3.5
Une série jeunesse qui m'a bien captivé pour le moment.
Certes, le premier tome était surtout introductif, mais l'univers créé par les auteurs est assez riche pour que cela ne m’ait pas dérangé qu'on découvre petit à petit la vie sur l'Atlantide. Et puis tout le long de l'album il y avait des péripéties et je n'avais jamais eu l'impression qu'on faisait du surplace ou qu'on étirait inutilement une scène comme c'est le cas avec pleins de tomes 1 de séries que j'ai lu jusqu'à présent. Les deux premiers tomes sont de qualités égales selon moi et j'espère que la suite va être du même niveau.
Les personnages sont attachants même s'ils sont parfois un peu trop caricaturaux (en même temps c'est une série pour les jeunes), c'est remplis de rebondissement et le dessin est dynamique. Je pense que j'aurais adoré lire cette série durant ma propre jeunesse.
Je pense que c'est une BD qui mérite un 3.5 mais que je rehausse parce qu'elle m'a pris par surprise et qu'elle m'a gardé pendant un long moment dans le flou quant à son histoire. Presque jusqu'au climax, je me demandais où tout cela allait mener.
Cette histoire d'un homme qui craque et part à la campagne, contempler les éoliennes, a un petit gout de comédie française. Et d'ailleurs le début m'orientait dessus même si le personnage est justement en train d'écrire une comédie de ce genre. Un message de l'autrice annonciateur de la suite, c'est-à-dire une histoire bien différente de ces comédies qu'on nous ressert sur les néo-ruraux. Parce qu'ici le récit est mené très différemment, commençant dans une version presque idyllique de ces campagnes et du retour à la nature : nouvelle vie dans une maison, vue magnifique, voisine sympathique et charmante, des gens simples dans le bar local, l'inspiration qui revient, le dialogue avec ses filles ... Sauf que la vie n'est jamais aussi rose, et que progressivement il y aura le retour de manivelle.
Ce que j'ai apprécié, c'est que la BD parle de plusieurs sujets qu'elle arrive à corréler sans pour autant indiquer que ce sont des sujets importants. Ils servent plutôt de toile de fond à la crise que vivra le personnage principal. Que ce soit la question de ses filles et de la violence scolaire, les discours des piliers de comptoir qui commencent par la lutte anti-éolienne mais finissent sur du sexisme et du rejet primaire. Les éoliennes sont aussi au centre de beaucoup de débats, pour lesquelles l'autrice ne donne aucune réponse mais qui montre à quel point n'importe quoi devient sujet de débat qui finissent en conflit.
C'est une BD étrange, au ton assez triste malgré des personnages positifs (notamment Marjolaine qui doit supporter beaucoup), brocarde l'idée des néo-ruraux et amène des questions sur cet homme en crise. A qui la faute ? La BD est sans réponse claire même si elle montre au final des victimes d'une situation qui semble complexe. Pas vraiment de conclusion claire, mais une fin amère.
Le dessin de Cati Baur que je connaissais par d'autres BD va assez bien à l'ensemble. C'est faussement naïf, parfois déformé dans les visages lorsqu'on s'approche mais sans jamais être mauvais non plus. Coloré et agréable, il a un bon rendu final.
Lecture recommandée, franchement j'ai été surpris !
Série intéressante par la manière dont elle projette les tensions nord-irlandaises dans un cadre contemporain. Le récit s’appuie sur une vision clairement romancée, voire volontairement exagérée des résurgences de la violence, ce qui peut interroger sur sa vraisemblance factuelle, mais ce parti pris sert efficacement le propos. L’album interroge avec pertinence l’héritage des conflits, la transmission de la haine, la possibilité du pardon et la tentation de la vengeance, sans jamais se limiter à un simple rappel historique.
La dimension historique et politique constitue un socle solide, mais c’est surtout le traitement humain qui donne de l’épaisseur à l’ensemble. La relation amoureuse centrale, apporte une respiration bienvenue et une forme de rondeur émotionnelle à un récit globalement dur et tendu. Le cliché est présent, mais maîtrisé, et fonctionne comme un liant narratif plutôt que comme une facilité.
