Les derniers avis (40247 avis)

Par Ju
Note: 4/5
Couverture de la série Habemus Bastard
Habemus Bastard

C'est marrant, en relisant mon avis sur Tananarive, je vois que j'avais dit que je n'étais pas un énorme fan du dessin de Vallée. J'avais quand même mis que j'aimais beaucoup le fait que son style soit ultra reconnaissable. Or, maintenant, quand je vois une bd dessinée par Vallée, j'y vais quasi systématiquement. Déjà, je sais qu'il dessine souvent sur des scénarios des genres que j'affectionne, mais aussi pour le dessin. Je me suis attaché à ce style, et je trouve que l'auteur est un peu à l'apogée de son dessin. C'est propre, hyper maîtrisé, et on reconnaît comme toujours la patte. Bref, il fait partie des auteurs où, maintenant, quand je vois la bd, j'y vais forcément. Et je ne suis jamais déçu. Il faut dire que toutes les bds de Vallée sont à peu près du même genre, et se ressemblent un peu. Il n'est pas le scénariste (tiens, ici il est co scénariste quand même), mais j'ai bien l'impression qu'il choisit ses bds à dessiner sur les scénarios qui lui plaisent, à savoir les polars avec de l'humour, du sang et de la violence. Du coup, c'est pas tout le temps hyper original, et c'est le cas ici. Rien de bien extraordinaire à ce scénario, mais il a tout ce qu'il faut pour les amateurs du genre : une situation de départ drôle et loufoque, du suspense, de l'humour, ce qu'il faut de violence (pourrait y en avoir un peu plus que ça ne m'aurait pas dérangé). Évidemment il y a de grosses ficelles, évidemment c'est caricatural, mais c'est super bien fait, on ne s'ennuie pas et on s'amuse quand même beaucoup. Il faut dire qu'avec l'idée de départ, il y avait de quoi faire. Un petit truand qui se retrouve comme curé dans la campagne pour sauver sa peau, avec des bandits qui veulent le retrouver, un gendarme méfiant et des alliés de circonstance,ça donne un cocktail d'action et d'humour qui marche très bien. Je ne me suis pas ennuyé, je me suis bien marré, et j'ai beaucoup aimé le dessin. C'est une très bonne lecture plaisir pour moi !

17/07/2026 (modifier)
Par Ro
Note: 4/5
Couverture de la série Le Cercle de Providence
Le Cercle de Providence

Chouette, une libre adaptation de Lovecraft modernisée pour s'adapter à un récit destiné aux grands adolescents. Je valide complètement l'initiative lorsqu'elle est menée avec autant de soin et de respect. La série se compose de deux tomes. Le premier est une adaptation très libre de L'Appel de Cthulhu. L'action est transposée dans une Providence contemporaine, avec un récit plus condensé que la nouvelle et amputé de son final emblématique à R'lyeh. On suit ici une bande d'adolescents qui découvre l'existence d'un culte voué à Cthulhu et se retrouve confrontée à son principal adepte, un chef de secte qui manipule tout le monde dans l'ombre et n'hésite pas à tuer à la manière d'un serial killer. Les principaux éléments de la nouvelle sont bien présents, mais le récit est volontairement plus accessible, plus young adult et forcément un peu moins subtil. Mon principal regret concerne le Cthulhu final, qui manque clairement de prestance : il évoque davantage un petit Godzilla qu'un indicible Grand Ancien à l'intelligence et aux pouvoirs psychiques dépassant l'entendement. Malgré ces réserves, j'ai passé un bon moment. Le dessin est réussi, le rythme efficace et l'ensemble suffisamment accrocheur, à condition de ne pas chercher une adaptation trop fidèle de la nouvelle. Mais c'est surtout le second tome qui m'a convaincu. Cette fois, il ne s'agit plus d'adapter directement une œuvre de Lovecraft, mais de puiser dans le mythe du Roi en Jaune, créé par Robert W. Chambers puis intégré par la suite au Mythe de Cthulhu, pour raconter une histoire beaucoup plus élégante et plus proche, selon moi, de l'esprit des Grands Anciens. L'idée du parasite mental, esquissée dès la fin du premier volume, est vraiment bien exploitée et mise en scène. La menace incarnée par le Roi en Jaune est bien plus insidieuse, plus classe et plus inquiétante que celle du Cthulhu du premier tome. Le dessin reste très bon, les personnages sont attachants, l'intrigue est prenante et la conclusion fonctionne très bien. C'est donc une série très satisfaisante. Elle ne remplacera évidemment jamais les textes originaux, mais elle constitue une excellente porte d'entrée vers l'univers de Lovecraft et de ses héritiers. C'est agréable de voir des adaptations modernes qui parviennent à conserver l'esprit du Mythe tout en l'adaptant intelligemment à un lectorat adolescent.

