Je ne suis pas très western, peut-être que je m'extasie sur quelque chose que l'on retrouve mine de rien bien souvent dans le genre, mais j'avoue avoir beaucoup apprécié cet album.
On est loin de l'image propre de la conquête de l'ouest, pour tout dire l'ouest semble déjà avoir été conquis : les populations natives ont été écrasées, éliminées, assimilées, les révolutions ont été tues ou amalgamées par le statu quo instauré par les puissants, le pouvoir et le destin de milliers de vies résident entre les mains d'une poignée de richous ne quittant jamais le sommet de leur tour d'ivoire.
On suit l'histoire de deux personnages, un jeune amérindien du nom de Morning Bird désormais orphelin errant à travers l'ouest, et une mexicaine du nom d'Adelita (dont je me contenterais du début de nom, non pas par dénigrement culturel mais par crainte de faire des phrases trop longues - dis-je dans une loghorrée désormais habituelle) ayant subi les désillusions sexistes et rétrogrades après avoir tenté de participer à une révolte..
On traite de la froideur et de la cruauté de cette époque, de l'horreur que subissent les populations jugées comme "inférieures", on aborde aussi le cynisme et le degré de manipulation jusqu'où certaines personnes sont prêtes à aller pour conserver le statu quo, ... Bref, c'est intéressant.
J'avoue tout de même, léger petit défaut, que je n'aurais pas dit non à ce que tout cela soit davantage développé, que l'on s'étende plus sur nos personnages et leur situation on ne peut plus cruelle. Après, je l'avoue, le côté "récit éclair de vengeance n'ayant pas eu de conséquence lourde en apparence mais faisant tout de même passer un message à qui veut l'entendre" a son charme.
Le dessin de Fano Loco est atypique, son traitement des visages et des proportions des corps est assez original, j'avoue que j'aime plutôt bien. Son trait épais et ses visages durs, joints au joli travail de bichromie, appuient bien le caractère sale et noir de l'histoire.
Allez, je suis généreuse, j'arrondis au supérieur.
(Note réelle 3,5).
Trois ans après le cultissime Batman - Un long Halloween, Tim Sale et Jeph Loeb remettent le couvert.
L'histoire se situe ainsi un an après l'affaire Holiday, les meurtres reprenant de plus belle à chaque fête du calendrier. Le mode opératoire n'est toutefois plus tout à fait le même puisque la vague de meurtres ne concerne que des policiers qui se retrouvent pendus avec, ironie du sort, un jeu du pendu accroché sur leurs corps.
On se retrouve donc sur une enquête relativement similaire à la précédente et Tim Sale reprend tous les codes du précédent tome. C'est un peu d'ailleurs là où le bât blesse. Si cette nouvelle histoire est toujours aussi agréable à lire, l'effet de surprise et la magie du premier opus "un long Halloween" n'opère malheureusement plus... L'histoire est en effet beaucoup trop ressemblante à celle du premier opus, l'arc narratif le plus novateur et intéressant concernant, selon moi, l'introduction du personnage de Robin dans la vie de Batman.
Au niveau du dessin, la virtuosité de Tim Sale est toujours présente, dans la droite lignée du tome précédent, même si j'ai trouvé qu'il y avait beaucoup moins de pleines pages à admirer. S'agissant également d'un recueil des 14 numéros publiés par DC Comics entre 1999 et 2000, j'ai été un peu gêné par les nombreuses répétitions au début des chapitres synthétisant à chaque fois l'histoire qui s'est déroulée dans les parties précédentes. Ça ne m'avait pas autant sauté aux yeux dans "Un long Halloween". Bien qu'elle soit toujours aussi soignée, l'édition DC - Black Label que j'ai lue est d'ailleurs un peu imposante et lourde, ne facilitant pas la lecture.
En conclusion, bien que je me sois concentré sur ses quelques défauts, "Batman - Amère Victoire" reste une nouvelle histoire de notre homme chauve-souris de très bonne facture, dans la droite lignée de Batman - Un long Halloween et de Batman - Année Un (Year One) dont je recommande la lecture et l'achat.
