Une BD tout aussi déroutante que son titre ! Et que de difficultés à poser sur papier mon ressenti.
Avec du recul, le dessin est bon voire très bon si l’on se concentre plus particulièrement sur les corps.
C’est davantage la colorisation au feutre qui peut perturber.
Les couleurs sont criardes mais cela colle plutôt bien à l’environnement global du récit (sans détour, tranché..).
Le travail de colorisation sur les ombres est parfois un peu léger : de grands aplats avec des coloris inadaptés et disposés de manière hasardeuse sur les visages et/ou chevelures.
En soit, rien de bien méchant au regard des deux gros bémols que j’ai noté :
- L’identification d’un personnage d’une scène à l’autre ou pire, lors d’une même scène.
En effet, les choix de l’auteur de mettre en avant des visages informes (surtout lors de scènes familiales avec beaucoup de personnes), de couper ces visages par le cadrage ainsi que de ne pas réutiliser (délibérément (?)) d’une case à l’autre la même palette de couleurs propre à un personnage (cheveux, teinte de peau, habits…) sont autant d’obstacles à la reconnaissance des personnages.
- L’identification de la parole avec une lecture pas toujours intuitive des bulles : un sens prioritaire de lecture plutôt de haut en bas que de gauche à droite, des bulles éloignées de leur source et bien souvent dépourvues de direction.
Et quand ces deux problèmes se cumulent, alors là jackpot !
Je ne vous dis pas la difficulté à se reconstituer les échanges. J’ai parfois dû m’y reprendre à 3 ou 4 fois pour bien comprendre qui dit quoi…
Côté narration, j’ai trouvé le traitement de l’histoire déséquilibré.
Après recherche, le roman sur lequel repose cette BD a été construit comme un triptyque. Et même si j’ai plus perçu cette BD comme un diptyque, je comprends donc mieux le choix de Sylvain Bordesoules de respecter cette construction narrative.
La première partie du récit est lente.
Elle pose les bases afin de bien appréhender l’environnement dans lequel les personnages évoluent. Pour cela, la narration s’appuie sur un enchaînement de scènes du quotidien ayant lieu durant l’été qui précède l’entrée au collège de notre protagoniste et de son pote de tous les combats.
On y découvre une violence normalisée dans les relations sociales et plus généralement dans la relation au vivant. La violence pour rompre l’ennui, la violence pour tromper ses peurs ?
A L’inverse, la narration s’accélère en seconde moitié de récit.
Cette fois-ci, elle se repose davantage sur des événements clés de la jeune vie du protagoniste, tout d’abord durant ses années collèges et ensuite lors de la période internat au lycée.
C’est d’ailleurs cette toute dernière tranche de vie (années lycée) qui me laisse malheureusement sur ma faim.
Comme grogro avant moi, j’ai eu l’impression que l’auteur s’empêtrait et que le chemin à suivre s’obscurcissait à l’approche de la fin du récit.
J’ai par exemple fini par perdre le sens de la représentation allégorique du chien (présente pourtant depuis le tout début du récit).
Pour résumé très brièvement : une narration encore trop brouillonne dans sa construction (1ère BD de l’auteur si je me réfère au site) mais qui ne laisse personne indifférent de par les thématiques abordées et le traitement de ces dernières.
Une histoire touchante, et il me semble, crue de vérités.
Note réelle : 3.5 / 5
Je découvre ici un Delisle éloigné de ce que je connais majoritairement de lui. C’est évidemment beaucoup moins autocentré. Mais, cet album possède quand même des qualités documentaires qu’on retrouve dans plusieurs de ses productions.
En tout cas, au-delà d’une biographie d’Eadweard Muybridge, de sa relation avec la magnat californien Stanford, c’est un pan d’Histoire entier que Delisle nous fait découvrir, à savoir le cheminement, lent mais s’accélérant, qui va mener à l’invention, au développement de la photographie, puis du cinéma (toutes les principales figures – américaines, mais surtout françaises – apparaissent donc dans cet album).
Un album très riche donc, mais avec une narration fluide, aérée, glissant régulièrement les photos originales pour compléter le récit. On ne s’ennuie jamais, et on est captivé par cette histoire, bien au-delà du personnage de Muybridge.
Comme tout le monde, je connaissais ses célèbres photographies décomposant le mouvement d’animaux, d’hommes. J’avais découvert le bonhomme et Stanford avec l’album Le Maître de California Hill. Mais ce dernier était centré sur Stanford, et ses relations avec Muybridge, tandis que l’album de Delisle est plus complet et ambitieux – par là même plus intéressant.
J’ajoute que son dessin est lui aussi agréable, dynamique, simple et efficace. Mention spéciale pour la conclusion, et la façon dont Delisle nous présente la mort (crise cardiaque) de Muybridge.
Un bel album, instructif et plaisant à lire.
Ça n’est pas forcément le récit le plus original, et il y a quelques facilités scénaristiques auxquelles il faut s’habituer. Mais, globalement, ces trois albums procurent une lecture plaisante, rythmée, intéressante.
On est dans un classique huis-clos dans l’espace (ici dans un vaisseau spatial endommagé/abandonné), dans lequel Kuroi (auteur que je découvre avec cette série) fait monter la tension (il y a un peu de « Sa majesté des mouches » dans cette lutte à mort entre gamins).
