Les derniers avis (39493 avis)

Couverture de la série Communardes !
Communardes !

Voilà encore un scénario de Lupano intéressant. Ça n’est sans doute pas son plus original ou son plus complexe, mais la lecture de cette série est vraiment agréable. Il parvient bien à mêler petite et grande Histoire dans ce moment charnière de l’Histoire de France qu’a été la chute du second Empire et la Commune de Paris. Je ne suis vraiment pas fan du changement de dessinateur dans une même série – et là dessinateurs et coloristes changent à chaque tome ! De plus j’ai été surpris par le gros changement à ce niveau dans le dernier tome – avec qui plus est une police de caractères un chouia trop grosses dans les phylactères (même si je me suis finalement fait au trait de Fourquemin). Mais bon, ces petits désagréments – pas rédhibitoires – mis à part, la lecture reste plaisante. Chacun des albums peut se lire indépendamment. Même si ça se passe au même endroit et au même moment (Paris durant le siège prussien puis « Versaillais »), nous suivons des personnages différents. Une passionaria russe, une gamine pleine de vie, et une servante qui s’émancipe occupent successivement le premier rôle. Car, comme le titre de la série l’indique, Lupano a mis en avant des femmes dans ce récit. Des femmes qui plus est « féministes » avant l’heure, revendicatives. Et Lupano montre bien que, même parmi les révoltés/révolutionnaires (citations de Proudhon à l’appui), le sexisme reste dominant (ne parlons pas des milieux bourgeois et réactionnaires, évidemment scandalisés par les femmes se mêlant aux hommes dans les luttes – voir le procès en fin de troisième tome). Cet aspect est intéressant. Sinon, chaque album possède des qualités. Le troisième est peut-être celui qui est le moins fluide a priori, avec un procès – statique forcément, avec une héroïne qui reste mutique – qui occupe un très long dernier tiers. Mais ce passage est édifiant, écoeurant (on voit de quel côté penche Lupano), avec les préventions de classe, de sexe, qui méprise les « classes laborieuses et dangereuses). Chaque album met aussi en avant la violence de la semaine sanglante. Une série réussie.

18/01/2026 (modifier)
Couverture de la série L'Epervier
L'Epervier

Quel plaisir de lecture. La série se dévore avec une constance remarquable : rythme soutenu, efficacité feuilletonesque et véritable sens de l’aventure. Si l’on apprécie les récits maritimes historiques, on est pleinement servi. L’approche de la piraterie est volontairement réaliste, loin des fantasmes exotiques : pas de Caraïbes, Hollandais Volant, Malédictions Aztèques mais un cadre crédible, rude, solidement ancré dans son époque. Le scénario est un atout majeur. L’intrigue est bien ficelée, lisible, et maintient l’intérêt sur la durée. Les personnages gagnent en épaisseur au fil des tomes, sans complexité excessive. Le héros est résolument héroïque, assumé comme tel : ceux qui recherchent une œuvre sombre, profondément nuancée pourront rester à distance. En revanche, pour une aventure efficace, généreuse et très plaisante à lire, la série remplit parfaitement son contrat. Graphiquement, le travail est remarquable. La qualité et surtout la constance du dessin sur un grand nombre de tomes et d’années forcent le respect. Le style initial est maintenu avec rigueur, au bénéfice de la cohérence visuelle et de l’immersion, notamment dans la représentation du monde maritime.

18/01/2026 (modifier)
Couverture de la série L'Aigle sans orteils
L'Aigle sans orteils

Excellente bande dessinée autour du cyclisme, mais surtout à côté du cyclisme. Le sport sert ici de moteur narratif plus que de sujet central : le cœur du récit est ailleurs, dans le portrait d’une époque rude, d’une région marquée par la montagne, et dans la trajectoire intime d’un homme qui poursuit un rêve presque déraisonnable. Le scénario est volontairement simple et relativement court, mais traité avec une grande justesse. Tout fonctionne par petites touches : la dureté du quotidien, l’obsession, le courage silencieux. C’est une véritable chasse au rêve dans un monde qui ne fait aucun cadeau, racontée sans emphase ni pathos. Le rythme est particulièrement bien maîtrisé, constant du début à la fin, donnant au récit une impression de solidité et de cohérence rare pour un format aussi resserré. Le dessin est très beau et parfaitement adapté au propos. Le style légèrement rétro ancre immédiatement l’histoire dans son époque et renforce la dimension historique et humaine du récit. Les ambiances, les paysages et les efforts physiques sont rendus avec beaucoup de sensibilité, au service de l’émotion plutôt que de la démonstration graphique.

