Blast

Note: 3.89/5
(3.89/5 pour 37 avis)

2010 : Prix Canal BD 2011 : Grand prix RTL de la bande dessinée (tome 2). Un homme seul, obèse et sale, est amené au commissariat. Ce qu'il a fait, pourquoi il est là, nous n'en saurons encore rien.


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Au cours de l'interrogatoire, confession impudique, il va livrer sa vie et expliquer au lecteur passionné comment il a, un jour, lâché prise, et est parti sur les routes à la recherche du Blast - cet instant magique où tout s'illumine et sa vie devient parfaite. Après Le Combat Ordinaire, le nouveau chef-d'oeuvre de Manu Larcenet est un pavé de 200 pages en noir et blanc d'une époustouflante beauté formelle.

Scénario
Dessin
Couleurs
Editeur
Genre / Public / Type
Date de parution 06 Novembre 2009
Statut histoire Série terminée 4 tomes parus

Couverture de la série Blast © Dargaud 2009
Les notes
Note: 3.89/5
(3.89/5 pour 37 avis)
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08/11/2009 | Miranda
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Bon, j'ai mis 5/5, je sais ça doit être rare. Cet avis n'engage que moi, mais j'ai rarement été autant frappé et marqué par une bande dessinée, si ce n'est pas des grands incontournables, et encore. Vous avez ici, un raisonnement profond sur la marginalisation, la folie, le normal. Une portée philosophique profonde entachée d'un personnage principal à la psychologie malade ! Je me suis permis de faire une chronique vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=wzM-9qOZ9X4&feature=gp-n-y&google_comment_id=z12vvnfhslfazvgrq04cjrnykzmls1mp3lg0k A lire d'urgence, mais en prenant son temps quand même ^^. Sans doute à lire 2 fois d'ailleurs. Je précise que la lecture des 4 tomes est importante, lire 3 tomes sur 4 n'a aucun intérêt !

21/12/2015 (modifier)
Par sloane
Note: 5/5
L'avatar du posteur sloane

Voyage dans un esprit malade et déglingué. Quoique l'on puisse penser d'un tel ouvrage, l'évidence même est que cela ne peut laisser indifférent. N'ayons pas peur des mots il s'agit d'une œuvre magistrale qui nous décortique la folie d'un homme qui après ingestion d'alcool et de drogues se trouve en proie à des visions, "le blast", qui le mettent dans un état quasi orgasmique. Cet état lui fera commettre des crimes abominables tout au long d'un parcours erratique a travers le campagne. Il serait intéressant de se pencher sur les raisons qui font que la majorité des avis décrivent une telle addiction à cette histoire et le sentiment diffus mais oh combien présent d'avoir ressenti, à tel ou tel passage du récit, une sorte d'empathie pour un personnage qui considéré froidement ne devrait pas susciter cette sorte de sentiment. Finalement, sans faire de la psychologie de bas étage, n'y aurait-il pas dans ce Polza Mancini un peu de nous même ? Ce n'est un secret pour personne que l'homme, animal civilisé, n'en reste pas moins un animal. Au delà de l'histoire, Larcenet nous donne à voir un homme qui s’exonère d'une vie toute tracée et insipide pour vivre ses pulsions les plus morbides et les plus noires. Passé de l'autre côté, Polza ne peut qu'aller de l'avant dans sa quête d'absolu libéré de toutes les contraintes morales, civilisées qui nous permettent, nous quidams lambda, d'avancer sans faire trop de vagues. Le travail de l'auteur est d'évidence fantastique, par petites touches, par d'imperceptibles détails du quotidien ou de l’environnement nous sommes face à une inexorable fuite en avant. Dès le premier tome où pourtant rien n'est révélé, le lecteur pressent une fin inéluctable et forcément dramatique. Comme dit dans un autre avis, tout ici est hors norme, de l’œuvre elle même aux personnages, le sujet comme son traitement. Et puis Larcenet ne juge pas, il expose froidement des faits, l'enchainement d'évènements qui conduisent à une fin prévisible mais sublime. Gageons que cette série qui ne peut laisser indifférent restera comme un grand moment dans l'histoire de la BD, celle ou un auteur aura su saisir et montrer comme jamais avant lui l'intérieur d'une psychose complexe et torturée. Évidemment à lire mais ce "voyage" en compagnie de Polza n'est pas innocent à faire.

