Que voilà une belle biographie.
Mary et Bryan Talbot ont visiblement réuni une documentation fournie. Ils se sont rendus sur les lieux où Louise Michel a vécu et s’est battue pour ses idées.
Une grande dame qui mérite beaucoup mieux dans les livres d’histoire. Révolutionnaire et féministe avant l’heure, elle avait tout pour me plaire.
Je la connaissais depuis longtemps, pour la petite histoire, je traversais la rue Louise Michel pour aller au collège (depuis longtemps vous dis-je !) et j’aimais savoir qui était qui dans mon quartier. Heureusement que la toponymie des rues lui rend parfois hommage.
J’ai bien aimé la façon dont est scénarisé le récit de ses combats. Le début se situe le jour de l’inhumation de Louise en 1905, et sa vie est alors évoquée dans le dialogue entre deux femmes qui l’ont connue et admirent ses idées et son engagement.
On évite le récit linéaire en alternant entre ce présent et le passé mais le graphisme différentié permet de ne pas s’y perdre du tout.
C’est bien documenté et c’est également bien raconté. Le côté didactique est agréablement diffusé dans l’action et les dialogues. On y croise quelques personnages historiques.
(Et entre autres Albert Robida, dessinateur et surtout écrivain de SF utopiste complètement déjantée que je conseille chaudement aux amateurs qui ne le connaissent pas encore).
Le dessin est plutôt agréable, avec les deux ambiances suivant l’époque, et curieusement une impression de fusain adouci pour la bio même dans les combats révolutionnaires, et qui n’empêche pas de comprendre la violence présente. Et les touches de couleurs rouge (le foulard de Louise, un manifeste...) symbolisent cette lutte révolutionnaire avec le ciel qui rosit lors des pires batailles.
Et donc merci aux auteurs de lui accorder cette bio, et de belle façon.
C'est une bien étrange BD que voici. Mitterrand se meurt, et dans ses derniers instants, rongé par un cancer et la douleur, il voit Anubis qui l'invite à revenir sur sa vie. Une vie qu'il est difficile de juger, mais qui interroge.
La figure de Mitterrand est une des grandes figures politiques de la Cinquième République. Social-traitre pour certain, fossoyeur du PS pour d'autres, seul vrai président de gauche, réformateur de cette République avec de nombreuses lois permissives, etc etc ... Bref, c'est un personnage qui attire de nombreuses sympathie ou animosité. Difficile de le cerner, de dire ce que furent ses bilans et sa vie de manière globale.
La BD essaye donc de faire un bilan général de cette vie, de ses deux mandats présidentiels sans le glorifier ou l'enfoncer. Car en fin de compte, je ne sais pas trop quoi penser de l'ensemble de sa vie. Il y a du bon, du moins bon, et ce personnage difficile à caractériser : opportuniste, certes, débutant en politique sous l'occupation mais résistant avéré, puis socialiste pas toujours très social, mais ayant changé beaucoup de réelles choses en France (radio libre, fin de la peine de mort, etc ...), dans un double mandat marqué par une cohabitation également. Bref, un type pas réglo, y compris dans sa vie privé, mais qu'il serait difficile de caractériser comme un opportuniste morbide, homme politique assoiffé de pouvoir et prêt à tout pour le récupérer.
Le dessin va très bien avec le ton de la BD et renforce les dialogues qui deviennent des joutes oratoires dans des lieux précis, chacun étant une marque représentative de sa vie. Le tout est lisible, aéré et franchement bien amené.
Ce que je retiens surtout de cette BD, c'est que mon dégout de nos hommes politiques est telle aujourd'hui que cette BD me fait paraitre Mitterrand très sympathique, signe non pas d'un réel intérêt que j'ai pour lui mais de la violence du monde politique actuel. Finalement, c'était un président sympa, au regard de ceux qu'on connait ...
Cette série en deux tomes m'a beaucoup plu, même si j'ai une préférence assez nette pour le premier album qui aurait pu rester un one-shot. J'ai adoré son ambiance campagnarde irlandaise, son dessin chaleureux, les bouilles extrêmement expressives et souvent hilarantes des animaux, ainsi que les dialogues savoureux qui font mouche tout au long de la lecture. Le parallèle entre les moutons du pré et les "moutons" parmi les villageois est particulièrement réussi et permet de se moquer avec tendresse des travers humains, surtout dès qu'il s'agit de bigoterie.
