Les derniers avis (38398 avis)

Par Gaston
Note: 4/5
Couverture de la série From bureaucrat to villainess
From bureaucrat to villainess

3.5 Le truc avec les japonais est que s'ils surexploitent un peu trop un genre (comme ici les isekais), au moins il y a certains auteurs qui vont arriver avec un concept bien débile et bien l'utiliser comme c'est le cas ici. Alors c'est l'histoire d'un homme japonais dans la cinquante banale qui après un accident se retrouve dans le jeu vidéo que sa fille otaku jouait ! Il se retrouve dans le rôle de la méchante rivale riche qui martyrise la pauvre héroïne roturière et il va agit comme il fait habituellement par accident. Du coup la méchante rivale agit comme un parent auprès de l'héroïne et elles vont vite devenir amies avec la méchante-papa qui est le mentor de la roturière. L'humour fonctionne bien et le scénario se renouvelle bien, c'est pas un manga avec le même gag répété encore et encore pendant 10 tomes. Le coté sérieux marche bien aussi. Ce qui est vraiment génial est que si l'univers est le même univers de fantasy européen qu'on a vu dans des centaines de productions japonaises, dans le tome 2 l'auteur introduit un élément original que je n'avais jamais vu dans un scénario sur un type qui se réincarne dans un autre monde/jeu vidéo et c'est tellement évidement que je suis surpris que personne n'y a pensé avant. Aussi, ce type de récit s'adresse souvent aux otakus, les geeks japonais, et dans trop de séries j'ai l'impression qu'on flatte les aspects les plus négatives de cette culture (c'est bien de ce venger parce que tout le monde a été trop méchant avec moi, c'est bien de fantasmer sur des petites sœurs de 10 ans) et ce n'est pas le cas ici. Le héros et sa famille sont des otakus, mais ils sont sympathiques et s'aiment entre-eux alors je pense qu'ils sont une représentation positif de ce type de personnes.

05/04/2025 (modifier)
Par pol
Note: 4/5
Couverture de la série Paul
Paul

Hervé Bourhis a signé pas mal de bandes dessinées autour de la musique, du rock et des Beatles. Il consacre ce nouvel album à Paul McCartney, le génial bassiste du groupe. Il fait plus précisément un focus sur la période 1969 - 1973, celle qui correspond à la fin du groupe et les premières années qui suivent cette séparation. Et si aujourd'hui McCartney est une légende incontestée, il est très interessant de se plonger sur cette période, pour voir à quel point Paul a connu une traversée du désert post Beatles. La construction de l'album est assez simple, les faits sont racontés de manière chronologique. L'accent est mis sur les choses significatives et les évènements majeurs qui permettent de comprendre ce qui s'est passé à l'époque. Tout cela est rudement bien documenté, certains faits clés sont datés avec précisions. Mais il n'y a absolument pas la lourdeur que peuvent avoir certains documentaires très factuels. Le rythme auquel avance le récit est parfait, et tout ce qui est raconté est interessant et fait sens. On découvre un McCartney pas en forme, et on comprend aisément son ressenti et son état d'esprit. L'album illustre bien quelle a été sa vie pendant cette période délicate. Entre conflit ouvert avec ses ex compagnons, bataille juridique par avocats interposés contre leur ancien manager, et désintérêt des fans pour son nouveau groupe, on peut dire qu'il a traversé une bonne grosse dépression. C'est juste incroyable de lire que pour la première tournée des Wings, il a collé les affiches à la main lui même, et qu'à 40 centimes la place de concert, il ne réussissait même pas à jouer dans une salle pleine. True story... On voit aussi dans quel état d'esprit ont évolué les autres membres du groupe, les querelles, les tentatives de conciliation... Même si on sait comment s'est passé la suite de l'histoire, on ne peut pas s'empêcher d'espérer les voir se réconcilier... Le trait de Bourhis, sans fioriture, est parfaitement adapté et finit de nous plonger dans l'ambiance. On voyage dans les années 70 pendant 90 pages. Une lecture très plaisante, un album clairement recommandé, si on aime un minimum la musique et les Beatles évidemment.

