Le nirvana est ici

Note: 4/5
(4/5 pour 2 avis)

ÇA COGNE ! En ce début d’été berlinois où la lumière éblouissante se double d’une chaleur torride, Dennis et Tâm font une découverte inquiétante.


Auteurs allemands Les coups de coeur des internautes

Le frère et la soeur trouvent, dans un buisson de leur quartier endormi de Lichtenberg, à l’est de Berlin, un doigt sectionné. Au cours de leurs recherches, ils recroisent la mystérieuse « fille du parking », une certaine Hoa Binh, rencontrée furtivement sur un marché en Pologne et à présent en fuite. Que fait-elle désormais à Berlin ? Et à qui tente-t-elle d’échapper ? Sans se douter qu’elle s’engage dans une course-poursuite qui pourrait être fatale, Tâm décide de l’aider.

Scénario
Dessin
Traduction
Editeur
Genre / Public / Type
Date de parution 10 Janvier 2025
Statut histoire One shot 1 tome paru

Couverture de la série Le nirvana est ici © Seuil 2025
Les notes
Note: 4/5
(4/5 pour 2 avis)
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29/01/2025 | grogro
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Par Blue boy
Note: 4/5 Coups de coeur du moment
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D’emblée, l’histoire démarre comme un thriller dont la tension ne se relâchera guère jusqu’à la fin. Mais ce qui renforce l’intérêt du livre, c’est la poésie et l’humour qui sont les autres ingrédients de ce récit très dynamique, abordant des thématiques sociales et sociétales très contemporaines, très universelles aussi, dans l’Allemagne des années 2020. A commencer par la question de l’immigration « clandestine », qui transforme les humains en marchandise, pris entre l’enclume des réseaux de passeurs ou de prostitution et le marteau des lois du pays de destination, de moins en moins accueillants. La narration est centrée sur cette adolescente, Tâm, dont les parents vietnamiens (qui ont évidemment pour patronyme Nguyen – prononcez « Nuit-hyène » !) sont arrivés dans cette banlieue de Berlin après avoir fui le communisme dans les années 70. Dotée d’une personnalité bien trempée, celle-ci va s’enticher de la jeune Hoa Binh, débarquant elle aussi du Viet-Nam mais recrutée sur place par des maquereaux professionnels, qui avait pour but de la faire « travailler » en Occident… Après avoir réussi à fuir, Hoa Binh va devoir se cacher pour échapper à ses poursuivants, et sa chance sera de croiser la route de Tâm, qui se fera un devoir de la protéger, découvrant par la même occasion son attirance pour la jeune fille… Et c’est un autre point fort de l’album, une galerie de personnages très bien campés, parfois hauts en couleur, dont les routes vont se croiser à la faveur des événements. En contrepoint de Tâm, il y a Alex, le garçonnet blondinet et solitaire qui a pour marotte de faire voler son drone au milieu des barres hlm de son quartier. Celui-ci se réfugie souvent chez sa vieille copine Hella, une ancienne actrice forte en gueule qui survit dans sa cabane de jardin à l’aide de sa maigre retraite. Et puis il y a aussi Dennis, le frère aîné de Tâm, amateur de black metal (hardcore) un rien anémique, et Marina, la plus badass des ados du quartier, qui, en bonne dominatrice, a jeté son dévolu sur Dennis, donnant lieu aux scènes les plus hilarantes du livre. Oui, parce qu’on rit beaucoup aussi avec ce thriller captivant, qui n’oublie pas non plus de glisser des moments de tendresse et de poésie. Le trait vif de Mikael Ross n’y est pas pour rien, sachant d’adapter à toutes les situations. D’une tournure plus « manga » dans les scènes de course-poursuite, plus cartoon pour les passages humoristiques, et plus délicat pour les phases plus intimes, plus paisibles. On notera cette représentation du désir très pertinente par un rougeoiement auréolant la case entière lorsque Tâm se rapproche de Hoa Binh, une trouvaille simplissime et géniale, là où par un processus indicible et extrêmement touchant, l’amitié vire à l’amour passionnel… Cette seule touche de couleur justifie à elle seule le choix du noir et blanc, recentrant vers le registre amoureux une histoire qui aux yeux de certains aurait pu passer pour un simple thriller. Ode à l’amour autant qu’à la liberté, « Le nirvana est ici » s’impose comme une des meilleures surprises de ce début d’année. Je découvre avec cet album un auteur véritablement virtuose. L’Allemand Mikael Ross signe ici sa cinquième bande dessinée en tant que dessinateur, aux côtés du scénariste belge Nicolas Wouters (Les Pieds dans le Béton et Totem), et sa troisième en étant seul aux manettes (Apprendre à tomber et Ludwig et Beethoven). Non seulement on aura envie de découvrir voire redécouvrir ses précédentes productions, mais ce qui est certain, c’est qu’on ne va pas le lâcher comme ça ! Un coup de cœur, tout comme toi, frérot ;-)

