Les derniers avis (39915 avis)

Par Simili
Note: 4/5
Couverture de la série Un père
Un père

Ah la figure paternelle…. Cet homme qui est tout à la fois craint et admiré par sa progéniture. Il est bien souvent le premier modèle de sa progéniture avant que cette dernière prenne ses distances et finisse par regretter le temps passé loin l'un de l'autre. Mais que voulez vous il faut bien "tuer le père" Jean-Louis Tripp nous livre ici un témoignage principalement de sa vie d'enfant mais dont il n'est pas le personnage central. Non ce rôle est dévolu à son papa, Francis, qui m'a parut être un homme d'une sincérité confondante, d'une humanité magnifique et aux convictions marquées. Dans cette France des années 60-70 qui s'ouvre au progrès et au monde mais qui reste encore profondément traditionnelle, le fils nous raconte son père tel qu'il est dans ses souvenirs. et globalement ce sont de bons souvenirs même si comme n'importe quel adolescent ils connurent des passages compliqués. C'est l'amour et la tendresse qui ressort de cet ouvrage. Graphiquement c'est assez bien fait, dans la lignée de Magasin général Note réelle : 3,5/5

06/05/2026 (modifier)
Par Présence
Note: 4/5
Couverture de la série Tsushima
Tsushima

Les coule-tout-seuls ! Cette flotte est consternante ! - Ce tome contient une histoire complète, indépendante de toute autre, constituant le quatrième de cette série sur les batailles navales. Son édition originale date de 2017. Il a été réalisé par Jean-Yves Delitte, peintre officiel de la Marine, membre titulaire de l’académie des Arts & Sciences de la Mer, pour le scénario, par Giuseppe Baiguera pour les dessins, par Denis Béchu pour les couleurs. Il comprend quarante-six pages de bande dessinée. Il se termine par un dossier historique de huit pages, rédigé par le scénariste, agrémenté de documents visuels comprenant sept chapitres et un glossaire. Les différentes parties portent les titres suivants : La disgrâce après la victoire, Trouver un allié, Une guerre peut en cacher une autre, Le nain jaune et l’ogre russe, L’armement de l’air moderne, Une nouvelle arme la torpille, Le jeu trouble des puissants, Une défaite annoncée. En octobre 1904, à Saint-Pétersbourg dans l’Empire russe, un groupe de gradés et d’officiels est réuni sur une tribune, pour célébrer le départ de la flotte militaire qui prend le large, avec la foule sur le quai pour acclamer ce départ. Un peu éloignés des côtes, deux marins dans un petit voilier sont en train de ramener un filet de pêche. Ils commentent le départ, évoquant leur belle flotte de guerre qui prend le large. Il paraît qu’elle s’en va mater les nains jaunes qui de l’autre côté de leur bonne terre ont attaqué Port-Arthur ; il se dit même que le tsar a fait le déplacement avec tous ses généraux pour saluer le départ de ces fiers navires. Petro, le cousin de l’un des deux pêcheurs, est à bord du Kniaz Souvorov, le navire amiral. Ce moujik se trouve à bord d’un navire de guerre parce que les amiraux n’avaient pas assez de bras. Des paysans comme marins, il y a de quoi être pessimiste. Mais les temp sont durs, pour ce cousin, ça faisait plusieurs étés que ses champs ne donnent plus suffisamment de blé pour qu’il nourrisse sa famille. À Port-Arthur, un clairon sonne la fin des combats. Malgré tout, dans les tranchées, le soldat Poutine arme son fusil et cherche une cible : il va en profiter pour tuer un macaque de plus. Un compagnon lui rappelle que ce sont eux qui se rendent aux Nippons, et non l’inverse, qu’ils doivent se montrer conciliant et courber l’échine. Poutine a sa cible dans son viseur et il tire, tuant un soldat japonais. Quelques instants après, une balle lui traverse le crâne et les soldats japonais se