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Par Présence
Note: 5/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Eloge de la poussière
Eloge de la poussière

On est peu de choses. - Ce tome contient une histoire complète et indépendante de toute, qui s’apprécie mieux si le lecteur est déjà familier de l’auteur. Son édition originale date de 1995. Il a été réalisé par Edmond Baudoin pour le scénario et les dessins, à l’exception de deux pages réalisées par Charlie Schlingo (1955-2005, Jean-Charles Ninduab). Il comprend soixante pages de bande dessinée en noir & blanc. Un portrait de Louise, réalisé par l’auteur. Est-ce qu’on sait quand un livre commence ? Est-ce aujourd’hui, ici, dans un théâtre antique d’Orange ? Le soleil est chaud, son nez le chatouille, toujours son problème d’allergie aux pollens. Le mistral s’en fout, il secoue les platanes. Vitrolles, Barcelone, Beyrouth, Villars-sur-Var, Paris, Nîmes, Orange, Tokyo, Nice. Il se perd un peu dans ce théâtre qui ressemble à une arène. Il se souvient. Les fesses sur le trottoir, les pieds sur la chaussée, il dessinait la maison d’en face, il en avait parlé au responsable culture de l’ambassade de France qui avait dit : Personne ne dessine dans les rues de cette ville, mais pourquoi pas ! Essayez ! Faites seulement attention aux hommes qui circulent en 4x4, Toyota, Mercedes, ils vont ou reviennent des combats, ils sont très excités, ils tirent sur tout ce qui ne leur semble pas normal. Quelqu’un qui dessine ce n’est pas normal. Naturellement Baudoin n’a pas vu le 4x4 s’arrêter de l’autre côté de la chaussée, dans cette rue de Beyrouth. Un soldat armé descend de l’arrière, le fusil à la main et il s’approche de l’artiste. Il le dévisage, puis il s’en retourne au 4x4. Il revient et il tend une photographie à l’étranger : c’est celle de sa fiancée et il lui demande de la dessiner. Sept ans seulement se sont écoulés. Ce garçon a-t-il survécu à a guerre ? Aime-t-il toujours sa fiancée ? Avait-il ce visage-là, celui représenté dans cette page ? Cette histoire s’enfonce doucement dans l’irréalité. Il arrive à Edmond de ne plus être tout à fait sûr de l’avoir vécue. Edmond avait vingt-trois ans, ce siècle, soixante-cinq. C’est la première fois qu’il aimait vraiment une femme. Il lui semblait impossible qu’un jour il puisse avoir du goût à l’existence sans que son sexe à lui ne soit pas souvent dans le sien à elle. Pourtant un jour ils ont fait l’amour pour la dernière fois. Aujourd’hui il se souvient surtout de son regard, très précisément. De son plaisir en elle, plus rien. En novembre 1993, il se promène avec Jeanne, sa mère. Elle vit depuis quelques mois dans une maison de retraite. Sa tête ne lui permet plus d’être autonome. Il note ce qu’elle dit. Il lui fait remarquer qu’il fait froid aujourd’hui, ce à quoi elle répond : Oh oui quel froid, qu’il ne rentre pas de l’air dans l’estomac, dans le dos, dans les dents. Il lui demande si elle a bien dormi, et elle répond : Oui, oui, il dort le petit, depuis une heure. Il s’enquiert de quel petit il s’agit, et elle répond : Il dort, il marche beaucoup, il est gentil. Elle ajoute : Peut-être oui, peut-être non, il n’y a pas de malheur, elle a de bons cheveux, ils sont bien coiffés. Dans sa bibliothèque, Edmond garde deux objets ayant appartenu à sa mère : une paire de lunettes cassées, une pince à linge que ses doigts ont serrée mille fois. Il fait porter sur ces deux choses une signification qui n’existe pas. Tout commence avec un portrait de la mère de l’auteur, Louise, née en 1910. Puis vient une séquence de trois pages pour laquelle le lecteur finit par comprendre qu’elle se déroule à Beyrouth en 1988. Puis une vision partielle d’une femme allongée nue sur un lit en 1965, puis un autre portrait de Louise réalisé le vingt novembre 1993, sur la même page. Puis une page composée d’un autre portrait de Louise, d’un dessin en bas de page d’une paire de lunette et d’une pince à linge, avec un échange de questions et réponses entre la mère et le fils. Puis un petit tour sur la promenade des Anglais à Nice, puis un homme qui demande à l’artiste de lui représenter son fils à partir d’une photographie et qui trouve que le résultat n’est pas son fils. Puis un saut temporel et spatial jusqu’à Villars-sur-Var, alors que Baudoin est encore un jeune adolescent. Puis un dessin de torero dans une arène, réalisé à l’occasion d’une corrida à Valence en Espagne en mai 1992. Les dessins sont du pur Baudoin : d’épais contours au pinceau, parfois un dessin griffé à la plume, une apparence fruste, parfois proche de l’esquisse, et en même temps une vie extraordinaire, une justesse surnaturelle, la capacité extraordinaire de donner à voir et à ressentir en même temps, qu’il s’agisse de l’ombre chinoise d’un palmier, ou de la vitalité du taureau dans l’arène. En fonction de sa sensibilité, le lecteur peut vite se sentir déstabilisé par ces sauts incessants d’une époque à l’autre, d’un endroit à l’autre, par ces souvenirs d’enfance dont il peut se sentir exclu, par ces variations graphiques d’une page à l’autre, et même parfois au sein de la même planche. Il comprend bien la volonté de l’auteur de donner à voir ses hésitations, les liens logiques existant dans son esprit entre des éléments hétéroclites, n’étant liés ni par l’unité de temps ni par celle de lieu. Comme il a pris l’habitude de le faire depuis plusieurs albums, ce créateur fait apparaître son flux de pensée avec les différents fils qui le composent. Cela se voit par exemple dans les différentes graphies du texte. D’une manière générale, il écrit au pinceau, en lettres capitales, avec une ponctuation allégée (il n’aime pas beaucoup les virgules). Toutefois dès la première planche, il annote le portrait de sa