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Couverture de la série Hotel Particulier
Hotel Particulier

Après avoir été littéralement envouté par le magnifique Bluebells wood, j'ai décidé de rattraper mon retard sur l'œuvre de Guillaume Sorel en m'attelant à la lecture de ce one shot. Ma lecture m'a confirmé tout d'abord que je suis véritablement fan du trait de cet auteur. On sent que Sorel prend plaisir à dessiner les personnages, notamment féminins, et jouent des très belles courbes de l'héroïne et de la transparence de sa courte chemise. La mise en en couleurs monochrome tirant sur le brun est également très originale et colle parfaitement avec la thématique de l’œuvre. Du point de vue du scénario, si je suis resté légèrement sur ma faim, on ne peut que saluer l'originalité et la poésie de cette histoire de fantôme bloqué dans l"hôtel qui a vu se réaliser son funeste destin. Agrémentée d'extraits de poèmes ou de romans de Rimbaud, Baudelaire ou Caroll, Sorel nous livre différentes scènes à mesure que l'héroïne passe d'un étage à l'autre et s'invite dans la vie des occupants de l'hôtel, passant de scènes tantôt coquasses (la femme et son mari voyeur) tantôt plus macabres (la voisine dévorée par les chats du quartier) voire teintées de fantastique (la jeune fille disparue prise au piège dans une pièce sans issue ou le voisin festoyant avec les personnages imaginaires des romans qu'il possède). L'ensemble reste malgré tout cohérent, avec en fil conducteur, l'histoire du jeune peintre sans le sou dont notre héroïne s'éprend à mesure qu'elle l'observe. Cette histoire matinée de fantastique, dans la lignée de certaines nouvelles telles que le Horla (que Sorel a d'ailleurs adaptée en bande dessinée) rend ainsi un bel hommage à certains textes de poètes que l'auteur affectionne. Une œuvre originale à lire voire à posséder si on est fan comme moi du dessin de Guillaume Sorel. SCENARIO (Originalité, Histoire, personnages) : 7/10 GRAPHISME (Dessin, colorisation) : 9/10 NOTE GLOBALE : 16/20

11/03/2025 (modifier)
Par pol
Note: 4/5
Couverture de la série Dix Secondes
Dix Secondes

Il y a un peu plus de 10 ans Max De Radiguès publiait Orignal un album racontant le quotidien d'un adolescent persécuté par des camarades de classe. Un petit album au format souple qui ne payait pas de mine, mais dont l'histoire m'avait marqué. L'auteur avait excellé dans sa façon de raconter une histoire banale, une histoire de tous les jours, et de la rendre touchante. Dix Secondes présente quelques points communs, et ne le cachons pas, c'est plutôt agréable. Il est ici question de Marco, un adolescent qui ne fout absolument rien au lycée, ses seules préoccupations sont comment faire le mur pour sortir en douce, zoner avec ses potes et surtout trouver des trucs à fumer ou à boire pour tuer le temps. C'est ça le sujet de cette histoire : le quoditien d'un adolescent à priori sans problème, qui ne vit pas dans un quartier difficile, mais qui trompe son ennui en se défonçant la gueule. Et qui met le doigt dans un engrenage où il lui faut de moins en moins suivre ce que lui dicte les adultes, et de plus en plus de paradis artificiels pour sortir de son quotidien. Et Max De Radigues est très fort pour raconter cela. Il ne se passe finalement pas trop de chose dans cette histoire, mais pourtant on ne s'ennuie jamais. La façon dont elle est racontée, et la façon dont elle est dessinée la rende interessante et plaisante à lire. Parfois c'est amusant, que ce soit par des dialogues ou des situations. Parfois c'est attendrissant. Souvent cela arrache un petit sourire, surtout si on a grandi dans les années 90, de nombreux clins d'oeil à cette époque sont distillés tout au long de l'album. Tout ça fait que ce récit se lit d'une traite, juste avec la curiosité de voir où tout cela va mener Marco. La fin était prévisible mais ce n'est nullement gênant. Un album très agréable à lire, il lui manque peut être juste un coté un plus émouvant pour en faire un livre aussi marquant qu'Orignal l'avait été en son temps.

