Deux sœurs prêtes à tout s'enfuient pour échapper à un destin tragique et trouver un remède, au cœur d'un monde médiéval où les lycornes, loin des clichés, incarnent une force aussi fascinante que dangereuse.
Ce qui frappe immédiatement, c'est la grande élégance du dessin. Le trait de Béatrice Penco Sechi est d'une finesse remarquable, avec une vraie maîtrise des compositions, des corps et des décors, qui donne à l'ensemble une allure presque précieuse. Chaque planche semble pensée comme une illustration, avec un sens du cadre, de la mise en scène et des couleurs qui sublime littéralement le récit. Cette élégance visuelle transforme l'histoire en véritable conte, lui apportant une dimension d'un grand raffinement, qui dépasse largement ce que le scénario propose sur le papier.
Le design des lycornes y est aussi original. On est loin des représentations modernes et édulcorées : ici, leur apparence s'inspire des bestiaires médiévaux, avec des silhouettes proches de la biche, élancées et sauvages, qui évoquent immédiatement la tapisserie de la Dame à la licorne. Leurs grands yeux langoureux leur donnent aussi un aspect particulier, à mi-chemin entre la grâce mélancolique du film La Dernière Licorne et certaines créatures de Miyazaki. Lorsque la grande licorne apparaît, avec ses multiples bois dressés, la référence au Shishigami de Princesse Mononoke m'a sauté aux yeux, renforçant cette impression de puissance sacrée et mystérieuse.
Sur le fond, le récit reste pourtant très classique. On retrouve une quête initiatique, une maladie mystérieuse, une fuite face à l'oppression, et surtout un lien de sororité très fort qui constitue le cœur de l'histoire. L'ensemble est bien mené, avec de l'émotion et quelques tensions, mais sans réelle surprise dans son déroulé. Les thèmes abordés (Nature, différence, émancipation, lien entre les sœurs) sont efficaces, mais restent dans un registre attendu.
Et pourtant, cela fonctionne très bien, précisément grâce au traitement graphique. Là où le scénario pourrait sembler convenu, le dessin vient tout transcender, donnant au récit une ampleur et une poésie qui le rendent marquant. L'atmosphère, les regards, les silences, la manière dont la nature envahit les planches… tout contribue à créer un conte à la fois sombre, sensible et profondément élégant.
Au final, plus qu'une histoire originale, c'est surtout une œuvre portée par une direction artistique d'une très grande classe, qui élève un récit classique en une expérience visuelle marquante.
Un bel album j'avoue, une belle qualité d'édition et plus de 300 pages. J'ai eu un peu de mal au début à rentrer dans cette histoire de lapins, avec un jargon bien spécifique, heureusement qu'un petit addendum séparé définit le glossaire. En plus les personnages étant des lapins, ils se ressemblent pas mal et ce n'est pas évident d'assimiler tous les noms. Pour faire simple, ce sont des lapins qui font sécession et décident d'aller coloniser une nouvelle garenne.
Puis ils se rendent compte qu'il leur faut des femelles afin de perpétuer leur village et décident donc d'aller en dégotter dans une autre garenne qui s'avère bien plus autoritaire et "fasciste". Il faut dire que le système lapin est très codifié avec un unique maitre lapin et des lapins un peu costauds qui sont les gardiens qui eux décident quand les lapins de base ont le droit de sortir pour manger ou autre. Donc c'est parfois violent, il y a du combat, de la stratégie et un véritable plan comme dans la Grande Evasion pour atteindre l'objectif de la mission. Cela s'avère haletant.
Une fable qui fait un parallèle évident avec nos communautés humaines et leurs travers.
Dortmunder est un braqueur malchanceux créé par Donald Westlake dans les années 60-70, dont les plans les plus minutieux tournent systématiquement au fiasco.