11/10/2015 (modifier)
Par PAco
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
L'avatar du posteur PAco

J'ai toujours été amateur de Larcenet, que ce soit pour son humour (avec des séries comme Nic Oumouk, Bill Baroud ou La Loi des Series), ou sa série la plus connue Le Combat ordinaire. Bon y'a bien quelques accidents de parcours du genre Guide de la survie en entreprise, mais dans l'ensemble ça se tient, tout en travaillant sur une large palette, tant dans les genres, les publics (Superbes Cosmonautes du futur !) que graphiquement, avec le surprenant Presque de 1998. C'est là que "Blast" tombe. On croyait connaître l'étendue du talent de Larcenet, et voilà qu'il nous pond une œuvre hors norme. Hors norme, oui c'est vraiment l'expression qui me semble coller parfaitement à cet OVNI. Tout d'abord l'objet. Une couverture qui interpelle et qui est un véritable appel à la lecture. Vient ensuite le traitement graphique : tout simplement sublime ; un encrage qui convient à merveille à l'ambiance sombre et profonde de ce récit, avec ce Blast et ses bulles de couleur qui font véritablement l'effet d'un arc-en-ciel un jour d'orage : à n'importe quel âge, ça reste magique ! Et puis, il y a ces planches pleine page qui jalonnent le tout et ajoutent encore à sa beauté. Ensuite, réaliser un premier tome de 200 pages où au final il ne s'y passe pas grand chose, ce n'est pas donné à tout le monde : quelle narration ! On ne quittera pas cette salle de garde à vue, et pourtant quel voyage dans ce récit... C'est l'incertitude qui nous tient en haleine et sera le moteur de ce premier tome. Quel est le crime de notre prévenu ? Nous n'en sauront rien pour le moment... mais on s'en fout, même si on ne sait que penser de ce personnage parfois sympathique, parfois dérangeant. Rien n'est pour l'instant définitif... Hors norme enfin, de par le fond même de cette BD : son protagoniste Polza, bien sûr, mais aussi tous les étranges personnages qu'il va croiser. Sans tomber dans la sociologie de bas étage, Larcenet nous propose à travers Polza une vision acérée et décalée de notre société qui ne supporte pas les écarts et de ce qui ne rentre pas dans ses cases. Fondus dans notre quotidien, une part de ce qui nous entoure nous échappe... ou plutôt, fermer les yeux sur ce qui nous dérange est souvent plus facile. La meute ne supporte pas la différence : soit elle l'abandonne, soit elle l'achève. C'est le constat de la vie de Polza, qui à la mort de son père baisse la garde et décide de lâcher prise face à ce combat ordinaire des personnes qui ne rentrent pas dans les modèles imposés par nos sociétés. On ne sait pas où nous mènera ce Blast, mais il est certain que ce premier tome très déroutant est une des grande BD de cette année, et que Larcenet a décidément beaucoup de talent. Sans s'assoir sur une renommée établie, il sait se renouveler et apporter beaucoup au 9e art : chapeau ! ***Après lecture des 3 autres tomes*** Voilà c'est fait. Je viens de me relire les trois premiers tomes et le dernier que je n'avais pas encore lu. J'ai fini "Blast"... Et quel coup de massue !!! Je crois que rarement une série BD m'aura autant travaillé, retourné et emmené aussi loin. Que ce soit graphiquement ou dans le récit qu'il construit, Manu Larcenet nous hypnotise sur plus de 800 pages. Il sait appuyer là où ça fait mal, sans faire semblant. A chaque tome on se dit que ça ne pourra pas être pire ; on se dit qu'il ne pourra pas nous entraîner plus loin... Si. Cette descente en enfer ou dans les abîmes de la folie d'un homme et de tout ce qui l'aura conduit à tout ça est juste hallucinante... N'est-ce pas d'ailleurs ce que recherche Polza ? Ce Blast. Cet instant où son corps ne lui appartient plus et où il n'est plus qu'esprit et ne fait plus qu'un avec la nature... Sauf que cette quête n'est pas gratuite, que ce soit pour lui ou les rares personnes qu'il va croiser. Moi qui après son premier tome me demandait vers où Manu Marcenet allait nous embarquer, j'avoue ne pas avoir été déçu... On frôle le traumatisme là ! L'adage dit que c'est le voyage qui compte et pas la destination... Yep ! Larcenet nous prouve ici qu'il a tout compris du bad trip... Alors, oui je comprends que certains resteront définitivement hermétique à cette série, que ce soit à cause de son graphisme si marqué ou de son contenu à la noirceur sans nom, mais rien que pour être allé jusqu'au bout de cet enfer, moi je dis chapeau m'sieur Larcenet ! "Blast" rejoint donc tranquillement le petit panthéon de mes quelques BD que je considère comme "cultes" et dont je ne peux évidement que vous conseiller la lecture, tout en sachant que beaucoup se demanderont certainement pourquoi et comment on peut apprécier un tel album. Ca ne s'explique pas ; ça se vit dans les tripes.

