C'est le deuxième titre de cette collection que je lis, et c'est à nouveau un coup de cœur !
Coup de cœur parce que c'est très intelligemment fait. Au départ, Les Ondines est une collection qui s'adresse à un public jeune. Faut-il croire que je suis toujours jeune ? Allez, je le crois :) ! En tout cas, cette histoire vraiment très singulière m'a captivé, notamment par la manière dont le sujet est traité. Les aventures de la petite Euy (qu'a oeil bleu et qu'a oeil noir, et qu'a vraiment sucroyable) se déroulent à la Préhistoire, mais une Préhistoire fantasmée, imaginée, tout ça à la fois, mais en même temps crédible ! Le truc qui constitue en grande partie l'originalité de la chose, c'est le langage. Les différentes tribus rencontrées parlent toutes une langue différente. Léon Maret le transcrit en déformant les mots qui toutefois restent familiers, au sens de similaires au français. Ca pourrait vite devenir lourdingue a priori, mais dans les faits, la lecture reste très fluide. Pas une seconde je n'ai buté dans ma compréhension.
A la toutefinfin, on trouvera un petiot cahier pédagogo qui synthérésume les points dévelaborés au courlong de la storie : domesticatif des zanimos (canibots et chevalous), linguouées parlabrées... C'est très chouetos, bien fait et pas chiantifiant.
Oui, l'univers ici développé m'a complètement charmé. Je le redis, il est très original, rappelant notamment celui qu'a élaboré Nicolas Puzenat dans sa série Mégafauna. Ajoutons à cela une bonne dose d'humour, des personnages tout à fait attachants, un dessin qui me plait beaucoup par sa sobriété (exception faite des pattes des animaux en mouvements si l'on veut chipolaté), ainsi qu'une mise en couleur convaincante, et on obtient oui : un coup de cœur gros comme ça qui à mon sens reste susceptible de séduire un très large public !
Un trait juste, ça ne s’efface pas !
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Ce tome contient une histoire complète, indépendante de toute autre. Son édition originale date de 1986. Il a été réalisé par Edmond Baudoin pour le scénario et les dessins. Il comprend quarante-trois pages de bande dessinée. Avec six autres récits, il a été réédité dans le recueil Les Sentiers cimentés, paru en 2006. Il s’ouvre avec un court paragraphe de l’auteur en guise d’introduction. Il écrit qu’on ne lui demande plus s’il aime toujours dessiner, ou quels sont ses projets, ou même seulement comment il va. Mais combien il vend d’albums ? Il vit sûrement une époque fantastique, mais il estime qu’il a dû rater une marche quelque part.
Quelque part dans une zone désertique en Algérie, sous un fort soleil. Un garçon s’approche d’une voiture en plein milieu d’une route déserte. Le soleil est déjà haut dans le ciel il doit faire chaud dans la voiture noire. C’était le printemps 1962 en Algérie. Simon Zoladz douze ans. Son père est instituteur à Kenchella, il y est venu il y a quinze ans. Mais l’Algérie c’est fini, il a demandé sa mutation sur le continent, il est nommé à Saorge ; Leïla, elle est originaire de haute Kabylie. Alain François, responsable local de l’OAS, trente-deux ans, deux balles dans le ventre, le FLN, ou l’amant de sa femme… Il n’a plus la force que de faire AAAAAA, et d’appeler la mort. Les mouches lui tiennent compagnie en faisant bzzzzz ! Le garçon se tient devant la vitre du conducteur et ce dernier lui déclare qu’il veut mourir, et lui demande de lui donner le revolver sur la banquette arrière car il ne peut pas l’attraper. Simon court vers les maisons en criant : Au secours ! Il revient avec trois hommes adultes armés : Alain François est mort. Le soleil est encore plus haut dans le ciel, il doit faire encore plus chaud dans la voiture noire. Les mouches, elles, vivaient encore.
Le trois mars 1970, Simon commence son journal intime : Mon père est mort il y a trois jours. On l’enterre aujourd’hui. Toute sa vie il a tenu un journal. Je vais essayer de tenir celui-ci. Aujourd’hui je suis allé à l’enterrement du mec le plus chouette que j’ai jamais rencontré. Ce matin ma mère m’a donné un cahier. C’est le début d’un roman que voulait écrire mon père. La première phrase c’est : Monsieur Antoine Zoladz est dans son genre ce qu’on pourrait appeler un pauvre type. Antoine, c’était le prénom de mon père. Et son roman s’est arrêté à la fin de la première page. Quatre mars. J’ai essayé de peindre mais j’ai pas le moral. Cinq mars. Encore rien foutu. Si ça continue je vais arrêter ce journal. En juillet 68 dans la vallée des Merveilles, le drapeau rouge c’est parce qu’on y croyait encore un peu. Deux mois plus tôt sur cette photo, quelque part à droite. Jeudi six mars. Passé la journée avec Marc. Je sais pas comment il fait, mais après un moment avec lui je suis toujours bien. Ce soir je vois Sofie. Trois novembre 1980. J’expose galerie Passage. Complètement dans le système le mec… Et vive le marché de l’art. Et vive le commerce.