Le premier tome a l'élégance des histoires simples qui n'ont pas besoin d'en faire trop pour fonctionner. L'intrigue est linéaire, les enjeux modestes, mais tout est parfaitement dosé. Entre les querelles de clocher, les moutons qui tentent de donner un sens à l'absence du curé et les habitants du village qui ne valent guère mieux qu'eux, l'ensemble est drôle, attachant et débouche sur un dénouement très satisfaisant, avec un agréable côté feel good.
Le second tome reprend les mêmes ingrédients mais s'avère un peu plus dense et légèrement plus sérieux. L'attention se porte davantage sur les humains que sur les animaux, notamment avec l'arrivée d'une nouvelle institutrice qui semble en savoir plus qu'elle ne le laisse paraître. L'intrigue reste plaisante, les dialogues toujours très amusants et les personnages attachants, mais j'ai trouvé que le charme spontané du premier album était un peu moins présent.
Cela reste malgré tout une excellente lecture, pleine d'humour, de tendresse et d'humanité, que je conseillerais sans hésiter. J'espère simplement que la série s'arrêtera à ces deux tomes, car ils forment un ensemble cohérent et complet. Prolonger l'aventure risquerait surtout d'en diluer l'élégance et la fraîcheur.
Vous avez chaud ? pour vous rafraichir je vous propose Marée blanche, la dernière création de Gaël Séjourné. C’est du tout bon.
En tant que fan inconditionnel de son travail, je suis toujours émerveillé par son trait d’une finesse exceptionnelle. Chaque planche est un véritable tableau, où les lignes épurées mais précises captent l’émotion avec une justesse rare. Le dessin, à la fois délicat et puissant, sert un scénario remarquablement bien ficelé, où chaque détail a son importance. L’histoire est inspirée de faits réels - J’ai eu la chance d’échanger longuement avec Gaël à ce sujet lors d’un festival.
Vous allez être embarqués très rapidement par le récit. Vous serez captivés de la première à la dernière page. L’histoire vous tiendra en haleine avec des personnages profonds et des situations crédibles. La narration est d’une fluidité exemplaire : pas une case ne semble superflue, pas un dialogue ne sonne faux. Le combo parfait ! C’est le genre de BD qui se lit d’une traite, avec un plaisir intact du début à la fin. Une lecture très agréable qui prouve une fois de plus que Gaël Séjourné est un maître du neuvième art. Un sans-faute, à savourer sans modération !
Durant les années 80, Albin Michel s'est rarement trompé dans ses choix éditoriaux en matière de bande dessinée coquine.
La Nuit barbare s'inscrit parfaitement dans cette lignée avec cette histoire d'amour à l'époque préhistorique, qui diffuse une ambiance aux frontières de l'aventure et de l'érotisme.
Le scénario de Jean Ollivier se concentre avant tout sur l'action, avec des humains concentrés sur leurs besoins primaires : faire du feu, manger, tuer, s'accoupler...
Le trait de Marcello insuffle à l'ensemble une énergie sauvage qui conserve sa part de modernité et qui colle parfaitement à l'ambiance de ce récit primitif.
A ranger aux côtés de Manara et Rotundo dans la même collection.
Encore jeune, j'ai découvert les histoires de Gil Jourdan et je suis immédiatement devenu fan. J'ai tout de suite remarqué une certaine parenté avec le Spirou de Franquin, que Tillieux admirait tant. D'abord dans les dessins si attrayants, dans les décors, les voitures et certains personnages. Mais ici nous avons aussi les cafés et le Paris populeux, les ruelles malfamées. Nous aurons aussi droit à des cargos et à des scènes de quai mémorables, La Bretagne mystérieuse ou encore les environnements exotiques, Amérique latine, nord de l'Afrique ou Extrême-Orient.
Les intrigues et les enquêtes sont bien conçues et l'impression de rapidité et d'efficacité est une marque du style. Tillieux s'était fait remarquer auparavant avec sa série Félix, dont de nombreux éléments seront repris ici.
Quant aux personnages principaux, Gil Jourdan se distingue par son intelligence de détective et son sérieux, Crouton par son honnêteté mais aussi une certaine manque de perspicacité, et l'ancien cambrioleur André Papignolles, dit Libellule, par ses blagues idiotes et son rire dévastateur! Il ne faut pas oublier la piquante secrétaire Queue-de-Cerise, souvent indispensable dans les situations les plus désespérées.
Le découpage de Tillieux traduisait le mouvement à la manière d'un film. Il développera cette approche, nous offrant certaines des plus belles scènes de poursuite de l'histoire de la bande dessinée. En automobile aussi, l'autre grande passion de l'auteur qui en fera l'un des personnages centraux de ses albums, y compris les pannes et des carambolages impressionants. Les automobiles sont représentées avec une grande fidélité, depuis l'admirable Facel-Vega immergée (son premier grand chef-d'œuvre) jusqu'aux nombreuses Renault (que je soupçonne avoir été l'une de ses marques préférées) : Dauphine, Juvaquatre, R8 Gordini ou R16. Les voitures de sport sont également présentes, Maserati par exemple.
