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Note: 5/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Homo economicus - Une brève histoire de l'économie
Homo economicus - Une brève histoire de l'économie

La prospérité matérielle reste la principale préoccupation des sociétés modernes. - Ce tome contient un exposé complet, indépendant de tout autre, ne nécessitant pas de connaissances préalables. Son édition originale date de 2025. Il s’agit de l’adaptation d’un texte de l’économiste Daniel Cohen (1953-2023), originellement intitulé : Une brève histoire de l’économie (paru en 2024). Elle a été réalisée par Aude Massot pour le scénario, les dessins, les couleurs, aidée par Laurence Trouvé pour ces dernières. Il comprend cent-quatre-vingt-deux pages de bande dessinée. Il se termine avec dix conseils pour être heureux, sur deux pages, d’après Bruno Frey, une postface de deux pages, rédigée par Julia Cagé (professeur d’Économie à Sciences Po Paris et lauréate du prix Yrjö-Jahnsson), un index d’une page recensant les termes allant de Agriculture à Valeur-travail, et des remerciements de l’autrice. Daniel Cohen et sa fille Pauline sont en train de visiter le Louvre. Ils sont tous les deux assis sur un banc, en train de contempler le tableau La Marchande de fruits et légumes (1630), de Louise Moillon (1609-1696). Le professeur ne peut pas s’empêcher de faire remarquer que la croissance économique est la religion du monde moderne. Elle lui demande si ce week-end passé ensemble pourrait se dérouler sans cours d’économie. Il continue quand même : cela fait des années qu’il réfléchit aux moyens de rendre la société plus juste. Elle lui fait remarquer qu’elle a l’impression qu’ils sont face à une fatalité : la croissance économique est la seule perspective de la société. Elle ne voit pas comment ils pourraient s’en défaire, et elle trouve ça un peu désespérant. Il poursuit : Hélas la culture et les problèmes métaphysiques ne sont pas devenus les enjeux majeurs de leur époque. La prospérité matérielle reste la principale préoccupation des sociétés modernes. Alors même qu’elles sont six fois plus riches qu’au siècle dernier. Longtemps le seul problème économique de l’humanité a été celui de se nourrir. Et longtemps, de la nuit des temps jusqu’à l’invention de l’agriculture (il y a dix mille ans), l’homme s’est alimenté en prenant librement ce que la nature lui offrait Le brillant anthropologue Claude Lévi-Strauss décrit magnifiquement les sociétés primitives. On sait aujourd’hui que les peuples qualifiés de primitifs, ignorant l’agriculture et l’élevage, vivant principalement de chasse et de pêche, de cueillette et de ramassage de produits sauvages, ne sont pas tenaillés par la crainte de mourir de faim et l’angoisse de ne pouvoir survivre dans un milieu hostile. Leur petit effectif démographique, leur connaissance prodigieuse des ressources naturelles leur permettent de vivre dans ce que l’on hésiterait sans doute à nommer l’abondance. Ils disposent de plus de loisir qui leur permettent de faire une large place à l’imaginaire, d’interposer entre eux et le monde extérieur, comme des coussins amortisseurs, des croyances, des rêveries, des rites, en un mot toutes ces forces que l’on dirait religieuses et artistiques. Comme dans le jardin d’Éden, les sociétés de chasseurs-cueilleurs vivent dans l’abondance et l’insouciance, ne travaillant que deux à quatre heures par jour pour assurer la subsistance de tous. Cette image idéale des structures sociales d’hier doit toutefois être prise comme un mythe dont il ne faut pas être dupe, mais qui montre l’incroyable flexibilité des humains dans leur manière de penser le