté. Mais tous les personnages sont bons. Ajoutons que l’humour est bien présent (d’où la comédie italienne). Et puis, n’est-ce pas l’auteur lui-même qui se représente sous les traits de Gian ?... Mais c’est surtout le dessin qui m’a renversé. C’est un régal du début à la fin. Le trait est à la fois délié et très précis. Le travail sur la couleur se distingue de manière notable pour sa très grande qualité. Chaque page ou presque apporte sa petite surprise : effet de couleur, jeu de lumière… J’ai lu cette BD d’une traite, et seules les vingt dernières pages m’ont un peu laissé perplexe, au moment où le récit part dans le fantastique hallucinatoire pour ne plus revenir. Quant à la toute fin, j’avoue ne pas avoir tout compris. Mais qu’importe ! Cette lecture a été un tel plaisir que je ne peux que mettre un coup de cœur. J’ai éprouvé la même voracité que lors de ma découverte de Pierre-Oliver Gomont, à qui au passage Peroncini peut être comparé en ce qui concerne le dynamisme du récit. Une très bonne surprise !

02/04/2025 (modifier)
Couverture de la série Cometa
Cometa

Je serais bien en peine de faire un résumé clair de cette histoire, entièrement muette et finalement très vite lue. Tout ceci peut évidemment dérouter certains lecteurs, peut-être en repousser d’autres, je ne sais pas. Mais moi, c’est tout à fait le genre de choses qui me plaisent. Je rangerais cet album dans la même catégorie que le plutôt récent Tremen. Cometa est publié par les Humanos, et c’est comme une évidence, tant ce type de récit, certaines des péripéties, l’esthétique un peu aussi, rappellent ce qu’ils publiaient dans les années 1970/1980. Quelques images ou idées m’ont fait penser à Moebius, ou au Bilal de cette époque en tout cas. Le dessin use d’un trait très réaliste et classique, assez fin, et le Noir et Blanc est impeccable. C’est à la fois épuré pour certains décors, et minutieux pour certains détails. Un récit onirique, poétique, avec quelques touches violentes, inquiétantes, un peu d’absurde. Et un étrange merveilleux qui accompagne notre voyageur. Elie Huault (dont il semble que ce soit le premier album publié) possède un très grand talent graphique. Mais aussi une belle imagination. Une chouette lecture en tout cas.

02/04/2025 (modifier)
Couverture de la série L'Amour est au menu
L'Amour est au menu

Romance et gastronomie, émancipation et féminisme, amitié et famille trouvée, … Cette série mêle des thèmes très intéressants et le résultat final est bon (j'étais à ça de dire "savoureux", sachez-le). C'est une histoire d'amour entre deux voisines, ayant toutes deux créé un lien un soir par hasard. L'une est passionnée de cuisine mais mange peu, l'autre est une grande mangeuse mais ne sait pas cuisiner, leur complémentarité parait évidente. Pourtant, les deux sont assez différentes : l'une est une petite personnalité sur les réseaux sociaux, est toujours vive et souriante, l'autre est une simple aide de magasin, est plus taciturne. Toutes deux se retrouvent tout de même sur certains points, l'amour de la nourriture déjà, mais également le sentiment d'ostracisation créé par les attentes familiales et le reste de la société japonaise extrêmement patriarcale. Oui, contre toute attente, au milieu de cette ode à la romance simple et la gastronomie faite maison se cache également un propos très intéressants sur les conséquences des injonctions patriarcales sur les femmes. Une femme se doit d'être jolie pour les hommes, une femme se doit de savoir cuisiner pour son mari, une femme se doit de ne pas beaucoup manger pour rester mince et désirable, une femme se doit de trouver un petit-ami, et non une petite-amie. Or, problème, aucune de nos deux protagoniste ne parvient à rentrer dans les carcans que la société attend d'elles : l'une refuse de se priver (tant en ce qui concerne la nourriture que la liberté de choisir sa voie), l'autre ne peut pas trouver l'amour aussi facilement que les autres (non seulement elle est lesbienne mais elle découvre également qu'elle est asexuelle, or la société contemporaine est non-seulement hétéro-centrée mais également extrêmement portée sur la sexualité). Autour d'elles, d'ailleurs, deux autres personnages féminins vont également s'ajouter, et elles aussi ne rentrent pas non plus dans les carcan : l'une est elle aussi lesbienne et asexuelle (en plus d'être très engagée sur le féminisme), l'autre souffre de troubles alimentaires. C'est une série adorable. Je ne m'attendais pas à autant l'apprécier, et pourtant plus ma lecture avançait et plus j'ai été charmée. Les personnages sont sincèrement attachants, leur romance est simple et crédible, son évolution est fluide. C'est du bon. J'ai particulièrement apprécié ce sentiment de réalisme qui accompagne le récit. Les personnages ne sont pas parfait, on ne glisse pas sous le tapis des éléments de la vie de tous les jours par peur de perte de glamour, on nous parle donc de règles, de problèmes d'argents, de problèmes familiaux, des relations qui se créent, … Même le sujet de l'homosexualité est traité avec beaucoup de sérieux, on n'oublie pas les difficultés que cela cause dans une société comme celle du Japon et on traite même le sujet de la diversité au sein-même des minorités romantiques, sexuelles et de genre (en tant que concernée je suis toujours contente de voir ce sujet traité avec soin). La série est belle et a réussi à me toucher le cœur en plus de l'estomac. Bien sûr que je la recommande.