Dupuis commence l'adaptation de ses multiples aventures avec Bank Shot, un polar ancré dans des années 70 très bien restituées, aussi bien dans leur ambiance que dans leur esthétique. Le point de départ est à la fois simple et brillant : voler une banque entière plutôt que la braquer. À partir de là, on suit une bande de malfrats organisée, avec ses spécialistes et ses rôles bien définis, qui n'est pas sans rappeler un Ocean's Eleven version beaucoup plus modeste, presque bricolée, mais d'autant plus attachante. Le plan est réfléchi, méthodique, crédible dans sa conception comme dans son exécution… du moins en théorie.
On est plongé dans un univers très crédible, presque cinématographique, avec une atmosphère de film noir à l'ancienne, sérieuse et réaliste, renforcée par un dessin et une mise en couleurs qui évoquent parfaitement cette époque.
Toute la saveur du récit repose sur la malchance chronique qui s'acharne sur Dortmunder et son équipe. Rien ne se passe comme prévu, et l'accumulation de contretemps finit par devenir franchement amusante. Ce qui est remarquable, c'est que cette succession de catastrophes ne donne jamais l'impression d'être forcée ou artificielle. Au contraire, tout reste suffisamment cohérent pour que l'on y croie, même lorsque la situation bascule vers une forme d'ironie presque comique. Ce décalage constant entre le sérieux du cadre et l'acharnement du sort produit un effet assez unique : on oscille en permanence entre le polar rigoureux et une forme d'humour subtil, qui naît naturellement des événements. Ce n'est pas une comédie appuyée, mais plutôt une mécanique grinçante où la poisse du héros finit par prêter à sourire, voire à franchement amuser, sans jamais casser la crédibilité de l'ensemble.
Je découvre avec cette série l'adaptation de récits de polar solides et drôles à la fois, très bien ancrés dans leur époque, qui fonctionnent autant pour leur ambiance que pour cette manière fine de mêler réalisme et malchance quasi systématique, dans un équilibre qui tient étonnamment bien.
Tout est relatif j'ai lu les 2 livres de Stanley à l'âge de 10 ans et j'en ai 80 .... Je les ai trouvés formidables et j'ai plaisir à les relire aujourd'hui.
Il en est de même pour Buck Danny qui nous a fait voyager autour du monde , et Blake et Mortimer où j'ai découvert des pays et des civilisations . On sent parfois une prise de position appuyée , mais on sait se faire un jugement.
Mes 3 garçons qui ont aujourd'hui 50 ans reprochaient la longueur des bulles.
Pour mes petits-enfants , il y a eu des soupirs de découragement. Il leur faut plus d'action dans le narratif ...... alors que ces livres sont des biographies ou des livres culturels , comme les livres sur les planétes .
Une excellente suite à Beatifica Blues.
Le premier tome constitue une excellente entrée en matière, avec un début d'intrigue qui s'échafaude intelligemment. De manière générale, le récit est mieux maitrisé que dans Beatifica.
Il y a toujours pas mal de références littéraires et musicales, qui ne sont pas essentiels pour apprécier l'intrigue.
La voix off et ses itérations pseudo philosophiques sont aussi un peu superflus.
Dufaux fait parfois sa propre auto promotion puisqu'il fait référence dans le tome 2 à l'heure triomphale de Francis Macomber écrit par Hemingway. Une histoire qu'il vient d'adapter en bd et qui est sortie six mois avant...
Côté dessin, c'est un véritable bond en avant de Griffo. On se régale devant tout ces décors industriels.
La qualité d'édition est aussi cheap que pour les intégrales Beatifica Blues et Les Enfants de la Salamandre, j'ai noté au moins deux pages mal scannées.
Au final c'est une bonne bande, qui synthétise les codes créatifs du Dufaux des années 90.
"Les 5 Terres" est une série anthropomorphiste se déroulant dans un monde où 5 peuples cohabitent : les félins à Angleon, les primates à Lys, les ursidés et canidés à Arnor, les cervidés et herbivores à Erinal et les reptiles à Ithara
Il est prévu que chaque peuple fasse l'objet d'un cycle de 6 tomes ce qui en fera une série au long cours.
