Shenzhen

Carnet de bord d'un occidental en Chine Populaire pendant les 3 mois d'une mission.
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Guy Delisle débarque à Shenzhen (entre Canton et Hong Kong) pour superviser le boulot d'animateurs locaux dans le domaine du dessin animé. Delisle va passer trois mois seul, sans parvenir à se faire un ami dans cette ville froide, grise, et sale. Toutefois, il va faire des rencontres, il va s'étonner des coutumes et des habitudes, et nous livre tout cela dans un condensé de réflexions et de remarques. Sous la forme d'un journal de bord, il relate ses aventures à Shenzhen et son quotidien.
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Date de parution | Mars 2000 |
Statut histoire | One shot 1 tome paru |
Les avis


En lisant cette BD j'ai vite vu qu'elle ne me satisferait pas franchement. En effet, il y a deux problématiques que j'ai repéré presque d'entrée de jeux, et qui ne sont pas imputables à la BD en tant que telle. La première est son âge, respectable, de 25 ans maintenant, l'histoire se déroulant même en 1997 (le Moyen-Âge quoi...). Le deuxième est la forme, qui loin du documentaire est en fait clairement un témoignage. Si je dis que ces défauts ne sont pas imputables à la BD, c'est parce que je suis sûr et certain qu'ils sont juste la façon dont moi je la réceptionne. En fait, tout au long de ma lecture j'ai vu les deux défauts comme assez difficile à surmonter. Le fait que Guy Delisle se limite clairement à son témoignage empêche la BD d'avoir une portée large. On apprend que peu de choses sur la Chine, sur Shenzhen aussi. De même, le quotidien des chinois ou leur pensées n'apparait presque jamais (à raison, comme l'explique l'auteur). Bref, c'est vraiment limité et son enfermement entre l'absence de langage et la ville contribue à limiter la portée de son témoignage. D'autre part le récit est aujourd'hui ancien, et je me demande ce qu'il en est 28 ans plus tard. La Chine semble avoir changé, autant politiquement que socialement, et je me demande ce qu'il reste de ce monde qu'a découvert l'auteur. Mais ça, encore une fois, ne rend pas la BD moins bonne. Au moment où elle sortait, elle s'inscrivait pleinement dans son époque ! Si je digresse sur ces deux défauts majeurs d'entrée de jeu et que j'accorde tout de même cette note, c'est parce qu'au final, une fois passé ces détails, la BD reste très bonne et je comprends qu'elle ait autant plu à son époque. Le témoignage est rythmé, souvent drôle, parfois dingue. Guy Delisle parle de son vécu dans lequel un européen peut rapidement se plonger. D'autre part, son décalage et son absence de contact clair permettent de mesurer l'ampleur de la différence culturelle. Son dessin s'accorde plutôt bien avec le genre, précis et clair, avec ce qu'il faut de détails pour ressentir les décors et environnements. Une lecture fluide, amusante et franchement pas déplaisante. En somme, une BD documentaire classique, qui a sans doute bien marqué dans les années 2000 lorsqu'elle sortie. Aujourd'hui, en la relisant, je regrette que la BD ne soit qu'un témoignage sans grand plus : pas d'explication sur la ville de Shenzhen - historique, sociale, culturel, politique -, pas de commentaire sur les chinois (langue, culture ...) ni de décryptage des relations qu'ils ont avec les occidentaux. En somme, pas de travail de recherche au-delà de la simple vie de l'auteur. Ce manque fait que la BD me semble aujourd'hui avoir mal vieilli par rapport à d'autres documentaires. Il manque la base factuelle, les informations, le gras qui transforme un simple carnet de voyage daté en BD marquante. En tout cas c'est ce que j'ai ressenti en la lisant en 2025 !


Un carnet de voyage bien particulier dans lequel on suit Delisle en Chine, dans une ville en plein développement, mais qui reste loin des grandes métropoles comme Pékin ou Shanghai. Premiere oeuvre du genre qui deviendra familier chez lui, ce qui est intéressant ici comme dans Pyongyang c’est l’isolement de Delisle dans un environnement où la barrière de la langue et de la culture est omniprésente. Il observe tout avec une certaine distance, souvent ironique, sans jamais sombrer dans la caricature facile. Ce que j’aime dans Shenzhen, c’est que Delisle ne cherche pas à embellir son expérience. On ressent bien l’ennui qui l’accompagne, ses journées monotones dans un pays où il ne comprend presque rien et où les contacts humains restent limités. Ça donne un côté très authentique à son récit. Il ne fait pas semblant d’être fasciné ou ébloui par la culture locale, et c’est cette honnêteté qui rend le tout intéressant. Graphiquement, Delisle est dans son style habituel, simple et direct. Il parvient à capter l’essentiel des ambiances, que ce soit dans les rues grises et anonymes de Shenzhen ou dans les interactions plus intimes qu’il réussit parfois à avoir avec les locaux. L’humour est là, mais souvent discret, presque mélancolique. C’est un humour de décalage, un regard un peu désabusé sur son quotidien et sur ses propres limites face à l’immensité de la culture chinoise. Et même si l’album peut sembler lent ou répétitif par moments, c’est justement cette lenteur qui donne toute sa saveur à l’expérience. Un regard sincère, parfois un peu perdu, mais toujours curieux, sur une Chine en pleine transformation. Ce n’est pas un récit d’aventures ou un voyage exaltant, mais c’est une exploration intérieure tout aussi captivante, un livre que j’ai apprécié pour sa simplicité et son ton détaché, presque contemplatif.