mère, par deux courtes mentions : la première en écriture cursive, la seconde en capitales plus petites et plus fines. Sur la deuxième planche, le lecteur retrouve l’écriture en majuscules au pinceau, ainsi que des annotations apportant des précisions sur le lieu où réside l’artiste, une autre sur une plante verte (en minuscule et cursive) indiquant que : À l’endroit où un enfant, une femme, un passant avaient été tués, les Beyrouthins déposaient un caoutchouc, une plante dans un tonneau. En page cinq et six, il utilise des textes tapés à la machine, dans lesquels il rajoute quelques mots à la main en cursive. À partir du passage où il raconte l’embolie cérébrale de son père, il lui arrive également de raturer des mots qui deviennent noircis et illisibles pour le lecteur. La narration visuelle présente elle aussi des singularités hétéroclites, à l’évidence exprimant les idiosyncrasies de l’auteur, ainsi que la diversité de ses sensations et de ses états d’esprit. Des cases avec bordures et alignées en bande, des cases sans bordure, des cases en inserts, un portrait en pleine page, des collages comme la carte d’identité de son père, ou un extrait d’un dictionnaire pour la définition du mot Mouche, des cases avec un texte accolé à l’extérieur de la bordure, des cases comme collées sur une illustration, etc. Et même deux pages d’une autre bande dessinée réalisée par Charlie Schlingo, ou encore sept pages en miniature extraites de Passe le temps (1982) parce que Baudoin souhaite expliquer en quoi il s’est permis un écart avec la réalité des faits, et pour quelle raison. De manière similaire, il joue également avec les registres graphiques, allant d’un croquis pour représenter sa mère, à des cases à la plume jouant avec différents registres picturaux comme l’expressionnisme ou le cubisme. Par exemple, il cite explicitement Alberto Giocometti (1901-1966). Une véritable aventure artistique. S’il s’agit d’une découverte pour lui, le lecteur peut se trouver décontenancé par cette succession de scénettes et de réflexions qui semblent sauter sur coq à l’âne, au gré de la fantaisie de l’esprit de l’auteur… ce qui lui donne déjà un fil directeur. Ce papillonnage apparent se fait sur la logique des associations d’idées de Baudoin. S’il est déjà familier d’autres ouvrages de cet auteur, le lecteur identifie sa manière à lui de mettre en lumière le phénomène de simultanéité : rapprocher des faits ou des événements pour les juxtaposer dans un effet de coexistence, pour souligner la variété de l’existence, de l’expérience humaine, et la part d’arbitraire qui y préside. Avec cette idée en tête, la balade d’une localisation à l’autre fait sens : Vitrolles, Barcelone, Beyrouth, Villars-sur-Var, Paris, Nîmes, Orange, Tokyo, Nice. Il remarque également qu’il n’y a pas de répétition au fil de la succession de moments, finalement pas si épars que ça, et même en rien erratique. La narration lui apparaît alors comme un assemblage sophistiqué, un flux de pensée re-structuré, ré-articulé, pouvant aussi bien s’envisager comme une approche pour suggérer au lecteur (et à l’auteur lui-même) toute la vie intérieure de sa mère, c’est-à-dire des processus cognitifs et émotionnels invisibles pour ses interlocuteurs (ce qui peut leur faire dire que : C’est comme si quelqu’un avait débranché deux ou trois fils dans son cerveau.) et l’existence en fait d’une logique invisible et bien réelle dans l’esprit de Louise. Dans le même temps, l’auteur expose des souvenirs qui lui appartiennent, et non ceux de sa mère, qu’il transcrit de son mieux, avec sa sensibilité. Le lecteur sent s’y dégager deux thèmes principaux. Edmond est confronté à la sénescence de sa mère, à sa mortalité, ce qui lui fait se souvenir de cette fois où il avait assisté à l’embolie cérébrale de son père, un autre instant au cours duquel la mortalité de son parent était devenue tangible et traumatisante. De fil en aiguille, cela le ramène à un souvenir qu’il avait raconté dans une précédente bande dessinée : la mort d’un chien. Il avait sciemment transformé la vérité, car cette dernière lui semblait trop atroce à raconter. Le thème de la mortalité s’accompagne de celui du souvenir. En les racontant, l’auteur fait l’expérience de façon répétée que certaines circonstances se sont déjà effacées de son esprit, certaines sensations. Des détails lui échappent, alors que sur le moment il était convaincu qu’il s’en souviendrait toute sa vie. La mémoire s’étiole et se transforme. Pour finir, Edmond fait observer les vagues à Mathilde, en commentant. Il lui demande de bien regarder les vagues qui arrivent, d’en choisir une, de rester avec elle jusqu’à ce qu’elle vienne mourir ici sur la digue. Ça y est. Cette vague était. Il n’y en avait jamais eu une comme elle. Il n’y en aura plus jamais. D’autres lui ressembleront, mais plus jamais exactement identique. Elles sont toutes uniques. Pas le temps de les peindre de les dessiner. On aurait pu la photographier, la filmer… Mais comment avec un film reproduire la densité de l’air qu’elle déplaçait, l’espèce de poids qu’elle faisait remonter des profondeurs, la totalité de l’horizon d’où elle arrivait ? Cette poussière dont il est fait éloge fait référence au fait qu’on est poussière, et qu’on retournera à la poussière. L’auteur réalise une reconstitution de la mémoire sur la base du flux de pensée, de l’association d’idées, de la mémoire fragmentée de sa mère, abordant les thèmes de la mortalité, de la mémoire qui s’étiole et du souvenir imparfait et incomplet que l’on peut conserver d’un autre être humain. Il met en œuvre une narration visuelle d’apparence hétéroclite qui lui permet de montrer différentes facettes de ce questionnement et des expériences de vie qui le nourrissent. Extraordinaire.