Dans son approche, "les 5 Terres" est très médiévale et de ce fait on comprend rapidement que la paix qui règne entre les peuples ne fut pas toujours d'actualité et semble bien fragile, ce qui va nous offrir beaucoup d'action et peu de répit.
Graphiquement c'est très bien fait, du même acabit que Blacksad
Cycle Angleon (4/5)
Ce cycle est consacré aux Félins.
Angleon est un ensemble d'îles au centre du monde des 5 Terres. Par le jeu de guerres passées les félins en ont fait la capitale des 5 Terres.
Mais voilà la mort prochaine du roi Cyrus redistribue les cartes du pouvoir. Intrigue politique, révolution et trahisons sont au programme.
Les 6 tomes se lisent très facilement, l'histoire s'enchaine remarquablement jusqu'au dénouement final. On sent un vrai travail dans la construction de chacun des personnages. Pour moi sur ce cycle est un sans-faute.
A noter qu'un des félins fait l'objet d'un spin-off avec Les 5 Terres - Demeus Lor
Cycle Lys (4/5)
Ce cycle est consacré aux Primates
Lys est situé au sud-est du monde des 5 Terres et me fait penser à l'Asie, de par son architecture, le style vestimentaire, sa culture, ses triades ou encore sa végétation luxuriante. C'est le royaume des Primates, organisés en société matriarcale. J'ai trouvé cette société hyperviolente, où chaque clan se livre une guerre intense pour contrôler le territoire. Plus encore que dans la capitale, ici règne la loi de la plus forte. Ici, on ne lutte pas pour diriger les 5 Terres, on lutte pour sa survie, l'honneur de sa famille. Les félins m'ont parus beaucoup plus "raffinés" dans leur gestion des conflits, c'est dire.
Les auteurs poussent le perfectionnisme jusqu'aux accords grammaticaux (le féminin l'emporte sur le masculin).
La fin du cycle est quelque peu surprenante vu qu'on ne sait pas comment il se termine. En effet qu'est il arrivé aux différentes protagonistes ….
Il faut dire que les Ours font une entrée remarquée
Adaptation d'un roman québécois que je ne connaissais pas du tout, ce qui prouve à quel point je ne connais rien des romans modernes !
C'est encore une histoire qui raconte les horreurs de la guerre et vu l'actualité je pense que c'est malheureusement un sujet qui va constamment revenir dans la fiction pour un bon moment. À force de lire des récits ayant pour thème ce sujet, je me disais qu'un jour je finirais par en avoir marre, mais ce ne fut pas le cas du moins pour ce récit. Il faut dire qu'on aborde un thème lié à la guerre que j'ai rarement vu traité en fiction: le sacrifice d'un enfant obligé par son père d'aller faire un attentat suicide.
Le sujet est bien traité avec pudeur et on comprend bien comment les atrocités de la guerre on finit par pousse un père aimant à vouloir sacrifier un de ses enfants. Tout semble tristement réaliste et plusieurs scènes m'ont ému. Le dessin n'est pas superbe, mais le trait va bien avec ce type de récit qui ne montre pas tout et qui laisse le lecteur deviner ce que l’on ne lui montre pas. Un bon récit qui montre l'absurdité de la guerre et de la violence en général.
Complots de cour, manipulations politiques, espionnage et conflits armés, dans un univers animalier qui n'a que peu à envier à celui de Game of Thrones.
J'ai adoré le premier tome, beaucoup aimé le second, et été un peu déçu par le dernier et sa conclusion.