Après Un flip coca ! (1984) à la structure narrative un peu expérimentale, le lecteur se demande comment l’auteur va développer son œuvre suivante. Tout commence avec une séquence traditionnelle : pendant trois pages, des cases dont la plupart se présente avec une bordure, disposées en bande, avec de courts phylactères et des observations du narrateur omniscient dans des cartouches, des dessins réalisés à la plume, racontant la mort d’un individu dans sa voiture pour une raison prêtant à discussion. Le lecteur tourne la page et il constate un changement de mode de narration. Un journal intime écrit en lettres d’écolier pendant cinq pages, sans majuscule, des dessins plus durs dans leur apparence, des extraits d’articles de journaux, des portraits esquissés comme réalisés par l’auteur du journal, des jeux sur la graphie de l’écriture comme réalisé par un étudiant en école d’art. Des phrases qui s’approchent du flux de pensée, plutôt que d’une construction littéraire. Certaines petites illustrations qui peuvent faire penser à une affiche de propagande, à des dessins de recherche, à des croquis machinaux pour passer le temps, à la reproduction de la couverture d’un magazine de mode. Le lecteur s’accroche aux morceaux de texte. Il commence par bien saisir l’état d’esprit de Simon, son amitié avec Marc, la rencontre avec Joss. Elle, la riche héritière qui a viré sa cuti, lui, le jeune avocat du peuple qui va la défendre. C’est un super scénario pour un dessineux de B.D. Faudra qu’il en parle à François.
Puis, à partir de la planche neuf, la bande dessinée revient dans un mode narratif traditionnel pour le restant : des cases disposées en bande, avec toujours la personnalité graphique inimitable d’Edmond Baudoin. Le récit semble basculer dans un genre littéraire bien précis : le polar. Deux amis, un cadavre, l’un des deux est responsable du décès, et il s’agit selon toute vraisemblance d’un meurtre, pas vraiment prémédité… Enfin, le coupable a agi sur l’impulsion du moment, et en même temps le sort de la victime était courue d’avance. Le lecteur est conforté dans sa sensation par quelques remarques en passant, qui semble tirées d’un roman noir. Un commentaire du narrateur omniscient : Il faisait froid dans la chambre, tout était en ordre, si ce n’est la lumière allumée et Joss seule dans le lit, bien couverte, détendue et morte. Ou encore une pensée de Simon : Seule, dans la chambre froide. Il y a à la fois ce froid détachement face au crime, et cette façon de jouer avec le langage : chambre froide au sens littéral, et chambre froide où la viande est conservée. Cette sensation de polar est renforcée par le traitement graphique : des personnages avec des gueules, ce qui fait ressortir l’étrangeté fascinante et parfois monstrueuse de l’altérité, des passions intenses qui affleurent sur le visage, effrayantes pour autrui car sans filtre. Ou en planche treize un contraste poussé entre des zones noires (pour la nuit) et des taches de blanc, rapprochant la composition de l’abstraction.
En effet, les deux personnages se retrouvent en cavale. Ils décident de fuir pour échapper à la police (qui ne sera jamais représentée dans ces pages), en tentant de franchir un col dans la montagne sauvage pour gagner l’Italie. Le polar passe alors en mode huis clos dans un grand espace ouvert sauvage, entre deux hommes unis par une amitié indéfectible, et confrontés à un effort physique intense, à une randonnée à risque dans la neige, à leurs pensées négatives. En planche vingt-huit et vingt-neuf, le lecteur se rend compte que l’artiste inverse le rapport de noir et de blanc, les cases devenant vierge avec des taches noires et des effets minimalistes, certains éléments visuels n’acquérant du sens qu’en relation avec ce qui est montré dans la case précédente ou la suivante. Le contraste est total entre la sensation d’enfermement de l’urbanisme, et les grands espaces ouverts. En outre, l’artiste s’attache à inclure la faune : un aigle qui chasse au-dessus de la maison en montagne, une page consacrée au vol d’un groupe de corneilles (littéralement des petites taches noires sur le blanc de la case, et un trait irrégulier pour la crête de la chaîne de montagnes), des silhouettes de chamois (en ombre chinoise) sous une tempête de neige, autant d’instants magnifiques, faisant ressortir le contraste entre la fragilité de l’homme dans cet environnement sauvage et la parfaite intégration des animaux.
Cette variante de la course-poursuite (plus une fuite dans les faits) impulse une dynamique au récit, et le lecteur se laisse prendre à l’intrigue, se demandant si les deux amis s’en sortiront, à quel prix, dans quel état. S’il connaît un peu l’œuvre de l’auteur, il détecte également des éléments de nature autobiographiques, et toujours son regard personnel sur l’humanité et ses faiblesses. Se retrouver à marcher avec Marc & Simon dans la neige, dans les montagnes proches de Nice procure des sensations authentiques. D’ailleurs, la commune de Saorge existe vraiment, dans le département des Alpes-Maritimes, en région Provence-Alpes-Côte d'Azur. En outre, le lecteur a la surprise de retrouver le petit garçon avec un doigt porté à sa bouche qui apparaît dans Passe le temps (1982). De plus, Jeanne vient s’enquérir de Marc dans la maison de montagne, cette dame étant un deux personnages principaux de La Peau du lézard (1983) avec François. Ces deux occurrences laissent à penser qu’à l’époque l’auteur pouvait être tenté de créer une continuité interne sous la forme d’éléments récurrents ténus. Dans ce récit réside également celui d’une amitié d’une force peu commune. Le lecteur peut être tenté d’y voir un hommage transposé à partir des liens avec son frère Piero. Il aborde également la souffrance que peut être l’existence pour certaines personnes, au travers du personnage de Joss. Simon la compare à ces enfants que l’on met sous cloche aseptique dès la naissance parce qu’ils n’ont aucune protection contre l’extérieur. Il ajoute qu’elle ne supportait pas l’odeur d’excrément qui fait le quotidien. Marc renchérit en disant qu’elle a appris que les actions directes, ou indirectes ne détruisent pas la misère du monde. Il ne lui restait plus qu’à convaincre un d’eux de pratiquer un avortement qui aurait dû se faire il y a vingt-quatre ans. Le lecteur retrouve une forme d’expression très roman noir, et en même temps une empathie presque insupportable à la souffrance d’autrui.