18/01/2026 (modifier)
Couverture de la série Jours de sable
Jours de sable

Un travail remarquable, d’une grande sensibilité. L’album impressionne par la qualité de sa documentation et par la justesse du parallèle entre la fiction et les images historiques : on sent un vrai travail d’immersion, presque de terrain. L’intrigue est prenante sans jamais chercher à s’imposer ; elle sert avant tout un propos plus large où la vie quotidienne, la condition humaine et la dignité des habitants du Dust Bowl deviennent les véritables moteurs du récit. Les personnages sont traités avec beaucoup de finesse. La dureté du contexte est montrée frontalement mais toujours avec retenue, ce qui renforce l’impact émotionnel. L’aspect didactique est très bien intégré, jamais pesant, et certains thèmes — notamment la relation à la mort — sont abordés avec une subtilité rare, en résonance constante avec l’époque et les situations vécues. Le rythme volontairement lent fonctionne parfaitement : il laisse le temps à la poussière, au silence et à l’épuisement de s’installer, jusqu’à devenir presque physiques pour le lecteur. Graphiquement, c’est superbe. Le dessin est précis, détaillé, parfois saisissant, avec des planches très fortes visuellement. Le traitement de la poussière, omniprésente, est particulièrement réussi, tout comme le travail des couleurs, qui installe une atmosphère à la fois belle, âpre et réaliste. Une œuvre marquante, exigeante et profondément humaine.

18/01/2026 (modifier)
Couverture de la série Un polar à Barcelone (Je suis leur silence)
Un polar à Barcelone (Je suis leur silence)

Œuvre globalement très réussie, agréable à lire et solidement construite. L’intrigue fonctionne comme un vrai polar, bien ficelé, mais reste clairement centrée sur l’humain plutôt que sur la mécanique de l’enquête. Le cadre barcelonais et le poids du passé familial apportent une densité appréciable sans alourdir le récit. Le choix narratif des voix du passé – les « Elles » – combiné à l’excentricité de l’héroïne enrichit fortement l’ensemble. Ces éléments donnent de l’épaisseur psychologique aux personnages et renforcent la singularité du récit. Les allers-retours entre présent, souvenirs et strates narratives ajoutent une légère complexité, mais surtout un vrai dynamisme, sans jamais nuire à la lisibilité. Graphiquement, le dessin est soigné et très moderne. Les personnages sont immédiatement identifiables, expressifs, bien caractérisés sans tomber dans la caricature. On comprend rapidement leur nature et leur rôle par le seul trait, ce qui sert efficacement la narration et le rythme de lecture.

18/01/2026 (modifier)
Par Lodi
Note: 5/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Mariage - Les Gouttes de Dieu
Mariage - Les Gouttes de Dieu

Lire et relire Les Gouttes de Dieu, et Mariage, les Gouttes de Dieu, pour être heureux. Avec les gouttes, on a tenté d'apprendre cépage, terroir, et les travail des hommes, ici, le lien entre la cuisine, un art dont on donne quelque lueurs, et vin ! On avait déjà vu des restaurants, mais pas à ce point, et puis il y a... La Chine ! Eh oui, un des juges, un des officiers de l'ordre fondé par le père des deux concurrents au gain de la cave est Chinois, et il est madré, le rusé ! On va en Chine, et surtout, on mange du requin, pas vraiment quelque chose qu'on aurait osé écrire chez nous à cause de ceux qui ne prennent que les ailerons du poisson, condamné à mourir lentement, se balançant au fond des flots ! On croise aussi des tricheurs de compétition, et, ô joie, des choses vraiment subtiles, comme une boisson qu'on peut considérer et comme un vin, et comme un saké ! Le talent de nos héros est très grand, masque de celui des auteurs. Le trait a comme d'habitude parfait, dynamique et précis, personnages bien caractérisés sans exagération, et dessins merveilleux des poétiques descriptions de vins et de plats.