17/07/2026 (modifier)
Couverture de la série MBS - L'Enfant terrible d'Arabie Saoudite
MBS - L'Enfant terrible d'Arabie Saoudite

Mohammed Ben Salmane, ou plutôt MBS, un acronyme qui désigne, mais surtout qui édulcore, qui rend plus présentable, plus sympathique, et carrément tendance, voilà comment semble vouloir être évoqué celui qui depuis un certain nombre d'années dirige, parfois dans l'ombre, mais toujours d'une main de fer l'Arabie saoudite. Ce documentaire nous livre pas mal d’informations sur le bonhomme. Pas toutes, car il cultive le secret (rien qu’à voir le black-out total autour de son épouse ou de sa mère !?). Et aussi parce que c’est quelqu’un de très dangereux, et j’imagine que ceux qui enquêtent sur lui doivent prendre quelques précautions, et ne doivent pas dépasser certaines limites. Il ne recule en tout cas devant rien pour ripoliner son image (dépensant des centaines de millions de dollars en lobbying, et sans doute autant pour museler ceux qui le gênent). Malgré ces limites, je trouve que cet album est suffisamment documenté pour se faire une idée de ce monsieur ; et, le moins que l’on puisse dire, c’est que ce type est hautement repoussant. Un enfant pourri gâté (à coup de milliards), entouré depuis son plus jeune âge de flagorneurs, n’ayant jamais eu aucune limite concernant l’argent, qui a su se faire une place dans la hiérarchie de la famille Saoud. Car l’album montre bien comment le pays est dirigé par une famille tentaculaire (des centaines de « princes »), au sein de laquelle les coups fourrés, les complots sont légion. Et c’est de ce panier de crabes qu’a émergé MBS, usant de tous les moyens pour arriver au sommet du pouvoir. Et, une fois au sommet, les méthodes ne changent pas. Là je retrouve des choses lues dans le Monde diplomatique. La séquestration de dizaines de hauts dirigeants et de membres de sa famille (retenus pendant des semaines, voire des mois pour certains) jusqu’à ce qu’ils « payent » une rançon, l’élimination barbare de Khashoggi (tué et découpé dans l’ambassade saoudienne en Turquie), le quasi kidnapping du premier ministre libanais pour le forcer à démissionner, les méthodes de MBS sont celles de la mafia, avec les moyens d’un pays très riche. Ce qui ne l’empêche pas de vouloir se faire reconnaitre comme fréquentable par le gotha international, à coup de communication, de plan pharaonique (sa ville dans le désert), d’achats d’œuvres ‘art hors de prix (voire de compétitions internationales…). Et l’autre point intéressant, c’est justement ces dirigeants politiques qui le fréquentent, qui l’absolvent cyniquement. On ne sera pas étonné de voir dans les premiers rangs Trump (pour qui le pognon à se faire avec son gendre en Arabie saoudite passe bien sûr avant tout), mais aussi Macron, clairement présenté ici comme une lavette ne pensant qu’à signer des contrats (pour enrichir quelques actionnaires), un paillasson sur lequel MBS s’essuie souvent… Il faut dire que cette hypocrisie dure depuis quelque temps avec ce pays. Depuis la fin de la seconde guerre mondiale pour les américains, le summum étant leur réaction aux attentats du 11 septembre 2001, perpétrés par al Qaïda dirigée par un riche saoudien, avec la moitié des terroristes saoudiens, alors que c’est l’Irak de Saddam Hussein qui en sera accusé (et jamais l’Arabie saoudite !). Bref un portrait bien documenté, sur un acteur important des relations internationale, un être repoussant se croyant tout permis. Un éclairage aussi sur ce et ceux qui lui permettent de se croire aussi puissant. Le dessin est lisible et dynamique. Je regrette juste que certains visages soient trop changeants (et pas toujours ressemblant pour certains personnages connus). Note réelle 3,5/5.