Graphiquement, le dessin de Vincent Bailly se fait plus sobre et moins caricatural que dans Coupures irlandaises. Même peine toujours un peu à me séduire, grâce à sa 'rondeur' supplémentaire, il finit par s’imposer par sa lisibilité et sa constance au fil des pages.
J’adore les œuvres autobiographiques, et plus particulièrement ce genre de témoignage « brut de décoffrage » aux thématiques difficiles.
Il est question de crise identitaire (Jim Terry est un métis amérindien), du traitement des peuples indigènes nord-américains, mais aussi (et surtout) de déchirements familiaux et d’alcoolisme. Ce dernier point est central au récit, et est assez violent – l’auteur se raconte sans filtre, avec suffisamment d’autodérision pour que le récit ne tombe pas dans le misérabilisme larmoyant. J’ai trouvé le ton juste et les problèmes relationnels entre l’auteur et ses parents touchants et bien amenés.
La mise en image est réussie et m’a un peu rappelé le style de Will Eisner – il y a pire comme référence. L’auteur finit par avouer que Eisner fut une grande inspiration à ses débuts, ce qui ne m’étonne pas du tout. Par contre contrairement à Noirdésir, je ne comprends pas trop pourquoi l’avant-dernier chapitre est purement textuel (et lettré à la main dans la VO, donc pas super lisible). Il s’agit peut-être d’un choix narratif, mais j’ai vu ça comme un raccourci, une économie de moyens et de pages.
Cela étant dit, je reste sur une impression très positive… inutile de vous infliger la lecture de ce pavé si vous êtes allergiques aux autobiographies nombrilistes, mais moi, c’est ma came !
Au hasard d'un certain site de vente en ligne, je suis tombé sur cette bande. Les couvertures ont électrisé mon regard et j'ai craqué. Alors qu'est ce que ça vaut?
Blue est une bande appartenant au genre SF post apo, réalisée en 85 et 87 par deux jeunes auteurs. On les sent complètement passionnés par ce premier pied dans la bande dessinée.
J'ai adoré le style visuel. C'est un cocktail de plein d'influences. Un des personnages ressemble à Robert Smith. L'ambiance générale fait penser à des mangas comme Cobra ou Ken le survivant.
Les décors et les voitures sont sublimes tandis que les corps et les visages sont... Aléatoires. Parfois très beau et parfois dessinés en dépit du bon sens niveau proportions.
Le dessinateur a du mal à dessiner le mouvement. Les personnages de loin sont moches. Les coupes de cheveux sont ultra kitch.
Et pourtant on décèle l'influence de Klimt pour dessiner les visages, un peu comme dans Slaine.
Et pourtant il y a ce travail sur les tons de couleurs bleu et violet qui crée à lui tout seul tout un univers. Qui nous plonge dans une ambiance barbare faisant penser aux Guerriers de la nuit de Walter Hill...
Le scénario a été la bonne surprise. Je m'attendais à un navet de série Z mais on est plus sur de la série B ambiance fin du monde avec quelques touches de fun.
Bon je m'arrête là. J'ai adoré découvrir cette petite pépite qui a plein de défauts mais un charme unique. Avec cette impression d'être un archéologue dénichant un pur artefact des années 80.
C'est ce que j'ai lu de mieux d'Hermann jusqu'à présent hors série.
Je me sens obligé de mettre la note maximale. La narration est brillante. On va dire pour ne rien révéler que l'histoire raconte le rude apprentissage de la vie d'un jeune américain à l'époque des cowboys fin du 19eme siècle.
Au niveau du dessin, Hermann a rarement été aussi impliqué. La qualité de ces albums en couleurs directes est souvent aléatoire. Ici c'est sublime.
Le meilleur one shot d'Hermann.