Originalité - Histoire : 7,5/10
Dessin - Mise en couleurs : 8,5/10
NOTE GLOBALE : 16/20
J'adore le travail graphique de Grun sur La Conjuration d'Opale. J'aime beaucoup le gap qu'il a franchi avec On Mars, scénarisé par Runberg. Je le retrouve ici, sur un scénario imaginé par sa compagne Laurine Clin, dans une ambiance fantasy dont il semble friand.
Et encore une fois c'est une sorte d'orgasme visuel. Grun nous propose des décors à la fois variés et très réalistes, sortis de l'imaginaire de générations d'autrices et d'auteurs du genre. Je me suis surpris à ralentir ma lecture pour contempler de nombreuses cases, tant elles vibrent de puissance et de beauté. Mention spéciale, bien sûr, pour les ciblètilles, ces êtres ressemblant à la fois à des hommes et à des insectes volants, d'une beauté à couper le souffle, et qui gardent leur part de mystère...
Il met donc en images une histoire de Laurine Clin, un récit somme toute assez simple qui parle de la recherche des origines, mais aussi de la passation entre les générations, et du vivre ensemble dans un monde que l'on peut regarder comme un miroir du nôtre. Son écriture est précise, sensible, et nous promet de belles choses si elle persiste dans cette voie. Je trouve d'ailleurs que l'univers, avec ses cinq races auxquelles une entité suprême a délégué le pouvoir de créer des hommes, mérite d'être exploré plus avant.
Une très chouette série, vraiment.
J’ai trouvé le cœur du troisième tome un chouia en deçà des précédents, avec quelques longueurs, un texte très présent – comme dans les autres tomes, mais qui ici, par moments, était moins contrebalancé et « allégé » par la narration et les personnages virevoltants.
Mais bon, ne chipotons pas, Gomont nous propose ici une lecture très agréable.
La narration est globalement fluide et très dynamique. Grâce déjà à ce dessin presque minimaliste mais très expressif (ah, les coups de sang de Volodia ! – Volodia dont les baisses de tension dans le troisième tome coïncident à la relative baisse de rythme évoquée plus haut).
Mais c’est tout le récit qui fait preuve de dynamisme, d’espièglerie, avec des dialogues – et des commentaires off – bien tournés, plaisants, souvent humoristiques (un humour un peu noir et cynique, caustique).
Et des personnages bien campés, à qui Gomont donne une belle profondeur, dont il montre les forces et les faiblesses. Mention spéciale à Lavrine qui, avec Volodia (mais plus que lui, car il joue sur plusieurs registres), est le personnage qui m’a le plus intéressé et marqué.
Au travers de Lavrine – et de quelques requins/apparatchiks – Gomont parvient aussi à formidablement bien retranscrire l’écroulement de l’URSS, et l’enrichissement éhonté et mafieux de ceux qui en ont profité. Le cynisme des commentaires off (et du personnage de Lavrine) passe d’autant mieux qu’on sent que rien n’est ici artificiel, improbable – hélas.
J’ai parlé d’un troisième tome un peu en retrait. Mais Gomont parvient quand même, dans une ultime pirouette, à nous fouetter une dernière fois le sang, avec, encore et toujours ce sacré Lavrine, toujours aussi cynique et lucide, mais finalement grand cœur au grand air dès lors que sa cuirasse lui est ôtée : sa lettre dans l’épilogue apporte au final une touche dramatique et larmoyante. Jusqu’au bout Gomont a soigné ses personnages et son histoire.
Une grande série !
Note réelle 4,5/5.
Geoffroy Delorme a décidé, un beau jour, de quitter la société des hommes et de vivre en forât, auprès des chevreuils. Pendant sept ans, il a découvert un monde secret, ses codes, ses peurs, ses joies, et n'a jamais oublié cela. il en a parlé dans un livre, L'Homme-chevreuil, plébiscité par plus de 100 000 lectrices et lecteurs.
C'est l'adaptation de cet ouvrage, autobiographique, que nous propose Vincent Zabus, sous forme de chapitres (reprenant ceux du livre ?) avec Geoffroy qui apprivoise des chevreuils, se fait apprivoiser par eux, apprend leur langage, leurs postures, et leur enseigne à son tour comment éviter la présence humaine souvent synonyme de danger mortel. C'est assez étonnant, et on a même droit à des moments incroyables, comme lorsqu'une chevrette vient lui lécher le visage ou qu'un jeune chevreuil vient dormir à ses côtés, en parfaite confiance.