Première bd de Delisle dans laquelle il nous raconte sa vie à l’étranger, Shenzhen est la première d’une série qui fera le succès de Delisle. Et dès cette première, tout y est. Le regard si particulier de Delisle est déjà présent, sa façon de relater les événements, de relever les particularités du pays et de ses habitants, bref, la patte qui fait que j’adore ces bandes dessinées est là. De tous les endroits où il est allé, il s’agit peut être de l'expérience ou il se passe le moins de choses (Delisle parle d’ailleurs dans ses bandes dessinées suivantes à plusieurs reprises de ces longues heures où il s’ennuyait en Chine). Mais c’est aussi sa première bd où il parle de ça, et il y a beaucoup de fraîcheur dans son propos. On sent une vraie envie de découvrir le pays et la culture, plus que, par exemple, dans “Les Chroniques Birmanes”. En outre, j’aime beaucoup quand il parle de son métier et des difficultés qu’il a à communiquer et à faire faire ce qu’il veut. L’animation est un milieu que je ne connais pas et c’est intéressant de le voir l’expliquer à d’autres personnes et, par la même occasion, à nous. J’adore vraiment la façon qu’il a de raconter le quotidien, et de rendre intéressant des passages où il relate l’ennui du personnage principal (lui en l’occurence, mais on retrouve la même chose dans “S’Enfuir”). C’est perturbant de trouver passionnant l’ennui d’un personnage, mais Delisle y arrive toujours très bien, soit en prenant la chose avec humour, soit en explicitant précisément pourquoi le personnage s’ennuie, ce qui fait que ça reste agréable à suivre pour le lecteur. Je terminerai en disant que c’est la première bd de Delisle que j’ai lue et, quand cela a été le cas, même si j’ai trouvé qu’il était un peu daté, je n’avais pas grand chose à reprocher au dessin qui colle bien à l’aspect documentaire et était même, parfois, assez drôle. Maintenant, il faut bien avouer que quand j’ai rouvert la bd pour écrire cet avis, j’ai constaté qu’il y avait eu pas mal d’amélioration dans le trait de Delisle, qui est plus mature et mieux maitrisé. Donc si vous avez déjà lu certaines de ses bds et que vous voulez lire “Shenzhen”, il y a de fortes chances pour que le dessin, au début, vous rebute un peu. Mais ne vous y arrêtez pas, cette lecture vaut vraiment le coup.


Guy Delisle nous livre ici un témoignage un peu décalé sur son expérience en Chine, il y a une vingtaine d’années. C’était l’époque où le pays s’ouvrait économiquement (on attend toujours qu’il le fasse autant politiquement !), avec en particulier certaines « zones franches » comme celle de Shenzen donc. J’ai bien aimé ce témoignage, qui mêle des remarques et des réflexions anodines à des traits d’humour plus ou moins pince sans rire. Le running gag du portier de l’hôtel, qui tente de faire illusion avec sa bouillie d’anglais, est assez poilant. Ni reportage journalistique, ni enquête à charge, c’est un récit très personnel et intéressant, où l’on découvre le poids des incompréhensions, et les contradictions d’une société en pleine mutation. Le dessin, assez gras, faussement brouillon, est assez en phase avec les propos (un mélange de légèreté et d’épaisseur). Un album à redécouvrir, avant de poursuivre avec les autres récits similaires de Delisle. Note réelle 3,5/5.


« Shenzhen » a été réalisé trois ans avant Pyongyang, et ça se voit. Le style est moins affirmé ici, et même au fil des pages, on constate une évolution de manière assez frappante, les dernières pages se rapprochant plus de sa chronique en Corée du Nord. On est dans le minimalisme, ce qui ne doit pas vouloir dire « absence de style ». Plusieurs cases dans la première partie font presque amateur, avec un crayonné bâclé et même franchement laid. Heureusement, Delisle compense ce défaut par l’humour et la pertinence du cadrage et de la mise en page. Pour le reste, c’est plutôt sympathique, certains pourront trouver cela trop anecdotique et sans intérêt par rapport à un pays où la démocratie est encore largement absente, mais je trouve pour ma part que c’est une façon originale de décrire un pays d’une culture très éloignée de la nôtre, pour nous autres Occidentaux, en racontant son quotidien en tant que visiteur étranger et « candide ». On peut reprocher la subjectivité de la démarche, certes, mais cela permet au moins à l’auteur d’échapper aux risques d’erreurs inhérents à l’approche documentaire. Ce dernier l’a fait sans prétention, avec sincérité, sans chercher à enjoliver ni dénigrer, ce qui rend l’ouvrage d’autant plus attachant. Certes, cela n’incite guère à visiter à Shenzhen, mais Delisle l’avoue lui-même vers la fin, il aurait préféré passer ses quelques mois à Canton, une ville apparemment plus accueillante qu’il eut le loisir de découvrir le temps d’un week-end.