02/04/2025 (modifier)
Couverture de la série Flavor Girls
Flavor Girls

Flavor Girls, c'est une recette classique faites avec beaucoup d'amour : des magicals girls sur le thème des fruits et des légumes, une invasion alien avec des designs façon Super Sentaï, une planète ravagée, un climat post-apocalyptique et des héroïnes qui n'oublient pas de déconner entre deux moments de tensions. Le récit est exactement tel que ce résumé peut vous le laisser entendre, c'est un délire constant d'actions explosives et de couleurs bariolées. Le récit alterne entre les moments légers et les moments lourds (notamment dans les flashbacks de la catastrophe), on sent un grand amour pour les séries de Magical Girls (et autres histoires délirantes du même genre) tout du long et l'histoire est traitée avec tout le sérieux et la légèreté qu'on s'attendrait. Les dessins de Loic Locatelli sont, comme à son habitude, très beaux. Il a un style très inspiré manga (parfait dans le contexte) et n'hésite pas à jouer sur les déformations pour souligner le mouvement, l'action et les effets comiques (choix artistique qui ne fait pas forcément l'unanimité mais pour lequel j'ai un faible). Ici, il met de la couleur, beaucoup de couleur, encore plus de couleur qu'à son habitude. Les cases sont de véritables bonbons visuels, je frôle l'hyperglycémie mais j'en redemande volontiers. Pour l'instant il ne s'agit que d'un premier tome mais l'on aperçoit déjà beaucoup de qualité dans ce début. C'est une histoire simple dans sa forme, très agréable à lire, mais qui sait déjà nous montrer que son fond lui est sérieux. Délirant mais traité avec sérieux. L'histoire est on ne peut plus prometteuse et je sais déjà que je suivrais cette série dès la sortie des prochains tomes. En tout cas, chose rare, j'ai un coup de cœur dès le premier tome. (Note réelle 3,5)

02/04/2025 (modifier)
Couverture de la série Ma révérence
Ma révérence

Après l'excellent Alim le tanneur, je suis à nouveau emballé par une BD scénarisée par Wilfried Lupano ! Alors même si on peut effectivement critiquer cette ode à l'oisiveté et à la France "d'en bas", on ne peut que se prosterner devant une telle efficacité narrative et un scénario aussi prenant qui évite le piège de basculer dans la facilité. A ce titre, je trouve ainsi la fin juste parfaite. Les personnages sont également plus complexes qu'ils n'y paraissent de prime abord, avec une mention spéciale à Gaby, le fan de Johnny un brin alcoolique. Son duo formé avec le héros Vincent fonctionne parfaitement. Lupano profite ainsi de cette chronique sociale pour analyser avec beaucoup d'acidité et d'ironie la vie quotidienne de ces marginaux qui ont refusé de suivre le chemin classiquement tracé. A plusieurs reprises, je me suis ainsi surpris à tantôt sourire (voire rire) face à la cocassité de certaines scènes et tantôt être ému lors de certains passages plus durs. Au niveau du dessin, même si cela reste agréable à l’œil avec une colorisation relativement dynamique, il s'avère pour moi un cran en dessous du scénario, m'empêchant d'attribuer la note ultime de 5/5. Une BD à posséder sans hésitation. SCENARIO (Originalité, Histoire, personnages) : 9/10 GRAPHISME (Dessin, colorisation) : 7/10 NOTE GLOBALE : 16/20