04/04/2025 (modifier)
Par Andecavii
Note: 4/5
Couverture de la série Fauve - L'Exorciste du Louvre
Fauve - L'Exorciste du Louvre

Fauve Navarre est exorciste pour le musée du Louvre. Elle utilise sa capacité à communiquer avec les œuvres d'art pour aider ces dernières a maîtriser leurs émotions, causées par leur auteur ou les visiteurs. Chapitre après chapitre, elle règle les problèmes qui se présentent à elle, et nous (re)fait découvrir l'histoire derrière une création. Sous couvert de fantastique, Paula Andrade nous donne un petit cours d'histoire de l'art et nous permet de mieux connaître les œuvres "classiques", en nous racontant pourquoi ou comment elles ont été créées. L'exorciste calme les tableaux ou sculptures, et avec des anecdotes nous explique pourquoi ils génèrent de si grandes émotions. Chaque "problème" à traiter est court, réglé en 1 ou 2 chapitres, et c'est à nous ensuite d'approfondir si on le souhaite avec d'autres lectures, ou tout simplement, une visite au musée ! Cela peut être frustrant, mais on évite aussi un trop-plein d'informations qui pourrait nous sortir de la lecture plaisir, et cette manière de faire rend le manga plus accessible aux petits lecteurs. (je me tâte d'ailleurs à le proposer pour un prix des lecteurs lycéens) Les personnages ont des personnalités bien marquées (fantasque, blasé, sauvage, et tous passionnées par l'art), et les touches d'humour allègent le ton. En espérant que l'autrice n'en abusera pas à l'avenir, pour garder l'histoire centrée sur les œuvres plus que sur la vie des personnages. Un début de série qui donne envie d'en lire plus !

04/04/2025 (modifier)
Par Ro
Note: 4/5
Couverture de la série Corto Maltese (Diaz Canalès & Pellejero)
Corto Maltese (Diaz Canalès & Pellejero)

Il m'a été très difficile de me lancer enfin dans ces albums de Díaz Canalès et Pellejero. Car Corto Maltese est pour moi un monument de la BD mais surtout une œuvre très personnelle de Hugo Pratt, et la voir ainsi reprise tant d'années après sa mort me hérissait tant le poil qu'après avoir vaguement feuilleté le premier album au moment de sa sortie, j'ai mis près de 10 ans à enfin lire l'ensemble. Et malgré toutes mes réticences, tous mes a priori négatifs et mon envie de les détester, je dois admettre que c'est une très bonne reprise. Oh, ce n'est pas parfait, il n'y a plus exactement le même esprit indéfinissable de Pratt, et scénarios et dessins ont ce petit quelque chose d'un peu raide, de dirigé, de fabriqué pour coller au moule de l'œuvre originale. Mais en même temps le travail est de si bonne qualité qu'on peut facilement passer outre et se laisser porter comme s'il s'agissait vraiment de nouvelles œuvres de l'auteur, de nouvelles aventures d'un personnage qu'on aime. Le dessin de Ruben Pellejero est impeccable. Il se fond parfaitement dans le style de Pratt de la majorité de la série. Il n'a pas le côté lâché du trait de ses derniers albums, il est plus net et précis, et cela le rend aussi plus lisible. Il est dans la veine du dessin de mes albums préférés de la série originelle. Il lui manque un je ne sais quoi de cette liberté que Pratt s'autorisait ici et là, mais cela me va très bien comme ça. Tous les albums ne m'ont pas autant plu, mais c'était déjà le cas pour la série de Pratt. Le premier, Sous le soleil de Minuit, mêle les esprit de Pratt et de Jack London pour une aventure dans le Grand Nord. J'ai aimé le voyage et les thématiques originales qu'il aborde, j'ai aimé la densité et le sens de l'aventure de son récit. J'ai moins aimé la profusion de personnages qu'on finit par confondre et ne plus suivre. Le second, Equatoria, nous ramène dans l'esprit des chasses au trésor sous les Tropiques (l'Equateur ici pour être précis) rappelant l'esprit des albums Sous le signe du Capricorne et Corto Toujours un peu plus loin. Ca tombe bien, ils font partie de mes préférés et là encore j'ai pris plaisir à cette invitation au voyage et à l'aventure, même si je commençais à me dire que les auteurs aimaient décidément beaucoup emmener leur personnage dans beaucoup d'endroits successifs. Le troisième, Le Jour de Tarowean, est osé puisqu'il s'agit ni plus ni moins que du prequel à la Ballade de la Mer Salée, le pur récit d'aventure dans les mers du Sud qui a créé le personnage de Corto. C'est un récit bien mené, respectueux des personnages et qui fait bien le raccord avec le premier tome de Corto. Encore une fois, j'ai bien aimé. Le quatrième album, Nocturnes berlinois m'a moins plu, de la même manière que les albums Helvétiques ou Tango m'avaient moins plu. On y est dans une ambiance plus réaliste, plus moderne et plus proche de l'historique et même du politique. Je m'y suis un peu ennuyé car je n'aime pas ces thématiques. Et retour à l'aventure exotique avec le cinquième album, La Ligne de vie, qui encore une fois m'a bien plu même si là encore on sent un côté un peu forcé des auteurs dans leur manière de ramener des personnages du passé (Bouche dorée, Raspoutine encore, et là en particulier Banshee de l'album Fables Celtiques), pour bien rappeler que leurs aventures s'inscrivent dans la continuité de celles de Pratt. Donc tout n'est pas parfait, c'est parfois un peu guindé, un peu forcé ou bien confus, et j'aurais pu rester dans mon refus de les lire par respect pour Hugo Pratt et son œuvre si personnelle, mais la reprise est objectivement très réussie et fidèle à l'esprit de son auteur, tant dans le dessin que dans la forme des intrigues et dans l'esprit des personnages et de la narration.