18/12/2009 (MAJ le 31/07/2014) (modifier)
L'avatar du posteur Michelmichel

Si Larcenet est connu et reconnu pour son oeuvre dans le domaine comique, il l'est aussi dans d'autres registres comme le roman graphique dramatique (Le Combat ordinaire) ou dans d'autres travaux d'un genre un peu plus onirique et abstrait comme (Une aventure rocambolesque de..., notamment le tome 2: "La ligne de front"). Ici on a droit à un mélange de ces deux aspects, qui a pour résultat une comédie dramatique avec des passages psychédéliques. C'est plutôt bien raconté, le rythme de la narration est bien maîtrisé, et les aller-retours entre le présent, c'est-à-dire l'interrogatoire policier, et le passé, c'est-à-dire le voyage initiatique de notre héros, se font tout naturellement, sans heurts. Larcenet a su hammeçonner mon attention pour me donner envie de connaitre l'histoire de Polza, et j'espère vraiment pouvoir lire la suite. Graphiquement, on reconnait le trait de Larcenet, bien qu'il soit plus grave que d'habitude, dans le ton de cette histoire, ce qui est renforcé par la quasi-absence de couleurs. Il y a des partis pris qui peuvent sans doute gêner certains, et qui m'ont même gêné moi-même au début. Par exemple, je trouvais très bizarre que le père de Polza apparaisse sous forme d'un oiseau. Avec le recul, je vois maintenant plutôt cela comme la façon dont le héros voyait son père. Ensuite, la personne a qui j'ai emprunté les 3 tomes était relativement désappointée par les "blasts", ces moments où notre principal protagoniste entre en transe, qui sont représentés par des dessins d'enfants multicolores. Ces passages-là ne m'ont par contre pas du tout déçu. Au contraire, le contraste qu'ils apportent avec le noir et blanc, les traits durs et secs des visages, est saisissant, et cela rend très bien l'impression de voyage spirituel, comme un trip sous LSD. Au final, Larcenet marque encore un point en démontrant qu'il maîtrise le genre comique et dramatique. Cette histoire tient en haleine, et, malgré un côté volontiers malsain, je dois reconnaitre que j'ai pris plaisir à me plonger dans ces albums tous les soirs. (265)