monde qu’ils habitent. Une entreprise ambitieuse et de belle ampleur : réaliser une adaptation en bande dessinée d’un exposé constituant une brève histoire de l’économie. Ambitieux parce que le texte est déjà écrit et complet et qu’il faut trouver comment en faire une bande dessinée qui dépasse le stade de texte illustré avec des images redondantes. De belle ampleur puisqu’en effet l’ouvrage part de la préhistoire pour parvenir jusqu’à l’époque (très) contemporaine (il est question d’intelligence artificielle), avec même une ouverture sur des perspectives constructives pour le proche avenir, ce qui est encore plus ambitieux au vu de l’état de la planète au moment de la rédaction de l’article original. L’adaptatrice reprend un dispositif éprouvé, utilisé dans la majorité des ouvrages vulgarisateur de la collection La petite bédéthèque des savoirs : mettre en scène un avatar de l’auteur, en l’occurrence l’économiste lui-même, qui bénéficie ici d’un interlocuteur pour réagir et relancer la conversation, à savoir sa propre fille. Tout est prêt pour un exposé en neuf chapitres, certains comprenant des sous-chapitres, en particulier ceux consacrés à la mondialisation, et à la révolution numérique. Dès les premières pages, le lecteur apprécie la fluidité de la narration. Il ressent que l’adaptatrice a su conserver la logique de l’exposé de l’économiste, qu’elle l’a assimilée, et qu’elle l’a retranscrit avec intelligence. Dans l’introduction et le premier chapitre, il constate l’efficacité et la pertinence de l’avatar de Daniel Cohen et l’apport des remarques de celui de sa fille. Il fait l’expérience de la diversité des représentations visuelles. Certes certains passages semblent être l’intégration en l’état du texte de l’exposé, pour autant les dessins dépassent un simple état utilitaire ou fonctionnel, ou même celui de gag ajouté pour conserver artificiellement l’attention du lecteur. L’artiste fait usage de plusieurs modes narratifs. Le lecteur apprécie d’entrée de jeu de pouvoir accompagner ainsi le père et la fille. Cela apparaît comme une évidence de voir l’économiste faire son cours (sa fille a raison sur la nature de sa discussion) libéré des limites d’une salle de classe ou d’un amphithéâtre, pouvant voir ses propos illustrés par une reconstitution historique vivante, ou bien même se retrouver dans le passé à rencontrer d’autres économistes célèbres. Elle fait donc également usage de mises en situation à des époques différentes, aussi bien impersonnelles avec une foule d’anonymes, que des personnages historiques identifiés et nommés. Enfin, elle utilise différentes formes d’infographies, que ce soient des cartes géographiques, ou bien une sorte de jeu de l’oie. Ces différentes approches visuelles se complémentent et leur variété participe à maintenir l’attention du lecteur, et à offrir des points de vue diversifiés. Suivant les explications données par le père à la fille, le lecteur découvre donc les neuf chapitres : I Genèse, II Prométhée libéré, III Prospérité et dépression, IV L’âge d’or, V Le nouveau capitalisme financier, VI La mondialisation, VII, La révolution numérique, VIII Le krach écologique, IX Le bonheur intérieur brut. Tout commence avec les sociétés de chasseurs-cueilleurs, et ce constat qui fait rêver : avant l’agriculture et l’élevage, ces sociétés vivent dans l’abondance, ne travaillant que deux à quatre heures par jour pour assurer la subsistance de tous… Deux à quatre heures par jour !!! L’illustratrice se tient éloignée des images d’Épinal faussement nostalgique d’un passé fantasmé, mettant plutôt à profit les vestiges graphiques de l’époque (art pariétal ou décors de poterie), ou