Deux niveaux de narration s’entrecroisent – ce qui permet de varier les plaisirs, et de multiplier les sources d’angoisse/tension : quelques dizaines d’enfants/ados seuls survivants dans un vaisseau spatial où l’oxygène va commencer à manquer, et alors qu’une information (une capsule existe permettant à une seule personne de s’enfuir et d’être sauvée) entraine un déchaînement de violence pour être le/la survivant(e) (ceci est narré par l’un des gamins, qui tient un journal, et des pilleurs d’épaves, découvrant longtemps après ce drame le vaisseau abandonné – et le journal – et progressant de plus en plus difficilement dans celui-ci.
Le huis-clos est bien utilisé, le côté survival désespéré des gamins, l’exploration dangereuse des visiteurs tiennent le lecteur en haleine. Le dessin de Kuroi est bon – même si les scènes de combats/massacres ne sont pas toujours très claires. Chaque début d’album voit quelques pages traitées différemment, avec une sorte de colorisation métallique donnant un rendu hyper réaliste pas désagréable, avant qu’on ne retourne au Noir et Blanc classique.
Le troisième tome joue sur un autre registre que les précédents. Les derniers survivants éliminés, quelques révélations, rebondissements maintiennent le lecteur en haleine, même si le rythme baisse clairement. L’auteur a fait le choix d’un atterrissage en douceur, avec une fin plus lumineuse et optimiste que ne le laissait entrevoir les sanglants épisodes précédents.
Quelques remarques bémols (les facilités évoquées plus haut). D’abord on peut être étonné en tant que lecteur que le jeune tenant à jour les événements dramatiques dans son journal le fasse de façon dépassionnée (alors que la priorité est de sauver sa peau, tout le monde s’entre tuant sauvagement). Ensuite le fait qu’il relate tous les événements se déroulant partout – y compris forcément ceux auxquels il n’a ni participé ni eu de témoignage direct.
Ensuite, comme dans certaines séries télé se déroulant dans un lieu circonscrit, et dans lesquelles à chaque épisode apparaissent des protagonistes surgis d’on ne sait où – et qui vont évidemment être les victimes de l’épisode, Kuroi use parfois de personnages (ados/gamins) qu’on n’avait jamais vus auparavant, pour un court moment, avant qu’ils ne soient éliminés (je pense à ces deux adolescentes dans le deuxième tome).
Enfin, je n’ai pas été convaincu par le cynisme absolu – et un peu trop caricatural de ceux qui étaient aux baguettes de cette struggle for life.
Mais bon, malgré ces remarques, ça reste quand même une série prenante et qui, sans sortir des sentiers battus, n’ennuie jamais le lecteur, maintient toujours suffisamment de tension pour le captiver. Un bon divertissement, donc, noir et sanglant.
Note réelle 3,5/5.
Cet album est un recueil d’histoires courtes et de gags très variés, sans véritable fil conducteur, qui enchaînent les situations absurdes, les décalages historiques, les chutes cruelles ou idiotes, bref tout ce qui faisait le charme de l’humour Fluide Glacial, même si certaines d'entre elles ont été publiées dans le Psikopat et Aaarg !.
Pendant toute ma lecture de cet album, j’étais persuadé d’avoir affaire à un album caché de Larcenet. Même trait, même énergie graphique, même façon de passer d’un style à l’autre sans prévenir, et surtout le même sens du gag absurde et couillon très marqué Fluide Glacial des années 90. Ayant déjà vu Larcenet se dissimuler derrière de faux noms sur Minimal notamment, j'étais persuadé que c'était lui qui se cachait ici sous le pseudonyme de L'Abbé.
On retrouve la souplesse de son trait, capable d’être caricatural, nerveux ou semi-réaliste selon le gag, avec une expressivité constante. Et les interventions de Maester dans les marges, sous forme de petits dessins-commentaires, prolongent parfaitement l’esprit maison, comme un clin d’œil complice à toute une époque du magazine. Mais non, je constate que L'Abbé est bien une autre personne, un auteur bien plus jeune qui relève avec brio le défi de succéder à ses influences : j'apprécie.
Le rythme est percutant, souvent très efficace, avec un vrai sens du timing comique. Ça fait mouche régulièrement, j'ai ri de bon coeur à plusieurs passages ce qui ne m'arrive pas souvent. Et cela inclut les commentaires de Maëster dans les marges qui sont souvent très drôles.
Cependant, tout n’est pas au même niveau et et certaines histoires tombent un peu plus à plat, ce qui m’empêche d’avoir un vrai coup de cœur.
Même si l’album est inégal, j’ai ressenti un vrai plaisir nostalgique : celui de retrouver un type d’humour que j’aimais beaucoup plus jeune. Et ça fait du bien de voir qu’un auteur comme L’Abbé peut encore faire revivre cette veine-là avec autant d’aisance.
Note : 3,5/5
Une belle Bd sur les thématiques du changement climatique et de l'effondrement biologique par le prisme de la paternité. La Bd est lente, contemplative et tente de rester positive sur un sujet pourtant grave, traité ici avec une oscillation entre la légèreté de l'enfance et la gravité de l'adulte conscient.