Très occupé par des scénarios pour d'autres héros, Tif et Tondu, Natacha... Tillieux a confié le dessin de la série à Gos qui s'en est bien sorti, à mon avis. Il pensait reprendre le dessin dans une nouvelle aventure de Gil Jourdan quand il est parti trop tôt. La voiture, encore une fois...
Il nous reste un sens du rythme incroyable dans ses histoires et, malgré l'humour, un certain regard corrosif sur la société, le crime et la corruption.
Un album sympathique sur bien des points, je ne suis pas féru de football mais j’ai passé un chouette moment.
La partie graphique m’a tout de suite plu, les couleurs sont réussies et le trait possède une certaine rondeur bienvenue qui rend le tout très fluide et agréable à suivre. Je découvre l’auteur au passage mais c’est déjà une pointure en Espagne. Curieux de découvrir d’autres de ses œuvres.
Niveau histoire, c’est bien tenu durant la petite centaine de pages, les personnages sont bien campés, il sera question de foot bien sûr (en ´ particulier le milieu des agents sportif) mais le récit esquisse d’autres thèmes autour. Le passage de 1995 à 2022 est également bien vu pour ça, à travers nos personnages, on constate une certaine évolution de la/notre société (même s’il reste encore beaucoup de chemin à parcourir).
Pas franchement bien mais plus que mal pour reprendre la formule de Mac Arthur.
Un autre album de John Bolton publié chez Comics USA qui souffre d'un point commun avec Le Masque à l'envers : un titre français absurde qui dessert totalement l’intitulé original, pourtant bien plus évocateur, Someplace Strange.
Le choix de l'éditeur est d'autant plus difficile à comprendre qu'il a choisi d'illustrer la couverture avec un personnage très secondaire, qui n'apparaît qu'au détour de deux planches...
Sur le fond, l'intrigue de Someplace Strange s'inspire ouvertement d'Alice au pays des merveilles. Véritable voyage métaphorique au cœur des peurs enfantines, le récit d'Ann Nocenti explore le passage à l'âge adulte, l'affrontement de ses propres névroses et la puissance salvatrice de l'imaginaire.
On y suit deux frères à l'imagination débordante, rejoints plus tard par une adolescente nihiliste. Ensemble, ils basculent dans un univers surréaliste où ils devront braver moults dangers, à commencer par le mythique Croque-mitaine.
Un véritable vent de fraîcheur se dégage de cette œuvre, magnifiée par le dessin lumineux de Bolton. L'album se distingue du reste de sa production : l'artiste y multiplie et y fusionne les techniques graphiques (crayonnés, gouache, aérographe) pour épouser la construction poétique du scénario.
Une bande dessinée indispensable pour découvrir une autre facette créative de Bolton.
Un western crépusculaire, qui reste dans le très classique, mais qui le fait très bien. Et du coup le plaisir de lecture est au rendez-vous.
L’intrigue s’installe lentement, tranquillement – sans que l’on s’ennuie quand même – et prend le temps de planter le décor, de disposer les principaux protagonistes, qui vont tous se retrouver dans un pauvre relais perdu au fin fond d’un espace désertique. Et là, ça s’accélère brusquement !
Les rebondissements s’enchainent au même rythme que les explosions et les coups de feu, ce qui a pour effet de réduire drastiquement le nombre de personnages à suivre ! C’est bien amené, le Bien et le Mal ne sont pas forcément séparés de façon trop claire, et tous les personnages ont une profondeur intéressante.
Et la fin est amusante, laissant le lecteur deviner ce qu’il pouvait y avoir dans le coffre (comme la mystérieuse boîte à musique du client asiatique dans le film « Belle de jour »).
Le dessin mélange gros plans détaillés et arrière-plans et décors presque esquissés. Le rendu est en tout cas agréable, comme cette lecture, qui ne révolutionne rien, mais qui est très sympathique.
Oui, c'est très bien de faire de la BD historique mais cette série n'a pas réussi à me convaincre. Tout me semble trop figé, trop distant. Je reste indifférent aux personnages, à l'intrigue, aux tomes suivants... et j'ai fait un véritable effort pour tout lire !
Les dessins ont évolué, certes, mais pas de vraies émotions aux visages, pas de suffisant dynamisme dans l'action ! Les combats, le sexe, tout me semble trop conventionnel et artificiel.