27/05/2026 (modifier)
Par Vaudou
Note: 5/5
Couverture de la série Comanche
Comanche

Comanche est ma série préférée dans la catégorie western avec des bulles. Les points forts de la série sont nombreux : - la psychologie et l'évolution du personnage principal "Red Dust" qui est remarquablement travaillée. Il se construit en réaction à son époque et ses drames personnels. - les dialogues qui ne nous prennent pas pour des idiots. - la qualité des intrigues - Les dessins d'Hermann à tomber. On a souvent droit à de belles grandes cases qui font la moitié d'une planche. Les points faibles : aucun Les premières aventures servent à constituer l'équipe du ranch et sont déjà passionnantes. Les trois tomes suivants sont des classiques. Greg approfondit le traitement de ses personnages, tandis qu'Hermann nous éblouit par sa mise en scène. Le tome 6 fait office de récréation avec un ton plus léger et on enchaîne avec deux autres masterclass, "Doigt du diable" et "Les shériffs". Les deux derniers albums dessinés par Hermann sont des enquêtes qui manquent un peu de souffle. Tome 1 : **** Tome 2 : **** Tome 3 : ***** Tome 4 : ***** Tome 5 : ***** Tome 6 : *** Tome 7 : ***** Tome 8 : ***** Tome 9 : **** Tome 10 : *** Greg et Hermann, sûrement une des plus belles associations du 9eme art. Une bande qui a conservé toute sa part de modernité. Indispensable.