La BD est une composition originale, avec un mélange de cases découpées, d'images en pleines pages voir sur deux pages, de lecture qui fait parfois des serpents sur la page, et de dessins muets qui parsèment l'ensemble avec des représentations naturalistes, abstraites ou oniriques. La BD est une après-midi entre le père et sa fille, qu'il ne voit que quelques heures par semaines, mais étire son temps et son espace. C'est une simple promenade dans la ville et dans un parc, mais chacun devenant aussi autre chose. Que ce soit l'imagination de l'enfant, les questions qui prennent forme visuelle, les représentations des sujets qui sont fait ... La BD part en tout sens, mais reste cohérente. Ce sont les angoisses d'un père qui est face aux drames de notre époque et s'interroge sur sa jeune fille. Celle-ci lui pose plein de questions sur le monde, comme le ferait tout enfant, tout en essayant d'avoir les clés de compréhension de ce qu'il se passe. Plusieurs citations sont faites, d'auteurs sur le rapport à la terre et au vivant, sur les perceptions que notre monde à de lui-même et de la vie. Le tout dans un visuel qui tente de rendre les questions tangibles mais aussi d'être impactante, et je trouve personnellement que ça marche.
La BD oscille donc entre la noirceur du constat et l'insouciance d'une nouvelle génération, qui prépare un autre avenir plus désirable. C'est une BD lente, posée, qui tente de remettre de l'ordre dans toutes ces pensées. Je ne pense pas qu'elle sera appréciée de tout le monde mais personnellement elle m'a parlée. Elle a ce je-ne-sais-quoi de touchant, sans être moralisatrice. Elle m'a entrainée dans son récit et j'en ressors très satisfait. Je recommande, mais avec une certaine prudence. Essayez avant d'acheter, en somme.
3.5
Un documentaire qui pose une question intéressante: avec toutes les galaxies et les planètes qui existent dans l'univers, pourquoi il n'y pas eu une race extraterrestre qui a prit contact avec la terre ? Est-ce que la terre est la seule planète habitable dans l'univers ?
Personnellement, si je ne crois pas à toutes les histoires d'extraterrestres débarqué sur terre, j'aime bien l'idée qu'il y a une autre planète habitable quelques part dans l'univers et on le sait pas tout simplement parce que les galaxies sont très loin l'une de l'autre et les aliens ont juste pas la technologie pour venir nous parler ou peut-être qu'ils ont encore à un stade plus primitif que nous. En tout cas, les auteurs proposent diverses théories et j'ai bien aimé que le ton est scientifique. On ne tombe pas dans le farfelu ou le conspirationniste comme c'est trop souvent le cas lorsqu'on touche au paranormal.
La narration est dynamique et les deux personnages principaux, un scientifique un peu farfelu et sa petite-fille qui est curieuse de tout, sont attachants. Le dessin est très bon. Un bon documentaire que je recommande.
C'est le gros pavé dont tout le monde parle. Elle dormait sur mes tablettes depuis son acquisition, quelques jours après sa sortie. J'ai mis du temps à la lire, parce qu'il faut du temps pour la lire. Peu de texte certes, mais un univers graphique riche, une ambiance dont on se plait à s’imprégner... J'ai beaucoup aimé lire cette grosse BD, au moins autant qu'elle m'a frustré.
D'abord, c'est un très bon travail d'édition. Rien à dire là-dessus. Graphiquement, j'aime beaucoup l'univers très fouillé. Les couleurs sont particulièrement bien choisies. Certaines pages, rares et plutôt situées sur les dernières pages, sont le théâtre de scènes psychédéliques qui tranchent complètement avec le reste. L’effet est très réussi, d’autant plus que je ne peux m’empêcher d’y voir un clin d’œil à L’Incal, ce qui ne serait d’ailleurs guère étonnant. Bon, comme à chaque fois avec Bablet, j’ai vraiment un problème avec ses visages, particulièrement avec les nez. Ça donne à ses personnages des allures étranges. Ils ont tous l’air défoncés (au sens propre), comme s’ils étaient d’hargneux petits boxeurs. Cela dit, j’ai fini par m’y faire car par ailleurs, son trait, comme la force des couleurs, parvient largement à faire oublier tout ça. Et puis ça colle bien avec son univers apocalyptique peuplés d’âmes errantes.
Le scénario est bien ramassé, très cohérent, tout en laissant une large place à l’inexpliqué, ce que j’apprécie beaucoup. Le lecteur n’a pas tous les éléments et participe de fait à la construction de ce monde, et comme dans le film Sirat, on établit rapidement le parallèle avec la situation écologique/politique/sociale actuelle. J’aime bien le principe des monades, villes alternatives autant que communautés nomades. C’est une idée très anar…
Ce qui m’a frustré, c’est un ensemble de petites choses qui mises bout à bout, prive Silent Jenny d’un coup de cœur que j’aurais franchement aimé éprouver. D’abord, comme Roedlingen, je m’attendais à un développement plus spirituel, ce qui aurait prolongé l’action de Jenny de belle manière. En l’état, rien ne vient ébranler le chaos ambiant. Au lieu de ça, elle se contente de parcourir le monde à la recherche des abeilles, comme un robot programmé, et le lecteur ne sent rien de ses motivations. Rien non plus de son ressenti vis-à-vis de Pyrrhocorp, même si on peut s’en douter. Ensuite, quelques scènes me paraissent relativement absconses. Je pense à ces passages où l’on suit un personnage sous terre (j’ai oublié leur nom) : qui est-il/elle ?... Et pourtant, j’aime que tout ne soit pas expliqué ! Mais là, je trouve que ça apporte pas mal de confusion et gâche un peu la fin de parcours. Beaucoup d’idée sont par ailleurs esquissées mais tuées dans l’œuf, comme le personnage de La Goutte dont l’apparition constitue une bulle, sorte de petite pause poétique, alors qu’il y avait matière à développer quelque chose autour de l’Histoire, du récit du monde, du souvenir, de la transmission…
J’aime la toute fin et sa dernière image en double page, (ATTENTION SPOIL) où l’on voit la monade sur le point d’être capturée par les mange-cailloux. Les nuages se trouent pour laisser filtrer quelques pièces de ciel bleu, la lumière du soleil revient sur des plaines qui verdissent. Une nouvelle génération a pris le contrôle du Cherche-Midi. Tout semble en équilibre instable… J’aime cette fin, même si le tout manque un peu de background spirituel. Oui, c’est vrai : tout cela est un peu sec. Mais après-tout, nous sommes bel et bien dans un monde aride où l’eau est devenue une rareté précieuse…
Malgré tout ça, j’ai eu beaucoup de plaisir à lire Silent Jenny. Un 3/5 aurait donc été un peu trop sévère.