Le scénario, oui... mais bof... je préfère quand même les grands historiens français, les séries de BBC ou les romans de Robert Graves. Même avec Alix de J. Martin, j'avais plus d'empathie !
___________________________________________________________________________________________________________
Presque onze ans plus tard et aprés tant d'avis élogieux, j'ai recommencé à lire Murena. Je reconnais que j'avais été pressé et pas exempt de préjugés lors de ma première lecture. Maintenant, je me suis surtout concentré sur le deuxième cycle et j'augmente ma note. Je n’ai pas encore terminé le troisiéme cycle…
Le premier cycle, était centré sur Agrippine, et explorait essentiellement les mécanismes de la conquête du pouvoir. Le second déplace le regard vers les conséquences de ce pouvoir absolu. Après l’assassinat d’Agrippine, Néron n’est plus entravé par l’autorité maternelle ; sous l’influence de Poppée, il s’abandonne progressivement à la démesure, à la cruauté et à une forme de délire esthétique qui conduira à l’incendie de Rome. Cette évolution permet à Dufaux d’aborder des thèmes plus sombres : la corruption morale, la fascination pour la violence et la destruction de toute limite éthique.
La principale réussite de ce deuxième cycle reside, je crois, dans l’approfondissement psychologique des personnages. Néron n’y apparaît plus seulement comme un tyran en devenir ; il devient un être complexe, partagé entre aspirations artistiques, pulsions destructrices et besoin obsessionnel d’admiration. Dufaux évite ainsi la caricature historique: on assiste à la transformation progressive d’un homme en monstre politique, sans jamais perdre de vue son humanité.
Parallèlement, Lucius Murena acquiert une épaisseur dramatique nouvelle. Alors qu’il pouvait sembler parfois passif dans les premiers albums, il devient ici un acteur tragique confronté à des choix impossibles. Son rapport à Acté, à Néron et à la violence qui l’entoure nourrit une réflexion sur la responsabilité individuelle face à la barbarie du pouvoir. Il cesse d’être un simple témoin de l’Histoire pour en devenir l’une des victimes et l’un des instruments.
Sur le plan graphique, Delaby progresse dans ce cycle en précision et en expressivité, en dynamisme du mouvement aussi. Les visages sont plus individualisés, les émotions plus lisibles, tandis que les décors urbains témoignent d’un impressionant travail de reconstitution historique. Plusieurs scènes de foule ou de catastrophe, notamment celles liées à l’incendie de Rome dans «Revanche des Cendres», sont remarquables par leur sens du spectacle.
Toutefois, tout n’est pas exempt de limites. Je me demande dans quelle mesure Dufaux a privilégié l’effet dramatique au détriment de la vraisemblance historique. La dimension mélodramatique de certains épisodes, l’abondance de complots et de retournements peuvent parfois donner le sentiment d’une théâtralisation excessive. Néanmoins, Murena ne prétend pas d’être un traité d’histoire, mais une tragédie antique mise en images.
Bref, le deuxième cycle me parait plus sombre, plus complexe et plus spectaculaire que le premier, il approfondit la réflexion sur les rapports entre pouvoir et folie tout en offrant certaines des plus belles pages de l’oeuvre.
En France, les livres sont au même prix partout. C'est la loi !
Avec BDfugue, vous payez donc le même prix qu'avec les géants de la vente en ligne mais pour un meilleur service :
des promotions et des goodies en permanence
des réceptions en super état grâce à des cartons super robustes
une équipe joignable en cas de besoin
2. C'est plus avantageux pour nous
Si BDthèque est gratuit, il a un coût.
Pour financer le service et le faire évoluer, nous dépendons notamment des achats que vous effectuez depuis le site. En effet, à chaque fois que vous commencez vos achats depuis BDthèque, nous touchons une commission. Or, BDfugue est plus généreux que les géants de la vente en ligne !
3. C'est plus avantageux pour votre communauté
En choisissant BDfugue plutôt que de grandes plateformes de vente en ligne, vous faites la promotion du commerce local, spécialisé, éthique et indépendant.
Meilleur pour les emplois, meilleur pour les impôts, la librairie indépendante promeut l'émergence des nouvelles séries et donc nos futurs coups de cœur.
Chaque commande effectuée génère aussi un don à l'association Enfance & Partage qui défend et protège les enfants maltraités. Plus d'informations sur bdfugue.com
Pourquoi Cultura ?
Indépendante depuis sa création en 1998, Cultura se donne pour mission de faire vivre et aimer la culture.