Le dessin est d'excellente facture. Le style animalier à la Disney est parfaitement digéré, avec une galerie de personnages à l'expressivité remarquable, tout en conservant leurs caractéristiques propres. Les décors sont également réussis, même s'ils marquent un peu moins les esprits, car parfois légèrement plats. La colorisation numérique joue d'ailleurs en partie contre cela : si elle est souvent très agréable, ses dégradés et ses scènes nocturnes font parfois trop ressortir son aspect informatique.
L'univers est enthousiasmant. Il m'a beaucoup fait penser à celui de L'Ogre Lion, sorti quelque temps plus tôt : un monde médiéval à peine fantastique, à la société complexe et hiérarchisée, dans lequel les animaux anthropomorphes ont conservé les spécificités de leur espèce (prédateurs d'un côté, herbivores de l'autre, etc.). Dans ce contexte, voir des lions, des loups, des aigles ou des ours occuper des positions de pouvoir paraît naturel, même si c'est précisément cette évidence qui nourrit les enjeux, chacun devant agir avec intelligence pour conserver sa place. Cet univers dangereux, traversé de complots, rappelle fortement Game of Thrones, et j'y ai retrouvé ce que j'aimais dans cette série.
L'intrigue est très bien construite. J'ai apprécié sa finesse, le mystère qu'elle installe, ainsi que les manipulations et trahisons qui parviennent régulièrement à surprendre. J'ai aussi aimé ses personnages, à la fois stéréotypés (le renard rusé qu'on croirait sorti de Zootopia, le lion puissant évoquant Le Roi Lion, ou encore le duo raton-laveur et ours qui rappelle Les Gardiens de la Galaxie) et pourtant plus nuancés qu'ils n'en ont l'air. Cette finesse se retrouve aussi dans les dialogues, très bien ciselés, qui évoquent par moments un mélange entre Game of Thrones et De Cape et de Crocs.
Tout était donc réuni pour un coup de cœur, malgré une légère impression de déjà-vu liée à ces archétypes. Pourtant, la fin m'a laissé plus réservé. Sans être prévisible, elle m'a un peu déçu, notamment par l'évolution soudaine du personnage principal et par un dénouement assez brutal. Même la touche légèrement ironique de la dernière scène ne m'a pas autant marqué que le reste. Dommage, car les deux premiers tomes m'avaient vraiment convaincu.
Les planches de la galeries sont les premières pages et effrayent un peu par leur beauté ( dans le format de la BD, on dirait qu'elles sont faites au stylo-bille : magnifique travail) mélangée à une certaine absurdité en premiere approche. En réalité tout a un sens que l'on va comprendre au cours du récit. Cet album utilise beaucoup de dispositifs un peu clichés et réussit à en faire un objet unique et évocateur qui raconte une histoire à la fois personnelle et installée dans un contexte social.
C'est un voyage à deux en voiture américaine depuis Detroit jusqu'à Roma ( quel État ?) Il y a donc la caractérisation des deux personnages qui sont évidement construits en opposition. Socialement comme psychologiquement. On pense bien-sûr à Thelma et Louise mais finalement cela n'a rien d'une ode à la liberté feel good, c'est plutôt une psychanalyse reciproque.
Le road-movie est souvent un peut ennuyeux par sa construction linéaire et géographique et le seul suspens est en fait "Depuis le point A, va-t-on atteindre le point B et dans quel état ?" Ici la construction est plutot en caléïdoscope, faite de références cinématographiques, de dessins piqués dans le carnet d'une des protagonistes, de souvenirs, de dialogues et d'actes du quotidien. Et si la première partie semble nous perdre, la seconde rassemble tous les indices.
Par dessus le marché, une variété graphique, qui expérimente plein de techniques et de contrastes avec beaucoup d'inventivité. Au début, chaque page est un étonnement, et paradoxalement, cela peut décourager ; comme si cette virtuosité perdait de vue l'objectif narratif. Mais accrochez- vous, cela mène quelque part : en nous .