3.5
Une série jeunesse qui m'a bien captivé pour le moment.
Certes, le premier tome était surtout introductif, mais l'univers créé par les auteurs est assez riche pour que cela ne m’ait pas dérangé qu'on découvre petit à petit la vie sur l'Atlantide. Et puis tout le long de l'album il y avait des péripéties et je n'avais jamais eu l'impression qu'on faisait du surplace ou qu'on étirait inutilement une scène comme c'est le cas avec pleins de tomes 1 de séries que j'ai lu jusqu'à présent. Les deux premiers tomes sont de qualités égales selon moi et j'espère que la suite va être du même niveau.
Les personnages sont attachants même s'ils sont parfois un peu trop caricaturaux (en même temps c'est une série pour les jeunes), c'est remplis de rebondissement et le dessin est dynamique. Je pense que j'aurais adoré lire cette série durant ma propre jeunesse.
Je pense que c'est une BD qui mérite un 3.5 mais que je rehausse parce qu'elle m'a pris par surprise et qu'elle m'a gardé pendant un long moment dans le flou quant à son histoire. Presque jusqu'au climax, je me demandais où tout cela allait mener.
Cette histoire d'un homme qui craque et part à la campagne, contempler les éoliennes, a un petit gout de comédie française. Et d'ailleurs le début m'orientait dessus même si le personnage est justement en train d'écrire une comédie de ce genre. Un message de l'autrice annonciateur de la suite, c'est-à-dire une histoire bien différente de ces comédies qu'on nous ressert sur les néo-ruraux. Parce qu'ici le récit est mené très différemment, commençant dans une version presque idyllique de ces campagnes et du retour à la nature : nouvelle vie dans une maison, vue magnifique, voisine sympathique et charmante, des gens simples dans le bar local, l'inspiration qui revient, le dialogue avec ses filles ... Sauf que la vie n'est jamais aussi rose, et que progressivement il y aura le retour de manivelle.
Ce que j'ai apprécié, c'est que la BD parle de plusieurs sujets qu'elle arrive à corréler sans pour autant indiquer que ce sont des sujets importants. Ils servent plutôt de toile de fond à la crise que vivra le personnage principal. Que ce soit la question de ses filles et de la violence scolaire, les discours des piliers de comptoir qui commencent par la lutte anti-éolienne mais finissent sur du sexisme et du rejet primaire. Les éoliennes sont aussi au centre de beaucoup de débats, pour lesquelles l'autrice ne donne aucune réponse mais qui montre à quel point n'importe quoi devient sujet de débat qui finissent en conflit.
C'est une BD étrange, au ton assez triste malgré des personnages positifs (notamment Marjolaine qui doit supporter beaucoup), brocarde l'idée des néo-ruraux et amène des questions sur cet homme en crise. A qui la faute ? La BD est sans réponse claire même si elle montre au final des victimes d'une situation qui semble complexe. Pas vraiment de conclusion claire, mais une fin amère.
Le dessin de Cati Baur que je connaissais par d'autres BD va assez bien à l'ensemble. C'est faussement naïf, parfois déformé dans les visages lorsqu'on s'approche mais sans jamais être mauvais non plus. Coloré et agréable, il a un bon rendu final.
Lecture recommandée, franchement j'ai été surpris !
Série intéressante par la manière dont elle projette les tensions nord-irlandaises dans un cadre contemporain. Le récit s’appuie sur une vision clairement romancée, voire volontairement exagérée des résurgences de la violence, ce qui peut interroger sur sa vraisemblance factuelle, mais ce parti pris sert efficacement le propos. L’album interroge avec pertinence l’héritage des conflits, la transmission de la haine, la possibilité du pardon et la tentation de la vengeance, sans jamais se limiter à un simple rappel historique.
La dimension historique et politique constitue un socle solide, mais c’est surtout le traitement humain qui donne de l’épaisseur à l’ensemble. La relation amoureuse centrale, apporte une respiration bienvenue et une forme de rondeur émotionnelle à un récit globalement dur et tendu. Le cliché est présent, mais maîtrisé, et fonctionne comme un liant narratif plutôt que comme une facilité.
Graphiquement, le dessin de Vincent Bailly se fait plus sobre et moins caricatural que dans Coupures irlandaises. Même peine toujours un peu à me séduire, grâce à sa 'rondeur' supplémentaire, il finit par s’imposer par sa lisibilité et sa constance au fil des pages.