tiennent sur le bord de la tranchée, tenant les soldats russes en joue. En ce deux janvier 1905, la ville chinoise de Lüshunkou vient d’être prise aux Russes, par les Japonais après un siège débuté fin mai 1904. Quelques jours après, la nouvelle est annoncée au tsar Nicolas II (1868-1918) : ils se sont rendus, Port-Arthur est tombé. Le huit janvier 1905, la flotte russe mouille au large de l’île de Nosy Be à Madagascar, les matelots étant de corvée pour débarrasser les coques des navires des algues et des coquillages. Ils sont rejoints par le matelot Vladimir. Leurs discussions évoquent leur situation. Avec toutes les mers qu’ils ont parcourues depuis leur départ en octobre, ce sont des grappes de coquillages et des montagnes d’algues qui sont collées à la coque. Vladimir en attribue la faute à leurs gradés qui auraient pu aller au plus court plutôt que de contourner l’Afrique, en passant par le canal de Suez. Venu à cet ouvrage pour se familiariser avec cette bataille navale, le lecteur en découvre progressivement le contexte, avant d’aboutir à son déroulé en fin de récit. Dans ce tome, le scénariste a choisi, comme souvent de consacrer un nombre de pages réduit pour raconter l’affrontement en lui-même : en l’occurrence quatre pages, la partie majoritaire de l’histoire étant consacrée au contexte de cet affrontement, ainsi qu’à des points de vue différenciés, à partir des personnages comme les matelots ou les gradés. Comme pour chaque tome, le scénariste se concentre sur les informations principales dans le fil de la bande dessinée pour rendre intelligibles les enjeux, et il développe certaines facettes dans le dossier historique. Le néophyte aura vraisemblablement envie de compléter certaines informations par des recherches personnelles, à commencer par Port-Arthur, une ville portuaire chinoise, appelée Lüshunkou située à la pointe sud de la péninsule du Liaodong, ayant porté le nom de Port-Arthur pendant l’occupation russe, puis de Ryojun pendant la période d’administration japonaise. En fonction de là où le porte sa curiosité, il pourra aussi éprouver l’envie d’en savoir plus sur l’ingénieur naval Louis-Émile (1840-1924, sur l’amiral Togo Heihachiro (1848-1934), sur le canon Paixhans, ou encore sur la force de Coriolis… S’il est déjà un habitué de cette série consacrée aux batailles navales, le lecteur sait que le scénariste maîtrise l’art de la composition de son récit : un dosage habile et expert entre le point de vue des militaires, simples marins et quelques gradés, une alternance de lieux (par exemple ces deux pages dans les tranchées pendant le siège de Port-Arthur, ou la page entière consacrée à l’annonce de sa chute à l’empereur), des discussions permettant d’exposer des informations sur l’état du monde (contexte politique de la bataille à venir) de manière organique, la violence de la bataille et les êtres humains morts, et… l’absence totale de femme, même dans les salons de l’empereur. Afin de bien apprécier le récit, le néophyte doit maintenir une attention correcte tout du long, certaines informations pouvant sembler anecdotiques, tout en ayant une incidence réelle dans le déroulement des événements, sa curiosité devant se porter sur chaque dimension, aussi bien politique que technique. En fonction de ses convictions, il peut s’attacher plus à l’amiral devant mener à bien sa mission, en s’adaptant à des ordres qu’il approuve plus ou moins, ou bien au matelot Vladimir et à ses convictions déjà révolutionnaires. Il reconnaît aisément le nom inscrit sur le couvre-chef du marin en train d’écouter un discours de Lénine à Saint-Pétersbourg en juin 1905 : Potemkine, celui d’un cuirassé pré-dreadnought de la flotte de la mer Noire rentré dans