04/04/2025 (modifier)
Couverture de la série Lettres perdues
Lettres perdues

Comme les aviseurs qui m'ont précédé, je suis tombé sous le charme de cette singulière série. Jim Bishop propose un récit en trompe l'œil dans cet univers merveilleux où une humaine se prend la tête avec une poisson employée de la poste . Les premières planches font croire à un univers mi enfantin mi loufoque où le jeune Iode m'a immédiatement fait penser à un petit prince isolé sur une plage paisible aux cabanons ressemblant à ceux d'Arcachon. Pourtant dès les premières planches une sorte de poésie mélancolique sourde de ce visuel inhabituel. Par petites touches l'auteur nous dévoile avec tendresse ces trois personnages qui ne trouvent pas leur place dans ce monde ensoleillé. Car derrière cette façade de station balnéaire paisible, bishop introduit des thématiques peu visitée: la rupture du lien avec la mère et ses implications psychologiques fortes, le vol de sable sur les plages et ses conséquences écologiques. Le final est inattendu et donne à l'histoire une profonde émotion qui peut résonner fortement sur les vécus de certains ( moi par exemple) . Le graphisme travaille sur ce décalage entre une ligne ronde et franche, une mise en couleur pastelle et lumineuse et cette ambiance de profonde solitude qui étreint les trois personnages. Les extérieurs sont créatifs et travaillés avec soin. Les personnages poissons présentent une forte originalité dans leur diversité. Une lecture surprise vraiment inclassable mais très créative avec une belle profondeur.

04/04/2025 (modifier)
Par Cacal69
Note: 4/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Versatile
Versatile