Miville-Deschenes est un des rares dessinateurs des années 2000 qui m'intéressent, parce qu'il sait encore pratiquer le style réaliste. Il dessine très bien les corps, les animaux, les bâtiments.
C'est sa première collaboration avec Runberg. Actuellement ils sont en train de réaliser une autre série incontournable, Zaroff.
Ici Runberg nous livre un scénario de bonne facture avec cette alliance entre différentes tribus antiques/mythologiques.
J'ai juste regretté que la plupart des personnages secondaires (pas tous) soient un peu trop stéréotypés ou fades.
Une saga de fantasy très fortement conseillée.
L'état morbide de Daniel Hulet a connu récemment une réédition. On conseillera plutôt les EO ou l'intégrale de 1995 dont la typographie respecte les codes des éditions originales.
C'est un récit d'épouvante somme toute classique qui joue sur la frontière entre le réel et l'imaginaire.
Oui il y a plusieurs niveaux de compréhension - c'est ce qui fait la force de l'oeuvre - mais on peut s'arrêter au premier niveau d'explication - un homme victime d'un stratagème diabolique - sans être perdu ou frustré.
Les éléments fantastiques sont percutants. J'ai apprécié la chute de chacun des trois tomes. La caractérisation du héros est originale aussi - il aime ecouter du Cabaret Voltaire et a pour compagnie une bande de punk arty.
Les réactions de rejet des contributeurs ci dessous m'ont assez amusé.
C'est vrai que l'ambiance urbaine gothique est assez inédite en bd et peut déstabiliser si on a pas les références.
Un peu comme les gens qui sont habitués à aller voir les Tuche et qui entreraient par erreur dans une salle projetant Eraserhead.
Visuellement c'est magnifique, avec un découpage moderne et une amélioration des couleurs à partir du tome 2.
Dommage que cette bande soit tombée dans l'oubli car pour moi c'est clairement culte et ça fait partie des incontournables des années 80-90.
Une longue composition autour du destin aventureux de deux jumeaux aux compétences musicales hors normes.
La reconstruction imaginaire de l'Europe à l'époque de Vivaldi et Bach est intéressante : on ne cherche pas du tout la description précise urbaine ou architecturale ( on ne reconnaîtra rien de Venise, Rome ou Amsterdam, malgré des noms à clefs assez parlants) mais les vêtements et les institutions politiques y font allusion.
Pour l'image, des collègues ont cité Gustave Doré, je pencherais plus vers Rembrandt. Mais avec une technique que j'imagine peut être à tort comme des lavis à l'encre, scannés et tramés, puis retravaillés pour y apposer les volutes de musique, blanches ou colorées. Cela déroute parce que cette technique de clair-obscure donne la texture d'un vieux journal où l'impression a bavé. Belle expérience visuelle ambivalente, à la fois somptueuse et sale.
Par ailleurs, la composition découpée en chapitres où le temps semble égal d'étape en étape, donne une sorte de puissance à l'histoire, par moments enthousiasmante et à d'autre tragique.
Deux bémols (si j'ose dire, dans ce contexte érudit de la musique)
1. les dialogues et leur caractère guindé, peu en accord avec le milieu social de départ des 2 héros, et qui installent, dès les premières pages, une distance désagréable entre le lecteur et les personnages
2. le personnage de Hans, le frère auquel on peine à s'identifier, parce qu'il n'exprime pas sa frustration, et elle n'explose que tardivement et constitue un levier important de la part tragique.
Le garçon aime jouer et repousser ses limites. Hélas, nouveau jeu, nouvelles limites : il harcèle de plus en plus une malentendante ! Et ce petit salaud entraînes les autres derrière lui. A force d'aller trop loin, le groupe se retourne contre lui. Bien fait ? Si on se met à la place de la victime, on le dira, mais cette pauvre malheureuse est bien gentille : elle lui pardonne.