l’histoire pour la mutinerie qui y eut lieu en juin 1905, pendant la Révolution de 1905. Le lecteur a bien identifié que ce tome est illustré par un autre dessinateur que JY Delitte, il entame sa lecture en toute connaissance de cause. Baiguera réalise des dessins dans un registre réaliste et descriptif comme il se doit pour cette série historique, respectant ainsi le cahier des charges établi par le scénariste. Bien évidemment, il a effectué les recherches de références nécessaires pour représenter les navires, les uniformes et les armes avec la meilleure véracité historique, ainsi que les autres éléments d’époque comme le bateau de pêche russe, les tranchées de Port-Arthur, le palais du tsar, les rues en terre de Port-Arthur, et la façade du palais d’Hiver à Saint-Pétersbourg. L’horizon d’attente du lecteur est comblé sur ce plan-là : mise en scène des navires, de leur armement et de leur puissance de feu, des militaires des différentes marines vaquant à leurs occupations et accomplissant les corvées, ou explicitant les ordres venus du commandement. La bataille est rondement racontée, mettant en avant les tirs de canons et les impacts correspondants, ainsi que la disproportion entre la capacité destructrice des obus et la fragilité des corps humains. S’il s’est habitué à la dureté des représentations de Delitte, le lecteur peut trouver la mise en scène et les plans de prise de vues un peu communs, manquant de tranchant et de percutant. Pour autant la narration visuelle remplit sa fonction, à la fois par le rythme régulier, et par la qualité des informations apportées. Régulièrement, le lecteur ressent la justesse d’une image : Petrov pensif accoudé au bastingage, la hargne de Poutine à vouloir tuer un soldat japonais, Vladimir un peu tire-au-flanc et donneur de leçon sur l’exploitation du prolétariat et la révolution, le capitaine Stanislav blasé et trop conscient du manque de moyens et de préparation de leur flotte, le cynisme des observateurs français et anglais, la beauté paradisiaque de la plage de Nosy Be, la population chinoise réduite à l’état de commodités à Port-Arthur, la rage au combat, etc. Les images montrent et soulignent plusieurs facettes du récit : les simples matelots dont la vie devient régie par des décisions arbitraires sur lesquelles ils n’ont aucune prise, le fait que les gradés russes ont conscience de l’état laissant à désirer des navires de la flotte, l’impréparation de cette mission, l’ennui sur les navires, etc. En arrière-plan, le lecteur devine ou comprend en fonction de ses connaissances, que la marine russe se repose sur ses lauriers, que l’impérialisme japonais a commencé à prendre corps en prenant pied sur le territoire chinois, que d’autres puissances, les Français et les Britanniques, veillent en coulisse à leurs propres intérêts, plutôt qu’à la paix. En revanche, il prend conscience de deux autres thèmes dans le dossier historique : l‘armement de l’air moderne avec des éléments chiffrés sur la portée ainsi que le poids et la vitesse des obus, et également sur la montée en puissance de la torpille. Une bataille navale restée célèbre pour les connaisseurs, que ce tome permet aux néophytes de découvrir. La narration visuelle s’avère solide, plus qu’il n’apparaît à la surface, apportant de nombreuses informations dans une reconstitution historique bien documentée. La construction du récit présente plusieurs facettes de l’environnement historique menant à cet affrontement, à la fois sur les nations impliquées et sur les circonstances techniques et stratégiques. Le lecteur prolonge cette découverte avec le dossier historique bien construit et disposant de documents visuels intéressants. Paix aux hommes morts au combat.