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Lycornes
Deux sœurs prêtes à tout s'enfuient pour échapper à un destin tragique et trouver un remède, au cœur d'un monde médiéval où les lycornes, loin des clichés, incarnent une force aussi fascinante que dangereuse. Ce qui frappe immédiatement, c'est la grande élégance du dessin. Le trait de Béatrice Penco Sechi est d'une finesse remarquable, avec une vraie maîtrise des compositions, des corps et des décors, qui donne à l'ensemble une allure presque précieuse. Chaque planche semble pensée comme une illustration, avec un sens du cadre, de la mise en scène et des couleurs qui sublime littéralement le récit. Cette élégance visuelle transforme l'histoire en véritable conte, lui apportant une dimension d'un grand raffinement, qui dépasse largement ce que le scénario propose sur le papier. Le design des lycornes y est aussi original. On est loin des représentations modernes et édulcorées : ici, leur apparence s'inspire des bestiaires médiévaux, avec des silhouettes proches de la biche, élancées et sauvages, qui évoquent immédiatement la tapisserie de la Dame à la licorne. Leurs grands yeux langoureux leur donnent aussi un aspect particulier, à mi-chemin entre la grâce mélancolique du film La Dernière Licorne et certaines créatures de Miyazaki. Lorsque la grande licorne apparaît, avec ses multiples bois dressés, la référence au Shishigami de Princesse Mononoke m'a sauté aux yeux, renforçant cette impression de puissance sacrée et mystérieuse. Sur le fond, le récit reste pourtant très classique. On retrouve une quête initiatique, une maladie mystérieuse, une fuite face à l'oppression, et surtout un lien de sororité très fort qui constitue le cœur de l'histoire. L'ensemble est bien mené, avec de l'émotion et quelques tensions, mais sans réelle surprise dans son déroulé. Les thèmes abordés (Nature, différence, émancipation, lien entre les sœurs) sont efficaces, mais restent dans un registre attendu. Et pourtant, cela fonctionne très bien, précisément grâce au traitement graphique. Là où le scénario pourrait sembler convenu, le dessin vient tout transcender, donnant au récit une ampleur et une poésie qui le rendent marquant. L'atmosphère, les regards, les silences, la manière dont la nature envahit les planches… tout contribue à créer un conte à la fois sombre, sensible et profondément élégant. Au final, plus qu'une histoire originale, c'est surtout une œuvre portée par une direction artistique d'une très grande classe, qui élève un récit classique en une expérience visuelle marquante.
Watership Down
Un bel album j'avoue, une belle qualité d'édition et plus de 300 pages. J'ai eu un peu de mal au début à rentrer dans cette histoire de lapins, avec un jargon bien spécifique, heureusement qu'un petit addendum séparé définit le glossaire. En plus les personnages étant des lapins, ils se ressemblent pas mal et ce n'est pas évident d'assimiler tous les noms. Pour faire simple, ce sont des lapins qui font sécession et décident d'aller coloniser une nouvelle garenne. Puis ils se rendent compte qu'il leur faut des femelles afin de perpétuer leur village et décident donc d'aller en dégotter dans une autre garenne qui s'avère bien plus autoritaire et "fasciste". Il faut dire que le système lapin est très codifié avec un unique maitre lapin et des lapins un peu costauds qui sont les gardiens qui eux décident quand les lapins de base ont le droit de sortir pour manger ou autre. Donc c'est parfois violent, il y a du combat, de la stratégie et un véritable plan comme dans la Grande Evasion pour atteindre l'objectif de la mission. Cela s'avère haletant. Une fable qui fait un parallèle évident avec nos communautés humaines et leurs travers.
Traqué dans l'espace
Aventure très sympa et bien écrite. Les dessins sont simples mais efficaces, j'ai passé un excellent moment avec cette bande dessinée, je recommande.