26/05/2026 (modifier)
Par Gaston
Note: 4/5
Couverture de la série La Tête de mort venue de Suède
La Tête de mort venue de Suède

Je suis allé un peu à reculons pour lire cet album malgré les bonnes notes. En effet, je n'avais pas aimé Le Bestiaire du crépuscule de la même autrice parue dans la même collection. Heureusement, j'ai vite trouvé cette histoire plus facile que le précédant one-shot. Il faut dire que malgré la prémisse un peu absurde, il y a un vrai scénario dont le but est facile à suivre: le crâne de Descartes dialogue avec les animaux sur le fameux débat sur si les animaux ont une âme ou non et autour de ça il y a d'autres intrigues qui se greffent, comme ce qui est arrivé au crâne depuis la mort du philosophe. Il y a un coté historique dans le scénario qui a retenu mon attention alors qu'avec Le Bestiaire du crépuscule on tombait vite dans un récit onirique difficile à comprendre. La lecture est exigeante et ça prend plusieurs heures pour la finir tellement l'album est bavard. Personnellement, cela ne m'a pas dérangé parce que les sujets de discussions des personnages me passionnaient, mais je peux comprendre les lecteurs qui seraient passé à coté du scénario parce que c'est clairement pas une lecture pour tout le monde. Ce qui aide aussi à passer au travers cet album sont les touches d'humour qui fonctionnent bien. Le dessin est très bon et la mise en scène est très bien maitrisée.

26/05/2026 (modifier)
Par cac
Note: 4/5
Couverture de la série Akari
Akari

Voici une histoire toute en retenue autour d'une famille qui a des liens distendus. Le jour de l'enterrement de sa femme, ni le fils, ni la petite-fille ne sont présents. On ne sait pas les raisons, sont-ils fâchés à ce point ? Le vieux monsieur a une passion originale, du moins rarement traitée en manga, à savoir l'art du vitrail. Il réalise différentes oeuvres dont des lampes. Un jour une jeune fille se présente chez lui et il pense que c'est sa petite-fille qu'il n'a pas vue depuis des années, celle-ci ne dément pas. Petit à petit il réapprend à la connaitre, va la former à sa passion et aussi reprendre goût à son art alors qu'il n'en avait plus envie après la mort de sa femme. L'auteure s'est directement inspirée de son histoire familiale pour écrire ce récit, un hommage à son aïeul qui aimait ce travail sur le vitrail. Le dessin est très bon et on se prend au jeu de la découpe de verre et des couleurs sur un sujet pas forcément aguicheur. Le format est assez grand, la qualité d'édition impeccable comme souvent chez cet éditeur. On peut pousser à 4/5.

26/05/2026 (modifier)
Par Alix
Note: 4/5
Couverture de la série C'était la guerre des tranchées
C'était la guerre des tranchées

J’étais un peu passé à côté de cet album lors d’une première lecture en 2002, déstabilisé par ce choix narratif qui consiste à passer d’un personnage à un autre, plutôt que de se concentrer sur un protagoniste unique. Je relis l’album en 2026, et je monte ma note d’un point. Tardi capture parfaitement cette boucherie insensée que fut la Première Guerre Mondiale. Sa violence, son cynisme, la marche en avant du progrès industriel pour inventer de nouvelles façons de massacrer la jeunesse. L’auteur choisit de ne rien expliquer, pas de leçon d’Histoire, de cartes explicatives, de géopolitique. Il montre, tout simplement. Certaines scènes sont à la limite du supportable. Le choix narratif dont je parle ci-dessus renforce encore plus cette impression de massacre à la chaine. Le noir et blanc de l’auteur fonctionne parfaitement pour ce genre d’histoire. Il est détaillé et maitrisé, et la représentation des personnages et de leurs émotions apporte une puissance inouïe au récit. Une lecture difficile de par son contenu, mais indispensable pour se rappeler du calvaire vécu par des millions de jeunes hommes, il y a à peine plus de 100 ans.