06/05/2026 (modifier)
Par Blue boy
Note: 4/5
Couverture de la série Chère historienne
Chère historienne

Huit ans après Courtes Distances, Joff Winterhart nous revient avec cette bande dessinée dont le titre sonne un peu comme une déclaration d’amour. Et comme précédemment, « Chère historienne » risque de déconcerter les amateurs de scénarios bien ficelés aux rebondissements imprévus. Et pourtant, il se passe beaucoup de choses durant les presque 200 pages de ce roman graphique intimiste, mais disons que cela se situe plutôt au niveau psychologique. La lecture, dense sur la partie textuelle, demande patience et concentration, mais une fois l’accord passé avec le lecteur, se révèle plutôt captivante. Winterhart a centré son récit autour de deux portraits féminins principaux, ceux de Margaret et de Lucy, ou plutôt deux et demi si l’on englobe celui du youtubeur Allan Hands en quête permanente d’audience et de notoriété. Ce dernier, prétendument historien, faire ressortir par un effet de contraste la personnalité de Margaret, personnage attachant de professeure d’université qui préfère quant à elle la discrétion pour s’effacer derrière le sujet de ses études. Celle dont le corps apparaît fatigué sous le poids des ans, a conservé toute sa vivacité d’esprit pour sonder avec finesse l’âme humaine et détecter les prétentieux à l’ego démesuré, incarnés par le personnage de Hands. L’autre portrait de femme, Lucy, est également très réaliste. De trente ans sa cadette, la productrice, soucieuse de faire ses preuves pour un job qui n’est pas vraiment ce dont elle rêvait mais qui lui permettrait d’oublier ses déboires conjugaux et financiers, va progressivement tomber le masque au contact de la professeure, révélant ses failles. Pourtant, son désir de la mettre en valeur en lui proposant d’apparaître dans une émission demeure des plus sincères. Mais sous l’aura empathique de Margaret, elle apprendra peu à peu à s’écouter et à briser sa cage de verre. Elle réalisera alors que pour accomplir une sorte d’épanouissement personnel, elle devra se détacher de la proximité insidieuse et toxique de Hands. On appréciera l’autre point fort de cet album, un humour subtil, certains diront « british », qui affleure dans les situations, doucement cocasses, et les propos en apparence insignifiants. Très méfiante envers la technologie et les moyens de communication modernes imposés par son métier, son poste de télé est la plupart du temps recouvert de torchons masquant « cette ennuyeuse surface noire ». Quant à son PC portable, elle ne le voit que comme un « satané toutou ». De son trait crayonné en noir et blanc si particulier, Joff Winterhart sait accompagner tout cela grâce à son sens aigu de l’observation, dans les gestes, les regards et le cadrage. Son approche, volontiers centrée sur les poses et les expressions, est appréciable même dans ses petits défauts qui fleurent bon l’authenticité, à mille lieux d’une IA insipide ou d’un dessin académique. L’auteur confie d’ailleurs utiliser la technique du monotype, proche de l’estampe, consistant à « dessiner un peu « à l’aveugle » sur du papier appliqué sur une plaque de plexiglas enduite d’une fine couche d’encre. D’où sans doute la tonalité intemporelle de l’objet graphique d’un auteur qui est autant artiste qu’artisan. « Chère historienne » est un récit très appréciable par son étude psychologique — et sociologique — dont la forme est parfaitement synchrone au contenu. Winterhart ne cherche pas à correspondre à une mode graphique tape-à-l’œil, et semble s’en contrefoutre totalement, et pourtant il parle très bien de notre époque « high-tech » où le fond est souvent relégué au second plan derrière les préoccupations les plus triviales. Cette lecture permettra peut-être à chacun de mieux analyser ce désir de reconnaissance dérisoire qui peut devenir vite encombrant, et, notamment à l’attention des divers influenceurs ou de ceux désireux de le devenir, de mettre à distance cette servitude volontaire qu’est la course à l’audience ou aux « likes ».

05/05/2026 (modifier)
Couverture de la série La Fille de l'Exposition Universelle
La Fille de l'Exposition Universelle

J’ai lu les deux premiers albums (chacun développant une histoire indépendante), et cette série se révèle très sympathique ! Le dessin déjà est agréable. Dynamique, avec un trait semi-réaliste intéressant, il fonctionne bien pour les aspects « réalistes », mais aussi pour accentuer certaines situations humoristiques. Le cadre est original, et permet de bien utiliser l’arrière-plan historique. Chaque album prend place durant une exposition universelle à Paris (on suit donc certains protagonistes qui ont vieilli – ce qui est le cas de Julie, l’héroïne, gamine dans le premier album, jeune femme dans le suivant une douzaine d’années plus tard). Et chaque album utilise la période et l’action de Napoléon III (évocation de certaines conséquences de la colonisation de l’Algérie dans le premier, des relations avec l’empereur russe dans le deuxième). J’ai trouvé que ce cadre historique était intéressant, que ça ne faisait pas trop artificiel. De bons décors donc (dessin et contexte), au sein desquels des intrigues plus ou moins policières se développent. Mais ce sont surtout les personnages et Julie et sa famille qui donne du peps aux récit. Julie bien sûr, pleine de gouaille, espiègle au départ, qui fait craquer tous les cœurs dans le deuxième album (on s'attache facilement à elle). Un personnage plus que dynamique, doté de capacités de voyance. Ce qui aide bien les intrigues, et accessoirement sa mère – qui est officiellement voyante, mais en fait peu douée. Cette mère est un personnage haut en couleurs, qui fait moult marmots (de « pères inconnus »). Je ne suis pas sûr que ce soit une bonne idée de la faire disparaitre en fin du deuxième album, mais bon. Quant aux « marmots », les frères de Julie donc, ils apportent eux aussi leur pierre à l’édifice, teigneux, langage fleuri, mais attachants. Les intrigues sont bien huilées, les facilités scénaristiques passent généralement bien. Les résolutions sont quand même un peu trop rapides et faciles (surtout dans le premier album, dans le suivant c’est un peu plus nuancé). Petites cerises sur le gâteau : chaque album est conclu par un petit dossier présentant l’exposition universelle dont il est question dans l’album – et quelques à-côtés évoqués dans l’intrigue.