17/07/2026 (modifier)
Par Cleck
Note: 4/5
Couverture de la série The Painted crime
The Painted crime

Voici un bel hommage aux films noirs hollywoodiens des années 40-50 mêlant des figures scénaristiques connues des cinéphiles (une histoire de rédemption autour d'un privé désabusé, une intrigue impliquant mafia et milieux artistiques) à une mise en page réussie s'appuyant sur de très graphiques et détaillées illustrations en noir et blanc. La reprise des codes du genre perdure jusque dans l'usage conséquent de la voix off dont le cynisme des commentaires permet d'étonnamment fluidifier l'intrigue : accélérant quand nécessaire en accompagnant habilement les ellipses du scénario, apportant distance et point de vue quand se surajoutant à l'action ; des commentaires enrichissant naturellement abondamment la personnalité de l'anti-héros. Voilà donc un très bel exercice de style, ne s'affranchissant du pur hommage que dans sa proposition certes un peu maladroite d'initier une intrigue psychologique via les peintures dont notre détective est l'artiste ou via la scène du cauchemar. Cette proposition assez intéressante visuellement puisque proposant des formes et surtout des couleurs que le reste de l’œuvre écarte volontairement, est plus artificielle scénaristiquement, puisqu'elle ne fait qu'enfoncer le clou du traumatisme lié à la guerre (fort compréhensible par le lecteur sans qu'il y ait besoin d'insister), sans influer sur la résolution de l'enquête, contrairement à ce que laisse pourtant supposer le titre de la BD, tel un chausse-trape diaboliquement gratuit. Petit regret également concernant la résolution trop spectaculaire de l'intrigue, heureusement contrebalancée par une conclusion plus ironiquement désabusée. Un peu comme Le Serpent et le Coyote ou Neuf dans des genres différents, ce titre-ci fait preuve d'une grande habileté pour nous offrir une histoire limpide et très référencée, un hommage révérencieux sous la forme d'un exercice de style rondement mené, très agréable à parcourir.

17/07/2026 (modifier)
Par Ro
Note: 4/5
Couverture de la série La BD de l'Avent
La BD de l'Avent

La BD de l'Avent (deux tomes parus à ce jour) repose sur une idée originale et plutôt bonne : transformer un album de bande dessinée en calendrier de l'Avent. Chacune des 24 histoires de chaque tome est enfermée entre des pages de garde qu'il faut découper le jour correspondant pour la découvrir. L'idée de découper moi-même les pages d'un album hérisse mon âme de collectionneur, mais j'ai heureusement pu les lire déjà ouverts. Comme presque toujours avec les recueils collectifs, la qualité est inégale, mais le niveau moyen est bon, voire très bon. Certaines histoires m'ont davantage marqué, soit par leur humour, soit par leur émotion, soit simplement par la beauté de leur dessin. D'autres m'ont un peu moins convaincu et tombent davantage à plat, mais je n'en ai trouvé aucune qui soit mauvaise. Avec seulement quatre pages pour raconter une histoire, l'exercice est délicat et tous les auteurs ne peuvent pas faire mouche à chaque fois. Graphiquement, c'est une plutôt bonne réussite. J'ai surtout apprécié les styles proches de ceux de Nob ou de Dav, ainsi que plusieurs autres dessinateurs et dessinatrices qui semblent partager une sensibilité graphique assez voisine. Et puisque c'est la dernière que j'ai lue, je garde aussi fortement en mémoire la dernière histoire de l'album de 2025 qui mise entièrement sur la beauté de la magie de Noël et dont les planches sont magnifiques. Au-delà du plaisir de lecture, cet album m'a aussi fait réfléchir à l'évolution de notre manière de raconter Noël. Impossible pour moi de ne pas le comparer aux anciens Contes de Noël du journal Spirou publiés dans les années 1950 à 1970. À l'époque, la dimension chrétienne était omniprésente, avec la Nativité, la foi, le partage et une certaine forme de piété. Ici, elle a presque totalement disparu au profit d'histoires centrées sur le Père Noël, les cadeaux, la magie, mais aussi, plus ponctuellement, sur la nature, les traditions du monde ou des sensibilités plus contemporaines. Cela traduit une évolution culturelle intéressante : Noël est devenu beaucoup plus laïque et universel, parfois légèrement plus capitaliste il faut l'admettre, tout en intégrant aussi parfois des préoccupations actuelles autour de l'écologie, de la diversité des cultures ou d'une certaine spiritualité liée à la nature. Sans porter de jugement de valeur, j'ai trouvé intéressant d'observer ce glissement. Il raconte finalement autant l'évolution de notre société que celle de la bande dessinée jeunesse. Malgré mes réticences à voir un album BD se faire découper, cette idée de calendrier de l'Avent en BD est assez réussie. Le concept apporte un vrai plaisir de découverte, la qualité d'ensemble est au rendez-vous et la variété des auteurs permet de faire de belles découvertes graphiques. Une lecture qui ne révolutionne pas le format des histoires courtes, mais qui renouvelle intelligemment la manière de les déguster. Note : 3,5/5