Cette bande dessinée appartient aux œuvres de l’auteur qui relèvent plus de la fiction que de l’autobiographie, qui traduisent son amour pour le roman noir. Une fois passées les deux premières séquences un peu déroutantes (un décès dont l’incidence ne sera évoquée qu’au travers du comportement d’un personnage) et son journal intime à la forme très libre et chargée de tâtonnement artistique, le lecteur plonge dans un polar avec un vrai crime, une narration visuelle très personnelle. Comme tout bon polar, celui-ci sonde une facette de la société, et fait apparaître la personnalité profonde de ses deux principaux personnages, avec une sensibilité humaniste unique et sincère. Émouvant.
J'ai terminé aujourd'hui la lecture du deuxième tome. J'ai aimé les dessins, comme c'est souvent le cas avec Manara. Mais je n'arrive pas à laisser tomber le roman et même le film. Ce sont trois objets différents et j'aime beaucoup les avoir chez moi. Je me suis beaucoup amusé avec le témoignage de J. J. Annaud à la fin de l'œuvre! Pourtant, le sentiment d'un manque ne m'abandonne pas: U. Eco était un grand écrivain ( théoricien de la BD et philosophe aussi) et il y a un peu de perte en toutes ces adaptations...
P. S. Je vais lire le roman, encore une fois, et j'aime bien plus les dessins de Manara en noir et blanc.
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Après une relecture des albums et une considération réfléchie, je pense que j'ai été injuste. Le premier tome est plus abouti au niveau du dessin, mais l'adaptation de Manara a sa valeur et mérite une meilleure place dans ma bibliothèque mentale. Je ne sais pas si Eco aurait approuvé Marlon Brando dans le rôle de William...
Ce qui me fascine le plus dans cette œuvre, c’est la manière dont elle interroge la monstruosité. Le titre Monstres laisse penser au départ que le monstre sera cette créature née d’expérimentations, mais on comprend très vite que les véritables monstres sont humains. Ce sont la violence, la cruauté, les traumatismes transmis de génération en génération qui façonnent les êtres et les détruisent. Toute la force du récit réside dans cette réflexion bouleversante : le monstre n’est pas celui que l’on croit.
Quand on sait que cette histoire devait à l’origine être un récit autour de Hulk, on mesure encore davantage la grandeur du résultat final. Barry Windsor-Smith s’est affranchi de ce cadre pour créer une œuvre profondément personnelle, intime et universelle à la fois. On sent que chaque page est habitée, pensée, vécue. Il ne raconte pas seulement une histoire, il dissèque l’âme humaine.
Graphiquement, c’est tout simplement époustouflant. Chaque planche est d’une richesse folle, chaque regard, chaque expression porte une intensité émotionnelle incroyable. Les dessins ne sont pas seulement magnifiques : ils servent le récit avec une justesse remarquable. Barry Windsor-Smith parvient à transmettre la douleur, la peur, la tendresse et l’horreur avec une maîtrise rare. Certaines pages coupent littéralement le souffle.
Mais au-delà de la virtuosité graphique, c’est l’émotion qui m’a bouleversé. J’ai trouvé cette histoire d’une humanité incroyable, d’une tristesse immense, mais aussi d’une sensibilité bouleversante. C’est une œuvre dure, parfois insoutenable, mais profondément sincère. Elle m’a touché par sa puissance émotionnelle, par sa manière de montrer les blessures intimes et les cicatrices invisibles laissées par la violence. Peu de bandes dessinées m’ont remué à ce point.
J’aime Monstres parce que c’est une œuvre totale : brillante, douloureuse, magistrale. Elle m’a impressionné par sa beauté formelle, mais surtout elle m’a profondément ému. C’est le genre de lecture qui vous secoue, qui vous habite longtemps après avoir refermé le livre. Pour moi, c’est bien plus qu’une grande bande dessinée : c’est une œuvre majeure, puissante, poignante, inoubliable.
J'ai acheté directement les deux premiers tomes de cette série parce la scénariste de la série est aussi l'autrice d'Iruma à l'école des démons, mon shonen en cours de publication préféré depuis un bon moment et aussi parce que j'aime bien les histoires de sorcières.