Ces beaux moments de communion avec la nature sont mis en images et en couleurs par Jean-Denis Pendanx, l'un des meilleurs dessinateurs naturalistes de la franco-belge, qui nous propose de superbes pages, pleines de poésie et de sensibilité.
Un bel ouvrage, en tous points, et qui permet en outre de nous délivrer un beau message de respect de la nature.
Excellent, j’ai vraiment apprécié.
Même si on connaît tous plus ou moins l’histoire de Guevara, j’ai quand même pu compléter ma culture générale concernant ce personnage, et ce de la plus agréable des façons.
La narration est drôlement bien foutue, les explications sont fluides, les points importants bien mis en avant pour suivre l’évolution de son engagement. Ses constatations de médecin sur le régime argentin, le fil de ses rencontres,
Oui, on voit ses combats, sa personnalité et son aspiration sans faille pour les révolutions par le peuple. Et oui, ce n’est pas Gandhi et ses révolutions sont violentes, mais comme sont violents les régimes qu’il a combattus. Portrait sans concession certes, il abandonne femme et enfant certes, mais les révolutions n’attendent pas et c’est cet engagement qui a dirigé sa vie et qui lui a coûté la vie. En refusant de se contenter de participer au nouveau pouvoir cubain.
Comme le dit Yann les auteurs se sont essentiellement basés sur une documentation solide pour retranscrire ces années de combat, et ses rencontres avec tous ces personnages historiques, passionnant, je partage son enthousiasme.
Quant au dessin, du grand art, il sert admirablement bien cette bio magnifique.
Là, je suis d'accord pour les cinq étoiles.
Cet album est un peu un ovni dans l'œuvre de François Craenhals. Il s'agit d'un seul et unique album, on dirait aujourd'hui un One shot à une époque où développer une série était le principe. Le récit limite à 30 pages est très condensé et a été logiquement publié dans la collection " jeune Europe" destinée aux histoires publiées dans le journal Tintin. Certaines ont connu une postérité avec des séries assez longues, et d'autres ont connu une postérité plus brève. Cette collection est un peu le pendants de la collection " pêche de jeunesse" pour les éditons Dupuis. L'histoire en elle même est assez étonnante puisque elle met en scène une sorte d'Agent secret dont on ne connaît rien dénommé Delta. Il apparaît caché sur le haut d'une armoire dans la résidence d'un diplomate français en Bosnie et disparaît tout aussi mystérieusement à la fin du récit. Tout tourne autour d'un brevet cédé aux autorités locales qu'une équipe de malfrats tente de subtiliser. Tout les ingrédients du roman d'aventure sont présents, et l'histoire fait bien entendu penser à une aventure de James Bond. Parue en 1962, j'imagine que ce récit a permis à Craenhals de se lancer dans le monde de la BD. Une belle manière de se replonger dans la bd francophone des années 60, que cette histoire sans génie mais assez solide tant au plan du scénario qu'au niveau du dessin. Une seconde version en noir et blanc sera publié au début des années 80 aux éditions Bedescope et cents celle ci que j'ai eu entre les mains.
Ces jours qui disparaissant a un très beau titre et une couverture d'album qui ne l'est pas moins. Se voir évincé par un alter ego qui n'est autre qu'une autre personnalité qu'on porte en soi : quelle angoisse pas assez traitée en art ! Ceci dit, je ne vois pas pourquoi plusieurs personnalités ne collaboreraient pas, sans compter que ce pourrait être un remède à la solitude. Je referme la parenthèse.
Donc un problème de personnalité est ressenti de manière fantastique par la première personnalité en piste de l'individu si je puis dire vu que l'individu se divise. Quand on ne comprend pas, on ressent les choses de manière fantastique, et cela donne de beaux dessins, comme la couverture… Une psy lui dit ce qu'il en est, mais sera-t-il sauvé pour autant ? Et d'ailleurs, quelle personnalité allons-nous préférer, au final ?