11/03/2025 (modifier)
Par Ro
Note: 4/5
Couverture de la série Chicou Chicou
Chicou Chicou

Ah ! Bouffée de souvenirs en tombant sur cette BD puisque je lisais assidument le blog de Chicou-Chicou au moment où il était publié en ligne. Celui-ci était un cadavre exquis réalisé à huit puis dix mains par des auteurs qui ont initialement masqué leur identité sous celle de leurs avatars fictifs qui ne leur ressemblait pas forcément. Il s'agissait de Boulet, Aude Picault, Lisa Mandel, Domitille Collardey et Erwann Surcouf qui avait donné vie à Ella, Claude, Frédé, Juan et Fern en leur inventant des aventures du quotidien dans leur petite ville de Château-Gontier, une série d’histoires aussi décalées que divertissantes. L'album papier, lui, ne contenait que la seconde saison de ce blog, qui se déroulait quelques années après la première, comme des retrouvailles des personnages après une longue séparation. On évite ainsi les quelques balbutiements des débuts de la première saison qui se cherchait encore, mais on rate aussi quelques très bons moments de celles-ci, une fraicheur que la seconde saison a un peu perdu. Le concept de relayer l’histoire à chaque auteur apporte des rebondissements inattendus et un style graphique unique à chaque chapitre, ce qui rend l’ensemble jubilatoire, même si la transition entre les styles peut parfois sembler un peu chaotique. J'y ai tout de même une nette préférence pour le graphisme de Boulet et d'Aude Picault, de même que pour leurs personnages d'Ella et de Claude qui sont les plus attachants et hauts en couleur. A l'inverse, j'ai moins aimé les personnages masculins, en particulier Fern qui m'exaspère dans son rôle de séducteur. Et je dois dire certaines blagues tombent parfois à plat. Toutefois, malgré quelques incohérences, l'esprit d'expérimentation et d'humour se maintient, et l’on se laisse emporter par le délice de ce projet collectif. A l'image de La Maison Close qui poussait le concept de blog cadavre exquis encore plus loin, ce recueil, bien que partiellement incomplet, est un régal pour les amateurs de BD débridée et pleine de créativité. Note : 3,5/5

11/03/2025 (modifier)
Par Cacal69
Note: 4/5
Couverture de la série UN3 - Urgence Niveau 3
UN3 - Urgence Niveau 3

Toi, moi, n'oublions pas que nous sommes des privilégiés. UN3 est une œuvre de fiction basée sur des interviews et des recherches effectuées par les auteurs pendant des voyages en Irak, au Soudan du Sud et au Tchad entre 2014 et 2016. Un comics engagé, même si un certain merchandising s'en dégage, le logo de la WFP (programme alimentaire mondial) est largement représenté. Une intervention d'urgence de niveau 3 est le niveau de crise humanitaire le plus grave et de la plus grande ampleur. Et c'est à travers trois histoires que l'on va suivre le travail de ces femmes et de ces hommes qui se battent pour sauver des vies. Des urgences de niveau 3 qui découlent de conflits et du déplacement des populations. Un premier chapitre sur la guerre civile Kurde irakienne de 2014, un second sur la guerre civile sud-soudanaise en 2016 et enfin un dernier chapitre sur la guerre civile au Tchad en 2007. Des récits qui ne qui ne s'attardent pas sur les origines des conflits, mais sur le sort des personnes déplacées, mais aussi sur les membres du WFP qui se démènent pour acheminer de la nourriture et de relayer les informations aux médias. Des récits qui ne ménagent pas le lecteur, difficile de rester insensible devant tant de cruauté. Pas de misérabilisme, du factuel, rien que du factuel. Terrifiant ! Des aides humanitaires toujours nécessaires hélas... J'ai aimé le trait réaliste d'Alberto Ponticelli, il dégage beaucoup d'émotions. Par contre le style plus académique de Pat Massioni m'a laissé de marbre. En conclusion un 4 étoiles pour les deux premiers chapitres réalisés par Dysart-Ponticelli et un 3 étoiles pour celui du duo Dumont-Massioni. Lecture conseillée.

11/03/2025 (modifier)
Par C.GUEGAN
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série La Bibliothèque des Vampires
La Bibliothèque des Vampires

Je trouve ce livre très captivant et vraiment marrant car les deux filles sont meilleures amies depuis la première minute qu’ elles passent dans cette école de magie. La BD est 100% originale (de mon point de vue), c'est un livre parfait pour les 10/13 ans et je le recommande fortement(car j’ai 12 ans et c'est ma bande dessinée préférée). Bonne lecture !!! ?