Alors on est dans un monde où seules les femmes peuvent faire de la magie et affronter des monstres dangereux...et puis notre héros réussi à vaincre un monstre alors qu'il est un garçon ! Les amateurs de shonen vont tout de suite reconnaitre quelques clichés du genre (le héros super-for qui fait des trucs qui n'est pas censé être capable de faire et en plus sa personnalité de sauvageon est un peu similaire au Songoku des débuts de Dragon Ball), mais la trame est assez prenante pour que cela ne me dérange pas trop. Le scénario est un peu plus formaté que celui d'Iruma, sans doute du au fait qu'Ichi est publiée dans Shonen Jump le plus gros magazine au Japon et donc plus conformiste, mais reste agréable à lire. Les personnages sont attachants, les combats bien chorégraphiés et l'humour fonctionne bien.
Le dessin est vraiment superbe, il y a souvent des détails sans que cela surcharge les cases. J'aime bien aussi le design des personnages que je trouve classe. En tout cas, un shonen que je vais suivre pour le moment en espérant que le scénario ne va pas finir inutilement étiré.
3.5
Un bon premier tome qui pose bien les bases de la série. Il se passe beaucoup de choses et je n'ai pas eu l'impression de lire une longue introduction inutilement étirée comme c'est le cas avec plein de premiers tomes.
Le scénario est prenant et le futur créé par les auteurs est bien facile à suivre, même si on n'explique pas tout en détail. Le dessin est bon. On n'est pas dans du réaliste figé où tout semble avoir été dessiné sur des photos. Il y a de très belles pages de paysages. Cela dit, j'ai tout de même trouvé quelques défauts. Je trouve notamment que les personnages sont un peu trop stéréotypés entre les bons et les méchants avec chacun qui joue un archétype bien précis, mais je vois du potentiel pour un peu plus de complexité dans les tomes suivants. Il y a aussi quelques facilité dans le scénario (on passe un peu trop facilement la frontière entre les deux Islande je trouve).
Cela reste du bon divertissement, mais j'espère que la suite va corriger les défauts parce que je risque de moins aimer.
Je n'ai pas eu l'occasion ni le désir de tout lire, mais j'ai arrêté parce que je suis passé à d'autres centres d'intérêt, pas par lassitude. Je trouve la série assez bonne pour ne pas être vendue à coup de nostalgie !
Et elle est meilleure que Les Tuniques Bleues où on va dans le sens du vent en montrant bien toute l'horreur de la guerre sans assumer que sans elle il n'y aurait eu aucune raison pour que l'esclavage soit aboli : plutôt gênant…
Et les créateurs et leurs ennuis, en BD, c'était plutôt nouveau, je pense quoique sans culture BD pour l'assurer, et je n'ai rien vu de plus drôle dans aucun art. Le dessin me paraît meilleur que dans Les tuniques bleues, je veux dire que l'équilibre entre réalisme et comique me semble plus original et dynamique.
Les gags sont bons, tous les personnages attachants, et si je comprends que le rôle de la femme du dessinateur ne soit pas valorisant, il me semble que subtilement, l'histoire lui donne raison contre l'attitude "j'ai besoin que tu me soutiennes" tout en la prenant de haut, de son époux. J'ai tant à lire, et pourtant, rendre justice à cette série me donne envie d'y replonger… De la discipline ! Comme quand on voit un SPOILER, stop.
J'ai commencé à lire Yakari encore enfant, attiré surtout par les dessins de Derib et j'en garde un souvenir très heureux jusqu'à aujourd'hui. Mais, avec le dessin et les aventures est venu aussi l'éveil à certaines valeurs : le respect pour toute la nature et les êtres vivants, les animaux (conscience écologique, que je ne savais pas encore nommer à l'époque), pour les Indiens des plaines américaines aussi, pour les cultures différentes.
J'ai continué à suivre toute l'œuvre de Derib, surtout Buddy Longway et sa famille, jusqu'à la fin. L'évolution du dessin de l'auteur, et aussi des récits, vers plus de réalisme est étonnante ! Mais je continue à garder avec affection les premières histoires du petit sioux.
Une des bd qui m'a la plus titillé (à la Nicky Larson) et le plus dégouté par la fin et la mort du personnage principal. Celui qui était le plus attachant, l'auteur s'est vraiment tiré une balle dans le pied, alors que cette série aurait pu connaître de belles suites.
Sans doute le chef d’œuvre de Georges Pichard.
L'Odyssée est un écrin parfait pour l'auteur. Jamais son trait n'aura mieux servi un univers aussi parfaitement adapté à son esthétique visuelle.
Pichard innove, étire les cases, libère les onomatopées, et produit un travail d'avant garde à l'époque de la bande dessinées à papa. Il invente des ambiances, dessine des monstres mythologiques et des déesses tentatrices qui nourrissent l'imaginaire, puisant son inspiration et ses références autant dans les sixties que dans la période médiévale.
Lob fait aussi un excellent travail. Retranscrire l’œuvre d’Homère en bande dessinée était un sacré défi pour un simple mortel ! Les aventures d'Ulysse sont captivantes et ludiques. La rigueur du texte antique est largement allégée afin de mieux fusionner avec l'anticonformisme visuel de Pichard.
Dans les très légers bémols, j'ai parfois eu l'impression que certaines planches originales étaient perdues, car la qualité d’impression est moindre sur certaines pages.
Un classique de la bande dessinée adulte qui n'a rien perdu de sa puissance d'évocation ni de sa superbe.