réalisant une forme de reconstitution historique avec des dessins simplifiés et expressifs, et la volonté de donner à voir ce que pouvait être le travail à l’époque. Puis vient la première théorie économique de l’ouvrage : la loi de Malthus, du nom de l’économiste britannique Thomas Robert Malthus (1766-1834). À nouveau, l’autrice conçoit des mises en scène imaginative pour exposer le lien entre la population et le volume de production nécessaire, allant d’un globe terrestre assailli de silhouettes humaines, à des cigognes bientôt au chômage. L’exposé passe alors au processus de l’industrialisation, et fait appel à plusieurs économistes célèbres Adam Smith (1723-1790), Karl Marx (1818-1883), Joseph Schumpeter (1883-1950). Sont forcément cités la main invisible, le capital et le progrès technique. Par la suite, l’adaptatrice met également en scène Milton Friedman (1912-2006), Ben Bernanke (1953-), Jean Monnet (1888-1979), François Perroux (1903-1987), Jean Fourastié, économiste (1907-1990), Alfred Sauty, Bruno Latour (1947-2022). Elle fait appel à eux conformément à l’article originel, et aussi dans une perspective de commentaire et d’explication historique, avec une ressemblance satisfaisante pour que le lecteur les identifie sans difficulté. Bien évidemment, impossible de tenir à l’écart la naissance de l’ultralibéralisme et les chantres du libéralisme économique : le lecteur doit affronter Ronald Reagan (1911-2004) et Margaret Thatcher (1925-2013). Toujours servi par une narration visuelle riche et inventive, l’exposé entre dans l’ère du capitalisme financier, en intégrant le phénomène de transition démographique, passe au stade de la mondialisation, en évoquant les stratégies de production d’un pays pour se positionner par rapport aux autres, et le développement de l’Inde, de la Chine, du Japon. Ayant survécu à la crise de vingt-neuf, ayant prospéré pendant les trente glorieuses, s’étant accroché à ce qu’il pouvait à l’ère de la mondialisation, voilà le lecteur arrivé au temps présent. S’il entretenait des doutes au début de sa lecture, la suite lui a permis d’acquérir des certitudes quant au placement idéologique des auteurs. Fort de cette compréhension, il peut porter un regard critique sur la présentation de ce qui se joue au temps présent, à l’heure de la révolution numérique. Il peut ainsi distinguer ce qui relève de l’analyse, et ce qui s’inscrit plus dans le jugement de valeur. Il peut être frappé par la pertinence de la prise de recul, par exemple : En termes économiques, on peut dire que la révolution numérique permet d’industrialiser la société postindustrielle. Une expression en apparence contradictoire qui permet de désigner le processus de rationalisation visant à réduire au maximum le coût de l’interaction entre les humains. Tout en confrontant ses convictions ou ses valeurs au point de vue sur la taylorisation de l’affect et sur les risques d’effondrement. Accessible et passionnant de bout en bout : un tour de force. Un exposé formidable sur les mécanismes économiques à l’œuvre à l’échelle de l’humanité, une vulgarisation qui met à profit les possibilités extraordinaires de la bande dessinée pour remettre en perspective une succession d’analyses et de théories économiques, avec une vision humaniste affichée. Le lecteur en ressort avec une meilleure compréhension de l’histoire de l’économie, de ses théories appuyées sur le contexte économique de leur époque, et une vision plus juste de certains économistes. Qui aurait cru qu’Adam Smith soit l’auteur de la phrase suivante ? Aucune société ne peut prospérer et être heureuse dans laquelle la plus grande partie des membres est pauvre et misérable.