11/03/2025 (modifier)
Par Présence
Note: 4/5
Couverture de la série Les Crieurs du crime
Les Crieurs du crime

Punir un crime par un crime, quelle idée aberrante. - Ce tome contient une histoire complète, indépendante de toute autre. Son édition originale date de 2024. Elle a été réalisée par Sylvain Venayre pour le scénario, et par Hugues Micol pour les dessins et la couleur. Il comprend cent-trente-huit pages de bande dessinée. Il se termine par trois pages de notes indiquant la source des éléments historiques et des opinions des personnages, que ce soit sur l’affaire Soleilland, l’histoire du journal Le Petit Parisien, (avec son slogan : Le plus fort tirage des journaux du monde entier), le développement du fait divers, des interviews et du scoop, l’affaire Dreyfus, l’apparition du terme Apache, la déconstruction de l’imaginaire de la traite des blanches, la place des femmes dans la police, les lois qui ont pour but d’atténuer les sévérités du code pénal, le service d’anthropométrie fondé par Alphonse Bertillon (1853-1914), l’affaire criminelle Menesclou, l’affaire Troppmann, l’invention des rotatives, la morgue de Paris, Bel-Ami de Guy de Maupassant, le débat sur l’abolition de la peine de mort et la grâce systématiquement accordée par le président Armand Fallières, le quartier parisien de la presse, etc. Lundi quatre février 1907, à Paris, dans le quartier de la gare de Lyon, les jeunes époux Valentin et Marguerite marchent dans la rue, bras dessus, bras dessous. Elle évoque le pont des soupirs pour leur lune de miel, et qu’ils pourront s’y embrasser en public, en pensant à tous les amoureux qui sont passés par là avant eux. Son mari la détrompe en expliquant que si elle avait lu le guide, elle saurait que le pont des Soupirs relie le palais des doges à la prison de Venise. Et que les soupirs de ce pont ont peu à voir avec les leurs, d’amoureux. En réalité, c’étaient les tristes soupirs de ceux qui avaient été condamnées par la justice des hommes. Les tourtereaux s’arrêtent car ils croisent Jean, un collègue journaliste de Valentin. Il leur apprend que Père Lachaise, leur rédacteur-en-chef, les attend, car il y a eu un drame du côté de Ba-ta-clan : un crime. Une fillette a disparu et elle a certainement été assassinée. Jean remet un mot du patron à Valentin, dans lequel Lachaise lui demande de renoncer momentanément à son voyage, et lui promet de réserver aux frais du journal sa chambre nuptiale au Danieli. Les deux journalistes se rendent chez le patron, et celui-ci leur expose l’affaire, et aussi ce qu’en pense le chef de la Sûreté : une fillette a disparu jeudi dernier, elle s’appelle Marthe Erbelding. Le jeudi 31 janvier dernier, à une heure de l’après-midi, un ami de la famille est venu pour emmener la fillette à un concert à Ba-ta-clan. Un certain Albert Soleilland. Il dit que la petite s’est absentée aux water-closets mais qu’elle n’est jamais revenue. Lui et la famille de la fillette l’ont cherchée partout aux alentours de Ba-ta-clan, dans les hôpitaux, à la morgue… Rien ! La couverture évoque les crieurs de crime avec l’image d’un jeune adulte brandissant un exemplaire d’un journal, un paquet d’autres exemplaires sous le bras, pour crier les informations se rapportant donc à un crime. Le lecteur suppose qu’il va suivre un crieur de journaux, ou qu’il va découvrir le traitement des faits divers sordides au travers de leur vente à l’unité dans la rue. La quatrième de couverture lui promet la mise en scène d’un débat public sur la peine de mort, entre abolitionnistes et rétentionnistes. Les premières pages exposent le dispositif narratif : les auteurs mettent en scène Valentin, journaliste ou plutôt reporter dans un des quatre grands quotidiens parisiens, avec autour de lui son épouse Marguerite, un collègue reporter Jean jouant un rôle très secondaire, ainsi que Léonie (dessinatrice de presse pour le même journal que Valentin) et Armand son époux médecin de profession. Valentin est missionné par son rédacteur-en-chef pour écrire des articles sur une meurtre sordide : celui de Marthe Erbelding, une fillette de onze ans, le 31 janvier 1907, par Albert Soleilland (1881-1920), une affaire criminelle réelle. Dans le cours de l’enquête, d’autres journalistes la comparent à l’affaire Menesclou, le viol et le meurtre atroce d'une fillette de quatre ans, perpétré par Louis Menesclou, le 15 avril 1880 rue de Grenelle. Pour autant, l’affaire suit son cours, sans que le personnage principal n’en devienne un acteur. Le lecteur comprend rapidement qu’il s’agit tout d’abord d’une reconstitution historique, focalisée sur l’évolution de la presse à sensation, en suivant à distance les différentes étapes d’une enquête. La forme peut s’avérer un peu déroutante puisque les informations sur l’affaire sont acquises de seconde main : par le rédacteur-en-chef, par des personnes qui étaient présentes lors de déclaration ou d’intervention de la police, sans accès direct à l’accusé ou même à des proches impliqués dans l’affaire. Dans le même temps, le scénariste utilise de nombreuses références qu’il explicite plus ou moins dans le cours de la bande dessinée, et dont il cite explicitement les sources dans les notes de fin. Il estime que le lecteur doit posséder un minimum de connaissances sur l’affaire Dreyfus, c’est-à-dire qu’il en a déjà entendu parler, et qu’il peut comprendre que l’affaire Menesclou était une autre affaire criminelle retentissante. En effet, la