05/05/2026 (modifier)
Par Ju
Note: 4/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Merveilleux !
Merveilleux !

Sûrement la meilleure bd de Cookie Kalkair que j'aie lue. J'aime beaucoup l'auteur, et j'ai pas mal apprécié Pénis de table ou des planches que j'ai lues ici et là, notamment sur internet. Mais j'avoue que cette bd là est ma préférée. L'auteur, dont toutes les bds (du moins celles que j'ai lues) sont autobiographiques, nous livre ici un récit intime et juste, jamais pathos mais assez touchant. Cookie Kalkair donc, apprend un jour que son père a fait un AVC. Il s'en sort mais fortement diminué et en particulier, il ne garde que quelques mots de vocabulaire, dont le fameux merveilleux. On suit donc sa réadaptation au monde par les yeux de son fils, l'impact que cette situation a sur les membres de la famille, bref la vie après l'accident, qui ne sera plus jamais la même qu'avant. L'auteur nous raconte cette facette intime de sa vie sans fard, sans détour, avec son style et sa franchise habituelle. Je trouve qu'il a un certain talent pour se dévoiler intimement (sur sa vie intime dans Pénis de table et sur ses sentiments ici). Je ne sais pas trop comment le dire, mais c'est à la fois touchant sans tomber dans le pathos, et drôle. Oui, l'humour a toujours une place importante dans ses bds. C'est un humour qui se base à la fois sur un dessin très efficace pour les expressions des personnages et une narration diablement efficace avec un sens du dialogue et des mots qui fait mouche. Par exemple, je trouve que la scène vers la fin ou les personnages dinent ensemble au soleil et que la petite soeur apprend une "révélation" (avec de gros guillemets mais je ne veux pas spoiler) est très réussi, très drôle, et que c'est une combinaison de tous ces éléments : expressions des persos marrantes, mots bien choisis et situation bien narrée. Cet humour n'enlève rien à la dimension intime du livre, et j'ai été assez touché par cette histoire. Je crois que je me reconnais un peu dans les situations décrites, dans les réflexions du héros, dans son caractère aussi. Les moments où il râle, engueule son père, essaie de se remettre en question... tout ça, j'ai l'impression que c'est des réactions que je pourrais avoir, et j'ai plusieurs fois eu le sentiment que devant une telle situation, j'aurais pu réagir comme lui. Bref, je me suis identifié au héros, et c'est pas si souvent que ça dans les romans graphiques. Ca se lit très vite et très bien, presque trop vite. C'est mon problème avec les romans graphiques, je veux tout savoir, j'ai envie que tout le monde soit hyper transparent et je veux connaitre chaque parcelle de chaque sentiment de chaque personnage. Là, Ju, c'est de l'autobiographique donc on se stoppe, au delà ça va devenir du voyeurisme. Je termine par le dessin, même si j'en ai déjà un peu parlé. J'aime beaucoup le style, et c'est à ce jour la bd ou celui-ci est le plus développé et léché. Les personnages sont le gros point fort mais les décors sont très cools aussi, et la colorisation chaude est bien chouette. Bref... foncez ?