La création de Cultura repose sur une vision de la culture, accessible et contributive. Nous avons ainsi considéré depuis toujours notre responsabilité sociétale, et par conviction, développé les pratiques durables et sociales. C’est maintenant au sein de notre stratégie de création de valeur et en accord avec les Objectifs de Développement Durable que nous déployons nos actions. Nous traitons avec lucidité l’impact de nos activités, avec une vision de long terme. Mais agir en responsabilité implique d’aller bien plus loin, en contribuant positivement à trois grands enjeux de développement durable.
Nos enjeux environnementaux
Nous sommes résolument engagés dans la réduction de notre empreinte carbone, pour prendre notre part dans la lutte contre le réchauffement climatique et la préservation de la planète.
Nos enjeux culturels et sociétaux
La mission de Cultura est de faire vivre et aimer la culture. Pour cela, nous souhaitons stimuler la diversité des pratiques culturelles, sources d’éveil et d’émancipation.
Nos enjeux sociaux
Nous accordons une attention particulière au bien-être de nos collaborateurs à la diversité, l’inclusion et l’égalité des chances, mais aussi à leur épanouissement, en encourageant l’expression des talents artistiques.
Votre vote
Louise Michel - La Vierge Rouge
Que voilà une belle biographie. Mary et Bryan Talbot ont visiblement réuni une documentation fournie. Ils se sont rendus sur les lieux où Louise Michel a vécu et s’est battue pour ses idées. Une grande dame qui mérite beaucoup mieux dans les livres d’histoire. Révolutionnaire et féministe avant l’heure, elle avait tout pour me plaire. Je la connaissais depuis longtemps, pour la petite histoire, je traversais la rue Louise Michel pour aller au collège (depuis longtemps vous dis-je !) et j’aimais savoir qui était qui dans mon quartier. Heureusement que la toponymie des rues lui rend parfois hommage. J’ai bien aimé la façon dont est scénarisé le récit de ses combats. Le début se situe le jour de l’inhumation de Louise en 1905, et sa vie est alors évoquée dans le dialogue entre deux femmes qui l’ont connue et admirent ses idées et son engagement. On évite le récit linéaire en alternant entre ce présent et le passé mais le graphisme différentié permet de ne pas s’y perdre du tout. C’est bien documenté et c’est également bien raconté. Le côté didactique est agréablement diffusé dans l’action et les dialogues. On y croise quelques personnages historiques. (Et entre autres Albert Robida, dessinateur et surtout écrivain de SF utopiste complètement déjantée que je conseille chaudement aux amateurs qui ne le connaissent pas encore). Le dessin est plutôt agréable, avec les deux ambiances suivant l’époque, et curieusement une impression de fusain adouci pour la bio même dans les combats révolutionnaires, et qui n’empêche pas de comprendre la violence présente. Et les touches de couleurs rouge (le foulard de Louise, un manifeste...) symbolisent cette lutte révolutionnaire avec le ciel qui rosit lors des pires batailles. Et donc merci aux auteurs de lui accorder cette bio, et de belle façon.
Mitterrand Requiem
C'est une bien étrange BD que voici. Mitterrand se meurt, et dans ses derniers instants, rongé par un cancer et la douleur, il voit Anubis qui l'invite à revenir sur sa vie. Une vie qu'il est difficile de juger, mais qui interroge. La figure de Mitterrand est une des grandes figures politiques de la Cinquième République. Social-traitre pour certain, fossoyeur du PS pour d'autres, seul vrai président de gauche, réformateur de cette République avec de nombreuses lois permissives, etc etc ... Bref, c'est un personnage qui attire de nombreuses sympathie ou animosité. Difficile de le cerner, de dire ce que furent ses bilans et sa vie de manière globale. La BD essaye donc de faire un bilan général de cette vie, de ses deux mandats présidentiels sans le glorifier ou l'enfoncer. Car en fin de compte, je ne sais pas trop quoi penser de l'ensemble de sa vie. Il y a du bon, du moins bon, et ce personnage difficile à caractériser : opportuniste, certes, débutant en politique sous l'occupation mais résistant avéré, puis socialiste pas toujours très social, mais ayant changé beaucoup de réelles choses en France (radio libre, fin de la peine de mort, etc ...), dans un double mandat marqué par une cohabitation également. Bref, un type pas réglo, y compris dans sa vie privé, mais qu'il serait difficile de caractériser comme un opportuniste morbide, homme politique assoiffé de pouvoir et prêt à tout pour le récupérer. Le dessin va très bien avec le ton de la BD et renforce les dialogues qui deviennent des joutes oratoires dans des lieux précis, chacun étant une marque représentative de sa vie. Le tout est lisible, aéré et franchement bien amené. Ce que je retiens surtout de cette BD, c'est que mon dégout de nos hommes politiques est telle aujourd'hui que cette BD me fait paraitre Mitterrand très sympathique, signe non pas d'un réel intérêt que j'ai pour lui mais de la violence du monde politique actuel. Finalement, c'était un président sympa, au regard de ceux qu'on connait ...