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L'Été des charognes
Une BD tout aussi déroutante que son titre ! Et que de difficultés à poser sur papier mon ressenti. Avec du recul, le dessin est bon voire très bon si l’on se concentre plus particulièrement sur les corps. C’est davantage la colorisation au feutre qui peut perturber. Les couleurs sont criardes mais cela colle plutôt bien à l’environnement global du récit (sans détour, tranché..). Le travail de colorisation sur les ombres est parfois un peu léger : de grands aplats avec des coloris inadaptés et disposés de manière hasardeuse sur les visages et/ou chevelures. En soit, rien de bien méchant au regard des deux gros bémols que j’ai noté : - L’identification d’un personnage d’une scène à l’autre ou pire, lors d’une même scène. En effet, les choix de l’auteur de mettre en avant des visages informes (surtout lors de scènes familiales avec beaucoup de personnes), de couper ces visages par le cadrage ainsi que de ne pas réutiliser (délibérément (?)) d’une case à l’autre la même palette de couleurs propre à un personnage (cheveux, teinte de peau, habits…) sont autant d’obstacles à la reconnaissance des personnages. - L’identification de la parole avec une lecture pas toujours intuitive des bulles : un sens prioritaire de lecture plutôt de haut en bas que de gauche à droite, des bulles éloignées de leur source et bien souvent dépourvues de direction. Et quand ces deux problèmes se cumulent, alors là jackpot ! Je ne vous dis pas la difficulté à se reconstituer les échanges. J’ai parfois dû m’y reprendre à 3 ou 4 fois pour bien comprendre qui dit quoi… Côté narration, j’ai trouvé le traitement de l’histoire déséquilibré. Après recherche, le roman sur lequel repose cette BD a été construit comme un triptyque. Et même si j’ai plus perçu cette BD comme un diptyque, je comprends donc mieux le choix de Sylvain Bordesoules de respecter cette construction narrative. La première partie du récit est lente. Elle pose les bases afin de bien appréhender l’environnement dans lequel les personnages évoluent. Pour cela, la narration s’appuie sur un enchaînement de scènes du quotidien ayant lieu durant l’été qui précède l’entrée au collège de notre protagoniste et de son pote de tous les combats. On y découvre une violence normalisée dans les relations sociales et plus généralement dans la relation au vivant. La violence pour rompre l’ennui, la violence pour tromper ses peurs ? A L’inverse, la narration s’accélère en seconde moitié de récit. Cette fois-ci, elle se repose davantage sur des événements clés de la jeune vie du protagoniste, tout d’abord durant ses années collèges et ensuite lors de la période internat au lycée. C’est d’ailleurs cette toute dernière tranche de vie (années lycée) qui me laisse malheureusement sur ma faim. Comme grogro avant moi, j’ai eu l’impression que l’auteur s’empêtrait et que le chemin à suivre s’obscurcissait à l’approche de la fin du récit. J’ai par exemple fini par perdre le sens de la représentation allégorique du chien (présente pourtant depuis le tout début du récit). Pour résumé très brièvement : une narration encore trop brouillonne dans sa construction (1ère BD de l’auteur si je me réfère au site) mais qui ne laisse personne indifférent de par les thématiques abordées et le traitement de ces dernières. Une histoire touchante, et il me semble, crue de vérités. Note réelle : 3.5 / 5
Pour une fraction de seconde - La vie mouvementée d'Eadweard Muybridge
Je découvre ici un Delisle éloigné de ce que je connais majoritairement de lui. C’est évidemment beaucoup moins autocentré. Mais, cet album possède quand même des qualités documentaires qu’on retrouve dans plusieurs de ses productions. En tout cas, au-delà d’une biographie d’Eadweard Muybridge, de sa relation avec la magnat californien Stanford, c’est un pan d’Histoire entier que Delisle nous fait découvrir, à savoir le cheminement, lent mais s’accélérant, qui va mener à l’invention, au développement de la photographie, puis du cinéma (toutes les principales figures – américaines, mais surtout françaises – apparaissent donc dans cet album). Un album très riche donc, mais avec une narration fluide, aérée, glissant régulièrement les photos originales pour compléter le récit. On ne s’ennuie jamais, et on est captivé par cette histoire, bien au-delà du personnage de Muybridge. Comme tout le monde, je connaissais ses célèbres photographies décomposant le mouvement d’animaux, d’hommes. J’avais découvert le bonhomme et Stanford avec l’album Le Maître de California Hill. Mais ce dernier était centré sur Stanford, et ses relations avec Muybridge, tandis que l’album de Delisle est plus complet et ambitieux – par là même plus intéressant. J’ajoute que son dessin est lui aussi agréable, dynamique, simple et efficace. Mention spéciale pour la conclusion, et la façon dont Delisle nous présente la mort (crise cardiaque) de Muybridge. Un bel album, instructif et plaisant à lire.