Plus facilement que le groupe, et ça se comprend. Les groupes, qu'on se le dise, carburent à l'exclusion, et n'est-il pas plus satisfaisant de se détourner d'un harceleur en chef que d'une handicapée ou tout autre innocent ? On le raye donc du paysage, et lui de même, raye les autres de son paysage, ce que le manga montre bien en rayant le visage de ceux dont le "héros" se détourne. Outre cela, le dessin est dynamique et précis, les personnages de la personne handicapée, du harceleur devenu rejeté, et des mères des deux protagonistes principaux font tout à fait réalistes. Le manga est gentil, l'apprenti salaud se fait apprenti repentant avec la même ardeur, il connait donc la rédemption, et pourquoi pas ? La romance. Si on était chez Disney, des animaux parleraient, mais on aurait aussi une bonne dose de niaiserie !
En France, les livres sont au même prix partout. C'est la loi !
Avec BDfugue, vous payez donc le même prix qu'avec les géants de la vente en ligne mais pour un meilleur service :
des promotions et des goodies en permanence
des réceptions en super état grâce à des cartons super robustes
une équipe joignable en cas de besoin
2. C'est plus avantageux pour nous
Si BDthèque est gratuit, il a un coût.
Pour financer le service et le faire évoluer, nous dépendons notamment des achats que vous effectuez depuis le site. En effet, à chaque fois que vous commencez vos achats depuis BDthèque, nous touchons une commission. Or, BDfugue est plus généreux que les géants de la vente en ligne !
3. C'est plus avantageux pour votre communauté
En choisissant BDfugue plutôt que de grandes plateformes de vente en ligne, vous faites la promotion du commerce local, spécialisé, éthique et indépendant.
Meilleur pour les emplois, meilleur pour les impôts, la librairie indépendante promeut l'émergence des nouvelles séries et donc nos futurs coups de cœur.
Chaque commande effectuée génère aussi un don à l'association Enfance & Partage qui défend et protège les enfants maltraités. Plus d'informations sur bdfugue.com
Pourquoi Cultura ?
Indépendante depuis sa création en 1998, Cultura se donne pour mission de faire vivre et aimer la culture.
La création de Cultura repose sur une vision de la culture, accessible et contributive. Nous avons ainsi considéré depuis toujours notre responsabilité sociétale, et par conviction, développé les pratiques durables et sociales. C’est maintenant au sein de notre stratégie de création de valeur et en accord avec les Objectifs de Développement Durable que nous déployons nos actions. Nous traitons avec lucidité l’impact de nos activités, avec une vision de long terme. Mais agir en responsabilité implique d’aller bien plus loin, en contribuant positivement à trois grands enjeux de développement durable.
Nos enjeux environnementaux
Nous sommes résolument engagés dans la réduction de notre empreinte carbone, pour prendre notre part dans la lutte contre le réchauffement climatique et la préservation de la planète.
Nos enjeux culturels et sociétaux
La mission de Cultura est de faire vivre et aimer la culture. Pour cela, nous souhaitons stimuler la diversité des pratiques culturelles, sources d’éveil et d’émancipation.
Nos enjeux sociaux
Nous accordons une attention particulière au bien-être de nos collaborateurs à la diversité, l’inclusion et l’égalité des chances, mais aussi à leur épanouissement, en encourageant l’expression des talents artistiques.
Votre vote
Foudroyants
3.5 Une série jeunesse qui m'a bien captivé pour le moment. Certes, le premier tome était surtout introductif, mais l'univers créé par les auteurs est assez riche pour que cela ne m’ait pas dérangé qu'on découvre petit à petit la vie sur l'Atlantide. Et puis tout le long de l'album il y avait des péripéties et je n'avais jamais eu l'impression qu'on faisait du surplace ou qu'on étirait inutilement une scène comme c'est le cas avec pleins de tomes 1 de séries que j'ai lu jusqu'à présent. Les deux premiers tomes sont de qualités égales selon moi et j'espère que la suite va être du même niveau. Les personnages sont attachants même s'ils sont parfois un peu trop caricaturaux (en même temps c'est une série pour les jeunes), c'est remplis de rebondissement et le dessin est dynamique. Je pense que j'aurais adoré lire cette série durant ma propre jeunesse.