Le Pré derrière l'église
Cette série en deux tomes m'a beaucoup plu, même si j'ai une préférence assez nette pour le premier album qui aurait pu rester un one-shot. J'ai adoré son ambiance campagnarde irlandaise, son dessin chaleureux, les bouilles extrêmement expressives et souvent hilarantes des animaux, ainsi que les dialogues savoureux qui font mouche tout au long de la lecture. Le parallèle entre les moutons du pré et les "moutons" parmi les villageois est particulièrement réussi et permet de se moquer avec tendresse des travers humains, surtout dès qu'il s'agit de bigoterie. Le premier tome a l'élégance des histoires simples qui n'ont pas besoin d'en faire trop pour fonctionner. L'intrigue est linéaire, les enjeux modestes, mais tout est parfaitement dosé. Entre les querelles de clocher, les moutons qui tentent de donner un sens à l'absence du curé et les habitants du village qui ne valent guère mieux qu'eux, l'ensemble est drôle, attachant et débouche sur un dénouement très satisfaisant, avec un agréable côté feel good. Le second tome reprend les mêmes ingrédients mais s'avère un peu plus dense et légèrement plus sérieux. L'attention se porte davantage sur les humains que sur les animaux, notamment avec l'arrivée d'une nouvelle institutrice qui semble en savoir plus qu'elle ne le laisse paraître. L'intrigue reste plaisante, les dialogues toujours très amusants et les personnages attachants, mais j'ai trouvé que le charme spontané du premier album était un peu moins présent. Cela reste malgré tout une excellente lecture, pleine d'humour, de tendresse et d'humanité, que je conseillerais sans hésiter. J'espère simplement que la série s'arrêtera à ces deux tomes, car ils forment un ensemble cohérent et complet. Prolonger l'aventure risquerait surtout d'en diluer l'élégance et la fraîcheur.
Marée Blanche
Vous avez chaud ? pour vous rafraichir je vous propose Marée blanche, la dernière création de Gaël Séjourné. C’est du tout bon. En tant que fan inconditionnel de son travail, je suis toujours émerveillé par son trait d’une finesse exceptionnelle. Chaque planche est un véritable tableau, où les lignes épurées mais précises captent l’émotion avec une justesse rare. Le dessin, à la fois délicat et puissant, sert un scénario remarquablement bien ficelé, où chaque détail a son importance. L’histoire est inspirée de faits réels - J’ai eu la chance d’échanger longuement avec Gaël à ce sujet lors d’un festival. Vous allez être embarqués très rapidement par le récit. Vous serez captivés de la première à la dernière page. L’histoire vous tiendra en haleine avec des personnages profonds et des situations crédibles. La narration est d’une fluidité exemplaire : pas une case ne semble superflue, pas un dialogue ne sonne faux. Le combo parfait ! C’est le genre de BD qui se lit d’une traite, avec un plaisir intact du début à la fin. Une lecture très agréable qui prouve une fois de plus que Gaël Séjourné est un maître du neuvième art. Un sans-faute, à savourer sans modération !
La Nuit barbare
Durant les années 80, Albin Michel s'est rarement trompé dans ses choix éditoriaux en matière de bande dessinée coquine. La Nuit barbare s'inscrit parfaitement dans cette lignée avec cette histoire d'amour à l'époque préhistorique, qui diffuse une ambiance aux frontières de l'aventure et de l'érotisme. Le scénario de Jean Ollivier se concentre avant tout sur l'action, avec des humains concentrés sur leurs besoins primaires : faire du feu, manger, tuer, s'accoupler... Le trait de Marcello insuffle à l'ensemble une énergie sauvage qui conserve sa part de modernité et qui colle parfaitement à l'ambiance de ce récit primitif. A ranger aux côtés de Manara et Rotundo dans la même collection.