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Euy
C'est le deuxième titre de cette collection que je lis, et c'est à nouveau un coup de cœur ! Coup de cœur parce que c'est très intelligemment fait. Au départ, Les Ondines est une collection qui s'adresse à un public jeune. Faut-il croire que je suis toujours jeune ? Allez, je le crois :) ! En tout cas, cette histoire vraiment très singulière m'a captivé, notamment par la manière dont le sujet est traité. Les aventures de la petite Euy (qu'a oeil bleu et qu'a oeil noir, et qu'a vraiment sucroyable) se déroulent à la Préhistoire, mais une Préhistoire fantasmée, imaginée, tout ça à la fois, mais en même temps crédible ! Le truc qui constitue en grande partie l'originalité de la chose, c'est le langage. Les différentes tribus rencontrées parlent toutes une langue différente. Léon Maret le transcrit en déformant les mots qui toutefois restent familiers, au sens de similaires au français. Ca pourrait vite devenir lourdingue a priori, mais dans les faits, la lecture reste très fluide. Pas une seconde je n'ai buté dans ma compréhension. A la toutefinfin, on trouvera un petiot cahier pédagogo qui synthérésume les points dévelaborés au courlong de la storie : domesticatif des zanimos (canibots et chevalous), linguouées parlabrées... C'est très chouetos, bien fait et pas chiantifiant. Oui, l'univers ici développé m'a complètement charmé. Je le redis, il est très original, rappelant notamment celui qu'a élaboré Nicolas Puzenat dans sa série Mégafauna. Ajoutons à cela une bonne dose d'humour, des personnages tout à fait attachants, un dessin qui me plait beaucoup par sa sobriété (exception faite des pattes des animaux en mouvements si l'on veut chipolaté), ainsi qu'une mise en couleur convaincante, et on obtient oui : un coup de cœur gros comme ça qui à mon sens reste susceptible de séduire un très large public !
Un Rubis sur les lèvres
Un trait juste, ça ne s’efface pas ! - Ce tome contient une histoire complète, indépendante de toute autre. Son édition originale date de 1986. Il a été réalisé par Edmond Baudoin pour le scénario et les dessins. Il comprend quarante-trois pages de bande dessinée. Avec six autres récits, il a été réédité dans le recueil Les Sentiers cimentés, paru en 2006. Il s’ouvre avec un court paragraphe de l’auteur en guise d’introduction. Il écrit qu’on ne lui demande plus s’il aime toujours dessiner, ou quels sont ses projets, ou même seulement comment il va. Mais combien il vend d’albums ? Il vit sûrement une époque fantastique, mais il estime qu’il a dû rater une marche quelque part. Quelque part dans une zone désertique en Algérie, sous un fort soleil. Un garçon s’approche d’une voiture en plein milieu d’une route déserte. Le soleil est déjà haut dans le ciel il doit faire chaud dans la voiture noire. C’était le printemps 1962 en Algérie. Simon Zoladz douze ans. Son père est instituteur à Kenchella, il y est venu il y a quinze ans. Mais l’Algérie c’est fini, il a demandé sa mutation sur le continent, il est nommé à Saorge ; Leïla, elle est originaire de haute Kabylie. Alain François, responsable local de l’OAS, trente-deux ans, deux balles dans le ventre, le FLN, ou l’amant de sa femme… Il n’a plus la force que de faire AAAAAA, et d’appeler la mort. Les mouches lui tiennent compagnie en faisant bzzzzz ! Le garçon se tient devant la vitre du conducteur et ce dernier lui déclare qu’il veut mourir, et lui demande de lui donner le revolver sur la banquette arrière car il ne peut pas l’attraper. Simon court vers les maisons en criant : Au secours ! Il revient avec trois hommes adultes armés : Alain François est mort. Le soleil est encore plus haut dans le ciel, il doit faire encore plus chaud dans la voiture noire. Les mouches, elles, vivaient encore. Le trois mars 1970, Simon commence son journal intime : Mon père est mort il y a trois jours. On l’enterre aujourd’hui. Toute sa vie il a tenu un journal. Je vais essayer de tenir celui-ci. Aujourd’hui je suis allé à l’enterrement du mec le plus chouette que j’ai jamais rencontré. Ce matin ma mère m’a donné un cahier. C’est le début d’un roman que voulait écrire mon père. La première phrase c’est : Monsieur Antoine Zoladz est dans son genre ce qu’on pourrait appeler un pauvre type. Antoine, c’était le prénom de mon père. Et son roman s’est arrêté à la fin de la première page. Quatre mars. J’ai essayé de peindre mais j’ai pas le moral. Cinq mars. Encore rien foutu. Si ça continue je vais arrêter ce journal. En juillet 68 dans la vallée des Merveilles, le drapeau rouge c’est parce qu’on y croyait encore un peu. Deux mois plus tôt sur cette photo, quelque part à droite. Jeudi six mars. Passé la journée avec Marc. Je sais pas comment il fait, mais après un moment avec lui je suis toujours bien. Ce soir je vois Sofie. Trois novembre 1980. J’expose galerie Passage. Complètement dans le système le mec… Et vive le marché de l’art. Et vive le commerce. Après Un flip coca ! (1984) à la structure narrative un peu expérimentale, le lecteur se demande comment l’auteur va développer son œuvre suivante. Tout commence avec une séquence traditionnelle : pendant trois pages, des cases dont la plupart se présente avec une bordure, disposées en bande, avec de courts phylactères et des observations du narrateur omniscient dans des cartouches, des dessins réalisés à la plume, racontant la mort d’un individu dans sa voiture pour une raison prêtant à discussion. Le lecteur tourne la page et il constate un changement de mode de narration. Un journal intime écrit en lettres d’écolier pendant cinq pages, sans majuscule, des dessins plus durs dans leur apparence, des extraits d’articles de journaux, des portraits esquissés comme réalisés par l’auteur du journal, des jeux sur la graphie de l’écriture comme réalisé par un étudiant en école d’art. Des phrases qui s’approchent du flux de pensée, plutôt que d’une construction littéraire. Certaines petites illustrations qui peuvent faire penser à une affiche de propagande, à des dessins de recherche, à