17/07/2026 (modifier)
Couverture de la série Les 5 Terres
Les 5 Terres

Une des meilleures série lues actuellement, un univers extrêmement riche entre intrigue politique, histoires de cœur et trahisons, j'ai été envoutée dès le 1er tome ! Le cycle 1 est exceptionnel, les dessins somptueux, un régal !! J'ai eu plus de mal au début du cycle 2, j'ai moins aimé les personnages et puis finalement à partir du tome 9 je me suis complètement fait embarquer ! J'espère que nous aurons un cycle pour chacune des 5 terres... Cette série est un coup de cœur pour moi.

17/07/2026 (modifier)
Par cac
Note: 4/5
Couverture de la série Ours
Ours

C'est une gentille histoire pleine de bons sentiments, à hauteur de chien, et non d'ours, qui se trouve être un guide pour aveugle. Mais tout se grippe quand Ours, c'est le nom du toutou, perd la vue à son tour perdant tout sens à sa vie d'aidant. Il sera ensuite berné et éloigné de son maitre par d'autres animaux et va galérer à retrouver son foyer. C'est bien raconté, le dessin est très pop et coloré, il y a bien sûr un message sur le handicap etc. Plutôt pour jeune public mais ça peut plaire à tous.

15/07/2026 (modifier)
Par Miguelof
Note: 5/5
Couverture de la série Dracula (Bess)
Dracula (Bess)

C'est un album d'une beauté terrifiante, effrayante, hantée ! Je connaissais la carrière de Bess comme dessinateur dans plusieurs séries, mais je ne voyais pas cette phase arriver. J'ai lu le livre de Stoker il y a de nombreuses années, j'ai écrit un petit article à son sujet pour le journal des étudiants à l'université. J'adore le film de Coppola, que j'ai chez moi en DVD, mais je trouve que le travail de Bess dépasse tout ce que je pensais voir un jour en BD. C'est tout simplement somptueux ! Je le recommande vivement.

15/07/2026 (modifier)
Par Alix
Note: 4/5
Couverture de la série Minor arcana
Minor arcana

Je mets mon avis à jour suite à la lecture des 3 tomes parus en VO, et je laisse ma note à 4/5. Lemire nous ressert ses thèmes favoris : un bled paumé, une protagoniste torturée au passé chargé, et une bonne dose de fantastique, via la thématique de la lecture des cartes de tarot, élément central de l’histoire. Le premier tome ne fait que poser les bases, nous présente les personnages et lance l’intrigue… intrigue qui décolle vraiment dans les tomes 2 et 3. Elle devient passionnante et nébuleuse, avec de nombreux personnages secondaires et une organisation secrète dont les intentions restent mystérieuses. Pas grand-chose à dire sur le dessin, c’est du Lemire, j’adore. Je note qu’il se fait aider par Letizia Cardonici sur le tome 2, et que la cassure de style m’a un peu dérangé, surtout au niveau de la représentation des personnages. Je comprends qu’il s’agissait d’un mal nécessaire – il était trop accaparé par ses autres projets – mais je suis content de le voir prendre les pinceaux à plein temps sur le tome 3. Je vous ai mis une planche dessinée par Letizia Cadonici et mise en couleur par Patricio Delpeche dans la galerie, pour vous faire une idée. La série est a priori prévue en 5 tomes… vivement la suite !