compréhension et l’appréciation du récit ne se trouvent pas obérées, ni le plaisir de lecture diminué, si le lecteur découvre pour la première fois ces événements. Il peut satisfaire sa curiosité avec les notes, qui sont plus étoffées qu’une simple liste de titres avec des dates, car elles sont intégrées dans un texte rédigé, apportant des remarques supplémentaires. La narration visuelle porte une part prépondérante de la reconstitution historique en montrant les différents lieux, les tenues vestimentaires, les accessoires du quotidien et plusieurs activités spécifiques à l’époque. Dès la première page, le lecteur identifie aisément la gare de Lyon avec sa tour de l’Horloge, et il reconnaît bien les pavés parisiens. Au fil de l’album, il relève le modèle de banc (Alphand), l’église Saint-Ambroise (11e arrondissement), la préfecture de police sur l’île de la Cité, les bouquinistes des quais de Seine, Note-Dame-de-Paris, l’institut médico-légal, les toitures en zinc, et de nombreux troquets avec leur terrasse et leur intérieur. Au bout de quelques pages, le lecteur découvre une illustration en double page, pages 18 & 19, une vue de plain-pied dans une rue de Paris, une scène du quotidien avec des voitures à cheval, une automobile, des façades, des livraisons. C’est ainsi dix-sept illustrations en double page qui viennent installer le lecteur dans un instantané urbain du quotidien de l’époque : les double-pages 18 & 19, 30 & 31, 38 & 39, 46 & 47, 62 & 63, 72 & 73, 84 & 85, 96 & 97, 104 & 105, 116 & 117, 126 & 127, 130 & 131, 132 & 133, 134 & 135, 136 & 137, 138 & 139, 140 & 141. Ainsi les auteurs indiquent, voire insistent, que la localisation est essentielle dans cette histoire. Le lecteur peut considérer que Paris devient un personnage à part entière, ou plus simplement que le déroulement de ces événements est configuré par ces quartiers de Paris, qu’ils ne peuvent survenir qu’en ces lieux. La narration visuelle s’avère des plus agréables : des dessins réalisés en couleur directe, y compris les traits de contour. L’artiste met en œuvre une forme de simplification dans la représentation des personnages et des décors, tout en conservant une forte densité d’informations visuelles. Le scénariste a pris soin de varier les lieux et les situations, et le dessinateur utilise ses compétences de metteur en scène pour diriger ses personnages de manière naturaliste, sachant transmettre leurs émotions par leur expressions faciales, montrant leurs petits gestes et les activités auxquelles ils se livrent tout en discutant, en délivrant des informations, en échangeant des points de vue. Ainsi les images insufflent une vie aux personnages, les font se comporter en adulte, les montrent évoluant dans leur environnement habituel, faisant apparaître leur personnalité et leur caractère, ce qui rend leurs réactions et leur comportement compréhensibles. Ce qui rend également compte de l’animation des rues de Paris, et ce qui rend concret les limites de l’exercice du métier de reporter tel que l’exige le rédacteur-en-chef. L’intérêt du lecteur est ainsi éveillé pour les différents thèmes abordés. Au vu du titre et de la couverture, il s’attend au développement des aspects les moins reluisants de la presse à sensation… dès cette époque, en ce tout début du vingtième siècle. Il voit à l’œuvre des mécanismes toujours d’actualité, tels que la course au scoop, le nombre limité de sources d’informations pour les journaux en grand nombre, les techniques pour rendre chaque bribe d’information plus sensationnelle, dans le seul but d’augmenter les ventes, c’est-à-dire le chiffre d’affaires et le profit. Valentin fait observer au Père Lachaise que : il y a beau temps que les journaux ont renoncé à éduquer le peuple, que les annonces pour les pilules revigorantes ont autant de valeur que les débats politiques, et que d’ailleurs, souvent on ne distingue même pas les informations des annonces. Toute ressemblance avec le temps présent… Il serait aussi possible de rajouter la propension contemporaine à se placer dans le registre de l’opinion orientée, plutôt que dans le registre du journalisme. Éventuellement, le lecteur peut assouvir sa curiosité en allant chercher des informations complémentaires sur l’affaire Soleilland, sur l’affaire Menseclou, et sur l’affaire Troppmann. Il va également se renseigner plus avant pour comprendre le choix orthographique de Ba-ta-clan (avec des tirets entre chaque syllabe). En fonction de sa culture, il découvre l’existence du mouvement abolitionniste de la peine de mort à cette époque, la parade aux exécutions employée par le président de la République, la contre-parade mise en œuvre par les rétentionnistes, la politisation de l’affaire Soleilland dans cet enjeu. La belle époque du fait divers : un beau rapprochement entre la Belle Époque et la presse à sensation. La narration visuelle s’avère impeccable, de très belles reconstitutions du Paris d’époque, une façon discrète et sophistiquée de rendre compte de l’activité quotidienne dans la rue. Le scénario peut prendre au dépourvu au départ selon les attentes du lecteur. Le récit met en scène le développement des techniques de la chasse au scoop, y compris l’écriture orientée pour gonfler de maigres informations, dans le contexte d’un mouvement d’abolition de la peine de mort. Une reconstitution intéressante et enrichissante, mettant en lumière des constantes dans l’exercice du journalisme à sensation.