des croquis machinaux pour passer le temps, à la reproduction de la couverture d’un magazine de mode. Le lecteur s’accroche aux morceaux de texte. Il commence par bien saisir l’état d’esprit de Simon, son amitié avec Marc, la rencontre avec Joss. Elle, la riche héritière qui a viré sa cuti, lui, le jeune avocat du peuple qui va la défendre. C’est un super scénario pour un dessineux de B.D. Faudra qu’il en parle à François. Puis, à partir de la planche neuf, la bande dessinée revient dans un mode narratif traditionnel pour le restant : des cases disposées en bande, avec toujours la personnalité graphique inimitable d’Edmond Baudoin. Le récit semble basculer dans un genre littéraire bien précis : le polar. Deux amis, un cadavre, l’un des deux est responsable du décès, et il s’agit selon toute vraisemblance d’un meurtre, pas vraiment prémédité… Enfin, le coupable a agi sur l’impulsion du moment, et en même temps le sort de la victime était courue d’avance. Le lecteur est conforté dans sa sensation par quelques remarques en passant, qui semble tirées d’un roman noir. Un commentaire du narrateur omniscient : Il faisait froid dans la chambre, tout était en ordre, si ce n’est la lumière allumée et Joss seule dans le lit, bien couverte, détendue et morte. Ou encore une pensée de Simon : Seule, dans la chambre froide. Il y a à la fois ce froid détachement face au crime, et cette façon de jouer avec le langage : chambre froide au sens littéral, et chambre froide où la viande est conservée. Cette sensation de polar est renforcée par le traitement graphique : des personnages avec des gueules, ce qui fait ressortir l’étrangeté fascinante et parfois monstrueuse de l’altérité, des passions intenses qui affleurent sur le visage, effrayantes pour autrui car sans filtre. Ou en planche treize un contraste poussé entre des zones noires (pour la nuit) et des taches de blanc, rapprochant la composition de l’abstraction. En effet, les deux personnages se retrouvent en cavale. Ils décident de fuir pour échapper à la police (qui ne sera jamais représentée dans ces pages), en tentant de franchir un col dans la montagne sauvage pour gagner l’Italie. Le polar passe alors en mode huis clos dans un grand espace ouvert sauvage, entre deux hommes unis par une amitié indéfectible, et confrontés à un effort physique intense, à une randonnée à risque dans la neige, à leurs pensées négatives. En planche vingt-huit et vingt-neuf, le lecteur se rend compte que l’artiste inverse le rapport de noir et de blanc, les cases devenant vierge avec des taches noires et des effets minimalistes, certains éléments visuels n’acquérant du sens qu’en relation avec ce qui est montré dans la case précédente ou la suivante. Le contraste est total entre la sensation d’enfermement de l’urbanisme, et les grands espaces ouverts. En outre, l’artiste s’attache à inclure la faune : un aigle qui chasse au-dessus de la maison en montagne, une page consacrée au vol d’un groupe de corneilles (littéralement des petites taches noires sur le blanc de la case, et un trait irrégulier pour la crête de la chaîne de montagnes), des silhouettes de chamois (en ombre chinoise) sous une tempête de neige, autant d’instants magnifiques, faisant ressortir le contraste entre la fragilité de l’homme dans cet environnement sauvage et la parfaite intégration des animaux. Cette variante de la course-poursuite (plus une fuite dans les faits) impulse une dynamique au récit, et le lecteur se laisse prendre à l’intrigue, se demandant si les deux amis s’en sortiront, à quel prix, dans quel état. S’il connaît un peu l’œuvre de l’auteur, il détecte également des éléments de nature autobiographiques, et toujours son regard personnel sur l’humanité et ses faiblesses. Se retrouver à marcher avec Marc & Simon dans la neige, dans les montagnes proches de Nice procure des sensations authentiques. D’ailleurs, la commune de Saorge existe vraiment, dans le département des Alpes-Maritimes, en région Provence-Alpes-Côte d'Azur. En outre, le lecteur a la surprise de retrouver le petit garçon avec un doigt porté à sa bouche qui apparaît dans Passe le temps (1982). De plus, Jeanne vient s’enquérir de Marc dans la maison de montagne, cette dame étant un deux personnages principaux de La Peau du lézard (1983) avec François. Ces deux occurrences laissent à penser qu’à l’époque l’auteur pouvait être tenté de créer une continuité interne sous la forme d’éléments récurrents ténus. Dans ce récit réside également celui d’une amitié d’une force peu commune. Le lecteur peut être tenté d’y voir un hommage transposé à partir des liens avec son frère Piero. Il aborde également la souffrance que peut être l’existence pour certaines personnes, au travers du personnage de Joss. Simon la compare à ces enfants que l’on met sous cloche aseptique dès la naissance parce qu’ils n’ont aucune protection contre l’extérieur. Il ajoute qu’elle ne supportait pas l’odeur d’excrément qui fait le quotidien. Marc renchérit en disant qu’elle a appris que les actions directes, ou indirectes ne détruisent pas la misère du monde. Il ne lui restait plus qu’à convaincre un d’eux de pratiquer un avortement qui aurait dû se faire il y a vingt-quatre ans. Le lecteur retrouve une forme d’expression très roman noir, et en même temps une empathie presque insupportable à la souffrance d’autrui. Cette bande dessinée appartient aux œuvres de l’auteur qui relèvent plus de la fiction que de l’autobiographie, qui traduisent son amour pour le roman noir. Une fois passées les deux premières séquences un peu déroutantes (un décès dont l’incidence ne sera évoquée qu’au travers du comportement d’un personnage) et son journal intime à la forme très libre et chargée de tâtonnement artistique, le lecteur plonge dans un polar avec un vrai crime, une narration visuelle très personnelle. Comme tout bon polar, celui-ci sonde une facette de la société, et fait apparaître la personnalité profonde de ses deux principaux personnages, avec une sensibilité humaniste unique et sincère. Émouvant.