01/04/2025 (modifier)
Par Blue boy
Note: 4/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Le nirvana est ici
Le nirvana est ici

D’emblée, l’histoire démarre comme un thriller dont la tension ne se relâchera guère jusqu’à la fin. Mais ce qui renforce l’intérêt du livre, c’est la poésie et l’humour qui sont les autres ingrédients de ce récit très dynamique, abordant des thématiques sociales et sociétales très contemporaines, très universelles aussi, dans l’Allemagne des années 2020. A commencer par la question de l’immigration « clandestine », qui transforme les humains en marchandise, pris entre l’enclume des réseaux de passeurs ou de prostitution et le marteau des lois du pays de destination, de moins en moins accueillants. La narration est centrée sur cette adolescente, Tâm, dont les parents vietnamiens (qui ont évidemment pour patronyme Nguyen – prononcez « Nuit-hyène » !) sont arrivés dans cette banlieue de Berlin après avoir fui le communisme dans les années 70. Dotée d’une personnalité bien trempée, celle-ci va s’enticher de la jeune Hoa Binh, débarquant elle aussi du Viet-Nam mais recrutée sur place par des maquereaux professionnels, qui avait pour but de la faire « travailler » en Occident… Après avoir réussi à fuir, Hoa Binh va devoir se cacher pour échapper à ses poursuivants, et sa chance sera de croiser la route de Tâm, qui se fera un devoir de la protéger, découvrant par la même occasion son attirance pour la jeune fille… Et c’est un autre point fort de l’album, une galerie de personnages très bien campés, parfois hauts en couleur, dont les routes vont se croiser à la faveur des événements. En contrepoint de Tâm, il y a Alex, le garçonnet blondinet et solitaire qui a pour marotte de faire voler son drone au milieu des barres hlm de son quartier. Celui-ci se réfugie souvent chez sa vieille copine Hella, une ancienne actrice forte en gueule qui survit dans sa cabane de jardin à l’aide de sa maigre retraite. Et puis il y a aussi Dennis, le frère aîné de Tâm, amateur de black metal (hardcore) un rien anémique, et Marina, la plus badass des ados du quartier, qui, en bonne dominatrice, a jeté son dévolu sur Dennis, donnant lieu aux scènes les plus hilarantes du livre. Oui, parce qu’on rit beaucoup aussi avec ce thriller captivant, qui n’oublie pas non plus de glisser des moments de tendresse et de poésie. Le trait vif de Mikael Ross n’y est pas pour rien, sachant d’adapter à toutes les situations. D’une tournure plus « manga » dans les scènes de course-poursuite, plus cartoon pour les passages humoristiques, et plus délicat pour les phases plus intimes, plus paisibles. On notera cette représentation du désir très pertinente par un rougeoiement auréolant la case entière lorsque Tâm se rapproche de Hoa Binh, une trouvaille simplissime et géniale, là où par un processus indicible et extrêmement touchant, l’amitié vire à l’amour passionnel… Cette seule touche de couleur justifie à elle seule le choix du noir et blanc, recentrant vers le registre amoureux une histoire qui aux yeux de certains aurait pu passer pour un simple thriller. Ode à l’amour autant qu’à la liberté, « Le nirvana est ici » s’impose comme une des meilleures surprises de ce début d’année. Je découvre avec cet album un auteur véritablement virtuose. L’Allemand Mikael Ross signe ici sa cinquième bande dessinée en tant que dessinateur, aux côtés du scénariste belge Nicolas Wouters (Les Pieds dans le Béton et Totem), et sa troisième en étant seul aux manettes (Apprendre à tomber et Ludwig et Beethoven). Non seulement on aura envie de découvrir voire redécouvrir ses précédentes productions, mais ce qui est certain, c’est qu’on ne va pas le lâcher comme ça ! Un coup de cœur, tout comme toi, frérot ;-)