22/01/2026 (MAJ le 15/07/2026) (modifier)
Par Présence
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Salade niçoise
Salade niçoise

La vie est donc seulement cela ? - Ce tome est une anthologie regroupant plusieurs histoires courtes réalisées pour le magazine Morning de l’éditeur japonais Kodansha. Son édition originale française date de 1999. Il a été réalisé par Edmond Baudoin pour le scénario et le dessin. Il comprend deux cent cinquante-six planches de bande dessinée en noir & blanc. Il débute avec une courte introduction de l’auteur dans laquelle il donne la recette de la vraie salade niçoise. La promenade des Anglais, trente-deux pages. Manu passe la soirée dans un boîte avec des potes. Une fille magnifique entre, et passe devant eux, accompagnée par plusieurs garçons, plus de gardes du corps qu’un président. Le regard de Manu se fixe elle et attrape son regard : elle ne semble pas le voir. Elle danse sur la piste avec plusieurs mecs, dont un qui la pelote ostensiblement. Manu s’en grille une, toujours assis. Elle embrasse un de ses partenaires. Les potes s’en vont, Manu reste et continue de la regarder. Elle embrasse un autre mec. Elle flirte avec plusieurs. Manu s’approche et lui demande s’il peut s’asseoir, elle lui répond par un unique Non, définitif. Plus tard, il la retrouve seule sur la plage. - La baie des Anges, trente-deux pages. Sur son petit bateau de pêche, Tony finit sa bouteille, et la jette vide à la mer. Il amarre son bateau et il se dirige vers son café habituel, le Wagram. Il y retrouve les habitués et le patron lui propose un petit blanc comme d’habitude. Il refuse et demande un verre d’eau. Un consommateur lui demande s’il est malade. Il répond que malade il ne sait pas, mais ce matin en mer il a été sauvé par de la poiscaille. Alors il boit à leur santé. Un autre le raille : jusqu’ici il voyait des éléphants roses, maintenant il voit des poissons rouges, rien de plus normal. Tony répond que c’étaient des dauphins et il raconte son histoire. Coco Beach, vingt-quatre pages. Paris en 1918, dans une petite salle de concert, la jeune Gloria interprète sa chanson fétiche. À la fin du gala, le guitariste la félicite et lui promet qu’elle sera une grande vedette, il en est sûr, une très grande. Gloria pense qu’elle veut être la plus grande. Elle aimait bien le guitariste, qui en plus lui faisait bien l’amour. Mais aimer qu’est-ce que ça veut dire ? Ainsi pensait Gloria. Après le guitariste, elle connut un pianiste célèbre qui lui conseilla de laisser pousser ses cheveux. Puis un imprésario qui ne croyait pas en son talent. Il la fit beaucoup travailler. New York en 1960, Gloria est au sommet. – Le port, trente-deux pages. Dans une salle de jeux mal éclairée, Yves vient encore de perdre la partie. Son adversaire lui dit qu’il semble qu’il a assez perdu ce soir. Il ajoute qu’il a des dettes, beaucoup. Yves répond qu’il peut dix mille tout de suite. L’autre lui répond qu’il doit vingt. Puis il accepte de lui faire crédit. Jusqu’à demain soir ici à neuf heures. La partie reprend et Yves perd encore. Il finit par quitter la table et sortir. Il va se promener sur le port de nuit, pour mater les bateaux. Il croise Manu en train de rêvasser. Yves lui confie qu’il y a deux minutes il voulait piquer un bateau pour se barrer très loin d’ici. Un recueil de nouvelles d’Edmond Baudoin, produites dans le cadre d’une collaboration avec l’éditeur japonais Kodansha. L’auteur s’était rendu au Japon avec d’autres bédéastes français et y avait effectué un court séjour, à la suite duquel il a réalisé trois livres pour ce public, dont deux qui ont été adaptés et publiés en français, d’abord Le voyage en 1996, puis celui-ci. Dns l’introduction, l’auteur effectue une analogie avec la salade niçoise qui lui donne son titre : au Japon on ne connaît pas la ville de Nice, mais on connaît la