La beauté des dessins assez doux et la tendresse des couleurs me faisant penser à quelque musique discrètement mélancolique, porte le lecteur. Et bigre, tant mieux, sinon un lecteur quelque peu oublieux pourrait se demander si sans s'en rendre compte, une autre personnalité que la sienne n'est pas aux commandes de sa vie !
Très bon ! Mais je confesse avoir lu la suite qui se passe pendant la Première Guerre mondiale… En plus, j'ai préféré l'album de guerre ! Pourquoi ? Nostalgie de la vie d'avant, lors de la construction du phare de l'album et Trois éclats blancs, et tragédie de la guerre se mettaient mutuellement en valeur, créant une grande tension dramatique. Ici, on s'ennuie un peu, par moment, quand l'ingénieur ne parvient pas à construire son phare ! D'accord, on voit les éléments, l'administration, les Bretons et un triangle amoureux mais surtout, surtout, l'ennui ! Montrer l'ennui sans ennuyer est piégeux, je me demande même si c'est possible. En tout cas, ici, c'est raté. Les dessins sont beaux, mais ils devraient tous être sublimes pour que ça marche, or ils sont parfois sublimes, et c'est le hic. Il n'empêche que nous avons affaire à un très bon album.
Un grand auteur qui se moque des individus comme des groupes là où ça fait mal, comme d'habitude, peut-être un peu plus tendrement, m'a-t-il semblé, pour empathie pour soignants et malades, ou bien je me projette ? Les dessins sont expressifs et uniques même si j'avoue que comme d'habitude, ils ne me plaisent pas beaucoup. Difficile de noter, selon le plaisir ou selon ce qu'on sent de la grandeur de l'œuvre ? Quelque part, on a tous quelque chose de Bretecher au niveau de la socio et de la psycho, et donne moï un nuit gravement à la santé ! Tu iras voir ton boboloque après. Oui, parce que l'auteur ne sait pas que regarder, mais aussi écouter, et qu'elle nous déroule tous nos tics de langage !
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Mauvaise fortune
Je ne suis pas très western, peut-être que je m'extasie sur quelque chose que l'on retrouve mine de rien bien souvent dans le genre, mais j'avoue avoir beaucoup apprécié cet album. On est loin de l'image propre de la conquête de l'ouest, pour tout dire l'ouest semble déjà avoir été conquis : les populations natives ont été écrasées, éliminées, assimilées, les révolutions ont été tues ou amalgamées par le statu quo instauré par les puissants, le pouvoir et le destin de milliers de vies résident entre les mains d'une poignée de richous ne quittant jamais le sommet de leur tour d'ivoire. On suit l'histoire de deux personnages, un jeune amérindien du nom de Morning Bird désormais orphelin errant à travers l'ouest, et une mexicaine du nom d'Adelita (dont je me contenterais du début de nom, non pas par dénigrement culturel mais par crainte de faire des phrases trop longues - dis-je dans une loghorrée désormais habituelle) ayant subi les désillusions sexistes et rétrogrades après avoir tenté de participer à une révolte.. On traite de la froideur et de la cruauté de cette époque, de l'horreur que subissent les populations jugées comme "inférieures", on aborde aussi le cynisme et le degré de manipulation jusqu'où certaines personnes sont prêtes à aller pour conserver le statu quo, ... Bref, c'est intéressant. J'avoue tout de même, léger petit défaut, que je n'aurais pas dit non à ce que tout cela soit davantage développé, que l'on s'étende plus sur nos personnages et leur situation on ne peut plus cruelle. Après, je l'avoue, le côté "récit éclair de vengeance n'ayant pas eu de conséquence lourde en apparence mais faisant tout de même passer un message à qui veut l'entendre" a son charme. Le dessin de Fano Loco est atypique, son traitement des visages et des proportions des corps est assez original, j'avoue que j'aime plutôt bien. Son trait épais et ses visages durs, joints au joli travail de bichromie, appuient bien le caractère sale et noir de l'histoire. Allez, je suis généreuse, j'arrondis au supérieur. (Note réelle 3,5).