05/05/2026 (modifier)
Par herve
Note: 5/5
Couverture de la série Lucky Luke vu par Mathieu Bonhomme
Lucky Luke vu par Mathieu Bonhomme

L'homme qui tua Lucky Luke Avant tout, je vais m'attirer les foudres de certains bédéphiles,en avouant ne posséder dans ma bibliothèque que cinq voire six albums de la série Lucky Luke de Morris & Goscinny, même si j'en ai lus une bonne trentaine, mais je n'ai jamais vraiment accroché aux aventures du pauvre cow-boy solitaire. Depuis quelques mois, dans le monde de la bd, le western revient en force, avec Undertaker, Sykes ou encore Stern, trois albums de qualité. En reprenant cette série, Matthieu Bonhomme prenait un risque énorme, celui de la comparaison avec le créateur de la série. A l'image de Ferry avec sa reprise (pour moi réussie) d'Astérix, les critiques des puristes allaient fuser. N'étant pas un spécialiste de Lucky Luke, je dois dire que j'ai tout de suite été séduit par l'histoire. Bien évidemment le titre choisi fait référence au superbe film, encore inégalé, de John Ford, "l'homme qui tua Liberty Walance" (de nombreuses scènes de cette bd renvoient explicitement à des films de John Ford) D'ailleurs, dès les premières pages, nous sommes plongés dans un western digne d'un John Ford, réalisateur que j'adore. Tout les codes du western sont en effet présents, du saloon au shérif lâche en passant par une puissante famille tenant la ville, rien n'est omis. Même les légendes de l'Ouest, avec un certain Doc Wednesday, qui n'est pas sans rappeler le célèbre Doc Holliday, sont présentes dans cet album. Même si l'histoire est assez sombre, l'humour reste toutefois présent, notamment avec le running gag du tabac que recherche désespérément Lucky Luke. Au niveau scénario, cette reprise ou plutôt ce "Lucky Luke vu par Matthieu Bonhomme" ( à l'image des Spirou vu par...., série qui malheureusement est très inégale) tient la route. Quant au dessin, rien à dire. Je suis un grand admirateur de Matthieu Bonhomme. Possédant déjà l'intégrale en noir et blanc du Marquis d'Anaon, j'ai donc opté pour l'achat de la version en noir et blanc de canalbd pour en apprécier encore plus le trait. J'ai feuilleté la version couleur, et j'avoue qu'elle est très belle également, et je me demande même si je ne vais pas l'acheter aussi. En tout cas, cet album se révèle une très bonne surprise et j'ai été littéralement bluffé par le talent de Matthieu Bonhomme au dessin et au scénario. Wanted Lucky Luke J'avais adoré "l'homme qui tua Lucky Luke" et là, je trouve cet opus encore meilleur. Dès la première page, on rentre dans l'intrigue qui ne faiblit pas jusqu'au bout. J'ai dévoré cet album alors que je ne suis vraiment pas un grand fan du pauvre cow boy solitaire. Au fil des déménagements, je crois que je n'ai pas conservé d'album de cette série, pourtant j'en ai lu pas mal dans ma jeunesse. D'ailleurs, je n'ai pas été perdu dans cet aventure où les références ou des personnages aux anciens albums sont nombreux ici. Mais en invitant un trio de pétroleuses, Matthieu Bonhomme apporte un souffle inattendu dans la vie de Lucky Luke. Et que dire du dessin magnifique de Matthieu Bonhomme ! Il faut dire que j'ai lu cette aventure dans l'édition limitée en noir et blanc des éditions canalbd, que mon (gentil) libraire m'avait mis de côté. La longue marche de Lucky Luke Avec ce troisième volume imaginé par Matthieu Bonhomme, j'ai retrouvé un Lucky Luke plus mature, plus sérieux que dans les albums précédents, surtout après relu la version de Brüno et Appollo. La présence des Daltons apportent une touche humoristique (ah ! le signe amical lancé par Averell à Lucky Luke lors de leur arrestation m'a fait bien rire). J'ai , comme à mon habitude, lu cet album dan sa version n&b, ce qui n'enlève rien à la beauté des planches d'une aventure qui se déroule intégralement sous la neige. Matthieu Bonhomme ne peut s'empêcher de faire allusion à l'actualité avec un Cramp lançant "le Canada n'est rien, un jour je l'achèterai ou je l'annexerai!" L'idée même d'avoir juste esquissé un Cramp en ombre chinoise est bien trouvée et ajoute au côté sombre de cette aventure. Un très bon album que j'ai eu plaisir à lire, et que je relirai sans nul doute.