21/03/2026 (modifier)
Par gruizzli
Note: 4/5
Couverture de la série Mise à sac
Mise à sac

Cette BD était partout à sa sortie ! En tout cas à Mulhouse où j'habite, bien sur. Parce que pour une fois qu'on parle de chez nous, en plus pour un scandale public de grande ampleur ! On a nos fiertés, dans le coin ... Cette histoire est sans doute moins connu du public extérieur à notre bonne cité, mais elle a fait son petit scandale. En résumé, c'est le pillage d'un musée et une collection complète de motifs de tissus assez inestimables qui faisaient la fierté d'un musée de la ville, celui de l'impression sur étoffes. L'histoire s'étale sur des années, avec un pillage organisé à l'interne par divers acteurs et pratiquement au vu de tous, avant une mort accidentelle suspecte qui lança l'affaire au grand public. La BD essaye de retracer les grandes lignes de toute cette affaire, en remontant aux années 80 et l'introduction des acteurs dans le musée. On comprend vite que c'est complexe, le musée n'étant pas un musée nationale mais une collection gérée par une association en lien avec des entreprises. Bref, un petit sac de nœud qui va aboutir à une désorganisation interne chaotique débouchant au final sur un pillage massif. C'est une histoire triste, une histoire presque banale de personne de pouvoir se servant dans la caisse pour son train de vie personnelle. La Bd est assez didactique pour qu'on comprenne à la fois le bordel de l'organisation et la façon dont ces collections sont achetées, gérées et surtout pillées sans vergogne, le tout entre argent public et privé, intérêt particulier et notion de biens communs. Le résultat est une BD assez linéaire, presque trop sage par moment et qui ne déborde pas de son cadre strict. J'aurais apprécié un peu plus d'à-côté, notamment les considérations sur les questions de ce qu'on laisse comme marge de manœuvre dans ces espaces peu surveillés. De même, la Bd met en lumière les complexités pour retrouver des œuvres uniques dans un marché de l'art qui semble s'en ficher complètement de l'origine de ses ventes. Un état de fait qui permet des vols comme celui qui touchera notre cher musée ... La BD a un dessin sympathique, en noir et blanc assez bien fait. J'ai pris plaisir à reconnaitre les lieux que je connais (d'ailleurs j'habite juste en face du dessin d'une des cases !), et globalement la lecture est fluide et intéressante. Un peu plus n'aurait pas été de trop, à mon gout, mais en l'état la BD donne à réfléchir à ces musées que l'on délaisse parfois trop, laissant prospérer des marchés parallèles dont l'impact est malheureusement énorme ...

21/03/2026 (modifier)
Par Miguelof
Note: 4/5
Couverture de la série Zig et Puce
Zig et Puce

Zig et Puce (et aussi Alfred) est une série sympathique que j'aime beaucoup depuis l'enfance. La reprise par Greg a été très réussie, je pense: bons dessins beaucoup d'humour et quelques inventions et innovations scientifiques en plus. Plus récemment, j'ai acquis plusieurs albums de Saint-Ogan et c'est un délice! Les éditions Glénat ont fait un bon travail de récupération et aussi de comparaison entre les histoires. Cela montre que même Hergé a été influencé et qu'il l'a reconnu!

20/03/2026 (modifier)
Par grogro
Note: 4/5
Couverture de la série L'Homme qui a vu l'homme qui filme l'homme qui tire plus vite que son ombre (presque journal d'un tournage)
L'Homme qui a vu l'homme qui filme l'homme qui tire plus vite que son ombre (presque journal d'un tournage)

Bouzard – Lucky Luke, le retour ! A défaut d'être le meilleur album de Bouzard (mais ça, on s'en fout un peu), il a le double mérite d’une part de sortir (un peu) du récit strictement personnel pour proposer ici un pseudo documentaire à la manière de ce qu’avait fait Fabcaro avec ses Carnets du Pérou, et d’autre part d’avoir occasionné chez moi une barre de rire comme je n’en avais pas connue depuis longtemps (cf. la scène du maquillage qui a coulé). Non, on ne saura pas vraiment si ce récit a été au moins en parti vécu. Bouzard a-t-il vraiment assisté au tournage de la série ? Comme dans la BD de Fabcaro précitée, ces aventures peuvent bien être complètement fictives, ce n’est pas l’objet. L’objet, c’est son auteur lui-même. Et ça marche. Les gags sont amenés souvent en deux, voire trois bandes. Il y a des trucs inhabituels, graphiquement. L’effet est surprenant mais franchement bien utilisé. Les hommages au personnage de BD le plus célèbre de tout l’Ouest sont décalés (ici par le biais de Rantanplan), jusqu’à la scène finale, que j’ai personnellement trouvée hyper touchante. Le tout est très drôle ! Ça a fait mouche chez moi à plusieurs reprises. Ce « Lucky Luke » est tout simplement le meilleur album de l’auteur depuis… La Grande Aventure ? (Oui parce que La Grande Aventure est un album un peu mésestimé selon moi, mais dans le genre humour préhistorique, on a rarement fait mieux). Bon, peu importe. J’ai aimé lire ce Bouzard qui m’aura donné l’occasion de faire mon petit jogging zygomatique.