20/11/2013 (modifier)
Par Blue Boy
Note: 4/5
L'avatar du posteur Blue Boy

Larcenet, on ne le présente plus. On sait qu’il est capable d’appréhender plusieurs genres très différents, qui vont des simples délires potaches à gros nez où le dessin se pare de couleurs vives à des récits introspectifs plus sombres recourant à un trait noir et épais proche de l’abstraction. Deux facettes à l’extrême opposé qui en font une personnalité aussi ambivalente qu’intéressante, une sorte de clown triste de la bédé. Ici on est évidemment plus dans la seconde approche. Le trait est parfois épuré à l’extrême, grossier ou abstrait, parfois glauque, mais cette « laideur » plus ou moins voulue colle à l’âpreté du sujet et sait se faire oublier, contrebalancée par la poésie qui imprègne le récit, avec un lavis noir et blanc donnant une touche très artistique à l’ensemble. Toujours cette fameuse ambivalence… J’ai été vraiment captivé par cette drôle d’histoire avec ce personnage hors du commun, Polza Mancini, énorme baudruche quasi difforme, en apparence primaire et innocent mais beaucoup plus complexe qu’il ne veut le laisser paraître, plongeant les deux inspecteurs de police qui l’interrogent dans des abîmes de perplexité. C’est ainsi que Polza, soupçonné d’être à l’origine d’un acte monstrueux dont on ne sait quasiment rien, va dérouler le fil de son histoire, forçant par là même le lecteur à approcher au plus près son âme noircie par une enveloppe meurtrie. Au départ rebuté par ce héros au corps monstrueux, vaguement inquiétant, dont on ne sait s’il est lucide ou fou (quoique lucidité et folie ne sont jamais si éloignées), on finit par s’y attacher. Comme lui, on finit par ressentir les souffrances qu’il a traversé, lui, cet être intrinsèquement pacifique qui ne demande rien à personne, élevé par un père à la fois protecteur et austère. On finit par comprendre sa rage face à la bêtise et la cruauté du monde, une rage intériorisée mais qu’on devine prête à se déchainer à un moment ou à un autre… Et puis il y a le fameux « blast » visiblement à l’origine de sa garde à vue, sorte d’orgasme psychique intervenant sous l’emprise de l’alcool ou d’une émotion forte, modifiant son état de conscience, un « instant en suspension » où le corps et l’esprit se dissolvent dans un absolu originel et sans limites, où surviennent ces visions obsédantes des moïas, ces fameuses statues de l’île de Pâques… Il faut vraiment avoir le cœur bien accroché pour suivre cette odyssée âpre et mystique, où le sordide est à la hauteur du mystère. Cherchant à échapper au monde prétendument rationnel et civilisé qui le croit fou et requiert son internement, Mancini ne sera pas pour autant tranquille à l’extérieur. La communion avec la nature a un prix : l’errance, le froid et la cruauté humaine pour les parias comme lui…. Ce récit en quatre tomes est à la fois lent et immersif. Les pages se contemplent plus qu’elles ne se lisent, mais le texte, d’une qualité littéraire évidente, n’en est pas moins soigné. C’est véritablement la métamorphose d’un dessinateur à laquelle on assiste avec cette série, comme si Larcenet se débarrassait peu à peu de ses oripeaux d’ado régressif pour entrer de plein pied dans l’âge mûr. Une mue qui avait commencé avec Le Combat ordinaire, où, si le dessin s’apparentait au Larcenet première époque, le propos devenait peu à peu beaucoup plus grave malgré les quelques saillies humoristiques ça et là. Un questionnement toutefois : même si la série reste captivante de bout en bout, on peut se demander si quatre tomes étaient réellement justifiés. Certes, le talent de l’auteur fait qu’on ne s’ennuie pas avec cette œuvre mi-polar mi-contemplative, très puissante et avec risques d’effets secondaires… Sans doute avait-il besoin de ce format pour poser son intrigue. Mais le scénario en lui-même ne me semble pas si complexe pour le délayer sur 800 pages. Bref, chacun pourra se faire son propre avis sur la question. Mais il ne fait aucun doute que « Blast » restera une des œuvres marquantes de cet auteur et une référence du neuvième art.

02/11/2013 (modifier)
Par bab
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
L'avatar du posteur bab

Blast Blast, premier tome… juste superbe. Manu Larcenet est un artiste, un vrai. Depuis « Ex Abrupto » j’en suis convaincu et Blast ne fait que rajouter de l’eau à mon moulin. Chaque planche est superbe. Ce petit pavé est tout en noir en blanc, excepté les fameux blast. Mais d’un noir et blanc riche de nuances. Chaque case ressemble à une esquisse, faite d’aquarelles, de jets de peintures savamment utilisés. Pour moi c’est un vrai régal pour les yeux. Niveau scénario, Larcenet tape fort là aussi. On part à la limite du thriller, où on soupçonne des choses pas très belles et les infos n’arrivent qu’au compte gouttes. Mais le rythme est habile, nous laissant à cette limite de la frustration qui fait que l’on dévore l’histoire. J’ai été tenu en haleine du début à la fin. Ce premier tome ne semble être qu’une introduction, une mise en bouche à ce qui va suivre. J’ai hâte… Après la lecture du troisième tome, force est de constater que Blast est la nouvelle œuvre majeure de Larcenet. Et force est de constater qu’il est fort ce Larcenet ! Graphiquement, Larcenet ne lâche rien sur la durée (objectivement, peut être un petit coup de mou sur le début du second tome où Polza a des traits un peu plus grossiers, mais celui qui a perdu sa femme, ne viendra pas la chercher là.). Tout est là pour appuyer la force de ce récit : les dessins d’enfants pour le Blast, ces représentations majestueuses des moaï qui envahissent les case de leurs présences, ces gros plans sur Polza qui nous livre sa version des faits (dont la teneur nous est encore bien obscure). A ce stade Larcenet gère son scénario de main de maître, avec des informations livrées avec une grande justesse, qui nous donne envie d’en savoir plus, mais de se laisser bercer par le rythme de narration de Polza. Larcenet illustre parfaitement ici que l’important n’est pas le bout du chemin, mais le voyage qui nous y mène. Il alterne habilement des scènes d’une rare force (cette image cauchemardesque faite par Polza de ce père qui tient son enfant dans les bras un couteau à la main m’a vraiment frappé par sa froideur et le côté glaçant d’une telle situation.) Il nous est livré à chaque tome une galerie de personnages marquants autour desquels va s’articuler un pan de la narration de Polza. Là encore, vivement la suite…