Batman - Amère victoire (Dark Victory)
Trois ans après le cultissime Batman - Un long Halloween, Tim Sale et Jeph Loeb remettent le couvert. L'histoire se situe ainsi un an après l'affaire Holiday, les meurtres reprenant de plus belle à chaque fête du calendrier. Le mode opératoire n'est toutefois plus tout à fait le même puisque la vague de meurtres ne concerne que des policiers qui se retrouvent pendus avec, ironie du sort, un jeu du pendu accroché sur leurs corps. On se retrouve donc sur une enquête relativement similaire à la précédente et Tim Sale reprend tous les codes du précédent tome. C'est un peu d'ailleurs là où le bât blesse. Si cette nouvelle histoire est toujours aussi agréable à lire, l'effet de surprise et la magie du premier opus "un long Halloween" n'opère malheureusement plus... L'histoire est en effet beaucoup trop ressemblante à celle du premier opus, l'arc narratif le plus novateur et intéressant concernant, selon moi, l'introduction du personnage de Robin dans la vie de Batman. Au niveau du dessin, la virtuosité de Tim Sale est toujours présente, dans la droite lignée du tome précédent, même si j'ai trouvé qu'il y avait beaucoup moins de pleines pages à admirer. S'agissant également d'un recueil des 14 numéros publiés par DC Comics entre 1999 et 2000, j'ai été un peu gêné par les nombreuses répétitions au début des chapitres synthétisant à chaque fois l'histoire qui s'est déroulée dans les parties précédentes. Ça ne m'avait pas autant sauté aux yeux dans "Un long Halloween". Bien qu'elle soit toujours aussi soignée, l'édition DC - Black Label que j'ai lue est d'ailleurs un peu imposante et lourde, ne facilitant pas la lecture. En conclusion, bien que je me sois concentré sur ses quelques défauts, "Batman - Amère Victoire" reste une nouvelle histoire de notre homme chauve-souris de très bonne facture, dans la droite lignée de Batman - Un long Halloween et de Batman - Année Un (Year One) dont je recommande la lecture et l'achat. Originalité - Histoire : 7,5/10 Dessin - Mise en couleurs : 8,5/10 NOTE GLOBALE : 16/20
Les Hautes Herbes
J'adore le travail graphique de Grun sur La Conjuration d'Opale. J'aime beaucoup le gap qu'il a franchi avec On Mars, scénarisé par Runberg. Je le retrouve ici, sur un scénario imaginé par sa compagne Laurine Clin, dans une ambiance fantasy dont il semble friand. Et encore une fois c'est une sorte d'orgasme visuel. Grun nous propose des décors à la fois variés et très réalistes, sortis de l'imaginaire de générations d'autrices et d'auteurs du genre. Je me suis surpris à ralentir ma lecture pour contempler de nombreuses cases, tant elles vibrent de puissance et de beauté. Mention spéciale, bien sûr, pour les ciblètilles, ces êtres ressemblant à la fois à des hommes et à des insectes volants, d'une beauté à couper le souffle, et qui gardent leur part de mystère... Il met donc en images une histoire de Laurine Clin, un récit somme toute assez simple qui parle de la recherche des origines, mais aussi de la passation entre les générations, et du vivre ensemble dans un monde que l'on peut regarder comme un miroir du nôtre. Son écriture est précise, sensible, et nous promet de belles choses si elle persiste dans cette voie. Je trouve d'ailleurs que l'univers, avec ses cinq races auxquelles une entité suprême a délégué le pouvoir de créer des hommes, mérite d'être exploré plus avant.