Dortmunder
Dortmunder est un braqueur malchanceux créé par Donald Westlake dans les années 60-70, dont les plans les plus minutieux tournent systématiquement au fiasco. Dupuis commence l'adaptation de ses multiples aventures avec Bank Shot, un polar ancré dans des années 70 très bien restituées, aussi bien dans leur ambiance que dans leur esthétique. Le point de départ est à la fois simple et brillant : voler une banque entière plutôt que la braquer. À partir de là, on suit une bande de malfrats organisée, avec ses spécialistes et ses rôles bien définis, qui n'est pas sans rappeler un Ocean's Eleven version beaucoup plus modeste, presque bricolée, mais d'autant plus attachante. Le plan est réfléchi, méthodique, crédible dans sa conception comme dans son exécution… du moins en théorie. On est plongé dans un univers très crédible, presque cinématographique, avec une atmosphère de film noir à l'ancienne, sérieuse et réaliste, renforcée par un dessin et une mise en couleurs qui évoquent parfaitement cette époque. Toute la saveur du récit repose sur la malchance chronique qui s'acharne sur Dortmunder et son équipe. Rien ne se passe comme prévu, et l'accumulation de contretemps finit par devenir franchement amusante. Ce qui est remarquable, c'est que cette succession de catastrophes ne donne jamais l'impression d'être forcée ou artificielle. Au contraire, tout reste suffisamment cohérent pour que l'on y croie, même lorsque la situation bascule vers une forme d'ironie presque comique. Ce décalage constant entre le sérieux du cadre et l'acharnement du sort produit un effet assez unique : on oscille en permanence entre le polar rigoureux et une forme d'humour subtil, qui naît naturellement des événements. Ce n'est pas une comédie appuyée, mais plutôt une mécanique grinçante où la poisse du héros finit par prêter à sourire, voire à franchement amuser, sans jamais casser la crédibilité de l'ensemble. Je découvre avec cette série l'adaptation de récits de polar solides et drôles à la fois, très bien ancrés dans leur époque, qui fonctionnent autant pour leur ambiance que pour cette manière fine de mêler réalisme et malchance quasi systématique, dans un équilibre qui tient étonnamment bien.
Stanley
Tout est relatif j'ai lu les 2 livres de Stanley à l'âge de 10 ans et j'en ai 80 .... Je les ai trouvés formidables et j'ai plaisir à les relire aujourd'hui. Il en est de même pour Buck Danny qui nous a fait voyager autour du monde , et Blake et Mortimer où j'ai découvert des pays et des civilisations . On sent parfois une prise de position appuyée , mais on sait se faire un jugement. Mes 3 garçons qui ont aujourd'hui 50 ans reprochaient la longueur des bulles. Pour mes petits-enfants , il y a eu des soupirs de découragement. Il leur faut plus d'action dans le narratif ...... alors que ces livres sont des biographies ou des livres culturels , comme les livres sur les planétes .
Samba Bugatti
Une excellente suite à Beatifica Blues. Le premier tome constitue une excellente entrée en matière, avec un début d'intrigue qui s'échafaude intelligemment. De manière générale, le récit est mieux maitrisé que dans Beatifica. Il y a toujours pas mal de références littéraires et musicales, qui ne sont pas essentiels pour apprécier l'intrigue. La voix off et ses itérations pseudo philosophiques sont aussi un peu superflus. Dufaux fait parfois sa propre auto promotion puisqu'il fait référence dans le tome 2 à l'heure triomphale de Francis Macomber écrit par Hemingway. Une histoire qu'il vient d'adapter en bd et qui est sortie six mois avant... Côté dessin, c'est un véritable bond en avant de Griffo. On se régale devant tout ces décors industriels. La qualité d'édition est aussi cheap que pour les intégrales Beatifica Blues et Les Enfants de la Salamandre, j'ai noté au moins deux pages mal scannées. Au final c'est une bonne bande, qui synthétise les codes créatifs du Dufaux des années 90.
