A qui profite l'exil ? - Le Business des frontières fermées

Note: 3.75/5
(3.75/5 pour 4 avis)

En adoptant une vision humaine ou globale, Taina Tervonen (Les Otages, chez Marchialy) et Jeff Pourquié, brossent avec précision et empathie le tableau du business de l'exil, en coédition avec La Revue Dessinée.


Documentaires Réfugiés et Immigration clandestine

Qui profite des moyens engagés en faveur de la fermeture des frontières ? Que se passe-t'il quand on retrouve des corps sur les plages ? Sait-on que les frontières de l'Europe se sont délocalisées au Sahara ? Qui sont les sans-papiers qui font fonctionner l'économie ? Trafiquants, industriels de la défense, employeurs européens profitent de ce système sans se préoccuper des 40 000 morts et disparus.

Scénario
Dessin
Editeur
Genre / Public / Type
Date de parution 29 Mars 2023
Statut histoire One shot 1 tome paru

Couverture de la série A qui profite l'exil ? - Le Business des frontières fermées © Delcourt/La Revue Dessinée 2023
Les notes
Note: 3.75/5
(3.75/5 pour 4 avis)
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04/05/2023 | PAco
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Par gruizzli
Note: 4/5
L'avatar du posteur gruizzli

Une BD documentaire très bien faite, qui pose une question en couverture et y répond à la fin avec une réponse qui ne va pas plaire à tout le monde ... Mais qui a le mérite de remettre l'église au centre du village sur la question épineuse et souvent débattue de l'immigration. Il est rigolo de voir que le sujet de l'immigration, de l'immigré, revient sans cesse dans nos débats publics avec en permanence le même bout de la lorgnette : la violence (qu'ils exercent, qu'on exerce) et la répression. Mais en s'intéressant à eux en tant qu'humain, on découvre bien des choses. La BD commence en Europe, dévoilant la politique sécuritaire européenne qui nous coûte des millions pour permettre à ces gens de risquer leur vie en tentant de rentrer, tandis que nous fermons de plus en plus les frontières. Après ce tour d'horizon, la BD passe en Afrique où nous découvrons les migrants, ces fameuses personnes qui tentent le passage vers l'Europe. Les noms, les visages, les vies... Tout devient tout à coup tangible, ce ne sont plus "des migrants", masse informes de gens venus nous envahir, mais des humains qui ont un vécu, une vie. Et leurs histoires sont autant de façons de vivre la misère, l'espoir, les malheurs. Les trajets longs, coûteux, les morts, les disparus, les viols, tout ceux qui ne reviendront pas ... Et à la fin, on change à nouveau : direction le Sénégal. Ici, c'est un aperçu du "Pourquoi ?" qui sera présenté. Non exhaustif, mais néanmoins très représentatif, il symbolise ce que ces personnes fuient. Et ce qui les fait fuir est le même monstre qui les empêchera de passer : le capitalisme. Celui qui aime la main-d’œuvre corvéable à merci pour des salaires de misères. Celui qui fait tourner une industrie de l'armement en temps de paix, parce que le business n'attend pas. Celui qui va vider les eaux des pêcheurs du Sénégal avec des traités ratifiés par des élites corrompus, qui affameront les locaux et les pousseront à partir. Cette partie est pleine d'espoir, sur des gens qui s'organisent, des personnes qui veulent changer les choses. Mais elle met surtout en lumière ce que c'est, l'immigration : la résultante de nos politiques, que nous votons et maintenons en consommant, en ne luttant pas et en restant passif. La BD se conclut sur un ensemble de portraits de la réalité des migrants en France aujourd'hui. Des parcours de vie divers, depuis l'Afrique jusqu'aux pays de l'Est, chacun venu sans papiers et parfois régularisé, parfois non. Travaillant dans la pénibilité et le déni du droit du travail, pour des salaires de misère et souvent en danger, exploité dans leurs horaires, ils se taisent car "non-légaux". Mais toujours aussi humain, non ? Cette BD n'est pas un manuel de solution mais de réponse. Pourquoi viennent-ils ? Pourquoi l'Europe ? Comment peuvent-ils risquer leurs vies ainsi ? La réponse fait mal : regardons-nous dans un miroir. Nous voulons leur poissons pas cher, et leurs métaux précieux pour nos téléphones. Nous voulons de la main-d’œuvre dans nos pays vieillissant. Nous soutenons ces politiques en votant pour des partis, en restant dans l'instrumentalisation de la peur, celle de l'autre, l'immigré, le voleur, le dangereux. Nous nous coupons d'une humanité, nous pillons le monde avec nos entreprises, nous les soutenons par nos supermarchés, et nous votons pour qu'ils continuent. Le problème, c'est le capitalisme. Et si nous le soutenons, en définitive, le problème c'est nous.