17/01/2026 (modifier)
Par Présence
Note: 4/5
Couverture de la série Page noire
Page noire

Ce voyage au cœur de notre propre abjection est la seule façon d’accepter les autres… - Ce tome contient une histoire complète indépendante de toute autre. Son édition originale date de 2010. Il a été réalisé par Frank Giroud et Denis Lapière pour le scénario, et par Ralph Meyer pour les dessins, qui a également réalisé les couleurs avec Caroline Delabie. Il comprend cent pages de bande dessinée. La réédition de 2012 se termine par un dossier de quatorze pages : six pour la biographie d’Afia dont deux consacrées à la genèse d’une planche (script + crayonnés), cinq pour celle de Kerry, et deux pages avec le script de la planche vingt-et-un et le crayonné correspondant. Chez l’éditeur de l’écrivain à succès Carson McNeal, la journaliste trentenaire Kerry Stevens est venue interviewer le personnel, dont le comptable Max qui lui remet une copie des premières pages du futur roman dudit auteur : un livre qui s’intitulera Le diable et la poupée. Elle le remercie profusément, et lui-même se déclare ravi qu’une personne leur montre autant de considération. Le directeur éditorial passe dans les couloirs, se montrant sarcastique sur l’importance relative des employés. La journaliste et le comptable arrivent dans le bureau de ce dernier, qui doit la laisser seule quelques minutes pour répondre à la demande sur le dernier relevé Maupin. Elle en profite pour consulter les souches sur son bureau et elle trouve ce qu’elle est venu chercher : le nom et l’adresse de l’intermédiaire avec lequel l’éditeur communique. Le midi, elle déjeune avec sa sœur Alyssa qui lui raconte que la chimiothérapie s’est avérée inefficace sur leur père, et qu’elle pourrait lui rendre visite. Kerry estime que l’idée est vouée à l’échec car son père ne lui a toujours pas pardonné : toute conversation se terminerait comme d’habitude, et elle ne veut pas se disputer avec un homme en train de mourir. Les deux sœurs quittent le restaurant et se rendent à un autre établissement pour prendre un café en terrasse. Kerry confie à Alyssa qu’elle est en train de se démener pour obtenir une interview d’un écrivain à succès qui n’en donne jamais, qui n’effectue aucune apparition en public, et qui ne se présente jamais à la remise des prix qu’il a raflés. Mieux : aucune photo de lui n’est parue dans la presse. Bref : personne ne sait qui est vraiment Carson McNeal. Elle ajoute qu’elle a réussi à dénicher son adresse ou celle de l’homme chez qui il reçoit son courrier. Ailleurs, dans un village au Liban, une enfant cachée sous une table voit arriver les bottes d’un soldat phalangiste, qui passe entre les cadavres de sa famille. Une balle se loge au beau milieu de son front, et elle s’éveille en hurlant. Romy, sa codétenue, réveillée par les cris, descend du lit superposé et vient la réconforter : c’est juste un des cauchemars d’Afia, mais c’est fini maintenant. Elle lui donne un verre d’eau, et lui rappelle que c’est sa dernière nuit qui s’achève : elle sort aujourd’hui. Romy a donné un numéro à son amie, une société de luxe avec des clients de luxe, mais Afia ne veut plus exercer le métier de prostituée. Elle sort, se heurte à la réalité, va prendre un café au comptoir, s’apprête à appeler le numéro, et est rejointe par l’éducateur pénitentiaire qui lui propose autre chose. Une couverture qui ne dit pas grand-chose de l’intrigue, un texte en quatrième de couverture tout aussi énigmatique. Le lecteur commence par découvrir la journaliste Kerry Stevens, sa situation, travaillant pour un magazine qui fuit comme la peste tout ce qui se veut branché, la revue misant au contraire sur les valeurs sûres et durables, voire