Vent mauvais
Je pense que c'est une BD qui mérite un 3.5 mais que je rehausse parce qu'elle m'a pris par surprise et qu'elle m'a gardé pendant un long moment dans le flou quant à son histoire. Presque jusqu'au climax, je me demandais où tout cela allait mener. Cette histoire d'un homme qui craque et part à la campagne, contempler les éoliennes, a un petit gout de comédie française. Et d'ailleurs le début m'orientait dessus même si le personnage est justement en train d'écrire une comédie de ce genre. Un message de l'autrice annonciateur de la suite, c'est-à-dire une histoire bien différente de ces comédies qu'on nous ressert sur les néo-ruraux. Parce qu'ici le récit est mené très différemment, commençant dans une version presque idyllique de ces campagnes et du retour à la nature : nouvelle vie dans une maison, vue magnifique, voisine sympathique et charmante, des gens simples dans le bar local, l'inspiration qui revient, le dialogue avec ses filles ... Sauf que la vie n'est jamais aussi rose, et que progressivement il y aura le retour de manivelle. Ce que j'ai apprécié, c'est que la BD parle de plusieurs sujets qu'elle arrive à corréler sans pour autant indiquer que ce sont des sujets importants. Ils servent plutôt de toile de fond à la crise que vivra le personnage principal. Que ce soit la question de ses filles et de la violence scolaire, les discours des piliers de comptoir qui commencent par la lutte anti-éolienne mais finissent sur du sexisme et du rejet primaire. Les éoliennes sont aussi au centre de beaucoup de débats, pour lesquelles l'autrice ne donne aucune réponse mais qui montre à quel point n'importe quoi devient sujet de débat qui finissent en conflit. C'est une BD étrange, au ton assez triste malgré des personnages positifs (notamment Marjolaine qui doit supporter beaucoup), brocarde l'idée des néo-ruraux et amène des questions sur cet homme en crise. A qui la faute ? La BD est sans réponse claire même si elle montre au final des victimes d'une situation qui semble complexe. Pas vraiment de conclusion claire, mais une fin amère. Le dessin de Cati Baur que je connaissais par d'autres BD va assez bien à l'ensemble. C'est faussement naïf, parfois déformé dans les visages lorsqu'on s'approche mais sans jamais être mauvais non plus. Coloré et agréable, il a un bon rendu final. Lecture recommandée, franchement j'ai été surpris !
Partitions irlandaises
Série intéressante par la manière dont elle projette les tensions nord-irlandaises dans un cadre contemporain. Le récit s’appuie sur une vision clairement romancée, voire volontairement exagérée des résurgences de la violence, ce qui peut interroger sur sa vraisemblance factuelle, mais ce parti pris sert efficacement le propos. L’album interroge avec pertinence l’héritage des conflits, la transmission de la haine, la possibilité du pardon et la tentation de la vengeance, sans jamais se limiter à un simple rappel historique. La dimension historique et politique constitue un socle solide, mais c’est surtout le traitement humain qui donne de l’épaisseur à l’ensemble. La relation amoureuse centrale, apporte une respiration bienvenue et une forme de rondeur émotionnelle à un récit globalement dur et tendu. Le cliché est présent, mais maîtrisé, et fonctionne comme un liant narratif plutôt que comme une facilité. Graphiquement, le dessin de Vincent Bailly se fait plus sobre et moins caricatural que dans Coupures irlandaises. Même peine toujours un peu à me séduire, grâce à sa 'rondeur' supplémentaire, il finit par s’imposer par sa lisibilité et sa constance au fil des pages.