11/03/2025 (modifier)
Par Ro
Note: 4/5
Couverture de la série Parker 1969
Parker 1969

Parker est le héros d'une série de romans écrits par Richard Stark (alias Donald E. Westlake) de 1962 à 2013. C'est un braqueur professionnel taciturne et méthodique, toujours en quête de son prochain gros coup. Outre quelques adaptations cinématographiques, Darwyn Cooke a lui aussi adapté en comics les aventures de Parker, le temps de 4 albums. Après sa mort, les éditions Dupuis prennent la relève avec de nouvelles adaptations scénarisées par Doug Headline et dessinées par Kieran. Le premier tome, la Proie, raconte comment Parker s'est fait trahir par un associé suite à un braquage et comment il va chercher une froide vengeance en poursuivant implacablement la trace du traitre et de son butin. Nous sommes là dans du pur polar noir, des histoires de braqueurs et de gangsters réalistes et sérieuses. Parker se démarque des héros habituels par son stoïcisme et son sérieux, qui frôle avec les limites de l'antipathie s'il n'était pas doté d'un tout aussi sérieux sens de l'honneur. Il agit pour l'argent et dans son intérêt purement personnel, les amitiés restant purement dans le cadre professionnel, mais il ne trahit pas et gare à ceux qui le font. C'est aussi un vrai pro dans son domaine, qui connait tous les rouages et les contacts appropriés : il ne faut pas essayer de le prendre au dépourvu. L'adaptation est tout à fait réussie. La narration est claire, la mise en scène rythmée. Ce n'était peut-être un objectif avoué mais le graphisme de Kieran se rapproche beaucoup de celui de Darwyn Cooke, un style anguleux au trait épais élégamment rétro dans une bichromie sombre laissant une large place aux aplats de noir. Le résultat est beau et participe de l'ambiance du polar noir. A noter une originalité au niveau des ombrages qui sont régulièrement réalisés par le biais de forme d'empreintes digitales, ce qui peut surprendre mais semble probablement là encore un jeu sur l'ambiance policière du genre. L'intrigue du premier tome est musclée et tient parfaitement la route. Par exemple, alors même que j'étais surpris d'une coïncidence trop heureuse à un moment donné, il s'avère après explication que tout se tient et qu'il était parfaitement normal qu'une telle chose se passe pile à ce moment là. Quant au fond de l'histoire, il est sans concession et il y aura bon nombre de victimes sur le passage du héros et de ses antagonistes. C'est une histoire de gangsters finalement ciselée, très crédible et prenante malgré la froideur distanciée de son héros. Paradoxalement, sa fin est si réaliste qu'elle peut paraitre abrupte et frustrer le lecteur avide d'envolées plus aventureuses. Mais elle sonne aussi comme la fin d'un épisode d'une longue série d'histoires complètes et j'en lirai davantage avec plaisir.