Gil Jourdan
Encore jeune, j'ai découvert les histoires de Gil Jourdan et je suis immédiatement devenu fan. J'ai tout de suite remarqué une certaine parenté avec le Spirou de Franquin, que Tillieux admirait tant. D'abord dans les dessins si attrayants, dans les décors, les voitures et certains personnages. Mais ici nous avons aussi les cafés et le Paris populeux, les ruelles malfamées. Nous aurons aussi droit à des cargos et à des scènes de quai mémorables, La Bretagne mystérieuse ou encore les environnements exotiques, Amérique latine, nord de l'Afrique ou Extrême-Orient. Les intrigues et les enquêtes sont bien conçues et l'impression de rapidité et d'efficacité est une marque du style. Tillieux s'était fait remarquer auparavant avec sa série Félix, dont de nombreux éléments seront repris ici. Quant aux personnages principaux, Gil Jourdan se distingue par son intelligence de détective et son sérieux, Crouton par son honnêteté mais aussi une certaine manque de perspicacité, et l'ancien cambrioleur André Papignolles, dit Libellule, par ses blagues idiotes et son rire dévastateur! Il ne faut pas oublier la piquante secrétaire Queue-de-Cerise, souvent indispensable dans les situations les plus désespérées. Le découpage de Tillieux traduisait le mouvement à la manière d'un film. Il développera cette approche, nous offrant certaines des plus belles scènes de poursuite de l'histoire de la bande dessinée. En automobile aussi, l'autre grande passion de l'auteur qui en fera l'un des personnages centraux de ses albums, y compris les pannes et des carambolages impressionants. Les automobiles sont représentées avec une grande fidélité, depuis l'admirable Facel-Vega immergée (son premier grand chef-d'œuvre) jusqu'aux nombreuses Renault (que je soupçonne avoir été l'une de ses marques préférées) : Dauphine, Juvaquatre, R8 Gordini ou R16. Les voitures de sport sont également présentes, Maserati par exemple. Très occupé par des scénarios pour d'autres héros, Tif et Tondu, Natacha... Tillieux a confié le dessin de la série à Gos qui s'en est bien sorti, à mon avis. Il pensait reprendre le dessin dans une nouvelle aventure de Gil Jourdan quand il est parti trop tôt. La voiture, encore une fois... Il nous reste un sens du rythme incroyable dans ses histoires et, malgré l'humour, un certain regard corrosif sur la société, le crime et la corruption.
Un Dernier tour de terrain
Un album sympathique sur bien des points, je ne suis pas féru de football mais j’ai passé un chouette moment. La partie graphique m’a tout de suite plu, les couleurs sont réussies et le trait possède une certaine rondeur bienvenue qui rend le tout très fluide et agréable à suivre. Je découvre l’auteur au passage mais c’est déjà une pointure en Espagne. Curieux de découvrir d’autres de ses œuvres. Niveau histoire, c’est bien tenu durant la petite centaine de pages, les personnages sont bien campés, il sera question de foot bien sûr (en ´ particulier le milieu des agents sportif) mais le récit esquisse d’autres thèmes autour. Le passage de 1995 à 2022 est également bien vu pour ça, à travers nos personnages, on constate une certaine évolution de la/notre société (même s’il reste encore beaucoup de chemin à parcourir). Pas franchement bien mais plus que mal pour reprendre la formule de Mac Arthur.
A poil, le nounours !
Un autre album de John Bolton publié chez Comics USA qui souffre d'un point commun avec Le Masque à l'envers : un titre français absurde qui dessert totalement l’intitulé original, pourtant bien plus évocateur, Someplace Strange. Le choix de l'éditeur est d'autant plus difficile à comprendre qu'il a choisi d'illustrer la couverture avec un personnage très secondaire, qui n'apparaît qu'au détour de deux planches... Sur le fond, l'intrigue de Someplace Strange s'inspire ouvertement d'Alice au pays des merveilles. Véritable voyage métaphorique au cœur des peurs enfantines, le récit d'Ann Nocenti explore le passage à l'âge adulte, l'affrontement de ses propres névroses et la puissance salvatrice de l'imaginaire. On y suit deux frères à l'imagination débordante, rejoints plus tard par une adolescente nihiliste. Ensemble, ils basculent dans un univers surréaliste où ils devront braver moults dangers, à commencer par le mythique Croque-mitaine. Un véritable vent de fraîcheur se dégage de cette œuvre, magnifiée par le dessin lumineux de Bolton. L'album se distingue du reste de sa production : l'artiste y multiplie et y fusionne les techniques graphiques (crayonnés, gouache, aérographe) pour épouser la construction poétique du scénario. Une bande dessinée indispensable pour découvrir une autre facette créative de Bolton.