Les 5 Terres
"Les 5 Terres" est une série anthropomorphiste se déroulant dans un monde où 5 peuples cohabitent : les félins à Angleon, les primates à Lys, les ursidés et canidés à Arnor, les cervidés et herbivores à Erinal et les reptiles à Ithara Il est prévu que chaque peuple fasse l'objet d'un cycle de 6 tomes ce qui en fera une série au long cours. Dans son approche, "les 5 Terres" est très médiévale et de ce fait on comprend rapidement que la paix qui règne entre les peuples ne fut pas toujours d'actualité et semble bien fragile, ce qui va nous offrir beaucoup d'action et peu de répit. Graphiquement c'est très bien fait, du même acabit que Blacksad Cycle Angleon (4/5) Ce cycle est consacré aux Félins. Angleon est un ensemble d'îles au centre du monde des 5 Terres. Par le jeu de guerres passées les félins en ont fait la capitale des 5 Terres. Mais voilà la mort prochaine du roi Cyrus redistribue les cartes du pouvoir. Intrigue politique, révolution et trahisons sont au programme. Les 6 tomes se lisent très facilement, l'histoire s'enchaine remarquablement jusqu'au dénouement final. On sent un vrai travail dans la construction de chacun des personnages. Pour moi sur ce cycle est un sans-faute. A noter qu'un des félins fait l'objet d'un spin-off avec Les 5 Terres - Demeus Lor Cycle Lys (4/5) Ce cycle est consacré aux Primates Lys est situé au sud-est du monde des 5 Terres et me fait penser à l'Asie, de par son architecture, le style vestimentaire, sa culture, ses triades ou encore sa végétation luxuriante. C'est le royaume des Primates, organisés en société matriarcale. J'ai trouvé cette société hyperviolente, où chaque clan se livre une guerre intense pour contrôler le territoire. Plus encore que dans la capitale, ici règne la loi de la plus forte. Ici, on ne lutte pas pour diriger les 5 Terres, on lutte pour sa survie, l'honneur de sa famille. Les félins m'ont parus beaucoup plus "raffinés" dans leur gestion des conflits, c'est dire. Les auteurs poussent le perfectionnisme jusqu'aux accords grammaticaux (le féminin l'emporte sur le masculin). La fin du cycle est quelque peu surprenante vu qu'on ne sait pas comment il se termine. En effet qu'est il arrivé aux différentes protagonistes …. Il faut dire que les Ours font une entrée remarquée
L'Orangeraie
Adaptation d'un roman québécois que je ne connaissais pas du tout, ce qui prouve à quel point je ne connais rien des romans modernes ! C'est encore une histoire qui raconte les horreurs de la guerre et vu l'actualité je pense que c'est malheureusement un sujet qui va constamment revenir dans la fiction pour un bon moment. À force de lire des récits ayant pour thème ce sujet, je me disais qu'un jour je finirais par en avoir marre, mais ce ne fut pas le cas du moins pour ce récit. Il faut dire qu'on aborde un thème lié à la guerre que j'ai rarement vu traité en fiction: le sacrifice d'un enfant obligé par son père d'aller faire un attentat suicide. Le sujet est bien traité avec pudeur et on comprend bien comment les atrocités de la guerre on finit par pousse un père aimant à vouloir sacrifier un de ses enfants. Tout semble tristement réaliste et plusieurs scènes m'ont ému. Le dessin n'est pas superbe, mais le trait va bien avec ce type de récit qui ne montre pas tout et qui laisse le lecteur deviner ce que l’on ne lui montre pas. Un bon récit qui montre l'absurdité de la guerre et de la violence en général.