Le Nom de la Rose
J'ai terminé aujourd'hui la lecture du deuxième tome. J'ai aimé les dessins, comme c'est souvent le cas avec Manara. Mais je n'arrive pas à laisser tomber le roman et même le film. Ce sont trois objets différents et j'aime beaucoup les avoir chez moi. Je me suis beaucoup amusé avec le témoignage de J. J. Annaud à la fin de l'œuvre! Pourtant, le sentiment d'un manque ne m'abandonne pas: U. Eco était un grand écrivain ( théoricien de la BD et philosophe aussi) et il y a un peu de perte en toutes ces adaptations... P. S. Je vais lire le roman, encore une fois, et j'aime bien plus les dessins de Manara en noir et blanc. -------------------------------------------------------------- Après une relecture des albums et une considération réfléchie, je pense que j'ai été injuste. Le premier tome est plus abouti au niveau du dessin, mais l'adaptation de Manara a sa valeur et mérite une meilleure place dans ma bibliothèque mentale. Je ne sais pas si Eco aurait approuvé Marlon Brando dans le rôle de William...
Monstres
Ce qui me fascine le plus dans cette œuvre, c’est la manière dont elle interroge la monstruosité. Le titre Monstres laisse penser au départ que le monstre sera cette créature née d’expérimentations, mais on comprend très vite que les véritables monstres sont humains. Ce sont la violence, la cruauté, les traumatismes transmis de génération en génération qui façonnent les êtres et les détruisent. Toute la force du récit réside dans cette réflexion bouleversante : le monstre n’est pas celui que l’on croit. Quand on sait que cette histoire devait à l’origine être un récit autour de Hulk, on mesure encore davantage la grandeur du résultat final. Barry Windsor-Smith s’est affranchi de ce cadre pour créer une œuvre profondément personnelle, intime et universelle à la fois. On sent que chaque page est habitée, pensée, vécue. Il ne raconte pas seulement une histoire, il dissèque l’âme humaine. Graphiquement, c’est tout simplement époustouflant. Chaque planche est d’une richesse folle, chaque regard, chaque expression porte une intensité émotionnelle incroyable. Les dessins ne sont pas seulement magnifiques : ils servent le récit avec une justesse remarquable. Barry Windsor-Smith parvient à transmettre la douleur, la peur, la tendresse et l’horreur avec une maîtrise rare. Certaines pages coupent littéralement le souffle. Mais au-delà de la virtuosité graphique, c’est l’émotion qui m’a bouleversé. J’ai trouvé cette histoire d’une humanité incroyable, d’une tristesse immense, mais aussi d’une sensibilité bouleversante. C’est une œuvre dure, parfois insoutenable, mais profondément sincère. Elle m’a touché par sa puissance émotionnelle, par sa manière de montrer les blessures intimes et les cicatrices invisibles laissées par la violence. Peu de bandes dessinées m’ont remué à ce point. J’aime Monstres parce que c’est une œuvre totale : brillante, douloureuse, magistrale. Elle m’a impressionné par sa beauté formelle, mais surtout elle m’a profondément ému. C’est le genre de lecture qui vous secoue, qui vous habite longtemps après avoir refermé le livre. Pour moi, c’est bien plus qu’une grande bande dessinée : c’est une œuvre majeure, puissante, poignante, inoubliable.