31/03/2025 (modifier)
Par Cacal69
Note: 4/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Fantasy - Yourcenar / Alma
Fantasy - Yourcenar / Alma

Comme le titre l'indique, de la fantasy, mais avec une touche d'originalité. Un album qui dans son mode narratif me rappelle L'Orfèvre (Lozes) et Tremblez enfance Z46, mais une ressemblance toute relative, puisqu'ici pas besoin de retourner le bouquin ou plusieurs possibilités de compréhension. Donc, deux couvertures et deux sens de lecture. La première (Alma) se lit à l'européenne, tandis que la seconde (Yourcenar) se lit comme un manga. Les deux histoires se rejoignent en milieu d'album pour une fin identique, mais avec une vision différente suivant l'héroïne qui est au centre du récit. Vous pouvez commencer par l'une ou l'autre des histoires. Alma est une princesse qui a consacré sa jeunesse à un entraînement intensif. Elle est devenue une guerrière aguerrie et elle est enfin prête pour "la saignée". Un périple qui va l'emmener à la porte du royaume des dieux pour asseoir le pouvoir de la royauté. Yourcenar est une jeune géante et le rituel de passage chez l'oracle va bouleverser sa vie. Alors qu'elle pensait s'unir avec Tamarie, la prédiction de l'oracle est tout autre, elle va devoir attendre 1000 ans pour trouver l'amour. Deux récits distincts, l'un plutôt guerrier (Alma) et l'autre plus philosophique (Yourcenar) où la vengeance, l'amour, le sacrifice et le mensonge seront vos compagnons de voyage. Deux jeunes femmes au fort tempérament et dont les destins finiront par se croiser. Un album qui soulève beaucoup de questions et qui pousse à la réflexion, et la religion, le fait de vénérer des soi-disant dieux, sera le déclenchement de bien des malheurs (comme trop souvent hélas). Deux histoires complémentaires qui permettent de comprendre les positions des deux mondes. C'est brutal, touchant et ça reflète la part sombre de notre humanité pour un final qui réunira nos deux héroïnes pour l'éternité, mais pas dans un bel happy end. Laissez-vous surprendre. Le seul petit reproche, c'est parfois un peu trop verbeux, surtout Yourcenar, mais les nombreuses planches sans texte permettent de souffler et de repartir de plus belle. La partie graphique est grandiose. Un dessin expressif, créatif et immersif qui doit beaucoup aux choix des couleurs. Celles-ci sont magnifiques. Une mise en page qui en met plein les yeux, il y a d'ailleurs un effet miroir entre les deux récits. Superbe ! Encore un indispensable pour les aficionados de Fantasy après L'Île aux orcs. Et je vous invite à découvrir Bubble éditions. Coup de cœur.

28/03/2025 (modifier)
Par Bruno
Note: 5/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Dans ses yeux
Dans ses yeux

Un récit touchant, ponctué de moments très drôle. Une lecture qui fait du bien, et qui aborde la malvoyance d'une manière complètement nouvelle : avec humour et honnêteté.

28/03/2025 (modifier)
Couverture de la série Célestin et le coeur de Vendrezanne
Célestin et le coeur de Vendrezanne

Les contes de la Pieuvre, c’est magique (oui je sais je me répète). Fannie, le dernier en date, m’a donné envie de me replonger dans cet univers. Et c’est avec une grande délectation que je m’exécute. Célestin ne déroge pas à la magie, mieux elle lui donne ces titres de noblesse. C’est toujours maîtrisé et exécuté de mains de maître. Un grand moment de bonheur cette série et particulièrement la lecture de ce récit. Je l’avais évidemment apprécié lors de ma 1ere découverte mais connaissant dorénavant la suite ou le destin de certains intervenants, il se savoure davantage. Bravo à Gess de dépeindre ce petit monde toujours avec autant de brio, il m’avait déjà conquis dès Gustave Babel (le 1er album autour de la Pieuvre) mais chaque nouvelle rencontre ajoute sa pierre (complexifiant tout en simplifiant notre compréhension de l’univers), pour en faire un tas de cailloux qui se déguste. Un Must pour moi.

26/03/2025 (modifier)