11/03/2025 (modifier)
Par Présence
Note: 4/5
Couverture de la série Le Cinéaste
Le Cinéaste

Vous croyez pouvoir m’intimider ? - Ce tome fait suite aux aventure d’Adélie d’Arcueil racontée dans Nuits Indiennes (2015). Son édition originale date de 2019. Il a été réalisé par Labrémure (Frédéric Brémaud) pour le scénario, et par Artoupan (Benoît Girier) pour les dessins et les couleurs. Il comprend quarante-six pages de bande dessinée. Un film muet en noir et blanc est projeté sur un écran. Un texte en insert explique : À l’heure de la messe, pendant que les bons Marseillais se rendent à Notre-Dame de la Garde dans le jardin d’une villa de la Canebière… Une si belle plante… Il eut été un crime de ne pas l’arroser ! Une jeune femme est sortie d’une belle villa, dans le jardin, et elle hume le parfum de fleurs grimpantes, se courbant un peu, ce qui met son postérieur en valeur. Un bel homme en costume de torero sort des buissons derrière elle, et il soulève sa robe, mettant ainsi à nu son postérieur charnu. Il sort son sexe de belle taille de son pantalon et honore la jeune femme. Dans la salle plongée dans le noir, le commissaire déclare aux personnes présentes qu’ils en ont assez vu. L’abbé lui demande s’il ne désire pas connaître la fin, peut-être qu’il y a ensuite des pratiques contre-nature, des animaux… L’affaire serait plus grave encore. Le commissaire tourne le dos et coiffe son chapeau, en déclarant que le labo vérifiera, et que lui en a assez vu. En lui-même, il se demande dans quel monde on vit. Une bien vilaine affaire en somme. Retour plusieurs mois en arrière, à Paris, à l’origine des faits, quelque part dans le beau quartier de Montmartre, Lucien, photographe de profession, se fait frapper par deux costauds qui menacent de s’en prendre à son chat. L’un d’eux saisit Lucien par sa tignasse et lui indique qu’il fait ce qu’il veut avec ses sous, mais quand on emprunte au boss, faut rendre. Le temps est venu pour Lucien d’abouler l’oseille ou ils vont balancer son appareil dans la Seine. Le photographe promet de payer, il préfère mourir que de perdre son cinématographe. L’autre gros bras le menace de lui couper le sexe s’il ne paye pas. Enfin, ils s’en vont. Une heure plus, Lucien se trouve à la gare de Lyon d’où il prend le train pour Marseille, certain qu’ils ne le retrouveront pas. Quelques mois plus tard, là où toute cette histoire a commencé, dans une villa de la Corniche à Marseille, la servante Léontine vient annoncer à sa maîtresse Adélie d’Arcueil que le détective de Pinkerton est arrivé. Adélie descend au jardin où patiente le détective ; elle lui demande s’il a des nouvelles. Il répond que oui, et que l’oiseau n’a pas été facile à retrouver, l’agence commençait à croire qu’il s’agissait d’un phénix. Heureusement l’agence Pinkerton qu’il se fait l’honneur de représenter ici, a de bonnes antennes au Brésil. Le gourou recherché par Adélie a été aperçu à Manaus par un de leurs Indiens informateurs. Sa cliente lui demande ce qu’il attend pour le capturer. Le détective explique que les moyens manquent malgré tout l’argent qu’elle a versé, un enlèvement, ça coûte cher sous ces latitudes lointaines et hostiles. Il lui suggère de faire les poches de son prince, car elle sait y faire avec son passé de Pie voleuse. Il s’agit bien de la suite de l’intrigue entamée dans le tome précédent, et trouvant sa conclusion dans Mahârâja paru en 2012, c’est-à-dire avant les deux tomes dont l’action se déroule avant (bref, on se comprend). L’héroïne est toujours Adélie d’Arcueil, surnommée la Pie voleuse, suite à ses précédentes activités de cambrioleuse. Elle reste à la poursuite de l’individu qui se fait appeler Mahârâja et qui a eu l’indélicatesse de lui barboter un diamant (appelé Ookoondor) sous le nez. Elle ne se laisse pas faire, et elle a engagé un détective de la célèbre agence américaine Pinkerton pour retrouver l’aigrefin et lui faire rendre la pierre précieuse. Mais voilà : tout ça coûte de l’argent, et l’individu sur lequel elle a mis le grappin pour qu’il l’entretienne elle, est momentanément sans le sou. Comme le laisse supposer la scène introductive, Adélie est pleine de ressources et elle va saisir une occasion au bond pour mettre à profit un autre pan de ses compétences. À l’instar du tome précédent, le scénariste concocte une véritable intrigue : des personnages disparates comprennent qu’il y a de l’argent à se faire en améliorant la piètre qualité des films pornographiques produits à l’époque : de meilleurs décors, de meilleurs acteurs, de meilleurs acheteurs. Le lecteur se rend compte que le scénario tient la route et tient ses promesses, avec des acheteurs turcs et des participants consentants pour les orgies sexuelles, filmés à leur insu. Le lecteur retrouve également les dessins soignés, sans comparaison possible avec l’ordinaire des bandes dessinées à caractère pornographique produites au kilomètre, avec un niveau flirtant avec l’amateurisme. Visiblement, les auteurs ont le goût de la reconstitution historique, au moins en ce qu’elle sert l’intrigue, sans prétendre à faire une bande dessinée de nature historique. Ainsi l’artiste prend plaisir à inventer et à représenter les robes de ces dames, avec moult jupons (enfin, sauf pour certaines ayant sciemment omis d’en porter en vue d’une