salade. Il ajoute dans la recette que rien n’est cuit dans cette salade à part l’œuf. Alors il n’est peut-être pas possible d’interpréter cette métaphore de manière complète, en particulier de déterminer ce qui s’apparente à l’œuf dans ces histoires, en revanche il est possible de ressentir la crudité de certains de ses ingrédients. Baudoin n’a en rien adapté sa façon de dessiner pour la publication en manga. En effet, il situe chacune de ses histoires à Nice en totalité, sauf pour la seconde (Coco Beach) où l’histoire du personnage principal commence à Paris et passe par New York. Chaque histoire se suffit à elle-même avec à chaque fois une conclusion en bonne et due forme (sauf peut-être pour Quartiers Nord), souvent une forme de chute teintée de justice poétique, pas forcément morale. L’auteur intègre à chaque histoire le personnage fictif de Manu, soit en personnage principal, soit en témoin ou catalyseur, qui évoque Edmond par certains côtés, mais qui n’est pas lui. Le lecteur peut partir avec l’a priori que le bédéaste ait aménagé sa narration visuelle pour l’adapter au support de publication japonais : cela ne lui saute pas aux yeux, ni en feuilletant rapidement au préalable, ni à la lecture. Après coup, il déclarera que : à l’issue de cette collaboration il a su travailler plus rapidement et mettre moins de texte, pour exprimer les émotions des personnages davantage avec le dessin. Un lecteur familier des œuvres précédents de l’auteur pourra éventuellement apprécier cette diminution des récitatifs. Toujours est-il qu’il retrouve cette attention portée aux êtres humains, cette empathie et cette bienveillance, à une exception près, et ces dessins aux formes si caractéristiques. Il retrouve ces dessins réalisés au pinceau avec des traits sciemment irréguliers pour qu’ils expriment plus de nuances et d’inattendu y compris pour l’artiste lui-même. Il remarque quelques éléments réalisés à la plume, en particulier ce couple d’extraterrestres, et quelques autres éléments. Un petit temps d’adaptation peut s’avérer nécessaire au lecteur de passage : le dessinateur marie une approche descriptive avec une approche expressionniste pour les personnages, un choix artistique qu’il développe depuis le début de sa carrière. Au fil de ces neuf nouvelles, il crée des êtres humains mémorables, plus vrais que nature, ou en tout cas expressifs à la première image : une jeune femme gracile et peut-être allumeuse ou facile, un pêcheur buriné par plusieurs décennies de sorties en mer, une vieille femme désabusée et fatiguée de vivre, un garçon innocent et une fillette délurée, une femme dont la beauté semble sortir d’un tableau d’Amedeo Modigliani (1884-1920), un homme d’une violence à la cruauté insoutenable, un bassiste de jazz sur le retour, une très belle jeune femme énigmatique. En filigrane, le lecteur perçoit différents endroits de Nice : l’auteur ne propose pas une balade touristique dans les lieux les plus connus de la ville. Il met en scène des personnages dans des endroits qu’il semble de toute évidence avoir fréquentés, qu’ils habitent de manière naturelle et organique. La promenade des Anglais, différentes plages dont celle des Ponchettes, le port de pêche, des petits immeubles dans des quartiers populaires, le jardin d’une belle demeure abandonnée, le port de plaisance, les quartiers Nord, le café Le Wagram. Pour d’autres lieux, il en restitue plutôt l’ambiance que des éléments concrets d’aménagement, de décoration ou de disposition spatiale. Par exemple la séparation entre les danseurs et les observateurs dans la boîte de nuit, l’exiguïté du club de jazz, les personnes entre les tables du café Le Wagram… Et l’horreur sans nom de la cave d’une HLM des quartiers Nord. Il joue admirablement bien de la densité des aplats de noir aux formes torturées : un grand écart entre la petite pièce de la partie de