C'est la première BD des sœurs Chauvin, Hosanna au scénario et Clotilde au dessin et à la couleur. Le résultat est très bon. Hosanna a transporté la cour de Versailles dans le royaume imaginaire de Versatile, et celui-ci porte très bien son nom. Un royaume qui a une particularité, on peut gravir les échelons sociales suivant les actions réalisées (ou non réalisées), des piastres (la monnaie royale) tombent alors automatiquement dans une bourse et on peut voir où l'on se situe grâce à une sorte de montre à gousset (voir la deuxième image de la galerie), l'aiguille pointe sur la position sociale du moment. Une aiguille qui peut tout aussi bien grimper, que descendre. On va suivre le parcours de Célimène, elle est née chiffonnière et veut devenir reine. Pour monter les échelons, il n'y a pas 36 façons de le faire, soit on travaille dur et on est méritant, soit on écrase la concurrence et tous les coups sont permis. Célimène va choisir la deuxième option, et ce choix aurait dû me la rendre antipathique, car évidemment elle sera garce, mais elle a aussi un côté désespérée qui m'a touché. Un personnage complexe qui sera amené, le long de son ascension sociale, à côtoyer son contraire, Dorval. Un duo que tout oppose, deux visions différentes de la vie et de l'amour. Un rythme soutenu, des personnages fouillés, l'esprit XVIIIe siècle est bien rendu et le récit tient en haleine. Mais, la morale sera-t-elle sauve ? Je vous laisse le découvrir, mais vous aurez un peu votre mot à dire. Le dessin de Clotilde est racé, il me plaît beaucoup, je lui trouve un charme fou et une texture singulière qui dégage de l'émotion. Les couleurs sont superbes. J'en redemande. Un duo d'autrices que je vais suivre. Coup de cœur.

03/04/2025 (modifier)
Par Mashiro
Note: 4/5
Couverture de la série Deux Filles nues
Deux Filles nues

Cette oeuvre a grandi en moi au fil des pages à un point que je n’aurais pu imaginer! Tout commence avec des bribes d’images qui se complètent, Otto peint Mashka au milieu de la forêt puis nous suivons Otto dans les rues allemandes de 1919 avant d’arriver dans son atelier. C’est alors que j’ai compris le concept du livre, chaque case proposée par Luz est en faite le point de vue du tableau ! Et ce concept nous fais suivre toute une fresque historique de l’Allemagne du 20eme siècle du point de vue de ce tableau. Le concept est franchement bien amené. L’auteur en joue d’ailleurs beaucoup avec une certaine poésie et un certain mystère nait autour de ce tableau car, ce tableau que tout le monde juge et observe, cette oeuvre dans laquelle certains perdent leur regard et d’autres souhaitent la voir bruler, on ne peut l’apercevoir qu’à la fin, mis face au fait accompli de tout ce qu’elle a à donner, tout ce qu’elle représente mais aussi tout ce qu’elle a vu. Deux filles nues est une suite de bribes de vies, du peintre au collectionneur, du confiscateur à l’archiviste. C’est aussi un cours d’histoire détourné sur l’art dégénéré qui n’aura finalement jamais cessé d’être d’actualité. En terme de style, certains diront que le dessin est trop simple ou moche. C’est moins élaboré que Vernon Subites mais tout de même plus intelligent que Catharsis. Personnellement j’ai beaucoup aimé la manière dont Luz joue avec le cadre qui bouge, la profondeur des plans (dans certains cas, l’action est dans le second ou troisième plan tandis que le premier n’est que le décor) et la profondeur des personnages qui se penchent pour observer le tableau. Je ne pense pas avoir compris (ou essayé de comprendre) la symbolique des insectes mais Deux filles nues donne à interpréter beaucoup plus qu’au premier abord. Dans la postface, on peut aussi réaliser un parallèle sur le hasard de l’existence au milieu de la tragédie, pour ce tableau mais pour l’auteur lui-même qui était en retard le jours des attentats. Une chouette lecture !

03/04/2025 (modifier)
Par Mélusine
Note: 5/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Mélusine
Mélusine

Mélusine est un tout nouveau univers pour les jeunes comme les grands. Ce n'est pas trop une série, mais plutôt des gags qui se suivent. Mélusine est une femme forte, intelligente et débrouillarde, ce qui montre un regard nouveau sur les sorcières. Je trouve cela amusant, les illustrateurs ont mis du temps et de l'amour pour les dessins. Excellent.