activité physique), sans oublier le corset, les bas et leur porte-jarretelle. Le lecteur apprécie tout autant la robe de chambre transparente d’Adélie (avec rien en-dessous) quand elle accueille le détective Pinkerton, sa belle robe à franges avec des motifs de fleur quand elle reçoit Pierre-Alexis Grimaldi, les tenues strictes des bonnes en robe noire avec tablier blanc, le costume plus que révélateur de maîtresse Ishtar (qui met surtout en valeur la nudité de sa poitrine et sa toison pubienne), les belles robes blanches bien comme il faut des jumelles Trémonti, ou encore les magnifiques chapeaux à large bord, pour finir en apothéose avec le costume moulant de monte-en-l’air de la Pie voleuse (avec même un loup, ce qui fait penser à une Fantômette d’un autre genre). Même si la garde-robe de la gent masculine se prête à moins de diversité, l’artiste les soigne quand même avec des costumes noirs stricts et chemise blanche, le costume blanc du détective, la tenue plus farfelue du cinéaste Lucien avec son pantalon à motif, l’habit très élégant de l’héritier Grimaldi, les uniformes des policiers. Le dessinateur investit également du temps pour représenter chaque environnement, et pour concevoir les prises de vue. Le fac-similé de film en noir & blanc fonctionne très bien avec son intertitre, et même avec une définition bien meilleure que sur les copies usagées d’époque. Le lecteur peut ensuite admirer l’ombre chinoise de la tour Eiffel, puis l’entrelacs de poutrelles métallique de la gare de Lyon. Il apparaît que l’artiste s’inspire d’Alfons Mucha pour le rendu des fleurs de la villa de la marquise de Saint-Pierre et Miquelon, ainsi que pour sa coiffure. Le dénuement de l’entrepôt qui sert pour les prises de vue fournit un fort contraste avec la munificence de la décoration intérieure d’un appartement de la bonne société d’Istanbul. Les falaises arides non loin de Marseille dégagent une sensation de chaleur et de vent. Lors d’un bref passage à Paris, le lecteur identifie au premier coup d’œil, le lion de la place Denfert-Rochereau. L’embarquement sur un paquebot séduit autant par sa passerelle que par ses beaux matelots en uniformes avec casquette à pompon. Chaque scène dispose d’une prise de vue spécifique adaptée à sa nature, qu’il s’agisse d’un dialogue ou d’échanges de coup de feu fans les couloirs d’un commissariat, ou encore d’une partie fine et d’ébats fougueux. En effet, cette bande dessinée est classée dans le registre pornographique du fait de scènes explicites. La nudité ou un acte sexuel sont présents dans une vingtaine de pages, soit près de la moitié de l’ouvrage. Ces scènes vont de la titillation à la pénétration représentée de manière explicite. Le lecteur éprouve toutes les peines du monde à refermer sa bouche devant l’opulence des charmes d’Adélie d’Arcueil, que ce soit dans sa robe de chambre transparente ou lorsqu’elle prend un bain. Il voit explicitement ses talents à l’œuvre lorsqu’elle joue le rôle de maîtresse Ishtar ou lorsqu’elle évoque ses souvenirs en Turquie : jambes grandes ouvertes, permettant de vérifier qu’il s’agit d’une vraie rousse. La majeure partie des hommes sont bien montés, à l’exception d’un qui a souffert de la polio étant jeune, et ils font usage avec vigueur de leur membre, utilisant toutes les portes qui leur sont offertes. Tout en n’étant cependant pas toujours à leur avantage, avec parfois le pantalon sur les chevilles devant une assistance venue pour autre chose. Le lecteur découvre le récit, sans arrière-pensée, sans culpabilité, ou velléité de politiquement correct. Les auteurs racontent une aventure sans conséquences, dans un registre plus que coquin, un divertissement sans prétention. Le lecteur peut, s’il le souhaite, relever le fait que Adélie d’Arcueil est une femme libérée faisant usage de son corps comme elle l’entend, en particulier en faisant commerce pour en tirer profit, sachant faire respecter ses choix. Dans cette histoire, chaque personne se conduit selon son propre intérêt, sans héroïsme ou moralité à toute épreuve. Adélie d’Arcueil compte bien faire rendre son dû à l’individu qui l’a volé. Elle met son expérience et son ingéniosité à l’œuvre pour faire fructifier une entreprise de films X, alors que ce n’est même pas encore une industrie naissante. Lucien, le réalisateur, fuit pour sauver sa peau, en semant ses créanciers, son autre but étant d’assouvir ses besoins sexuels, malgré son défaut physique humiliant. Plusieurs individus recourent au chantage, en tirant profit de la lubricité des riches et puissants, ces derniers ne valant pas mieux que quiconque. Le lecteur ressent un sourire naître sur son visage au fil de ses aventures rocambolesques se déroulant dans la bonne humeur. Aussi il n’est pas surpris de la participation de Rocambole lui-même, personnage de fiction créé par Pierre Ponson du Terrail en 1857. Un deuxième tome des aventures d’Adélie d’Arcueil, dite la Pie voleuse, aussi plaisant que le premier. Les auteurs prennent plaisir à raconter une intrigue bien construite, une affaire de mœurs et de chantage, avec une verve teintée d’humour. Le lecteur apprécie ce divertissement au premier degré, pour la belle héroïne peu farouche et intelligente, les parties de jambes en l’air, les beaux décors, et l’amoralité assumée. Ravigotant.