Slava
Une très chouette série, vraiment. J’ai trouvé le cœur du troisième tome un chouia en deçà des précédents, avec quelques longueurs, un texte très présent – comme dans les autres tomes, mais qui ici, par moments, était moins contrebalancé et « allégé » par la narration et les personnages virevoltants. Mais bon, ne chipotons pas, Gomont nous propose ici une lecture très agréable. La narration est globalement fluide et très dynamique. Grâce déjà à ce dessin presque minimaliste mais très expressif (ah, les coups de sang de Volodia ! – Volodia dont les baisses de tension dans le troisième tome coïncident à la relative baisse de rythme évoquée plus haut). Mais c’est tout le récit qui fait preuve de dynamisme, d’espièglerie, avec des dialogues – et des commentaires off – bien tournés, plaisants, souvent humoristiques (un humour un peu noir et cynique, caustique). Et des personnages bien campés, à qui Gomont donne une belle profondeur, dont il montre les forces et les faiblesses. Mention spéciale à Lavrine qui, avec Volodia (mais plus que lui, car il joue sur plusieurs registres), est le personnage qui m’a le plus intéressé et marqué. Au travers de Lavrine – et de quelques requins/apparatchiks – Gomont parvient aussi à formidablement bien retranscrire l’écroulement de l’URSS, et l’enrichissement éhonté et mafieux de ceux qui en ont profité. Le cynisme des commentaires off (et du personnage de Lavrine) passe d’autant mieux qu’on sent que rien n’est ici artificiel, improbable – hélas. J’ai parlé d’un troisième tome un peu en retrait. Mais Gomont parvient quand même, dans une ultime pirouette, à nous fouetter une dernière fois le sang, avec, encore et toujours ce sacré Lavrine, toujours aussi cynique et lucide, mais finalement grand cœur au grand air dès lors que sa cuirasse lui est ôtée : sa lettre dans l’épilogue apporte au final une touche dramatique et larmoyante. Jusqu’au bout Gomont a soigné ses personnages et son histoire. Une grande série ! Note réelle 4,5/5.
L'Homme-chevreuil - Sept ans de vie sauvage
Geoffroy Delorme a décidé, un beau jour, de quitter la société des hommes et de vivre en forât, auprès des chevreuils. Pendant sept ans, il a découvert un monde secret, ses codes, ses peurs, ses joies, et n'a jamais oublié cela. il en a parlé dans un livre, L'Homme-chevreuil, plébiscité par plus de 100 000 lectrices et lecteurs. C'est l'adaptation de cet ouvrage, autobiographique, que nous propose Vincent Zabus, sous forme de chapitres (reprenant ceux du livre ?) avec Geoffroy qui apprivoise des chevreuils, se fait apprivoiser par eux, apprend leur langage, leurs postures, et leur enseigne à son tour comment éviter la présence humaine souvent synonyme de danger mortel. C'est assez étonnant, et on a même droit à des moments incroyables, comme lorsqu'une chevrette vient lui lécher le visage ou qu'un jeune chevreuil vient dormir à ses côtés, en parfaite confiance. Ces beaux moments de communion avec la nature sont mis en images et en couleurs par Jean-Denis Pendanx, l'un des meilleurs dessinateurs naturalistes de la franco-belge, qui nous propose de superbes pages, pleines de poésie et de sensibilité. Un bel ouvrage, en tous points, et qui permet en outre de nous délivrer un beau message de respect de la nature.
Che - Une vie révolutionnaire
Excellent, j’ai vraiment apprécié. Même si on connaît tous plus ou moins l’histoire de Guevara, j’ai quand même pu compléter ma culture générale concernant ce personnage, et ce de la plus agréable des façons. La narration est drôlement bien foutue, les explications sont fluides, les points importants bien mis en avant pour suivre l’évolution de son engagement. Ses constatations de médecin sur le régime argentin, le fil de ses rencontres, Oui, on voit ses combats, sa personnalité et son aspiration sans faille pour les révolutions par le peuple. Et oui, ce n’est pas Gandhi et ses révolutions sont violentes, mais comme sont violents les régimes qu’il a combattus. Portrait sans concession certes, il abandonne femme et enfant certes, mais les révolutions n’attendent pas et c’est cet engagement qui a dirigé sa vie et qui lui a coûté la vie. En refusant de se contenter de participer au nouveau pouvoir cubain. Comme le dit Yann les auteurs se sont essentiellement basés sur une documentation solide pour retranscrire ces années de combat, et ses rencontres avec tous ces personnages historiques, passionnant, je partage son enthousiasme. Quant au dessin, du grand art, il sert admirablement bien cette bio magnifique. Là, je suis d'accord pour les cinq étoiles.