universelles et intemporelles. Elle s’est fâchée avec son père, elle traque un écrivain au succès planétaire : un phénomène d’édition et adapté en treize langues, un écrivain de génie, avec une plume comme on n’en a plus vu depuis Steinbeck, obsédé par le thème du renoncement, voire du reniement de soi. Le dessinateur la représente comme une jeune trentenaire, blonde et vive, perspicace et sportive sans être athlétique, une jeune femme indépendante avec du caractère et de l’initiative. Puis arrivé à la neuvième planche, il fait la connaissance avec un autre personnage principal : Afia Maadour, dont il découvre progressivement l’histoire en alternance avec elle de Kerry, Palestinienne dont la famille a fui les troupes israéliennes pour se réfugier au Liban. La technique de dessin change pour bien distinguer ces deux fils narratifs : le dessinateur passe de contours encrés avec des représentations descriptives et réalistes et une palette bleutée, à des contours moins appuyés, des représentations avec les mêmes caractéristiques, et une palette dans les tons ocre brun. Avec cette alternance de séquences entre le fil narratif mettant en scène la journaliste Kerry Stevens, et celui mettant en scène Afia Maadour fraîchement sortie de prison, le lecteur comprend que les auteurs vont jouer avec la structure de leur récit, et qu’ils l’invitent à y participer : à chercher les liens entre ces deux personnages et leur histoire, à détecter s’il se déroulent dans la même temporalité… tout en révélant rapidement que l’histoire d’Afia n’est autre que ce que raconte le roman en cours d’écriture de Carson McNeal. Le lecteur s’attache vite à la journaliste qui se montre fort astucieuse pour parvenir à ses fins : rencontrer cet écrivain si mystérieux dont les romans la touchent. Le lecteur lui envie son culot, et un peu sa chance : récupérer l’adresse du contact par la ruse et la duperie, simuler un accident, utiliser ses charmes en tout bien tout honneur, mettre à profit son histoire personnelle (la brouille avec son père) pour faire pleurer dans les chaumières, ou tout du moins émouvoir Lewis Shiffer, le contact de Carson McNeal. En tant que personnage réel (c’est-à-dire dans le cadre de cette histoire), Kerry prend le pas sur Afia qui est présentée comme un personnage de fiction, toujours dans le cadre de cette histoire. La narration visuelle apparaît immédiatement plaisante, en particulier dans les scènes consacrées à Kerry. Alors que les auteurs jouent la provocation en commençant par trois cases consistant en un travelling arrière à partir du mot Livres imprimés sur une page de l’épreuve du prochain roman de McNeal, jusqu’à voir la majeure partie d’un paragraphe, la suite est présentée avec naturel et simplicité, c’est-à-dire des extraits de texte en lieu et place des dessins attendus. Le groupe de feuillets passe d’une main à un autre, puis est mis dans un dossier qui finit dans le sac de la journaliste, le temps d’apercevoir une partie du titre. Le lecteur ressent l’efficacité de chaque prise de vue, sa clarté, l’unité de page pour également chaque prise de vue, le recours au gros plan sur les visages pour souligner un état d’esprit ou une émotion, sans en abuser, l’investissement de l’artiste pour donner corps aux décors, leur donner de la consistance et de la plausibilité. Il peut se projeter dans les couloirs et les bureaux impersonnels des locaux de la maison d’édition, en terrasse à New York, puis dans les forêts et les rives de l’océan Pacifique à Blue Falls dans l’Oregon, dans ses petits commerces, et dans une cabane en bordure de l’océan, etc. Il note que le dessinateur est attentif aux détails avec un sens du bon dosage dans la densité d’informations