Come Home Indio
J’adore les œuvres autobiographiques, et plus particulièrement ce genre de témoignage « brut de décoffrage » aux thématiques difficiles. Il est question de crise identitaire (Jim Terry est un métis amérindien), du traitement des peuples indigènes nord-américains, mais aussi (et surtout) de déchirements familiaux et d’alcoolisme. Ce dernier point est central au récit, et est assez violent – l’auteur se raconte sans filtre, avec suffisamment d’autodérision pour que le récit ne tombe pas dans le misérabilisme larmoyant. J’ai trouvé le ton juste et les problèmes relationnels entre l’auteur et ses parents touchants et bien amenés. La mise en image est réussie et m’a un peu rappelé le style de Will Eisner – il y a pire comme référence. L’auteur finit par avouer que Eisner fut une grande inspiration à ses débuts, ce qui ne m’étonne pas du tout. Par contre contrairement à Noirdésir, je ne comprends pas trop pourquoi l’avant-dernier chapitre est purement textuel (et lettré à la main dans la VO, donc pas super lisible). Il s’agit peut-être d’un choix narratif, mais j’ai vu ça comme un raccourci, une économie de moyens et de pages. Cela étant dit, je reste sur une impression très positive… inutile de vous infliger la lecture de ce pavé si vous êtes allergiques aux autobiographies nombrilistes, mais moi, c’est ma came !
Blue (Humanos)
Au hasard d'un certain site de vente en ligne, je suis tombé sur cette bande. Les couvertures ont électrisé mon regard et j'ai craqué. Alors qu'est ce que ça vaut? Blue est une bande appartenant au genre SF post apo, réalisée en 85 et 87 par deux jeunes auteurs. On les sent complètement passionnés par ce premier pied dans la bande dessinée. J'ai adoré le style visuel. C'est un cocktail de plein d'influences. Un des personnages ressemble à Robert Smith. L'ambiance générale fait penser à des mangas comme Cobra ou Ken le survivant. Les décors et les voitures sont sublimes tandis que les corps et les visages sont... Aléatoires. Parfois très beau et parfois dessinés en dépit du bon sens niveau proportions. Le dessinateur a du mal à dessiner le mouvement. Les personnages de loin sont moches. Les coupes de cheveux sont ultra kitch. Et pourtant on décèle l'influence de Klimt pour dessiner les visages, un peu comme dans Slaine. Et pourtant il y a ce travail sur les tons de couleurs bleu et violet qui crée à lui tout seul tout un univers. Qui nous plonge dans une ambiance barbare faisant penser aux Guerriers de la nuit de Walter Hill... Le scénario a été la bonne surprise. Je m'attendais à un navet de série Z mais on est plus sur de la série B ambiance fin du monde avec quelques touches de fun. Bon je m'arrête là. J'ai adoré découvrir cette petite pépite qui a plein de défauts mais un charme unique. Avec cette impression d'être un archéologue dénichant un pur artefact des années 80.
On a tué Wild Bill
C'est ce que j'ai lu de mieux d'Hermann jusqu'à présent hors série. Je me sens obligé de mettre la note maximale. La narration est brillante. On va dire pour ne rien révéler que l'histoire raconte le rude apprentissage de la vie d'un jeune américain à l'époque des cowboys fin du 19eme siècle. Au niveau du dessin, Hermann a rarement été aussi impliqué. La qualité de ces albums en couleurs directes est souvent aléatoire. Ici c'est sublime. Le meilleur one shot d'Hermann.
Reconquêtes
Miville-Deschenes est un des rares dessinateurs des années 2000 qui m'intéressent, parce qu'il sait encore pratiquer le style réaliste. Il dessine très bien les corps, les animaux, les bâtiments. C'est sa première collaboration avec Runberg. Actuellement ils sont en train de réaliser une autre série incontournable, Zaroff. Ici Runberg nous livre un scénario de bonne facture avec cette alliance entre différentes tribus antiques/mythologiques. J'ai juste regretté que la plupart des personnages secondaires (pas tous) soient un peu trop stéréotypés ou fades. Une saga de fantasy très fortement conseillée.