Aventure à Sarajevo
Cet album est un peu un ovni dans l'œuvre de François Craenhals. Il s'agit d'un seul et unique album, on dirait aujourd'hui un One shot à une époque où développer une série était le principe. Le récit limite à 30 pages est très condensé et a été logiquement publié dans la collection " jeune Europe" destinée aux histoires publiées dans le journal Tintin. Certaines ont connu une postérité avec des séries assez longues, et d'autres ont connu une postérité plus brève. Cette collection est un peu le pendants de la collection " pêche de jeunesse" pour les éditons Dupuis. L'histoire en elle même est assez étonnante puisque elle met en scène une sorte d'Agent secret dont on ne connaît rien dénommé Delta. Il apparaît caché sur le haut d'une armoire dans la résidence d'un diplomate français en Bosnie et disparaît tout aussi mystérieusement à la fin du récit. Tout tourne autour d'un brevet cédé aux autorités locales qu'une équipe de malfrats tente de subtiliser. Tout les ingrédients du roman d'aventure sont présents, et l'histoire fait bien entendu penser à une aventure de James Bond. Parue en 1962, j'imagine que ce récit a permis à Craenhals de se lancer dans le monde de la BD. Une belle manière de se replonger dans la bd francophone des années 60, que cette histoire sans génie mais assez solide tant au plan du scénario qu'au niveau du dessin. Une seconde version en noir et blanc sera publié au début des années 80 aux éditions Bedescope et cents celle ci que j'ai eu entre les mains.
Ces jours qui disparaissent
Ces jours qui disparaissant a un très beau titre et une couverture d'album qui ne l'est pas moins. Se voir évincé par un alter ego qui n'est autre qu'une autre personnalité qu'on porte en soi : quelle angoisse pas assez traitée en art ! Ceci dit, je ne vois pas pourquoi plusieurs personnalités ne collaboreraient pas, sans compter que ce pourrait être un remède à la solitude. Je referme la parenthèse. Donc un problème de personnalité est ressenti de manière fantastique par la première personnalité en piste de l'individu si je puis dire vu que l'individu se divise. Quand on ne comprend pas, on ressent les choses de manière fantastique, et cela donne de beaux dessins, comme la couverture… Une psy lui dit ce qu'il en est, mais sera-t-il sauvé pour autant ? Et d'ailleurs, quelle personnalité allons-nous préférer, au final ? La beauté des dessins assez doux et la tendresse des couleurs me faisant penser à quelque musique discrètement mélancolique, porte le lecteur. Et bigre, tant mieux, sinon un lecteur quelque peu oublieux pourrait se demander si sans s'en rendre compte, une autre personnalité que la sienne n'est pas aux commandes de sa vie !
Trois éclats blancs
Très bon ! Mais je confesse avoir lu la suite qui se passe pendant la Première Guerre mondiale… En plus, j'ai préféré l'album de guerre ! Pourquoi ? Nostalgie de la vie d'avant, lors de la construction du phare de l'album et Trois éclats blancs, et tragédie de la guerre se mettaient mutuellement en valeur, créant une grande tension dramatique. Ici, on s'ennuie un peu, par moment, quand l'ingénieur ne parvient pas à construire son phare ! D'accord, on voit les éléments, l'administration, les Bretons et un triangle amoureux mais surtout, surtout, l'ennui ! Montrer l'ennui sans ennuyer est piégeux, je me demande même si c'est possible. En tout cas, ici, c'est raté. Les dessins sont beaux, mais ils devraient tous être sublimes pour que ça marche, or ils sont parfois sublimes, et c'est le hic. Il n'empêche que nous avons affaire à un très bon album.
Docteur Ventouse Bobologue
Un grand auteur qui se moque des individus comme des groupes là où ça fait mal, comme d'habitude, peut-être un peu plus tendrement, m'a-t-il semblé, pour empathie pour soignants et malades, ou bien je me projette ? Les dessins sont expressifs et uniques même si j'avoue que comme d'habitude, ils ne me plaisent pas beaucoup. Difficile de noter, selon le plaisir ou selon ce qu'on sent de la grandeur de l'œuvre ? Quelque part, on a tous quelque chose de Bretecher au niveau de la socio et de la psycho, et donne moï un nuit gravement à la santé ! Tu iras voir ton boboloque après. Oui, parce que l'auteur ne sait pas que regarder, mais aussi écouter, et qu'elle nous déroule tous nos tics de langage !