visuelles : la maquette du Cutty Sark, les autres maquettes de bateaux et les outils d’assemblage, l’aménagement intérieur du chalet de McNeal, le cric pour changer le pneu de la voiture, etc. Il retrouve ces caractéristiques dans le fil narratif consacré à Afia avec l’impression d’être plus dans les sensations du fait du mode de mise en couleurs, tout en retrouvant ce niveau de détails quand il prête plus attention à la case qu’il regarde. Au fur et à mesure que les liens entre les deux histoires apparaissent progressivement, le lecteur comprend qu’il s’est peut-être un peu vite emballé lorsqu’il a classé cette histoire dans le genre polar. En fait, la journaliste n’enquête pas dans le monde de l’édition : elle cherche un scoop pour une raison psychologique clairement explicitée. De fait, ce pan du récit s’apparente plus à une forme de poursuite pour démasquer l’écrivain qu’à un polar. La dimension sociale, ou plutôt historique, se trouve plutôt dans l’autre pan de l’histoire avec l’exécution sommaire au Liban, massacre perpétré contre des Palestiniens. Les auteurs font explicitement référence à la guerre du Liban qui oppose les phalanges chrétiennes aux milices palestiniennes et musulmanes, ayant éclaté en 1975. Là encore, ce fond historique sert de fondation à cette partie de l’intrigue, sans déboucher sur une mise en perspective de ce conflit ou une analyse de ses répercussions sociales ou politiques. Puis le lecteur se remémore les observations initiales de la journaliste sur McNeal : un écrivain de génie, avec une plume comme on n’en a plus vu depuis Steinbeck, et le fait qu’il soit obsédé par le thème du renoncement, voire du reniement de soi. Par la suite, lorsqu’il lui est donné d’échanger avec l’écrivain, elle évoque le fait que le mode de vie d’un auteur influe sur son œuvre, et les influences qu’elle a détectées telles que John Steinbeck (1902-1968), Ernest Hemingway (1899-1961), Robert Louis Stevenson (1850-1894), sur sa fascination par le caractère de ses personnages monstrueux. McLean lui rétorque qu’elle a dû découvrir que les séances de psychanalyse constituent un voyage au cœur sa propre abjection, ce qui est la seule façon de s’accepter, d’accepter les autres et finalement d’accepter la vie. Il s’agit d’une véritable profession de foi pour McLean, et peut-être pour les auteurs eux-mêmes. Le lecteur se dit les scénaristes évoquent peut-être leurs propres convictions. Il repense également à leur choix de construire un récit à partir d’une forme très particulière : l’entrelacement de deux fils narratifs, et aussi des personnages qui en manipulent d’autres, avec une forme de perspicacité et de préscience qui peut nécessiter une augmentation de suspension consentie d’incrédulité chez le lecteur. De ce point de vue, le propos du récit devient un peu plus un commentaire et une mise en pratique de l’art de la narration, cette mise en abîme étant corroborée par le fait que les auteurs mettent en scène un écrivain, c’est-à-dire quelqu’un dont le métier est également de raconter des histoires. Une enquête de journaliste bien agréable à lire : une narration visuelle d’une grande qualité, avec un dosage parfait dans ce qui est montré, un art consommé de la prise de vue et de son découpage, de la direction d’acteurs, et une capacité à différencier deux modes de dessins, l’un pour Kerry Stevens, l’autre pour Afia Maadour. Une intrigue qui tient en haleine, à la condition d’accepter d’être dans un récit de genre, ce qui suppose une suspension d’incrédulité consentie pour les conventions dudit genre. En sous-texte, les auteurs évoquent l’art de raconter une histoire, celle-ci ayant été conçue à partir d’une structure spécifique. Satisfaisant.