Un cran en dessous de Pyongyang et surtout de Chroniques de Jérusalem, qui reste pour moi le meilleur album de Delisle que j'ai lu. L'histoire est un peu plus brouillonne dans sa chronologie, dans son dessin aussi, avec un trait plus gras. J'ai préféré la ligne très claire employée dans les deux autres tomes sus-cités. J'ai trouvé les anecdotes un peu moins croustillantes aussi. En fait, j'en voulais plus. Je pense que l'auteur n'y peut rien, il a raconté ce qu'il avait à dire à propos de son séjour assez court à Shenzhen. De ce côté là, le volume du livre est trompeur, car les pages, sur un beau papier à grains, sont très épaisses. J'aimerais voir ce que donne le même travail à partir d'un séjour dans la Chine de maintenant, car je suppose que ça a déjà du énormément changer avec la croissance économique. Un bon moment, mais pas inoubliable par rapport à l'aventure Israëlienne. (161)


Voilà un bon titre de Guy Delisle qui nous raconte ses expériences en Chine dans une entreprise produisant des dessins animés. C'est vivant, c'est souvent drôle le petit regard que possède l'auteur sur cette société encore assez fermée et sous la coupe du régime communiste. Et pourtant on sent aussi sa solitude dans ce pays où il est difficile de nouer des relations, déjà par la barrière de la langue. L'auteur trouve parfois le temps long, il essaie de s'évader le week-end en dehors d'une ville grise et sans attrait. Bref un bon titre à l'Association dans le genre carnet de route où l'on reconnaît de temps en temps des situations et des sensations qu'on a soi-même vécues pour ceux qui ont pu voyager un peu.


Instructif, amusant, vivant, bien pensé, ce récit m’a séduit du début à la fin. Bon, j’ai bien senti une baisse de régime aux deux tiers mais le début est tellement exceptionnel que la fin n’en paraît plus « que » bonne. Comment décrire ce documentaire à la première personne et surtout son impact sur moi ? Disons que parfois, autour d’un repas, vous tombez sur une personne qui a l’art de vous raconter une anecdote avec clarté, humour et expressivité. Ce soir-là, vous passez une très bonne soirée. Ce bouquin, c’est du pareil au même… sauf qu’il dure plus longtemps (mais pas trop quand même car vous aurez sans doute, comme moi, une furieuse envie de ne pas l’abandonner en cours de route). Je l’ai lu. J’ai souri. J’ai ri. J’ai appris. J’ai partagé ce voyage avec son auteur. Une remarquable réussite !

3.5/5 J'ai toujours adoré les BDs racontant les voyages de Guy Delisle dans les pays asiatiques (j’avais adoré Chroniques Birmanes et Pyongyang que j'ai vraiment envie de relire). J'ai trouvé "Shenzhen" (première des trois citées) tout en restant plaisante, légèrement moins intéressante. La raison est que, contrairement aux deux autres, "Shenzhen" n'aborde que très peu l'aspect géopolitique du pays. C'est vraiment ce qui me plaisait d’habitude, j'apprenais des choses sur les dictatures (communistes) asiatiques. Il reste l'aspect culturel qui est intéressant, il est vrai, car l'album se lit très bien. Dans Chroniques Birmanes il y avait aussi des pages 'récréations' où l'on voyait Guy Delisle avec son fils, ce qui rendait la lecture très fluide (même si "Shenzhen" est moins gros). Le dessin de Guy Delisle est toujours aussi simple, efficace et très lisible, mais il utilise une colorisation (de gris) qui fait "sale et baveuse" et qui évoluera au fil des pages (et qu’il abandonnera par la suite). Une lecture très intéressante, mais un peu moins que les œuvres qui suivront.


C'est hilarant !!! Et quel tour de force. Raconter une expérience d'expatrié où il ne se passe rien. Pas de culture, pas de partage, pas d'amour, pas de communication à Shenzhen, juste du business, des dollars, de la production bas coût. C'est typiquement le genre de séjour solitaire horrible, déprimant, qui nous bouffe et nous étouffe... Puis quand on en revient, on goute à toute l'ironie de l'aventure, du gouffre culturel, social, historique, économique que l'on vient de traverser. Tous ceux qui ont séjourné dans ces milieux industriels du sud est asiatique doivent retrouver beaucoup de leurs grands moments de solitude.
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