10/03/2025 (modifier)
Couverture de la série Un destin de trouveur
Un destin de trouveur

Tiens des avis partagés pour ce tome, personnellement je le trouve très très bon. Dans ma petite tête, il serait même le parfait candidat pour ceux qui souhaitent découvrir l’univers. On y croise brièvement Célestin, une allusion est faite à Babel et surtout on assiste à une sorte d’avant première de certains événements du tome sur Fannie. Bref, un album qui chronologiquement a son importance tout en donnant déjà énormément de cohérence et de densité au monde créé par Gess. L’intrigue développée autour de notre trouveur sera peut-être la moins surprenante de la série, mais boudiou que c’est efficace !! Et j’adore cette fin. Je trouve que ce tome dépeint particulièrement bien l’époque et ce microcosme parisien (en y ajoutant bien sûr cette petite touche de fantastique avec les talents). La géographie sera bien explorée comme l’histoire, nous sommes après la Commune de Paris. La patte graphique de l’auteur finit de m’achever pour m’entraîner avec délectation dans son monde des Contes de la Pieuvre. Pour moi, un petit bijou cette série et ce tome en est une belle pièce maîtresse. J’adore, j’adhère à mort. Que c’est bon.

09/03/2025 (modifier)
Couverture de la série The Kong Crew
The Kong Crew

J'ai toujours beaucoup apprécié le travail d'Éric Herenguel. Sa dernière création ne déroge pas à la règle. Et c'est tant mieux. Avec son imagination fertile et débridée, l'auteur comme à son habitude se fait d'abord plaisir en racontant une histoire plaisante, enlevée, et totalement invraisemblable. Plaisir de création complètement partagé pour le lecteur avec des planches à l'encrage magnifique et de haute volée. Les différentes vues de Manhattan, la faune diverse et variée, les scènes d'action, d'aviation et de cadrage sont parfaitement maitrisées dans des décors qui ne cèdent en rien à la facilité. Un vrai régal ! On en redemande... Tout le plaisir également de retrouver un artiste qui mélange avec un très grand savoir faire des univers totalement opposés et joue à fond la carte de tout ce que peuvent permettre les codes de la BD. Ici on retrouve tous les ingrédients qui font la réussite de cette série. Au sortir de la seconde Guerre Mondiale, on y croise dans l'ordre ou dans le désordre et de façon improbable, des dinosaures avec des avions militaires dans un New York revisité style jungle urbanisée, un King Kong, un teckel trop choupi, de belles et dangereuses Amazones, un bel héros aviateur de l'US Air Force, des militaires pas toujours futés, des jolies filles style Pin-up et leur faire valoir, un journaliste, un scientifique allumé, des bolides de toutes sortes... Dans cet univers invraisemblable où la survie semble être la règle, on retrouve des personnages livrés à eux-même ou l'ambition, la jalousie, le brutal et parfois la naïveté se côtoient parfaitement et rendent à ce milieu un côté humain et attachant. Bref ! Un beau et savant mélange de création "no limit " totalement assumé comme on aimerait en lire plus souvent. Pour achever de satisfaire les plus exigeants les Éditions Ankama pour les versions dos toilés et les Éditions Caurette pour la version Intégral noir & blanc ont fait du super boulot. Si comme moi, vous aimez la création délirante, les teckels et l'univers débridé que propose cet auteur, n'hésitez pas à vous plonger dans l'aventure The Kong Crew. Vous passerez un agréable moment.

09/03/2025 (modifier)