17/01/2026 (modifier)
Par Vaudou
Note: 4/5
Couverture de la série Mégalex
Mégalex

Jodorowsky et Beltran (qui assure les couleurs des Technoperes) se retrouvent pour une nouvelle épopée SF! Cette fois Jodorowsky nous raconte l'histoire de Megalex, une mégalopole de béton, et de ses castes. On est happé dans cet univers minéral dès les premières pages grâce à la technique de dessin en modélisation 3D de Beltran. Nous avons d'un côté les nantis qui sont déshumanisés par les drogues et qui vivent dans une sorte de décadence technologique et de l'autre les parias, qui vivent dans les souterrains et rêvent d'un retour à la nature. Tous les habitants sont soumis à une règle : une espérance de vie limitée. Plus vous êtes haut dans la hiérarchie sociale et plus vous avez du temps de vie et inversement. Cette idée est admirablement exploitée et aboutit à des scènes très fortes. C'est difficile d'en dire plus sans spolier mais on est sur du Jodo pur jus, avec notamment un troisième tome très inspiré qui multiplie les pirouettes scénaristiques. Les fans vont adorer et les réfractaires vont encore s'étonner d'être dégoûtés par tous les excès du récit et la noirceur générale de l'oeuvre. Megalex n'est pas sans petits défauts : Jodo a du mal à choisir le personnage principal de son histoire et la fin du premier cycle est expédiée (mais vraiment). Dommage, j'aurais adoré un second cycle qui ne verra jamais le jour. Encore un bijou signé Jodorowsky.

17/01/2026 (modifier)
Couverture de la série Jan Karski - L'homme qui a découvert l'Holocauste
Jan Karski - L'homme qui a découvert l'Holocauste

Série très solide et marquante par son angle d’approche. Le récit adopte un point de vue interne à la guerre, en embrassant un spectre large : avant les camps, le ghetto, les violences dans les campagnes, la mécanique progressive de l’horreur. Cette contextualisation donne une profondeur rare au parcours de Jan Karski et évite une focalisation exclusive sur l’univers concentrationnaire, sans jamais en atténuer la gravité. Le scénario est rythmé, tendu, et remarquablement prenant. Malgré la dureté du sujet, la narration maintient un réel suspense et pousse à enchaîner les pages. Les personnages sont bien écrits, nuancés, souvent attachants, et l’ensemble fait preuve d’une certaine subtilité, notamment dans le traitement du témoignage, de la transmission et de l’incrédulité politique. Graphiquement, le dessin est efficace et lisible, parfaitement au service du propos sans chercher l’esbroufe. Il n’est pas particulièrement marquant mais fonctionne globalement bien. On peut relever une légère difficulté à distinguer certains visages ou personnages secondaires, sans que cela nuise réellement à la compréhension ou à l’impact du récit.

17/01/2026 (modifier)
Par Lodi
Note: 5/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série La Tête de mort venue de Suède
La Tête de mort venue de Suède

Grand Prix Artémisia 2026 mérité ! Je viens de finir la bd empruntée à la Bibliothèque, et je pense que je ne la rendrais que pour l'acheter, et ce alors que je cherche à faire de la place chez moi, c'est dire ! Je ne sais ce qui est le mieux : la manière fantastique de (re)découvrir Descartes et ses successeurs ou les images. Des suppléments ne servent pas à réparer les lacunes comme dans tant de bd ou de dvd, non, on dirait de nouveaux morceaux interprétés par des artistes généreux, quand ils ont chanté tout ce qu'attendait le public. Si on en vient au visuel, par quoi commencer ? Les os sont encore plus expressifs que dans cette série de bd, Monsieur Mardi Gras Descendres ! Et ce n'est pas peu dire. Mais là, les os expriment la condition de l'être humain qui s'interroge, je suis quoi, à présent, reprenant la fameuse interrogation de Descartes à nouveaux frais. Et les animaux revendiquent de n'être pas des mécaniques en se plaignant des conséquences de cette supposition, débats et liens se tissent entre le philosophe et ses compagnons animaux moins réduits que lui, ayant tout leur squelette quand il n'a plus que son crâne. Tous ces restes sont rassemblés dans des conditions qu'on suit comme un roman policier. Je ne saurais dire si cette œuvre est en noir et blanc ou en couleur, elle transcende les deux, et pour s'évader peut-être des os, on voit des scènes oniriques où la vie est célébrée. Poétique et amusant : chaque animal voit non midi à sa porte, mais le paradis selon son biotope. Merveilleux !

16/01/2026 (modifier)