Léviathan (Ki-oon)
Ça n’est pas forcément le récit le plus original, et il y a quelques facilités scénaristiques auxquelles il faut s’habituer. Mais, globalement, ces trois albums procurent une lecture plaisante, rythmée, intéressante. On est dans un classique huis-clos dans l’espace (ici dans un vaisseau spatial endommagé/abandonné), dans lequel Kuroi (auteur que je découvre avec cette série) fait monter la tension (il y a un peu de « Sa majesté des mouches » dans cette lutte à mort entre gamins). Deux niveaux de narration s’entrecroisent – ce qui permet de varier les plaisirs, et de multiplier les sources d’angoisse/tension : quelques dizaines d’enfants/ados seuls survivants dans un vaisseau spatial où l’oxygène va commencer à manquer, et alors qu’une information (une capsule existe permettant à une seule personne de s’enfuir et d’être sauvée) entraine un déchaînement de violence pour être le/la survivant(e) (ceci est narré par l’un des gamins, qui tient un journal, et des pilleurs d’épaves, découvrant longtemps après ce drame le vaisseau abandonné – et le journal – et progressant de plus en plus difficilement dans celui-ci. Le huis-clos est bien utilisé, le côté survival désespéré des gamins, l’exploration dangereuse des visiteurs tiennent le lecteur en haleine. Le dessin de Kuroi est bon – même si les scènes de combats/massacres ne sont pas toujours très claires. Chaque début d’album voit quelques pages traitées différemment, avec une sorte de colorisation métallique donnant un rendu hyper réaliste pas désagréable, avant qu’on ne retourne au Noir et Blanc classique. Le troisième tome joue sur un autre registre que les précédents. Les derniers survivants éliminés, quelques révélations, rebondissements maintiennent le lecteur en haleine, même si le rythme baisse clairement. L’auteur a fait le choix d’un atterrissage en douceur, avec une fin plus lumineuse et optimiste que ne le laissait entrevoir les sanglants épisodes précédents. Quelques remarques bémols (les facilités évoquées plus haut). D’abord on peut être étonné en tant que lecteur que le jeune tenant à jour les événements dramatiques dans son journal le fasse de façon dépassionnée (alors que la priorité est de sauver sa peau, tout le monde s’entre tuant sauvagement). Ensuite le fait qu’il relate tous les événements se déroulant partout – y compris forcément ceux auxquels il n’a ni participé ni eu de témoignage direct. Ensuite, comme dans certaines séries télé se déroulant dans un lieu circonscrit, et dans lesquelles à chaque épisode apparaissent des protagonistes surgis d’on ne sait où – et qui vont évidemment être les victimes de l’épisode, Kuroi use parfois de personnages (ados/gamins) qu’on n’avait jamais vus auparavant, pour un court moment, avant qu’ils ne soient éliminés (je pense à ces deux adolescentes dans le deuxième tome). Enfin, je n’ai pas été convaincu par le cynisme absolu – et un peu trop caricatural de ceux qui étaient aux baguettes de cette struggle for life. Mais bon, malgré ces remarques, ça reste quand même une série prenante et qui, sans sortir des sentiers battus, n’ennuie jamais le lecteur, maintient toujours suffisamment de tension pour le captiver. Un bon divertissement, donc, noir et sanglant. Note réelle 3,5/5.
L'Abbé
Cet album est un recueil d’histoires courtes et de gags très variés, sans véritable fil conducteur, qui enchaînent les situations absurdes, les décalages historiques, les chutes cruelles ou idiotes, bref tout ce qui faisait le charme de l’humour Fluide Glacial, même si certaines d'entre elles ont été publiées dans le Psikopat et Aaarg !. Pendant toute ma lecture de cet album, j’étais persuadé d’avoir affaire à un album caché de Larcenet. Même trait, même énergie graphique, même façon de passer d’un style à l’autre sans prévenir, et surtout le même sens du gag absurde et couillon très marqué Fluide Glacial des années 90. Ayant déjà vu Larcenet se dissimuler derrière de faux noms sur Minimal notamment, j'étais persuadé que c'était lui qui se cachait ici sous le pseudonyme de L'Abbé. On retrouve la souplesse de son trait, capable d’être caricatural, nerveux ou semi-réaliste selon le gag, avec une expressivité constante. Et les interventions de Maester dans les marges, sous forme de petits dessins-commentaires, prolongent parfaitement l’esprit maison, comme un clin d’œil complice à toute une époque du magazine. Mais non, je constate que L'Abbé est bien une autre personne, un auteur bien plus jeune qui relève avec brio le défi de succéder à ses influences : j'apprécie. Le rythme est percutant, souvent très efficace, avec un vrai sens du timing comique. Ça fait mouche régulièrement, j'ai ri de bon coeur à plusieurs passages ce qui ne m'arrive pas souvent. Et cela inclut les commentaires de Maëster dans les marges qui sont souvent très drôles. Cependant, tout n’est pas au même niveau et et certaines histoires tombent un peu plus à plat, ce qui m’empêche d’avoir un vrai coup de cœur. Même si l’album est inégal, j’ai ressenti un vrai plaisir nostalgique : celui de retrouver un type d’humour que j’aimais beaucoup plus jeune. Et ça fait du bien de voir qu’un auteur comme L’Abbé peut encore faire revivre cette veine-là avec autant d’aisance. Note : 3,5/5
Ecolila
Une belle Bd sur les thématiques du changement climatique et de l'effondrement biologique par le prisme de la paternité. La Bd est lente, contemplative et tente de rester positive sur un sujet pourtant grave, traité ici avec une oscillation entre la légèreté de l'enfance et la gravité de l'adulte conscient. La BD est une composition originale, avec un mélange de cases découpées, d'images en pleines pages voir sur deux pages, de lecture qui fait parfois des serpents sur la page, et de dessins muets qui parsèment l'ensemble avec des représentations naturalistes, abstraites ou oniriques. La BD est une après-midi entre le père et sa fille, qu'il ne voit que quelques heures par semaines, mais étire son temps et son espace. C'est une simple promenade dans la ville et dans un parc, mais chacun devenant aussi autre chose. Que ce soit l'imagination de l'enfant, les questions qui prennent forme visuelle, les représentations des sujets qui sont fait ... La BD part en tout sens, mais reste cohérente. Ce sont les angoisses d'un père qui est face aux drames de notre époque et s'interroge sur sa jeune fille. Celle-ci lui pose plein de questions sur le monde, comme le ferait tout enfant, tout en essayant d'avoir les clés de compréhension de ce qu'il se passe. Plusieurs citations sont faites, d'auteurs sur le rapport à la terre et au vivant, sur les perceptions que notre monde à de lui-même et de la vie. Le tout dans un visuel qui tente de rendre les questions tangibles mais aussi d'être impactante, et je trouve personnellement que ça marche. La BD oscille donc entre la noirceur du constat et l'insouciance d'une nouvelle génération, qui prépare un autre avenir plus désirable. C'est une BD lente, posée, qui tente de remettre de l'ordre dans toutes ces pensées. Je ne pense pas qu'elle sera appréciée de tout le monde mais personnellement elle m'a parlée. Elle a ce je-ne-sais-quoi de touchant, sans être moralisatrice. Elle m'a entrainée dans son récit et j'en ressors très satisfait. Je recommande, mais avec une certaine prudence. Essayez avant d'acheter, en somme.