28/06/2002 (MAJ le 26/05/2026) (modifier)
Par Miguelof
Note: 5/5
Couverture de la série Inside Moebius
Inside Moebius

Une autobiographie des dernières années et jours d'un dessinateur génial... en bande dessinée. Inclassable, délirant, émouvant, c'est beau et les mots nous manquent a tous... Je ne conseille ni la lecture ni l'achat sauf qu'aux inconditionnels de Moebius. Les dessins et les textes sont improvisés, spontanés, surtout au commencement. Mais l'édition est vraiment belle! L'autobiographie peut souvent tomber dans un exercice de justification personnelle ou d'hypocrisie. Ce n'est pas le cas ici, je crois. Après tant d'années, j'aime de plus en plus ces livres. C'est Giraud/Moebius dans son authenticité la plus dénudée. J'avais lu des interviews peu de temps avant : ses peurs et ses émois, ses passions et ses plaisirs, ses renoncements et ses regrets aussi. Tout cela se retrouve transposé dans cette œuvre, à travers les dessins, et c'est ici le plus important, je pense !

25/03/2015 (MAJ le 26/05/2026) (modifier)
Par Miguelof
Note: 4/5
Couverture de la série La Trilogie Nikopol
La Trilogie Nikopol

Comme cela arrive à beaucoup de lecteurs, c'est ma série préférée de Bilal. Après avoir tout lu de sa collaboration avec Christin, ce fut un choc esthétique et libérateur de découvrir Alcide Nikopol, Jill Bioskop et toute la faune humaine et extraterrestre des histoires. J'ai regardé Paris et Londres différemment et j'ai commencé à dessiner automatiquement des profils bilaliens partout. Froid Équateur ne m'a plus impressionné autant, je commençais à devenir immunisé, peut-être... P. S. mon exemplaire de «Libération» du 14 octobre 1993 commence à montrer son âge.

26/05/2026 (modifier)
Par Jetjet
Note: 4/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Raiders
Raiders

Déjà, il me parait utile de définir le titre de ce one-shot de Dark Fantasy qui constitue le premier essai du duo Crom / Freedman bien avant leur génial Birdking : les raiders ce sont simplement des chasseurs de trésor limite hors la loi dans un royaume marqué par la sorcellerie et une politique assez autoritaire. On suit les pérégrinations de deux frères réputés pour être parmi les meilleurs dans ce genre de quêtes où il est nécessaire nettoyer des donjons par l'épée et l'élimination des monstres pour en ramener quelques piécettes et tout simplement y survivre. Sauf que Marken le frère ainé veut raccrocher les wagons et tenter un dernier gros coup pour s'installer avec sa compagne à l'abri de tout danger et de toute contrainte de l'aventure. Le plus jeune ne voit pas du même oeil sa destinée et souhaite devenir le plus grand raider de la contrée mais en solo. Leurs routes se séparent donc et l'aventure commence... Effectivement le scénario est basique, il serait dommage d'en dévoiler davantage mais on y trouve de façon classique tout ce qui fait le sel de ce genre de récits : de la tripaille, de la cruauté mais également de bons sentiments et un certain sens de l'honneur. En peu de mots, le lecteur est rapidement embarqué dans un univers qui lui est inconnu tout en gardant en mémoire les caractérisations simples mais bien définis des principaux protagonistes. Je suis plutôt fan de ce récit qui va droit à l'essentiel sans s'embarrasser des détails superflus comme pouvait le faire un Sergio Leone dans un cadre bien différent : le western spaghetti. Et on y retrouve ici dans un autre contexte tout les éléments propres à apprécier un solide récit prévisible mais suffisamment bien ficelé pour avoir envie d'en connaitre la conclusion. Car ce qui n'est pas basique ni prévisible c'est le dessin unique de Crom qui multiplie les scènes d'action avec un découpage frénétique. Le parti pris graphique peut déplaire par l'absence de décors ou de repères. Je trouve pour ma part qu'il colle parfaitement à l'histoire qui reste limpide et apporte même beaucoup de mélancolie. Autant dire que je ne partage pas l'avis précèdent et je préfère 1000 fois un récit déjà vu mais qui m'en fout plein les mirettes sans temps mort à ces récits pompeux développant trop de personnages inutiles et être embarqué de la sorte. C'est donc une chouette réussite sur bien des niveaux que je relirais avec plaisir. PS : la réédition des Humanos est remarquable en regard de la première plus chère et à la couverture souple MAIS qu’il est dommage de relever une ou deux fautes de grammaire par ci par là alors qu’il s’agit justement d’une réédition.