20/03/2026 (modifier)
Par PAco
Note: 4/5
Couverture de la série L'Embrasement - La guerre Israël - Hamas, dans l'enfer de Gaza
L'Embrasement - La guerre Israël - Hamas, dans l'enfer de Gaza

En ces temps où le Moyen-Orient part totalement en sucette, ce genre d'ouvrage permet de sortir du sensationnalisme pour revenir aux faits. Florent Calvez adapte en effet ici en BD l'ouvrage éponyme de Michel Goya, en y ajoutant quelques touches personnelles pour ce medium. Son album nous permet d'appréhender de façon rationnelle l'histoire de la Palestine, de Gaza, en remontant à ses origines, en passant par la création d'Israël en 1948, jusqu'au terrible jour du 7 octobre 2023. L'ouvrage est conséquent, mais Florent Calvez a su retranscrire sans être indigeste, ni survoler, l'ouvrage de Michel Goya pour nous proposer un album salutaire pour ceux qui cherchent à y voir plus clair dans ce conflit. C'est précis, factuel, tout en cherchant à éviter la partialité, ce qui est plutôt réussi. Pour autant les horreurs et les erreurs des deux bords ne sont pas cachées sous le tapis, tissant au fil des pages la trame d'un conflit de plus en plus complexe et qui parait inextricable. Pour ce qui est du dessin, Florent Calvez opte pour un dessin très réaliste, proche de la photographie, et une colorisation tout en ocre/orange qui colle parfaitement avec cet angle documentaire et les ambiances sombres des tragédies traversées. Un très bon documentaire sur le sujet.

20/03/2026 (modifier)
Couverture de la série Dad
Dad

Une série qui devrait devenir (ou qui l'est déjà) un classique du catalogue Dupuis. Le gros atout de cette série c'est qu'on y est bien. On est bien dans cette petite famille de 4 filles de mères différentes avec un papa poule un peu looser attachant. C'est rare qu'on s'esclaffe mais c'est tout de même réussi. Il y a de la douceur et certaines planches sont mêmes très attendrissantes. C'est aussi une bd qui, je pense, peut se lire à différents âges, et qui se relit avec plaisir. J'aime aussi le dessin Nob, que je qualifierais de "classique-laché-maitrisé" Bref beaucoup d'atouts pour Dad !

20/03/2026 (modifier)
Par Miguelof
Note: 4/5
Couverture de la série Little Nemo in Slumberland
Little Nemo in Slumberland

Il s'agit d'une œuvre fondamentale dans l'histoire de la bande dessinée, je crois. Je possède les éditions Horay et Taschen, les deux sont asez bonnes. Pour l'époque, les dessins de W. McCay étaient fantastiques et les histoires délirantes! Après tout, il s'agissait de rêves, parfois un peu réalistes(?), mais principalement surréalistes. Elles doivent être appréciées avec modération, sous peine d'indigestion... ou chute du lit.

20/03/2026 (modifier)
Couverture de la série Hokuto no Ken - Fist of the North Star (Ken le survivant)
Hokuto no Ken - Fist of the North Star (Ken le survivant)

Écouter ceux qui réduisent Hokuto no Ken à un simple défouloir pour testostérone, la preuve d un manque criant d'analyse: on passe totalement à côté de l'essentiel. Sous la violence graphique se cache une œuvre d'une noirceur métaphysique absolue qui traite de la condition humaine quand toutes les structures sociales se sont effondrées. Là où les détracteurs ne voient que des personnages "plats", il y a en réalité une exploration brutale du concept de Fatum, chaque protagoniste est prisonnier d'une étoile, d'un destin qu'il ne peut fuir, transformant le récit en une véritable tragédie grecque moderne. Kenshiro n'est pas un héros d'action classique, c'est une figure christique qui ne tire pas sa puissance de la colère, mais de la tristesse. Le Musô Tensei, l'ultime arcane du Hokuto Shinken, est la concrétisation philosophique de l'empathie il ne peut être maîtrisé que par celui qui a accepté de porter sur ses épaules toute la douleur du monde. On est à des années-lumière du schéma de puissance basique. Raoh, de son côté, incarne une volonté de puissance nietzschéenne poussée à son paroxysme, cherchant à instaurer une paix tyrannique pour mettre fin au chaos, une réflexion politique complexe sur le prix de l'ordre face à la liberté qui d'ailleurs aurait de forte chznce de réellement exister si un monde comme ça exister. Le manga déconstruit même les codes de la virilité en montrant des colosses qui expriment leur humanité par les larmes et le sacrifice, comme Shu se laissant écraser par la pyramide pour sauver l'avenir. C'est une œuvre sur la transmission, le deuil et la persistance de la moralité dans un univers nihiliste. Si certains s'arrêtent à la forme sans voir le fond, c'est qu'ils n'ont tout simplement pas les outils intellectuels pour saisir la poésie tragique qui se joue entre deux explosions de chair, retourner lire demon slayer où d autre shonen basique si vous êtes incapable de décoder le fond d un manga iconique.