09/11/2010 (MAJ le 21/11/2012) (modifier)
L'avatar du posteur Mac Arthur

Après lecture des trois premiers tomes de la série, je réalise combien celle-ci est finalement parvenue à s’imposer à moi. Pourtant, le personnage central est loin d’être attachant… mais quel charisme, quelle sublime dégénérescence dans son déni de lui-même ! Voilà un personnage tellement répugnant par plus d’un aspect, tellement à côté de la plaque et à côté de ses pompes, tellement en quête d’une mort libératrice qu’il souhaite telle un orgasme (ce fameux « blast » qu’il ressent dans des situations extrêmes (abus d’alcool ou de drogues, passages à tabac, …)), tellement abject et pitoyable mais si totalement assumé qu’il en devient touchant. Au-delà de ce profil, je ne sais toujours pas ce que Larcenet veut raconter à ses lecteurs. Voit-il dans cette série une occasion de parler de la dépression, une occasion de nous ouvrir les yeux face à des existences vouées à l’autodestruction ? Je ne saurais dire… mais force est d’avouer que je lis cette série avec intérêt. Enfin, il y a cette intrigue de départ dont j’aimerais connaître le dénouement. Et puis, il y a le travail graphique. Trois styles différents, l’un gris et terne pour le quotidien, l’autre coloré et enfantin pour les « blast », le dernier à l’image des passages qu’il illustre : torturé et maladif. Cela ne laisse pas de marbre et des réactions de rejet sont à craindre, mais ces styles conviennent parfaitement au propos, et ça, c’est ce que je recherche prioritairement en matière de dessin de bande dessinée : un style qui convient au récit et le nourrit. Il y a juste ces nez plus proches de becs d’oiseaux dont l’auteur dote ses personnages pour me faire tiquer. Bon, à force, on s’habitue mais je ne comprends pas l’intérêt de pareilles déformations. Enfin, chaque tome est incroyablement riche en terme de pages, ce qui explique le prix plus élevé de ces albums. Mais, bon, honnêtement, 23 euros pour 200 pages, c’est pas volé du tout ! Et pour ceux qui craindraient une production lente étant donné la taille des tomes, qu’ils se rassurent : jusqu’à présent Manu Larcenet tient le rythme d’un tome tous les 18 mois. En résumé : une série étonnante, dérangeante, peu ragoûtante mais aussi très prenante.

04/02/2010 (MAJ le 23/10/2012) (modifier)
Par Chéreau
Note: 4/5 Coups de coeur expiré

J'ai acheté Blast sur les conseils d'un ami bibliophile, qui m'expliquait que le titre résumait assez bien son sentiment à la lecture de ce récit fleuve (400 pages déjà sorties, en deux albums...). Je n'étais pas forcément très fan du dessin de Manu Larcenet, dont j'ai cependant beaucoup aimé la plupart des histoires, du plus léger, comme le Retour à la terre, aux Ovnis psychanalytiques comme la Ligne de front. Mais j'avoue qu'ici, le dessin est magnifique. La couleur est utilisée avec parcimonie, pas pour colorier, mais pour ajouter du sens à l'histoire. Le dessin réaliste, rare, exprime toujours la violence du réel venant brutalement perturber le monde intérieur de Polza Mancini, le personnage principal. Polza Mancini. Une énorme -au propre comme au figuré- boule d'angoisse, de haine de soi, de traumatismes d'enfant, qui décide un jour de quitter la vie confortable qu'il avait fini par réussir à se faire, pour se faire homme des bois et partir à la recherche du Blast, le choc existentiel, sorte de transe bouddhique, d'overdose spirituelle qu'il a expérimentée peu après la mort de son père. L'écharde de ce récit, le détail dérangeant, irritant, inconfortable est là : ce Mancini est obscène. Trop laid, trop gros, trop franc : toute l'histoire est à la première personne puisqu'il raconte avec complaisance toute son odyssée à deux policiers convaincus qu'il a fini par tuer une jeune femme. Il ne cache rien de ses états intérieur, de sa propre animalité qu'il a voulu redécouvrir, de son goût pour l'alcool. Le sentiment nauséeux qu'il inspire est d'autant plus gênant qu'au fond, il n'est pas antipathique. On s'identifie à lui malgré tout. Parce que nous avons tous eu envie de tout quitter, parce que nous avons tous un monde intérieur bien plus vaste que ce que nous montrons, parce que nous avons tous des pensées incongrues et des moments de relâchement quand on est seul avec soi même. Mais lui s'en délecte, l'étale, s'y complait et nous renvoie à la fois une image peu glorieuse de l'humanité à laquelle nous appartenons, mais aussi, tout à la fois, le sentiment de notre propre lâcheté hypocrite. Cette histoire ne peut pas laisser indifférent. Elle se lit comme sous hypnose, dans un état de jubilation morbide, et va chercher tout au fond du lecteur ce qu'il n'avait pas prévu de regarder. Le tout meilleur Larcenet que j'ai pu lire. Et une BD qui pourrait mériter les 5 étoiles lorsque j'aurais achevé le tome 3, à paraître. Où l'on saura enfin si Polza Mancini a finalement tué, ou non, la jeune femme...