25/05/2026 (modifier)
Par Hub
Note: 4/5
Couverture de la série Escape
Escape

J’ai vraiment été happé par ce récit. Dès les premières pages, j’ai ressenti une tension constante et une atmosphère lourde, presque étouffante. L’histoire se déroule dans un monde anthropomorphique ravagé par une guerre qui rappelle directement la Seconde Guerre mondiale. On suit Milton Shaw, pilote de bombardier expérimenté, chargé de frapper une ville contrôlée par un empire de chauves-souris fascistes. Mais après sa mission, son avion est abattu et il se retrouve seul derrière les lignes ennemies, au milieu des ruines qu’il a lui-même contribué à créer. Ce qui m’a le plus marqué, c’est l’évolution du regard de Milton. Au début, il bombarde sans réellement voir les conséquences humaines de ses actes. Depuis son avion, les victimes restent abstraites, lointaines, presque invisibles. Mais une fois au sol, confronté aux survivants, à leurs regards, à leurs blessures et à leur peur, il découvre peu à peu leur humanité. On ressent son malaise grandissant et cette culpabilité silencieuse qui s’installe en lui. Pourtant, malgré cela, Milton reste focalisé sur sa mission. Il continue d’avancer avec cette mentalité de soldat convaincu que son objectif doit être accompli coûte que coûte. J’ai trouvé ce contraste très fort émotionnellement : il comprend progressivement l’horreur de la guerre, tout en restant prisonnier de sa logique militaire. J’ai aussi beaucoup aimé la manière dont les flashbacks sont intégrés au récit. Contrairement à certaines œuvres où ils cassent le rythme, ici je les ai trouvés très naturels et bien amenés. Ils enrichissent énormément l’univers, donnent plus de poids aux enjeux et permettent surtout de mieux comprendre la personnalité de Milton, ses motivations et ce qu’il laisse derrière lui. Ça renforce encore davantage l’attachement au personnage et l’impact émotionnel de certaines scènes. Visuellement, Acuñalivre un travail magnifique. Les dessins sont ultra détaillés, dynamiques et immersifs. Les scènes de destruction dégagent une vraie brutalité, tandis que certaines expressions ou regards transmettent énormément d’émotions malgré l’apparence animale des personnages. L’ambiance visuelle participe énormément à cette sensation de guerre sale, oppressante et désespérée. Au final, Escape m’a laissé une impression assez forte et mélancolique. Derrière son récit de survie et d’action, c’est surtout une BD qui parle de la déshumanisation provoquée par la guerre, du poids de la culpabilité et de la difficulté à continuer d’avancer quand on commence enfin à voir les victimes derrière les cibles.

25/05/2026 (modifier)
Par Alix
Note: 5/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Le Voyage en Italie
Le Voyage en Italie

« Le Voyage en Italie » fut ma première BD de Cosey. Je lui avais attribué la note maximale suite à ma première lecture en 2003… Je relis ce diptyque 23 ans après, et ma note reste à 5/5. Il s’agit pour moi du « roman graphique » parfait… une histoire incroyablement humaine, une galerie de personnages complexes et attachants, et une intrigue « road movie » dépaysante et prenante. L’amitié qui lie les protagonistes est contagieuse, et on se sent investi dans le succès de leur projet d’adoption, on vibre avec eux… la fin, elle, est juste parfaite. Cette toute dernière planche m’émeut toujours autant, je la trouve tellement triste. « Le Voyage en Italie » fut aussi mon introduction au dessin de Cosey, que j’ai ensuite admiré dans ses autres œuvres (à commencer par le superbe A la recherche de Peter Pan). J’adore son style typé ligne claire et très détaillé, et ces couleurs pastelles. Un sans-faute en ce qui me concerne, que j’ai eu la chance de découvrir dans la collection « Horizons », à 5.50 euros l’album couverture souple !

30/07/2003 (MAJ le 25/05/2026) (modifier)