31/03/2025 (modifier)
Par grogro
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
L'avatar du posteur grogro

Avec Le Nirvana est ici, je pénètre enfin chez Mikael Ross, auteur allemand qui me fait de l’œil depuis longtemps. J’entends parler en bien de Ludwig et Beethoven ainsi que d’Apprendre à tomber. Sur qu’après cette lecture, je vais éplucher sa bibliographie ! J’aime son dessin. C’est ce qui m’attire en tout premier lieu. C’est de la BD après tout, hein ? Tout est bon, que ce soit les expressions des personnages et leurs attitudes, le travail sur les ombres, les scènes nocturnes, les décors en arrière-plan… Cette BD ne déroge pas à la règle, avec toutefois une petite différence : Le nirvana est en noir et blanc. Loin d’être une critique, c’est au contraire un gage de qualité pour moi. En s’affranchissant des contraintes de la colorisation, Mikael Ross donne la pleine et entière expressivité à toute cette histoire. Et l’histoire n’est pas à la traine : l’auteur parvient à tenir en haleine le lecteur tout au long des 352 pages que constituent cet épais volume. J’étais à fond dans le récit qui commence de manière complètement anodine pour grossir au fur et à mesure et devenir une enquête, à moins que ce ne soit une cavale, on ne sait plus vraiment tant ça bouge fort et vite (un peu le principe du chasseur chassé, en gros). Les personnages sont très travaillés et bénéficient d’un background solide, ça se sent. En outre, une place centrale est accordée aux personnages féminins, toutes générations confondues. Toutes les filles/femmes présentes dans cette histoire sont belles (au sens humain du terme), fortes, intelligentes... S’il y a bien de nombreuses coïncidences, dont l’une un poil capillotractée (Boris se révèle être le père d’Alex ? Comme de par hasard !?), le scénario est parfaitement mené et resserré, et très en prise avec les préoccupations de l'époque. Du bel ouvrage, comme on dit. Et puis – ATTENTION SPOIL POSSIBLE - j’adore que l’histoire se termine sans vraiment être résolue. Le lecteur se retrouve tout à fait dans la tête des personnages. Il est comme eux, il est eux, ce qui, après avoir vécu cette semaine chargée à leurs côtés (le récit, on l'aura compris, se déroule sur une semaine, ou à peu près), est tout à fait raccord avec l’esprit de cette aventure chapeauderouesque dont les adolescents sont les personnages centraux. J’ajoute qu’il y a d’excellents dialogues ne souffrant d’aucune critique, que l’ensemble n’est dénué ni de tragique, ni de mélancolie, pas plus que d’humour (mention spéciale au personnage de Dennis et à sa liaison avec Marina, franchement très drôle). Pour la peine, je lui colle un coup de cœur, et ce n’est pas volé !

29/01/2025 (modifier)