07/04/2012 (modifier)
Par Superjé
Note: 3/5

Je ne suis pas entièrement convaincu par "Blast", ça c'est clair... Et encore, je trouve le second tome plus réussi que le premier... Je suis catégorique sur le dessin ; je suis totalement fan. Je le trouve, en effet, magnifiquement esthétique, synthèse parfaite de tous les autres styles de toutes les autres BDs de Manu Larcenet. Les policiers ont de bonnes têtes de personnages humoristiques (Le Sens de la Vis, Le Retour à la terre, Nic Oumouk, Bill Baroud, Donjon Parade), le personnage principal se rapproche du style du "Combat Ordinaire", enfin les décors et le style général sont beaucoup plus torturés ressemblant aux séries parus chez les rêveurs (On fera avec). Toutes les planches sont magnifiques (surtout lorsqu'on connaît la technique de l'auteur pour l'album, où il fait plusieurs dessins sur une feuille et a organisé le tout en planche sur ordinateur) et poétiques. Tout comme l'histoire, c'est très sombre et torturé, mais magnifique ; les animaux dessinés façon ultra-réalistes font vivants (ils sont, bien plus présents dans 'Grasse Carcasse' et c'est un peu dommage) les décors fait au lavis d'encre sont ultra maîtrisés. Je considère Blast comme la BD la plus aboutie de Manu Larcenet au niveau du dessin (comme si toutes les œuvres de Larcenet avant "Blast" n'étaient que des recherches ou des brouillons -de très jolis brouillons certes- avant d'arriver au trait parfait dans cette série). Le scénario, dans le premier tome est loin d'être passionnant ; sans m'être vraiment ennuyé, je dirais que je l'ai lu sans rentrer vraiment dans l'histoire, que j'étais un peu dans la même situation que les policiers (même si c'est un personnage charmant, Polza m'ennuie à force de parler et de ne pas venir au fait). En effet, malgré 400 pages, l'histoire de "Blast" avance vraiment lentement... Je ne trouve pas en Polza un personnage sympathique à suivre, et je déplore que les "Blast" ressemble plus à des hallucinations du à la prise de drogues dures (ou d'alcools) qu'une sorte de nirvana. Je trouve quand même le second tome un peu plus réussi car plus drôle, plus poignant, avec une diversité au niveau des personnages et avec une histoire qui avance légèrement plus. Je lirais volontiers la suite, surtout pour le dessin, mais je commence aussi à être curieux par rapport aux prochaines actions de Polza, mais je ne l'attendrais pas non plus avec une impatience folle.

14/03/2012 (modifier)
Par pewi
Note: 4/5

Encore un trop bon opus de Manu Larcenet, qui me fait le plaisir d'avoir particulièrement soigné l'esthétisme cette fois. J'aime bien la manière dont l'histoire mêle le réalisme, le surréalisme, le social, le symbolique et l'émotionnel. Ces ingrédients sont bien dosés pour rendre compte du chemin de vie d'un personnage hors normes. J'ai été particulièrement sensible aux paraboles graphiques qui retranscrivent les angoisses du personnage principal.

17/12/2011 (modifier)