31/03/2016 (MAJ le 05/05/2026) (modifier)
Par Cacal69
Note: 4/5
Couverture de la série Le Dieu vagabond
Le Dieu vagabond

Quel beau voyage que ce "Dieu vagabond". Un voyage qui fait se côtoyer la mythologie grecque et notre monde contemporain. On va suivre Eustis, un satyre du cortège de Dionysos qui s'est fait bannir du monde des dieux pour se retrouver parmi les mortels. Un récit qui passe successivement du monde réel à la mythologie au fur et à mesure des pérégrinations d'Eustis et de ses diverses rencontres, mais il n'oubliera pas de taquiner la bouteille dès que cela est possible (on ne se refait pas). Le récit aux nombreuses références est bien structuré, onirique, poétique et il n'omet pas une petite dose de réflexion. Autres atouts : les protagonistes, ils sonnent justes et on peut s'identifier facilement à eux. Une bien belle et touchante odyssée. Si ma lecture fut si plaisante, elle doit énormément au graphisme singulier de Fabrizio Dori. Un dessin au trait fin, détaillé et expressif au rendu légèrement statistique. À cela s'ajoute un choix judicieux des couleurs qui lui donne du cachet. Mais surtout, ces deux composantes fluctuent suivant l'évolution du récit. Superbe ! Vraiment le point fort de cet album. Une BD à découvrir !

05/05/2026 (modifier)
Par Gaston
Note: 4/5
Couverture de la série L'Orfèvre (Lozes)
L'Orfèvre (Lozes)

3.5 Une œuvre bien particulière que voilà ! Après l'avoir lu une première fois il y a quelques jours et je me suis dit que je devrais la relire au moins une fois avant de poster mon avis pour bien comprendre les subtilités de cette BD. Je ne sais pas trop si j'ai bien tout compris parce que c'est une œuvre dense avec une structure particulière. Peut-être que je vais mieux comprendre cette partie du scénario au cours d'une autre relecture, mais je pense que j'ai assez lu ce one-shot pour le moment et j'en ai compris assez pour savoir que j'ai bien aimé. J'avoue que je me méfie toujours lorsqu'une BD a une narration qui sort du lot parce que parfois c'est un gimmick inutile qui sert juste à rendre original un scénario qui ne l'est pas. Cela semblait être un peu le cas ici au premier coup d'œil, un énième polar bien noir avec des animaux humanisés et puis au fil des pages on finit par s'apercevoir que ce n'est pas le cas. C'est un scénario riche et je ne vais pas en dire plus pour ne pas gâcher la lecture. J'ai commencé ma lecture avec le coté utilisé comme couverture sur ce site et je pense que c'est la meilleur façon de lire l'album. Le dessin est vraiment remarquable. Un premier coup d'essai réussi pour l'auteur.