19/02/2025 (modifier)
L'avatar du posteur Noirdésir

Sur un sujet sensible, on a là un très bon reportage, qui traite un sujet qui fait de façon épisodique la une de l’actualité, souvent présenté comme une fatalité. Les causes sont généralement évacuées, de façon scandaleuse (peu de médias prennent le temps de développer le contexte international dans lequel l’actualité prend place). Ici, comme le titre l’indique, il ne s’agit pas seulement de présenter les migrants et leurs aspirations (ils ne sont pas oubliés, et il y a ici de nombreux portraits de « candidats à l’exil »), mais aussi et surtout de mettre en lumière d’autres rouages de ce dossier. Expliquer que la pêche industrielle des navires usines – européens entre autres – est à la fois du pillage, souvent illégal (pudiquement, on ne parle pas ici de piraterie !), mais aussi la cause de l’appauvrissement des pêcheurs sénégalais, qui ne voient souvent comme solution que l’exil, aussi coûteux et risqué soit-il. Mais surtout le reportage montre bien que le contrôle des frontières est sous-traité à des pays, à la fois pauvres et peu démocratiques (loin des yeux des médias occidentaux). Il montre aussi que ce contrôle génère d’énormes investissements, qui entrainent d’énormes profit pour les sociétés spécialisées. Gérer l’exil des miséreux rapporte, c’est un business comme les autres. La lecture est aérée, agréable et instructive, le dessin est simple et fluide (la colorisation ne m’a pas toujours convaincu, mais c’est ici un point de détail). Un documentaire à lire. Note réelle 3,5/5.

27/05/2024 (modifier)
Par Canarde
Note: 3/5
L'avatar du posteur Canarde

Instructif . J'avais lu un bout de la BD dans la revue dessinée, et cela m'avait paru un peu univoque. Ici l'intérêt est de prendre le problème par tous les bouts, en essayant de rencontrer tous les intervenants, ceux qui sont partis, ce qui sont revenus, ceux qui ont vu partir les autres, ceux qui surveillent les frontières, ceux qui sont payés pour revenir, etc... Et le constat c'est que le capitalisme est une pompe à désir indésamorçable. Augmenter la quantité de monnaie sur la planète et inonder le monde de nos images, c'est créer cette immigration et étendre les marchés des entreprises obèses... Rien de nouveau, mais l'étude est étayée, on pourrait peut-être ajouter encore quelques intervenants pour être complets, et je suppose que d'autres tomes sont en cours...quoi faire d'autre, si on est journaliste ?

08/11/2023 (modifier)
Par PAco
Note: 4/5
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"L'immigration", "la crise des migrants", "le grand remplacement"... S'il est bien un sujet qui transpire quotidiennement de nos politiques en poste, c'est bien celui-ci. Pourtant, est-on au fait de ce qui et de qui se cache derrière ces grands/gros mots et autres concepts relatifs à l'exil souvent forcés de ces personnes ? Certains s'en moquent, d'autres pensent savoir ; cet album est l'occasion de balayer un certains nombre d'idées préconçues et de mettre aussi en exergue certains points méconnus ; il remet aussi en perspective les motivations de ces migrants en expliquant les causes souvent occidentales, mais pas que, de ces exils. Enfin, c'est aussi toute l'économie et l'exploitation qui découle de ces déplacements de population et sur lesquels on ferme les yeux qui nous est expliqué. Moi qui pensait être correctement informé sur le sujet, j'avoue avoir appris beaucoup de choses grâce à cet album. Le travail de documentation de Taina Tervonen est remarquable, et le format BD se prête bien à l'exercice. Jeff Pourquié qui semble apprécier le sujet pour avoir participé au collectif Immigrants chez Futuro en 2010, nous propose un trait réaliste un peu charbonneux merveilleusement mis en valeur par sa colorisation ; il illustre parfaitement l'enquête approfondie en la rendant vivante, en la ramenant à des parcours de vies. Un brin d'humanité dans ce monde de chiffres et de profit, ça fait plus que du bien ! Voilà donc un album très bien conçu qui lève le voile sur pas mal de points concernant l'exil et l'immigration, tout en nous interrogeant sur la liberté de circulation des personnes.

04/05/2023 (modifier)