Ichi the witch
J'ai acheté directement les deux premiers tomes de cette série parce la scénariste de la série est aussi l'autrice d'Iruma à l'école des démons, mon shonen en cours de publication préféré depuis un bon moment et aussi parce que j'aime bien les histoires de sorcières. Alors on est dans un monde où seules les femmes peuvent faire de la magie et affronter des monstres dangereux...et puis notre héros réussi à vaincre un monstre alors qu'il est un garçon ! Les amateurs de shonen vont tout de suite reconnaitre quelques clichés du genre (le héros super-for qui fait des trucs qui n'est pas censé être capable de faire et en plus sa personnalité de sauvageon est un peu similaire au Songoku des débuts de Dragon Ball), mais la trame est assez prenante pour que cela ne me dérange pas trop. Le scénario est un peu plus formaté que celui d'Iruma, sans doute du au fait qu'Ichi est publiée dans Shonen Jump le plus gros magazine au Japon et donc plus conformiste, mais reste agréable à lire. Les personnages sont attachants, les combats bien chorégraphiés et l'humour fonctionne bien. Le dessin est vraiment superbe, il y a souvent des détails sans que cela surcharge les cases. J'aime bien aussi le design des personnages que je trouve classe. En tout cas, un shonen que je vais suivre pour le moment en espérant que le scénario ne va pas finir inutilement étiré.
Islander
3.5 Un bon premier tome qui pose bien les bases de la série. Il se passe beaucoup de choses et je n'ai pas eu l'impression de lire une longue introduction inutilement étirée comme c'est le cas avec plein de premiers tomes. Le scénario est prenant et le futur créé par les auteurs est bien facile à suivre, même si on n'explique pas tout en détail. Le dessin est bon. On n'est pas dans du réaliste figé où tout semble avoir été dessiné sur des photos. Il y a de très belles pages de paysages. Cela dit, j'ai tout de même trouvé quelques défauts. Je trouve notamment que les personnages sont un peu trop stéréotypés entre les bons et les méchants avec chacun qui joue un archétype bien précis, mais je vois du potentiel pour un peu plus de complexité dans les tomes suivants. Il y a aussi quelques facilité dans le scénario (on passe un peu trop facilement la frontière entre les deux Islande je trouve). Cela reste du bon divertissement, mais j'espère que la suite va corriger les défauts parce que je risque de moins aimer.
Pauvre Lampil
Je n'ai pas eu l'occasion ni le désir de tout lire, mais j'ai arrêté parce que je suis passé à d'autres centres d'intérêt, pas par lassitude. Je trouve la série assez bonne pour ne pas être vendue à coup de nostalgie ! Et elle est meilleure que Les Tuniques Bleues où on va dans le sens du vent en montrant bien toute l'horreur de la guerre sans assumer que sans elle il n'y aurait eu aucune raison pour que l'esclavage soit aboli : plutôt gênant… Et les créateurs et leurs ennuis, en BD, c'était plutôt nouveau, je pense quoique sans culture BD pour l'assurer, et je n'ai rien vu de plus drôle dans aucun art. Le dessin me paraît meilleur que dans Les tuniques bleues, je veux dire que l'équilibre entre réalisme et comique me semble plus original et dynamique. Les gags sont bons, tous les personnages attachants, et si je comprends que le rôle de la femme du dessinateur ne soit pas valorisant, il me semble que subtilement, l'histoire lui donne raison contre l'attitude "j'ai besoin que tu me soutiennes" tout en la prenant de haut, de son époux. J'ai tant à lire, et pourtant, rendre justice à cette série me donne envie d'y replonger… De la discipline ! Comme quand on voit un SPOILER, stop.
Yakari
J'ai commencé à lire Yakari encore enfant, attiré surtout par les dessins de Derib et j'en garde un souvenir très heureux jusqu'à aujourd'hui. Mais, avec le dessin et les aventures est venu aussi l'éveil à certaines valeurs : le respect pour toute la nature et les êtres vivants, les animaux (conscience écologique, que je ne savais pas encore nommer à l'époque), pour les Indiens des plaines américaines aussi, pour les cultures différentes. J'ai continué à suivre toute l'œuvre de Derib, surtout Buddy Longway et sa famille, jusqu'à la fin. L'évolution du dessin de l'auteur, et aussi des récits, vers plus de réalisme est étonnante ! Mais je continue à garder avec affection les premières histoires du petit sioux.
Cross Fire
Une des bd qui m'a la plus titillé (à la Nicky Larson) et le plus dégouté par la fin et la mort du personnage principal. Celui qui était le plus attachant, l'auteur s'est vraiment tiré une balle dans le pied, alors que cette série aurait pu connaître de belles suites.
Ulysse
Sans doute le chef d’œuvre de Georges Pichard. L'Odyssée est un écrin parfait pour l'auteur. Jamais son trait n'aura mieux servi un univers aussi parfaitement adapté à son esthétique visuelle. Pichard innove, étire les cases, libère les onomatopées, et produit un travail d'avant garde à l'époque de la bande dessinées à papa. Il invente des ambiances, dessine des monstres mythologiques et des déesses tentatrices qui nourrissent l'imaginaire, puisant son inspiration et ses références autant dans les sixties que dans la période médiévale. Lob fait aussi un excellent travail. Retranscrire l’œuvre d’Homère en bande dessinée était un sacré défi pour un simple mortel ! Les aventures d'Ulysse sont captivantes et ludiques. La rigueur du texte antique est largement allégée afin de mieux fusionner avec l'anticonformisme visuel de Pichard. Dans les très légers bémols, j'ai parfois eu l'impression que certaines planches originales étaient perdues, car la qualité d’impression est moindre sur certaines pages. Un classique de la bande dessinée adulte qui n'a rien perdu de sa puissance d'évocation ni de sa superbe.