Le Grand Silence - Mais où sont les extraterrestres ?
3.5 Un documentaire qui pose une question intéressante: avec toutes les galaxies et les planètes qui existent dans l'univers, pourquoi il n'y pas eu une race extraterrestre qui a prit contact avec la terre ? Est-ce que la terre est la seule planète habitable dans l'univers ? Personnellement, si je ne crois pas à toutes les histoires d'extraterrestres débarqué sur terre, j'aime bien l'idée qu'il y a une autre planète habitable quelques part dans l'univers et on le sait pas tout simplement parce que les galaxies sont très loin l'une de l'autre et les aliens ont juste pas la technologie pour venir nous parler ou peut-être qu'ils ont encore à un stade plus primitif que nous. En tout cas, les auteurs proposent diverses théories et j'ai bien aimé que le ton est scientifique. On ne tombe pas dans le farfelu ou le conspirationniste comme c'est trop souvent le cas lorsqu'on touche au paranormal. La narration est dynamique et les deux personnages principaux, un scientifique un peu farfelu et sa petite-fille qui est curieuse de tout, sont attachants. Le dessin est très bon. Un bon documentaire que je recommande.
Silent Jenny
C'est le gros pavé dont tout le monde parle. Elle dormait sur mes tablettes depuis son acquisition, quelques jours après sa sortie. J'ai mis du temps à la lire, parce qu'il faut du temps pour la lire. Peu de texte certes, mais un univers graphique riche, une ambiance dont on se plait à s’imprégner... J'ai beaucoup aimé lire cette grosse BD, au moins autant qu'elle m'a frustré. D'abord, c'est un très bon travail d'édition. Rien à dire là-dessus. Graphiquement, j'aime beaucoup l'univers très fouillé. Les couleurs sont particulièrement bien choisies. Certaines pages, rares et plutôt situées sur les dernières pages, sont le théâtre de scènes psychédéliques qui tranchent complètement avec le reste. L’effet est très réussi, d’autant plus que je ne peux m’empêcher d’y voir un clin d’œil à L’Incal, ce qui ne serait d’ailleurs guère étonnant. Bon, comme à chaque fois avec Bablet, j’ai vraiment un problème avec ses visages, particulièrement avec les nez. Ça donne à ses personnages des allures étranges. Ils ont tous l’air défoncés (au sens propre), comme s’ils étaient d’hargneux petits boxeurs. Cela dit, j’ai fini par m’y faire car par ailleurs, son trait, comme la force des couleurs, parvient largement à faire oublier tout ça. Et puis ça colle bien avec son univers apocalyptique peuplés d’âmes errantes. Le scénario est bien ramassé, très cohérent, tout en laissant une large place à l’inexpliqué, ce que j’apprécie beaucoup. Le lecteur n’a pas tous les éléments et participe de fait à la construction de ce monde, et comme dans le film Sirat, on établit rapidement le parallèle avec la situation écologique/politique/sociale actuelle. J’aime bien le principe des monades, villes alternatives autant que communautés nomades. C’est une idée très anar… Ce qui m’a frustré, c’est un ensemble de petites choses qui mises bout à bout, prive Silent Jenny d’un coup de cœur que j’aurais franchement aimé éprouver. D’abord, comme Roedlingen, je m’attendais à un développement plus spirituel, ce qui aurait prolongé l’action de Jenny de belle manière. En l’état, rien ne vient ébranler le chaos ambiant. Au lieu de ça, elle se contente de parcourir le monde à la recherche des abeilles, comme un robot programmé, et le lecteur ne sent rien de ses motivations. Rien non plus de son ressenti vis-à-vis de Pyrrhocorp, même si on peut s’en douter. Ensuite, quelques scènes me paraissent relativement absconses. Je pense à ces passages où l’on suit un personnage sous terre (j’ai oublié leur nom) : qui est-il/elle ?... Et pourtant, j’aime que tout ne soit pas expliqué ! Mais là, je trouve que ça apporte pas mal de confusion et gâche un peu la fin de parcours. Beaucoup d’idée sont par ailleurs esquissées mais tuées dans l’œuf, comme le personnage de La Goutte dont l’apparition constitue une bulle, sorte de petite pause poétique, alors qu’il y avait matière à développer quelque chose autour de l’Histoire, du récit du monde, du souvenir, de la transmission… J’aime la toute fin et sa dernière image en double page, (ATTENTION SPOIL) où l’on voit la monade sur le point d’être capturée par les mange-cailloux. Les nuages se trouent pour laisser filtrer quelques pièces de ciel bleu, la lumière du soleil revient sur des plaines qui verdissent. Une nouvelle génération a pris le contrôle du Cherche-Midi. Tout semble en équilibre instable… J’aime cette fin, même si le tout manque un peu de background spirituel. Oui, c’est vrai : tout cela est un peu sec. Mais après-tout, nous sommes bel et bien dans un monde aride où l’eau est devenue une rareté précieuse… Malgré tout ça, j’ai eu beaucoup de plaisir à lire Silent Jenny. Un 3/5 aurait donc été un peu trop sévère.