20/03/2026 (modifier)
Par Isma
Note: 5/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série La Quête de l'Oiseau du Temps
La Quête de l'Oiseau du Temps

Une référence qui mérite largement son statut. La Quête de l'Oiseau du Temps, c'est typiquement le genre d'œuvre qu'on respecte de réputation avant même de l'avoir ouverte. Et pour une fois, la réalité est à la hauteur de la légende. Le dessin de Loisel s'impose dès les premières cases : riche, détaillé, vivant. Chaque planche respire l'aventure et le fantastique, avec une maîtrise qui donne immédiatement du poids et de la chair à l'univers. Ce n'est pas seulement beau, c'est habité. Mais ce qui fait la vraie force de la série, c'est son ambiance. On est dans la fantasy, certes, mais avec quelque chose en plus : une maturité d'écriture rare pour le genre, un mélange subtil d'humour, de mélancolie et de gravité qui évite tous les clichés. Le récit sait faire sourire et émouvoir dans la même page, sans que ça sonne jamais faux. Les personnages y sont pour beaucoup. Le duo principal est savoureux; plein de caractère, de vécu, avec une vraie évolution au fil des albums. On s'y attache sans même s'en apercevoir. L'histoire, elle, prend son temps, et c'est une qualité. Pas d'adrénaline forcée, mais une progression maîtrisée, construite, qui fait confiance au lecteur. On sent une œuvre pensée sur la durée, avec un vrai sens de la narration et de la construction dramatique. Ce qui frappe au final, c'est ce côté à la fois classique et intemporel. La Quête de l'Oiseau du Temps a posé des bases dans la BD de fantasy francophone; et ça se ressent à chaque page. Une référence qui a une vraie âme. Et ça, ça ne vieillit pas.

19/03/2026 (modifier)
Par Isma
Note: 4/5
Couverture de la série Loba Loca
Loba Loca

Quelle belle surprise que Loba Loca! Je m'attendais à une lecture légère, et j'y ai trouvé bien davantage. Une BD qui touche juste, avec une sincérité et une profondeur qui ne se révèlent qu'au fil des pages. L'histoire nous raconte un road trip initiatique autant intérieur qu'extérieur. Et c'est précisément cette quête qui donne toute sa force au récit. On suit Guada, l'héroïne qui a grandie sans père, dont toute l'aventure gravite autour de cette énigme identitaire. Qui suis-je, vraiment, quand une partie de moi m'a toujours manqué? Quand la vérité éclate enfin, c'est une révélation fulgurante qui marque autant le personnage que le lecteur. Ça m'a évoqué irrésistiblement la maxime socratique gravée au fronton du temple de Delphes : « Connais-toi toi-même... » Loba Loca en capture parfaitement l'esprit. Une jeune femme en pleine introspection, qui mûrit, se révèle et trouve peu à peu sa place dans le monde. Cette BD m'a semblé très juste dans sa façon de raconter ce chemin intérieur. Le dessin, fluide et chaleureux, épouse parfaitement cette atmosphère intime et drôle par moment. Il ne cherche pas à impressionner, il accompagne, et c'est exactement ce qu'il fallait. Simple en surface, riche au fond. Loba Loca laisse une empreinte douce.

19/03/2026 (modifier)