05/05/2026 (modifier)
Par Ro
Note: 4/5
Couverture de la série Kariba
Kariba

Une jeune fille dotée d'un lien mystérieux avec l'eau et la nature se retrouve au cœur d'un conflit entre traditions, forces mystiques et modernité destructrice, sur fond de construction d'un grand barrage. Mon avis sur cette BD est assez typiquement un "oui mais…". Oui, parce que c'est un ouvrage généreux, dense, visuellement très réussi. Le dessin est franchement beau, maîtrisé, avec des couleurs riches et une bonne capacité à embarquer dans un univers d'aventure. Il y a un vrai souffle, un sens du mouvement, des scènes marquantes, et globalement une qualité graphique qui donne envie de tourner les pages. Les personnages fonctionnent plutôt bien, même s'ils restent assez classiques, et certaines interactions ou moments d'aventure sont vraiment agréables à suivre. On sent une belle envie de raconter quelque chose, et ça se ressent. Mais en même temps, difficile de ne pas être freiné par un gros sentiment de déjà vu. L'histoire mélange tellement d'influences qu'elle finit par perdre de sa singularité. Influence de Miyazaki avant tout, car la trame globale, comme la relation entre les deux jeunes héros ou encore les braves pirates, fait énormément penser au Château dans le ciel, avec par moments des échos à Princesse Mononoké, voire même à Ponyo sur la falaise (je pense à la scène de course sous l'eau). À cela s'ajoutent d'autres influences plus larges du récit d'aventure, et même un parallèle avec le film La Forêt d'Émeraude pour toute la dimension autour du barrage menaçant les populations locales. Le problème, c'est que cet empilement finit par créer une certaine distance. Plutôt que d'être pleinement pris dans l'histoire, j'ai souvent eu l'impression de reconnaître des éléments déjà vus ailleurs, ce qui installe une forme d'indifférence. Même le cadre africain m'a laissé un peu perplexe : alors que les auteurs sont sud-africains, j'y ai rarement reconnu l'Afrique que je connais. J'avais plus souvent l'impression d'être dans une Amazonie fantasmée ou dans des îles du Pacifique, avec une vision assez stéréotypée de la terre d'aventure et d'exploration. Et puis il y a la conclusion, qui m'a laissé un peu sur ma faim. Elle mélange beaucoup d'éléments, au point qu'on ne sait plus très bien quelles sont les motivations des différents camps, ni même comment interpréter la fin : elle va tellement dans tous les sens qu'on ne sait plus trop si les gentils ont vraiment gagné, ni s'il y a lieu de se réjouir au final. Du coup, je reste partagé. Je n'ai pas été aussi captivé et emporté que je l'aurais voulu. Mais en même temps, il y a suffisamment de qualités (visuelles, rythmiques, d'ambiance) pour que je trouve que cette BD mérite d'être mise en avant. Ce n'est pas une réussite totale, mais c'est loin d'être une œuvre sans intérêt.

05/05/2026 (modifier)
Par Miguelof
Note: 4/5
Couverture de la série Egon Schiele
Egon Schiele

Il est important de ne pas confondre l'œuvre avec l'auteur, proclame la néo-herméneutique. Nous sommes face à une biographie romancée et critique qui ne cache pas les aspects les plus désagréables d'une personnalité égocentrique et auto-martyrisée. Je pense que le plus intéressant dans le récit est la rencontre avec Klimt et sa relation d'amitié mais aussi de rivalité mimétique. Au niveau du dessin et des couleurs, je crois que Coste a fait un bon travail. Ce n'est pas attrayant au premier contact, mais cela finit par correspondre, sans copier servilement, à l'esprit de la vie et de l'œuvre de Schiele, un Klimt moins décoratif et plus sombre. Je recommanderais surtout la contemplation des peintures en direct. Chose que j'ai faite, encore jeune, allant exprès aux musées Albertina et Belvédère de Vienne. À cette époque, j'admirais incontestablement l'art du peintre. En plus de la peinture érotique, il fut un grand portraitiste (au-delà des autoportraits) et paysagiste (tant la nature que la ville). Je regrette que l'album ne se soit pas davantage penché sur ces peintures, mais je comprends, nous ne sommes pas ici devant un essai d'esthétique philosophique ou de philosophie de l'histoire. Le contexte de la décadence viennoise, le démantèlement de l'Empire et le pessimisme régnant ont produit des génies. Freud, entre autres, pourrait avoir quelque chose à dire sur son concitoyen. Mais il a préféré attaquer d'autres génies, comme Dostoïevski... Souvent, je me suis demandé comment l'œuvre d'Egon aurait évolué s'il n'était pas mort à 28 ans. Comme le dit Xavier Coste à la fin, «tant de tableaux qui n'auront pas été peints».

04/05/2026 (modifier)