03/04/2025 (modifier)
Couverture de la série Champs de Bataille - L'histoire enfouie du remembrement
Champs de Bataille - L'histoire enfouie du remembrement

Dans le prolongement – au niveau de certains thèmes, mais aussi de la qualité du travail – de leur excellent documentaire Algues vertes - L'Histoire interdite, les auteurs remettent le couvert pour décrypter le sujet a priori secondaire du remembrement. Ils en tirent un documentaire qui présente bien les tenants et aboutissants, les méthodes – brutales et déloyales la plupart du temps – employées par les pouvoirs publics et les industriels pour « faire avancer le progrès ». Je connaissais les grandes lignes, et j’avais d’ailleurs pu mesurer le désastre lorsque j’étais revenu dans les années 1990 dans la campagne normande que j’avais connue de la fin des années 1960 aux années 1970, chemins et haies disparues, pommiers arrachés, vastes étendues sans âmes et sans oiseaux. Une fois m’avait suffi, je n’avais plus jamais voulu y revenir, préférant garder d’autres souvenirs. Mais cet album présente de façon très pédagogique les divers mécanismes qui se sont succédés et amplifiés (intéressant de voir que la FNSEA prend ici le relais d’un syndicat créé sous Vichy pour obtenir l’obéissance des paysans aux injonctions du « pouvoir »). Paysages massacrés, vies bousillées, villages divisés, écosystèmes anéantis, avec leur lot de conséquences (inondations, érosion des sols, mort de la vie villageoise, etc.). Il est aussi intéressant de voir certains promoteurs de ce remembrement regretter leur extrémisme, leur aveuglement, comme Pisani, ou René Dumont – qui basculera ensuite vers l’écologie politique. Et bien sûr, derrière tout ça, la recherche du productivisme, du profit. Les industriels (ceux qui vendent du matériel agricole – américain au départ, pour utiliser les fonds du plan Marshall – mais aussi tous ceux qui ont besoin de dépeupler les campagnes pour trouver une main d’œuvre dans leurs usines en ville !), les banquiers, etc. Et les vendeurs de « produits phytosanitaires », rendus nécessaires par la stérilité grandissante de ces champs désormais plus protégés par des haies, plus secs, etc. Derrière la « marche du progrès », il y a aussi toutes ces luttes passées sous silence, cette répression et cette propagande qui écrase toute opposition. Comme d’habitude avec ces auteurs, tout est étayés par de nombreuses citations, une foule de documents (certains placés en annexe), une imposante recherche, qui se sent. Du travail solide, qui mérite, comme leur précédent opus, une plus grande lisibilité, à l’heure où les conséquences (environnementales – mais pas que) de ce remembrement se font durement sentir. A lire évidemment !

03/04/2025 (modifier)
Couverture de la série Ceux qui me touchent
Ceux qui me touchent

La longue description des méthodes d’abattage de porcs au début nous plonge dans une histoire qui très longtemps va se maintenir dans une certaine noirceur – voire une noirceur certaine. Le récit mêle – plutôt bien – plusieurs thématiques. Des questionnements existentiels, la crise de la quarantaine, la maltraitance animale, etc. Autour d’un homme qui, sans perspective après des études artistiques, travaille dans un abattoir. Des finances à peine à l’équilibre, un couple en difficulté (en tout cas leurs horaires de travail rendent incompatibles une vraie vie commune), et leur fille, pleine de vie, avec laquelle il partage des histoires, qu’ils construisent à deux, et dans lesquelles il finit par trouver une clef de lecture de son existence, pour la changer. S’ensuit un long bouleversement de sa vie, présenté de façon crédible, par petites touches. Le scénario est bien fichu. Un rythme lent, mais jamais ennuyeux. La noirceur dont j’ai parlé n’étouffe pas le récit. Car celui-ci ménage quelques respirations. Les échanges entre le héros et sa fille, mais aussi la parenthèse enchantée et improbable avec les fermiers et leur fille autiste. Et aussi la galeriste et l’artiste qui interviennent dans le dernier tiers de l’album, incarnant la fatuité, l’énorme prétention ridicule de bobos à claquer. Un humour grotesque qui fait aussi changer de perspective : les femmes obèses grimées en cochons subissent autant la violence humaine que les cochons des abattoirs. La fin enchaîne sur ce grotesque, en glissant une sorte d’happy-end qui fait retomber quelque peu la tension. Un dernier mot sur le dessin et les choix de colorisation : tout est vraiment bon, beau, et parfaitement raccord avec le récit : les changements de colorisation illustrent les questionnements du héros. Une lecture que j’ai vraiment beaucoup appréciée.

03/04/2025 (modifier)