Le Royaume sans nom
Complots de cour, manipulations politiques, espionnage et conflits armés, dans un univers animalier qui n'a que peu à envier à celui de Game of Thrones. J'ai adoré le premier tome, beaucoup aimé le second, et été un peu déçu par le dernier et sa conclusion. Le dessin est d'excellente facture. Le style animalier à la Disney est parfaitement digéré, avec une galerie de personnages à l'expressivité remarquable, tout en conservant leurs caractéristiques propres. Les décors sont également réussis, même s'ils marquent un peu moins les esprits, car parfois légèrement plats. La colorisation numérique joue d'ailleurs en partie contre cela : si elle est souvent très agréable, ses dégradés et ses scènes nocturnes font parfois trop ressortir son aspect informatique. L'univers est enthousiasmant. Il m'a beaucoup fait penser à celui de L'Ogre Lion, sorti quelque temps plus tôt : un monde médiéval à peine fantastique, à la société complexe et hiérarchisée, dans lequel les animaux anthropomorphes ont conservé les spécificités de leur espèce (prédateurs d'un côté, herbivores de l'autre, etc.). Dans ce contexte, voir des lions, des loups, des aigles ou des ours occuper des positions de pouvoir paraît naturel, même si c'est précisément cette évidence qui nourrit les enjeux, chacun devant agir avec intelligence pour conserver sa place. Cet univers dangereux, traversé de complots, rappelle fortement Game of Thrones, et j'y ai retrouvé ce que j'aimais dans cette série. L'intrigue est très bien construite. J'ai apprécié sa finesse, le mystère qu'elle installe, ainsi que les manipulations et trahisons qui parviennent régulièrement à surprendre. J'ai aussi aimé ses personnages, à la fois stéréotypés (le renard rusé qu'on croirait sorti de Zootopia, le lion puissant évoquant Le Roi Lion, ou encore le duo raton-laveur et ours qui rappelle Les Gardiens de la Galaxie) et pourtant plus nuancés qu'ils n'en ont l'air. Cette finesse se retrouve aussi dans les dialogues, très bien ciselés, qui évoquent par moments un mélange entre Game of Thrones et De Cape et de Crocs. Tout était donc réuni pour un coup de cœur, malgré une légère impression de déjà-vu liée à ces archétypes. Pourtant, la fin m'a laissé plus réservé. Sans être prévisible, elle m'a un peu déçu, notamment par l'évolution soudaine du personnage principal et par un dénouement assez brutal. Même la touche légèrement ironique de la dernière scène ne m'a pas autant marqué que le reste. Dommage, car les deux premiers tomes m'avaient vraiment convaincu.
Detroit Roma
Les planches de la galeries sont les premières pages et effrayent un peu par leur beauté ( dans le format de la BD, on dirait qu'elles sont faites au stylo-bille : magnifique travail) mélangée à une certaine absurdité en premiere approche. En réalité tout a un sens que l'on va comprendre au cours du récit. Cet album utilise beaucoup de dispositifs un peu clichés et réussit à en faire un objet unique et évocateur qui raconte une histoire à la fois personnelle et installée dans un contexte social. C'est un voyage à deux en voiture américaine depuis Detroit jusqu'à Roma ( quel État ?) Il y a donc la caractérisation des deux personnages qui sont évidement construits en opposition. Socialement comme psychologiquement. On pense bien-sûr à Thelma et Louise mais finalement cela n'a rien d'une ode à la liberté feel good, c'est plutôt une psychanalyse reciproque. Le road-movie est souvent un peut ennuyeux par sa construction linéaire et géographique et le seul suspens est en fait "Depuis le point A, va-t-on atteindre le point B et dans quel état ?" Ici la construction est plutot en caléïdoscope, faite de références cinématographiques, de dessins piqués dans le carnet d'une des protagonistes, de souvenirs, de dialogues et d'actes du quotidien. Et si la première partie semble nous perdre, la seconde rassemble tous les indices. Par dessus le marché, une variété graphique, qui expérimente plein de techniques et de contrastes avec beaucoup d'inventivité. Au début, chaque page est un étonnement, et paradoxalement, cela peut décourager ; comme si cette virtuosité perdait de vue l'objectif narratif. Mais accrochez- vous, cela mène quelque part : en nous .