Foudroyants
3.5 Une série jeunesse qui m'a bien captivé pour le moment. Certes, le premier tome était surtout introductif, mais l'univers créé par les auteurs est assez riche pour que cela ne m’ait pas dérangé qu'on découvre petit à petit la vie sur l'Atlantide. Et puis tout le long de l'album il y avait des péripéties et je n'avais jamais eu l'impression qu'on faisait du surplace ou qu'on étirait inutilement une scène comme c'est le cas avec pleins de tomes 1 de séries que j'ai lu jusqu'à présent. Les deux premiers tomes sont de qualités égales selon moi et j'espère que la suite va être du même niveau. Les personnages sont attachants même s'ils sont parfois un peu trop caricaturaux (en même temps c'est une série pour les jeunes), c'est remplis de rebondissement et le dessin est dynamique. Je pense que j'aurais adoré lire cette série durant ma propre jeunesse.
Vent mauvais
Je pense que c'est une BD qui mérite un 3.5 mais que je rehausse parce qu'elle m'a pris par surprise et qu'elle m'a gardé pendant un long moment dans le flou quant à son histoire. Presque jusqu'au climax, je me demandais où tout cela allait mener. Cette histoire d'un homme qui craque et part à la campagne, contempler les éoliennes, a un petit gout de comédie française. Et d'ailleurs le début m'orientait dessus même si le personnage est justement en train d'écrire une comédie de ce genre. Un message de l'autrice annonciateur de la suite, c'est-à-dire une histoire bien différente de ces comédies qu'on nous ressert sur les néo-ruraux. Parce qu'ici le récit est mené très différemment, commençant dans une version presque idyllique de ces campagnes et du retour à la nature : nouvelle vie dans une maison, vue magnifique, voisine sympathique et charmante, des gens simples dans le bar local, l'inspiration qui revient, le dialogue avec ses filles ... Sauf que la vie n'est jamais aussi rose, et que progressivement il y aura le retour de manivelle. Ce que j'ai apprécié, c'est que la BD parle de plusieurs sujets qu'elle arrive à corréler sans pour autant indiquer que ce sont des sujets importants. Ils servent plutôt de toile de fond à la crise que vivra le personnage principal. Que ce soit la question de ses filles et de la violence scolaire, les discours des piliers de comptoir qui commencent par la lutte anti-éolienne mais finissent sur du sexisme et du rejet primaire. Les éoliennes sont aussi au centre de beaucoup de débats, pour lesquelles l'autrice ne donne aucune réponse mais qui montre à quel point n'importe quoi devient sujet de débat qui finissent en conflit. C'est une BD étrange, au ton assez triste malgré des personnages positifs (notamment Marjolaine qui doit supporter beaucoup), brocarde l'idée des néo-ruraux et amène des questions sur cet homme en crise. A qui la faute ? La BD est sans réponse claire même si elle montre au final des victimes d'une situation qui semble complexe. Pas vraiment de conclusion claire, mais une fin amère. Le dessin de Cati Baur que je connaissais par d'autres BD va assez bien à l'ensemble. C'est faussement naïf, parfois déformé dans les visages lorsqu'on s'approche mais sans jamais être mauvais non plus. Coloré et agréable, il a un bon rendu final. Lecture recommandée, franchement j'ai été surpris !
Partitions irlandaises
Série intéressante par la manière dont elle projette les tensions nord-irlandaises dans un cadre contemporain. Le récit s’appuie sur une vision clairement romancée, voire volontairement exagérée des résurgences de la violence, ce qui peut interroger sur sa vraisemblance factuelle, mais ce parti pris sert efficacement le propos. L’album interroge avec pertinence l’héritage des conflits, la transmission de la haine, la possibilité du pardon et la tentation de la vengeance, sans jamais se limiter à un simple rappel historique. La dimension historique et politique constitue un socle solide, mais c’est surtout le traitement humain qui donne de l’épaisseur à l’ensemble. La relation amoureuse centrale, apporte une respiration bienvenue et une forme de rondeur émotionnelle à un récit globalement dur et tendu. Le cliché est présent, mais maîtrisé, et fonctionne comme un liant narratif plutôt que comme une facilité. Graphiquement, le dessin de Vincent Bailly se fait plus sobre et moins caricatural que dans Coupures irlandaises. Même peine toujours un peu à me séduire, grâce à sa 'rondeur' supplémentaire, il finit par s’imposer par sa lisibilité et sa constance au fil des pages.