L'Etat morbide
L'état morbide de Daniel Hulet a connu récemment une réédition. On conseillera plutôt les EO ou l'intégrale de 1995 dont la typographie respecte les codes des éditions originales. C'est un récit d'épouvante somme toute classique qui joue sur la frontière entre le réel et l'imaginaire. Oui il y a plusieurs niveaux de compréhension - c'est ce qui fait la force de l'oeuvre - mais on peut s'arrêter au premier niveau d'explication - un homme victime d'un stratagème diabolique - sans être perdu ou frustré. Les éléments fantastiques sont percutants. J'ai apprécié la chute de chacun des trois tomes. La caractérisation du héros est originale aussi - il aime ecouter du Cabaret Voltaire et a pour compagnie une bande de punk arty. Les réactions de rejet des contributeurs ci dessous m'ont assez amusé. C'est vrai que l'ambiance urbaine gothique est assez inédite en bd et peut déstabiliser si on a pas les références. Un peu comme les gens qui sont habitués à aller voir les Tuche et qui entreraient par erreur dans une salle projetant Eraserhead. Visuellement c'est magnifique, avec un découpage moderne et une amélioration des couleurs à partir du tome 2. Dommage que cette bande soit tombée dans l'oubli car pour moi c'est clairement culte et ça fait partie des incontournables des années 80-90.
Soli Deo Gloria
Une longue composition autour du destin aventureux de deux jumeaux aux compétences musicales hors normes. La reconstruction imaginaire de l'Europe à l'époque de Vivaldi et Bach est intéressante : on ne cherche pas du tout la description précise urbaine ou architecturale ( on ne reconnaîtra rien de Venise, Rome ou Amsterdam, malgré des noms à clefs assez parlants) mais les vêtements et les institutions politiques y font allusion. Pour l'image, des collègues ont cité Gustave Doré, je pencherais plus vers Rembrandt. Mais avec une technique que j'imagine peut être à tort comme des lavis à l'encre, scannés et tramés, puis retravaillés pour y apposer les volutes de musique, blanches ou colorées. Cela déroute parce que cette technique de clair-obscure donne la texture d'un vieux journal où l'impression a bavé. Belle expérience visuelle ambivalente, à la fois somptueuse et sale. Par ailleurs, la composition découpée en chapitres où le temps semble égal d'étape en étape, donne une sorte de puissance à l'histoire, par moments enthousiasmante et à d'autre tragique. Deux bémols (si j'ose dire, dans ce contexte érudit de la musique) 1. les dialogues et leur caractère guindé, peu en accord avec le milieu social de départ des 2 héros, et qui installent, dès les premières pages, une distance désagréable entre le lecteur et les personnages 2. le personnage de Hans, le frère auquel on peine à s'identifier, parce qu'il n'exprime pas sa frustration, et elle n'explose que tardivement et constitue un levier important de la part tragique.
A Silent voice
Le garçon aime jouer et repousser ses limites. Hélas, nouveau jeu, nouvelles limites : il harcèle de plus en plus une malentendante ! Et ce petit salaud entraînes les autres derrière lui. A force d'aller trop loin, le groupe se retourne contre lui. Bien fait ? Si on se met à la place de la victime, on le dira, mais cette pauvre malheureuse est bien gentille : elle lui pardonne. Plus facilement que le groupe, et ça se comprend. Les groupes, qu'on se le dise, carburent à l'exclusion, et n'est-il pas plus satisfaisant de se détourner d'un harceleur en chef que d'une handicapée ou tout autre innocent ? On le raye donc du paysage, et lui de même, raye les autres de son paysage, ce que le manga montre bien en rayant le visage de ceux dont le "héros" se détourne. Outre cela, le dessin est dynamique et précis, les personnages de la personne handicapée, du harceleur devenu rejeté, et des mères des deux protagonistes principaux font tout à fait réalistes. Le manga est gentil, l'apprenti salaud se fait apprenti repentant avec la même ardeur, il connait donc la rédemption, et pourquoi pas ? La romance. Si on était chez Disney, des animaux parleraient, mais on aurait aussi une bonne dose de niaiserie !