cartes envahie de noir, et la luminosité pleine de blancs de la plage en journée ou du jardin de la maison abandonnée sous le soleil. Il combine avec un don quasi surnaturel la direction d’acteurs et les prises de vue pour conserver les distances sociales admises de proxémie, ou au contraire les tasser dans la sphère dans la sphère personnelle ou la sphère intime pour des moments amoureux ou au contraire d’une violence insoutenable. D’aimables nouvelles évoquant des thèmes personnels et intimes tels que l’attirance de Manu pour une femme et une autre, et encore une autre : le lecteur reconnaît bien là l’une des facettes de la personnalité de l’auteur, et un thème présent dans la quasi-intégralité de ses œuvres. Le questionnement sur le temps qui passe et l’état d’esprit des personnes âgées, même une qui a aussi bien vécue que Gloria avec sa carrière internationale couronnée de succès. L’émerveillement de l’enfance et la capacité du garçon à s’inventer des mondes, avec l’innocence très crue de la fillette qui sait comment faire pour qu’un zizi devienne dur. La fascination pour un artiste réputé : Baudoin avait déjà évoqué son admiration pour les créations d’Alberto Giacometti (1901-1966) dans La Diagonale des jours (1992) avec Tanguy Dohollau, et il consacrera une bande dessinée à Dali par Baudoin en 2012, ici il évoque son amour pour les femmes représentées par Modigliani. Il met en scène la tentation d’en finir avec la vie, que ce soit une question d’âge avancé, ou de vie bouchée, avec tact, et toujours la même conviction : il y a toujours d’autres expériences à vivre. Des nouvelles horribles. Comme d’habitude avec cet auteur, le lecteur ressent pleinement les états d’esprit et les émotions des personnages, une expérience d’empathie d’une justesse peu commune. Il s’en trouve donc d’autant plus estomaqué lorsque la violence, la cruauté et l’absence d’empathie aboutissent à un comportement monstrueux, faisant suffoquer le lecteur par son intensité et son abjection. Dans la nouvelle Le port, un homme se retrouve dans une situation intenable et se fait agresser au couteau… et il riposte avec une sauvagerie inouïe. Le lecteur comprend très bien sa réaction, les coups de pinceaux se font rageurs pour exprimer toute la violence de l’émotion, tout en laissant voir un ou deux détails grotesques et morbides : une épreuve visuelle douloureuse. La septième nouvelle comporte un viol en réunion d’une brutalité insoutenable, la violence inhumaine étant à nouveau exprimée dans des coups de pinceaux rageurs, des visages déformés, un agresseur que son absence d’empathie rend littéralement monstrueux. Une horreur totale. Le lecteur sent que l’auteur a tenté l’expérience de ressentir la rage immonde qui peut saisir un individu se livrant à un tel acte, et qu’il s’est dégouté de lui-même en le faisant, tellement sa personnalité lui crie que c’est contre nature. Une souffrance indicible, rendue plus cruelle par la forme de dissociation vécue par la victime. Terrifiant et traumatisant. Un recueil de neuf nouvelles réalisées pour un magazine japonais et retravaillées pour une publication française. Edmond Baudoin laisse de côté l’autofiction, du moins en apparence, pour mettre en scène un personnage fictif appelé Manu évoluant à Nice. Sa virtuosité graphique s’exprime dans toute sa plénitude, à la fois dans le souffle de vie qui anime chaque personnage, à la fois dans l’évocation de Nice en arrière-plan dans chaque récit, et dans les émotions, les relations, les ressentis. Il est possible que le lecteur ait du mal à soutenir les deux nouvelles dans lesquelles s’exprime une violence atroce, alors que l’auteur effectue un effort impensable pour essayer de comprendre un être humain accomplissant un tel acte, malheureusement récurrent dans la société. Sincère et honnête. Formidable et effrayant.

15/07/2026 (modifier)