Leave them alone
Un western crépusculaire, qui reste dans le très classique, mais qui le fait très bien. Et du coup le plaisir de lecture est au rendez-vous. L’intrigue s’installe lentement, tranquillement – sans que l’on s’ennuie quand même – et prend le temps de planter le décor, de disposer les principaux protagonistes, qui vont tous se retrouver dans un pauvre relais perdu au fin fond d’un espace désertique. Et là, ça s’accélère brusquement ! Les rebondissements s’enchainent au même rythme que les explosions et les coups de feu, ce qui a pour effet de réduire drastiquement le nombre de personnages à suivre ! C’est bien amené, le Bien et le Mal ne sont pas forcément séparés de façon trop claire, et tous les personnages ont une profondeur intéressante. Et la fin est amusante, laissant le lecteur deviner ce qu’il pouvait y avoir dans le coffre (comme la mystérieuse boîte à musique du client asiatique dans le film « Belle de jour »). Le dessin mélange gros plans détaillés et arrière-plans et décors presque esquissés. Le rendu est en tout cas agréable, comme cette lecture, qui ne révolutionne rien, mais qui est très sympathique.
Murena
Oui, c'est très bien de faire de la BD historique mais cette série n'a pas réussi à me convaincre. Tout me semble trop figé, trop distant. Je reste indifférent aux personnages, à l'intrigue, aux tomes suivants... et j'ai fait un véritable effort pour tout lire ! Les dessins ont évolué, certes, mais pas de vraies émotions aux visages, pas de suffisant dynamisme dans l'action ! Les combats, le sexe, tout me semble trop conventionnel et artificiel. Le scénario, oui... mais bof... je préfère quand même les grands historiens français, les séries de BBC ou les romans de Robert Graves. Même avec Alix de J. Martin, j'avais plus d'empathie ! ___________________________________________________________________________________________________________ Presque onze ans plus tard et aprés tant d'avis élogieux, j'ai recommencé à lire Murena. Je reconnais que j'avais été pressé et pas exempt de préjugés lors de ma première lecture. Maintenant, je me suis surtout concentré sur le deuxième cycle et j'augmente ma note. Je n’ai pas encore terminé le troisiéme cycle… Le premier cycle, était centré sur Agrippine, et explorait essentiellement les mécanismes de la conquête du pouvoir. Le second déplace le regard vers les conséquences de ce pouvoir absolu. Après l’assassinat d’Agrippine, Néron n’est plus entravé par l’autorité maternelle ; sous l’influence de Poppée, il s’abandonne progressivement à la démesure, à la cruauté et à une forme de délire esthétique qui conduira à l’incendie de Rome. Cette évolution permet à Dufaux d’aborder des thèmes plus sombres : la corruption morale, la fascination pour la violence et la destruction de toute limite éthique. La principale réussite de ce deuxième cycle reside, je crois, dans l’approfondissement psychologique des personnages. Néron n’y apparaît plus seulement comme un tyran en devenir ; il devient un être complexe, partagé entre aspirations artistiques, pulsions destructrices et besoin obsessionnel d’admiration. Dufaux évite ainsi la caricature historique: on assiste à la transformation progressive d’un homme en monstre politique, sans jamais perdre de vue son humanité. Parallèlement, Lucius Murena acquiert une épaisseur dramatique nouvelle. Alors qu’il pouvait sembler parfois passif dans les premiers albums, il devient ici un acteur tragique confronté à des choix impossibles. Son rapport à Acté, à Néron et à la violence qui l’entoure nourrit une réflexion sur la responsabilité individuelle face à la barbarie du pouvoir. Il cesse d’être un simple témoin de l’Histoire pour en devenir l’une des victimes et l’un des instruments. Sur le plan graphique, Delaby progresse dans ce cycle en précision et en expressivité, en dynamisme du mouvement aussi. Les visages sont plus individualisés, les émotions plus lisibles, tandis que les décors urbains témoignent d’un impressionant travail de reconstitution historique. Plusieurs scènes de foule ou de catastrophe, notamment celles liées à l’incendie de Rome dans «Revanche des Cendres», sont remarquables par leur sens du spectacle. Toutefois, tout n’est pas exempt de limites. Je me demande dans quelle mesure Dufaux a privilégié l’effet dramatique au détriment de la vraisemblance historique. La dimension mélodramatique de certains épisodes, l’abondance de complots et de retournements peuvent parfois donner le sentiment d’une théâtralisation excessive. Néanmoins, Murena ne prétend pas d’être un traité d’histoire, mais une tragédie antique mise en images. Bref, le deuxième cycle me parait plus sombre, plus complexe et plus spectaculaire que le premier, il approfondit la réflexion sur les rapports entre pouvoir et folie tout en offrant certaines des plus belles pages de l’oeuvre.